Le bagne à la Nouvelle en 1878

SOUVENIRS DE VOYAGES D’UN MEDECIN DE LA MARINE 

Par M. le Docteur GROSPERRIN

 L’île Nou qui sert de pénitencier central et où débarquent les forçats à leur arrivée de France, est un rocher d’une quinzaine de kilomètres de tour, qui s’étend parallèlement à la grande terre et ferme au sud ouest la rade de Nouméa.

Au centre de l’île, dans le fond d’une petite baie située au pied d’un mamelon surmonté d’un sémaphore se trouvent les cellules des bagnards, les divers ateliers de menuiserie, de charronnage, de cordonnerie et de tailleurs, la caserne des surveillants militaires, la caserne du détachement d’infanterie de marine et les cases des employés subalternes. Tout au bord de la baie, à une des extrémités, s’élève une paillote avec, à l’avant, un clocher minuscule surmonté d’une croix, c’est l’église de l’île Nou où, tous les dimanches, les condamnés, sous escorte, se rendent pour aller à la messe. Au centre de ces bâtiments divers, en avant des cellules des condamnés, s’étend une vaste esplanade bordée de bouraos, c’est le boulevard du Crime. C’est là que toutes les semaines, en présence des condamnés alignés à genoux et la tête nue, on administre la schlague. J’eus un jour la curiosité d’assister à la cérémonie.

Le patient qui doit recevoir dix, vingt ou trente coups de martinet, selon la gravité du méfait commis, est étendu à plat ventre  sur un banc en bois, après qu’on lui a préalablement mis à nu la partie la plus charnue de son individu. Le correcteur, un forçat, généralement un colosse, armé d’un martinet à sept chels dont les extrémités sont effilochées au lieu de se terminer par un nœud comme autrefois dans les bagnes de France, frappe de toutes ses forces, et met suffisamment d’intervalle entre chaque coup pour que le patient ait largement le temps de le savourer ; presque toujours au troisième ou quatrième coup, le sang apparaît, lorsqu’un condamné a eu assez d’énergie pour ne pas proférer une seule plainte pendant l’exécution, il reçoit après la séance les félicitations des camarades, on le reconduit en cellule, et, s’il y a lieu,  aussitôt que ses plaies sont cicatrisées, il prend place à nouveau sur le banc pour une autre correction.

Texte découvert par Sylvie R.

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lire aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bagne_de_Nouvelle-Cal%C3%A9donie

 

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1 commentaire

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Une réponse à “Le bagne à la Nouvelle en 1878

  1. Dadguepatr

    Bonsoir,
    Je vous précise que le texte de cet ouvrage (24 pages, Extrait de « Mémoires de la Société d’émulation du Doubs » de 1909, publié en 1910) est accessible (intégralement) auprès du site de la BNF/Gallica.
    Cordialement.
    Dadguepatr

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