Histoire de Maisons (I-3) : 992 à 1295

992 à 1295

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

Chapitre Trois

992 – La cure de Maisons fut fondée en 992 par le pape Innocent Il, qui désigne ainsi l’église : ecclesium Mansionibus.

993 – En 993 l’abbaye reçoit encore un don de même nature, au même lieu, ce qui correspond à une extension du territoire de la future commune.

1161 – A cette date, on trouve une charte par laquelle Thibault, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, concéda à Guérin Pontenier de Maisons, « la liberté de jouir librement de son hostice ([1]) sis à Maisons, en payant seulement à la pitance de ladite abbaye cinq sols parisis ([2]) de cens chaque an, au moyen de quoi les maisons qu’il ferait bâtir dans deux arpents de terre dépendant dudit hostice seront quittes et libérées à toujours des corvées qu’elles devaient en payant ladite pitance de cinq sols ». Ceci se passait sous le règne de Louis VII.

1211 – Par la donation de Hugues Capet, les abbés et religieux de Saint-Maur, avaient en propriété un terrain destiné, au pacage des bestiaux ; les habitants de Maisons en jouissaient par simple tolérance, au dire des abbés. Les cultivateurs prétendaient le contraire et voulaient en interdire l’usage aux bouchers, qui soutenaient avoir le même droit, avec cette distinction qu’ils étaient affranchis de toutes corvées envers l’abbé de Saint-Maur.

Il y eut un grand procès, suivi d’une transaction, par laquelle l’abbé Radulphe, sous forme de charte, reconnut textuellement ceci : «

« 1°      Que le fonds destiné au pacage, était du domaine de Maisons, et appartenait en propre au dit abbé de Saint-Maur.

2°         Que l’usage du pacage n’était que précaire aux hommes de l’abbé et habitants de Maisons, à la charge même ; et sans quoi ils cesseraient de lui payer chaque année trois corvées par chaque habitant.

         Que ce même fond était placé dans les lieux appelés : La Saulsaye, le Deffaix, le Marais et le Pâti, appartenant audit abbé.

         Que le pacage n’aurait aucun lieu d’exercice depuis la mi-mars, jusquau jour de la Saint-Jean-Baptiste, pour les jeunes bêtes, mais seulement pour les chevaux et juments.

5°         Enfin que cette permission était commune et générale à tous les habitants de Maisons, sauf et réservé cependant audit abbé, la justice sur ledit usage, et la propriété du fond d’icelui à son profit. »

D’après le manuscrit déjà cité, et auquel il est emprunté, « ce règlement procura une paix générale à tous les habitants de Maisons pendant plusieurs siècles ».

1227 – Grégoire, curé de Maisons, s’était plaint de la modicité des dîmes ([3]) qui revenaient à son bénéfice chaque année ; par une transaction, il abandonna aux abbés de Saint-Maur « toutes les dixmes novales de la paroisse ; en échange, lesdits s’obligèrent de lui fournir trois septiers de seigle, trois septiers de froment, et trois septiers d’orge, toutes les années ou il n’aura eu de dixmes que vingt septiers de froment, neuf de seigle, et neuf d’orge ».

Les serfs mainmortables devaient la taille ([4]) aux seigneurs, mais il arrivait aussi que le roi la levait également pour l’entretien de son armée ; les serfs se trouvaient par suite obligés de la payer deux fois.

L’abbé Radulphe décida « que la taille a lui due par ses hommes de Maisons, en raison de leurs demeures et mazures serait de deux sols par chaque an, et que dans l’année où il plairait au Roi de lever la taille, alors lesdits hommes paieraient à l’abbé quatre sols, moyennant quoi il les acquitterait de la taille envers le Roi. »

En la même année 1227, il y eut un accord entre Grégoire curé de Maisons, et l’abbé Radulphe de Charenton, au sujet de la dîme due à chacun d’eux dans leurs paroisses respectives, dont les délimitations n’étaient pas jusque-là bien définies.

1262 – Suivant le même manuscrit ; les habitants de Maisons étaient encore : « serfs de condition, de mainmortaissables, et asservis au droit d’échûte ([5]) ; pour détruire cette entrave, l’abbé de Saint-Maur abonna la morte-taille serve, dans le paiement annuel d’une taille de convention.

« Enfin l’effet de la servitude était si révoltant que les seigneurs faisaient commerce entre eux, de leurs hommes et femmes serfs. »

Par sept chartes successives des années 1262, 1269, 1287, 1291, 1301, 1324 et 1325, les abbés de Saint-Maur « affranchirent de toutes servitudes 143 chefs de ménage et leur postérité née et à naître, pour par eux posséder des biens en patrimoine héréditaire disponibles, et se succéder entre parents et consanguins, par testaments, sous les conditions suivantes :

« 1°      D’honorer l’abbé de Saint-Maur qui les affranchissait de le révérer ;

2°         De payer la dixme sur les biens qu’ils mettront en valeur ;

3°         Qu’ils rendront et paieront chaque année à l’abbaye la dixme des herbages, de la maresche ou luzerne, des légumes, blé, grains, et toutes espèces de semences quelconques ;

4°         Que l’abbé et les religieux ont retenu sur lesdits affranchis et sur leurs biens, qu’ils auront dans la seigneurie, tous les cens ([6]), rentes, corvées et redevances, tous les droits de coutume, et de justice tant haute que basse, etc. »

Nous ne donnons que les principaux articles de ces chartes en les abrégeant, le reste manquant d’intérêt.

C’est réellement de cette époque que date l’existence de Maisons en tant que commune.

En 1211, lorsque fut octroyée la charte réglementant le droit de pacage, il y avait bien un embryon de propriété ou plutôt de jouissance en commun d’un objet matériel, mais les habitants n’avaient aucun droit moral, et ne pouvaient s’unir librement pour régler les affaires d’intérêt général du village ; ces affaires étaient du reste de bien faible importance.

Les chemins étaient entretenus d’une façon fort élémentaire par corvées ([7]), ou par ceux qui en faisaient usage. L’église, le presbytère et le cimetière appartenaient à la cure, qui pourvoyait tant bien que mal à leur entretien, à l’aide des produits de la dîme, des recettes du culte et des legs et dons qui lui étaient faits par les fidèles. Il n’y avait pas d’état civil régulier, les seigneurs seuls tenant généalogie de leur famille.

En un mot, rien de ce qui constitue actuellement les services municipaux n’existait.

Comme il n’y avait aucune recette pouvant être appliquée aux dépenses collectives, lorsqu’il s’en présentait une de ce genre les habitants étaient obligés de se cotiser.

Cet affranchissement de 143 chefs de ménage nous donne une indication sur le chiffre approximatif de la population de Maisons à cette époque.

En comptant chacun de ces ménages pour une moyenne de cinq personnes, nous trouvons un total de 715 habitants, sans compter les seigneurs, le curé et les serfs qui n’auraient pas été affranchis, si toutefois il en restait.

Mais on ne précise pas s’il ne s’agit que des serfs de Maisons, il se pourrait que ceux de Créteil, qui appartenaient également aux abbés de Saint-Maur, fussent compris dans le nombre.

Dans ce cas, en évaluant les non-affranchis à 37, on arriverait à un total approximatif de 800 personnes, soit environ 400 pour Maisons, ce qui paraît vraisemblable.

Au XIIe siècle, la justice était assez fantaisiste ; il est fait mention d’un homme de Maisons, qui, sur jugement des seigneurs abbés, eut une oreille coupée pour avoir volé un habit ; passe encore si c’eût été pour le punir d’écouter aux portes.

1295 – Il y avait une confrérie à Maisons qui avait acquis deux pièces de vigne, au lieu dit l’Echat.

« Les abbés voulurent la contraindre à mettre hors-mains ([8]) ; cependant, par une charte du samedi avant la Chandeleur, en 1295, l’abbé de Saint-Maur amortit à la confrairie lesdits deux quartiers de vigne, mais à la charge par les confrères, de lui donner un homme vivant et mourant, et de lui payer dix sols parisis à mutation d’homme, et douze deniers parisis de saisine. »

Ce doivent être ces mêmes pièces de vignes que l’on retrouve plus tard appartenant à la Fabrique paroissiale.

On buvait donc déjà du vin à Maisons en 1295 ; on dit même qu’il était fort agréable.


[1] Hostice : ancien mot pour hôtel, habitation.

[2] La monnaie parisis était faite à Paris, et avait une valeur supérieure à celle tournois faite à Tours (1/4 en plus).

[3]  Dîme : prélèvement de 1/10 sur les produits du sol au profit de l’église ou quelquefois du seigneur.

[4]  Taille : la taille était un impôt personnel qui n’était payé que par les roturiers ; les nobles et les prêtres en étaient exempts.

[5] Echûte : droits qu’avaient les seigneurs de succéder dans certains cas à leurs mainmortables.

[6] Cens : redevance en argent que certains biens devaient annuellement au seigneur dont ils relevaient.

[7] Corvée : travail, ou service gratuit, qui était dû par certaines personnes au roi, ou au seigneur.

[8] Mettre Hors-mains  : S’en dessaisir.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898
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3 Commentaires

Classé dans Amédée Chenal, Histoire locale, Maisons-Alfort

3 réponses à “Histoire de Maisons (I-3) : 992 à 1295

  1. j’aime le travail que vous partagez avec nous mais peut on imprimer ce que vous nous transmettez.Je recherche également les archives départementales antérieures à 1790 (archives civiles ).Les baillages et cela pour le nord/Pas de Calais.Merci

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  2. Je vous transmets le texte intégral.
    Joël

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  3. Erik

    992 – La cure de Maisons fut fondée en 992 par le pape Innocent Il, qui désigne ainsi l’église : ecclesium Mansionibus. -> N’est-ce pas le pape Jean XV?

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