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Histoire de Maisons (V-2) : Charentonneau

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CHARENTONNEAU

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CINQUIEME PARTIE – Fiefs et Châteaux.

CHAPITRE 2

Charentonneau semble être d’origine aussi ancienne que le village de Maisons. C’est parfois Charentonnellum, Carentoniolo, ou Charentonnet ; il se pourrait du reste que certains de ces noms s’appliquassent à des parties différentes de ce qui constituait la seigneurie de Charentonneau.

Il est vraisemblable que non seulement le triangle formé par la Marne et la route de Créteil, depuis le pont jusqu’au-delà du château, mais encore ce qui fut plus tard la Poste aux chevaux, et le château d’Alfort, en faisaient partie, au début de sa formation.

En 1641, M. de Falcony avait réalisé de nouveau cette unité, en devenant possesseur en même temps des domaines de Charentonneau, d’Alfort et de la ferme de Maisonville.

En 1808, le baron Rodier, qui en était devenu propriétaire, avait agi dans le même sens, en remplaçant Alfort, devenu établissement de l’Etat, par de nombreuses pièces de terre ajoutées à celles des fermes de Charentonneau, de Maisonville et de l’Archevêché.

Quoiqu’il en soit, par suite d’acquisitions, d’échanges, de partages, ou de ventes, la contenance en fut changée bien des fois avant d’être ce que nous l’avons connue.

De 1170 à 1180, Thibaud, abbé de Saint-Maur, « exempte ses hommes de Carentoniolo de transporter les grains du monastère de Charenton au moulin des Portes ; » il y avait à cette époque trois moulins ; il s’agit sans doute de l’un d’eux.

« Par une charte du second dimanche après la Saint-André 1292, sur les prières des habitants sujets et censitaires de Maisons-sur-Seine, les abbés leur accordèrent une exemption d’aller moudre leurs grains au moulin banal de Charentonneau, sous la réserve de les y rappeler si besoin était. »

Il est vaguement question en 1240 et 1246 de Charentonnellum.

En 1281, l’abbé de Saint-Maur était propriétaire du moulin de Charentonneau, auquel les hommes de Maisons étaient sujets banniers ([1]) l’abbé et le couvent de Saint-Maur en consentirent un bail à rente le samedi avant la Saint-Remy 1281, à Allard Guichard de Varennes, et Alpédie sa femme, à la charge de payer chaque an seize septiers mouture à Noël, seize à Pâques, seize à la Nativité, et seize à la Saint-Remy ».

Dame Alix, ou Aulips de Charentonneau, femme de Guillaume de Morin, chevalier, fit, en 1285, un échange « avec Monseigneur fils du roi de Jérusalem, bouteiller ([2]) de France, par lequel elle lui donna deux arpents de terre sis à Charentonneau, devant la porte de ladite dame, tenant d’une part au chemin qui va de Charentonneau à Maisons, d’autre a la maison dudit seigneur ».

Ce bouteiller de France céda, en 1295, ses droits aux abbés des Vaux de Cernay, qui avaient un couvent à Charenton ; ils prirent le nom de seigneurs de Charentonneau, quoiqu’ils ne parussent y posséder à ce moment que quelques terres ; on ne dit pas, mais il est possible pourtant qu’ils eussent acquis en même temps une maison d’habitation.

Le 14 octobre 1377, le roi Charles V acheta de Nicolas Braque, son maître d’hôtel, « la maison qu’il avait à Charentonnel près du pont de Charenton, et ses dépendances » pour 3 200 livres d’or. Il la donna à Philippe de Mézières, chancelier de Chypre. Cette charte est datée de Beauté-sur-Marne, 1377.

Il ne semble pas que ce soit le château, mais plutôt quelque maison de plaisance dans le voisinage de la rivière, peut-être même, le château Gaillard dont il n’est pas encore question sous ce dernier nom.

A cette époque, le pont de Charenton est parfois désigné sous le nom de pont de Charentonneau.

En 1413, un nommé Charles Floret, est cité comme propriétaire de Charentonneau. En 1440, il appartenait à Jean de Lormoy, et Jacquette sa femme, qui le vendirent, le 5 juillet 1444 ; à Nicolas Duru, huissier au Parlement. Par le contrat de vente, ils spécifièrent : « que la consistance de ce fief était dans une place, jadis en manoir, granges, vergers, jardins, près le pont de Charenton, sur le chemin tendant à Créteil, duquel manoir, la porte d’icelui, en allant devant Créteil, était dans la censive de l’abbé de Saint-Maur, ainsi que plusieurs terres et prés contenant 26 arpents 62 perches et demie ».

Le reste était dans la censive « des religieux de Charenton », qui sont des Vaux-de-Cernay. »

Une autre partie relevait de l’Archevêché ; c’était :

1° – 4 arpents de prés sur le chemin de Charenton à Villeneuve.

2° – Une maison et un moulin à blé assis sur la rivière de Marne, faisant le premier moulin près le pont de Charenton nommé le Petit Moulin, sous le devoir de six sols parisis de cens.

La dîme appartenait à la seigneurie de Maisons ; un laboureur, Simon Guyot, demeurant à Charentonneau, fut condamné à payer à l’abbé de Saint-Maur, sept agneaux, pour la dîme de soixante-dix agneaux que lui avaient produits ses brebis en 1452 et 1453.

Louis d’Esves et Gillette sa femme, prétendirent que le moulin et le fief de Charentonneau étaient dans la féodalité directe de leur fief des Loges, et en arrière-fief de leur seigneurie de Courtery. En conséquence, ils firent saisir féodalement le moulin et le fief de « Charentonneau ou Charentonnet. » 

Les abbés résistèrent et, en 1456, il y eut transaction, par laquelle les sieur et dame d’Esves reconnurent que les héritages dont la désignation suit étaient, « dans la censive et justice des abbés ».

« 1° – Dans le moulin de Charentonneau, sur la rivière de Marne.

« 2° – En partie du fief de Charentonneau, en commençant par le milieu de la grande porte de Charentonnel ou Charentonneau, en traversant tout hôtel jusqu’à la rivière de la Marne, du côté vers le moulin, comprenant la maison du fermier, les étables, écuries, greniers, les étuves, la cuisine, le four, une salle basse, une autre chambre ensuite, la moitié de la grande salle lambrissée sur le jardin, le tout tant haut que bas ; la cour, depuis le milieu de la porte devers le moulin, avec sa galerie, et le puits à poulie qui est en icelle.

« 3° – En terres et prés d’une contenance de 69 arpents 12 perches et demie, sis aux lieux dits : la Saulsaye, la Sablonière, le Pâtis de Charentonneau, les Noës de Charentonneau, les Buissons de Prévieu, les Noës de Charenton, les Noës de Saint-Père, la pointe de Prévieu, le Clos-Bourg, le Clos à la Louère. »

Dans un titre de 1495, un sieur Jean de Harcourt, comte de Vaudémont, est désigné comme propriétaire de Charentonneau, qui aurait pris le nom d’hôtel de Harcourt ; ainsi que nous l’avons déjà dit, nous supposons qu’il y a confusion avec l’hôtel d’Harrefort, à moins qu’il ne possédât les deux.

En 1523, il est question d’Olivier Aligret comme seigneur de Charentonneau ; il y avait à cette époque une chapelle dédiée à Notre-Dame de Saint-Jean ; elle existait encore en 1551.

Le 24 juillet 1550, il y eut une sentence qui permettait au seigneur « de faire redresser les fourches patibulaires à deux piliers, de la justice de Charentonneau ».

Richard de Pétremol et Jérôme du Four paraissent être propriétaires en commun de Charentonneau en 1611 ; il est au moins certain qu’ils y possédèrent des biens.

En 1659, l’abbaye des Vaux-de-Cernay, qui était propriétaire d’une partie de Charentonneau, la vendit à Louis de Falcony, que nous avons déjà vu propriétaire du château d’Alfort. « Cette partie consistait en un manoir, 70 arpents de terres labourables, 5 arpents d’îles, et 3 arpents et demi de prés, … ladite partie de terre, fief, seigneurie et justice de Charentonneau dans la mouvance ([3]), immédiate du Roi, à cause de la tour du Louvre ; » ce qui indique bien qu’il y avait plusieurs manoirs, hôtels ou châteaux portant le nom de Charentonneau.

M. de Falcony céda sa propriété de Charentonneau, en 1671, à René Gaillard, qui se fit par la suite appeler Gaillard de Charentonneau.

Ce M. Gaillard, et avant lui ses ancêtres, étaient vraisemblablement déjà habitants ou propriétaires du château voisin, auquel ils avaient donné leur nom.

Le domaine resta à la famille jusqu’à la Révolution ; en 1744, on mentionne le décès d’un sieur Gaillard père ; son fils lui succéda dans ses droits.

Il y avait à Charentonneau une prévôté qui connaissait de toutes les affaires de la seigneurie. Le prévôt était en même temps juge de paix, commissaire de police et huissier.

En compulsant le « répertoire du Greffe de la prévôté de Charentonneau (1724 à 1790) on trouve les mentions suivantes :

« 1726 – Expédition du procès-verbal de dégradation du jardin et clos de Château-Gaillard.

« 1730 – Le 7 juin, requête présentée à M. le prévôt par Pierre Mollet au sujet de sa femme trouvée noyée.

« 1752 – Plaintes par le procureur fiscal contre trois quidams pêcheurs de nuit.

« 1756 – Tutelles des mineurs Louis Ducharme.

« 1758 – Interrogatoire du sieur Ducloze détenu au Château-Gaillard.

« 1742 – Alignement de la maison de M. Sannegon.

« 1745 – Requête à M. le prévôt pour la permission de vendre de la viande dans le carême.

« 1772 – Permission donnée au sieur Le Bault de faire boucherie à Alfort.

« 1784 – Levée des cadavres des sieurs Fleury et son garde-moulin (trouvés noyés près le moulin de Charentonneau) dans laquelle minute sont renfermés les deux rapports en chirurgie.

En 1788, M. Gaillard, ancien conseiller à la Cour des Aydes, était encore propriétaire et seigneur haut justicier de Charentonneau ; la famille de ce nom posséda le château de 1671 à 1793, époque où il semble avoir été saisi comme bien d’émigré, pour être vendu plus tard au profit de la Nation.

En 1787, il avait été fait un inventaire des terres, il se résumait ainsi :

Sur Maisons : champtier de Charentonneau, des Prévieux, du chemin de Saint-Maur, de la grande Borne, du chemin de Brie, des Mêches, de Villiers, de Champoutre, du Deffoye, des Petits-Carreaux, du Port-à-l’Anglais, de la Butte-de-Grammont, des Bouvets, de la Bosse-de-Marne.

Ensemble                         286 arp., 52 per., 1 pied

Sur Créteil : champtier du chemin de Saint-Maur, des Prévieux, des carrières de Créteil, des vignes de Maisons                                             55 arp., 52 per.,15 pieds

Sur Thiais [4]               30  –

Sur Saint-Maurice : Iles de Gravelle et des Corbeaux       25 arp., 99 per.,  9 pieds

Total général, compris emplacement du château            399 arp., 19 per.,

Voici la désignation qui fut faite de la propriété en 1789 :

« Le château de Charentonneau, : « en mauvais état », jardin, bosquets et îles, 22 arpents évalués 300 livres de loyer.

« Un moulin et ses dépendances loué 1 970 livres.

«  Moulin de Charentonneau et ses dépendances évalué 1 400 livres de loyer.

« La ferme, imposée pour 516 livres en principal. »

Nous n’avons que des présomptions en ce qui concerne la saisie et vente du domaine de Charentonneau comme bien national ; néanmoins sa nature de fief féodal semble avoir dû motiver cette mesure.

Nous trouvons, comme propriétaire en l’an XIV, le général Berthier, sans savoir à quelle époque il l’était devenu ; voici un relevé des impositions, établi à l’occasion d’une demande en dégrèvement :


[1] Sujets banniers, soumis à la banalité

[2] Bouteiller : Officier chargé du vin de la table du roi.

[3] Mouvance : Sous la dépendance.

[4] Sans doute pour Choisy.

 

CHARENTONNEAU

AN XIV. A Maisons, revenu et contributions

Château                                                                                   600 fr

Parc et jardins     245 fr 25

Quinconces              20

Iles du moulin       70

Remises                     85

                             _________

            Total         1 020 fr 25

Pour la contribution, sur le pied de 0 fr 35 pour franc     366 fr 20

Contribution personnelle, mobilière, etc                              142 fr 55

Portes et fenêtres                                                                               25 fr

Taxe de guerr                                                                                   200 fr 30

Jardinier                                                                                                    1 fr 95

A CRETEIL

Remises, revenu                                                                     235 fr 10                57 fr 10          

Taxe de guerre                                                                                                            10 fr 55

                                                                                               __________      _________

Totaux                                                                                   1 255 fr 35              792 fr 65

AN 1807.

Il y aura lieu de demander le dégrèvement de la contribution mobilière et personnelle de                                                                                                                     142 fr 55

                                                                                                                           _________

Il sera dû seulement                                                                                      650 fr 10

MAISON DE MADAME.

AN XIV

Maison et jardin                                                                   272 fr                 78 fr

Terres labourables (mémoire)                                          

Contribution personnelle                                                                              31 fr 70 

Portes et fenêtres                                                                                              19 fr 70

                                                                                               ____                    ______

Totaux                                                                                 272 fr                   129 fr 40 

 

Résumé

AN XIV

M. le général paiera                                                                                    792 fr  65

Madame                                                                                                           129 fr  40

                                                                                                                           ______

Total                                                                                                                  922 fr  05

AN 1807

M. le général paiera                                                                                     650 fr  10

Madame                                                                                                            129 fr  40

                                                                                                                           ______

Total                                                                                                                  779 fr  50 

Nous ignorons s’il s’agit d’une Mme Berthier authentique, car le maréchal Berthier se maria en 1808, avec une princesse étrangère, et, à ce moment, Napoléon lui constitua le majorat du château de Grosbois. Il n’entre pas dans notre cadre d’éclaircir ce point d’histoire ; mais nous remarquons que Monsieur et Madame avaient chacun leur maison, et étaient imposés à part. Il y avait donc à ce moment deux habitations ?

Le baron Rodier Salièges devint acquéreur du domaine de Charentonneau le 31 janvier 1808. Il fut arrondi à diverses reprises, jusqu’à devenir plus étendu qu’il ne l’avait jamais été. Afin de faire disparaître les dernières enclaves, son possesseur acquit en 1810 deux pièces de terre sises à l’entrée de l’avenue en bordure de la route, de sorte que les clôtures, murs et haies, établies quelques années après, enfermèrent près de 200 hectares d’un seul tenant.

A la mort de M. Rodier, ses héritiers, MM. Pelet de la Lozère, Ravault et Rodier, le firent vendre sur licitation. M. Grimoult en acquit la plus grande partie, notamment celle close, le 17 août 1833 ; il a appartenu depuis à ses descendants, la famille Jouët-Pastré.

Depuis quelques années, on en a distrait successivement les terres non comprises dans l’enclos ; notamment, l’emplacement d’une portion du cimetière, une petite pièce au Moulin Neuf, le Champ Corbilly, dont les rues Jouët, Delalain et Grimoult ont pris les noms des anciens propriétaires ; puis le Buisson Joyeux, et d’autres pièces plus éloignées. Le château actuel n’a rien du vieux manoir féodal.

Si l’on s’y rend par l’avenue, on rencontre d’abord les bâtiments de la ferme, placés en arrière d’une place plantée de marronniers et paraissant de construction assez ancienne ; l’un de ces bâtiments, de forme circulaire, est couronné d’un clocheton.

Le principal corps de logis, auquel, d’après des titres anciens, on arrivait autrefois « par un chemin bordé de barrières, avec lunes et demi-lunes », est séparé de l’avenue par un fossé. On accède à la cour d’honneur par un pont fermé d’une grille. Cet édifice n’est pas bien remarquable, la façade en est simple ; seul le toit élevé rappelle le style Louis XIII. Sur le derrière, à gauche, il est flanqué d’une petite tourelle couverte en poivrière.

D’autres constructions moins importantes bordent la cour du côté droit ; on pénètre dans la première en franchissant le fossé, qui fait retour ; les autres sont de plain-pied.

A la suite, vers la rivière, sont les dépendances, d’origine certainement plus ancienne que le reste.

Un pont franchit le bras, en amont des ruines du moulin, et donne accès dans l’île.

Il ne reste du moulin, brûlé en septembre 1883, que la galerie mentionnée en 1456, ou celle qui l’a remplacée, sous laquelle on passe pour se diriger vers Alfort, et les piliers qui attendent une reconstruction problématique

Les artistes, grands et petits, qui ont reproduit ce moulin et le coin de paysage qui l’entoure, sont légion.

A gauche, surplombant le chemin, on voit des magasins aux murailles énormes ; à leur extrémité des fausses baies simulent une orangerie ; ensuite, au-dessus du chemin et du bras de rivière, un pont en fer relie l’île au parc.

Derrière le château, vers Alfort, existe une pelouse et le parc au sud, à la suite de la ferme, les jardins et serres, le tout clôt de murs ; en bordure de la rue d’Enfer et de son ancien tracé, en retour sur l’avenue, des tilleuls plusieurs fois centenaires ombragent une terrasse soutenue par un mur.

Ne mentionnons que pour mémoire une habitation tout à fait moderne placée en face du château, de l’autre coté de l’avenue.

Vue de la route de Créteil, cette propriété attirait surtout l’attention, par la grande quantité de lièvres, qui, en tout temps, s’ébattaient là, très peu effarouchés par les passants ; les lapins s’étaient réservé le voisinage de la Marne.

D’autre part, du plateau de Gravelle, elle offrait un coup d’œil admirable, par la variété des couleurs que donnaient à sa surface les différentes cultures : de là, peut-être, l’origine du nom de « la Belle-Image » donné à un des lieux dits qu’elle renferme.

Au moment où nous écrivons, le morcellement de Charentonneau est commencé. Les Sept Arbres, tant de fois peints, eux aussi, vont servir à l’installation d’un « Robinson » quelconque.

Les arbres en bordure de la Marne, en remontant vers Créteil, sont coupés ; les lièvres sont, pour la plupart, devenus civets, et les lapins, gibelottes ; au tapis multicolore qu’on admirait, succèdent les lignes droites d’une ville tracée à l’américaine et les restes du vieux moulin disparaîtront sans doute bientôt pour livrer passage à un quai.

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A propos de Charentonneau

Il est évident que ce nom est un diminutif de celui de Charenton, dont il n’est séparé que par la rivière de Marne, de la même manière que vis-à-vis de Champigny-sur-Marne il y a un lieu dit Champigneau dans les titres de l’Abbaye de Saint-Maur. C’est des Archives du même Monastère que nous tirons la connoissance la plus ancienne que nous ayons de Charentonneau. Thibaud, qui en fut Abbé depuis 1170 jusqu’environ 1180, exempta ses hommes de Carenioniolo de transporter les grains du Monastère depuis le grand Charenton (à Carentonjo majore), jusqu’aux moulins des Portes. On lit même qu’il leur remit la taille qu’ils s’étoient imposèe. Un acte de 1246 appelle ce lieu en latin Charentonellum; c’est celui par lequel Gazon de Maubuisson vend à l’Evèque de Paris la part qu’il a aux Carrières de Conflans proche le pont de Charenton, hypothéquant pour cela cinq sols qu’il a à Charentonneau, mouvant du fief d’Amaurv de Meullent, Chevalier.
Le plus ancien titre concernant ce lieu est de 1240.
On reconnoît par des titres quen 1285 Aalips de Charentonneau, femme de Guillaume dit Morin, Chevalier, alors résidant dans l’Apouille, fit du consentement de son mari un échange de deux arpens de terre sis en ce lieu, et tenans au chemin qui va de Charentonneau à Maisons, sis devant sa porte et en la censive de l’Abbaye de Saint-Maur, contre trois arpens appartenans à Jean d’Acre, Bouteiller de France et fils du Roi de Jérusalem, par donation de Jean du Gastel, Chanoine de Saint-Aignan d’Orléans pareillement sis à Charentonneau dans le fief de Ferric Pasté, Chevalier. On lit aussi que depuis, c’est-à-dire en 1295, ce Bouteiller de France légua ce qu’il possédoit en ce lieu à Guillaume, Abbé des Vaux-de-Semai, au Diocèse de Paris, sous certaines conditions. De là vient qu’en 1580 l’Abbé de ce Monastère prit le titre de Seigneur de Charentonneau dans le Procés-verbal de la Coutume de Paris. Mais il n’étoit pas le seul; et l’on vient de voir ci-dessus des preuves du droit de l’Abbaye de Saint-Maur, laquelle y possédoit même le moulin bannal dès le treizième siècle.
Au siècle suivant on voit le Roi Charles V acheter de Nicolas Braque, son Maître-d’Hôtel, la Maison qu’il avoit à Charentonnel près du pont de Charenton avec les dépendances, meubles et bestiaux. Le prix fut de trois mille deux cents francs d’or. Ce Prince la donna aussitôt à Philippe de Mézieres, Chancelier de Chypre, pour ses bons services à toujours et à ses hoirs. La Charte est datée de Beauté-sur-Marne, le 14 Octobre 1377.
Il paroît par ce j’ai dit jusqu’ici, qu’il y avoit plusieurs fiefs qu’en 1456 il y en avoit eu qui du fief des Loges sis à Beaubourg en Brie. En 1458, 17 Février, Madame de Harcourt, et Jean de Lorraine, son fils, furent maintenus en possession de l’Hôtel et fief de Charentonnel.
En 1460, le 7 Février, il y eut une Sentence des Requêtes qui portoit transaction entre Marie d’Harcourt, veuve d’Antoine de Lorraine, Comte de Vaudemont, et le même Jean de Lorraine, son fils, d’une part, et Colart Rohault d’autre part. Un autre acte qu’il est sans date et qui paroît d’environ ces temps-là, est une demande en partage à Charentonnel, par Jean de Rieux, Maréchal de Bretagne, à la succession de Jean de Harcourt,. Un titre de l’an 1495 assure que l’Hôtel de Harcourt passe pour avoir toujours été au Comte de Vaudemont.
La part qu’avoit eue dans la Seigneurie de Charentonnel Colart Rohault, étoit passée dés 1453 à Louis Merlin. Je le trouve qualifié Secrétaire du Roi ; mais ailleurs il est dit Général des Général des Finances du Duc de Lorraine, et avoir épousé Marguerite Luillier. Je crois pouvoir lui joindre Louis Merlin, qualifié Président du Barrois, lequel avoit en 1523 des terres sises au même lieu de Charentonneau, contiguës à celles d’Olivier Aligret, son neveu ; son testament nous apprend que ce dernier Merlin si cependant ce n’est pas le même que le premier se fit Religieux à Clairvaux.
Je trouve ensuite Olivier Aligret, Avocat Général au Parlement, qualifié Seigneur de Charentonneau. Il a eu le même titre dans son épitaphe à Saint-André-des-Arcs, en la Chapelle des Aligret qu’il fait bâtir. Son décès est marqué au 23 Septembre 1535. Il avoit épousé Claire le Gendre. Leur fils, François Aligret, Conseiller au Parlement et Seigneur de Charentonneau, est nommé dans un acte du 24 Décembre 1550. Il y eut une Sentence d’Antoine du Prat rendue en l’Auditoire Criminel en…. qui lui permettoit, en entérinant les Lettres-Royaux par lui obtenues, de faire redresser les fourches patibulaires à deux piliers de la Justice de Charentonneau.
Quelques Mémoires marquent comme Seigneurs de Charentonneau en 1413 Charles de Floret, et en 1611 Richard de Petremol.
Depuis ces Seigneurs, je n’ai trouvé que Jérôme du Four Aligret, dit Seigneur en partie de Charentonneau, Conseiller en Parlement; et enfin MM. Gaillard père et fils: le premier est décédé le 13 Janvier, Conseiller Honoraire en la Cour des Aydes. Le second a été reçu Conseiller en la même Cour en 1740.
Je renvoie à M. de Piganiol pour la description du château de Charentonneau situé sur le bord de la Marne.
En 1551 Anne Regnault, veuve de Claude Martin, Notaire au Châtelet, avoit fait bâtir dans ce hameau une petite Chapelle du titre de Notre-Dame et Saint Jean, où il lui fut permis d’avoir un Prêtre à cause de son extrême vieillesse.

Histoire de la ville et du diocèse de Paris, par l’Abbé Lebeuf, 1754, 15 volumes in-12.
(Texte extrait de la réédition de 1883)

Qui était l’abbé Lebeuf

Dictionnaire Bouillet d’Histoire et de Géographie (1855) :

Leboeuf ou Lebeuf  (l’abbé), chanoine d’Auxerre, membre de l’Académie des Inscriptions, né à Auxerre en 1687, mort en 1760, a rendu de grands services à l’histoire nationale par ses savantes recherches. Ses ouvrages les plus importants sont : Discours sur l’état des sciences dans la monarchie française sous Charlemagne, Paris, 1734, Recueil des divers écrits pour servir d’éclaircissements à l’histoire de France, 1738 ; Histoire d’Auxerre, 1743 ; Histoire de la ville et du diocèse de Paris, 1754, 15 volumes in-12.

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