Archives de Catégorie: Textes découverts par les adhérents

Un texte que souhaite nous faire partager un adhérent

Une trouvaille

En ce matin de décembre 1956 mon grand père est contrarié:

Il lui faut planter les rosiers que sa femme a commandés chez MEILLAND et qui ont été livrés il y a quelques jours.

Il fait doux , il ne pleut pas , il n’a pas d’excuses .

Sa femme lui en parle depuis plusieurs jours…

Or mon grand père n ‘aime pas les rosiers.

Il trouve que c’est « convenu ».

Il n’est pas « convenu » et a un esprit de contradiction développé.

Mais il sent bien aux regards de ma grand mère que la paix conjugale est à ce prix..

Bref il prend sa bêche et s’y met .

La terre est plus dure et surtout elle est plus basse qu’il ne pensait.

Mais voilà un , puis deux rosiers plantés .

Il suit scrupuleusement les indications de sa femme :

« Mets la Gloire de Dijon près du  perron , elle sent très bon et est magnifique avec ses pétales de couleur crème , ourlés de rose »

Il fait ce qu’on lui demande en rechignant , enlève quelques vieilles racines et un gros caillou.

Et ! sous le caillou que ne voit-il pas ? Un vieux pot !

Éliette !  vient voir ! j ‘ai trouvé un vieux pot .

Sorti de sa gangue de terre le pot d’étain est ouvert .

Il contient des francs Semeuse 1901, des centimes troués ,  un anneau de mariage  et une chaine avec une petite croix en or certainement.

Puis un petit papier plié sur lequel est écrit : Mathilde Floche , ou Floch c’est un peu effacé..

Qui est cette Mathilde ? Que faire ?

Ce que font les gens du village : demander au maire , voire au curé. monsieur le Maire est un vieil ami , maire depuis 25 ans ,il a succédé à son père qui est encore vivant qui a été maire lui aussi tout comme son propre père.

Monsieur le Maire connait bien ses administrés et l’histoire de sa  commune.

Cette trouvaille ne le surprend pas .

Pour comprendre , il faut remonter dans le passé à la guerre de 1870 dit -il.

Le 28 novembre 1870 eut lieu une terrible bataille aux alentours de Beaune La Rolande

JuranvilleJuranville 2

bazille-frederic

Tout cela laissa dans l’esprit de nos ancêtres un terrible souvenir .

Et lorsque la guerre 14 fut déclarée bien des gens cachèrent leur maigre bien.

Un examen des registres d’état civil permit de trouver la date de décès de cette Mathilde Floch, survenu en 1918, domestique  et son adresse : celle de mes grands parents.

Le Maire dit que sa petite fille habitait encore Beaune et mes grands parents décidèrent de lui remettre le pot et son contenu.

La vieille dame qui leur ouvrit la porte les regarda d’un air soupçonneux.

Ils exposèrent le but de leur visite et lui tendirent le pot.

« ben y a pas grand chose dit elle , on voit que vos grands parents l’ont pas payé bien cher …... »

Ni merci , ni au revoir.

Mon grand père se dit en son for intérieur que décidément  les rosiers cela ne valait rien….

Merci à MARYSE DARI

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Une trouvaille

En ce matin de décembre 1956 mon grand père est contrarié:

Il lui faut planter les rosiers que sa femme a commandés chez MEILLAND et qui ont été livrés il y a quelques jours.

Il fait doux , il ne pleut pas , il n’a pas d’excuses .

Sa femme lui en parle depuis plusieurs jours…

Or mon grand père n ‘aime pas les rosiers.

Il trouve que c’est « convenu ».

Il n’est pas « convenu » et a un esprit de contradiction développé.

Mais il sent bien aux regards de ma grand mère que la paix conjugale est à ce prix..

Bref il prend sa bêche et s’y met .

La terre est plus dure et surtout elle est plus basse qu’il ne pensait.

Mais voilà un , puis deux rosiers plantés .

Il suit scrupuleusement les indications de sa femme :

<mets la Gloire de Dijon près du  perron , elle sent très bon et est magnifique avec ses pétales de couleur crème , ourlés de rose>

Il fait ce qu’on lui demande en rechignant , enlève quelques vieilles racines et un gros caillou.

Et ! sous le caillou que ne voit-il pas ? Un vieux pot !

Éliette !  vient voir ! j ‘ai trouvé un vieux pot .

Sorti de sa gangue de terre le pot d’étain est ouvert .

Il contient des francs Semeuse 1901, des centimes troués ,  un anneau de mariage  et une chaine avec une petite croix en or certainement.

Puis un petit papier plié sur lequel est écrit : Mathilde Floche , ou Floch c’est un peu effacé..

Qui est cette Mathilde ? Que faire ?

Ce que font les gens du village : demander au maire , voire au curé. monsieur le Maire est un vieil ami , maire depuis 25 ans ,il a succédé à son père qui est encore vivant qui a été maire lui aussi tout comme son propre père.

Monsieur le Maire connait bien ses administrés et l’histoire de sa  commune.

Cette trouvaille ne le surprend pas .

Pour comprendre , il faut remonter dans le passé à la guerre de 1870 dit -il.

Le 28 novembre 1870 eut lieu une terrible bataille aux alentours de Beaune La Rolande

JuranvilleJuranville 2

 

 

 

 

 

bazille-frederic

Tout cela laissa dans l’esprit de nos ancêtres un terrible souvenir .

Et lorsque la guerre 14 fut déclarée bien des gens cachèrent leur maigre bien.

Un examen des registres d’état civil permit de trouver la date de décès de cette Mathilde Floch, survenu en 1918, domestique  et son adresse : celle de mes grands parents.

Le Maire dit que sa petite fille habitait encore Beaune et mes grands parents décidèrent de lui remettre le pot et son contenu.

La vieille dame qui leur ouvrit la porte les regarda d’un air soupçonneux.

Ils exposèrent le but de leur visite et lui tendirent le pot.

<ben y a pas grand chose dit elle , on voit que vos grands parents l’ont pas payé bien cher ……>

Ni merci , ni au revoir.

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Loup y es tu ?

oui , sans aucun doute il y était.

Ce matin de juillet 1743 la male bête entre dans le village de Boësses dans le Loiret et  se jette sur la petite Marie Berthier 5 ans

Elle l’emporte et la dévore partiellement

Le curé Longuet  retrace l’affaire :

Loup 1

Loup 2

« Marie Berthier étranglée ce matin à 10h par une espèce de bête inconnue à environ 120 pas de la maison de son père , en présence de sa mère et de 4 autres enfants, ensuite emportée par la dite bête plus de 1000 pas, qui ne l’a laissée qu’après de vives et continuelles poursuites de plusieurs personnes ainsi que je l’ai vu moi même »

Je relève qu’il s’agit d’une jeune enfant,

que le loup l’a prise en pleine ville , de jour , en présence d’adultes

qu’il s’agissait d’un jour d’été

que la bête n’a pas lâché facilement sa proie

 

Le destin de cette petite fille qui m’est apparentée lointainement m’a émue.

Une victime parmi des milliers d’autres .

Alors oui la comptine dit vrai : les enfants ont bien raison d’avoir peur du loup

 

Merci à MARYSE DARI

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Décrotteurs

Extrait du : « DICTIONNAIRE HISTORIQUE DES ARTS, MÉTIERS ET PROFESSIONS Exercés dans Paris depuis le XIIIe siècle »

par Alfred Franklin (édition 1906)

 

Décrotteurs. Ils ne sauraient faire remonter bien haut leur origine, car je ne rencontre pas trace de leur existence à l’époque où leur intervention eut été le plus utile.

Avant que les carrosses fussent devenus d’usage ordinaire, on changeait de chaussure, les jours de pluie, avant de se présenter dans une maison. Les Lois de la galanterie publiées vers 1644 s’expriment ainsi : « si les galands du plus bas estage veulent visiter les dames de condition, ils remarqueront qu’il n’y a rien de si laid que d’entrer chez elles avec des bottes ou des souliers crottés, spécialement s’ils en sont logés fort loin ; car quelle apparence y a-t-il qu’en cet estat ils aillent marcher sur un tapis de pied et s’asseoir sur un faut-œil de velours ? C’est aussi une chose infâme de s’estre coulé de son pied d’un bout de la ville à l’autre, quand mesme on auroit changé de souliers à la porte, pource que cela vous accuse de quelque pauvreté.

Il faut bien conclure de ceci qu’au milieu du dix-septième siècle l’industrie des décrotteurs n’existait pas encore. Mais nous savons qu’elle était déjà florissante au début du siècle suivant, car Nemeitz écrivait en 1718 : « On trouve partout des décrotteurs qui s’offrent, avec toutes les flatteries imaginables, à vous décrotter les souliers. »

Nous les voyons, un peu plus tard, divisés en trois classes :

1°) les décrotteurs résidents, qui occupaient une place fixe, soit dans un carrefour, soit sur les hauts trottoirs du Pont-Neuf ou du Pont-Royal.

2°) Les décrotteurs ambulants, qui parcouraient les rues en proposant leurs services.

3°) Les décrotteurs au mois, attachés à des maisons particulières, à des hôtels meublés, etc.

Le métier n’exigeait qu’un capital insignifiant, était simple et facile. « Ils se servent d’une petite sellette pour faire appuyer le pied de celui dont ils doivent décrotter les souliers, d’un mauvais chiffon pour ôter la boue qui est autour du soulier, d’une décrottoire pour enlever ce que le chiffon a laissé, et d’une polissoire pour étendre également la cire ou l’huile mêlée de noir de fumée qu’ils ont répandue sur l’empeigne. Ils ne noircissent le soulier qu’après qu’ils ont passé du blanc d’Espagne sur les boucles avec une petite brosse faite exprès ; ils se servent d’une autre pour ôter la crotte qui s’est attachée aux bas en marchant. Ils mettent ainsi ceux qui n’ont point d’équipage en état de se présenter plus honnêtement dans les maisons où ils ont affaire.

Les décrotteurs attachés à des maisons particulières se tiennent communément dans les hôtels garnis, où non seulement ils décrottent les souliers de ceux qui y logent, mais encore nettoyent leurs habits, leur servent comme valet de chambre et font leurs commissions. On les prend ordinairement au mois. »

Sébastien Mercier vante surtout l’habileté des décrotteurs résidents installés sur les trottoirs du Pont-Neuf. « La célérité, la propreté, dit-il, distinguent des décrotteurs-là ; ils sont réputés maîtres… S’il pleut ou si le soleil est ardent, on vous mettra un parasol en main, et vous conserverez votre frisure poudrée. » Et cette délicate attention n’augmentait pas le prix de l’opération : « de temps immémorial, dans toutes les saisons, à la porte des spectacles ou ailleurs, quelles que soient les variations des comestibles ou le haussement des monnoies, on paie invariablement deux liards pour se faire ôter la crotte des bas et des souliers. »

Les choses ont bien changé vingt ans après. Une révolution a passé par là, et d’immenses progrès se sont accomplis. Écoutez un peintre des mœurs parisiennes à la fin du dix-huitième siècle : « Tout tend vers la perfection, tout jusqu’à l’art du décrottage. Il y a quelques années un savoyard maladroit, un grossier auvergnat brossait rudement les souliers sans épargner les bas, et noircissait quelquefois ces derniers aux dépens des autres avec de l’huile puante mêlée à un peu de noir de fumée. Aujourd’hui, un artiste muni d’une éponge et de deux ou trois pinceaux de diverses grosseurs effleure la chaussure, en enlève à peine la boue et recouvre le tout d’un cirage noir et brillant. Entrez dans cette boutique au Palais-Égalité (Palais-Royal), près du théâtre. On vous offre un fauteuil, un journal ; asseyez-vous et lisez, lisez ou plutôt examinez la gravité de l’artiste décrotteur, et voyez comme la célébrité a imprimé une sorte de dignité à ses traits. »

Nous savons encore que ces artistes avaient « une toilette de garçons limonadiers ou restaurateurs « , et qu’ils faisaient parfois des recettes de deux cents francs.

Décrotteurs

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Le bagne à la Nouvelle en 1878

SOUVENIRS DE VOYAGES D’UN MEDECIN DE LA MARINE 

Par M. le Docteur GROSPERRIN

 L’île Nou qui sert de pénitencier central et où débarquent les forçats à leur arrivée de France, est un rocher d’une quinzaine de kilomètres de tour, qui s’étend parallèlement à la grande terre et ferme au sud ouest la rade de Nouméa.

Au centre de l’île, dans le fond d’une petite baie située au pied d’un mamelon surmonté d’un sémaphore se trouvent les cellules des bagnards, les divers ateliers de menuiserie, de charronnage, de cordonnerie et de tailleurs, la caserne des surveillants militaires, la caserne du détachement d’infanterie de marine et les cases des employés subalternes. Tout au bord de la baie, à une des extrémités, s’élève une paillote avec, à l’avant, un clocher minuscule surmonté d’une croix, c’est l’église de l’île Nou où, tous les dimanches, les condamnés, sous escorte, se rendent pour aller à la messe. Au centre de ces bâtiments divers, en avant des cellules des condamnés, s’étend une vaste esplanade bordée de bouraos, c’est le boulevard du Crime. C’est là que toutes les semaines, en présence des condamnés alignés à genoux et la tête nue, on administre la schlague. J’eus un jour la curiosité d’assister à la cérémonie.

Le patient qui doit recevoir dix, vingt ou trente coups de martinet, selon la gravité du méfait commis, est étendu à plat ventre  sur un banc en bois, après qu’on lui a préalablement mis à nu la partie la plus charnue de son individu. Le correcteur, un forçat, généralement un colosse, armé d’un martinet à sept chels dont les extrémités sont effilochées au lieu de se terminer par un nœud comme autrefois dans les bagnes de France, frappe de toutes ses forces, et met suffisamment d’intervalle entre chaque coup pour que le patient ait largement le temps de le savourer ; presque toujours au troisième ou quatrième coup, le sang apparaît, lorsqu’un condamné a eu assez d’énergie pour ne pas proférer une seule plainte pendant l’exécution, il reçoit après la séance les félicitations des camarades, on le reconduit en cellule, et, s’il y a lieu,  aussitôt que ses plaies sont cicatrisées, il prend place à nouveau sur le banc pour une autre correction.

Texte découvert par Sylvie R.

*

lire aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bagne_de_Nouvelle-Cal%C3%A9donie

 

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Vingt lieues autour de Paris

VINGT LIEUES AUTOUR DE PARIS

OU PANORAMA VIVANT DES BARRIÈRES, DE LA BANLIEUE

PARIS – R. RUEL Ainé, Libraire – 1851

CHARENTON ET ALFORT

 

   Charenton-les-Carrières avoisine Conflans. Son sol, creusé souterrainement pour l’extraction de la pierre, est couvert de jolies maisons de campagne, bâties sur le penchant du coteau. Plusieurs fabriques importantes y sont établies ; on y voit des fonderies de fer, des manufactures de produits chimiques, d’acier poli, de féculeries, des ateliers de gravure pour les cylindres destinés à l’impression des toiles, etc., etc.

Dès le septième siècle il existait à Charenton un pont de bois sur la Marne pour faciliter par terre les arrivages à Paris. Considéré comme une des clés de la capitale, ce pont a été souvent fortifié, attaqué, défendu. En 865, les Normands s’en emparèrent et le rompirent. Il a depuis joué un grand rôle dans l’histoire des guerres faites à la France et dans celle des guerres de religion. Les calvinistes le prirent en 1567. Henri IV l’enleva aux soldats de la ligue ; il était alors protégé par une grosse tour à la tête du pont : dix enfants de Paris y résistèrent pendant trois jours à toutes les forces de l’armée royale. Henri IV victorieux fit raser la tour et pendre les dix parisiens. – Pendant les troubles de le fronde, le pont de Charenton fut plusieurs fois pris et repris ; antérieurement, et dans diverses circonstances, il avait été détruit et réédifié. Il le fut encore en 1714, tel qu’il est aujourd’hui : six de ses arches sont en pierre ; quatre autres qui forment le milieu du pont, sont en bois.

Au moment de la première invasion, en février 1814, l’ennemi inondait les plaines de la Champagne et menaçait d’arriver aux portes de Paris, on fortifia les approches du pont, et il fut établi aux deux extrémités des redoutes palissadées. Mais quand nos soldats se multipliaient en vain pour arrêter le torrent de l’invasion qui débordait de toutes parts, à qui confier cette première défense de Paris ? Les élèves de l’école vétérinaire d’Alfort sollicitèrent l’honneur de combattre à ce poste avancé ; ils essayèrent en vain de disputer le passage du pont. Le 30 Mars, accablés par le nombre, ils furent contraints de céder à la force. Charenton fut pris et l’ennemi se répandit aussitôt sur la rive droite de la Seine.

C’est à Charenton-Saint-Maurice qu’existait le fameux temple des protestants construit en vertu de lettres patentes accordées par Henri IV en 1606, brûlé en 1621 par les catholiques, et réédifié deux ans après sur les dessins de Jacques de Brosse, célèbre architecte. Ce temple était d’une grandeur et d’un style imposant dans sa simplicité. Les protestants y tinrent leurs synodes nationaux de 1623, 1631, 1644. Ils avaient auprès une bibliothèque, une imprimerie et des boutiques de libraires. Plusieurs ministres de Charenton se rendirent illustres par leurs talents. En 1658, une bande de fanatiques ameutés par les jésuites, ces incorrigibles boute-feu de la chrétienté, tentèrent pendant la nuit d’incendier le temple ; les protestants se plaignirent au parlement ; mais Louis XIV ayant révoqué l’édit de Nantes, le soir même du jour où cette révocation eut reçu la sanction parlementaire, 22 Octobre 1665, les dévots séides de Loyola commencèrent à consommer sur le temple leur œuvre de destruction. Au bout de cinq jour, il ne restait pas vestige de ce vaste et superbe édifice. Sur son emplacement, on éleva un couvent de bénédictines, et une petite église qui fut achevée en 1703 et qui subsiste encore.

L’hôpital de Charenton, fondé en 1741, par Sébastien Leblanc, est particulièrement affecté au traitement des maladies mentales. On peut y recevoir plus de quatre cents personnes des deux sexes, admises soit gratuitement, soit comme pensionnaires. Les prix de la pension sont de 1,300 fr. et au-dessus, 1,000 fr. et 720 fr. Le public ne pénètre pas dans les quartiers affectés aux malades ; on ne lui montre que les cours et les jardins. Les aliénés reçus à titre gratuit sont renvoyés à Bicêtre, aussitôt que l’on a reconnu l’impossibilité de les guérir.

L’hôpital de Charenton, ci-devant maison royale, est situé sur le penchant d’une colline au bas de laquelle coule la Marne ; elle offre de toutes parts une vue ravissante. On y respire un air pur, ses bosquets sont frais, et ses promenades délicieuses, au milieu d’un enclos assez vaste pour que la privation de la liberté ne soit pas trop sensible. – L’exécrable marquis de Sade, ce monstre de luxure et de cruauté qui avait érigé en doctrine la perpétration des crimes inouïs dont il s’était souillé, a terminé dans la maison de Charenton son abominable existence. Nul homme n’a jamais eu une physionomie plus calme et plus douce : c’était la tête vénérable de Bernardin de Saint-Pierre, et pourtant quelle âme ! quelle criminelle imagination ! quelles épouvantables mœurs ! Bonaparte ne voyant dans les actes de sa vie et dans ses livres que des effets de la démence, l’avait fait renfermer comme fou ; il eut mieux fait de le livrer aux tribunaux ; rétablir les lettres de cachet, même pour un bon motif, c’était introduire un dangereux précédent, c’était ouvrir la porte à cet arbitraire, qu’il est toujours déplorable de voir substituer à la justice.- Le public honnête eut applaudi à la séquestration du marquis de Sade si elle n’eut pas été un moyen de soustraire à la vindicte des lois et à l’infamie d’une condamnation bien méritée, un membre de la vieille noblesse.

Au-delà du pont de Charenton est le château d’Alfort, consacré à l’établissement de l’école vétérinaire, fondée en 1766, sous le titre d’École royale d’économie rurale. Partie des élèves est aux frais du gouvernement ; d’autres paient pension. La durée des études est de huit ans. Un troupeau de mérinos pour le croisement des races et l’amélioration des laines, y est entretenu avec le plus grand soin. L’école possède un veste amphithéâtre, un musée d’anatomie comparée des plus curieux, une clinique et des infirmeries où l’on traite les animaux malades. De savants professeurs y donnent gratis leurs consultations. Depuis 1848, on a cessé de recevoir l’espèce canine dans cet établissement, sérieusement menacé d’être envahi par tous les roquets et bichons des vieilles dévotes de la capitale.

Alfort a une bonne auberge, la poste aux chevaux, et plusieurs cafés assez fréquentés. Entre Alfort et Maisons, près du confluent de la Marne et de la Seine, dans une très forte position, s’élève le fort de Charenton, commandant la route d’Italie, et à quelque distance, sur la rive gauche de la Seine, le fort d’Ivry, pouvant défendre avec lui, par des feux croisés, le passage du fleuve.

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Cimetières Parisiens en 1860 par Emile de La Bédollière

   Près de l’avenue de Clichy, où règne une animation perpétuelle, se trouve un séjour de silence et de deuil, le cimetière du Nord, dit de Montmartre.

L’annexion faisait légalement aux cimetières une fâcheuse position. Le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804) est formel : « Aucune inhumation n’aura lieu dans les églises, temples synagogues, hôpitaux, chapelles publiques, et généralement dans aucun des édifices  clos et fermés où les citoyens se réunissent pour la célébration de leur culte, ni dans l’enceinte des villes et bourgs. Il y aura, hors de chacune de ces villes ou bourgs, à la distance de 35 à 40 mètres au moins de leur enceinte, des terrains spécialement consacrés à l’inhumation des morts. » Le décret d’annexion exigeait donc , comme corollaire, un décret qui reléguât les cimetières à 35 mètres au moins, non seulement des fortifications, mais encore de la zone militaire. Dans l’état actuel des choses, en face d’habitudes prises et enracinées, l’administration ne pouvait songer à détruire immédiatement de grandes nécropoles, comme elle avait détruit autrefois les cimetières paroissiaux. Un arrêté du préfet de la Seine, en date du 20 décembre 1859, contre-signé par M. Charles Merruau, secrétaire-général de la préfecture, assigna :

1° Le cimetière du Nord, dit de Montmartre, aux inhumations des Ier, IIe, VIIIe, IXe et Xe arrondissements ;

2° Le cimetière de l’Est, dit Père-Lachaise, aux inhumations des IIIe, IVe, XIe, XIIe et XXe arrondissements ;

3° Le cimetière du Sud, dit du Mont-Parnasse, aux inhumations des Ve, VIe, VIIe, XIIIe et XIVe arrondissements ;

4° Le cimetière des Batignolles, aux inhumations du XVIIe arrondissement ;

5° Le cimetière de Montmartre, à celles du XVIIIe arrondissement ;

6° Le cimetière de la Villette, à celles du XIXe arrondissement ;

7° Les cimetières de Grenelle et de Vaugirard à celles du XVe arrondissement ;

La circonscription du cimetière de Grenelle embrasse la partie de l’arrondissement située à l’ouest d’une ligne allant de la Seine à l’enceinte fortifiée par la ligne d’axe de l’avenue de Suffren, de l’avenue Lowendal, de la Croix-de-Nivert et de la rue de Sèvres.

La circonscription du cimetière de Vaugirard comprend tout le surplus du XVe arrondissement.

8° Les cimetières d’Auteuil et de Passy aux inhumations du XVIe arrondissement.

La circonscription du cimetière d’Auteuil est déterminée par la Seine, l’enceinte fortifiée et la ligne d’axe du chemin des Tombereaux et de la rue de Boulainvilliers.

La circonscription du cimetière de Passy comprend tout le surplus du XVIe arrondissement.

Les cimetières de la Chapelle, de Belleville, de Charonne et de Bercy sont supprimés.

Extrait de : « Le Nouveau Paris – Histoire de ses 20 arrondissements en 1860 » par Émile de Labédollère

Article proposé par Sylvie R.

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Quelques autres articles, concernant les cimetières, déjà parus sur le blog :

    2009-12-19 – Réouverture des catacombes de Paris

    Les cimetières parisiens

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Le cimetière de Maisons-Alfort

    Cimetière de Maisons-Alfort 1

    Cimetière de Maisons-Alfort 2

    NIKITA*

“Le Tour de Marne”
En 1865, Emile de la Bédollière, journaliste et écrivain, avec son ami Ildefonse Rousset, journaliste et photographe Maisonnais publient un  reportage dans un ouvrage remarquable “Le Tour de Marne”.

Lire l’article sans tarder suivant :

    Le gallinoculteur d’Alfort*

Vous trouverez les photographies du monument et du buste d’Ildefonse Rousset sur :

    culture.gouv – Tombeau d’Ildefonse Rousset

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École Royale vétérinaire d’Alfort.

Cet établissement, institué en 1766 par BOURGELAT , et destiné à former des vétérinaires, est dans les attributions du Ministre de l’Intérieur et possède tous les moyens pour donner une bonne instruction. Depuis plusieurs années, il reçoit d’importantes améliorations. Plusieurs constructions, faites d’après un nouveau plan général, lui donnent un aspect plus imposant, en même temps qu’elles assurent beaucoup mieux les services. La nouvelle chapelle laissera aux habitans d’Alfort la facilité d’assister aux offices divins ; le bâtiment neuf des élèves, vaste et commode, peut contenir près de 300 étudians ; le chenil, unique en son genre, offre les dispositions les mieux entendues pour le traitement des chiens malades ; les nouvelles écuries pour 28 chevaux, étant terminées, réunissent les mêmes avantages que le chenil, et peuvent aussi servir de modèle.

Tous les animaux malades sont admis en traitement à l’école d’Alfort, et les propriétaires n’ont à payer que la pension alimentaire, dont le taux est provisoirement fixé à 2 fr. 50 cent., par jour pour chaque cheval, et à 60 cent. par tête de chien. Les propriétaires pauvres n’ont à fournir que la nourriture des animaux, sans nulle autre rétribution.

Tous les sujets de l’âge de 16 à 25 ans peuvent être admis au nombre des élèves, dont les uns sont aux frais des parens, et les autres gratuits, titulaires de bourses entières ou de demi – bourses.

Le Ministère de la Guerre y entretient 40 élèves, pour le service vétérinaire dans les corps de cavalerie. La pension alimentaire y est de 360 fr., par an, payables par trimestre et par avance ; tous les élèves sont soumis au même régime, sont habillés de la même manière et reçoivent la même instruction.

Une ordonnance du 1er septembre 1825 a fixé à 4 ans la durée des études, au bout desquels les élèves reçoivent, s’ils sont jugés assez instruits, un diplôme de vétérinaire dont la rétribution est fixée à 100 francs.

L’époque d’entrée est au 1er octobre de chaque année, et nul ne peut être reçu que d’après une autorisation du Ministère de l’Intérieur ; les sujets autorisés ne prennent définitivement rang d’élèves qu’après avoir prouvé, devant le jury d’examen, qu’ils réunissent les conditions requises, qui sont : l’orthographe, le calcul et de savoir confectionner un fer à cheval ou de bœuf.

Extrait de : l’Almanach Royal 1830 – (Archives nationales)

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Les noces de campagne (1870)

LES NOCES DE CAMPAGNE

   Le village est en fête, car la fille de l’aubergiste, le plus riche parti du pays, se marie, et tous les habitants, à titre de parents, d’amis ou de voisins, sont conviés à la noce. Dès le matin, des carrioles, des charrettes, des chars-à-bancs, ont amené les invités des environs. La cour de l’auberge est encombrée de voitures de toute sorte, inclinées sur leurs brancards. La rue est presque déserte ; ça et là, quelques hommes en retard, roides dans leur longue redingote flottante comme une soutane, la tête ensevelie sous un vaste chapeau de feutre et emboîtée jusqu’aux oreilles dans un immense col de chemise, arrivent un à un avec la grave lenteur du paysan endimanché.

Enfin tout le monde est réuni, l’heure est venue, les cloches ont commencé à sonner. La noce se met en marche et se dirige vers l’église. En tête s’avance le marié, son chapeau à la main. Les pères et les grands-pères des époux le suivent immédiatement. Leurs femmes ne les accompagnent pas ; les apprêts du repas qui suivra le mariage et qui durera toute la journée les ont retenues à la maison. Puis vient la mariée, couronnée de fleurs, chargée de bouquets ; elle est conduite par un garçon d’honneur qui tient un coin de son tablier. Ses compagnes, ses amies, se pressent derrière elle ; chacune s’approche à son tour et lui attache aux bras un nœud de rubans. Les nœuds s’accumulent, la mariée disparaît presque sous ces flots de rubans de toutes couleurs qui pendent autour d’elle. La foule des parents et des invités défile ensuite et termine le cortège. Cependant trois ou quatre musiciens, flûtes et violons, sont allés se poster à l’écart, à l’ombre d’un arbre, où ils soufflent et raclent de leur mieux, tandis que les garçons du village, munis de vieux fusils et de pistolets rouillés, forment une double haie et exécutent des feux de peloton. C’est ainsi, au milieu de détonations assourdissantes, des sons criards des instruments qu’on n’entend que dans les intervalles de la fusillade, de l’odeur de la poudre et de nuages de fumée, que la noce s’avance et atteint l’escalier de l’église ;

Telle est la scène représentée par M. Th. Schuler. Nous devons dire qu’elle remonte à un certain nombre d’années. Les campagnes alsaciennes n’en fourniraient plus le modèle. Aujourd’hui la mode des coups de fusil a disparu, interdite par l’autorité. L’usage de couvrir la mariée de rubans est tombé en désuétude. Les noces rustiques, aussi bien en Alsace qu’en Bretagne, en Berri et dans nos autre provinces, tendent de plus en plus à ressembler à celles des villes. A mesure que l’homme se civilise, se raffine, il semble qu’il ait moins besoin de manifester au dehors ses impressions ; il devient plus économe de mouvement et de bruit. Ce qui ne s’est pas effacé et ne s’effacera jamais, c’est l’émotion de ces deux jeunes gens qui s’unissent l’un à l’autre et qui se trouvent en présence de joies et de responsabilités si nouvelles. Qui sait même si, les conditions de la vie humaine s’améliorant pour tous, le cœur ne s’enrichira pas de sentiments plus profonds et plus doux ?

Extrait du « Magasin Pittoresque » – 1870

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Les eaux de la Seine (1832)

ÉTABLISSEMENT ROYAL DES EAUX CLARIFIÉES

ET DÉPURÉES DE LA SEINE.

Quai des Célestins, n. 24, et rue Saint-Paul, n. 2.

 M. Happey, Propriétaire-Administrateur.

L’Établissement ne distribue dans Paris que des Eaux clarifiées et dépurées au moyen d’un procédé approuvé par l’Athénée des Arts, et pour lequel le propriétaire de l’entreprise a obtenu un brevet d’invention. Les tonneaux de l’Établissement sont de forme ordinaire et peints en gris ; sur le derrière, on remarque le chiffre 2 d’une très grande dimension et en rouge ; et sur le devant, cette inscription : Établissement royal des Eaux clarifiées et dépurées de la Seine, quai des Célestins, n. 24, et rue Saint-Paul, n. 2. Le prix est de 2 sous la voie.

Extrait de : l’Almanach royal de 1832

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Enseignes du vieux Paris (1833)

ENSEIGNES DU VIEUX PARIS

Autrefois, à Paris, les marchands des divers métiers avaient la coutume de mettre à leurs fenêtres et sur leurs portes des bannières en forme d’enseignes, où se trouvaient figurés le nom et le portrait du saint ou de la sainte qu’ils avaient choisi pour patron ; cependant on rencontrait aussi parfois, au lieu d’une figure de moine ou de vierge martyre, divers emblèmes et rébus qui exerçaient l’esprit sagace des curieux, dont le plaisir était grand, sans doute, de chercher le sens caché de l’énigme. Nous allons citer plusieurs de ces enseignes, dont l’explication nous a été conservée par Henri Sauval, dans ses Antiquités de Paris.

Avant de porter le nom de la rue du Cadran, cette rue se nommait rue du Bout-du-Monde, parce qu’il y avait une enseigne sur laquelle on avait représenté un bouc, in duc (oiseau) du monde.

A l’Assurance. – Un A sur une anse

Au puissant Vin. – Au puits sans vin

A la vieille science. – Une vieille femme qui sciait une anse

Toutes ces enseignes ont disparu depuis longtemps. On ignore même dans quels quartiers elles se trouvaient placées.

De nos jours encore, cette coutume n’est pas tout-à-fait perdue dans Paris ; et tout le monde a pu voir sur le boulevard du Temple, auprès du Cirque olympique, un limonadier dont l’enseigne représente un paysan qui coupe un épi, avec ces mots écrits au-dessous ou au-dessus : A l’Épi scié.

Extrait du « Magasin pittoresque » – 1833

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Archives du Royaume (1834)

DÉCRETS  DE  L’ASSEMBLÉE  CONSTITUANTE – CAMUS – DESCRIPTION  DE L’HÔTEL  SOUBISE – DEUX  SECTIONS  D’ARCHIVES.

    Avant la révolution, tout couvent avait sa chronique, toute grande famille possédait des chartes pour constater les titres et conserver la mémoire des hauts faits de ses ancêtres. Ces chartes, léguées par les générations qui s’éteignaient à des générations naissantes, formaient autant d’histoires qu’il y avait de châteaux, de familles nobles et puissantes, ou de couvens dans le pays ; histoires purement individuelles, particulières, ne se rattachant à celle de la nation que par le récit du rôle  qu’avaient joué, dans tel ou tel événement isolé, les individus auxquels chacune d’elles était exclusivement consacrée. La révolution conçut l’idée de rassembler tous ces témoignages du passé religieusement conservés dans les monastères et dans les châteaux, et d’en former un immense faisceau de documens propres à faciliter les recherches des écrivains qui entreprendraient l’histoire de la France.

Cette pensée fut la base des décrets des 4 et 7 septembre 1790, où l’Assemblée constituante ordonna la réunion des chartes, actes , titres, relatifs soit à l’administration du royaume, soit à l’histoire des provinces, des familles, ou des couvens. Le dépôt de toutes ces pièces eut lieu dans l’ex-couvent des Capucins, situé rue Saint-Honoré, et qui prit alors le nom d’hôtel des Archives du royaume. L’assemblée se sépara avant d’avoir déterminé les formes de la nouvelle institution. La Convention ordonna la translation des archives aux Tuileries, y préposa une administration spéciale, à la tête de laquelle elle plaça un de ses membres, Camus, qui depuis, chargé par elle de se rendre en qualité de commissaire pour examiner le conduite de Dumouriez, fut livré par ce général aux Autrichiens, et retenu captif en Bohême.

Rentré en France après quelques années, Camus fut appelé de nouveau à la direction des archives. Bonaparte, alors premier consul, ordonna leur transport au palais Bourbon. Mais Camus résista, par la raison qu’une loi les ayant placées aux Tuileries, une loi seule pouvait les en retirer. Bonaparte céda et les archives restèrent aux Tuileries, jusqu’à ce qu’un décret, daté du 10 mars 1810, les eût définitivement transférées à l’hôtel Soubise, où elles sont actuellement.

Cet hôtel, situé rue du Chaume, au Marais, occupe l’espace compris entre les rues de Paradis et du Grand-Chantier. Il est remarquable, à l’extérieur, par une tourelle ronde terminée en pointe, et indiquant qua déjà plusieurs siècles se sont écoulés depuis le jour de la fondation. Il fut bâti en 1556, par le cardinal Charles, et le duc de Guise, sur le terrain des hôtels de Clisson, de Laval, et de plusieurs autres maisons. Henri 1er, duc de Guise, ne négligea rien pour faire de cette résidence une des plus belles de Paris, et appela à son aide, pour la décorer, les artistes les plus célèbres du XVIe siècle, Nicolo, Primatice, maître Roux. Les peintures de la chapelle étaient de Nicolo. Le prince de Soubise à qui cet hôtel appartint depuis, et qui lui donna son nom, consacra des sommes immenses à son embellissement. Il fit construire la cour et le grand portique qui subsistent encore. Ce portique, de dessin demi-circulaire, forme l’entrée principale sur la rue de Paradis Il est orné de colonnes corinthiennes, qui, avec leur corniche surmontée de trophées, forme un ensemble d’un assez bel effet La cour, entourée à droite et à gauche d’une colonnade d’ordre dorique, qui s’étend sur toute sa largeur, donne une idée de la magnificence des seigneurs propriétaires de l’hôtel. Les appartemens, par leur éclat, répondaient à la beauté du dehors. Mais il ne reste plus de cette splendeur que deux ou trois salons décorés dans le goût du siècle de Louis XV, c’est-à-dire surchargés de guirlandes et de festons dorés, ou bien de peintures dans le s styles de Watteau et de Boucher. L’état de vétusté de ces ornemens, et surtout leur délabrement, indiquent assez que depuis long-temps elles ont été abandonnées par leurs premiers propriétaires. Quant aux autres salles, sauf une suite de portraits représentant tous les hommes illustres, peintres, poètes, sculpteurs, etc., etc. du XVIe siècle, elles n’ont rien de curieux. Leur caractère primitif a disparu sous les travées de menuiserie les cases et les tablettes destines à recevoir les archives. Là sont rangés, avec ordre, dates par dates, époques par époques, tous les papiers composant la collection.

Les archives se divisent en deux sections : archives du royaume, archives domaniales.

La première section comprend l’ancien trésor des Chartes (ce sont vingt volumes in-folio, manuscrits, qui contiennent les actes des différens règnes, depuis et y compris Philippe-Auguste) et tous les actes administratifs qui, n’étant plus d’aucun usage, rentrent dans le domaine de l’histoire, et prennent désormais le nom d’archives.

Plusieurs de ces pièces sont remarquables par leur ancienneté : nous avons vu une charte remontant à l’an 620. C’est une donation faite, par le roi Clotaire, en faveur de l’abbaye de Saint-Denis. Elle est écrite sur papyrus mes caractères en sont fort bien dessinés, mais fort difficiles à reconnaître maintenant. Plusieurs savans attachés à l’administration sont exclusivement chargés de déchiffrer ces sortes d’hiéroglyphes.

La seconde division se compose des archives domaniales, ou plans topographiques de toutes les provinces françaises, selon leur circonscription avant 1789. A ces plans sont réunis ceux des domaines particuliers, abbayes, seigneuries, etc., tels qu’ils se trouvaient lorsque la révolution les déclara propriétés nationales.

Lors des conquêtes de l’empire, la collection des archives s’accrut de toutes celles des nations vaincues par nous.. Mais au retour des Bourbons, nous fûmes obligés de restituer ce que nous avait donné la victoire.

Cette immense quantité de papiers occupe la totalité de l’hôtel depuis l’escalier jusqu’aux combles. C’est dans ces vastes salles que dort l’histoire de France, en attendant ceux qui, unissant la patience au génie, oseront soulever la poussière qui recouvre ces vestiges des siècles passés, les interroger, établir un lien entre les faits, et préparer ainsi tous les élémens d’une histoire nationale complète.

Extrait du « Magasin pittoresque » – 1834

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Maître d’école en province

CE QUE GAGNAIT UN MAITRE D’ ÉCOLE DE PROVINCE

IL Y A MOINS de 100 ANS.


      Le recteur de l’Académie de Nancy a fait dernièrement une humble mais précieuse découverte. Elle consiste dans un manuscrit inédit d’un pauvre maître d’école nommé François Collin. Ce digne homme, que l’on avait chargé de l’enseignement primaire dans un village appelé Koeur-la-Petite, expose à l’autorité l’état chétif de la profession de maître d’école ; bien chétif, en effet, et la touchante résignation dont fait preuve l’humble requérant ne peut laisser supposer un moment qu’il altérait la vérité. Au moment où il écrit, François Collin est chargé de famille, et il va toucher à la cinquantième année de son âge. Au triste métier qu’il fait, il a mangé la moitié de son petit patrimoine. C’est qu’en ce temps un maître d’école, dans les campagnes, gagnait 70 livres 10 sous dans les mauvaises années, et que ce traitement pouvait s’élever au plus à 150 livres dans les circonstances où toutes choses marchaient à souhait.

 Extrait du « Magasin Pittoresque » – 1870

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Nos ancêtres étaient-ils gourmands … ? (1906)

NOS ANCÊTRES ÉTAIENT-ILS GOURMANDS… ?

D’après la longue liste de glaces que j’ai trouvée et le nombre de parfums offerts, il semble que oui !

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Extrait du 

 » DICTIONNAIRE HISTORIQUE DES ARTS , MÉTIERS ET PROFESSIONS Exercés dans Paris depuis le XIIIè siècle » d’Alfred Franklin  (Édition 1906)

    Glaciers. L’édit du 21 Mars 1673 qui créa la corporation des limonadiers, comprend, parmi les produits qu’ils pouvaient débiter, « les glaces de fruits et de fleurs » , en concurrence avec les confiseurs. C’était, d’ailleurs, une friandise encore nouvelle.  Elle passe pour avoir été révélée à la France par un gentilhomme palermitain, nommé Francesco Procopio dei Coltelli, qui vint s’établir à Paris vers 1672. En 1702 il francisa son nom, devint François Procope, et acheta dans la  rue de l’Ancienne-Comédie actuelle, en face du Théatre-Français, un café qu’il fit décorer avec luxe et qui existe encore. On vit, pour la première fois dans une boutique de ce genre des tapisseries, de grands miroirs, des lustres de cristal et des tables de marbre sur lesquelles on pouvait se faire servir, non seulement du café, du thé et du chocolat, mais aussi des liqueurs et des glaces. En raison de la sensation de froid que déterminent celles-ci, Procope en offrait seulement pendant l’été. Dubuisson, son successeur, est le premier qui ait eu l’idée d’en servir toute l’année.

Limonadiers et confiseurs les multiplièrent alors de mille manières, et la liste suivante, qui m’est fournie par l’Encyclopédie méthodique (Arts et Métiers 1782) donnera une idée de l’engouement dont elles devinrent l’objet :

De roses D’oranges Au pain de seigle
De fleurs d’orange De pêches Au sucre brûlé
De violette De pavies Au houacaca
De sureau De rousselets Au cacao
D’ananas De poires de bon chrétien Au chocolat
De cédrats De prunes Au safran
D’abricots De raisins Au cédrat
De cerises De verjus Au chocolat blanc
De citrons De crème vierge ou naturelle De fleurs d’oranges grillées
De bergamottes De crème à la vanille Au café blanc
De bigarades A la cannelle Au café brun
De brugnons Aux gérofles Aux biscuits
De cassis A l’anis Aux macarons d’amandes amères
De coings Aux pistaches Aux macarons d’avelines
D’épine-vinette Aux amandes A l’Italienne
De framboises De Strasbourg Au pot-pourri
De fraises Aux avelines Aux œufs
De grenades Aux truffes Au riz
De groseilles Aux marrons Aux cerneaux
De groseilles framboisées Aux noix Aux fromages
De limes douces Aux noix d’acajou Aux Échaudés
A l’ambre A la Gentilly Au vin muscat
Au vin d’Espagne Au vin de Tokai Au vin du Cap
Au Lacryma Christi Aux liqueurs Au marasquin
A la crème des Barbades A l’eau-de-vie de la Côte A l’eau de créole
Au rossolis A l’huile de Vénus Au Bolognia
Aux ratafiats De cerises De fleurs d’orange

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Tableau de Paris – Marchés – 1781-1790

TABLEAU DE PARIS – MARCHÉS

Les marchés de Paris sont malpropres, dégoûtants ; c’est un chaos où toutes denrées sont entassées pêle-mêle ; quelques hangars ne mettent pas les provisions des citoyens à l’abri des intempéries des saisons. Quand il pleut, l’eau des toits tombe ou dégoutte dans les paniers où sont les œufs, les légumes, les fruits, le beurre, etc.

Les environs des marchés sont impraticables ; les emplacements sont petits, resserrés ; et les voitures menacent de vous écraser, tandis que vous faites votre prix avec les paysans : les ruisseaux qui s’enflent entraînent quelquefois les fruits qu’ils ont apportés de la campagne ; et l’on voit les poissons de mer qui nagent dans une eau sale et bourbeuse.

Le bruit, le tumulte est si considérable, qu’il faut une voix plus qu’humaine pour se faire entendre : la tour de Babel n’offrait pas une plus étrange confusion.

On a élevé, depuis vingt cinq ans, un entrepôt pour les farines, qui a servi à dégager un peu le quartier des halles : mais cet entrepôt se trouve fort étroit ; il conviendrait à une ville du troisième ordre, il est insuffisant à la prodigieuse consommation de la capitale, les sacs de farine sont exposés à la pluie ; et je ne sais quel caractère mesquin, imprimé à tous les monuments modernes, empêche de faire rien de grand.

Les poissonneries infectent. Les républiques de Grèce défendirent aux marchands de poisson de s’asseoir en vendant leur marchandise. La Grèce avait le dessein de faire manger le poisson frais et à bon marché. Les poissonnières de Paris ne vendent le poisson que quand il va se gâter. Elles tiennent le marché tant qu’elles veulent ; il n’y a que la Parisien au monde, pour manger ce qui révolte l’odorat : quand on lui en fait le reproche, il dit qu’on ne sait que manger, et qu’il faut qu’il soupe. Il soupe, et avec ce poisson à moitié pourri il se rend malade.

Extrait du « Tableau de Paris » de Louis-Sébastien Mercier – 1781-1790

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Départ de la chaine (1836)

DÉPART DE LA CHAINE

   Ce devrait être un triste spectacle que le départ d’une chaîne de forçats. Elle ne devrait rencontrer sur son passage que des visages péniblement affectés, des physionomies chagrines ! Mais point du tout ; la multitude profite de cette solennité pour se livrer à des émotions inaccoutumées : elle afflue avec un empressement vraiment étrange ; elle recueille tous les récits avec avidité et les dénature pour les rendre plus piquants. On se donne rendez vous à la plaine de Bicêtre pour jouir en commun de cet appareil dramatique comme on se donnerait rendez vous au Champ-de-Mars s’il s’agissait d’une revue des troupes.

Le public a été heureusement privé cette année d’une scène à laquelle il attachait beaucoup d’importance et de curiosité, celle du ferrage des forçats ; il serait bien désirable, pour la moralité publique, qu’on trouvât un moyen d’opérer le départ de la chaîne en secret et de nuit.

Toutes les demandes qui avaient été adressées à M. le préfet de police pour obtenir l’entrée des cours de Bicêtre et assister à la cérémonie du ferrement ont été repoussées. Cette opération qui a eu lieu hier dans la journée, pour tous les condamnés, n’a été pratiquée à l’égard de l’abbé Delacollonge qu’au moment du départ. Personne n’y a été admis, excepté M. Allard, chef de la police de sûreté.

Dès trois heures du matin, la foule se dirigeait vers Bicêtre ; quelques personnes ont passé le nuit dans les champs, de peur de ne pas arriver assez tôt. Bientôt il n’y eut plus possibilité de circuler aux abords de la prison ; les voitures arrivaient de toutes parts, et les tapissières, garnies de troupes joyeuses qui échangeaient de ces propos grossiers qu’on entend qu’au carnaval ; parquaient sur la grand route. Les piétons, impatients, fatigués, étouffés par la poussière et la chaleur, prirent le parti de bivouaquer sur les blés et les prairies. A la gaité qui régnait dans ce camp improvisé, on eut dit une fête nationale.

Enfin, à 9 heures, des battements de main se font entendre. Les portes de Bicêtre roulent sur leurs gonds, et le cortège se met en route au milieu d’une escorte de maréchaussée et d’une escouade de sergens de ville.

Sept grosses charrettes formaient le convoi. Les forçats, couverts de haillons, étaient placés sur deux rangées, dos à dos, la face tournée vers les spectateurs ; assis au bord de la charrette et sur de la paille, ils avaient les jambes pendantes et les bras appuyés sur un accotoir de bois. Une courroie les fixait à cette barre, afin de les empêcher de tomber au premier cahot de la voiture.

La plus grande partie de ces malfaiteurs étaient des hommes âgés . Ils insultaient à la multitude, et des cris forcenés s’échappaient de plusieurs voitures.

François, le complice audacieux de Lacenaire, cherchait surtout à se faire remarquer par des apostrophes graveleuses et un rire frénétique. Il adressait aussi de burlesques paroles à son compagnon Michel.

Un jeune homme nommé Magné, et qui a déjà subi cinq ans de travaux forcés, bien qu’il ait 25 ans à peine, affectait aussi beaucoup d’effronterie et d’insolence.

Le nommé Mercier, condamné à 20 ans de travaux forcés pour vol qualifié, paraissait fort affecté et abattu. Il a déjà tenté deux fois de se détruire depuis sa condamnation, et à peine s’il est remis des effets de l’opium qu’il a pris avant-hier en assez grande quantité. Il souffrait d’autant plus qu’il se trouvait accollé à un compagnon qui fumait avec effronterie le tabac dont M. Champion, l’homme au petit manteau bleu, lui avait, disait-il, fait cadeau pour le récompenser de l’injustice de la justice.

L’abbé Delacolonge, que chacun cherchait avec curiosité, semblait résigné et avait la figure en partie couverte par un bonnet de soie noire.

Ce mode public de transfèrement a quelque chose de pénible quand on songe que les malheureux repentans ou timides sont exposés à toutes les insultes de la populace et à celles de leurs camarades qui les prennent pour un objet de risée, et trouvent là occasion d’afficher un cynisme révoltant. N’y aurait-il pas moyen de le réformer ou de couvrir au moins les charrettes ?

La chaîne a suivi l’avenue de Bicêtre et celle de Paris, puis, tournant à gauche par le chemin de ronde, elle a du gagner dans cet après-midi la plaine de Saint-Cyr. C’est là qu’on fouillera les forçats et qu’ils feront leur première étape. Beaucoup de curieux, afin de remplacer l’entrée dans la cour de Bicêtre dont ils ont été privés, et de jouir d’un supplément de spectacle, se sont immédiatement transportés sur ce point. Le cortège se remettra demain en marche et se dirigera sur Brest.

Depuis fort long-temps la chaîne n’a été si nombreuse. On y compte 171 condamnés dont voici la classification criminelle : 183 voleurs, 28 assassins, 37 pour meurtre et homicide, 11 coupables d’attentat à la pudeur, 16 incendiaires, 3 faux-monnayeurs, 1 faussaire, 1 médecin coupable de tentative d’infanticide.

Dans ce nombre, 15 ont été condamnés à 12 ans, 1 à 16, 14 à 15, 73 à 20, 1 à 25, 1 à 30, et 66 à perpétuité, dont 6 primitivement condamnés à mort, mais dont la peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité.

 Extrait du journal « Le Siècle » du 20 juillet 1836 – Gallica

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Des marchands et échevins de la ville de Paris (1731)

DE PAR LE PREVOST

 DES MARCHANDS ET ÉCHEVINS

 DE LA VILLE DE PARIS.

Concernant la seureté & la tranquillité des Coches d’Eau

 Du 26 octobre 1731

A TOUS ceux qui ces présentes Lettres Verront, MICHEL-ETIENNE TURGOT, Chevalier Seigneur de Sousmons, Bons, Ussy, Potigny, Perriers, Brucourt, & autres lieux, Conseiller du Roy en ses Conseils, Président au Parlement et en la Seconde Chambre des Requestes du Palais, Prevost des Marchands, & les Echevins de la Ville de Paris : SALUT, sçavoir faisons. Que sur ce qui Nous a esté remontré par le Procureur du Roy & de la Ville, qu’il avoit eu avis que des Soldats des Régimens des Gardes Françoises & des Gardes Suisses fument dans les Bateaux Coches d’eau destinez pour la conduite & le transport des personnes & marchandises de cette Ville, aux lieux de leur destination, & retour, que les Soldats insultent, injurient & maltraitent les Voyageurs, & causent des scandales, ce qui est contraire à la tranquilité que l’ordre public exige dans les Voitures, pour y maintenir la seureté & empêcher qu’il n’y arrive des accidens & des naufrages ; Pourquoy requeroit qu’il Nous plût y pourvoir.

Nous, ayant égard au Requisitoire du Procureur du Roy & de la Ville, & après l’avoir oui en ses Conclusions : Disons que les Ordonnances & Règlemens concernant la conduite des Voitures par eau, et notamment des bateaux Coches, seront exécutées selon leur forme et teneur ; en consequence faisons tres-expresses inhibitions & deffenses à tous Soldats des Régimens des Gardes Françoises & Suisses de fumer dans lesdits Bateaux Coches, d’y injurier & maltraiter les Voyageurs, & d’y causer aucun scandale, leur enjoignons tres-expressement de s’y comporter modestement, le tout à peine de punition exemplaire. Enjoignons aux Fermiers desdits Coches, Pilottes & Conducteurs d’iceux de dénoncer au Procureur du Roy & de la Ville les contraventions qui seront commises à ces Présentes par lesdits soldats aussi-tost qu’elles seront arrivées & seront cesdites Présentes lûës, publiées & affichées partout où besoin sera, & exécutées nonobstant oppositions ou appellations quelconques, & sans préjudice d’icelles. Fait au Bureau de la Ville de Paris, le vingt-sixième Octobre mil sept cens trente-un.

Signé, TAITBOUT.

L’An mil sept cens trente-un, le vingt sept Octobre , l’Ordonnance cy-dessus a été lûe & publiée au son du Tambour, sur les Ports de cette Ville & autres endroits ordinaires & accoutumés, par moy Jean-Herve de Quilbec, Commissaire de Police, & Huissier-Audiencier en l’Hostel de Ville de Paris, soussigné

 Signé, DE QUILBEC

Source : Gallica

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Taxe sur les chiens (1)

En relisant l’inventaire après décès de mon grand-père paternel, Eugène AUVRAY, marchand de vins en gros à Pierrelaye (95), établi le 8 Septembre 1915, par Me. Albert DELVAUX, notaire à Pontoise, j’ai relevé un détail surprenant :

On trouve dans l’inventaire du mobilier industriel et fonds de commerce :

-2°) – une voiture en mauvais état, deux autres voitures

-10°) – un cheval de cinq ans

selon l’extrait ci-joint (inventaire 1915 mobilier)

Et en cote douzième on trouve le détail des différentes contributions payées ou à payer, dont :

          pour contribution sur les voitures et chevaux : 5,30 Fr

          pour taxe municipale sur les chiens                : 8,30 Fr

selon l’extrait ci-joint (inventaire 1915 taxe)

On payait donc plus pour un chien que pour un cheval et deux voitures (sans tenir compte de celle en mauvais état)…

En cherchant sur la toile, j’ai trouvé  un « guide de droit usuel et rural » datant de 1913, sur lequel j’ai relevé le paragraphe suivant qui devait s’appliquer à mon grand-père : « ne paient qu’une demi-taxe les voitures et chevaux imposables employés d’une manière habituelle au service  d’une profession déjà soumise à la patente. »

Par contre, en ce qui concerne la taxe sur les chiens, j’ai trouvé qu’elle remontait aux environs de 1860 et qu’elle avait été supprimée et remise en vigueur au fil du temps, selon les besoins.

Elle était fixée par les municipalités, mais je n’ai pas trouvé d’éléments précis, sinon qu’elle ne devait pas être supérieure à 10 Francs ni inférieure à 1 Franc et qu’il y avait deux catégories de chiens : 1°) les chiens d’agrément et/ou de chasse et 2°) les chiens de garde, moins fortement taxés.

Je suppose que le chien de mon grand-père devait entrer dans la seconde catégorie et était censé garder les bâtiments et le stock..

Les inventaires notariés sont d’une grande précision, mais il reste un détail que j’aurais bien aimé connaître : ce sont les noms du chien et du cheval…

  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Taxe

Taxe

 

Inventaire mobilier

Inventaire mobilier

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Règlement intérieur de la Vinaigrerie Dessaux, année 1880

Règlement intérieur de la Vinaigrerie Dessaux, année 1880

1 – Piété, propreté et ponctualité font la force d’une bonne affaire.
2 – Notre firme ayant considérablement réduit les horaires de travail, les employés de bureau n’auront plus à être présents que de sept heures du matin à six heures du soir, et ce, les jours de semaine seulement.
3 – Des prières seront dites chaque matin dans le grand bureau. Les employés de bureau y seront obligatoirement présents.
4 – L’habillement doit être du type le plus sobre. Les employés de bureau ne se laisseront pas aller aux fantaisies des vêtements de couleurs vices ; ils ne porteront pas de bas non plus, à moins que ceux-ci ne soient convenablement raccommodés.
5 – Dans les bureaux on ne portera ni manteau ni pardessus. Toutefois lorsque le temps sera particulièrement rigoureux, les écharpes, cache-nez et calottes seront autorisés.
6 – Votre firme met un poêle à la disposition des employés de bureau. Le charbon et le bois devront être enfermés dans le coffre destiné à cet effet. Afin qu’ils puissent se chauffer, il est recommandé à chaque membre du personnel d’apporter chaque jour quatre livres de charbon durant la saison froide.
7 – Aucun employé de bureau ne sera autorisé à quitter la pièce sans la permission de M. le Directeur. Les appels de la nature sont cependant permis et pour y céder, les membres du personnel pourront utiliser le jardin au dessous de la seconde grille. Bien entendu, cet espace devra être tenu dans un ordre parfait.
8 – Il est strictement interdit de parler pendant les heures de bureau.
9 – La soif de tabac, de vin ou d’alcool est une faiblesse humaine et, comme telle, est interdite à tous les membres du personnel.
10 – Maintenant que les heures de bureau ont été énergiquement réduites, la prise de nourriture est encore autorisée entre 11h30 et midi, mais en aucun cas, le travail ne devra cesser durant ce temps.
11 – Les employés de bureau fourniront leurs propres plumes. Un nouveau taille-plume est disponible, sur demande chez M. le Directeur.
12 – Un sénior, désigné par M. le Directeur, sera responsable du nettoyage et de la propreté de la grande salle, ainsi que du bureau directorial. Les juniors et les jeunes se présenteront à M. le Directeur quarante minutes avant les prières et resteront après l’heure de la fermeture pour procéder au nettoyage. Brosses, balais, serpillières et savon seront fournis par la Direction.
13 – Augmentés dernièrement, les nouveaux salaires hebdomadaires sont désormais les suivants :

– cadets (jusqu’à 11 ans)

0,50 F.

– juniors (jusqu’à 14 ans)

1,45 F.

– jeunes

3,25 F.

– employés

7,50 F.

– séniors (après 15 ans de maison)

14,50 F.

Les propriétaires reconnaissent et acceptent la générosité des nouvelles lois du Travail, mais attendent du personnel un accroissement considérable du rendement en compensation de ces conditions presque utopiques.

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Ruisseaux

    Un large ruisseau coupe quelquefois une rue en deux, et de manière à interrompre la communication entre les deux côtés des maisons. A la moindre averse il faut dresser des ponts tremblants. Rien ne doit plus divertir un étranger que de voir un Parisien traverser ou sauter un ruisseau fangeux avec une perruque à trois marteaux, des bas blancs et un habit galonné, courir dans de vilaines rues sur la pointe du pied, recevoir le fleuve des gouttières sur un parasol de taffetas. Quelles gambades ne fait pas celui qui a entrepris d’aller du faubourg Saint-Jacques dîner au faubourg Saint-Honoré, en se défendant de la crotte, et des toits qui dégouttent ! Des tas de boue, un pavé glissant, des essieux gras, que d’écueils à éviter ! Il aborde néanmoins ; à chaque coin de rue il a appelé un décrotteur ; il en est quitte pour quelques mouches à ses bas. Par quel miracle a-t-il traversé sans autre encombre la ville du monde la plus sale ? Comment marcher dans la fange en conservant ses escarpins ? Oh ! c’est un secret particulier aux Parisiens, et je ne conseille pas à d’autres de vouloir les imiter.

Perruque à trois marteaux

Pourquoi ne pas s’habiller conformément à la boue et à la poussière ? Pourquoi prendre à pied un vêtement qui ne convient qu’à celui qui roule dans une voiture ? Pourquoi n’avoir pas des trottoirs comme à Londres ?

Extrait de « Tableau de Paris » de Louis Sébastien Mercier (écrit entre 1781 & 1790)

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