Archives de Catégorie: Textes découverts par les adhérents

Un texte que souhaite nous faire partager un adhérent

Une trouvaille

En ce matin de décembre 1956 mon grand père est contrarié:

Il lui faut planter les rosiers que sa femme a commandés chez MEILLAND et qui ont été livrés il y a quelques jours.

Il fait doux , il ne pleut pas , il n’a pas d’excuses .

Sa femme lui en parle depuis plusieurs jours…

Or mon grand père n ‘aime pas les rosiers.

Il trouve que c’est « convenu ».

Il n’est pas « convenu » et a un esprit de contradiction développé.

Mais il sent bien aux regards de ma grand mère que la paix conjugale est à ce prix..

Bref il prend sa bêche et s’y met .

La terre est plus dure et surtout elle est plus basse qu’il ne pensait.

Mais voilà un , puis deux rosiers plantés .

Il suit scrupuleusement les indications de sa femme :

« Mets la Gloire de Dijon près du  perron , elle sent très bon et est magnifique avec ses pétales de couleur crème , ourlés de rose »

Il fait ce qu’on lui demande en rechignant , enlève quelques vieilles racines et un gros caillou.

Et ! sous le caillou que ne voit-il pas ? Un vieux pot !

Éliette !  vient voir ! j ‘ai trouvé un vieux pot .

Sorti de sa gangue de terre le pot d’étain est ouvert .

Il contient des francs Semeuse 1901, des centimes troués ,  un anneau de mariage  et une chaine avec une petite croix en or certainement.

Puis un petit papier plié sur lequel est écrit : Mathilde Floche , ou Floch c’est un peu effacé..

Qui est cette Mathilde ? Que faire ?

Ce que font les gens du village : demander au maire , voire au curé. monsieur le Maire est un vieil ami , maire depuis 25 ans ,il a succédé à son père qui est encore vivant qui a été maire lui aussi tout comme son propre père.

Monsieur le Maire connait bien ses administrés et l’histoire de sa  commune.

Cette trouvaille ne le surprend pas .

Pour comprendre , il faut remonter dans le passé à la guerre de 1870 dit -il.

Le 28 novembre 1870 eut lieu une terrible bataille aux alentours de Beaune La Rolande

JuranvilleJuranville 2

bazille-frederic

Tout cela laissa dans l’esprit de nos ancêtres un terrible souvenir .

Et lorsque la guerre 14 fut déclarée bien des gens cachèrent leur maigre bien.

Un examen des registres d’état civil permit de trouver la date de décès de cette Mathilde Floch, survenu en 1918, domestique  et son adresse : celle de mes grands parents.

Le Maire dit que sa petite fille habitait encore Beaune et mes grands parents décidèrent de lui remettre le pot et son contenu.

La vieille dame qui leur ouvrit la porte les regarda d’un air soupçonneux.

Ils exposèrent le but de leur visite et lui tendirent le pot.

« ben y a pas grand chose dit elle , on voit que vos grands parents l’ont pas payé bien cher …... »

Ni merci , ni au revoir.

Mon grand père se dit en son for intérieur que décidément  les rosiers cela ne valait rien….

Merci à MARYSE DARI

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Une trouvaille

En ce matin de décembre 1956 mon grand père est contrarié:

Il lui faut planter les rosiers que sa femme a commandés chez MEILLAND et qui ont été livrés il y a quelques jours.

Il fait doux , il ne pleut pas , il n’a pas d’excuses .

Sa femme lui en parle depuis plusieurs jours…

Or mon grand père n ‘aime pas les rosiers.

Il trouve que c’est « convenu ».

Il n’est pas « convenu » et a un esprit de contradiction développé.

Mais il sent bien aux regards de ma grand mère que la paix conjugale est à ce prix..

Bref il prend sa bêche et s’y met .

La terre est plus dure et surtout elle est plus basse qu’il ne pensait.

Mais voilà un , puis deux rosiers plantés .

Il suit scrupuleusement les indications de sa femme :

<mets la Gloire de Dijon près du  perron , elle sent très bon et est magnifique avec ses pétales de couleur crème , ourlés de rose>

Il fait ce qu’on lui demande en rechignant , enlève quelques vieilles racines et un gros caillou.

Et ! sous le caillou que ne voit-il pas ? Un vieux pot !

Éliette !  vient voir ! j ‘ai trouvé un vieux pot .

Sorti de sa gangue de terre le pot d’étain est ouvert .

Il contient des francs Semeuse 1901, des centimes troués ,  un anneau de mariage  et une chaine avec une petite croix en or certainement.

Puis un petit papier plié sur lequel est écrit : Mathilde Floche , ou Floch c’est un peu effacé..

Qui est cette Mathilde ? Que faire ?

Ce que font les gens du village : demander au maire , voire au curé. monsieur le Maire est un vieil ami , maire depuis 25 ans ,il a succédé à son père qui est encore vivant qui a été maire lui aussi tout comme son propre père.

Monsieur le Maire connait bien ses administrés et l’histoire de sa  commune.

Cette trouvaille ne le surprend pas .

Pour comprendre , il faut remonter dans le passé à la guerre de 1870 dit -il.

Le 28 novembre 1870 eut lieu une terrible bataille aux alentours de Beaune La Rolande

JuranvilleJuranville 2

 

 

 

 

 

bazille-frederic

Tout cela laissa dans l’esprit de nos ancêtres un terrible souvenir .

Et lorsque la guerre 14 fut déclarée bien des gens cachèrent leur maigre bien.

Un examen des registres d’état civil permit de trouver la date de décès de cette Mathilde Floch, survenu en 1918, domestique  et son adresse : celle de mes grands parents.

Le Maire dit que sa petite fille habitait encore Beaune et mes grands parents décidèrent de lui remettre le pot et son contenu.

La vieille dame qui leur ouvrit la porte les regarda d’un air soupçonneux.

Ils exposèrent le but de leur visite et lui tendirent le pot.

<ben y a pas grand chose dit elle , on voit que vos grands parents l’ont pas payé bien cher ……>

Ni merci , ni au revoir.

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Loup y es tu ?

oui , sans aucun doute il y était.

Ce matin de juillet 1743 la male bête entre dans le village de Boësses dans le Loiret et  se jette sur la petite Marie Berthier 5 ans

Elle l’emporte et la dévore partiellement

Le curé Longuet  retrace l’affaire :

Loup 1

Loup 2

« Marie Berthier étranglée ce matin à 10h par une espèce de bête inconnue à environ 120 pas de la maison de son père , en présence de sa mère et de 4 autres enfants, ensuite emportée par la dite bête plus de 1000 pas, qui ne l’a laissée qu’après de vives et continuelles poursuites de plusieurs personnes ainsi que je l’ai vu moi même »

Je relève qu’il s’agit d’une jeune enfant,

que le loup l’a prise en pleine ville , de jour , en présence d’adultes

qu’il s’agissait d’un jour d’été

que la bête n’a pas lâché facilement sa proie

 

Le destin de cette petite fille qui m’est apparentée lointainement m’a émue.

Une victime parmi des milliers d’autres .

Alors oui la comptine dit vrai : les enfants ont bien raison d’avoir peur du loup

 

Merci à MARYSE DARI

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Décrotteurs

Extrait du : « DICTIONNAIRE HISTORIQUE DES ARTS, MÉTIERS ET PROFESSIONS Exercés dans Paris depuis le XIIIe siècle »

par Alfred Franklin (édition 1906)

 

Décrotteurs. Ils ne sauraient faire remonter bien haut leur origine, car je ne rencontre pas trace de leur existence à l’époque où leur intervention eut été le plus utile.

Avant que les carrosses fussent devenus d’usage ordinaire, on changeait de chaussure, les jours de pluie, avant de se présenter dans une maison. Les Lois de la galanterie publiées vers 1644 s’expriment ainsi : « si les galands du plus bas estage veulent visiter les dames de condition, ils remarqueront qu’il n’y a rien de si laid que d’entrer chez elles avec des bottes ou des souliers crottés, spécialement s’ils en sont logés fort loin ; car quelle apparence y a-t-il qu’en cet estat ils aillent marcher sur un tapis de pied et s’asseoir sur un faut-œil de velours ? C’est aussi une chose infâme de s’estre coulé de son pied d’un bout de la ville à l’autre, quand mesme on auroit changé de souliers à la porte, pource que cela vous accuse de quelque pauvreté.

Il faut bien conclure de ceci qu’au milieu du dix-septième siècle l’industrie des décrotteurs n’existait pas encore. Mais nous savons qu’elle était déjà florissante au début du siècle suivant, car Nemeitz écrivait en 1718 : « On trouve partout des décrotteurs qui s’offrent, avec toutes les flatteries imaginables, à vous décrotter les souliers. »

Nous les voyons, un peu plus tard, divisés en trois classes :

1°) les décrotteurs résidents, qui occupaient une place fixe, soit dans un carrefour, soit sur les hauts trottoirs du Pont-Neuf ou du Pont-Royal.

2°) Les décrotteurs ambulants, qui parcouraient les rues en proposant leurs services.

3°) Les décrotteurs au mois, attachés à des maisons particulières, à des hôtels meublés, etc.

Le métier n’exigeait qu’un capital insignifiant, était simple et facile. « Ils se servent d’une petite sellette pour faire appuyer le pied de celui dont ils doivent décrotter les souliers, d’un mauvais chiffon pour ôter la boue qui est autour du soulier, d’une décrottoire pour enlever ce que le chiffon a laissé, et d’une polissoire pour étendre également la cire ou l’huile mêlée de noir de fumée qu’ils ont répandue sur l’empeigne. Ils ne noircissent le soulier qu’après qu’ils ont passé du blanc d’Espagne sur les boucles avec une petite brosse faite exprès ; ils se servent d’une autre pour ôter la crotte qui s’est attachée aux bas en marchant. Ils mettent ainsi ceux qui n’ont point d’équipage en état de se présenter plus honnêtement dans les maisons où ils ont affaire.

Les décrotteurs attachés à des maisons particulières se tiennent communément dans les hôtels garnis, où non seulement ils décrottent les souliers de ceux qui y logent, mais encore nettoyent leurs habits, leur servent comme valet de chambre et font leurs commissions. On les prend ordinairement au mois. »

Sébastien Mercier vante surtout l’habileté des décrotteurs résidents installés sur les trottoirs du Pont-Neuf. « La célérité, la propreté, dit-il, distinguent des décrotteurs-là ; ils sont réputés maîtres… S’il pleut ou si le soleil est ardent, on vous mettra un parasol en main, et vous conserverez votre frisure poudrée. » Et cette délicate attention n’augmentait pas le prix de l’opération : « de temps immémorial, dans toutes les saisons, à la porte des spectacles ou ailleurs, quelles que soient les variations des comestibles ou le haussement des monnoies, on paie invariablement deux liards pour se faire ôter la crotte des bas et des souliers. »

Les choses ont bien changé vingt ans après. Une révolution a passé par là, et d’immenses progrès se sont accomplis. Écoutez un peintre des mœurs parisiennes à la fin du dix-huitième siècle : « Tout tend vers la perfection, tout jusqu’à l’art du décrottage. Il y a quelques années un savoyard maladroit, un grossier auvergnat brossait rudement les souliers sans épargner les bas, et noircissait quelquefois ces derniers aux dépens des autres avec de l’huile puante mêlée à un peu de noir de fumée. Aujourd’hui, un artiste muni d’une éponge et de deux ou trois pinceaux de diverses grosseurs effleure la chaussure, en enlève à peine la boue et recouvre le tout d’un cirage noir et brillant. Entrez dans cette boutique au Palais-Égalité (Palais-Royal), près du théâtre. On vous offre un fauteuil, un journal ; asseyez-vous et lisez, lisez ou plutôt examinez la gravité de l’artiste décrotteur, et voyez comme la célébrité a imprimé une sorte de dignité à ses traits. »

Nous savons encore que ces artistes avaient « une toilette de garçons limonadiers ou restaurateurs « , et qu’ils faisaient parfois des recettes de deux cents francs.

Décrotteurs

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Le bagne à la Nouvelle en 1878

SOUVENIRS DE VOYAGES D’UN MEDECIN DE LA MARINE 

Par M. le Docteur GROSPERRIN

 L’île Nou qui sert de pénitencier central et où débarquent les forçats à leur arrivée de France, est un rocher d’une quinzaine de kilomètres de tour, qui s’étend parallèlement à la grande terre et ferme au sud ouest la rade de Nouméa.

Au centre de l’île, dans le fond d’une petite baie située au pied d’un mamelon surmonté d’un sémaphore se trouvent les cellules des bagnards, les divers ateliers de menuiserie, de charronnage, de cordonnerie et de tailleurs, la caserne des surveillants militaires, la caserne du détachement d’infanterie de marine et les cases des employés subalternes. Tout au bord de la baie, à une des extrémités, s’élève une paillote avec, à l’avant, un clocher minuscule surmonté d’une croix, c’est l’église de l’île Nou où, tous les dimanches, les condamnés, sous escorte, se rendent pour aller à la messe. Au centre de ces bâtiments divers, en avant des cellules des condamnés, s’étend une vaste esplanade bordée de bouraos, c’est le boulevard du Crime. C’est là que toutes les semaines, en présence des condamnés alignés à genoux et la tête nue, on administre la schlague. J’eus un jour la curiosité d’assister à la cérémonie.

Le patient qui doit recevoir dix, vingt ou trente coups de martinet, selon la gravité du méfait commis, est étendu à plat ventre  sur un banc en bois, après qu’on lui a préalablement mis à nu la partie la plus charnue de son individu. Le correcteur, un forçat, généralement un colosse, armé d’un martinet à sept chels dont les extrémités sont effilochées au lieu de se terminer par un nœud comme autrefois dans les bagnes de France, frappe de toutes ses forces, et met suffisamment d’intervalle entre chaque coup pour que le patient ait largement le temps de le savourer ; presque toujours au troisième ou quatrième coup, le sang apparaît, lorsqu’un condamné a eu assez d’énergie pour ne pas proférer une seule plainte pendant l’exécution, il reçoit après la séance les félicitations des camarades, on le reconduit en cellule, et, s’il y a lieu,  aussitôt que ses plaies sont cicatrisées, il prend place à nouveau sur le banc pour une autre correction.

Texte découvert par Sylvie R.

*

lire aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bagne_de_Nouvelle-Cal%C3%A9donie

 

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Vingt lieues autour de Paris

VINGT LIEUES AUTOUR DE PARIS

OU PANORAMA VIVANT DES BARRIÈRES, DE LA BANLIEUE

PARIS – R. RUEL Ainé, Libraire – 1851

CHARENTON ET ALFORT

 

   Charenton-les-Carrières avoisine Conflans. Son sol, creusé souterrainement pour l’extraction de la pierre, est couvert de jolies maisons de campagne, bâties sur le penchant du coteau. Plusieurs fabriques importantes y sont établies ; on y voit des fonderies de fer, des manufactures de produits chimiques, d’acier poli, de féculeries, des ateliers de gravure pour les cylindres destinés à l’impression des toiles, etc., etc.

Dès le septième siècle il existait à Charenton un pont de bois sur la Marne pour faciliter par terre les arrivages à Paris. Considéré comme une des clés de la capitale, ce pont a été souvent fortifié, attaqué, défendu. En 865, les Normands s’en emparèrent et le rompirent. Il a depuis joué un grand rôle dans l’histoire des guerres faites à la France et dans celle des guerres de religion. Les calvinistes le prirent en 1567. Henri IV l’enleva aux soldats de la ligue ; il était alors protégé par une grosse tour à la tête du pont : dix enfants de Paris y résistèrent pendant trois jours à toutes les forces de l’armée royale. Henri IV victorieux fit raser la tour et pendre les dix parisiens. – Pendant les troubles de le fronde, le pont de Charenton fut plusieurs fois pris et repris ; antérieurement, et dans diverses circonstances, il avait été détruit et réédifié. Il le fut encore en 1714, tel qu’il est aujourd’hui : six de ses arches sont en pierre ; quatre autres qui forment le milieu du pont, sont en bois.

Au moment de la première invasion, en février 1814, l’ennemi inondait les plaines de la Champagne et menaçait d’arriver aux portes de Paris, on fortifia les approches du pont, et il fut établi aux deux extrémités des redoutes palissadées. Mais quand nos soldats se multipliaient en vain pour arrêter le torrent de l’invasion qui débordait de toutes parts, à qui confier cette première défense de Paris ? Les élèves de l’école vétérinaire d’Alfort sollicitèrent l’honneur de combattre à ce poste avancé ; ils essayèrent en vain de disputer le passage du pont. Le 30 Mars, accablés par le nombre, ils furent contraints de céder à la force. Charenton fut pris et l’ennemi se répandit aussitôt sur la rive droite de la Seine.

C’est à Charenton-Saint-Maurice qu’existait le fameux temple des protestants construit en vertu de lettres patentes accordées par Henri IV en 1606, brûlé en 1621 par les catholiques, et réédifié deux ans après sur les dessins de Jacques de Brosse, célèbre architecte. Ce temple était d’une grandeur et d’un style imposant dans sa simplicité. Les protestants y tinrent leurs synodes nationaux de 1623, 1631, 1644. Ils avaient auprès une bibliothèque, une imprimerie et des boutiques de libraires. Plusieurs ministres de Charenton se rendirent illustres par leurs talents. En 1658, une bande de fanatiques ameutés par les jésuites, ces incorrigibles boute-feu de la chrétienté, tentèrent pendant la nuit d’incendier le temple ; les protestants se plaignirent au parlement ; mais Louis XIV ayant révoqué l’édit de Nantes, le soir même du jour où cette révocation eut reçu la sanction parlementaire, 22 Octobre 1665, les dévots séides de Loyola commencèrent à consommer sur le temple leur œuvre de destruction. Au bout de cinq jour, il ne restait pas vestige de ce vaste et superbe édifice. Sur son emplacement, on éleva un couvent de bénédictines, et une petite église qui fut achevée en 1703 et qui subsiste encore.

L’hôpital de Charenton, fondé en 1741, par Sébastien Leblanc, est particulièrement affecté au traitement des maladies mentales. On peut y recevoir plus de quatre cents personnes des deux sexes, admises soit gratuitement, soit comme pensionnaires. Les prix de la pension sont de 1,300 fr. et au-dessus, 1,000 fr. et 720 fr. Le public ne pénètre pas dans les quartiers affectés aux malades ; on ne lui montre que les cours et les jardins. Les aliénés reçus à titre gratuit sont renvoyés à Bicêtre, aussitôt que l’on a reconnu l’impossibilité de les guérir.

L’hôpital de Charenton, ci-devant maison royale, est situé sur le penchant d’une colline au bas de laquelle coule la Marne ; elle offre de toutes parts une vue ravissante. On y respire un air pur, ses bosquets sont frais, et ses promenades délicieuses, au milieu d’un enclos assez vaste pour que la privation de la liberté ne soit pas trop sensible. – L’exécrable marquis de Sade, ce monstre de luxure et de cruauté qui avait érigé en doctrine la perpétration des crimes inouïs dont il s’était souillé, a terminé dans la maison de Charenton son abominable existence. Nul homme n’a jamais eu une physionomie plus calme et plus douce : c’était la tête vénérable de Bernardin de Saint-Pierre, et pourtant quelle âme ! quelle criminelle imagination ! quelles épouvantables mœurs ! Bonaparte ne voyant dans les actes de sa vie et dans ses livres que des effets de la démence, l’avait fait renfermer comme fou ; il eut mieux fait de le livrer aux tribunaux ; rétablir les lettres de cachet, même pour un bon motif, c’était introduire un dangereux précédent, c’était ouvrir la porte à cet arbitraire, qu’il est toujours déplorable de voir substituer à la justice.- Le public honnête eut applaudi à la séquestration du marquis de Sade si elle n’eut pas été un moyen de soustraire à la vindicte des lois et à l’infamie d’une condamnation bien méritée, un membre de la vieille noblesse.

Au-delà du pont de Charenton est le château d’Alfort, consacré à l’établissement de l’école vétérinaire, fondée en 1766, sous le titre d’École royale d’économie rurale. Partie des élèves est aux frais du gouvernement ; d’autres paient pension. La durée des études est de huit ans. Un troupeau de mérinos pour le croisement des races et l’amélioration des laines, y est entretenu avec le plus grand soin. L’école possède un veste amphithéâtre, un musée d’anatomie comparée des plus curieux, une clinique et des infirmeries où l’on traite les animaux malades. De savants professeurs y donnent gratis leurs consultations. Depuis 1848, on a cessé de recevoir l’espèce canine dans cet établissement, sérieusement menacé d’être envahi par tous les roquets et bichons des vieilles dévotes de la capitale.

Alfort a une bonne auberge, la poste aux chevaux, et plusieurs cafés assez fréquentés. Entre Alfort et Maisons, près du confluent de la Marne et de la Seine, dans une très forte position, s’élève le fort de Charenton, commandant la route d’Italie, et à quelque distance, sur la rive gauche de la Seine, le fort d’Ivry, pouvant défendre avec lui, par des feux croisés, le passage du fleuve.

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Cimetières Parisiens en 1860 par Emile de La Bédollière

   Près de l’avenue de Clichy, où règne une animation perpétuelle, se trouve un séjour de silence et de deuil, le cimetière du Nord, dit de Montmartre.

L’annexion faisait légalement aux cimetières une fâcheuse position. Le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804) est formel : « Aucune inhumation n’aura lieu dans les églises, temples synagogues, hôpitaux, chapelles publiques, et généralement dans aucun des édifices  clos et fermés où les citoyens se réunissent pour la célébration de leur culte, ni dans l’enceinte des villes et bourgs. Il y aura, hors de chacune de ces villes ou bourgs, à la distance de 35 à 40 mètres au moins de leur enceinte, des terrains spécialement consacrés à l’inhumation des morts. » Le décret d’annexion exigeait donc , comme corollaire, un décret qui reléguât les cimetières à 35 mètres au moins, non seulement des fortifications, mais encore de la zone militaire. Dans l’état actuel des choses, en face d’habitudes prises et enracinées, l’administration ne pouvait songer à détruire immédiatement de grandes nécropoles, comme elle avait détruit autrefois les cimetières paroissiaux. Un arrêté du préfet de la Seine, en date du 20 décembre 1859, contre-signé par M. Charles Merruau, secrétaire-général de la préfecture, assigna :

1° Le cimetière du Nord, dit de Montmartre, aux inhumations des Ier, IIe, VIIIe, IXe et Xe arrondissements ;

2° Le cimetière de l’Est, dit Père-Lachaise, aux inhumations des IIIe, IVe, XIe, XIIe et XXe arrondissements ;

3° Le cimetière du Sud, dit du Mont-Parnasse, aux inhumations des Ve, VIe, VIIe, XIIIe et XIVe arrondissements ;

4° Le cimetière des Batignolles, aux inhumations du XVIIe arrondissement ;

5° Le cimetière de Montmartre, à celles du XVIIIe arrondissement ;

6° Le cimetière de la Villette, à celles du XIXe arrondissement ;

7° Les cimetières de Grenelle et de Vaugirard à celles du XVe arrondissement ;

La circonscription du cimetière de Grenelle embrasse la partie de l’arrondissement située à l’ouest d’une ligne allant de la Seine à l’enceinte fortifiée par la ligne d’axe de l’avenue de Suffren, de l’avenue Lowendal, de la Croix-de-Nivert et de la rue de Sèvres.

La circonscription du cimetière de Vaugirard comprend tout le surplus du XVe arrondissement.

8° Les cimetières d’Auteuil et de Passy aux inhumations du XVIe arrondissement.

La circonscription du cimetière d’Auteuil est déterminée par la Seine, l’enceinte fortifiée et la ligne d’axe du chemin des Tombereaux et de la rue de Boulainvilliers.

La circonscription du cimetière de Passy comprend tout le surplus du XVIe arrondissement.

Les cimetières de la Chapelle, de Belleville, de Charonne et de Bercy sont supprimés.

Extrait de : « Le Nouveau Paris – Histoire de ses 20 arrondissements en 1860 » par Émile de Labédollère

Article proposé par Sylvie R.

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Quelques autres articles, concernant les cimetières, déjà parus sur le blog :

    2009-12-19 – Réouverture des catacombes de Paris

    Les cimetières parisiens

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Le cimetière de Maisons-Alfort

    Cimetière de Maisons-Alfort 1

    Cimetière de Maisons-Alfort 2

    NIKITA*

“Le Tour de Marne”
En 1865, Emile de la Bédollière, journaliste et écrivain, avec son ami Ildefonse Rousset, journaliste et photographe Maisonnais publient un  reportage dans un ouvrage remarquable “Le Tour de Marne”.

Lire l’article sans tarder suivant :

    Le gallinoculteur d’Alfort*

Vous trouverez les photographies du monument et du buste d’Ildefonse Rousset sur :

    culture.gouv – Tombeau d’Ildefonse Rousset

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