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Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville par Amédée Chenal (1898)

Histoire de MA et Alfortville

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Un ouvrage majeur sur l’histoire de Maisons qui se trouve sur GALLICA.

Cet ouvrage a été transcrit sous Word par le CGMA, vous trouverez sur ce blog l’intégralité de ce texte

https://cgma.wordpress.com/?s=Histoire+de+Maisons+%28

Alfortville s’est détachée de Maisons-Alfort et s’est érigé en commune le 1er avril 1885

 

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Histoire de Maisons (III-3) : de 1841 à 1851

de 1841 à 1851

TROISIEME PARTIE – De la chute du premier Empire à la troisième République

CHAPITRE Trois

1841 – C’est en 1841 que furent commencés les travaux du fort de Charenton, terminés l’année suivante. Le roi Louis-Philippe vint à diverses reprises les visiter.

Cette construction devait causer plus tard un grand dommage à la commune, en séparant Alfort de Maisons, et en maintenant, entre la section et le chef-lieu, une solution de continuité qui ne pourra disparaître que par la suppression de la zone militaire. En attendant, elle eut pour résultat immédiat d’absorber la partie du chemin Vert qui reliait Château-Gaillard à Maisons, et le sentier allant de la route n0 5 au chemin Vert.

Il avait tout d’abord été question d’édifier ce fort sur le plateau de Saint-Maurice, où sont les rues Neuve-Gabrielle, de l’Asile et autres ; les terrains avaient même été achetés. L’administration militaire changea d’avis et se décida pour l’emplacement actuel, qui constituait un point élevé relativement au reste de la commune, et qui devait à cela son nom de butte de Grammont ou Grandmont. Le fort commandait ainsi les deux routes et les deux rivières, n’étant à cette époque masqué qu’en un seul point par le village de Maisons, dont il dominait les constructions, alors peu élevées.

Sa disposition, qui n’a pas changé, comporte cinq bastions, deux bâtiments pour les officiers, deux casernes, des poudrières et des casemates. Il peut facilement contenir un régiment.

En 1848, après les journées de Juin, et en 1851, au coup d’Etat, il servit un moment de prison aux insurgés et ensuite aux républicains ; en 1871, les Allemands l’ont occupé.

Jusqu’au jour où les communications devinrent faciles avec la capitale, Alfort eut l’aspect d’une ville de garnison. Les officiers logeaient dans les hôtels de ce quartier, prenaient pension dans ses restaurants et en fréquentaient les cafés.

Les sous-officiers et soldats, parmi lesquels beaucoup de brisquards, avaient des ménages en ville. La musique, logeant au fort, se faisait entendre plus fréquemment qu’à présent, à la grande satisfaction des habitants, et il arrivait souvent que des troupes voyageant par étapes étaient cantonnées dans le village.

On rétablit, moyennant 4 497 francs, un pont sur le grand fossé d’assainissement, dans la plaine, pour le chemin de Choisy ; on retrouve à tout instant ce pont à cause des réparations qu’il coûte par suite de sa mauvaise construction. Créteil et Choisy en faisant usage, leur concours fut demandé ; nous ignorons si on l’obtint.

Malgré la réclamation faite relativement aux hospices, on commence à payer pour deux aliénés 46 fr. 80 par an, et 50 francs pour les enfants assistés.

Cette année et la suivante marquent le point de départ de progrès réels dans la voirie communale ; pour la première fois on adjuge l’enlèvement des « boues et fumiers », à raison de 150 francs par an, et l’éclairage à l’huile, par trois lanternes, dites réverbères, pour 195 francs. Elles étaient allumées jusqu’à 11 heures du soir pendant six mois de l’année, sans tenir compte des jours lunaires, et, ce qui indique qu’on fêtait encore le carnaval, les trois jours gras, toute la nuit.

Que ceux qui, installés depuis peu dans des quartiers nouveaux, réclament aussitôt gaz, eau, balayage, tout comme dans les rues anciennes, apprennent la patience en songeant que ces trois lanternes devaient être désirées depuis l’existence du pays.

1842 – Le pavage des rues Saint-Pierre et des Bretons ayant été entrepris, les propriétaires riverains vinrent en aide à la commune par une souscription, ainsi que l’administration militaire, qui, en attendant l’achèvement du fort, avait transformé en caserne la ferme Lecouteux.

Le budget se ressentit, naturellement, des décisions prises, et atteignit 5.915 livres ; une surimposition de vingt centimes fut votée pour faire face aux dépenses résultant des travaux décidés.

Le 9 août, une lettre de condoléances fut envoyée au roi au sujet de la mort du duc d’Orléans ; c’est la seule manifestation politique constatée pendant tout le règne de Louis-Philippe.

1843 – La construction d’égouts est de nouveau réclamée ; on signale au sous-préfet « les odeurs infectes provenant des eaux stagnantes et chargées de débris d’animaux qui sortent de l’Ecole, et qui avec celles de la distillerie Genty, qui fait de l’alcool avec des pommes de terre, empoisonnent le quartier du hameau d’Alfort ; de plus, le ruisseau qui traverse le chemin de halage est trop profond et a causé la chute de chevaux ; un bateau s’est échappé et brisé ; il y a eu mille francs de dégâts ; de plus, cela fait sauver les promeneurs et les pêcheurs ».

L’administration supérieure et l’architecte de l’arrondissement rêvaient de la construction d’une nouvelle église ; un projet comportant une dépense de 85 478 francs, fut soumis au conseil, qui ayant déjà refusé 17 000 francs pour des grosses réparations, le repoussa disant « qu’il y a dans la commune des travaux plus urgents ». Par la suite, à force d’insistances, la réfection partielle fut décidée, et payée, à l’aide de secours de l’Etat et du département s’ajoutant aux fonds communaux.


1845 – Un octroi communal fut voté, et le vin frappé d’un droit de un franc par hectolitre, « pour imiter les communes de Charenton et Saint-Maurice, qui améliorent tous leurs services ».

A cette époque, se produisit un fait qui devait avoir, par la suite, la plus grande influence sur les destinées de la commune ; nous voulons parler de l’établissement de la ligne du chemin de fer, qui, en coupant le territoire en deux, devint plus tard la cause initiale de la séparation de la section d’Alfortville.

Des chemins furent modifiés ou raccourcis ; ceux de Villeneuve, du Port-à-l’Anglais, de Jean, des Iles, de la Mare et des Marais. En échange, la Compagnie donna le terrain pour le chemin Latéral, et pour le déplacement d’une partie de ceux des Iles, des Marais et de Jean, mais sans aucun travail de viabilité. Un pont et des passages à niveau sont venus rendre plus difficiles les communications entre les agglomérations et la plaine cette situation n’a fait que s’aggraver depuis, par la plus grande fréquence du passage des trains.

Comme compensation, Maisons fut doté d’une gare de voyageurs dès l’ouverture de la ligne, celle des marchandises ne fut installée qu’en 1874 et celle d’Alfortville en 1890.

L’établissement du chemin de fer a, comme partout ailleurs, non seulement modifié la topographie de la commune, mais aussi sa vie elle-même.

Il a rendu inutiles les grandes auberges de roulage. Les diligences aux attelages bruyants, les chaises de poste et les longues caravanes de rouliers ont été remplacées par les voitures beaucoup moins pittoresques des usiniers, des maraîchers, des nourrisseurs, des boueurs et des entreprises nocturnes, s’ajoutant aux moellonnières et aux chariots de fermes. Les routes, devenues trop larges, ont été rétrécies ; les régiments, changeant de garnison suivis de tous leurs bagages, ne les empruntent plus, et les compagnons du tour de France, qui passaient enrubannés, prennent – s’ils voyagent encore – prosaïquement le chemin de fer.

A l’époque où nous écrivons, les cavaliers, les amazones, les excursionnistes pédestres sont remplacés à leur tour par les cyclistes des deux sexes, et les chevaux des équipages bourgeois commencent à céder le pas aux moteurs mécaniques.

1847 – Une nouvelle période de misère publique commence à se produire ; les travaux manquent et le pain est cher. L’Etat, pour améliorer cette situation, assure aux communes le remboursement du tiers de la dépense qui sera faite en travaux, sous forme d’ateliers de charité ; 3000 francs y sont affectés. Le directeur de l’Ecole Vétérinaire fait distribuer aux pauvres les restes des aliments des élèves.

Les budgets ont naturellement continué à progresser. Voici le résumé des comptes pour l’année 1847 :

COMPTE MORAL DU MAIRE.

            R e c e t t e s          18 282  fr  68

            D é p e n s e s          12 123  fr  27

            Excédents                6 159   fr  41

COMPTE DU BUREAU DE BIENFAISANCE.

            R e c e t t e s             1 340  fr  68

            D é p e n s e s            1 410       83

            Déficit                              70  fr  43

( Couvert à l’aide d’un reliquat de caisse de 2.315,15)

 BUDGET DE PREVISION.  COMMUNE

            R e c e t t e s              7 874  fr  24

            D é p e n s e s            5 329       19

            Excédents                 2 545  fr  05

BUDGET DE PREVISION.  BIENFAISANCE.

            R e c e t t e s              1 579  fr

            D é p e n s e s             1 575

            Excédents                       4  fr

On constata que l’octroi avait produit, pour six mois, de mars à août inclus, 1 545 fr. 94 centimes.

Le réseau d’égouts fut commencé par celui de l’Ecole ; le curage coûtait 25 fr. 73 par an ; nous ne donnons ce chiffre, sans grand intérêt, que pour la comparaison avec celui actuel (2.700) nouveau progrès, on installa, en commun avec Charenton, un réverbère sur le pont.

1848 – A la proclamation de la République, il fut fait adhésion au Gouvernement provisoire dans la forme suivante :

« Ce jourd’hui, premier mars 1848, heure de midi, le conseil municipal de Maisons-Alfort, réuni à la mairie, pour délibérer sur la proposition de manifester son adhésion au gouvernement provisoire la République Française, inaugurée à l’Hôtel-de-Ville, après le triomphe des braves habitants de Paris, dans les trois journées des 22, 23 et 24 février dernier sur l’ex-gouvernement.

« Présents : MM. Dodun, Becquemont, Vermorelle, Hédelin, Remy, Delaporte, Paris, Lavocat, Cholet et Picot.

« Le conseil municipal a déclaré spontanément qu’il donnait son adhésion entière au gouvernement Républicain, et qu’il aiderait de tout son pouvoir le gouvernement provisoire pour rétablir l’ordre.

 » VIVE LA REPUBLIQUE

« Et honneur aux courageux citoyens qui ont accepté le gouver­nement provisoire

« M. le Maire chargé de transmettre cette adresse au gouvernement provisoire, dépose sur le bureau une lettre de M. Labbé, conseiller municipal, qui, forcé de s’absenter pour un convoi funéraire, déclare adhérer au gouvernement provisoire.

« Et ont signé après lecture faite. » (Suivent les signatures).

La bascule d’Alfort avait été brûlée, ainsi que les guérites et le pont provisoire établi sur la Marne pour la ligne du chemin de fer. La foule aveugle avait uni dans un même sentiment de haine deux choses bien différentes : un instrument de contrôle, et le chemin de fer. Les coupables, en ce qui concerne ce dernier, étaient faciles à désigner ; c’étaient les postillons qu’il menaçait dans leur travail ; ils s’étaient joints aux insurgés de Paris, et espéraient peut-être, en détruisant le matériel, atteindre l’institution elle-même et la faire disparaître.

Cette bascule, dont il vient d’être question, était installée là, comme sur toutes les routes royales, pour contrôler si la proportion entre le poids des voitures et la largeur des bandages des roues était réglementaire ; c’était une mesure de précaution contre l’usure anormale des chemins, par des roues trop étroites par rapport à la charge qu’elles supportaient.

La Compagnie P.L.M. ne fut pas rancunière à l’égard des postillons ; la plupart furent embauchés dans son service de messageries.

A la suite de deux pétitions, le conseil vota la suppression de l’octroi, à partir du 1er mai ; il avait été établi pour dix ans en 1846.

Des inondations étaient venues apporter leur contingent aux causes de misère déjà existantes.

La garde nationale de la commune avait pris sa part dans la lutte lors des journées de juin, en gardant la barrière Charenton contre les insurgés ; à ce sujet, il est constaté une dépense de 89 francs, à raison de 0 fr. 50 par homme et par jour, pendant les journées des 23, 24, 25 et 26 Juin 1848 ; il navait pas été fait d’excès. Les élèves de l’Ecole d’Alfort, sous la conduite de M. Bouley, alors professeur, avait également contribué au rétablissement de l’ordre.

1849 – A la suite de la constatation d’un déficit annuel de 200 francs, le préfet avait invité le conseil municipal à rétablir l’octroi ; celui-ci refusa, et proposa 7 centimes additionnels ; il fut néanmoins rétabli sur les vins et alcools.

Depuis quelques années, il avait été fixé des alignements pour la plupart des rues et chemins, dont la largeur maxima était généralement de 8 mètres. De temps à autre, la commune avait à payer des parcelles de terrain ajoutées à la voie publique ; dans les rues, les prix variaient de 0 fr. 60 à 1 F le mètre, pour atteindre parfois par exception 2 francs ; les tronçons du chemin Vert, rendus inutiles par la construction du fort, avaient été vendus 4 500 fr. l’hectare.

Il y a loin de ces prix à ceux actuels.

1850 – Lors d’une épidémie de choléra, trois médecins de Charenton MM. Marchant, Ramon et Rivet, s’étant dévoués d’une façon toute particulière pour soigner les malades, il fut accordé à chacun d’eux une somme de 50 francs à titre de récompense ; les distinctions honorifiques n’étaient pas encore usitées.

Les travaux de restauration de l’église, pour lesquels on avait encore repoussé un projet, devant coûter 37.666 francs, subventions comprises, et qui avaient été néanmoins commencés en 1846, ne furent enfin terminés et réglés qu’en 1850 ; le monument avait été refait presque complètement, sauf le porche, le chœur et le clocher ; à l’intérieur, les piliers qui, d’après un ancien plan, étaient carrés, avaient été remplacés par des colonnes ; le carrelage et les autels avaient été remis à neuf. La dépense totale s’éleva à 55.892 francs tout comme de nos jours, on protesta et on paya.

1851 – Les premières plaques indicatrices furent placées dans les rues ; il en fut posé 17 à 3 francs, et 156 numéros de maisons à 0 fr. 75.

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Histoire de Maisons (IV-8) : de 1895 à 1896

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de 1895 à 1896

QUATRIEME PARTIE – Sous la troisième République.

CHAPITRE Huit

1895 – Un brave homme, Auguste Simon, avait, en mourant, laissé tout son modeste avoir à la commune. Le testament dans lequel il a consigné ses dernières volontés est rempli de pensées généreuses, en voici le résumé :

« Ceci est mon testament écrit et daté de ma main. Moi, Auguste Savinien Simon, je lègue à la commune de Maisons-Alfort la propriété habitée par moi rue de Mayenne, pour être vendue. L’argent provenant de la vente sera employé en achat de rentes sur l’Etat, et le revenu accumulé, jusqu’à ce qu’il y ait la somme nécessaire pour faire entrer aux Petits Ménages un vieillard ayant au moins quatre années de résidences dans la commune.

« Il ne devra appartenir à aucune congrégation religieuse.

« On devra commencer par une femme.

« Je laisse également la somme en argent nécessaire pour faire le placement immédiat d’un vieillard.

« Et aussi 1 200 francs à la caisse des écoles, pour que le revenu soit employé en récompenses aux enfants, sous forme de livrets de la caisse d’épargne.

« Si les écoles devenaient congréganistes, cette rente irait à l’Assistance publique, et leur reviendrait, le jour où elles seraient de nouveau laïques.

« Il sera donné chaque année, le jour de la fête patronale, une somme de 500 francs à la jeune fille la plus sage, âgée d’au moins vingt et un ans, « désignée par ses compagnes, et acceptée par le conseil municipal ». Elle ne devra appartenir à aucune congrégation religieuse, et ne sera pas obligée de se marier, « le mariage n’étant pas dans tous les goûts ».

Le décès du donateur était survenu en 1888 ; mais les nombreuses formalités administratives avaient empêché, jusque-là, que ses dernières volontés pussent être accomplies.

En 1895, pour la première fois, on put procéder à l’élection de la rosière, ou plutôt des rosières, car les fonds s’étant accumulés, il y avait de quoi en doter quatre.

Comme on l’a vu, le testateur prévoyait l’élection de la rosière « par ses compagnes ». Le maire, interprétant cette indication dans le sens le plus étroit, avait décidé que, seules, les candidates acceptées prendraient part au vote, de sorte que, chose toute naturelle, chacune votant pour elle-même, ce ne fut qu’après avoir épuisé les tours de scrutin réglementaires, que les rosières furent élues, par quatre, trois, et même deux voix.

C’étaient : Mlles Lebeau, Conan, Chétoux, et Vernes.

L’année suivante, on procéda autrement ; il fut fait un appel à toutes les jeunes filles majeures, qui eurent à voter pour le choix de la plus méritante, parmi celles d’entre elles remplissant les conditions exigées.

C’était une première application d’un droit électoral pour les femmes.

Au delà de la route de Créteil, sur le chemin de Saint-Maur, au lieu dit le Buisson joyeux, on avait aussi tracé dés rues, et on bâtissait des maisons. Dans les Buttes, – cette reproduction d’une Suisse en miniature, avec ses montagnes, ses lacs et ses précipices, qui après avoir pendant de nombreuses années servi de chantier à des générations successives de carriers, était devenue la promenade favorite des habitants de Maisons, le rendez-vous des amoureux, et où la culture des champignons dans les cavages avait succédé à l’extraction de la pierre, – on commençait aussi à vouloir tracer des chemins, suivant les sinuosités des anciennes carrières d’extraction.

Il se trouve des gens assez amateurs du pittoresque, pour bâtir là des maisons dont le toit n’atteint pas toujours le sommet des buttes voisines.

Les habitants de la rue de Mayenne avaient déjà demandé, à diverses reprises, à faire partie de la commune de Créteil, le chemin de Saint-Maur qui les rattache à Maisons étant impraticable. Suivant une pétition, « un corbillard y avait versé, lançant la bière sur le sol ». Un projet déchange de territoires fut fait et approuvé de part et d’autre Maisons cédant la rue de Mayenne, et recevant une surface un peu plus grande, rue de l’Echat, au lieu dit l’Orme au chat. La solution définitive ne devait intervenir que beaucoup plus tard.

1896 – Le 16 mai, à la suite du renouvellement du conseil municipal, M. Durst, qui était maire depuis douze ans, fut remplacé dans sa fonction par l’auteur de ce récit, qui avait été adjoint à deux reprises et faisait partie du conseil depuis huit ans.

Les grands travaux s’achevaient et la mairie était à peu près terminée.

Le 12 juillet eut lieu l’inauguration solennelle de la maison commune, sous la présidence de M. de Selves, qui venait de succéder à M. Poubelle à la préfecture de la Seine, M. Barthou, ministre de l’intérieur, qui avait promis son concours, n’ayant pu au dernier moment tenir sa parole.

Le programme était celui de toutes les cérémonies de ce genre : musique, discours, lunch, banquet et bal, le tout agrémenté de pavoisements et d’illuminations.

Une immense tente avait été installée sur la pelouse, derrière le bâtiment principal : les personnages officiels ayant pris place sur l’estrade, le défilé des discours commença. Nous en donnons quelques extraits, dans l’ordre où ils ont été prononcés.

Le maire, après avoir adressé des paroles de bienvenue au préfet de la Seine, à MM. Alexandre Lefèvre, sénateur, Baulard, député, Gervais, président du conseil général ([1]), Charles Laurent, secrétaire général de la préfecture de police, et remercié M. Barrier, conseiller général du canton, pour le concours qu’il avait apporté à la commune, afin d’obtenir des subventions, continuait en ces termes :

« Maintenant, puisque nous inaugurons une mairie, il faut bien que nous en causions un peu, parlons aussi de notre commune, la raison d’être de cette mairie.

« Je ne remonterai pas jusque vers l’an 1200, époque où, paraît-il, Maisons existait déjà à l’état embryonnaire. Mais, en 1814, ce n’était déjà plus un embryon ; il y avait sur son sol des hommes ayant au cœur l’amour de la Patrie. Les troupes alliées s’en aperçurent à leurs dépens.

« La défense du Pont-de-Charenton, par les élèves de l’Ecole d’Alfort, fait partie de l’histoire.

« Une tombe et un nom, sous les arbres, dans l’Ecole, apprennent aux générations qui s’y succèdent, la fin glorieuse de Jean Pigeon.

« La mairie est en même temps la tête et le cœur de la commune ; avec elle, elle doit grandir : la nôtre a subi la loi de toutes.

« Dans mon enfance, j’ai connu, à deux pas d’ici sur la place de l’Église, une modeste maison, qui contenait la mairie, l’école et tous les services communaux ; cela suffisait.

« En 1866, la commune avait grandi, on commençait à penser à l’instruction ; on fit des écoles et on transforma une vieille ferme en maison commune. C’était la mairie que nous allons quitter.

« Il y avait déjà un progrès considérable. Comme je l’ai dit, on avait fait des écoles, on avait aussi installé une bibliothèque. On sentait la poussée en faveur de l’instruction.

« La commune grandissait toujours.

« Dans une plaine qui en dépendait, entre le chemin de fer et la Seine, naissait une nouvelle section : Alfortville.

« Ce rejeton était si vivace, qu’en fort peu de temps, il fut aussi grand que sa. mère, et, comme tous les enfants lorsqu’ils se sentent des ailes, il prit son vol.

« En 1885, la commune d’Alfortville était fondée ; elle est aujourd’hui plus importante que la nôtre ; cela fait toujours honneur d’avoir des enfants vigoureux et bien venants.

« Y a-t-il rien de plus significatif, au point de vue de lévolution démocratique, que ces installations fréquentes de mairies, maisons de tous, dans des demeures quasi-princières, dont une seule famille jouissait ?  …

« Merci à tous, qui, invités ou non, êtes venus en si grand nombre assister à cette cérémonie, et contribuer ainsi à en augmenter l’éclat vous avez voulu, avec raison, que nos hôtes puissent emporter le meilleur souvenir de la population de Maisons-Alfort et de ses environs, toujours si sage et si dévouée à la République. » 

M. Gervais, prenant la parole à son tour, s’exprima ainsi :

« Messieurs,

« Je viens, répondant à votre aimable appel, apporter au nom du conseil général de la Seine, mes félicitations à la commune de Maisons-Alfort, pour l’œuvre aujourd’hui achevée.

« Vous savez avec quel empressement l’assemblée départementale s’associe à ces entreprises par lesquelles doit se fortifier l’action démocratique, et c’est avec une vive satisfaction que le conseil général seconde les efforts des communes, dans tout ce qui peut contribuer à rendre plus facile et meilleure la vie communale.

« C’est par la commune, en effet, qu’on peut apprécier les bienfaits qu’on ne manquera pas de retirer d’une action républicaine et fraternelle.

« La commune, c’est « la plus grande famille ».

« A elle se rattachent les faits essentiels de notre existence légale, et c’est à la mairie, son expression officielle, que viennent se fixer et s’inscrire les grands événements – heureux et malheureux – de notre vie sociale.  …

« Dirai-je que, en dehors de votre dévouement commun aux intérêts publics, elle a été facilitée par vos qualités, et que votre cordialité, et la franchise qui l’assortit, font ensemble l’agrément et l’utilité de vos rapports. Dirai-je que votre conseiller général est un républicain ardent ; que ses convictions sont secondées par une intelligence active et éclairée, un caractère probe, un dévouement toujours en éveil, une autorité scientifique incontestée, et que la fidélité chez l’homme politique n’a d’égale que la sûreté chez l’ami.  …

« Et c’est pourquoi je viens ici vous apporter le témoignage de notre amicale sympathie, et vous dire que nous. nous réjouirons toujours de vous aider dans vos œuvres, servant avec vous et par vous la cause républicaine et démocratique. »

Puis M. Barrier :

« Mes chers concitoyens,

« Permettez-moi de joindre mes plus vives félicitations à celles que les orateurs précédents viennent si justement d’adresser à la population de Maisons-Alfort, à son conseil municipal, aux organisateurs de cette fête.

« Mon vœu le plus ardent est que votre nouvelle mairie demeure, plus encore que l’ancienne, le sanctuaire de vos libertés, de vos franchises ; qu’elle n’abrite jamais que des administrateurs intègres, de sincères défenseurs de la démocratie et de la République ; que, née du concours de tous, elle reste toujours le symbole de votre union, de votre solidarité, aux heures de tristesse ou de joie.

« Je remercie bien affectueusement mes excellents amis, M. le maire de Maisons-Alfort et M. Gervais, président du conseil général, des paroles flatteuses dont ils ont bien voulu m’honorer.

« Tout autre que moi, croyez-le bien, vous eût aidés avec le même empressement, le même dévouement, beaucoup mieux peut-être, car, en essayant de faire mon devoir, il me reste toujours quelque crainte de ne pas avoir assez servi vos intérêts comme ils méritaient de l’être.

« La présence de l’un des plus sympathiques conseillers suburbains, de l’un des meilleurs d’entre nous, à la tête du conseil général est, en même temps qu’un grand honneur, d’un excellent augure pour la banlieue. Nous avons voulu y voir le signe que Paris – consent, plus que par le passé, à faire avec nous l’indispensable, pour assurer la prospérité de sa ceinture suburbaine appelée dans l’avenir à être terre parisienne ; que, ce faisant, c’est encore bien travailler pour lui que de mieux travailler pour nous.  …

« Je tiens à remercier à mon tour, M. le Préfet de sa promesse d’être des nôtres aujourd’hui et qui mieux est, de s’être souvenu de la parole donnée.

« Nous lui sommes reconnaissants d’avoir accepté d’inaugurer la série de ses visites suburbaines par l’une des plus modestes communes du département.  …

« Jai foi dans la loyauté, la droiture, la sincérité de M. le Préfet, et je compte en votre nom ses bonnes intentions pour la prospérité de nos communes, et le bien de la République. »

Après les allocutions de MM. Alexandre Lefèvre et Baulard, M. le Préfet remercia les orateurs précédents pour les paroles cordiales qu’ils lui avaient adressées.

« J’ai tenu, a-t-il ajouté, à marquer, par ma présence au milieu de vous la sollicitude constante que je porte à toutes les communes de la banlieue, dont les intérêts sont intimement liés à ceux de la ville de Paris. »

Puis il remit au nom du ministre de l’intérieur, les palmes académiques au docteur Morisson, médecin de l’état civil des écoles et du bureau de bienfaisance, et à M. Martigny, trésorier de la caisse des écoles et administrateur du bureau de bienfaisance.

Assistaient également à cette inauguration :

MM. Le Roux, directeur des affaires départementales ; Bruman, secrétaire général de la préfecture de la Seine ; Capdeville, conseiller d’arrondissement ; Hétier, ingénieur en chef ; Pérard, ingénieur ordinaire, la plupart des chefs de service de la préfecture, les maires et adjoints des communes environnantes, et bon nombre de personnages officiels dont les noms nous échappent.

Cette fête se continua et se termina par un lunch, un banquet et un bal ; elle fut parfaitement réussie d’un bout à l’autre.

La plaque commémorative placée sous le péristyle porte l’inscription suivante :

LE 12 JUILLET 1896

Cette Mairie a été inaugurée

 Sous la Présidence de M. DE SELVES, préfet de la Seine

M. CHENAL étant Maire.

MM. PERINELLE et SOURBER, adjoints :

MM. Faitot, Joubert, Pestat, Rasse, Fleutiaux, Delion, Lebon, Fischer, Champion, Brousse, Bonneterre, Renard, Pouillet, Maréchal, Durst, Peyrounil, Faivre, Millot, Courties, Depesmes, Conseillers municipaux.

Georges Guyon, architecte.

Nous avons donné les noms des maires des communes du canton de Charenton en 1790, voici ceux de leurs successeurs en 1896 :

Charenton (chef-lieu) M. Dussault ; Saint-Maurice (créée depuis), M. Gaultier ; Maisons-Alfort, M. Chenal ; Créteil, M. Grinoux ; Bonneuil, M. Gross ; Alfortville (créée depuis), M. Lemainque.

Depuis 1892, Créteil et Bonneuil font partie du canton de Saint-Maur.


[1] M. Gervais a été élu député en 1898.

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Histoire de Maisons (II-5) : de l’An X à 1815

de l’An X à l’An XIV

DEUXIEME PARTIE – Sous la Révolution et le Premier Empire

CHAPITRE Cinq

An X – Voici la reproduction d’un projet de dépenses pour l’an X, présenté par le maire à son conseil, sous une autre forme que les précédents

CHARGES LOCALES DE L’AN X.

Le Maire soumet au conseil l’état des dépenses comme charges locales, pour l’an X, ainsi qu’il suit :

Pour garde nationale  173  fr

Remontage de l’horloge et affiches   72

Chemins vicinaux  200

Registres de l’état civil  12

Tables décennales  6

Entretien des couvertures de l’horloge, du corps de garde et du lieu d’assemblée   125

Bulletin des lois   6

Frais de mairie   300

Prix d’émulation  25

Loyers des instituteur et institutrice 200

Entretien de l’horloge   36

Pour établir des marques, tant à l’échelle du pont de Charenton qui est sur cette commune, qu’à divers autres endroits de la commune où l’eau a monté cette année, pour servir de niveau 

                                                             60    }

Réparations au cimetière          600    }

                                                           660

                                                    _______

Total général                                1 815  fr

Le Conseil accepte ce compte.

Pendant la session où ce budget fut voté, le maire exposa la situation de la commune, manifestant de nouveau le regret que des biens communaux eussent été aliénés sans utilité, et proposa d’en revendiquer la propriété ; il ne semble pas qu’il eût été donné suite à cette idée.

L’état des charges locales, reproduit ci-dessus, avait pour utilité d’éclairer le conseil sur les dépenses annuelles à prévoir, et, par suite, sur l’importance des sommes à affecter aux améliorations projetées. Le conseil, en l’approuvant, apprit avec satisfaction qu’il y avait en caisse un reliquat net de 2 769 fr. 33.

Le vœu fut émis qu’on construisit un pont à Choisy, où il n’y avait qu’un bac. On nomma un garde champêtre, qui devait toucher 600 francs par an, payés par les propriétaires de terres, au prorata des surfaces leur appartenant ; enfin on examina et approuva les comptes de quatre exercices, pendant lesquels cette formalité n’avait pu être remplie, soit des ans V à IX.

TABLEAU DE RECENSEMENT DES CONSCRITS DE DEUX ANNEES TIRANT ENSEMBLE

« Désignation des conscrits de l’an IX et de l’an X. »

RESULTAT AN IX. 

Ont été appelés, 54 conscrits

Supplémentaires (21) :  Absents 14, Provisoire, devant justifier qu’il a satisfait à la loi  1,   Infirme  1, A défaut de taille   5

Exceptés  (7)   :  Elèves militaires  3,  Ayant satisfait dans d’autres communes 4  

Désignés (17) :  Pour l’armée active  8, Pour la réserve  9 

Non désignés  (9) 

 AN X.

Ont été appelés, 48 conscrits

Supplémentaires (18) :  Absents 9, Provisoire, devant justifier qu’il a satisfait à la loi  2 , Infirmes  7,   A défaut de taille 3

Exceptés (6) :  Elèves militaires 3,  Ayant satisfait dans d’autres communes 3

Désignés (16) :   Pour l’armée active   8, Pour la réserve  8

 Non désignés  (8) 

Pour l’an IX, sur dix-sept conscrits appelés faire partie de l’armée, treize étaient élèves à l’Ecole d’Alfort, et l’an X, sur seize, douze étaient dans le même cas.

Le maire était vraiment un magistrat heureux auquel tous les déplacements étaient évités ; non seulement il avait chez lui « le greffe de la municipalité », mais le tirage au sort s’y faisait également.

Nous avons assisté en quelque sorte au départ des volontaires en 1792 ; ils ne revinrent pas tous, mais parmi ceux qui revirent leur commune natale, quatre étaient, en l’an X, pensionnés à raison de leur blessures ; c’étaient :

Pierre Butry, ex-dragon ; Noël Picard, fusilier ; Jacques Roger, hussard ; Antoine Picard, tambour, qui touchaient respectivement, comme pension annuelle, 49, 50, 52 et 89 francs. A défaut de grades, ceux-là avaient récolté un peu de gloire, une infirmité et une maigre rente.

Les habitants protestaient au sujet d’une barrière qui était toujours établie au bout du pont, « et où on leur fait payer un droit de passe pour rentrer chez eux tout comme s’ils allaient à Boissy où à Villeneuve ». Ce droit était exigé pour chaque attelage ; on ne voit pas s’ils en obtinrent l’exemption.

Ils se plaignaient également que le contingent communal foncier et mobilier exigé par l’Etat fût trop élevé, faisant remarquer « que depuis l’an VII les employés de l’Ecole payent la contribution mobilière directement à l’Etat, qui la retient sur leur traitement, sans que le contingent communal ait été diminué d’autant ».

On demandait « une meilleure répartition et une révision dudit contingent, les habitants faisant la comparaison avec les communes voisines, et quittant Maisons-Alfort parce quon y est trop imposé ». C’est un refrain connu depuis longtemps, comme on le voit, et qui malheureusement ne parait pas devoir être oublié de sitôt.

L’argent des impôts a été de tout temps le plus regretté par ceux qui le versent ; avant 89, on se plaignait de la taille, de la corvée, des capitations, des aydes et gabelles, ainsi que de la dîme  ; après des impôts foncier, mobilier et des patentes, c’est-à-dire, comme maintenant, de tous ceux existants. Il n’y a jamais eu qu’un impôt considéré par les plaignants comme légitime, c’est celui auquel ils échappent et qui ne frappe que les autres.

AN XI – Le gouvernement, voulant rétablir régulièrement le culte catholique, avait demandé des renseignements sur l’état de l’église, du presbytère et du cimetière ; il résulte de ceux fournis « que l’église, en tant que gros œuvre, était en bon état ; qu’il n’y avait plus de presbytère  ; que le cimetière de 190 toises superficielles suffisait aux besoins du moment et était clos. L’église recevait habituellement environ de trois à quatre cents personnes ; il n’y avait dans la commune que des catholiques ».

Sur avis de l’autorité supérieure, on défendit de sonner les cloches sans autorisation et il fut prescrit « d’interdire toute mission de « prêtres ambulants », qui répandent le fanatisme dans les villages, en se plaignant de persécutions. »

Il y eut une inondation suivie de fortes gelées ; l’eau couvrait le carrefour d’Alfort, et, à la pointe de l’Ecole, il y en avait un pied de hauteur. Il y eut aussi tellement de givre que les branches des arbres en cassaient sous le poids.

En revanche, l’été fut très sec ; entre le 3 janvier 1802, et le 10 août, même année, l’étiage, au pont, différa de 24 pieds 6 pouces.

An XlI – On commence à songer à la propreté, jusque-là fort négligé ; le maire, après avis du conseil, décide que désormais, à l’appel d’une sonnette, les rues devrons être balayées par les riverains.

An XlII – Par suite d’instructions de l’administration préfectorale, les comptes et budgets seront à l’avenir établis en double, pour qu’une expédition soit fournie à la sous-préfecture, à fin d’examen et d’approbation ; il est fait un rappel sur ceux des quatre années précédentes. Un percepteur et son fondé de pouvoir sont installés à Charenton.

1800 à 1811 – Pendant cette période, et, en général, toute celle de l’Empire ; la commune semble se désintéresser complètement des guerres qui ensanglantent l’Europe et de la gloire qui en résulte pour nos armées ; à aucun moment, il n’est non plus question de la personne de l’empereur, ni d’un fait politique quelconque.

Il semble que la commune possédait un terrain près du Moulin Neuf, car il fut planté là des arbres pour faire une promenade  ; peut-être s’agit-il des Sept arbres ? On voit aussi qu’il y avait une pompe à incendie à l’Ecole d’Alfort, dont les seaux, en cuir, coûtaient 4 francs pièce ; c’était cher, mais pas commode.

En 1811, le budget commence a grossir ; il s’élève en recettes à 3 266 fr 45 et en dépenses à 2 491 fr 41.

1812 – Le contingent, pour l’Etat et les centimes communaux, était établi ainsi à cette époque

                 Impôt foncier                                             13 343  fr    39

                 Impôt des portes et fenêtres                       1 714        35

                 Impôt personnel-mobilier                          4 603        62

                 Impôt des patentes                                      3 159        80

                                                                                ___________

                                 Total                                        22  821 fr    66

1813 – M. Dodun, marquis de Kéroman, ancien officier, habitant le Château-Gaillard à Alfort, fut nommé maire en 1813 ; il garda les fonctions pendant quarante-trois ans.

1814 – Nous avons dit que les événements de l’Empire n’avaient pas laissé de traces dans les archives communales ; mais on ne saurait passer sous silence la conduite héroïque des élèves de l’Ecole Vétérinaire, qui, le 3 mars 1814, soutenus par quelques troupes régulières et des canons, défendirent vaillamment le passage du pont de Charenton contre les Alliés ; ils avaient barricadé la route et crénelé les murs de l’Ecole ; cette défense fut malheureusement inutile, et le pont pris quand même. L’un deux trouva la mort dans ce combat ; il se nommait Jean Pigeon ; un modeste monument lui a été élevé dans le parc de l’établissement et une rue de Charenton porte son nom.

1815 – Au moment du passage et de l’occupation des troupes étrangères, il fut fait des réquisitions, notamment pour transports ; le montant s’en éleva à 7 273 fr 04. Une partie de la dépense put être prise sur les fonds communaux ; il fut décidé que le reste serait payé par un impôt spécial, réparti au marc le franc sur les habitants, avec exemption pour les cotes au-dessous de vingt francs. Nous nous trompions en avançant que l’Empire n’avait pas laissé aux archives de Maisons de trace de son existence ; le paiement de ces réquisitions en est une suffisamment caractéristique .

Avant de terminer cette partie, nous reproduisons quelques documents qui nous ont paru intéressants :

PROCES-VERBAL D’UNE FETE REPUBLICAINE.

« Ce jourd’hui 15 messidor, an second de la République française une et indivisible, étant réunis en assemblée générale de la Commune de Maisons-Alfort, dans le temple de l’Etre suprême, après avoir été annoncé dans toute l’étendue de la commune au son de caisse pour célébrer la commémoration du 14 Juillet 1789, jour de notre liberté, avons fait plusieurs lectures relativement à la fête, et chanté des hymnes patriotiques, et avons levé la séance, après avoir donné l’accolade fraternelle à une heure. Et signé : Gillet, Palbras, Delavault, Grumeau. »

DISPENSE D’ALLER GLANER

« Ce jourd’hui 7 thermidor, l’an second de la République française une et indivisible, s’est présenté le citoyen Poupé, qui nous a déclaré qu’il était impossible à son épouse d’aller glaner, à cause de l’état de grossesse où elle est dans ce moment-ci, que ce genre d’occupation pourrait amener un événement malheureux pour elle, attendu que l’année dernière elle a fait des fausses couches, mais elle ne travaille pas moins pour la Patrie, puisqu’elle est occupée à faire de la charpie pour ses défenseurs. mais le citoyen Poupé déclare qu’il a déjà été, et qu’il ira encore dans la plaine se rendre à l’invitation de la municipalité.

« Et a signé : Gme Poupé. »

PROCES-VERBAL D’UNE SEANCE

« Après la cérémonie faite des citoyens Bara et Viala, ce jourd’hui 10 thermidor, à deux heures après midi, ayant reçu plusieurs lettres du directeur du district de l’Egalité, et une contenant des décrets … nous nous sommes constitués en permanence, et mis la garde nationale en activité.

 « Copie de ladite lettre :

« District du Bourg de l’Egalité, département de Paris, extrait du procès-verbal de la Convention nationale du 9 thermidor.

« La Convention nationale a mis hors la loi Henriot, le maire de Paris, et tous les membres du conseil général de la commune, qui se sont déclarés en rébellion, et qui ont reçu dans leur sein les individus décrétés d’arrestation dans les séances de ce jour … La Convention nationale, après avoir entendu les comités de sûreté générale, et de salut public, décrète que Robespierre l’aîné, et tous ceux qui se sont soustraits au décret d’arrestation rendu contre eux, sont mis hors de la loi … La Convention nationale décrète que le nommé Henriot, ci-devant commandant la garde nationale, est mis hors de la loi. »

AUTRE LETTRE DE L’AGENT NATIONAL DU DISTRICT

« Le 10 thermidor, « 4 heures du matin », les administrateurs et l’agent national,

« Au conseil général des communes,

« Nous nous empressons de vous transmettre cinq décrets d’hier, vous les proclamerez sur-le-champ, et solennellement dans toute l’étendue de votre commune.

« Réunissez-vous à votre poste, restez-y en permanence ; que la garde nationale soit sous les armes ; zèle et célérité dans l’exécution nationale, voilà notre devoir à tous ; que tous ceux qui passeront par votre commune vous justifient de leur passeport, et carte de sûreté.

       « Vive la Convention !    Vive la République ! »  

AUTRE FETE REPUBLICAINE

« Ce jourd’hui deux pluviôse de l’an III de la République une et indivisible, dix heures du matin, nous Maire, Officiers municipaux, et membres du Conseil général de la commune, réunis au lieu ordinaire de nos séances, pour y célébrer d’après le décret de la Convention nationale du 19 nivôse, l’anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français, nous avons fait publier au bruit de la caisse, dans l’étendue de la commune, le décadi trente nivôse, que ce jourd’hui à une heure on se réunirait. On était avec grand nombre de citoyens et citoyennes composant la commune, un membre a donné lecture du décret, et du procès-verbal de la Convention, du 19 nivôse ; on a aussi donné lecture du troisième rapport fait par Grégoire, sur le Vandalisme, envoyé aux autorités constituées, et terminé l’assemblée par des chants patriotiques et des cris de Vive la République ! » 

FRAGMENT  D’UNE DELIBERATION

«   … Et le Conseil a arrêté que sur la part qui lui a été accordée à prendre dans le bois de Vincennes, il en sera accordé « aux artistes » vétérinaires tant bourgeois que militaires la quantité de neuf cordes de « bois de charbon », et avec invitation qui leur sera faite, que dans le cas où l’Ecole serait transférée à Versailles … qu’ils remettraient à la disposition de la municipalité ce leur en resterait. » 

UNE ASSEMBLEE ELECTORALE

« Ce jourd’hui neuf heures du matin, an V de la République. Nous Maire, Officiers municipaux procureur de la commune et Notables, composant le Conseil général, d’après la convocation de la municipalité du chef-lieu, et les annonces faites dans cette commune le dix présent mois, portant que ce jour, lieu et heure, il serait procédé à une assemblée générale des habitants pour la nomination d’un agent municipal et un adjoint pour former le corps municipal du canton, et nous étant rendus dans le temple, et y avons fait sonner les cloches, pour prévenir de nouveau de la tenue de ladite assemblée, et après avoir attendu jusqu’à midi, voyant qu’il ne se présentait person­ne pour voter, nous avons remis l’assemblée à cinq heures du soir audit lieu, laquelle sera de nouveau annoncée au son de la cloche.

«  Et avons signé. » 

SEANCE IN EXTREMIS

« Ce jourd’hui trois pluviôse de l’an IV de la République une et indivisible, nous, ex-Maire, ex-Officiers municipaux, ex-Procureur, ex-Notables, composant le ci-devant conseil général de la commune, réunis en assemblée extraordinaire à six heures du soir, en la chambre de commune, à l’effet de faire la clôture du registre de nos délibérations, avons déclaré d’après la nomination à nous notifiée, en assemblée du canton le premier du présent mois, du citoyen Brisset pour agent municipal de la commune de Maisons-Alfort, charge qu’il a déjà accepté et déjà rempli les fonctions ; en conséquence, la municipalité est dissoute et nos fonctions cessent, et chargeons le citoyen Grumeau, ex-secrétaire de la municipalité, de lui faire la remise des titres et papiers dépendant de ladite municipalité, les deux cachets, les deux caisses, les clefs du corps de garde d’Alfort, et celle de la chambre commune, de tout quoi il prendra décharge.

« Et ont signé. »

CARTE DE SURETE (AN IX)

« Philibert Chabert, directeur de l’Ecole Vétérinaire, né à Lyon, département du Rhône.

« Signé : Chabert. » »

DECLARATION DE SEJOUR (AN XI).

« Jacques, Pierre Chaumontel [1] né à Caen, département du Calvados, âgé de quarante-six ans, m’a justifié d’un laisser-passer de la préfecture de police ainsi conçu : (n0 300) Paris, le 26 brumaire an XI, laissez passer et circuler librement de Paris à Alfort, département de la Seine, le citoyen Jacques-Pierre Chaumontel, natif de Caen, département du Calvados, âgé de quarante-six ans, placé récemment, sous ma surveillance pour prévention d’émigration, et affranchi par décision du ministre de la police en date du 16 fructidor, et comme amnistié le 4 messidor précédent, reçu à son arrivée dans la commune devant l’autorité locale, pour y faire déclaration de domicile, et se faire inscrire au tableau de la population pour l’exercice de ses droits civils le présent valable pour cinq jours.

« Pour le Conseiller d’Etat-Préfet.

« Signé : Léger.

« Signé : J.P. de Chaumontel. »

VISA DE PASSEPORT.

« Pierre Lafforest, né à Moustier, canton de Sauvelat, département du Lot-et-Garonne, âgé de vingt six ans, lequel a déclaré être dans l’intention de suivre les cours à l’Ecole Vétérinaire et est logé chez le citoyen Roger Godart, m’a justifié d’un passeport délivré à Castel-Moron, arrondissement de Marmande, département du Lot-et-Garonne, et a signé.

« Lafforest » 

PUBLICATION DE MARIAGE

« Entre René Louis Victor Mans Latour du Pin, fils de Jean, René Latour du Pin, et de Louise Charlotte Béthune Pologne, son épouse, et Honorine Camille Athénaïs Grimaldi Monaco, fille de Gérôme Joseph Marie Honoré Grimaldi Monaco, et de Françoise Thérèse de Choiseul Stainville ([2]). »

PASSEPORT DELIVRE

« (N0 48). René Victor Louis Latour du Pin, né à Paris, âgé de vingt quatre ans, élève diplomatique attaché à la légation française en Russie, pour aller avec Honorine Athénaïs Camille Grimaldi Monaco, son épouse dans les départements du Calvados et de la Manche, m’a justifié d’un passeport délivré par le général de division, ministre plénipotentiaire en Russie, le 28 fructidor an X (n0 74). Témoins : François Godin et Jean Crétin, tous deux domiciliés en cette commune.

« Et ont signé : …

Marmontel, dans ses mémoires, dit avoir habité Maisons, chez une dame Gaulard  ; il y reçu le comte de Creutz, mécène suédois. Il y reçu également Grétry, avec lequel il travailla à divers ouvrages et notamment le Héron et Lucile, que ce dernier mit en musique.

L’habitation de son amie « était une maison simple et modeste ». Il aimait à se promener dans un bosquet près d’Alfort ».

Il est de tradition, dans le pays, que Robespierre habita le château où vient d’être installé la nouvelle mairie. D’après Dulaure, d’accord en cela avec les anciens du pays ; « Robespierre posséda pendant quelque temps une habitation à Maisons ». Nous n’avons trouvé aucune preuve de ce fait, ni dans les archives communales ni ailleurs.

Entre autres personnages notoires, non encore désignées, qui habitèrent Maisons avant 1815, nous avons trouvé :

MM. de Saint-Martin, de Miroménil, de Gaumont, de Laméricourt, le prince de Salm-Hohenzollern, le général Berthier, le général Carra-Saint-Cyr, le président de Jassaud, MM. de Bragelonne et de Saint-Germain.

Le général Castelvert, qui habitait Conflans, était un des chasseurs attitrés de Maisons.

Une dame Anne-Marie de Beauharnais de la Grillère posséda également des immeubles à Maisons.

On trouve, sur les registres de l’an XIV, mention d’un habitant nommé Parmentier. Serait-ce l’importateur de la pomme de terre ? Ce qui pourrait le faire croire, c’est que, depuis quelques années, l’ancienne rue Saint-Rémy a pris son nom. Mais, néanmoins, rien ne prouve que le célèbre agronome ait eu là sa résidence.


[1] M. de Chaumontel était professeur à l’Ecole dAlfort

[2] La mariée était domiciliée à Alfort.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Histoire de Maisons (II-4) : de l’An V à l’An IX

de l’An V à l’An IX

DEUXIEME PARTIE – Sous la Révolution et le Premier Empire

CHAPITRE Quatre

Si l’on s’en rapporte aux indications fournies par les registres des décisions de l’administration municipale, il semble que le calme le plus grand a, dans la commune, succédé à la tourmente. Il n’y a plus de conseil, partant plus de discussions ni de contrôle, et le citoyen Brisset, agent municipal désigné d’office, qui était cultivateur à Maisons, profite de l’occasion pour faire ses petites affaires. Il se fait adjuger, par l’administration du district, les meilleures terres de la commune et de la Fabrique, dont il était locataire.

Il paie 6 arpents 1 670 francs, et d’autres à différents prix, en apparence aussi avantageux. Un nommé Meigneux, de Créteil, achète également dans les mêmes conditions 7 arpents et demi pour 4 418 francs ; c’était un peu plus cher, mais peut-être la terre était-elle meilleure.

Il n’était pas fait d’adjudication pour ces ventes ; le prix était basé sur le chiffre de loyer payé ; en raison des événements, ces locations ayant été consenties a un taux bas, l’affaire ne pouvait manquer d’être bonne.

Quoiqu’il en soit, ces opérations étaient régulières elles n’étaient critiquables, en ce qui concerne l’un des acquéreurs, qu’à cause de sa fonction. Combien d’autres, à cette époque, arrondirent leur domaine sans bourse délier ! Il y aura toujours des pêcheurs en eau trouble.

Ainsi disparaissait, par l’arbitraire du pouvoir et le manque de délicatesse de diverses personnes, la meilleure partie de ces biens communaux qui avaient pendant des siècles suffit à assurer l’existence matérielle de la commune.

Cette mainmise de l’Etat sur les propriétés communales, commencée par la Convention, se continua sous l’Empire et ne s’arrêta que sous la Restauration.

An V – Il fut fait un rapport très intéressant sur les chemins vicinaux de la commune ; on y mentionne un plan qui parait ne plus exister, mais on peut y suppléer en examinant le cadastre de 1813, qui doit en être la reproduction. Il a déjà été question de ce rapport à propos de la carte des chasses.

Nous avons donné les noms et tracés de la plupart de ces chemins ; voici quelques extraits du document qui les décrit :

« A L’ADMINISTRATION MUNICIPALE DU CANTON DE CHARENTON-LE-PONT (11 DECEMBRE 1797).

« L’an sixième de la République Française, le vingt-sept fructidor et jours suivants, hors ceux des décades et fêtes nationales, Nous, etc.

« Le territoire de la commune de Maisons-Alfort commence à la descente et sortie du pont de Charenton, et est traversé par deux routes, l’une en face du pont, qui va à Melun par Maisons, dont elle forme la grande et principale rue, l’autre, à gauche de celle ci-dessus, conduit à Troyes par Créteil en traversant Alfort, dont elle forme la Grande-Rue.

« Le territoire est en outre coupé par vingt et un chemins vicinaux.

« Il y en a deux principaux qui traversent toute la longueur du territoire, et sur lesquels presque tous les autres prennent naissance ou aboutissent, ou qu’ils traversent.

« L’un à droite de la route de Melun, en venant de Charenton, est connu sous le nom d’ancien chemin de Villeneuve.

« L’autre traversant la route de Troyes à la sortie d’Alfort, et passant derrière l’Ecole Vétérinaire, est appelé le Chemin Vert.

« CHEMINS DE HALAGE.

« Il y a deux chemins de halage … l’un à droite conduisant la Bosse de Marne, l’autre à gauche du côté de Charentonneau … Ils le sont surtout à cause du pâturage des bestiaux … mais encore pour décharge des marchandises ; celui à gauche l’est en outre aux habitants d’Alfort pour l’usage de la rivière, et la communication du Moulin Neuf et de celui de Charentonneau.

« ANCIEN CHEMIN DE VILLENEUVE.

« Il prend naissance à droite de la route de Melun en venant de Charenton.

« Il continue de la même manière jusqu’au pont Japhet ou Josset, ayant à la gauche, rangées sur le bordage, de grosses pierres qui faisaient vraisemblablement les accotements de son ancien pavé, et l’autre partie totalement rompue par les labours, ne laissant de vestiges que ce qui n’a pu être labouré, les restes de culées du pont indiquent que le chemin y avait huit doubles mètres, (48 pieds) … son utilité est largement démontrée.

« CHEMIN VERT.

« Ce chemin prend naissance sur le halage à gauche du Pont de Charenton, vis-à-vis le Moulin Neuf où il a onze mètres (33 pieds) de largeur. … Il a huit doubles mètres (48 pieds) à la naissance du chemin de Charentonneau, jusqu’à celui de l’Y …

La dénomination de ce chemin et la grande largeur qu’il a en général prouvent combien il est utile au pâturage ; il l’est encore, pour la communication de Charenton et Alfort à Maisons, aux Mêches, Mesly, Créteil, Saint-Maur, etc., et au service du Moulin Neuf et de celui de Charentonneau.

« CHEMIN DE CHARENTONNEAU.

« Il commence sur et à gauche du « Chemin Vert » », au-dessus de celui de la « Petite rue », et traversant la route de Troyes, il aboutit aux ferme et moulin de Charentonneau … Il est utile au pâturage, mais surtout aux communications des ferme, château et moulin de Charentonneau, et à l’exploitation des terres. »  …

Le rapporteur constate que les chemins avaient primitivement, pour la plupart, une largeur bien supérieure à celle subsistant qu’ils ont été rétrécis, et, dans certaines parties, supprimés par les labours des riverains ; il observe que « l’art. 20 de la loi du 28 septembre 1791, section 4, veut que les administration protègent par tous les moyens qui sont en leur pouvoir la multiplication de tous les troupeaux et de tous les bestiaux de races étrangères, utiles à l’amélioration des espèces de la République. …

« L’administration maintiendra des chemins qui peuvent fournir au pâturage des bestiaux, dans les largeurs qu’ils avaient anciennement, et qui n’ont été diminués que par des usurpations. »

An VIII – Le 19 thermidor, conformément à la loi de pluviôse, Roger, fils aîné, est installé comme maire, et nommé, ainsi que l’adjoint, par le Préfet.

Le Conseil était composé de dix membres : MM. Brisset, cultivateur ; Daix, maître de poste ; Chabert, directeur de l’Ecole Vétérinaire ; Milcent, entrepreneur ; Gouffé, boulanger ; Courtaigne, aubergiste ; Viet, cultivateur ; Lacour, meunier ; Millet, jardinier botaniste à l’Ecole ; Roger père, propriétaire.

Durant la période qui venait de s’écouler, conformément aux décrets des ans III et IV, les communes avaient été groupées en canton, et administrées chacune par un « agent municipal » et un adjoint, placés sous l’autorité de l’agent national dudit canton qui seul possédait un conseil.

Ces agents avaient été, pour Maisons : Brisset, Roger, Petiteau, Lajoie, et, par intérim, François dit Alexandre, ce dernier habitant Charenton.

A défaut de mairie, le nouveau conseil fit ses réunions en la demeure du maire à Alfort.

Au cours de la session, on constate que les comptes n’ont été ni examinés ni approuvés depuis plusieurs années ; que les chemins ont été envahis, les clôtures du cimetière démolies, les arbres abattus, tant dans le cimetière que dans la plaine, et que l’instruction n’est plus donnée régulièrement aux enfants.

Le maire attire également l’attention du conseil sur ce fait que, avant 1790, la commune possédait diverses pièces de terre, qui, comme nous l’avons dit plus haut, avaient été vendues ‘malgré que la commune n’avait ni dettes, ni besoin d’argent, ainsi que le presbytère, dans lequel il y avait une salle pour les assemblées communales, et où les écoles étaient installées ».

Avaient été également vendues, les terres de la Fabrique, d’une contenance de 96 arpents 94 perches.

Un nommé Lecouteux s’était aussi emparé, entre autres, d’un pré au bord de la Seine, ce qui barrait l’accès de l’abreuvoir.

On révisa les comptes ; on décida que les clôtures du cimetière seraient reconstruites et qu’il serait fait des plantations d’arbres sur la place de l’église et au bord des fossés de la plaine, « pour assainir l’air » ; que les chemins seraient rétablis et que l’on demanderait la restitution des terres et du presbytère aliénés sans motifs, et des prés envahis sans droits ».

On décida également la nomination d’un instituteur chargé de deux classes, filles et garçons, et du secrétariat de la mairie, au traitement de six cents francs, indemnité de logement comprise. Moyennant ce traitement, il devait instruire gratuitement les enfants indigents, et leur fournir les livres et cahiers nécessaires.

C’était en résumé la reconstitution de la commune. Les événements politiques et la défense du territoire envahi avaient pendant quelque temps tellement absorbé l’attention de tous, que les affaires d’administration communale proprement dites avaient été absolument négligées ; c’est pendant cette période, ainsi qu’on en a vu des exemples, que se sont édifiées ou augmentées bien des fortunes foncières, par l’usurpation ou l’acquisition à bas de propriétés dont les légitimes possesseurs étaient disparus.

AN IX – L’instruction publique paraît surtout avoir attiré la sollicitude de la municipalité ; voici la copie d’un arrêté pris spécialement à son sujet ; sauf par sa forme un peu surannée, il ne déparerait pas un registre de délibérations de notre époque

« INSTRUCTION PUBLIQUE.

« Les Maire et Adjoint de la commune de Maisons-Alfort ; considérant que la surveillance des écoles primaires fait une partie essentielle et nécessaire de leurs fonctions ;

« Que ces écoles sont plus fréquentées qu’elles ne l’ont été jusqu’à présent ;

« Que lors des différentes visites qu’ils y ont faites, ils ont remarqué avec une vive satisfaction, et le zèle et le progrès de plusieurs élèves, qu’un témoignage public de cette satisfaction ne peut qu’encourager les maîtres, et exciter l’émulation des élèves ;

« ARRETENT CE QUI SUIT :

‘ »ARTICLE PREMIER

« Les premier, deuxième, quatrième et cinquième jours complémentaires, il sera ouvert dans le temple de la commune de Maisons-Alfort, depuis dix heures du matin jusqu’à midi, un concours public. Ce concours aura lieu en présence des Maire, Adjoint, et membres du Conseil municipal, qui jugeront du progrès de chacun des élèves, et tiendront des notes en conséquence.

« ART. 2.

« Les instituteur et institutrice de cette commune seront invités à présenter leurs élèves à ce concours. Les pères et mères qui se livreraient eux-mêmes à l’instruction de leurs enfants pourraient également les y présenter.

« ART. 3.

« Il sera distribué des prix ; savoir : un à chacun des deux élèves qui auront été jugés les plus instruits dans la lecture, l’écriture, et les calculs élémentaires. Ces prix consisteront en livres d’instruction.

« Il sera distribué aussi un prix de sagesse à l’élève qui se sera le plus distingué par son assiduité au travail, et aux instructions, et par son respect et sa soumission envers ses père et mère.

« Il sera aussi distribué des certificats honorables aux élèves qui, après ceux qui auront obtenu les prix, auront témoigné le plus de zèle et d’application.

« ARTICLE 4 ET DERNIER.

« La distribution des prix se fera dans le temple de la commune, avec toute la solennité possible, par les Maire, Adjoint, et membres du Conseil municipal, le cinq vendémiaire prochain à onze heures du matin ; il sera dressé acte de cette distribution, lequel contiendra les noms des élèves qui auront obtenu des prix et des certificats, ainsi que les noms des maîtres auxquels ils devront leurs progrès ; copie de cet acte sera adressée au Sous-Préfet de l’arrondissement communal de Sceaux.

« Le présent sera publié dans la commune, et pareillement adressé au Sous-Préfet, pour être revêtu de son approbation.

« Fait à la Mairie, le 15 fructidor an IX.

                                                      « Fertelle Adjoint.          Roger fils aîné. Maire. »

Quelque temps après, avait lieu solennellement dans le temple, dans l’ordre indiqué, le concours et la distribution des récompenses aux élèves méritants. Nous croyons devoir indiquer les noms de ces premiers lauréats ; ce sont : Rémy Palbras et Henri Bruneau ex‑æquo, et Pierre Ivert. Il ne fut pas accordé de prix de sagesse, ce qui prouve que de tout temps la jeunesse de Maisons, ou d’ailleurs, fut turbulente.

On félicita publiquement une dame Feuillet, « comme ayant, dans les temps les plus désastreux, continué à instruire les enfants de la commune ; elle reçoit l’expression publique de la reconnaissance de tous ».

Nous connûmes plus tard une autre dame Feuillet, qui, elle aussi, sut mériter l’estime et la reconnaissance de tous, en exerçant pendant près de cinquante ans la profession de sage-femme, et, bien souvent, sans réclamer d’honoraires. Elle obtint tardivement un prix Monthyon, qui ne pouvait être mieux placé.

Elle repose dans le cimetière de Maisons, dans un terrain mis gratuitement à la disposition de la famille par le Conseil municipal.

L’impôt des patentes avait été institué ; nous trouvons un cabaretier payant 25 livres, un entrepreneur 26, un menuisier, 20, et un regrattier 4.

De l’an IV à l’an IX, le registre des actes administratifs, qui remplaçait celui des délibérations, était fort irrégulièrement tenu avec de nombreux blancs. On y trouve surtout la copie de demandes de permis de chasse, de passeports, de cartes de sûreté, et de déclarations de séjour ; beaucoup de ces dernières s’appliquent à des mariniers, ce qui démontre que la marine était très active sur la Marne.

On ne pouvait aller de Paris à Maisons sans un passeport le directeur de L’Ecole Vétérinaire lui-même, – qui avait été arrêté un moment, – n’était pas exempt de cette formalité. Il fallait une carte de sûreté pour éviter d’être considéré comme suspect, et, pour résider en un point du territoire autre que celui d’origine, un permis de séjour, qui était exigé même des personnes ayant un passeport, obligées de s’arrêter temporairement en route.

Il y avait à l’Ecole Vétérinaire des élèves bergers, et des élèves en agriculture, soumis à la même règle.

Le culte avait été rétabli ; on payait au desservant 450 livres pour traitement et indemnité de logement. L’orgue de l’église avait été fortement endommagé lorsqu’on voulut s’en servir de nouveau, la réparation coûta 630 livres.

Pour la première fois, il avait été fait, l’année précédente, un budget de prévisions, fort simple, comme on va le voir, calculé en francs et centimes

            RECETTES.

Location des terres communales, à Courtaigne.   325  fr

                          –                           à Brisset  450

Rôle foncier  972

    –   mobilier 208

                                          ______________

               Total des recettes  1 955 fr

DEPENSES.

1° Entretien de l’horloge  60 fr

2° Afficheurs  50

3° Abonnement au Bulletin des lois  6

4° Achat du cachet de la mairie   18

5° Entretien du temple  150

6°        –        des chemins vicinaux   200

7° Frais de mairie  300

BUDGET SUPPLEMENTAIRE.

Pour réparation du cimetière  600 fr

Registres de l’état civil  12

Pour confection du compte  25 fr 48

                                                     ______________

                       Total                      1 421 fr 48

Plus impositions pour les biens communaux  251

                                                                           ______________

                       Ensemble                                      1 672  fr 48

COMPTE DE GESTION.

Les recettes ont produit :

Impositions  944 fr

Location des biens communaux   775 fr

                                       ______________

                        Total              1 719 fr

Les dépenses se sont élevées à     1 662

                                                              ______________

Il reste un excédent de      57 fr

En comparant ces comptes aux derniers qui ont été reproduits, on remarque que les recettes se sont modifiées par la diminution du montant des locations de terres communales résultant de la vente d’une partie de ces terres. On voit apparaître le produit des impôts foncier et mobilier, qui ont remplacé ceux existant avant 89, et sur lesquels les communes ont commencé à appliquer des centimes additionnels.

Comme nouvelles dépenses, on trouve le Bulletin des lois et l’acquisition d’un cachet d’un prix élevé, qui, entre parenthèses, devait s’user rapidement, ou changer de forme, car on voit cette dépense se renouveler assez fréquemment. Les frais de mairie sont également nouveaux, ainsi que l’achat de registres de l’état civil, et aussi un crédit pour entretien des chemins. On s’explique la modicité de ce dernier crédit, malgré le grand développement des voies de communication, par ce fait que, comme nous l’avons vu plus haut, elles servaient surtout au pâturage des bestiaux : l’herbe qu’on y pourchasse aujourd’hui en était le plus utile et le plus bel ornement.

Quoi qu’il en soit, ce budget n’est guère plus important, en tenant compte de la modification dans la valeur de l’argent, que ceux des environs de 1700. Il est vrai de dire que la population elle-même n’avait guère varié et que les services communaux étaient restés presque aussi rudimentaires.

A titre de curiosité, et en raison de la célébrité des personnages qui l’ont signé, nous donnons copie d’un acte de mariage fait à Maisons en l’an IX.

« Du septième jour du mois de floréal an neuvième de la République française, huit heures du matin, acte de mariage de Henri-François-Marie Charpentier, âgé de trente-trois ans, né à Soissons, département de l’Aisne, le 23 janvier 1769, profession général de brigade, demeurant à Vailly, département de l’Aisne.

« Fils majeur de …

« Et de Marie-Constance-Euphrosine Dubayet, âgée de seize ans, née à Grenoble, département de l’Isère, le 4 du mois de janvier 1787, demeurant à Maisons-Alfort, département de la Seine, fille mineure de …

« En présence de François-Joseph Lefèvre, demeurant à Paris, profession de général et sénateur, âgé de quarante-huit ans, ami de l’époux ; de Jean-Charles-François Pioche, demeurant à Versailles, profession d’ingénieur des ponts et chaussées, âgé de cinquante-quatre ans, ami de l’époux ; de Jean de Dieu Soult, demeurant à Paris, profession de général commandant la garde des Consuls, âgé de trente-quatre ans, ami de l’époux, de Pierre Dupont, demeurant à Mézières, profession de général, commandant la deuxième division militaire, âgé de trente-huit ans, ami de l’époux de Jean-François Carra de Saint-Cyr, domicilié en cette commune, général de brigade, âgé de quarante-trois ans, beau-père de l’épouse ; de Jeanne-Armande-Esprit-Félix Pouchot de Jolière, épouse dudit général et mère de l’épouse …

« Et ont signé

« Aubert-Dubayet, Cara-Deveaux, Pouchot, Carra-Saint-Cyr, B. Bonaparte, Beauharnais, Pioche, Dupont, Lefèvre, Junot, Charpentier, Agar, Soult, Brochier, Recourt, Menant, Hérard, Castera, Philippe Lenoble, Guéroux.

« Porcher, secrétaire.           Roger, maire. »

Malgré l’heure matinale, tout Maisons dut être sur pied pour voir ces illustres soldats, revêtus sans doute, pour la circonstance, de leurs plus brillants uniformes.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Histoire de Maisons (II-1) : 1789 et 1790

1789 et 1790

DEUXIEME PARTIE – Sous la Révolution et le Premier Empire

CHAPITRE Premier

1789 – Voici les résultats du dénombrement qui fut fait à l’occasion de la constitution de l’Assemblée des Etats Généraux.

L’Archevêque, comme seigneur de Maisons.

Gaillard de Charentonneau, seigneur haut justicier de Charentonneau, d’Alfort et de la paroisse.

Marquis de Chambray, seigneur du fief de Saint-Plerre.

Le Chanteur, seigneur du fief de l’Image.

L’Ecole royale vétérinaire, fief de Maisonville, par l’Archevêque, au château d’Alfort.

Flaust, Curé.

Dufour, vicaire.

Vesse, chapelain à l’Ecole.

NON-NOBLES (ROTURIERS ([1]) ET BOURGEOIS)

Chabert, directeur général de l’Ecole.

Flandrin, directeur particulier.

Roger père, le plus imposé.

Lacour, meunier.

Decalogne, fermier.

Plus  114 hommes mariés.

–           24 femmes veuves.

–             4 hommes veufs.

–             2 célibataires.

Ce qui correspond à environ 720 habitants, soit une augmentation de 260 depuis 1745.

On remarquera que les femmes résistaient davantage au mariage que leurs conjoints, ce qui probablement ne décourageait pas ces derniers, puisqu’il n’y avait que deux célibataires.

Une Assemblée primaire des habitants nomma deux députés pour aller à Paris concourir à l’élection de l’Assemblée des Etats Généraux et y porter le cahier des doléances de la paroisse de Maisons.

Ce furent Jean-Antoine Roger (le Maire) et Guillaume-François Brisset qu’on désigna.

Voici la reproduction textuelle de ce document.

CAHIER DES DOLEANCES DES HABITANTS DE LA COMMUNE OU PAROISSE DE MAISONS-ALFORT

1°         Que tout privilège pécuniaire soit supprimé, et l’impôt payé par chacun des Membres des trois ordres de l’Etat, indistinctement dans la proportion de ses facultés ;

2°         Que nul impôt ne soit levé s’il n’est consenti par les Etats généraux du royaume et sa durée déterminée ;

3°         Que les Etats généraux aient leur retour périodique de trois ou cinq ans, et que leurs tenues soient arrêtées dans l’Assemblée précédente ;

4°         Que l’impôt et sa perception soient simplifiés le plus possible ;

5°         Que les aydes ([2]) et gabelles ([3]) soient supprimés ;

6°         Que les capitaineries ([4]) soient supprimées comme très nuisibles aux propriétés des citoyens, et à l’agriculture, tant par la quantité de gibier qui dévaste les récoltes, que par la gène que les cultivateurs éprouvent des gardes, et les difficultés avant la Saint-Jean de faucher les luzernes quoique en maturité à cette époque, de nettoyer leurs grains des mauvaises herbes plus tard qu’à la mi-mai, de sorte qu’il arrive souvent, lorsque le printemps est sec, que ce n’est qu’après cette époque que ces mauvaises herbes deviennent nuisibles, d’autant mieux que dans le territoire de cette paroisse, il existe vingt et une remises faisant environ vingt arpents. Dans tous les cas, la suppression est nécessaire

7°         Que les droits sur les marchandises qui passent debout dans la banlieue de Paris soient supprimés comme injustes et très onéreux au commerce, tant par leur quotité que par les vexations et les retards qu’éprouvent les voituriers, par une foule de commis qui se trouvent tant dans les lieux où il y a un bureau que sur les routes ;

8°         Que le bureau, que les fermiers du mettage à port des bateaux sur les ports de Paris ont établi depuis quelque temps à Alfort dépendant de cette paroisse de Maisons, hors la banlieue de Paris, et les droits qu’ils veulent y percevoir sur les bateaux soient supprimés comme étant une extension à leurs droits, qu’ils se sont arrogés sans aucun fondement ;

9°         Que le territoire de cette paroisse contient suivant l’arpentage fait par ordre de M. l’intendant 1 544 arpents de terres cultivables et prés, qu’il y en a plus de 800 qui ne paient pas de taille, étant exploités par des propriétaires privilégiés, ce qui procure, une surcharge au reste des contribuables de la paroisse, quoique à diverses reprises ils aient fait des remon­trances et des mémoires ;

10°       Que le sol de ce territoire est sablonneux et peu fertile, et que dans les années sèches, les cultivateurs retirent à peine leurs semences, que la plus grande partie des meilleures terres est sujette aux inondations, par les débordements des rivières de Seine et de Marne, dont le cours et la jonction circonscrivent le territoire, auquel cas ces eaux déposent beaucoup de sable, gravier et autres immondices, qui obligent les cultivateurs à de nouveaux frais de labours et fumure quand la saison le permet ;

11°       Que les baux de terres des bénéficiaires et gens de mainmorte aient pour durée neuf ans, sans que pour raison de changement du titulaire, soit que par mort, mutation ou autrement, ils puissent être résiliés, comme très contraire au progrès de la justice, et que les baux soit faits judiciairement ;

12°       Qu’il n’y ait aucune exemption pour le logement des gens de guerre, excepté le curé, et militaires en exercice ;

13°       Que la milice soit supprimée, et que dans le cas où sa suppression n’aurait pas lieu, le tirage soit fait au moins de frais possible, sans exception, même pour les domestiques des nobles et du clergé ;

14°       Que dans le nombre des habitants de la paroisse, il y a les deux tiers de manouvriers et indigents ;

15°       Qu’au total, tout ce qui sera arrêté dans le cahier général de la Prévôté de Paris, et qui tient au bien de l’Etat et au soulagement du peuple, soit demandé par les députés de ladite paroisse, comme si c’était exprimé dans les présentes. »

On peut résumer ainsi ces revendications :

1°         L’impôt supporté par tous dans la proportion de ses moyens sans aucun privilège.

2°         L’impôt voté par une assemblée et pour une durée déterminée.

3°         Assemblées délibérantes périodiques.

4°         Simplification de la perception des impôts.

5°         Suppression des impôts extraordinaires et sur le sel.

6°         Suppression des chasses royales.

7°         Suppression des droits de passe et des octrois.

8°         Suppression des droits de débarquement.

9°         (Même objet que l’article 1°).

10°       Observation que la commune est pauvre et trop imposée.

11°       Demande d’une durée garantie, pour les baux.

12°       La charge du logement des troupes supportée par tous.

13°       Suppression de la conscription, ou service militaire, pour tous.

14°       Observation que les habitants de la commune sont pauvres.

15°       Mandat (non impératif) aux députés de faire pour le mieux.

Par cette citation, on voit que Maisons était, comme on dit aujourd’hui, dans le mouvement.

Ce cahier contient, à côté de vœux d’ordre général d’un caractère élevé, des réclamations locales de bien faible importance étant donnée la gravité des circonstances.

Plusieurs des desiderata qui y sont exprimés sont toujours à l’ordre du jour, sous un titre ou une forme différente, et le seront peut-être encore longtemps ; d’autres sont réalisés.

Mais qu’il est pâle, ce cahier de doléances, auprès des programmes de ceux de nos politiciens actuels, qui disent avoir plus que tous autres l’oreille du peuple !

Il fut fait un état des domaines possédés dans la commune, par les « ci-devant privilégiés de la paroisse ». Le voici :

« La ferme de Maisonville exploitée par l’Ecole, 309 arpents ([5]), la ferme estimée 200 livres de loyer.

« Enclos de l’école, parc et jardin, 25 arpents, 46 perches, dont 10 arpents en bosquets.

« Le Château de Charentonneau à M. Gaillard de Charentonneau (en mauvais état), jardin, bosquets et les, 22 arpents, évalué 300 livres de loyer.

« Un moulin et dépendances ([6]), loué 1 970 livres.

« Le Château-Gaillard à Mme de Lety, avec enclos et jardin de 15 arpents et demi, location évaluée 400 livres.

« Moulin et dépendances de Charentonneau, évalué 2 400 livres. La ferme imposée pour 516 livres en principal.

« Fief de l’Image, loyer des constructions 400 livres ; jardin, bosquets, terres, 14 arpents 75 perches, dont 6 arpents en bosquets.

« Fief Saint-Pierre, bâtiments évalués 400 livres ; clos, 10 arpents dont 4 en bosquets ; terres, 54 arpents.

« Ferme Lecouteux.

PROPRIETAIRES DIVERS.

« Chevalier de Saint-Léger. Les religieuses de la Mercy. Marquise de Montbrun. Le collège Louis-Le-Grand. M. de Reghat. Comte de Vintimille et divers bourgeois. »

A l’aide de ces chiffres, on peut, pour celles des habitations qui existent encore, établir la comparaison entre le prix des loyers en 1789 et de nos jours.

On commença à armer les habitants ; une souscription faite parmi eux pour acheter des fusils produisit 102 livres.

1790 – Le 7 février, en vertu d’un décret, les habitants se réunirent au nombre de soixante-six dans une salle offerte par le marquis de Chambray, devenu député aux Etats généraux. Le Curé présidait cette réunion. On vota au scrutin secret. M. Roger père fut nommé maire, M. Brisset, procureur syndic, puis cinq conseillers, MM. Lecouteux, Marchand, Lacour, Bernard et Anglebert, sous le titre d’officiers municipaux, et douze notables, MM. Sauton, Quinard, Léonard, Lajoie, Petiteau, Grumeau, Ivart, Gouffé, Brisson, Noblot, Guillemard et Lecointre ; la séance avait duré de 11 heures du matin à minuit !

On se rendit le lendemain à l’église, au banc d’œuvre pour prêter serment « d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi. »

Il nous a paru intéressant de reproduire ici la première loi municipale faite par une assemblée délibérante et qui venait d’être mise en application.

DECRET DE L’ASSEMBLEE NATIONALE DU 14 DECEMBRE 1789

« Tout ce qui régissait ladministration des communes est supprimé, y compris tous les privilèges.

« Le Chef de tout corps municipal portera le nom de Maire.

« Tous les citoyens actifs de la commune concourront à l’élection de la municipalité.

« L’Assemblée nomme un président, un secrétaire, trois scrutateurs.

« Pour le maire seul, l’élection aura lieu au scrutin uninominal pour les autres au scrutin de liste.

« Six Membres de la municipalité, au-dessus de 500 habitants, y compris le maire.

« Un procureur chargé de défendre les intérêts de la commune (élection individuelle).

« Un nombre de notables double du corps municipal, élus au scrutin de liste, formant ainsi le Conseil général de la commune.

« Un greffier nommé par le conseil.

« Il pourra y avoir un trésorier. »

Cette Assemblée se divisait en conseil et en bureau ou municipalité ; le bureau était composé du premier tiers y compris le maire.

Le bureau administrait les affaires courantes avec le maire ; en cas de décès ou démissions, il était complété par des notables, par rang d’élection.

L’ensemble du conseil général n’était réuni que pour les affaires importantes : emploi de fonds et impositions extraordinaires, procès, ventes, achats, emprunts et grands travaux ces réunions devaient avoir lieu au moins une fois par mois.

L’Assemblée municipale était renouvelable par tiers tous les deux ans, la première fois par voie de tirage au sort ; la fonction de maire durait deux ans et était renouvelable une fois il fallait ensuite une interruption de deux ans avant une nouvelle élection.

Pour être citoyen actif ou électeur, il fallait avoir pour base de ses impositions le paiement de trois journées de travail, estimées à vingt sous l’une.

Le marquis de Lafayette, ayant reçu des représentants de la commune une adresse contenant des félicitations, y fit la réponse suivante, qui coûta huit sous de port, ce qui indique qu’il avait omis de l’affranchir.

« Messieurs : Recevez mes sincères remerciements des témoignages d’estime et de confiance que vous avez bien voulu m’adresser. Le seul hommage que je puisse ambitionner, c’est de voir mon nom inscrit parmi ceux des soldats-citoyens de Maisons. Je ne m’honore pas moins de saisir cette occasion de vous assurer personnellement du respectueux attachement avec lequel j’ai l’honneur d’être, messieurs, votre humble et très dévoué serviteur. »

« Signé : Lafayette. »

Le Greffe de la municipalité était installé à Alfort, au domicile du maire, qui se trouvait à l’entrée de la route de Créteil. C’était très commode pour lui, mais ce ne l’était guère pour les habitants des quartiers éloignés.

Les Assemblées avaient lieu au presbytère, ou, quand elles étaient trop nombreuses, chez M. de Chambray, et, un peu plus tard, dans l’église, qui avait pris le nom de Temple de la Raison.

La commune était désignée officiellement sous le nom de Maisons-sous-Charenton ; mais, ainsi qu’on l’a vu dans le cahier des doléances, on commençait à l’appeler Maisons-Alfort. Elle relevait du district de Bourg-la-Reine, qui devint ensuite Bourg-l’Egalité.

On avait formé une compagnie de garde nationale ; 77 habitants en faisaient partie. Les chefs furent désignés à l’élection comme suit :

M. de Chambray, commandant en premier.

M. Chabert, commandant en second.

M. de Vintimille, major.

M. Oudon, aide-major.

M. de Chavanne, capitaine de grenadiers.

M. Pascal, capitaine du centre.

M. Roger, capitaine des chasseurs.

Et enfin, trois lieutenants, MM. Coudray, Flandrin et Bernard.

En tout, dix officiers pour soixante-dix-sept hommes, c’était peut-être un peu large ; mais, en revanche, il n’y avait que neuf fusils !

On voit que les idées démocratiques n’avaient pas encore gagné les masses ; le curé était élu à la présidence des réunions, et les grands seigneurs, leurs fermiers ou les fonctionnaires de l’Etat, placés à la tête du peuple armé.


[1] Roturier : qui n’est pas noble.

[2] Ayde : impôt extraordinaire levé dans les circonstances exceptionnelles

[3] Gabelle : Impôt sur le sel.

[4] Capitaineries : organisations pour la chasse.

[5]  Arpent :  mesure agraire alors en usage, était de dimensions variables selon les provinces. A Maisons, il était de 36 perches de 18 pieds 4 pouces, équivalant à 3 419 mètres.

[6] Le Moulin Neuf.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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3 septembre 1855 – Nouveau Conseil

Nouveau Conseil – 1855

Le 3 septembre, eut lieu l’installation d’un nouveau conseil (loi de l’Empire, du 21 mai 1855). M. Bourguignon, adjoint, présidait à cette installation. Etaient en exercice : MM. Guénot, Bourguignon, Claude (Félix), Simon, Mahérault, Gorin, Magnan, Jouët (Albert), Debrye, Philippot (Pierre), Léonard (Auguste), Ponty fils, Bernard (Bienvenu), Picot (Jules), Demartelet, Lagoutte, Gaidelin (Lamy), François, Laruelle, Pollé, Dessaignes. Cinq conseillers étaient absents.

On procéda à la prestation du serment de fidélité à l’empereur deux conseillers, MM. Philippot et Ponty, refusèrent et se retirèrent ; M. Gorin démissionna aussitôt ; quatorze ont signé le procès-verbal.

Le lendemain, la République était proclamée, et peut-être en fut-il parmi ceux qui la veille avaient juré fidélité à l’empereur qui applaudirent bruyamment à cette proclamation.

A Maisons, deux hommes au moins, restés indépendants, pouvaient sans remords acclamer le gouvernement nouveau.

D’après Amédée Chenal Maire de Maisons-Alfort

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Histoire de Maisons (I-6) : 1689 à 1731

1689 à 1731

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

Chapitre Six

1689 – Pour en finir avec les comptes de cette époque, nous signalerons les dépenses suivantes :

Vin offert aux collecteurs, 30 sols. Fait présent d’un panier de cerises à M. Monginot, 30 sols. Pour la procession de Sainte-Geneviève à Paris, 5 livres 18 sols. Dépensé en revenant de la procession, chez Roger Chastenay, 3 livres 10 sols. A l’occasion des feux de joie, vin qui a été bu par les habitants, 11 livres.

Ce Roger Chastenay, dont le nom revient fort souvent, était l’aubergiste unique, ou tout au moins en vogue à l’époque. Son établissement était situé dans la Grande Rue (*Grande-Rue), à l’enseigne de l’Image, ou la Belle-Image.

Il semble que sa caisse, et celle de ses prédécesseurs et successeurs, était le déversoir d’une bonne partie des recettes communales.

Comme de nos jours, tout le monde ne payait pas régulièrement ses contributions : ainsi, en 1686, on poursuivait le tenant de la ferme d’Hallefort, qui ne payait pas sa taille.

1709 – Il résulte d’un dénombrement qu’il y avait 95 feux.

En 1726, il est compté 450 habitants, et en 1745, 92 feux.

Ces chiffres tendent à démontrer que nous étions dans le vrai, en estimant à cinq, le nombre de personnes par ménage, dans l’évaluation de la population vers 1324.

Au commencement du XVIIIe siècle, les actes de l’état civil sont libellés un peu plus longuement que cent ans plus tôt.

En voici des exemples :

« Le 17 février, est née, et a été baptisée le même jour, Marie-Claude, fille de Jacques Camarge et dame Barba sa femme. Les parrains, Nicolas Palbras, garde-moulin, et Claude Charlot, fille de Nicolas Charlot. »

« Le 20 Juin 1714 a été inhumé dans le cimetière de Maisons en présence des témoins soussignés, Guillaume ; dit l’Espérance, carrier de la province d’Anjou, ainsi que Toussaint, son maître, nous a déclaré. » 

« En 1726, le 22 septembre, après les publications faites en cette paroisse, au prône de la messe paroissiale, les 18, 25 et 1er septembre, les fiançailles faites les jours précédents ce même jour ont été mariés, et ont reçu de moi, vicaire soussigné la bénédiction nuptiale, avec les cérémonies accoutumées. »

« Alexandre Guibaud, âgé de quarante-deux ans, de la paroisse de Mesnil-Brioude, du diocèse de Séez, fils des défunts Julien et Anne Fucodet, domestique depuis vingt ans, chez Monsieur Huet, receveur de la seigneurie de cette paroisse d’une part,

« Et de Elisabeth Boëte, âgée de vingt-quatre ans, fille de Claude et Marguerite Bouillet, ses père et mère, de cette paroisse d’autre part,

« En présence de Robert Briout, tailleur de pierres, Jean Mauger cordonnier, amis de l’époux, Claude Boëte, son frère, et Antoine Mathé, tonnelier, tous de cette paroisse, lesquels ont tous déclaré ne savoir ni écrire, ni signer, de ce qui suivant l’ordonnance. » 

« Cousteron Curé, Moreau vicaire. »

De 1725 à 1730, la moyenne annuelle des naissances est de 20. Celle des décès, de 24, et enfin des mariages de 6.

Le chiffre des naissances est resté sensiblement le même qu’un siècle avant (20 au lieu de 17 par an). Celui des mariages s’est augmenté (6 au lieu de 4). Mais, pour les décès, il y a un accroissement considérable (24 au lieu 11).

Les époques qui nous ont fourni des points de comparaison doivent être placées probablement aux pôles opposés, comme situation sanitaire, car dans le second cas, non seulement les décès ont plus que doublé sans que, selon toute apparence, il y eût augmentation sensible de la population, mais encore, il excède les naissances, ce qui, pour ces temps, est anormal.

Le dernier point de comparaison correspond à la période de maladie et de misère, succédant à la peste, qui frappa si cruellement Marseille et Avignon, de 1720 à 1723, et dont se ressentit toute la France.

Ce qui, du reste, nous confirme dans cette idée, ce sont les chiffres du dénombrement donnés plus haut, desquels il résulte, que de 95 feux, correspondant à 475 personnes au moins, existant en 1709, il n’y a plus que 450 habitants en 1726 et 92 feux en 1745. Cette diminution ne provient pas d’une exode, puisque le nombre des naissances est resté normal.

L’année 1709 avait déjà été marquée par un hiver terrible, qui, en détruisant les récoltes, avait amené la famine.

1714 – On reconstruit le pont de Charenton tel qu’on le voyait avant 1862. A cela près, qu’il n’y avait pas de trottoirs, et que des bornes s’appuyaient de place en place aux parapets.

Il était en pierre et en bois ; on raconte qu’il fut fait ainsi pour être plus facilement brûlé, au cas où on eût voulu le prendre.

Si le fait est exact, il détruit cette légende que les arches en bois furent faites en remplacement de celles en pierre, démolies à l’occasion d’une guerre.

1720 – Un Régiment de dragons d’Orléans, de passage à Maisons, y campe, et loge chez les habitants, il en résulte diverses dépenses pour transport de lits, collations aux maréchaux de logis, et fourniture de chandelles, et ce, contrairement à la charte toute récente de Louis XV, qui exemptait la commune de ces charges.

Un abbé Gaillard avait laissé à la commune, par testament, 3.000 livres, pour que le revenu fût affecté à l’instruction des filles pauvres. En dernier lieu, il en fut fait placement entre les mains de l’Archevêque, à la charge par lui de pourvoir à l’entretien de l’école.

1726 – A propos du règlement d’une dette de 328 livres, contractée par la commune envers un nommé Moreau, voici la formule du procès-verbal d’une assemblée communale :

« Aujourd’hui, dimanche 3 février 1726. Issue de la grand’messe paroissiale de Saint-Rémy de Maisons, après le son de la cloche, l’assemblée tenue au devant de la principale porte et entrée de l’église, sur le réquisitoire de Jean Cheureau Syndic, sont comparus, par-devant nous, André Boutelou, greffier et tabellion de cedit lieu de Maisons, les habitants de Maisons, ci-après nommés … Comparant à l’effet de régler, convenir et accorder sur les prétentions et demandes de M. Paul Moreau, marchand farinier à Paris… »

Il résulte de ce procès-verbal et de bien d’autres, qu’au début de la formation des communes, dans les questions importantes, tous les habitants étaient appelés à donner leur avis, ce qui n’était que la réédition des conseils ou palabres, en usage chez tous les peuples, dans l’enfance de leur civilisation.

1731 – Reproduction d’un titre fait au profit de l’église de Maisons par François Cézille, de six sols de rente hypothéquée sur une maison y mentionnée

« 21 octobre 1731 :

 « A tous ceux qui ces présentes lettres verront, François-Louis Gagne, procureur au Châtelet de Paris, prévost haut justicier juge civil, criminel et de police des prévosté, terre et seigneurie de Créteil, Maisons, Mesly, Pont-de-Charenton et dépendances, pour Illustrissime et Révérendissime père en Dieu, messire Charles-Gaspar Guillaume de Vintimille des comtés de Marseille, du Luc, Archevêque de Paris, duc de Saint-Cloud, pair de France, commandeur des ordres du Saint-Esprit, seigneur spirituel et temporel des susdits lieux ; salut.

« Savoir faisons, que par-devant André Boutelou greffier tabellion des susdits lieux, fut présent sieur François Cézille maître serrurier à Paris, y demeurant, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, lequel a reconnu et confesse, et par ces présentes, reconnaît et confesse qu’il est à présent détenteur, propriétaire et possesseur d’une grande maison, circonstances et dépendances, sise à Maisons, rue des Bretons, à porte charretière, grande cour deux corps de logis, four à cuire le pain, etc.

« Tenant d’un côté aux héritiers Viard, d’autre à M. de Bragelonne et veuve Rousselet, aboutissant par derrière sur le presbytère et par devant sur ladite rue des Bretons, et que sur ladite maison et lieux en dépendant, l’œuvre de la Fabrique de Saint-Rémy de Maisons a droit de prendre et percevoir pour chaque an, le jour et fête de Saint-Martin d’hiver la somme de six sols de rente, etc.

« Fait et passé à Maisons, en l’étude, l’an 1731 en présence de Jacques Barbarin et Laurent Coignet carriers…

« Reçu six sols pour les droits de contrôle. »

Mgr l’Archevêque ne pratiquait guère l’humilité chrétienne ; il cumulait l’amour des titres nobiliaires avec celui des titres de rentes.

Un sieur Grumeau, de Clichy, ayant été nommé maître d’École, on alla chercher ses meubles, ce qui coûta douze livres.

Comme la plupart des nouveaux arrivés, il ne trouva pas l’installation de la classe à son goût et mit la commune en frais ; il fallut acheter une table et un banc, qui coûtèrent six livres, puis un bâton et un sifflet payés trois livres.

On lui allouait une subvention de soixante livres par an, pour l’aider dans le paiement de son loyer, et pour l’instruction des enfants indigents.

Cet instituteur resta en fonctions pendant de longues années, il y était encore, peu avant la Révolution. Il percevait des familles une petite rétribution, souvent en nature, qui lui permettait de vivre. Ses descendants furent l’un percepteur et greffier pendant la Révolution et l’autre institutrice jusque vers 1834.

Toutes proportions gardées, il y a loin, de ces soixante livres de dépense annuelle et neuf livres de matériel, au budget actuel de l’instruction ; aussi n’est-on pas étonné de voir que, sur huit personnes figurant à un mariage, pas une ne savait même signer ; seuls, le curé et le vicaire pouvaient remplir cette formalité.

Il fallait quelquefois équiper le milicien et presque toujours le chausser ; une paire de souliers coûtait quatre livres dix sols. Cette année-là, pour le mener d’abord à Villejuif, et ensuite à Saint-Denis, il fut dépensé dix livres.

Un garde de grains, messier ou garde champart ([1]) entrait en fonctions à cette occasion, et, sans doute pour fêter cette institution nouvelle et l’embauchement, après lui avoir montré les limites des terres, il fut dépensé deux livres deux sols au cabaret.


[1] Garde champart : garde champêtre.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Histoire de Maisons (I-5) : 1640 à 1688

1640 à 1688

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

Chapitre Cinq

1640 –  On commence à trouver des traces dune comptabilité communale.

En voici un spécimen :

COPIE D’UN REÇU

« Je, Pierre Pidou, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France, et de ses finances, commis par Sa Majesté à la recette générale des droits damortissement, à ceux dus par les ecclésiastiques, bénéficiers, communautés, et tous autres gens de mainmorte de ce royaume, pays, terres et seigneuries de son obéissance suivant les lettres de déclarations du 19 avril 1639 et 7 janvier 1640, confesse avoir reçu comptant des habitants de Maisons, la somme de cent vingt livres à laquelle messieurs les commissaires généraux, pour ce députés, ont taxé la finance due à ladite Majesté, par lesdits habitants, pour ledit droit d’amortissement, à cause des droits qu’ils possèdent en commun, sujets audit droit, et treize livres, pour les deux sols pour livre de ladite somme.

Dont je me tiens content, et en quitte lesdits habitants et tous autres, par la présente, signée de ma main.

A Paris, le quinzième jour de mars 1640 : « signé : Pidou. »

1652 –  En raison des grandes dépenses que la guerre avait amenées, le roi décida de faire payer à nouveau, en 1652, le droit d’amortissement, objet du reçu qui vient d’être reproduit.

Il y a lieu de remarquer que si, d’un côté ; les abbés de Saint-Maur contestaient aux habitants de Maisons la propriété complète des quelques champs dont ils jouissaient en commun, et leur réclamaient de ce fait un impôt sous forme de corvées, le roi reconnaissait leurs droits sur ces mêmes champs, afin de pouvoir à son tour exiger d’eux la taxe de mainmorte.

Pendant ce temps, les seigneurs de Charentonneau, de Saint­-Pierre, de l’Image, de Maisonville, et enfin l’Archevêque de Paris, qui possédaient la majeure partie du territoire. et avaient en fief le reste, achetaient, vendaient ou échangeaient leurs propriétés ou leurs droits, et percevaient des dîmes, cens et tailles.

Le roi levait l’impôt sur ses sujets, le grand seigneur sur ses vassaux, et tous encore, sur le paysan, qui, lui, ne pouvait rien attendre que de ses bras.

1674 – On faisait l’école au presbytère depuis un temps immémorial mais seulement, en 1674, on voit pour la première fois figurer dans les comptes une somme de 30 livres payée au vicaire, chargé de l’instruction des enfants.

On se plaignait déjà de l’octroi de la ville de Paris. Il avait été payé, pour de la paille livrée par la commune, 30 livres à la porte Saint-Antoine, et on avait refusé de rendre cette somme, à la porte Saint-Denis, par où ressortaient les voitures qui se rendaient dans cette ville.

La paille se vendait deux sols la botte.

1680 – Il commence à être question depuis quelque temps de prés communs entre Maisons et Créteil. Ces prés faisaient partie de ceux concédés par les abbés aux habitants pour le pacage de leurs bestiaux.

Lorsque ces terres commencèrent à être mises en location, les deux communes se les partagèrent par moitié à l’amiable, mais les abbés protestèrent disant d’abord que la tolérance qu’ils avaient consentie était uniquement au profit des habitants de Maisons, et que, dans tous les cas, ces derniers ne pouvaient partager un bien qui ne leur appartenait pas.

Cette question traîna fort longtemps ; il ne semble pas qu’elle fut jamais tranchée par un partage définitif. La Révolution mit les parties d’accord, en saisissant ces champs et les vendant comme biens nationaux.

Ces terres avaient été surnommées Prés des pailles, parce que les habitants de Maisons qui étaient obligés depuis fort longtemps de fournir les pailles et litières pour la grande écurie du roi, affectaient le revenu qu’elles produisaient à l’acquisition de cette paille quand elle n’avait pas pu y être récoltée. C’est de l’une de ces livraisons qu’il s’agit, lorsqu’on parle de l’octroi de Paris. Cette paille était plus généralement livrée à Carrières-Charenton, au Séjour du roi, où les chevaux de la cour étaient logés.

En échange de cette fourniture, depuis le roi Jean, en 1351, jusqu’à Louis XV, en 1717, il leur avait été octroyé dix-huit chartes comportant des privilèges qui se résument et se complètent dans la dernière que voici :

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir salut.

« Nos bien-aimés les habitants de Créteil, Maisons et villages qui en dépendant, nous ont fait remontrer qu’ils sont obligés de fournir à leurs dépens toutes les pailles et litières nécessaires pour les chevaux de notre grande écurie, et de les conduire en quelque lieu que notre dite écurie soit commandée …

Pour les indemniser, il leur a été accordé l’exemption de tout port, péage, passage, barrage, travers pour eux leurs chevaux et voitures. »

On les exemptait en plus, de fournir chevaux ou voitures pour l’armée et l’artillerie, de loger les troupes, et de tout impôt, deniers, tailles, existant ou à exister.

Ce qui n’empêche pas qu’à diverses reprises il soit cons­taté des dépenses occasionnées par les troupes campées ou de passage.

1687 – Jusque-là, à part les contestations plutôt de forme, soulevées par les abbés de Saint-Maur, les habitants avaient joui tran­quillement et intégralement du produit des biens communaux ; cela les aidait, comme il vient d’être dit, à supporter la charge de la fourniture des pailles, et à pourvoir aux dépenses communales ; quand survint, comme prévôt de Créteil, un sieur Oudart, qui les obligea à les louer, ou à en vendre les récoltes dans les formes administratives, fort coûteuses ; de plus, à diverses reprises, il se les fit adjuger à bon compte, et ne versait qu’une faible partie du prix entre les mains des syndics. Son fils fit de même, et un autre prévôt après lui. Le syndic de Créteil se laissait faire mais celui de Maisons résista et finit par obtenir justice.

1688 – Dans chaque commune, un bailli, syndic ou maire, était chargé de l’administration.

Les coutumes étaient si diverses, selon les provinces, qu’il n’est pas facile de préciser comment ses fonctions lui étaient dévolues ; comme on le voit, le nom variait également.

Le plus souvent, conformément à un édit royal, les notables nommaient par acclamation douze d’entre eux, qui prenaient le nom de jurés, échevins, syndics ou marguilliers, et composaient l’assemblée communale.

Cette assemblée soumettait au choix du roi, ou du seigneur, trois de ses membres, parmi lesquels il désignait le chef de la municipalité, qui n’exerçait qu’une année, et devait en rester trois sans pouvoir être de nouveau appelé à cette fonction. Dans la généralité de Paris, c’était syndic qu’on le nommait.

Il dirigeait non seulement les affaires de la communauté, d’ailleurs fort peu importantes, mais remplissait aussi le rôle de percepteur.

A Maisons, chaque année à la Saint-Rémy, il rendait ses comptes aux habitants de la commune et au prévôt duquel il relevait.

Voici à titre de curiosité le résumé d’un de ces comptes :

« Compte que rend par-devant vous, Monsieur le Prévôt de Créteil, Maisons, Mesly, Pont-de-Charenton et ses dépendances, et en présence de monsieur le procureur fiscal, aux manants et habitants de la paroisse dudit Maisons, honorable homme Charles Huet, laboureur, demeurant audit lieu de Maisons, au nom et comme procureur-syndic et receveur de la communauté des habitants de Maisons, de ce qu’il a reçu, payé et déboursé pendant l’année de sa charge, qui a commencé le 1er octobre jour et fête de Saint-Rémy de l’année 1687, pour finir à pareil jour de l’année 1688 et ainsi qu’il est dit :

CHAPITRE DES RECETTES

Premièrement le comptable se charge de la somme de 200 livres qu’il a reçue de Madame Huet sa mère pour les prés retranches de ladite commune pour la deuxième année du bail à elle fait le 1er jour de mai 1688, ci .  200 l ([1])

Suivent d’autres recettes du même genre formant ensemble :390 l  1 s 6 d.

                                                                                                                      ____________

 Somme totale de la recette                                                                  590 l  1 s 6 d

CHAPITRE DES DEPENSES

Premièrement du mardi septième jour d’octobre de l’année 1687, le comptable se charge de la somme de 8 livres 5 sols pour un voyage à Paris, pour voir M. de Monginot, touchant les affaires de la commune, au sujet de la taille, en présence de MM. Antoine Girard, Jacques Jolly, Noblet, François Cocquart, Jacques Chevalier et consorts, collecteurs de ladite paroisse, ci :  8 l  5 s

Du jeudi quatorzième jour de décembre, le comptable se décharge de la somme de trois livres qu’il a payée au sieur Greslé, pour une requête portée à Monseigneur l’intendant touchant l’affaire de Charrède, laquelle requête n’a point été répondu, à cause qu’elle a été égarée entre les mains de Monseigneur Poupart secrétaire dudit seigneur intendant, ci : 3 l

Plus du vendredi deuxième jour de janvier 1688, de la somme de 24 livres pour trois agneaux que l’on a fait présent. Savoir :

Un à Monsieur Ollier, un à Monsieur Monginot et le troisième au sieur Chourde, ci :  24 l

Du samedy trentième jour de janvier, se décharge ledit comptable de 18 livres 15 sols. Savoir : 8 livres pour un agneau donné au sieur Petitpas, pour le prier d’aller chez mondit seigneur l’intendant lui recommander le bon droit :

45 sols pour avoir loué une seconde sentence contre de Charrède, laquelle le déclare garde-moulin. Et 8 livres 10 sols de dépenses faites tant à Paris qu’à Vincennes, pour avoir été faire chercher la date de la sentence chez le lieutenant de Charenton, qui demeure à Vincennes, attendu qu’on ne l’a point vu au greffe de Charenton. En présence de Noblet, Cocquart, Fouailles et Joly, ci :  18  l   15 s

Du vendredi trentième dudit mois et an, le comptable se décharge de 6 livres qu’il a payées au menuisier de Charenton pour un banc dans l’église pour asseoir le syndic, ci :   6 l

On paie encore : 50 sols à un Sieur Fiset pour être venu recevoir les voix des habitants pour la nomination des collecteurs :  30 s

Et 20 sols pour son déjeuner :  20 s

9 livres au maître d’école :  9 l

18 livres 15 sols 6 deniers pour rente à l’église :  18 l 15 s 6 d

200 livres pour ouvrages au pavé du chemin de Charenton :  200 l

50 sols pour deux journées du syndic passées à s’occuper des affaires de la commune : 50 s

12 livres pour sa gestion et rendition du compte : 12 l 

3 livres pour celui qui a dressé le compte :  3 l

15 sols pour les papiers timbrés du compte :  15 s

En dehors de ces dépenses, dont le détail a été abrégé, il a été fait des paiements nombreux, pour requêtes, significations, procès, défenses devant un tribunal, expéditions de sentences, démarches à Paris, etc., etc

Ensemble :                                                                                                                             320 l  5 s

                                                                                                                                           _____________

De sorte que le total des dépenses de l’année s’élève, en 66 articles, à :  628 l 15 s  6 d

Les recettes n’étant que de :  590 l 1 s 6 d

                                                                                                                     _____________

Il en résulte un déficit de :                                                                        38 l  14 s

Comme on peut en juger ; cette comptabilité n’a que de vagues rapports avec celle actuelle des communes.

Les recettes n’offrent rien de particulier ; elles cons­istent uniquement dans le produit des biens communaux.

Les dépenses sont plus intéressantes ; la majeure partie des ressources est employée pour affaires de chicane, et en voyages à Paris ou ailleurs, qu’elles ont motivées.

On voit aussi qu’on donnait des agneaux pour avoir les bonnes grâces des grands personnages, et, ce qui est plus drôle, pour obtenir le bon droit.

Quoiqu’il y eût des vignes à Maisons, l’emploi des pots-de-vin en nature n’y était pas en usage ; les agneaux en tenaient lieu ; en revanche, le principe de la rétribution des fonctions municipales était en application.

Le Syndic établissait bien son compte à la fin de son année d’exercice, mais il ne remettait pas toujours en même temps le reliquat des recettes, quand il y en avait et c’était généralement le cas. Il faisait souvent ce versement plus tard c’était ce qui constituait le budget supplémentaire, et servait à combler les déficits des mauvaises années.

Ces comptes subissaient un contrôle de l’Administration supérieure d’alors, et ce n’était pas très rapide ; celui qui nous occupe fut réglé définitivement en 1702, soit au bout de quatorze ans, et avec cette mention en marge, que « le rendant dit avoir employé en dépenses de cabaret et boisson plus qu’il n’en accuse ». Qu’on se plaigne donc encore de la lenteur de notre Cour des Comptes !

Une année précédente, un déjeuner offert à un arbitre avait coûté, pour deux personnes, 30 sols, et un dîner pour trois, 55 sols.

Le Marguery d’alors ne ruinait pas ses clients. 


[1] Une livre valait 20 sols ou sous ; un sol, 12 deniers

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Histoire de Maisons (I-4) : 1358 à 1629

1358 à 1629

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

Chapitre Quatre

1358 – Les Anglais et Charles de Navarre prennent le pont de Charenton. On ne dit pas quelle fut la situation des habitants de Maisons dans cette circonstance, mais il paraît probable que chaque fois qu’il y eut lutte sur ce point de la commune ils durent s’en ressentir. Des squelettes humains trouvés en différents endroits du voisinage et notamment en 1889 à la Villa Renard, sont certainement ceux de guerriers victimes de ces combats.

1436 – En 1436 les Anglais livrèrent encore une bataille au pont de Charenton, et furent repoussés.

D’après Dulaure, dans l’Histoire des environs de Paris, ils occupèrent longtemps Maisons, et ce serait eux qui auraient construit le clocher de l’église, dont la flèche en pierre rappelle ceux de nombreuses églises anglaises.

Les lieux dits : le Camp, auprès du pont, à Alfort, et le Port-à-l’Anglais, au bord de la Seine, doivent certainement leur nom à cette occupation.

1440 – Un laboureur nommé Jean de Merville, et un autre nommé Lucas, s’étant refusés à payer la corvée aux abbés, sur le droit de pacage, furent condamnés par sentence du Châtelet.

1451 – Un troisième, nommé Guyot, fermier de Charentonneau, revint sur la même question et fut condamné à son tour, les pacages n’ayant été concédés que pour l’usage superficiel ; la propriété du fonds avait été réservée en faveur des abbés.

En ce temps-là, les choses marchaient lentement ; il avait fallu plus de deux siècles pour que les paysans, qui jouissaient librement de ces pacages, en vinssent à les considérer comme biens communaux ; mais malgré les revendications des abbés, ils en tiraient produit en les louant, ainsi que d’autres, dont l’origine de propriété nous échappe, au profit de la commune.

Pendant plusieurs siècles, jusqu’à la Révolution, ce produit suffit et au delà à équilibrer le budget communal.

Voici comment étaient désignés ces champs :

La Saulsaye ([1]).                                                              Le Pont Japhet.

Le Pâti.                                                                           Le Port-à-l’Anglais.

Le Deffoix (?).                                                                 La Grande Noue. ([2])

Le Marais.                                                                       Les Buttes.

Ces noms existent encore sur le cadastre comme lieux dits.

1465 – L’armée de la Ligue ([3]) campait dans le voisinage du pont, et de nombreux combats y furent livrés.

1494 – Le premier registre de comptes de la paroisse, que nous ayons pu consulter, date de 1589, mais il existe de nombreux titres antérieurs établissant des rentes à son profit ; le plus ancien est de 1494.

Elle possédait également des terres et des vignes, qu’elle louait. Tous ces revenus servaient avec la dîme, ainsi que nous l’avons dit plus haut, à couvrir les dépenses du culte, de la bienfaisance, et même de l’instruction publique ; ces deux derniers services étaient, il est vrai, absolument rudimentaires.

1540 – A propos de rentes constituées ou de dîmes perçues, au profit de la Fabrique, il est souvent question de la rue Bretonne, et de celle des Cochets ; il en est de même des vignes et terres de l’Echat, il est certain que c’était là principalement que les petits propriétaires possédaient des biens ; la plaine, en dehors des biens communaux, appartenant aux seigneurs, et étant louée par eux à des fermiers.

1567 – Les calvinistes s’emparèrent du pont, après une bataille acharnée.

1589 – Voici comment débutait un compte de recettes et dépenses de l’année écoulée, pour la Fabrique paroissiale.

« Comptes que rend par-devant vous, messieurs les manants ([4]) et habitants de Maisons-sur-Seine, près le pont de Charenton, Honorable Remy Gallet, marchand et laboureur de vignes, demeurant audit Maisons, au nom et comme Procureur, avait charge desdits habitants, et commune dudit lieu. »

Suivant les détails de recettes et dépenses, le tout clos par un certain nombre de signatures ou de signes fort compliqués et plus fantaisistes les uns que les autres.

1590 – Nouvelle lutte pour la possession du pont ; Henri IV l’enlève aux soldats de la Ligue catholique pendant le siège de Paris.

1596 – L’un des moulins est ainsi dépeint dans un manuscrit déjà cité a plusieurs reprises :

« Une maison et un moulin à blé assis sur la rivière de Marne, faisant le premier moulin près le pont de Charenton, nommé le Petit Moulin, sous le devoir de six sols parisis de cens. »

Autre citation sur un fait de 1613 :

« Charles Malon de Bercy eut une contestation avec M. Henry de Gondy, évêque de Paris, sur les limites de leurs censives ([5]) et notamment la directe, sur des maisons sises au bout de l’extrémité du pont de Charenton, du côté dudit bourg, appartenant à la veuve, et aux enfants de Jean Bourguet, à l’une desquelles pendait pour enseigne, l’image de Sainte-Catherine. Le litige fut terminé par une transaction, par laquelle au moyen de ce que M. de Bercy paya à M. l’Evêque une somme de 300 livres. M. l’Evêque consentit que lesdites trois maisons restassent dans la censive de Bercy. Monsieur de Bercy, de son côté, reconnaît que le surplus dudit pont, était dans la censive, justice et seigneurie de Maisons.

« Par là, les deux seigneuries se trouvaient limitées par le cours ordinaire de la rivière de Marne, qui sert de bornes immuables auxdites limites. »

Il ressort de la lecture de cette citation, qu’il devait y avoir des constructions sur le pont de Charenton, et à chaque extrémité, qui constituaient un hameau désigné sous le nom de Pont-de-Charenton.

On retrouvera ce nom dans la nomenclature des lieux soumis à la prévôté de Créteil, jusqu’à la Révolution.

Ailleurs, nous trouvons que Pont-de-Charenton était un hameau allant du pont au sommet de la côte, et qu’il y avait deux moulins sur le pont.

1599 – A l’origine, les registres de l’état civil étaient tenus par les curés, qui étaient presque seuls à savoir lire et écrire.

Voici la reproduction d’un acte de baptême, qui tenait lieu en même temps d’acte de naissance.

« André Creton, fils de Nicolas Creton et de Marie Courtry sa femme, baptisé le dix-huitième jour d’octobre 1599. Ses parrains M. André Courtry, chanoine de l’église Notre-Dame de Paris, et Charles de Comise, lieutenant de Madame la princesse de Condé en son château de Saint-Maur-sur-Marne ; marraine, Madame Hilaire de Labitrade, femme de feu André Thomas … ? de la cour de Harley à Paris. » 

Ce Creton, qui avait pour parrains de ses enfants des personnages aussi distingués, était chargé de la recette des domaines de l’Archevêque de Paris.

Pour les mariages, c’était beaucoup plus simple ; exemple :

« Le 12 Juin 1622 Henry Millot épousa Marguerite Jean. » 

1627 – Un peu plus tard en 1627,

« Le 18 Juillet 1627, Nicolas Licaut épousa Marie Cornier, en présence de Michel Caille, Noël Creton, et Marie Cuder. »

ACTES DE DECES

« Le 12 Juin 1622, Antoinette Caillet a été inhumée au cimetière de Maisons. » « Le dernier jour de novembre 1646, Laurent Petit, cordonnier, fut inhumé dans le cimetière de Maisons, près la croix, place ordinaire. »

De 1599 à 1602, la moyenne des naissances est de dix-sept par année.

De 1622 à 1625, celle des mariages de quatre.

Et enfin celle des décès, de 1625 à 1628, de onze. On peut, par là, se rendre compte à peu près du chiffre de la population, et on peut aussi constater que les naissances excèdent de beaucoup les décès, situation dont nos économistes souhaitent généralement le retour, sans toujours y contribuer.

Il est probable que c’est de 1599, que date réellement l’institution de registres réguliers d’état civil dans la commune, et l’on peut remarquer que si l’on commence à inscrire les baptêmes à cette date, les décès et les mariages ne le furent qu’à partir de 1622, et ce, sur le même registre, qui contient également des testaments.

L’inventaire des documents existant au presbytère, qui fut fait en 1791, ne mentionne de registres qu’à partir de 1695, il était donc incomplet et inexact.

Beaucoup de personnes croient que les noms patronymiques ne furent adoptes qu’au XVIIIème siècle la preuve du contraire est démontrée par la lecture des actes cités.

1629 –  Un nommé Louis Léjay, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, à l’occasion de son projet de faire construire « un corps de logis et dépendances en ce lieu qui est Château-Gaillard », fait un don de 300 livres à la Fabrique, plus 5 sols de rente perpétuelle. « Cette somme est donnée pour achat d’héritage ou rentes. »


[1] Saulsaye : lieu planté de saules

[2] Noue ou Noë : prairie humide et grasse.

[3] L’armée de la Ligue : la ligue dite du Bien Public, formée par les seigneurs contre Louis XI.

[4] Manants (ou paysan) : nom donné à celui qui habitait une commune sans y avoir le droit de bourgeoisie.

[5] Censive : étendue de terres soumises au cens.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Histoire de Maisons (I-3) : 992 à 1295

992 à 1295

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

Chapitre Trois

992 – La cure de Maisons fut fondée en 992 par le pape Innocent Il, qui désigne ainsi l’église : ecclesium Mansionibus.

993 – En 993 l’abbaye reçoit encore un don de même nature, au même lieu, ce qui correspond à une extension du territoire de la future commune.

1161 – A cette date, on trouve une charte par laquelle Thibault, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, concéda à Guérin Pontenier de Maisons, « la liberté de jouir librement de son hostice ([1]) sis à Maisons, en payant seulement à la pitance de ladite abbaye cinq sols parisis ([2]) de cens chaque an, au moyen de quoi les maisons qu’il ferait bâtir dans deux arpents de terre dépendant dudit hostice seront quittes et libérées à toujours des corvées qu’elles devaient en payant ladite pitance de cinq sols ». Ceci se passait sous le règne de Louis VII.

1211 – Par la donation de Hugues Capet, les abbés et religieux de Saint-Maur, avaient en propriété un terrain destiné, au pacage des bestiaux ; les habitants de Maisons en jouissaient par simple tolérance, au dire des abbés. Les cultivateurs prétendaient le contraire et voulaient en interdire l’usage aux bouchers, qui soutenaient avoir le même droit, avec cette distinction qu’ils étaient affranchis de toutes corvées envers l’abbé de Saint-Maur.

Il y eut un grand procès, suivi d’une transaction, par laquelle l’abbé Radulphe, sous forme de charte, reconnut textuellement ceci : «

« 1°      Que le fonds destiné au pacage, était du domaine de Maisons, et appartenait en propre au dit abbé de Saint-Maur.

2°         Que l’usage du pacage n’était que précaire aux hommes de l’abbé et habitants de Maisons, à la charge même ; et sans quoi ils cesseraient de lui payer chaque année trois corvées par chaque habitant.

         Que ce même fond était placé dans les lieux appelés : La Saulsaye, le Deffaix, le Marais et le Pâti, appartenant audit abbé.

         Que le pacage n’aurait aucun lieu d’exercice depuis la mi-mars, jusquau jour de la Saint-Jean-Baptiste, pour les jeunes bêtes, mais seulement pour les chevaux et juments.

5°         Enfin que cette permission était commune et générale à tous les habitants de Maisons, sauf et réservé cependant audit abbé, la justice sur ledit usage, et la propriété du fond d’icelui à son profit. »

D’après le manuscrit déjà cité, et auquel il est emprunté, « ce règlement procura une paix générale à tous les habitants de Maisons pendant plusieurs siècles ».

1227 – Grégoire, curé de Maisons, s’était plaint de la modicité des dîmes ([3]) qui revenaient à son bénéfice chaque année ; par une transaction, il abandonna aux abbés de Saint-Maur « toutes les dixmes novales de la paroisse ; en échange, lesdits s’obligèrent de lui fournir trois septiers de seigle, trois septiers de froment, et trois septiers d’orge, toutes les années ou il n’aura eu de dixmes que vingt septiers de froment, neuf de seigle, et neuf d’orge ».

Les serfs mainmortables devaient la taille ([4]) aux seigneurs, mais il arrivait aussi que le roi la levait également pour l’entretien de son armée ; les serfs se trouvaient par suite obligés de la payer deux fois.

L’abbé Radulphe décida « que la taille a lui due par ses hommes de Maisons, en raison de leurs demeures et mazures serait de deux sols par chaque an, et que dans l’année où il plairait au Roi de lever la taille, alors lesdits hommes paieraient à l’abbé quatre sols, moyennant quoi il les acquitterait de la taille envers le Roi. »

En la même année 1227, il y eut un accord entre Grégoire curé de Maisons, et l’abbé Radulphe de Charenton, au sujet de la dîme due à chacun d’eux dans leurs paroisses respectives, dont les délimitations n’étaient pas jusque-là bien définies.

1262 – Suivant le même manuscrit ; les habitants de Maisons étaient encore : « serfs de condition, de mainmortaissables, et asservis au droit d’échûte ([5]) ; pour détruire cette entrave, l’abbé de Saint-Maur abonna la morte-taille serve, dans le paiement annuel d’une taille de convention.

« Enfin l’effet de la servitude était si révoltant que les seigneurs faisaient commerce entre eux, de leurs hommes et femmes serfs. »

Par sept chartes successives des années 1262, 1269, 1287, 1291, 1301, 1324 et 1325, les abbés de Saint-Maur « affranchirent de toutes servitudes 143 chefs de ménage et leur postérité née et à naître, pour par eux posséder des biens en patrimoine héréditaire disponibles, et se succéder entre parents et consanguins, par testaments, sous les conditions suivantes :

« 1°      D’honorer l’abbé de Saint-Maur qui les affranchissait de le révérer ;

2°         De payer la dixme sur les biens qu’ils mettront en valeur ;

3°         Qu’ils rendront et paieront chaque année à l’abbaye la dixme des herbages, de la maresche ou luzerne, des légumes, blé, grains, et toutes espèces de semences quelconques ;

4°         Que l’abbé et les religieux ont retenu sur lesdits affranchis et sur leurs biens, qu’ils auront dans la seigneurie, tous les cens ([6]), rentes, corvées et redevances, tous les droits de coutume, et de justice tant haute que basse, etc. »

Nous ne donnons que les principaux articles de ces chartes en les abrégeant, le reste manquant d’intérêt.

C’est réellement de cette époque que date l’existence de Maisons en tant que commune.

En 1211, lorsque fut octroyée la charte réglementant le droit de pacage, il y avait bien un embryon de propriété ou plutôt de jouissance en commun d’un objet matériel, mais les habitants n’avaient aucun droit moral, et ne pouvaient s’unir librement pour régler les affaires d’intérêt général du village ; ces affaires étaient du reste de bien faible importance.

Les chemins étaient entretenus d’une façon fort élémentaire par corvées ([7]), ou par ceux qui en faisaient usage. L’église, le presbytère et le cimetière appartenaient à la cure, qui pourvoyait tant bien que mal à leur entretien, à l’aide des produits de la dîme, des recettes du culte et des legs et dons qui lui étaient faits par les fidèles. Il n’y avait pas d’état civil régulier, les seigneurs seuls tenant généalogie de leur famille.

En un mot, rien de ce qui constitue actuellement les services municipaux n’existait.

Comme il n’y avait aucune recette pouvant être appliquée aux dépenses collectives, lorsqu’il s’en présentait une de ce genre les habitants étaient obligés de se cotiser.

Cet affranchissement de 143 chefs de ménage nous donne une indication sur le chiffre approximatif de la population de Maisons à cette époque.

En comptant chacun de ces ménages pour une moyenne de cinq personnes, nous trouvons un total de 715 habitants, sans compter les seigneurs, le curé et les serfs qui n’auraient pas été affranchis, si toutefois il en restait.

Mais on ne précise pas s’il ne s’agit que des serfs de Maisons, il se pourrait que ceux de Créteil, qui appartenaient également aux abbés de Saint-Maur, fussent compris dans le nombre.

Dans ce cas, en évaluant les non-affranchis à 37, on arriverait à un total approximatif de 800 personnes, soit environ 400 pour Maisons, ce qui paraît vraisemblable.

Au XIIe siècle, la justice était assez fantaisiste ; il est fait mention d’un homme de Maisons, qui, sur jugement des seigneurs abbés, eut une oreille coupée pour avoir volé un habit ; passe encore si c’eût été pour le punir d’écouter aux portes.

1295 – Il y avait une confrérie à Maisons qui avait acquis deux pièces de vigne, au lieu dit l’Echat.

« Les abbés voulurent la contraindre à mettre hors-mains ([8]) ; cependant, par une charte du samedi avant la Chandeleur, en 1295, l’abbé de Saint-Maur amortit à la confrairie lesdits deux quartiers de vigne, mais à la charge par les confrères, de lui donner un homme vivant et mourant, et de lui payer dix sols parisis à mutation d’homme, et douze deniers parisis de saisine. »

Ce doivent être ces mêmes pièces de vignes que l’on retrouve plus tard appartenant à la Fabrique paroissiale.

On buvait donc déjà du vin à Maisons en 1295 ; on dit même qu’il était fort agréable.


[1] Hostice : ancien mot pour hôtel, habitation.

[2] La monnaie parisis était faite à Paris, et avait une valeur supérieure à celle tournois faite à Tours (1/4 en plus).

[3]  Dîme : prélèvement de 1/10 sur les produits du sol au profit de l’église ou quelquefois du seigneur.

[4]  Taille : la taille était un impôt personnel qui n’était payé que par les roturiers ; les nobles et les prêtres en étaient exempts.

[5] Echûte : droits qu’avaient les seigneurs de succéder dans certains cas à leurs mainmortables.

[6] Cens : redevance en argent que certains biens devaient annuellement au seigneur dont ils relevaient.

[7] Corvée : travail, ou service gratuit, qui était dû par certaines personnes au roi, ou au seigneur.

[8] Mettre Hors-mains  : S’en dessaisir.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Histoire de Maisons (I-2) : 988 – Hugues Capet

988

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

Chapitre Deux

988 – Voici, textuellement reproduite, une partie d’un manuscrit d’un auteur inconnu, et paraissant dater de 1776 ; les mêmes faits se trouvent relatés, dans l’Histoire du Diocèse de Paris, par l’abbé Lebeuf. Les manuscrits originaux sont aux archives de l’Archevêché de Paris.

« Hugues Capet, Roi de France, la seconde année de son règne, le douzième mois de l’année, aux calendes de Juillet, époque qui revient au mois de février 988, donna gratuitement et sans aucune retenue au vénérable abbé du Monastère de Moines, de Saint-Maur-des-Fossés ; « Une certaine Ville, située dans le comté de Paris, dont le nom est Maisons, ensemble la Maison et demeure dudit-lieu avec les prés, terres labourables, cultivées, incultes, Moulins, pacages, eaux, cours et détours d’eaux, avec encore les maisons ou les habitants dudit lieu, de l’un et de l’autre sexe, font leur demeure dans ledit lieu, avec leur appartenance et dépendances ; comme aussi, il donne audit abbé, les deux églises dudit lieu, l’une qui est la mère église, sous l’invocation de saint Rémi, l’autre qui est une chapelle dédiée en l’honneur de Saint-Germain, pour par lui envoyer et députer un de ses frères, pour y résider, sous sa puissance en qualité de vicaire », à l’effet pour lui d’en jouir et user en toute propriété intégralement, et de la même manière qu’il avait possédé lesdites choses ; à la charge par ledit abbé et ses moines de prier Dieu, pour lui, la Reine son épouse, et le Roi Robert son fils à qui il fit ratifier sa donation. »

Cette donation avait été faite, sur sa demande, à Mayeul abbé de Cluny, afin de faire vivre l’abbaye de Saint-Maur.

Suivant les auteurs et les époques, le nom du village varie. C’est Mansonibus, Mansiones, Maisons-sur-Seine, Maisons-près-Charenton, Maisons-en-Brie ; on le désigne même sous le nom de Domibus.

Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il est question de Maisons-Alfort.

Il y avait donc déjà à cette époque deux églises et des moulins, probablement trois, non compris ceux du pont ; c’est ce qui indique l’existence bien antérieure du village, surtout que, dans ces temps reculés, les agglomérations ne se formaient que très lentement.

Nous connaissons l’emplacement où existaient ces moulins ; un seul, celui de Charentonneau, est au même endroit, mais il ne doit en rester très probablement que les fondations, sur lesquelles ont été réédifiés successivement, et jusqu’à ceux actuels, les bâtiments à mesure que les anciens tombaient en ruines, ou étaient détruits par accident. Deux ont été remplacés par un seul ; nous en reparlerons. Il en est de même de l’église, qui a à peu près subi le sort du couteau de Jeannot, auquel on changeait tantôt la lame, tantôt le manche ; il n’y a guère que le chœur et le porche qui soient très anciens.

Quant à la seconde chapelle, il n’y en a plus trace ou bien, ne serait ce pas tout simplement celle des Mêches, qui comme celle mentionnée, était dédiée à Saint-Germain ? S’il en était ainsi, on peut la voir encore, en assez bon état pour son âge, mais transformée en grange.

Ce qui donne créance à cette idée, c’est que les deux villages de Créteil et Maisons avaient des prés communs qui à l’origine appartenaient à Maisons seul ; les limites des terri­toires n’étaient donc pas parfaitement définies.

Pour s’expliquer le don fait par le roi d’un village et de ses habitants, il faut connaître la façon dont s’est établie la propriété à l’origine de la monarchie française.

Après la conquête de la Gaule par les Francs, les vainqueurs s’approprièrent la majeure partie des terres des vaincus et se les partagèrent, les chefs ayant tout naturellement la meilleure part. Les rois gardèrent pour eux les domaines que s’étaient attribués les Romains, en y en ajoutant d’autres à leur convenance.

Ces domaines s’accrurent encore par des confiscations sur des seigneurs, qui, à tort ou à raison, avaient attiré sur eux cette mesure de justice, et bien plus souvent de spoliation. Les grands seigneurs agissaient de même avec les petits.

Le roi disposait en bloc de ces terres, avec leurs habitants, soit en faveur d’une abbaye, en échange de messes à son intention, comme nous venons de le voir, ou pour récompenser des services de guerre, ou même une simple flatterie adroite d’un courtisan.

Le serf ou manant n’avait que le droit de vivre et travailler sur cette terre, dont il ne pouvait posséder une parcelle d’une façon complète.

En cas de décès sans enfants, il ne pouvait léguer par testament, au delà de cinq à soixante sols, selon la coutume du lieu ; le reste de son maigre avoir allait au seigneur par droit de mainmorte ([1]).

A différentes époques, les serfs se soulevèrent contre leurs maîtres ; ces révoltes sont connues sous le nom de Jacqueries, ils obtinrent quelquefois ainsi leur affranchissement. Dans d’autres cas, comme pour Maisons, il leur fut accordé de bon gré.

A la Révolution, le servage avait presque complètement disparu.

On peut encore juger des habitudes des seigneurs par la lecture de ce pacte de paix qui fut soumis au roi, au XIIe siècle lors de la formation des communes, par Warin, évêque de Beauvais :

« Je n’enlèverai ni bœuf, ni vache, ni aucune bête de somme, je ne saisirai ni le paysan ni la paysanne, ni les marchands. Je ne prendrai point leurs deniers, et je ne les obligerai point à les racheter. Je ne veux pas qu’ils perdent leur avoir à cause de la guerre de leur seigneur et je ne les fouetterai point pour leur enlever leur subsistance. Depuis les calendes de Mars, jusqu’à la Toussaint je ne saisirai ni cheval, ni jument, ni poulain dans les pâturages. Je ne démolirai ni incendierai les maisons, je ne détruirai pas les moulins, et je ne ravirai pas la farine qui s’y trouve, à moins qu’ils ne soient situés dans ma terre, ou que je sois à l’ost ([2]) ; je ne donnerai protection à aucun voleur. »

Les paysans de Maisons n’avaient fait que changer de maître, et peu leur importait sans doute que la capitation, la taille ou les corvées qui leur étaient imposées profitassent à lAbbaye de Saint-Maur ou au roi Hugues Capet.


[1] Droit de mainmorte : droit du seigneur de s’emparer et disposer des biens de ses serfs décédés. Aujourd’hui impôt sur le biens des sociétés et congrégations.

[2] A l’ost : pour au camp, à l’armée.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Histoire de Maisons (I-1) : Avant 988

Avant 988

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

Chapitre Premier

VII e  siècle – Au VIIe siècle, le pont de Charenton, qui est un peu celui de Maisons-Alfort, existait déjà, et, très probablement, les chemins y aboutissant du côté gauche de la Marne. Il était en bois et « avait été bâti par les habitants du lieu » ; on y payait un droit de passage.

Il est même vaguement question de l’existence d’un pont en cet endroit, lors du passage des Romains, 52 ans avant Jésus Christ.

865 – En 865, il était fortifié ; les Normands le prirent et le brûlèrent.

Il existe des gravures qui le représentent avec des tours ou des moulins.

988 – Ce n’est qu’à partir de 988, qu’on trouve trace, dans l’histoire, d’un village appelé Mansiones ou Maisons.

Il est évident que, avant cette époque et depuis fort longtemps, Maisons existait, puisque lorsqu’on en parle pour la première fois, il est question de l’existence de deux églises ; il devait donc y avoir déjà en ce lieu une agglomération relativement nombreuse.

En examinant la Carte des chasses, dressée de 1764 à 1773, où figurent les chemins qui sillonnaient le territoire de la commune, on se rend parfaitement compte de sa formation.

Un chemin partant du pont, se dirigeant vers Maisons et le traversant (la continuation vers Villeneuve n’est pas très ancienne) ; un autre prenant à gauche, non loin du pont, et conduisant à Créteil, et un troisième allant de Maisons à Créteil.

C’est sur ces trois artères principales que se sont suc­cessivement amorcés les autres chemins de la commune.

Ce qui démontre que la route actuelle de Maisons à Villeneuve est de création relativement récente, c’est que l’on trouve trace dans les archives, de conventions entre l’Etat, la Fabrique paroissiale et des cultivateurs, à raison de l’exécution d’un nouveau chemin de Villeneuve.

De plus, un chemin qui partait de celui de Maisons, sur la droite, non loin du pont, se dirigeait à travers la plaine vers Choisy et Villeneuve ; il existait de temps immémorial, et on l’appelle déjà en 1754 le vieux chemin de Villeneuve.

Il devait également y avoir le chemin Vert des Mêches, qui prenait de la Marne, au-dessous des moulins, passait sur l’emplacement où est le fort et se continuait tel qu’il existe aujourd’hui jusqu’aux Mêches.

Les chemins de Charentonneau, d’Enfer, de Mesly, de Valenton, de Saint-Maur, du Port-à-l’Anglais et des Iles existaient pro­bablement aussi, ainsi que d’autres de moindre importance subsistant encore, mais à l’état de sentiers, et sous des noms aujourd’hui oubliés.

Ces chemins, créés pour les besoins des relations entre les différents villages ou hameaux, ou pour se rendre aux moulins, à la rivière, ou enfin pour la culture, au hasard de la fantaisie de l’attelage du premier chariot qui les avait tracés par la marque de ses roues, se ressentent encore de cette origine ; leurs sinuosités sont une preuve de leur ancienneté.

Les rues qui existaient sans doute déjà sont celles des Bretons, désignée alors sous le nom de rue Bretonne, des Cochets, Saint-Pierre, Jacob, et enfin la rue Grande, dans lesquelles se trouvent encore de très vieilles constructions. Il est bien enten­du que les travaux de viabilité y étaient absolument inconnus.

Quant à la configuration du sol, elle n’a été que très peu modifiée, soit par des remblais pour éviter les inondations, soit par des exploitations de carrières ; ces modifications sont rela­tivement récentes.

L’emplacement sur lequel sont venues se grouper les pre­mières chaumières, autour de châteaux ou de fermes, a du être choisi en raison de son élévation par rapport au reste du terri­toire, les parties basses étant à l’état de marécages, ou fréquemment inondées.

Il semble même que le plateau sur lequel sont bâtis Mesly, Créteil et Maisons constituait dans l’antiquité une grande île.

La nature du terrain donne une indication des ressources qu’on en pouvait tirer.

Les marais étaient plantés de saules et d’osiers, les points de la plaine un peu plus élevés étaient en prairies ou en céréales, et, sur le plateau, presque partout sec et caillouteux, il y avait de maigres bouquets de bois ; une bonne partie de ces terres ne donnait que de pauvres récoltes, surtout dans les années très sèches.

Ce n’est que plus tard que des vignes furent plantées sur tout le versant de la côte exposé au sud et à l’Ouest, de Créteil à Maisons, le long du chemin de l’Echat, et se terminant, où est actuellement la rue Déterville, à Alfortville. Ce dernier point est encore désigné au cadastre comme lieu dit la Vigne à Roger.

L’exploitation des carrières ne dut commencer, en tant qu’industrie, que lorsque celles de Charenton furent épuisées, mais il est bien possible, que l’existence en ce lieu, et presque à la surface du sol, de matériaux de construction, ait contribué pour beaucoup dans la formation d’un village d’une certaine importance.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Histoire de Maisons (0) : Avant propos

Avant Propos

En écrivant cet ouvrage, je n’ai pas eu l’ambition de faire une œuvre savante ou littéraire ; mon but, plus modeste, a été de mettre, aussi succinctement et aussi clairement que possi­ble, sous les yeux de ceux qu’ils peuvent intéresser, les faits principaux de la vie de la commune de Maisons-Alfort, depuis l’é­poque reculée où elle n’existait qu’à l’état de misérable village, jusqu’à nos jours.

C’est aussi l’histoire d’Alfortville, puisque jusqu’en 1885 son territoire et son administration ne faisaient qu’un avec ceux de Maisons-Alfort.

Et c’est un peu celle de presque toutes les communes du département de la Seine, car il suffirait de changer les noms et les chiffres, et on pourrait l’adapter à bon nombre d’entre-elles : les principaux faits et les causes qui les ont amenés ayant été généralement identiques pour toutes.

L’historique des faits anciens ne pouvant être qu’une compilation, je me suis attaché à rechercher, dans les livres déjà parus traitant de ce sujet et dans les archives, communales ou autres, les éléments nécessaires. Il m’arrivera fréquemment de citer les auteurs auxquels j’ai fait des emprunts.

Quant aux faits plus modernes et à ceux qui nous sont contemporains, les procès-verbaux des séances des conseils municipaux qui se sont succédé, et les comptes financiers des mêmes périodes mont fourni une ample moisson de renseignements, auxquels j’ai joint ceux qui m’ont été donnés verbalement par les anciens du pays.

Etant né dans cette commune, ne l’ayant jamais quittée, et ayant pris part depuis vingt ans à tous les petits événements qui l’ont agitée, je puis en parler en toute connaissance de cause et dune façon précise.

Je me suis efforcé, pour la période qui nous touche, d’éviter toute appréciation pouvant blesser les personnes qui ont pris part à un degré quelconque à l’administration communale, beaucoup d’entre elles existant encore ou ayant laissé une famille dont les sentiments pourraient être froissés.

Il n’est du reste pas douteux que, si l’on peut quelquefois critiquer certains actes, qui ont été reconnus mauvais, il faudrait, pour bien juger ceux qui les ont commis, avoir vécu de leur vie, et au milieu des événements qui ont pu les guider.

Je suis convaincu qu’il pourrait être utile pour les enfants après avoir appris à l’école l’histoire de la France, de connaître aussi celle de leur commune, « cette plus petite patrie » que l’on revoit toujours avec plaisir, parce que le plus heureux moment de la vie, l’enfance, s’y est écoulé. Quant à moi, je l’ai écrite, parce que j’y ai rencontré de nombreuses sympathies, et recueilli bien des satisfactions morales.

Je paie ainsi une dette de reconnaissance à ma commune natale et à ses électeurs.

Maisons-Alfort, 1898.                                    A. Chenal.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898
Paris – Asselin et Houzeau – Libraires-Editeurs – Place de l’Ecole de Médecine – 1898

Sommaire

 Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

DEUXIEME PARTIE – Sous la Révolution et le Premier Empire

TROISIEME PARTIE – De la chute du premier Empire à la troisième République

QUATRIEME PARTIE – Sous la troisième République

CINQUIEME PARTIE – Fiefs et Châteaux

SIXIEME PARTIE – Etablissements industriels – Edifices publics – Propriétés communales

SEPTIEME PARTIE – Résumé administratif et financier

HUITIEME PARTIE – Alfortville depuis 1885


 

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Dossier de la légion d’honneur d’Amédée CHENAL

Amédée Chenal - LH - 01Amédée Chenal - LH - 02

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 Merci à Jacques-Perrot qui a découvert ce document

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5 mars 1885 – Le bigame Maisonnais

1885 – Le bigame Maisonnais

« Le bigame, nous ne pouvons éviter de conter son histoire invraisemblable
Un nommé L.., marié, habitant Paris, ayant fréquemment affaire à Alfortville, fit la connaissance d’une charmante personne, Mlle L…, dont les parents tenaient une auberge. Il lui fit la cour, et, voyant que la conclusion rêvée ne pourrait avoir lieu qu’après le prononcé du oui traditionnel, il la demanda en mariage et fut agréé.
Pour se donner l’apparence de l’aisance, il avait acquis un terrain à crédit, et fait commencer une construction.

Les formalités remplies, le mariage eut lieu le 5 mars 1885 à la Mairie de Maisons-Alfort ; M. Mignard, adjoint, présida à cette cérémonie.
L… n’avait pas cessé d’habiter avec sa femme, et, le matin même, pour la quitter en toilette de gala, il avait prétexté le mariage d’un ami ; l’épouse aimable lui avait mis sa cravate blanche.

Guidée par un pressentiment ou un renseignement, la légitime n° 1 se rendait quelques heures après à la Mairie de Maisons, où elle se convainquait rapidement du crime de son époux. Le mariage était conclu ; il s’agissait d’empêcher qu’il fût consommé ; elle partit avec le secrétaire de la mairie pour Saint-Mandé, où avait lieu la noce, et arriva au milieu de la fête. Ayant fait demander le père de la mariée, elle lui expliqua la chose. Le coupable, mis en éveil par les allées et venues, put s’enfuir ; poursuivi et atteint, il allait passer un mauvais quart d’heure entre les mains de son beau-père, quand des spectateurs, qui ne savaient rien de l’affaire, vinrent à son aide, prirent fait et cause pour lui, et houspillèrent quelque peu le poursuivant pendant que son gendre s’échappait.

Le bigame fut arrêté quelques jours après chez sa première femme, qui, peu rancunière, le cachait. Il est naturellement jugé et condamné.
Mlle L…, qui avait été mariée sans l’être, s’est remariée depuis pour de bon. »

Par Amédée Chenal Maire de Maisons-Alfort (1898)

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Histoire de Maisons (VI) : Etablissements divers …

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Etablissements industriels – Edifices publics – Propriétés communales.

SIXIEME PARTIE

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LE MOULIN NEUF.

Par le fait de l’incendie du moulin de Charentonneau, survenu en 1883, de le Moulin Neuf est devenu le plus vieil établissement industriel de la commune, car, malgré son nom, il est déjà fort ancien.

Avant qu’il n’existât en dehors de celui de Charentonneau, il y en avait deux autres, qui devaient être placés, l’un en face du chemin d’Enfer, l’autre un peu plus haut, assis chacun sur l’une des îles non encore réunies par la digue.

Le premier, en venant du pont, était désigné, en 1440, sous le nom de Petit Moulin, et il est probable que c’est de l’autre qu’il s’agit quand on cite, en 1170 et 1180, le moulin des Portes. Plus tard, ils sont appelés les moulins d’Enfer et Damnation ; de là, certainement, le nom du chemin d’Enfer. Disparus nous ne savons pourquoi ni comment, ils furent remplacés par celui actuel, qui était loin d’avoir au début l’importance que nous lui connaissons.

Il semble figurer sur la carte des chasses (1773) ; pendant la Révolution, il est question à diverses reprises du Moulin Neuf mais nous ignorons depuis combien de temps il existait.

A la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci ; il appartenait à une famille Margueritte ; il devint ensuite la propriété de M. Grimoult ; M. Jouët en hérita, et le vendit plus tard à M. Rieffel, le propriétaire actuel, qui adjoint à la roue hydraulique une machine à vapeur, puis remplacé les meules par des cylindres, et considérablement agrandi les bâtiments.

DISTILLERIE D’ALFORT.

Il y eut d’abord une fabrique de papier fondée par M. Gentil ; son fils la remplaça par une distillerie, qui faisait déjà parler d’elle en 1838, à cause des odeurs désagréables qui s’en échappaient. On y fabriquait de l’alcool de pommes de terre, de mélasses et de fruits avariés qui avaient le don d’attirer les guêpes et les galopins du quartier ; plus tard, elle appartint à MM. Magnan et Gosselin puis à M. Magnan seul. MM. Corbrion et Plasse lui succédèrent, et ensuite M. Plasse.

Cet établissement a été également considérablement agrandi, par l’annexion des écuries et dépendances de l’ancienne Poste aux chevaux ; on y fait la rectification d’alcool de betteraves, les alcools dénaturés, l’absinthe et l’amer.

Un incendie l’a en partie détruit le 3 décembre 1897. L’explosion d’un rectificateur projeta de l’alcool enflammé sur la maison d’habitation. M. et Mme Plasse et leurs domestiques purent s’enfuir quoique grièvement brûlés. Mlle Plasse périt dans l’incendie : la cuisinière, puis, un peu plus tard, M. Plasse, succombèrent aux suites de leurs blessures.

FONDERIE DE MAISONS.

La fonderie de Maisons date de 1849 ; on y fit d’abord la fonte de fer, puis successivement celle de l’acier, du cuivre et du bronze ; elle appartient au prince Ruspoli. Elle a été dirigée successivement par MM. Lepet, Godin, Niellon, Biesse et Hiverge. Actuellement (1898), c’est un fils du fondateur, M. Lepet, qui en est directeur.

DISTILLERIE SPRINGER.

La distillerie Springer, dont il a déjà été question ; est la plus importante usine de la commune ; elle fut installée en 1871-72. On y fabrique de l’alcool de grains et de la levure ; un de ses sous-produits, la drêche, est vendu pour l’alimentation des bestiaux. Son installation fut une bonne fortune pour Maisons, car non seulement elle apporta du travail à de nombreux ouvriers, mais les pauvres de la commune se ressentent fréquemment de la grande charité de ses directeurs.

ETABLISSEMENTS DIVERS.

Nous n’avons pas placé les établissements par rang d’importance, mais bien, sauf erreur, par ordre d’ancienneté, nous citerons encore :

– La manufacture de caoutchouc Fernand Guillaume, rue Marceau ;

– La distillerie de liqueurs Moureaux, quai d’Alfort ;

– La fabrique de savon minéral Lecat, rue d’Alfortville ;

– La fabrique de porcelaines Levy, rue de Créteil ;

– L’importante fabrique d’apprêts pour chapeaux de dames Agnellet frères, qui, ayant été expropriée à Paris, est venue s’installer à Maisons, route de Villeneuve, en 1892 ;

– La fabrique de pâtes alimentaires Mirand et Courtine, ouverte en 1894, rue du Chemin-Vert.

Nous passons sous silence bon nombre d’autres établissements de moindre importance.

EDIFICES PUBLICS ET PROPRIETES COMMUNALES ET L’EGLISE.

Nous mettons en première ligne l’église parce que c’est le plus ancien, et que ce fut pendant longtemps le seul édifice public de la commune. Dans les paroisses rurales, l’église était luxueuse, s’il y avait aux alentours des seigneurs riches et généreux ; modeste, si ses fidèles étaient pauvres. Celle de Maisons paraît avoir tenu le milieu entre ces deux situations ; comme pour toutes, son existence a été intimement liée à celle de la commune elle-même.

Il est certain que l’église, qui fut donnée, avec le village, en 988 par Hugues Capet aux abbés de Saint-Maur, a disparu sous l’effort des siècles ; mais il est vraisemblable que le monument actuel a été édifié sur le même emplacement et probablement sur les mêmes fondations.

Comme on a pu le voir, Dulaure attribue sa reconstruction, et surtout celle du clocher, aux Anglais, lorsqu’ils occupèrent le pays au XIVe siècle ; plus tard, il est question, dans les archives de l’incendie de ce clocher ; il faut supposer que ce furent les charpentes soutenant les cloches qui brûlèrent.

L’église fut réparée à diverses reprises et restaurée presque entièrement de 1846 à 1850, sous la direction de M. Naissant, architecte ; la sacristie date de 1886 ; M. Degeorge dirigea les travaux.

Sa nef, qui, pendant des siècles, avait retenti des chants liturgiques, a, pendant la Révolution, été consacrée à la déesse Raison puis à l’Etre suprême, servant aussi à tour de rôle aux fêtes républicaines et aux assemblées publiques.

Ses cloches ont appelé les paysans aux cérémonies religieuses aux assemblées, au feu, peut-être aussi aux armes lors des incursions des Normands, des Anglais et dans les guerres civiles.

Ce qui nous fait croire que ce fut toujours là l’emplacement de l’église, c’est que, en 1893, lorsqu’on refit l’autel et que l’on baissa le sol du sanctuaire, on découvrit de nombreux squelettes. A côté, il y avait des urnes remplies de braises ; on trouva également un cercueil en albâtre en bon état.

Ces urnes sont en terre cuite rougeâtre de formé trapue ; à parois très minces ; elles sont striées de raies verticales de couleur brune, perpendiculaires, finissant par le bas en pointe. Ces raies, sans doute, symbolisent des larmes.

Tout nous porte à croire que ces restes datent des premiers temps de l’ère chrétienne.

Il est probable que le dallage que l’on foule recouvre les dépouilles des personnages qui habitaient les châteaux d’alentour, le cimetière étant plutôt réservé aux pauvres diables de paysans.

Voici la reproduction d’une notice descriptive émanant du service des beaux arts :

 « L’église de Maisons-Alfort est placée sous le vocable de Saint-Rémy ; sa construction remonte au commencement du XVe siècle.

« Diverses restaurations furent exécutées par Diane de Poitiers, et plus tard par Louis XV qui fit refaire la façade ; cette dernière présente un mur pignon que décore un motif architectural composé de quatre pilastres, et accusant la porte principale de l’édifice. A droite de ce pignon vient s’adosser la partie de la façade correspondant au bas côté ; la partie supérieure est couronnée par un bandeau qui accuse le rampant du toit.

« La façade latérale droite n’offre rien de particulier ; elle comprend sIx travées séparées par des contreforts, et ajourées par des fenêtres ogivales. La façade n’a que quatre travées ; au delà est une annexe nouvellement construite en dehors du plan de l’église, et affectée au service de la sacristie et de la salle des mariages. Cette nouvelle construction entoure le clocher de l’édifice, qui s’élève de deux étages au-dessus d’elle ; l’étage du beffroi est ajouré sur chacune des quatre faces des fenêtres géminées plein-ceintre, garnies d’abat-son ; il est couronné par une corniche ornée de corbeaux.

« Le toit en pierres qui termine ce clocher a la forme d’une pyramide octogonale flanquée de quatre pyramides triangulaires.

« L’église de Maisons-Alfort construite sur plan rectangulaire, se compose à l’intérieur d’une grande nef terminée par un sanctuaire que longe du côté droit un seul collatéral.

« La grande nef a dans le sens de la longueur quatre travées accusées par des piliers circulaires dont les chapiteaux reçoivent trois petites colonnettes correspondant aux diverses parties de la voûte de la nef ; ces colonnettes supportent d’autre part la retombée des arcades ogivales ouvertes sur le bas côté, et les nervures qui accusent la voûte.

« Les groupes de colonnettes précitées sont portés à gauche par des culs-de-lampe qui décorent le mur à hauteur des chapiteaux des piliers qui séparent la nef de l’unique collatéral.

« Le sanctuaire, auquel on accède par trois degrés, comprend deux travées, séparées par des piliers hexagonaux, sur lesquels reposent les sommiers de la voûte.

« Au chevet s’appuie le maître-autel, surmonté d’un retable, qu’accuse deux colonnes composites en marbre supportant un fronton triangulaire ; le côté opposé, au-dessus de la porte, est occupé par la tribune des orgues.

 

PEINTURES.

            La sainte Famille (d’après Lebrun)           auteur inconnu

            L’Adoration des Mages,                                         –

            Jésus et sainte Véronique,                                    –

            Le Baptême de Clovis,                                           –

            Jésus et la Samaritaine,                                         –

            Saint Jérôme (école espagnole),                          –

            La Vierge et l’enfant Jésus,                                   –

            Saint-François                                                         –

            La Vierge et l’enfant Jésus (école italienne),

VITRAUX.

Saint Hilaire, par Otten, peintre verrier

Saint Rémy           –             –

L’auteur de cette notice n’a pas remarqué que, des deux côtés, sous le toit, il y a des corbeaux en pierre, dont la sculpture fantaisiste diffère pour chacun d’eux, et que le pignon derrière l’autel, de construction très ancienne, comporte des baies ogivales bouchées par de la maçonnerie.

Nous avons dit que, de nombreux corps sont enterrés dans l’église ; mais il n’y a qu’une inscription indiquant que le cœur d’un curé nommé Blanche, mort en 1822, y repose.

Une plaque de marbre près de l’entrée de la sacristie porte cette mention ; « A la mémoire de Chapuis, maître de poste, procureur fiscal au bailliage de Charenton, conseiller du roi au grenier à sel, décédé en 1808, enterré dans le cimetière de la paroisse, fondateur de rentes en faveur des pauvres de cette commune.

LA MAIRIE.

On a lu l’historique de la propriété sur laquelle est édifiée la nouvelle mairie ; nous allons décrire cet édifice, non pas pour nos contemporains, qui peuvent la visiter, mais pour nos descendants ; si ce livre nous survit.

Les façades sont dans le style Louis XIII ; briques encadrées de pierres, mais sans aucune sculpture ; la partie centrale forme légèrement avant-corps, et comporte un balcon de pierre entouré par des balustres et supporté dans la hauteur du rez-de-chaussée par des colonnes ; puis un étage élevé, couronné d’un campanile. Les deux côtés, formant ailes, ont également un étage carré et sont surmontés d’un comble brisé, percé de lucarnes.

La grande dimension du bâtiment, vu de face, ainsi que le campanile, lui donnent un aspect réellement monumental.

Les dispositions intérieures sont les suivantes : au rez-de-chaussée, auquel on accède par un perron de quelques marches, on trouve un péristyle éclairé par un vitrage fermant le dessous du balcon ; et un vestibule ayant presque toute la longueur de la façade ; ils donnent accès : en face, aux bureaux de l’état civil ; à gauche, à la suite, au cabinet du maire ; et, au fond, à un escalier de service. Revenant à droite, on rencontre l’escalier d’honneur ; le bureau de bienfaisance et celui du percepteur.

Au premier étage, desservi par un bel escalier, il y a, à gauche, sur le palier, un salon d’attente, et, à droite, la salle des mariages, celle-ci également pour les séances et fêtes ; à l’extrémité, communiquant avec le petit escalier, un vestiaire pour les conseillers.

Au deuxième étage, au-dessus du vestiaire, une salle d’archives et à l’autre bout un logement. Vu la hauteur de la grande salle, il n’y a au-dessus qu’un grenier.

Sur le derrière, du côté du parc, existe un perron à double révolution, qui a été conservé ; il faisait autrefois communiquer le jardin avec la salle à manger, devenue bureau.

Un pavillon indépendant renferme la bibliothèque et des logements d’employés. Le jardin anglais du devant est clos, du côté de la rue, par une grille monumentale et la loge du concierge.

Ces dispositions font honneur à M. Guyon, architecte qui a dirigé les travaux.

L’ANCIENNE MAIRIE.

L’ancienne mairie forme un groupe de constructions qui n’ont rien de remarquable comme architecture, mais sur lesquels on pourra écrire désormais : Mutualité, Solidarité.

Les anciens bureaux servent, pour une partie, aux réunions des diverses sociétés de la commune ; un refuge pour les voyageurs sans ressources est aménagé dans l’un d’eux. Au premier étage, l’ancienne bibliothèque est concédée à la Société des dames françaises. Ce qui fut la salle des mariages sert pour les conférences et les réunions publiques, et, dans une partie de la cour, sont installés la remise des pompes et le dépôt du matériel de voirie.

Le bureau des postes et télégraphes, construit par l’Etat, et devant revenir à la commune a la fin du bail, occupe l’angle de la Grande-Rue et de celle de Charentonneau.

LES ECOLES.

Le premier bâtiment servant d’école fut, avant 1793 ; le presbytère puis la mairie de la place de l’Église ; mais ce ne fut qu’en 1865 que l’enseignement fut réellement chez lui, lorsqu’on construisit le bâtiment occupé actuellement par les classes de filles, servant à l’origine pour les deux sexes. De la Révolution à 1835 ; les garçons durent se loger où ils purent, les filles attendirent encore plus longtemps ; en 1834, elles occupaient, en partie, l’ancien presbytère devenu propriété privée ; plus tard, elles logeaient où est actuellement le marché ; puis, vers 1843, elles allèrent en face au couvent et cessèrent d’avoir des institutrices laïques.

L’école des filles contient cinq classes, toutes au rez-de-chaussée. L’école maternelle, à la suite, de la même époque, renferme un préau et une classe. Celle des garçons, bâtie en 1884, a sept classes, également au rez-de-chaussée, et un préau couvert pouvant servir pour des réunions publiques ; chacune de ces écoles a une cour spacieuse.

Le groupe scolaire d’Alfort, construit en 1888 possède huit classes ; dont quatre au rez-de-chaussée, et autant au premier ; une bibliothèque publique y est annexée. Derrière, un vaste préau sert, à l’occasion pour des bals, concerts et réunions.

L’école maternelle contient deux classes et un préau, l’ensemble comporte trois vastes cours de récréation.

LE MARCHE.

Le marché de Maisons occupe un terrain communal ; édifié en 1888, et agrandi depuis, il constitue une grande halle unique ; l’ossature en est métallique et les remplissages en bois ; il est couvert en zinc et dallé en ciment. Construit entièrement aux frais du concessionnaire, il reviendra à la commune en 1906.

LE CIMETIERE.

Installé où il est, en 1825, agrandi à diverses reprises, le cimetière a une superficie de près de 18 000 mètres. Les clôtures ont été faites en 1872 et le logement du gardien en 1875 ; les murs nécessités par le dernier agrandissement viennent d’être construits.

Dans sa partie ancienne, on remarque les sépultures du général Dornier et de la princesse de Nassau, déjà citées ; celles de Paul-Jacques Marie, élève de l’Ecole d’Alfort, décédé dans cet établissement en 1840 ; Edme-Christophe Roger, qui fut maire de la commune de 1800 à 1812, après l’avoir été une première fois en 1793, et agent  municipal en 1796, (il mourut en 1833, à l’âge de quatre-vingt-un an) ; baronne Belesky, née de Siry ; des familles Grimoult, de Saint-Georges-Delaporte et Yvart, et de celles, très anciennes, de Merville, Descalognes-Lecouteux, Pilier, Maire etc., etc. La plupart sont abandonnées ; celle de Roger est absolument en ruines.

Au fond, en face d’une avenue, on trouve le monument Dodun, sur la même ligne, à droite, celui des soldats français, à gauche, la sépulture d’Ildefonse Rousset, remarquable par son buste en marbre, hommage de ses collaborateurs du National, et, plus loin, celle des soldats allemands.

LE PRESBYTERE

Le presbytère porte le n0 6 de la rue Victor-Hugo ; c’est un pavillon d’un étage dont la façade principale donne sur un jardin de peu d’étendue ; il a remplacé celui vendu en 1793, qui était derrière l’église.

CADASTRE DE 1841

Nomenclature des lieux dits ([1])

Section A d’Alfort                                        Section B du Bourg

Alfort                                                                       Le Bourg (Maisons)

Ecole Vétérinaire                                                La Nouvelle Colonie

Le Moulin Neuf                                                     Les Carrières

Charentonneau                                                     Les Juilliottes ou l’Echat

Château-Gaillard                                                  Les Montants

Sous la ferme de la Belle-Image                     Petit Champ Corbilly

La Grande Pièce de Charentonneau             Croix des Ouches

Grand Champ Corbilly                                       Le Buisson

La Croix Brisée                                                     L’Echat

Le Buisson Joyeux                                             La Maison des Briques

Les Bordières                                                        Le Chemin du Bois

Les Préviens                                                          Les Buttes

La Butte de Grammont                                     Le Champ des Noyers

Ile d’Enfer                                                               Les Bouvets

Ile de Charentonneau                                       Les Quarante Arpents.

Section C de la Seine                                         

                                                                                Champoutre

Le Camp                                                               Les Perruchets

Le Pont Japhet                                                  Les Petits Carreaux

La Vigne à Roger                                              Le Fossé du Marais

Le Nassier ou Grand Cornet                        Butte de Villiers

La Bosse de Marne                                           Pont des Vingt Arpents

Les Osiers                                                             Le Deffoie

Le Port-à-l’Anglais                                           Sous les Marais

Le Chemin de Jean                                           Chantereine

La Maison de l’Américain                              Fosse de Villiers

Cayenne                                                                 En Villiers

Les Essertes ou la Haye Biais                        Ile au Cointre

Le chemin des Vaches                                     Ile Saint-Pierre


[1] Le territoire de Maisons-Alfort comprend les sections A et B en entier, moins partie des Quarante Arpents, et plus, dans la section C, le Camp, et partie du Pont Japhet et de la Vigne à Roger. Le reste dépend d’Alfortville.

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Histoire de Maisons (V-10) : Propriétés diverses

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PROPRIETES DIVERSES

CINQUIEME PARTIE – Fiefs et Châteaux.

CHAPITRE 10

Nous n’avons rien trouvé de marquant concernant la propriété de M. Durst, dont la maison d’habitation fait face à la rue Marceau et qui s’étend en bordure des rues Victor-Hugo, Carnot et du Chemin-Vert.

Elle existait déjà à peu près dans ses dimensions actuelles en 1760. En 1797, elle parait appartenir à un sieur Minet et comporte un pavillon à l’angle du Chemin-Vert et de celui de l’Echat ; l’exploitation en carrières en est commencée.

En 1813, et jusqu’en 1827, M. Mayer d’Alembert en est possesseur ; elle appartint ensuite successivement à MM. Chevallier, Morel et Piot.

L’exploitation de la carrière fut continuée par M. Mayeux et terminée, en cavage, par M. Piot.

En 1870, il y avait dans le parc de fort beaux arbres ; qui, comme tant d’autres, furent coupés par la génie militaire, qui fut baptisé à Maisons, comme ailleurs, du nom de génie malfaisant ; la maison, déjà ancienne, fut également très éprouvée ; M. Durst a replanté le parc et remis à neuf les constructions.

En 1893, une partie des jardins en a été distraite pour l’édification de la belle fabrique de pâtes alimentaires de MM. Mirand et Courtine, ouverte l’année suivante.

Citons encore la maison portant actuellement le numéro 88 de la Grande-Rue, qui fut habitée par le général baron Dornier, maréchal de camp, décoré en 1792 de la médaille militaire helvétique ; il avait fait toutes les campagnes de la République et de l’Empire et mourut à Maisons en 1844 ; il repose dans le cimetière de la commune.

La propriété voisine, traversée par le prolongement de la rue Saint-Georges, a appartenu à M. Soubirane évêque d’Alger.

N’ayant rien pu recueillir d’intéressant concernant d’autres immeubles, nous arrêtons là ce chapitre.

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Histoire de Maisons (V-9) : Château de Reghat (Usine Springer)

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CHATEAU DE REGHAT. (Usine Springer.)

CINQUIEME PARTIE – Fiefs et Châteaux.

CHAPITRE 9

L’immeuble de MM. Springer et Cie a appartenu à un sieur Pierre de Reghat, qui l’avait acheté en trois lots :

1°        Le 9 août 1773, de Philippe Morin ;

2°        Le 21 janvier 1780, de Charles de Seiglière de Belle-Forière de Soyecourt ;

3°        Le 21 juin 1783, de Pierre Langlet et Madeleine Leclercq.

Il appartint ensuite indivisément, en l’an V, à Marie Jausset, veuve de Reghat ; Jeanne de Reghat, épouse de Pierre de Thilusson et veuve de Honoré de Vintimille de Lascarie ; et Pierre de Reghat de Quincy. Puis, en l’an XIII à Mme Meyrand, veuve de Jean Hugaly ; et après, à Jean Hugaly-Meyrand et Jean Hugaly-Despradeaux, qui le vendirent en 1817 à M. Pierre Lecouteux. Ce dernier céda le château et le parc, en 1823, à M. Colin et aux époux de Merville ; M. Lagoutte en devint acquéreur en 1856, et les vendit, en 1871, à MM. Springer et Cie pour y installer la magnifique usine que l’on connaît.

On retrouve encore toutes les anciennes dispositions de cette belle propriété. L’habitation, avec son entrée sur la rue Victor-Hugo, en face de la rue Carnot, n’a guère été modifiée. La terrasse regardant la plaine et l’avenue de tilleuls qui la couronne sont restées telles qu’autrefois  ; seule une partie du parc et des jardins a été détruite pour la construction des bâtiments de l’usine.

La ferme et les dépendances, qui occupaient tout un côté de la rue Marceau, avec retour sur celle de Victor-Hugo et la Grande-Rue, a été distraite de l’ensemble avec les terres et conservée par M. Lecouteux, pour passer à son héritier M. Gaidelin-Lamy, et ensuite à son fils, qui en est actuellement possesseur.

Les bâtiments d’exploitation de cette ferme ont changé souvent de destination ; ils servirent successivement de caserne pour les sapeurs du génie, pendant la construction du fort, puis de distillerie et de magasins.

Plus bas, d’autres grandes constructions plus modernes ont été d’abord pensionnat de demoiselles, puis caserne d’infanterie, pour devenir la manufacture de caoutchouc de M. Fernand Guillaume.

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Histoire de Maisons (V-8) : Château de Saint-Georges

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CHATEAU DE SAINT-GEORGES

CINQUIEME PARTIE – Fiefs et Châteaux.

CHAPITRE 8

La propriété qui devint le château de Saint-Georges, quoique d’origine ancienne, ne fut à aucune époque un manoir féodal, lorsqu’on la mentionne pour la première fois, elle ne semble pas avoir de nom particulier : on lui donne, comme surface, 14 arpents.

Elle eut pour possesseurs successifs :

En 1640,        Philippe Platon ;

En 1656,        Jacques de Montbize;

En 1659,        Guillaume Milles, maréchal de camp ;

En 1703,        Philippe Charpentier, doyen du Grand Conseil ;

En 1728,        Phélippeaux, chevalier, seigneur d’Outzeuilles, maître des requêtes ;

?                     Demoiselle Phélippeaux, sa fille.

Nous ignorons si elle resta à la famille jusqu’à la Révolution, mais, à la date de 1791, nous trouvons cette description, qui s’y applique certainement :

« Déclaration de biens par le sieur Pascal (Maisons, 1791) :

1°        Une maison bourgeoise, non encore achevée, située sur le Grand-Chemin (Grande-Rue) à l’entrée du village, ayant rez-de-chaussée et deux étages, contenant environ 111 toises ; bâtiments pour exploitations, écuries, étables, greniers, hangars et cours, contenant environ 305 toises ;

2°        Jardin clos, attenant à la maison, partie en arbres fruitiers nouvellement plantés, partie en jardinage, et le reste en labours, contenant : 11 arpents, 68 perches ; plus, en bois, 2 arpents 5 perches ; le tout borné un bout par la Petite-Rue (rue de Charentonneau), un bout aux terres de l’Archevêché, le déclarant, M. de Chambray, la Fabrique, de Secrétin ; un côté, le Grand-Chemin, veuve Châtard, Coudray ;

3°        Un vieux corps de bâtiment dans la Petite-Rue, ayant rez-de-chaussée et un étage ;

4°        Un autre bâtiment logement de fermier, cour et petit jardin ;

5°        Terre de labour, en face de la maison bourgeoise … tenant au Grand-Chemin et à la rue Jean. » 

Les déclarations de biens se faisaient aussitôt après l’acquisition ; cette maison en construction, que venait d’acheter M. Pascal, était probablement le château actuel, qui remplaçait l’ancien devenu trop vieux.

En 1797, un sieur Martinon en est propriétaire ; Pierre de Lauvigny et Laure de Carderac d’Havricourt, son épouse, lui succèdent, et le revendent en 1814 au baron de Saint-Georges, administrateur général des Messageries Royales. Agrandi par les possesseurs précédents, le château fut amélioré considérablement par M. de Saint Georges. Il passa ensuite par héritage à la famille Delaporte, qui le vendit, en 1868, à M. Homo, lequel l’a morcelé aussitôt.

Le parc, fort bien aménagé, formait avec lensemble de la propriété un rectangle presque régulier, clos de murs et sauts de loup, compris entre la Grande-Rue de Maisons, celle de Charentonneau, la partie du Chemin-Vert déclassée et devenue carrière, et les terrains militaires, moins une emprise, à droite de la façade, à l’angle des deux rues, appartenant à divers.

Dessiné à l’anglaise, on y voyait tout ce qui constitue le jardin dagrément ; bassins, rivières, ponts, rochers, labyrinthe, glacière, etc ; une pompe à manège alimentait la propriété de l’eau nécessaire.

Les bâtiments subsistent encore en grande partie ; le château est vaste ; les façades en sont assez ornées de balcons et de moulures ; l’aspect en est monumental quoique un peu lourd.

Il a été divisé par le propriétaire actuel, M. Ricois, en plusieurs appartements, après avoir été occupé par une école préparatoire à l’Ecole Vétérinaire d’Alfort.

Les rues Delaporte, Saint-Georges et des Ecoles ont été percées sur cette propriété ; les deux premières ont pris les noms de ses anciens possesseurs ; le général Carra-Saint-Cyr l’habitait en l’an IX l lorsqu’il maria sa belle-fille au général Charpentier.

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