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Livre des tailles de 1313 : Surnoms et sobriquets

SURNOMS et SOBRIQUETS

( Livre des tailles de 1313 )

 A l’époque du moyen âge, et pendant les premiers siècles qui le suivirent, l’usage des surnoms et des sobriquets était généralement répandu. Ces surnoms tirés de qualités ou de défauts physiques, de profession, d’emplois, ou de pays, tenaient lieu de ces noms propres invariables que nos registres de l’état civil perpétuent d’une façon inaltérable. – Nos rois mêmes ne les évitaient pas; on disait de leur vivant  Louis le débonnaire, Charles le chauve, Louis le bègue, Louis le gros, Philippe le hardi, Louis le hutin, Philippe le long, Louis le bel, etc. – C’est de cette époque que datent les noms patronymiques, de le roi, le marchand, le chevalier, le prêtre, le borgne, le grand, le blond, le blanc, le boucher, le chanteur, le clerc, le cordier, le couvreur, le febvre (faber fabricant), l’écrivain, le moine, l’épicier, le breton, le normand, etc.- Les habitants de Paris avaient un surnom général.

BADAUD, surnom dont l’origine était peu honorable, s’il faut en croire M. Dulaure :  » L’ignorance, dit-il, portait les Parisiens à tout croire et les disposait aussi à tout admirer ; cette admiration constante pour les choses qui étaient peu dignes leur a valu le surnom de badauds.  » Rabelais, avec la brusque franchise de son temps, dit :  » Le peuple de Paris est tant sot, tant badaut et tant inepte de nature, qu’un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un vielleur au milieu d’un carrefour, assemblera plus de gens que ne ferait un bon prédicateur évangélique. »

J’aime mieux admettre, avec un auteur moderne, moins ennemi de cette ville, dans laquelle je suis né (à l’Hôtel-de-ville, dans la chambre où Lebas s’est brûlé la cervelle et où Robespierre a été arrêté), que ce surnom honorable n’est venu aux Parisiens qu’après les guerres d’Italie sous Charles VIII et d’un mot italien, badare, faire attention : on a observé, en effet, que cette faculté précieuse est développée à un haut degré chez tous les habitants de Paris.

AUTRES SURNOMS : On trouve dans le Livre des tailles de 1313 ; dont il a été question ci-dessus, un grand nombre de surnoms et de sobriquets en usage dans le XIVe siècle. Nous en citerons quelques-uns, parce qu’ils font connaître l’esprit du temps.

Amie.- Margot, amie de feu Girart de Saint-Cuir, rue Gervaize Lorenz. Amie signifie-t-il maîtresse, ou est-ce le synonyme de veuve ?

Bidaude, bidaut. – Hugue le bidaut, rue du Temple. Perronnelle la bidaude, rue Saint-Honoré. Bidaut, variante de bedel, bedeau. Bidaude, femme de bedeau.

Bigame. – Geffroy de Vercy, bigame. Sobriquet curieux.

Jocete. – Dame Jehanne, la jocete (la joyeuse).

Ladre. – Jaques le ladre, rue Saint-Honoré. La ladrerie, lèpre fort commune aux XI, XII et XIIIe siècles, était un des fruits des croisades.

Louvete. – Mabile la louvete, tavernière. Louvete, diminutif de louve, lupa, femme de mauvaise vie.

Pucelle. – Alison. de Mori, pucelle et sa suer, rue des Escouffes. – Pucelle, femme non mariée ? femme de chambre ?

Serourge. – Raoul, le fanier, Rogier, son serourge (beau-frère.)

Suer, sœur. – Ameline de Roen, suer au confesseur le roy, Viez rue du Temple (paroisse Saint-Gervais). Sa parenté ne lui fut pas inutile en cette occasion, on lit en note:. » Nichil, (pour nihil), non marchande. »

France Pittoresque – Paris Ancien – Tome III, page 104. Abel Hugo –1835

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21 décembre 1970 – Communes de moins de 2000 habitants

Les communes de moins de 2000 habitants doivent verser leurs archives aux Archives départementales. (Loi du 21 décembre 1970).

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France Pittoresque – 1835 : Eure (3)

Département de l’Eure. ( Ci-devant Normandie, Perche, etc)

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POPULATION
GARDE NATIONALE
IMPÔTS ET RECETTES
DEPENSES DEPARTEMENTALES
INDUSTRIE AGRICOLE
INDUSTRIE COMMERCIALE
BIBLIOGRAPHIE

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POPULATION

D’après le dernier recensement officiel, elle est de 424 248 hab, et fournit annuellement à l’armée 904 jeunes soldats.

Le mouvement en 1830 a été de,

Mariages 3 770    
Naissances Masculins Féminins  
Enfants légitimes 4 408 4 302 )
Enfants naturels 345 288 ) Total 9 343
Décès 4 865 4 859 ) Total 9 274
Dans ce nombre 2 centenaires  

GARDE NATIONALE

Le nombre des citoyens inscrits est de   87 319
                                                 Dont :  21 961 contrôle de réserve.
  65 358 contrôle de service ordinaire.
Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit :  63 979 infanterie
  155 cavalerie
  46 artillerie
  1 178 sapeurs-pompiers

On en compte : armées, 9 593 ; équipés 6 731 ; habillés 10 842 ; 21 490 sont susceptibles d’être mobilisés.

Ainsi sur 1 000 individus de la population générale, 200 sont inscrits au registre matricule, et 51 dans ce nombre sont mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 75 sont soumis au service ordinaire, et 25 appartiennent à la réserve.

Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 6 753 fusils, 50 mousquetons, 2 canons et un assez grand nombre de pistolets, sabres, lances etc…

*

IMPÔTS ET RECETTES

 

Le département a payé à l’Etat (1831) :

Contributions directes 6 852 171, 28
Enregistrement, timbre et domaines 3 328 179, 73
Boissons, droits divers, tabacs et poudres 1 831 997, 63
Postes    345 911, 55
Produit des coupes de bois    307 405, 62
Loterie      25 691, 75
Produits divers      59 417, 33
Ressources extraordinaires 1 081 446, 74
Total 13 830 221f.63 c.
   

Il a reçu du trésor 6 023 632f. 20 c. dans lesquels figurent :

La dette publique et les dotations pour    943 019, 05
Les dépenses du ministère de la justice    158 542, 39
     De l’instruction publique et des cultes    501 059, 15
     Du commerce et des travaux publics 1 335 753, 05
     De la guerre 1 591 884, 58
     De la marine           893, 30
     Des finances    145 328, 36
Les frais de régie et de perception des impôts    935 662, 44
Remboursement, restitution, non-valeurs et primes    411 489, 88
                                       Total    6 023 632f. 20 c.
   

Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant à peu de variation près le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département paie annuellement, de plus qu’il ne reçoit, et pour les frais du gouvernement central, 7 806 589f 43 c., somme supérieure au quart de son revenu territorial..

DEPENSES DEPARTEMENTALES

Elles s’élèvent (en 1831) à, 649 103f 80c.

Savoir :

Dép. fixes : traitements, abonnements, etc. 337 376, 07
Dép. variables : loyers réparations, encouragements, secours, etc. 311 727, 73
Dans cette dernière somme figurent pour :  
       Les prisons départementales  54 685f.
       Les enfants trouvés   31 430,.40
Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de     8 220f.
Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à :    67 639, 22
Les dépenses des cours et tribunaux sont de  108 008, 64
Les frais de justice avancés par l’Etat de    54 384, 04
   

 

INDUSTRIE AGRICOLE

Sur une superficie de 582 127 hectares, le départ en compte :    
      Mis en culture 393 595  
      Forêts 125 294  
      Vignes 1 677  
      Prés  23 210  
      Landes 18 806 .
Le revenu territorial est évalué à            29 741 000    francs
     
Le département renferme environ :    
      Chevaux 47 000  
      Bêtes à cornes (race bovine).   44 000  
     
Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 420 000 kilogrammes ; savoir :  
      Mérinos 17 000  
      Métis 103 000  
      Indigènes 300 000  
     
Le produit annuel du sol est d’environ :    
      En céréales et parmentières             2 240 000     hectolitres
      En avoines 50 000  
      En vins 60 000  

L’agriculture du département, quoique supérieure à celle d’un grand nombre de contrées de France, laisse encore beaucoup à désirer.

Les haies et les fossés qui servent de clôture n’y sont point entretenus avec soin, cette régularité, si remarquables dans quelques autres pays.

Les plantations, surtout celles du plateau supérieur, sont peu considérables.

Les prairies artificielles commencent à se multiplier ; mais les jachères ne sont pas encore totalement supprimées.

Le département est traversé dans sa plus grande étendue par la route de Paris à Caen. Lorsqu’on suit cette route, onest aussi surpris qu’affligé de voir, dans un pays riche et fertile, au milieu de campagnes superbes, les habitations les plus misérables, couvertes en chaume et construites d’une manière grossière, avec de la terre et du bois ; telles, en un mot, qu’on pouvait les faire il y a cinq ou six siècles dans le reste de la France.

Les jardins et les vergers offrent une grande quantité d’arbres fruitiers de différentes espèces.

C’est principalement dans les environs des villes que leur culture, mieux soignée, a fait beaucoup de progrès. Les noix d’Acquigny et des Planches ont de al réputation.

On estime les légumes de la vallée de l’Iton et les fèves de Louviers.

Parmi les arbres fruitiers, le pommier et le poirier, dont les fruits servent à la fabrication du cidre et du poiré, boisson générale dans le pays, sont l’objet d’une culture particulière.

On les plante en quinconces, dans les enclos et les cours des habitations, dans les terres arables de qualités moyennes, et en lisières ou en avenues dans les bonnes terres.

FERMES – Dans le département, les fermes se composent de divers enclos plus ou moins vastes, et qui, suivant la quantité de terres à cultiver, contiennent ordinairement de deux à dix hectares.

Chaque bâtiment y est distinct et occupe un emplacement séparé : mais les corps de fermes, c’est-à-dire les maisons, les granges, les pressoirs, les écuries les étables et bergerie, sont réunis dans un enclos particulier ; ces bâtiment sont en bois, couvert en tuiles, ou le plus souvent en chaume.

L’étendue des terres attachées à chaque ferme est depuis 20 jusqu’à 150 hectares.
Les habitations sont en général placées dans une situation malsaine ; la cour se trouve quelquefois au-dessus du niveau de la maison, dont la porte d’entrée est obstruée par des tas de fumier ; les pièces de l’intérieur ne reçoivent le jour que par une petite croisée, qui ne permet ni d’en renouveler l’air, ni d’en dessécher le pavé, souvent humide.

Quelques habitations, mieux construites, ont plusieurs croisées au rez-de-chaussée, et quelquefois un étage au premier.
Quand aux écuries, étables bergeries etc., elles n’ont d’autre ouverture que la porte d’entrée.
Les greniers, qui forment les toits, servent à serrer les pailles et la nourriture des bestiaux.

La grange est toujours le bâtiment le plus considérable de la ferme.
Les enclos des fermes sont formés de haies vives très fortes, mêlées d’arbres forestiers, la plupart étêtés, tels que chêne, orme, frêne, érable, qu’on ébranche tous les 4 ou 5 ans.

Dans les arrondissements de Louviers, d’Evreux et des Andelys, la majeure partie des clos sont entourés de murailles de terre ou de torchis couvertes de chaume ou de bruyères.

INDUSTRIE COMMERCIALE

La filature et le tissage de la laine et du coton, la fabrication des draps, occupent le premier rang dans l’industrie départementale. On sait qu’elle est la réputation des draps de Louviers.

Le pays renferme de grandes usines à fer, parmi lesquelles on compte 10 hauts-fourneaux et 14 forges. Il possède des fabriques de fil de fer, d ”épingles et de clous d’épingles.

L’établissement de Romilly est célèbre pour la fonte et le laminage du cuivre.

Il existe dans le département de nombreux moulins à tan et des tanneries estimées. On recherche les cuirs de Pont-Audemer.

Parmi les autres fabriques, on remarque celle de coutils, de sangles, de rubans de fil, d’instruments à vent, de toiles peintes, de velours, de bazin, les verreries, les papeteries, etc.

Quoique l’industrie soit encore active, le département, en 1827, renfermait 1 511 établissements industriels, employant 30 157 ouvriers, et donnant des produits évalués à 26 772 297 . Ces divers établissements étaient ainsi répartis :

Arrondissements Etabliss. Ouvriers Production  
Les Andelys 18 2 452 2 887 875  
Bernay 394 8 714 5 651 152  
Evreux 294 8 766 7 368 000  
Louviers 61 7 272 9 576 000  
Pont-Audemer 744 2 953 1 289 270  
Totaux 1511 30 157 26 772 279  francs.
         

En 1834, d’après les Documents statistiques publiés par les ministres du commerce, le département ne possède plus que 27 forges et 727 fabriques diverses.

Le nombre des établissements industriels aurait donc diminué de moitié.

Ce résultat nous étonne ; néanmoins nous ne pouvons pas croire que M. DUPIN ait compté dans son relevé les moulins à vent et à eau, qui, en 1834, existent au nombre de 698, car il dit positivement qu’il n’y a compris que les fabriques, les atelier et les usines.

ROMILLY – L’établissement métallurgique de Romilly est un des plus importants de France ; Il renferme une fonderie avec laminoir de cuivre jaune et rouge et de zinc, un trécilerie de laiton, des martinets pour la fourrure.

On y convertit les oxydes de cuivre en vitriol bleu cristallisé.

Le nombre des ouvriers qui travaillent dans l’enceinte de l’établissement est de 300 ouvriers, qui font subsister au moins 800 personnes.

On emploie annuellement, à Romilly, 1 200 000 kilogrammes de cuivre brut, tirés du Levant, de la Russie, de la Suède et du Pérou ; 300 000 kilo. De zinc, tirés de la Silésie ; 50 000 kilo. De fer, tirés de Conches ; 26 400 hectolitres de charbon de terre, tirés d’Anzin, de Saint Etienne et de la Belgique.

Deux cinquièmes environ des produits de Romilly, c’est-à-dire 300 000 kilo, sont exportés par la Seine.

Récompenses industrielles. – A l’exposition de 1854, l’industrie du département à obtenu :

* “6 médailles d’or ” décernées à    

  • M.M. AUBE frères (de Beaumont-le-Roger)
  • DANNET frères
  • JOURDAIN & RIBOULEAU (de Louviers) pour draps
  • LECOUTEAUX & COMPAGNIE (de Romilly) propriétaires des fonderies, pour divers métaux.
  • M. HACHE BOURGOIS (de Louviers) pour cardes et rubans.

* “9 médailles d’argent ”

  • M.M. CHENEVIERE                           POITEVIN & FILS
  • VIOLLET & JEUFFRAIN                  LECOUTURIER (de Louviers) pour draps
  • FOUQUET frères (de Rugles) pour boîtes d’épingles, etc.
  • Le Général d’ARLINCOURT (de Tierceville, près de Gisors et de Lesfontaines) pour cuivre et zinc laminés.
  • DUBOIS & COMPAGNIE (de Louviers) pour machine à filer
  • CALLERY Charles (de St Paul sur Rille) pour bois de teinture
  • PLUMMER (père et fils) & CLOUET (de Pont-Audemer) pour cuirs vernis, etc.

* “6 médailles de bronze ” ont été obtenues par :

  • M.M. VULLIAMY BUSSIN (de Nonancourt), pour filature de laine peignée
  • HAMELIN (des Andelys) pour soies de différentes couleurs
  • BELLEME (d’Evreux) pour coutils, etc…
  • MASSELIN (frères) & Mme Veuve CONARD (de Drucourt) pour rubans et bretelles
  • MARTIN (de La Couture près de Passy) facteur d’instruments à vent (clarinettes, etc.)

* “7 mentions honorables ” ont été accordées pour fabrication de toile à serviettes, de draps, d’objets de rouennerie, de rubans, de bretelles, de bas, de moules en cuivre, et d’objets de quincaillerie.:

FOIRES – Le nombre des foires du département est de 150.

Elles se tiennent dans 59 communes, dont 31 chefs-lieux, et durant pour la plupart 2 à 3 jours, remplissent 177 journées.

Les foires mobiles, au nombre d 42, occupent 62 journées.

739 communes sont privées de foires.

Les articles de commerce sont les chevaux, les vaches pour élèves et herbages, les porcs, les moutons, les ânes, les grains, les légumes, les fils, les toiles, etc.

On vend des arbres fruitiers aux foires de Louviers et du Pont-de-l’Arche ; des fourrages, à Conches ; des cuirs, de la vannerie pour vendanges, à Ivry-La-Bataille ; du chanvre, des cercles pour futailles, à Verneuil ; des épingles à Rugles ; des laines, au Bourgtheroulde, au Neubourg, à Saint Pierre de Cormeilles.

On cite les foires de Crossoeuvre pour les vaches ; celle de Nonancourt pour les moutons ; celle du mercredi saint, à Bernay, pour les chevaux de prix ; et enfin celle du 9 octobre, à Verneuil, pour les oignons qu’on exporte au loin.

BIBLIOGRAPHIE 

Description statistique du département de l’Eure, par Touquet (ann. Statist. De Ballois, t. III, p. 155 ; in-8 Paris, an X)

– Mémoire stat. De l’Eure, par Masson de Saint-Amand ; in-fol. Paris, an XIII.

– Voyage des élèves de l’Ecole centrale du départ. De l’Eure dans la partie occident. Du départ. ; in-8 Evreux, an X.

– Description topograph. De l’arrond. De Louviers, par Dutens ; in-8. Evreux, anIX

– Annuaire du départ. De l’Eure ; Evreux, in-12, ans XII et XIII.

– Statistique de l’Eure, par Peuchet et Chanlaire ; in-4. Paris, 1809

– Essai hist. Et anecdotique sur l’ancien comté d’Evreux, par Masson de Saint-Amand ; in-8 Paris, 1813.

– Notice hist. Sur l’arrond.des Andelys, par J.de la Rochefoucould ; in-8 Paris, 1813.

– Mémoire sur la topographie et la statistique de la ville de Quilleboeuf, etc., par Boismare ; in-8 Rouen, 1813.

– Annuaire du départ. De l’Eure : in-12 Evreux, 1819-1832.

– Histoire de Louviers, etc., par L.R.Morin ; in-12 1822

– Notice sur le conton de Saint-André, par M***(Journal d’agriculture et de Médecine d’Evreux, n.XVII, in-8 Evreux, 1828)

– Annuaire de Rouen et des départements de la Seine Inférieure et de l’Eure ; in-18 Rouen, 1832

– Notice hist. Et archéologique sur le départ. de l’Eure ; in-12 Evreux, 1832.

– Essai hist.et archéologi., etc., de l’arrond. De Pont-Audemer, par Aug. Guilmeth (1er livr.) ; in-8 Rouen Paris, 1834.

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A. HUGO.

On souscrit chez DELLOYE,Editeur, place de la Bourse, rue des Filles – Saint-Thomas, 12

Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Comp., rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

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France Pittoresque – 1835 : Eure (2)

Département de l’Eure. ( Ci-devant Normandie, Perche, etc)

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HISTOIRE NATURELLE
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE
POPULATION
GARDE NATIONALE
IMPÔTS ET RECETTES
DEPENSES DEPARTEMENTALES
INDUSTRIE AGRICOLE
INDUSTRIE COMMERCIALE
BIBLIOGRAPHIE

 

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HISTOIRE NATURELLE

REGNE ANIMAL – Les races d’animaux domestiques sont assez belles. Le haras du Bec a contribué à améliorer l’espèce des chevaux normands. Les bêtes à cornes et les porcs y sont de grande taille. La race ovine offre des moutons de pré salé à chair exquise, et des moutons anglais à longue laine. Quand au gibier, les plaines, les vallées et les bois en fournissent de toute espèce.

Cependant les chevreuils, les cerfs, les daims et les sangliers sont moins nombreux qu’autrefois. Les lièvres et les lapins sont très multipliés. Les perdrix rouges et grise, les cailles, les grives, les alouettes, les bécasses, les bécassines, les poules d’eau, les sarcelles, les canards sauvages, les râles de genêt,etc., sont communs.

Le département renferme quelques animaux nuisibles, loups, renards, belettes, etc., mais en petite quantité.

On pêche dans les rivières le brochet, le barbeau, la carpe, la truite, la perche, la tanche, le meunier, le gardon, le goujon, l’anguille et l’écrevisse.

Le saumon et l’alose remontent la Seine et la Rille.

L’ablette est assez abondante poour que ses écailles, dont on extrait l’essence de perles, donnent lieu à un commerce assez étendu.

REGNE VEGETAL – Les forêts offrent le chêne, l’orme, le hêtre, le charme, le tremble, l’alizier, le cormier, le châtaignier,le bouleau, etc.

Dans les campagnes et les enclos,on voit le prunier, le poirier, le pommier, le cerisier, l’abricotier, le mûrier, le sapin, le tilleul etc.

L’aune, le frêne, le saule, le marronnier, le peuplier, etc., se rencontrent dans les vallées. Les arbustes les plus communs sont le genévrier, le buis, les rosiers de toute espèce, le chèvrefeuille, le framboisier, la ronce, les bruyères et genêts, ‘épine, le lierre etc.

On citait autrefois, comme phénomène végétal l’if de Fouillebec. Nous ignorons si ce bel arbre existe encore. Voici la description qu’on en faisait, il y a quelques années : “ Cet if a vingt et un pieds de pourtour ; sa grosseur prodigieuse et sa solidité extraordinaire suffisent pour soutenir le chœur de l’église à laquelle il est adossé, et qui s’écroulerait dans un ravin profond qui l’avoisine, si l’arbre ne lui servait pas d’appui ; il a été planté dans un ancien cimetière, où le terrain se compose de sable et de cailloux ; au-dessous de l’arbre on voit la coupe d’un cercueil de pierre dirigé de l’ouest à l’est, comme l’église.

Il est facile de reconnaître, par le diamètre du cercueil et par les os, dont quelques-uns percent la terre, qu’il n’y a qu’une petite partie du cercueil qui soit rompue, à l’extrémité répondant aux pieds du squelette, et que le milieu de l’if répond au milieu du cercueil ; ce qui fait présumer qu’il a été planté sur le tombeau même dont on aperçoit les débris. Le feuillage de ce vieil arbre sert de retraite à une foule d’oiseaux, fauvettes, merles et grives, qu’attirent l’épaisseur de l’ombrage et les baies que l’arbre produit en abondance. ”

REGNE MINERAL – Le département renferme des mines de fer abondantes. On y trouve de la pierre à bâtir, de la pierre meulière, des grès à paver, de la terre à foulon et à faïence.

EAUX MINERALES – Il existe des sources minérales, la plupart ferrugineuses, à Breteuil, au Bec, à Beaumont-le Roger, à Saint-Germain, à Houdeville et à Vieux-Conches.

Ces deux dernières sont les plus fréquentées.

Gisors et les Andelys possèdent des fontaines jaillissantes forées d’après la méthode artésienne.

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC

Evreux, sur l’Iton, ch. L. de préf., à 26l. O. de Paris(distance légale) – On paie 12 postes ¼. Population 9 963 habitants.

La ville ancienne qui a donné naissance à Evreux existait sur le territoire de la commune dite encore aujourd’hui le Vieil-Evreux. Elle se nommait Mediolanum et était la cité principale des Aulerci eburovices.

Au IVe siècle elle fut nommée civitas Eburovicorum ou Eburocorum, puis Ebroicoe, et enfin Evreux.

Vers l’an 260, saint Taurin y prêcha la foi chrétienne, et dans le IIIe siècle la ville devint épiscopale ; plusieurs de ses évêques ont été canonisés.

Evreux fut une des cités que les Romains conservèrent le plus longtemps ; le reste des gaules leur était déjà enlevé par les Visigoths, les Francs et les Bourguignons, lorsque Clovis, appelé par l’évêque d’Evreux, s’empara de la ville et de toute cette partie des Gaules.

En 892, le chef des Normands, ROLLON, se rendit maître d’Evreux ; les habitants terrifiés firent peu de résistance ; cependant leur ville fut pillée et leur territoire ravagé.

Quelques temps après, ROLLON reçut du roi de France la Neustrie à titre de duché.

La ville d’Evreux fut comprise dans cette province ; située à la frontière, elle fut prise, reprise, ravagée à chaque guerre qui s’éleva entre les rois de France et les ducs de Normandie.

En 996, Evreux eut ses comtes particuliers.

Robert le Normand est le premier qui ait porté ce titre, auquel il joignit celui d’archevêque de Rouen, bien qu’il fût marié et père de quatre enfants. Son neveu, le duc de Normandie, lui déclara la guerre, lui enleva sa ville capitale et le força à s’enfuir à Paris.

Robert, comte et archevêque, excommunia alors son neveu, et grâce à la terreur qu’inspiraient ses armes spirituelles, recouvra Evreux, où il mourut en 1037.

Son successeur suivit Guillaume LE CONQUERANT en Angleterre, et se fit remarquer dans cette invasion.

En 1090, AMAURY DE MONTFORT s’empara d’Evreux par trahison et y commit de telles dévastations qu’on fut un an entier sans y dire la messe.

A peine cette ville commençait-elle à réparer ses désastres, que le roi d’Angleterre, HENRI Ier, vint essayer de la reprendre ; le siège traînait en longueur quand l’évêque d’Evreux, le traître ROTODUS, conseilla à HENRI de lancer des feux sur la ville, qui fut en effet brûlée de fond en comble.

En 1194, Evreux, reconstruite, était redevenue considérable ; elle avait été cédée à PHILIPPE AUGUSTE par JEAN-SANS-TERRE, moyennant 1 000 marcs d’argent, et devait être réunie à la couronne de France.

PHILIPPE, néanmoins, l’avait laissée au frère de RICHARD D’ANGLETERRE et s’était contenté de mettre garnison dans le château.

JEAN-SANS-TERRE, pour se réconcilier avec son frère, fit traîtreusement massacrer la garnison française. PHILIPPE, furieux, attaqua Evreux, la prit, l’incendia et la fit en grande partie démolir ; il s’en empara de nouveau trois ans après, et acheva de la détruire.

Elle lui fut définitivement cédée l’année suivante, et il s’occupa dès lors de luionner une nouvelle existence.

Evreux appartint à la couronne jusqu’en 1285, où PHILIPPE-LE-BEL la donna à son frère, LOUIS de France, tige de la branche royale des comtes d’Evreux.

En 1316, ce comté fut érigé en pairie perpétuelle.

Le dixième comte d’Evreux fut CHARLES-LE-MAUVAIS, roi de Navarre, un des fléaux de la France sous la première branche des Valois

Les Anglais s’emparèrent de la ville, du temps de CHARLES VII ; mais fut reprise par le Roi et donnée par lui à Jean STUART, un des braves capitaine écossais qui combattirent vaillamment pour la France, à côté de l’héroïque Pucelle d’Orléans. A la mort de STUART, Evreux rentra dans le domaine royal, d’où elle ne sortit que pour être donnée au duc de BOUILLON, en échange de la principauté de Sedan.

L’ancienne ville d’Evreux était peu étendue, malgré son importance ; ses accroissements les plus considérables datent du XVe siècle ; elle était surtout défendue par un énorme donjon contigu au mur d’enceinte, à l’endroit où fut plus tard l’hôtel de ville.

Avant la Révolution, elle possédait, outre sa cathédrale, huit paroisses, trois couvents d’hommes, un couvent de femmes et deux abbayes considérables.

Evreux est située dans une belle vallée arrosée par la rivière d’Iton, qui se partage, avant d’entrer dans la ville, en trois bras, dont un seul la traverse ; un autre baigne ses murs, et le troisième coule tout à fait en dehors.

Des coteaux charmants bordent la vallée, et des promenades délicieuses ceignent la ville, qu’avoisinent les deux plaines fertiles et riches de Neubourg et de Saint-André.

De nombreux canaux distribuent dans toutes les parties d’Evreux une eau salubre et abondante.

L’entrée de la ville du côté de Caen est la plus belle ; la route passe devant le beau château de Navarre, et se joint à une rue qui aboutit à la route de Rouen.

La partie la plus marchande est appelée la rue aux Febvres, vieux mot qui, dérivé du latin faber, signifie fabricant, ouvrier. Cette rue conduit à l’ancienne place Saint Léger, sur la route de Rouen, maintenant transformée en une jolie promenade. Cette promenade, d’abord nommée la place Bonaparte, est plantée de tilleuls et décorée d’une pyramide.

Evreux est généralement bien bâtie, mais la plupart des maisons y sont irrégulières, de styles ancien et d’apparence triste. Les rue manquent presque toutes de largeur et d’alignement ; elles sont propres et assez bien pavées ; la rue des Febvres, formée de bâtiments fort dissemblables de styles et de dimensions, est du moins bien aérée et fort animée.

La cathédrale d’Evreux est une des plus anciennes et des plus curieuses églises de France, une de celles où abondent les détails romans et gothiques les plus intéressants. Longtemps avant l’invasion des Normands, elle était dédiée à la Vierge. Souvent dévastée, toujours réédifiée, elle offre des morceaux d’architecture et de sculpture de divers siècles. Son plan est une croix ; au centre s’élève un dôme octogone qui fut construit aux frais du cardinal LA BALUE, évêque d’Evreux et ministre de LOUIS XI ; le dôme est surmonté d’un fort beau clocher en pyramide, travaillé à jour, et dont le sommet s’élève à 240 pieds au-dessus du sol. Le portail du bras gauche de la croisée est superbe ; le porche, dont la voûte est une grande ogive fort aiguë, est flanqué de deux belles tours octogones. La nef est entourée de détails gothiques très délicats. Trente deux piliers la séparent, ainsi que le chœur, des bas-côtés.

L’église Saint Taurin le dispute en antiquité avec la cathédrale. Elle dépendait d’une ancienne abbaye ; on y voit la châsse du saint, œuvre de sculpture gothique aussi riche par la matière que précieux par le travail.

On cite encore, à Evreux, l’hôtel de ville, l’hôtel de la préfecture, le palais épiscopale, les prisons, le théâtre et la bibliothèque publique, riche de 10 000 volumes.

CHÂTEAU DE NAVARRE – Ce château mérite une attention particulière ; il fut d’abord construit, en 1532, par Jeanne de France, reine de Navarre et comtesse d’Evreux ; ce premier édifice ayant été détruit fut remplacé par les ducs de BOUILLON, en 1686, par le château moderne dont MANSARD donna les dessins. C’est un bâtiment carré à faces symétriques, décoré de perrons et de vestibules à colonnes.

Un vaste dôme le couronne ; un canal d’eau vive l’entoure.

Un parc superbe, des jardins charmants, l’environnent et offrent avec profusion de belles eaux, de vastes masses de verdure, des leurs de tous espèces.

L’Ile d’Amour, le Jardin d’Hébé, sont surtout agréables. Ce lieu charmant a été habité pendant quelque temps par l’impératrice Joséphine.

VIEIL-EVREUX, petit village à 1 l. E. d’Evreux ; le nom de cet endroit, les ruines d’un aqueduc qu’on y voit, les débris de grosses murailles, des monnaies antiques et les autres antiques romaines qu’on y a retrouvés, semblent justifier ceux qui présument que là fut le site de l’ancienne Mediolanum des Aulerci.

BRETEUIL, ch. l. de canton, à 9 l. S.O. d’Evreux. Population 2 049 habitants.

Cette petite ville doit probablement son origine à un château fort que Guillaume LE CONQUERANT y fit construire, et dont quelques débris subsistent encore. HENRI II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, donna cette seigneurie à Robert de MONTFORT ; elle fut vendue, en 1210, à PHILIPPE AUGUSTE et devint ensuite le partage de CHARLES, roi de Navarre, qui l’échangea, en 1410, avec CHARLES VI, pour d’autres terres. Elle appartint enfin à la maison de BOUILLON, en 1651, en même temps qu’Evreux.

Breteuil est située sur la rive droite de l’Iton, dans une contrée abondante en mines de fer. L’exploitation de ces mines, la fonte du minerai, donnent à la ville une grande activité ; elle possède des fabriques d’objets de toute espèce et des sources d’eaux minérales ferrugineuses froides assez estimées.

CONCHES, sur l’Iton, à 5l. O.-S.O d’Evreux. Population de 2056 habitants

Conches fut jadis plus considérable que de nos jours, c’était une place forte, elle avait des comtes dans le temps des premier ducs de Normandie.

Les chances de la guerre lui furent souvent fatales et l’anéantirent enfin presque entièrement.

C’est maintenant une petite ville champêtre, d’une activité très commerçante ; elle est située sur une colline dont l’Iton baigne le pied, au milieu d’un pays très fertile en grains et abondant en pâturages.

IVRY-LA-BATAILLE, à 8 l. 1,2 S.E d’Evreux. Population de 914 habitants.

Ce bourg est dans une situation agréable, au pied d’un coteau, sur la rivière de l’Eure qui le divise en deux parties.

Il est célèbre par la victoire qu’HENRI IV y remporta, en 1590, sur l’armée des Ligueurs commandée par le duc de Mayenne.

Une pyramide de 17 m de haut avait été élevé dans la plaine pour perpétuer le souvenir de cette bataille mémorable. Cette pyramide, détruite pendant la Révolution, fut réédifiée en 1809, par ordre de NAPOLEON.

PACY, ch.-l. de canton, à 5 l. 314 E. d’Evreux. Population 1 387 habitants.

Pacy, maintenant privé de toute importance, était jadis une ville forte, beaucoup plus peuplée que de nos jours, et qui paraissait devoir acquérir tous les avantages dont les malheurs de la guerre l’ont privée ; son plus grand désastre eut lieu dans es dernières guerre qui signalèrent  l’époque de la rivalité de la France et de l’Angleterre.

Pacy fut, pendant la nuit, surpris par les Anglais, qui massacrèrent les habitants et livrèrent la ville au pillage, sans respecter même les églises.

Pacy avait été u nombre des villes fortifiées cédées par RICHARD d’Angleterre, en 1196, au roi de France PHILIPPE AUGUSTE. Cette petite ville était devenue considérable sous le gouvernement des comptes d’Evreux de la maison de Normandie ; elle était environnée de bonnes murailles et de fossés profonds, et avait un château bien fortifié.

Pacy est situé avantageusement sur la rive gauche de l’Eure, qui y est navigable, et sur la grande route d’Evreux à Paris. La ville est agréable et propre.

VERNEUIL, sur l’Avre, ch.l. de canton, à 12 l. ½ S.O. d’Evreux. Population 4 178 habitants.

Cette ancienne ville, fortifiée par HENRI Ier, roi d’Angleterre, fut prise et reprise différentes fois.
PHILIPPE AUGUSTE l’assiégea en 1193.

En 1336 elle fut pillée par les Anglais et les Navarrais.

En 1424, une bataille désastreuse se livra sous ses murs ; le duc de BEDFORT y battit complètement CHARLES VII. Les Anglais gardèrent la place jusqu’en 1449.

En 1590, HENRI IV l’enleva aux ligueurs, qui ne tardèrent pas à la reprendre ; enfin elle se rendit au Roi en 1594.

Il lui reste encore quelque débris de ses vieille fortifications, surtout une grosse tour dite la Tour grise, ronde et de plus de 20 mètre de diamètre ; on l’aperçoit d’une grande distance.

L’église cathédrale est remarquable par sa construction gothique et son gros clcher.

Verneuil est situé dans une riante plaine, que baignent l’Avre et l’Iton, et que traversent cinq grandes routes.

D’agréables promenades environnent la ville et ont remplacé ses anciens remparts.

Verneuil possède un bibliothèque publique contenant 5 000 volumes.

VERNON, sur la rive gauche de la Seine, ch.l. de canton, à 7 l. ½ E. N. E. d’Evreux. Population 4 888 habitants.

Vernon est une ville fort ancienne, mais dont l’histoire certaine ne remonte qu’au XIe siècle ; elle portait alors le titre de château et se nommait Verninium castrum.

Située sur la frontière de la France et de la Normandie, elle fut, pendant l’anarchie féodale, exposée à tous les désastres des guerre qui désolèrent presque incessamment le pays à cette époque malheureuse.

En 1125, HENRI Ier, d’Angleterre, fortifia et agrandit Vernon, et y fit construire la grande tour.

En 1151,Vernon appartenait à GEoffroy PLANTAGENET, comte d’Anjou.

LOUIS VIII l’en déposséda, puis la lui rendit ; mais deux ans après, le fils du comte ayant pillé des marchands sur le chemin royal, le Roi revint assiéger Vernon, et punissant sur des innocents le crime du coupable, livra le bourg aux flammes.

Vernon appartint ensuite au duc de Normandie, puis fut cédé à LOUIS, fils de PHILIPPE AUGUSTE.

En 1198, PHILIPPE, battu près de Vernon par RICHARD, se réfugia dans le château. Saint Louis fonda à Vernon un hôpital qu’il dota richement .

Sous Philippe de VALOIS, les Anglais prirent Vernon et le livrèrent aux flammes ; d’autres désastres suivirent cette catastrophe.

Avant la Révolution, Vernon avait le titre de bonne ville ; elle était entourée de fortes murailles, avec six portes et de profonds fossés, et conservait plusieurs autres parties de ses fortifications, qui ont été démolies ; il n’en reste plus qu’une énorme tour, d’une hauteur considérable, où sont placées es archives de la ville.

L’église Notre-Dame, édifice gothique, est digne de remarque et renferme plusieurs tombeaux ornés de curieuses sculptures.

Le collège, fondé par HENRI IV et rebâti en 1773 par le vertueux duc de PENTHIEVRE, mérite aussi une attention particulière.

L’ancien château de Bizy, à l’extrémité méridionale du faubourg de même nom, a été remplacé par une jolie maison de campagne, dont le parc, très étendu est orné de belles cascades.

Le pont de Vernon est une vaste construction de vingt deux arches, mais il n’est remarquable que par sa longueur.

Les environs de la ville sont riants, pittoresques, aussi fertiles qu’agréables ; ils offrent aux habitants de Vernon plusieurs promenades très intéressantes.

La petite ville possède une petite salle de spectacle.

C’est à Vernon que sont les parcs et les magasins du Train des équipages militaires.

LES ANDELYS, près de la rive droite de la Seine, ch. L. d’arrondissement, à 12 l. ½ N. E. d’Evreux. Population 5 168 habitants.

On donne ce nom à deux petites villes qui ne sont séparées que par une chaussée d’environ un quart de lieue.

Le grand Andely, plus ancien que l’autre, est désigné dans nos vieux chroniqueurs sous le non d’Andilegum. On attribue son origine à un monastère fondé par Clotilde ; une bourgade se forma autour du monastère ; au XIIe siècle on y construisit un château fort considérable qui servit de refuge à LOUIS VII battu à Brenneville par HENRI d’Angleterre.

En 1170, Andely était un gros bourg que les Anglais détruisirent entièrement ; l’abbaye de Clotilde avait disparu, elle fut remplacée par une collégiale.

Andely fut souvent un objet de dispute entre les rois de France et d’Angleterre, et souffrit toujours de ces querelles.

En 1204, PHILIPPE AUGUSTE assiégea Andely pendant cinq mois et ne prit que par famine le château Gaillard que RICHARD avait fait construire au bourg voisin.

En 1552, Antoine de Navarre, blessé au siége de Rouen, mourut aux Andelys.

L’église collégiale est une belle construction ; le portail extérieur, très pittoresque, paraît antérieur au reste de l’édifice ; le côté du midi est du style gothique du XVIe siècle, le côté du nord est de style ionique.

La chapelle de la Vierge possède un fort beau tableau de LESUEUR, représentant Jésus retrouvé dans le Temple.

La Chapelle de Sainte Clotilde était aussi un édifice de construction très curieuse et décoré de détails bizarres ; c’est maintenant une vinaigrerie.

La célèbre fontine de Sainte Clotilde, quoique encore en réputation, est bien déchue de sa gloire et n’opère plus de miracles.

Néanmoins, tel est encore l’empire de la superstition, que le 2 juin de chaque année on plonge dans son eau glaciale des vieillards moribonds, des enfants nouveau nés, des gens usés par les infirmités, dont une telle immersion ne peut abréger les maux qu’en mettant plus promptement un terme à leur existence

Une autre superstition, aussi ridicule mais moins dangereuse, a pour objet Saint Main. Une statue grotesque, en plâtre de ce saint, placée dans la chapelle de l’hôpital, est souvent visitée par les mères dont les enfants ont la colique ; la poussière grattée sur l’abdomen du saint a , dit-on, étant mêlée aux aliments, a vertu de guérir cette incommodité.

Ct hôpital est un des bienfaits de l’excellent duc de PENTHIEVRE, qui dépensa 400 000 fr.

Du reste, Andely n’est pas une belle ville ; ses maisons sont vieilles et tristes et la plupart de ses rues sont sombres et tortueuses.

Le petit Andely offre les ruines de son célèbre Château Gaillard, qui joua un rôle important pendant es guerres entre la France et l’Angleterre.

Marguerite de BOURGOGNE, femme de Louis le HUTIN, y fut enfermée en 1315 et étranglée par ordre du roi en punition de ses débauches.

Sous CHARLES VI, les Anglais assiégèrent Château Gaillard et ne purent le prendre qu’après seize mois d’effort.

CHARLES VII le leur reprit en moins de six semaines.

Les ruines de cette forteresse redoutable sont grandioses et pittoresques, à cause de leur situation au sommet d’un mamelon de rocher.

FLEURY, sur  l’Andelle, à 4 l. des Andelys. Population 520 habitants.

Joli bourg que traverse la route de Rouen à Paris.

Fleury est situé au pied d’une côte, sur la rive droite de la rivière ; l’autre pente de la vallée est beaucoup plus rapide, et pour la franchir la route forme plusieurs longs zigzags.

Du haut de cette montée, la vallée de l’Andelle offre un coup d’œil délicieux ; la vue se plait à suivre les méandres redoublés de la rivière au milieu des vertes prairies, des jardins, des riches potagers, des champs de la plus grande fertilité, de jolis coteaux partout cultivé forment une digne bordure à ce tableau riant.

GISORS, sur l’Epte, ch. L. de canton, à 7 l. ½ E. des Andelys. Population 3 533 habitants.

Gisors fut d’abord nommé Gisortium, puis Gisors ; c’était une place forte que divers événements ont rendu historique.

En 1097, Guillaume LE ROUX, roi d’Angleterre, y fit bâtir un château ; son successeur, HENRI Ier, l’agrandit beaucoup.

En 1120 ce prince y eut une entrevue avec le pape CALIXTE .

En 1188, PHILIPPE AUGUSTE y reçut HENRI II d’Angleterre.

Ces deux rois s’y concertèrent pour une nouvelle croisade. PHILIPPE se plut à embellir et à agrandir Gisors ; il s’y réfugia après la perte de la bataille de Courcelles, qui fut livrée près de cette ville et gagnée par RICHARD CŒUR DE LION.

Alors il courut le plus grand danger, en entrant dans la ville : le pont s’écroula sous lui et il fut retiré tout meurtri de sa chute. Les guerres subséquentes ente la France et l’Angleterre furent souvent funestes à Gisors, ainsi que les dissensions religieuses ; les fortifications qui défendaient la ville furent plusieurs fois délabrées, son château fut ruiné, il n’en reste plus que des débris informes.

Près de Gisors est un autre château mieux conservé, c’est celui de Saint-Paër, dont la construction remonte au XIIIe siècle.

Cette ville est située sur l’Epte, qui la traverse, et sur une des grandes routes de Paris à Rouen. Elle est propre et bien bâtie ; on remarque surtout la rue sur la route.

L’Epte baigne une partie des anciens fossés, bordés d’énormes murailles en ruines.

Gisors a trois portes et trois faubourgs.

Son église paroissiale, spacieuse et de belle architecture, est son principal édifice : cette église est décorée de sculptures, parmi lesquelles on remarque une statue due au ciseau de Jean GOUJON . Elle renferme un beau jubé et de belles orgues. Le portail est de la renaissance ; l’intérieur de l’église est gothique et remonte au XIIIe siècle.

BERNAY, sur la rive gauche de a Charentonne, ch. l. d’arrondissement, à 12 l. O. d’Evreux. Population 6 605 habitants

Bernay, si connu dans toute l’ancienne province de Normandie par ses manufactures et surtout par ses foires, st moins remarquable sous le rapport de ses constructions.

Cependant on y voit un certain nombre d’améliorations modernes et de bon goût.

Quelques uns de ses édifices d’utilité publique sont propres et spacieux ; d’autres, ainsi que nombre de propriétés particulières, méritent d’attirer l’attention à cause de la bizarrerie de leur architecture et des détails curieux et singuliers qui les décorent.

Pour voir Bernay dans son beau, l’observateur doit visiter cette ville à l’époque de sa grande foire, quand elle est remplie de chevaux de tous genres et de 50 à 50 000 maquignons, acheteurs et curieux, qui affluent de 15 à 20 lieues à la ronde.

Cette foire se tient le mercredi de la 5e semaine de carême et dur quatre jours ; c’est une des plus considérables de France et le principal marché des chevaux normands.

On remarque à Bernay l’église paroissiale et les bâtiments d’une ancienne abbaye de bénédictins fondée en 1018 ; et o^fut enterrée Judith de BRETAGNE femme de RICHARD II, duc de NORMANDIE .

BEAUMONT-LE-ROGER – sur la rive droite de la Rille, ch. l. de canton, à 4 l. E. de Bernay. Population 2 515 habitants.

Beaumont n’était qu’une petite bourgade sous les premiers ducs de Normandie. Un de ces seigneurs en fit une place forte et lui donna son nom.

Elle fut plus tard érigée en comté et a été possédée par plusieurs familles puissantes.

En 1253, Saint Louis acheta cette ville et la réunit au domaine royal, auquel elle resta attachée pendant un siècle.

Comprise dans l’apanage d’un prince du sang, elle passa ensuite à d’autres maisons.

Beaumont est situé sur la rive droite de La Rille, et près d’une belle forêt. On voit sur un rocher qui domine la ville les restes informes d’un ancien château fort, et au-dessous les débris pittoresques d’une vieille abbaye.

La forêt de Beaumont-Le-Roger renferme les vestiges d’un camp romain.

BRIONNE, ch. l. de canton, à 4 l. N.E. de Bernay. Population 2 645 habitants.

Il se tint à Brionne, en 1050, un célèbre concile provincial où fut condamnée l’hérésie de BERANGER, qui niait la présence réelle dans l’Eucharistie.

Brionne était le chef-lieu d’une seigneurie possédée par la branche de Lorraine établie en France ; c’était une place forte défendue par une citadelle formidable dont il reste encore quelques vestiges.

La ville est située sur la rive droite de la Rille, au milieu de belles prairies.

LOUVIERS, sur l’Eure, ch. l. d’arrondissement, à 6 l. N. d’Evreux. Population 9 835 habitants.

Cette ville renferme deux monuments qui attestent son importance au moyen âge ; l’un est une maison bâtie par les Templiers au XIIe siècle, l’autre est l’église paroissiale, où l’on distingue trois styles différents d’architecture gothique, et qui date aussi du temps des croisades. L’intérieur de l’édifice offre des détails de sculpture aussi remarquables par leur singularité que par le fini de l’exécution.

En 1196, Louviers, déjà ville importante, fut le théâtre des conférences entre PHILIPPE AUGUSTE et RICHARD d’Angleterre, qui mirent fin à une guerre désastreuse.

Pendant l’invasion d’EDOUARD III, cette ville, alors place très forte, fut prise et saccagée par les Anglais, elle avait réparé ce désastre quand, en 1418, HENRI V, d’Angleterre, s’en empara de nouveau, la livra au pillage, fit démanteler ses fortes murailles, ses grosse tours et combler en partie ses fossés.

En 1431, les Français la reprirent, mais ils ne la gardèrent qu’un an. Ils y rentrèrent définitivement en 1440. Les ligueur s’en étaient emparés, mais en 1591 ils en furent chassés par les royalistes.

Depuis ce temps, Louviers a perdu son importance comme ville de guerre ; mais son industrie lui en a donné une autre, plus durable et plus avantageuse, grâce à la fabrication de draps, superbes non moins estimés pour leur beauté que pour leur solidité.

Cette ville, qui conserve encore quelques fragments de ses vieilles murailles, est située dans une belle et riche plaine ; l’Eure y est navigable jusqu’a la Seine.

Les villes de commerce n’annoncent pas toujours a l’extérieur l’opulence dont elles jouissent, mais Louviers manifeste son état prospère jusque sur les murs de ses maisons.

La plupart des constructions y sont propres, élégantes, spacieuses ; elles annoncent, chez le manufacturier de Louviers, l’art d’acquérir de la fortune et celui plus rare peut-être de bien jouir de ses richesses ; le bon goût, le sentiment de l’ordre et du confortable, se révèlent surtout dans la partie de la ville que baigne l’Eure.

De jolis pont unissent les deux rives de cette rivière.

De vastes fabriques, fourmilières d’ouvriers aussi laborieux qu’intelligents, dominent la ville de toutes parts ; beaucoup sont des bâtiment reconstruits à neuf ; leurs machines perfectionnées par les progrès de l’art, sont la plupart neuves aussi.

Les bâtiment publics de Louviers, peu somptueux, sont propres et bien adaptés à leur usage.

La ville possède une belle salle de spectacle, une bibliothèque publique et d’agréables promenades.

GAILLON, ch. l. de canton, à 4 l. S.E. de Louviers. Population 1 143 habitants.

Gaillon occupe une belle et riante situation sur la frontière de l’ancien royaume de France et de la Normandie, et sur la route de Louviers à Paris ; ce lieu est fort ancien et fut d’abord nommé Gallio. Il y avait un antique château fort, dont l’archevêque de Rouen, ODON-RIGAUD, fit l’acquisition en 1262.

Les Anglais s’en emparèrent et le démolirent, en 1425.

Guillaume d’ESTOUTEVILLE le fit reconstruire en 1461.

Le célèbre Georges d’AMBOISE y fit faire de nombreuses améliorations ; par ses soins, le château de Gaillon devint un des plus beau de France. Le bourg qui l’avoisinait s’agrandit successivement

Après diverses vicissitudes, ce beau château, mutilé, dépouillé de ses ornements, est devenu une maison centrale de correction, où, parmi une foule d’hôtes moins illustres, a été renfermé le prétendu Dauphin Mathurin BRUNEAU.

Un vaste parc, de somptueux jardins, entouraient l’ancien château ; ils existent encore en partie.

Dans une grotte du parc jaillit une source chargée de molécules calcaires, qui ont formé des pétrifications et des incrustations curieuses.

NEUBOURG, ch. l. de canton, à 6 l. O.S.O. de Louviers. Population 2 118 habitants.

Neubourg était jadis un marquisat.

C’est dans ce château que le marquis de SOUDEAC fit jouer pour la première fois, en 1660, par la troupe du Marais, l’opéra de La Toison d’Or du grand CORNEILLE ;

Neubourg, fut longtemps renommé par son marché considérable de bœufs gras, provenant des pâturages de la Normandie, qui a été transféré à Poissy. La prospérité de Neubourg souffrit alors beaucoup.

Cette petite ville, maintenant sans importance, était, avant la Révolution, le chef-lieu d’une sergenterie, d’une juridiction, d’un archidiaconé et d’un doyenné ; elle possédait une abbaye de bénédictines.

Neubourg est situé au milieu d’une belle et riche plaine, entre la Rille et la Seine. L’ancien château existe encore ; il est digne de remarque, ainsi que l’église paroissiale, assez joli édifice gothique.

PONT DE L’ARCHE, ch. l. de canton, à 3 l. N. de Louviers. Population 1 483 habitants. Cette ville faisait partie du pays d’Ouche, dans la Haute-Normandie ; c’était le chef-lieu d’une vicomté et d’un gouvernement de place. Elle doit son origine à Charles LE CHAUVE, qui la fit bâtir en 854. Ce fut dans la suite une place importante, entourée de murs, flanquée de tours et environnée de fossés ; elle avait, au bout du pont opposé à la ville, un fort dans une petite île de la Seine.

Dans le château que Charles LE CHAUVE y avait fait construire, se rassemblèrent deux conciles, en 862 et en 889 ; en deux autres occasions les assemblées des grands royaume y furent convoquées.

Pont-de-l’Arche passe pour être la première ville qui se soit soumise à HENRI IV, après son avènement au trône .

Elle doit son nom à son pont sur la Seine ; il est très long et formé de vingt-deux arches ; un petit bras de la Seine, séparé du pont par une île longue et étroite et fermé par une écluse, set de passage aux bateaux ; la marée se fait sentir jusque-là.

La ville est située sur la rive gauche de la Seine, près de son confluent avec l’Eure. Le confluent de l’Andelle avec la Seine est un peu plus haut, sur la rive opposée.

PONT-AUDEMER, sur la Rille, à 22 l. N. O. d’Evreux, ch.-Lieu d’arrondissement. Population 5 305 habitants.

Pont-audemer est le Breviodurum des Romains ; il y passait une voie romaine, qui allait de Juliobona (Lillebonne) à Noviomagus (Lisieux).

Dans le Ve siècle, cette partie des Gaules était gouvernée par ALDOMAR ou ODOMAR seigneur gaulois ; il fit bâtir dans la ville un pont qui prit son nom et l’a donné à la ville ; elle fut plusieurs fois fortifiée et est encore en partie entourée de ses vieux murs, de ses profonds fossés.

HENRI Ier d’Angleterre s’en empara en 1124, et PHILIPPE AUGUSTE en 1203.

En 1378, DUGESCLIN l’enleva à Charles LE MAUVAIS.

Les anglais la reprirent, mais CHARLES VII les en chassa en 1449.

Enfin Pont-Audemer fut encore assiégé, et pris tout à tour par les ligueurs et les royalistes, jusqu’à ce que, secouant le joug du ligueur VILLARS, qui s’en était rendu maître en 1592, elle se donna à HENRI IV.

Le port de la ville fut creusé par ordre de Louis XIV ; il est revêtu de maçonnerie ; la Rille est navigable jusq’à la Seine.

La ville est située au pied d’une haute colline ; elle est bien bâtie et bien percée ; elle a quatre portes et quatre places ; ses fossés se remplissent d’eau au moyen d’écluses. Elle possède une petite salle de spectacle.

QUILLEBOEUF, port sur la rive gauche de la Seine, a 4 l. N. de Pont-Audemer. Population 1 1344 habitants.

Quillebœuf a été une place forte ; ses fortifications, souvent endommagées par la guerre, ont été détruites sous LOUIS XIII.

Son port est commode, sa situation le rend important.

Quilleboeuf est situé au point où la navigation de la Seine devient difficile par les bancs de sable mouvants dont le cours de al rivière est toujours embarrassé.

Son port reçoit souvent la cargaison des gros navires qui ne peuvent remonter jusqu’à Rouen ; il sert aussi de mouillage dans les mauvais temps ou les vents contraires.

DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE

POLITIQUE – Le département nomme 7 députés.

Il est divisé en 7 arrondissements électoraux, dont les chefs-lieu sont :

Evreux – Verneuil – Les Andelys – Bernay – Louviers – Pont-Audemer – Brionne –

Le nombre des électeurs sont de 2 794.

ADMINISTRATIVE – Le chef-lieu de a préfecture est Evreux.

Le département se divise en 5 sous-préfectures ou arrondissements communs.

    Cantons Communes Habitants
Evreux   11 263    118 397
Les Andelys   6 135      64 337
Bernay   6 139      82 828
Louviers   5 118      68 942
Pont-Audemer   8 145      89 744
  Total 36 798 424 248
         

Service du Trésor public –  1 receveur général et 1 payeur (résidant à Evreux)

                                                       4 receveurs particuliers, 5 percepteurs principaux.

Contributions directes –  1 directeur (à Evreux), et 1 inspecteur.

Domaines et Enregistrement –  1 directeur (à Evreux), 2 inspecteurs, 5 vérificateurs.

Hypothèques – 5 conservateurs dans les chefs-lieux d’arrondissements communaux.

Contributions Indirectes – 1 directeur (à Evreux), 4 directeurs d’arrondissements, 5 receveurs entreposeurs.

Forêts – Le département fait partie du 2ee arrond. Forestier, dont le chef-lieu est Rouen; 2 inspecteurs à Louviers et aux Andelys.

Ponts et chaussées – Le département fait partie de a 1er inspect , dont le chef-lieu est Paris. – il y a l’ingénieur en chef en résidence à Evreux et 1 autre à Louviers, chargé du service spécial des usines, règlement des cours d’eau et police des eaux.

Mines – Le département fait partie du 4e arrond..et de la 2re division, dont le chef-lieu est Abbeville.

Loterie – Les bénéfices de l’administration de la loterie sur les mises effectuées dans le département présentent (pour 1831 comparé à 1830) une augmentation de 2 672 fr.

Haras –  Le département fait partie du 2e arrond. de concours pour les courses, dont le chef-lieu est à Bec-Hellouin.

Militaire –   Le département fait partie de la 14e division militaire, dont le quartier général est à Rouen. Il y a à : Evreux – 1 maréchal de camp commandant la subdivision- 2 sous-intendants militaires, à Vernon, à Evreux.

Le dépôt de recrutement est à Evreux – La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 3e légion, dont le chef-lieu est Rouen. Le parc principal du train des équipages militaires, les ateliers de construction et les magasins où sont réunis les approvisionnements en fer, bois, cuirs et autres objets nécessaires aux constructions et réparations du matériel, sont établis à Vernon.

Judiciaire – Les tribunaux sont du ressort de la Cour royale de Rouen. Il y a 5 tribunaux de première instance : à Evreux (2 chambres), aux Andelys, à Bernay, Louviers, Pont-Audemer, et 4 tribunaux de commerce, à Evreux, Bernay, Louviers et Pont-Audemer. Il existe à Gaillon une maison centrale de détention pour le département et celui de la Seine Inférieure. Cette maison peut contenir environ 1 500 condamnés, dont moitié femmes.

Religieuse –   Culte catholique – Le département forme le diocèse d’un évêché, érigé dans le IIIIe siècle, suffragant de l’archevêché de Rouen, et dont le siège est Evreux. – Il y a à Evreux : 1 séminaire diocésain, qui compte 182 élèves, – une école secondaire ecclésiastique. – Il existe dans le département : 1congrégation religieuse de femmes composée de 75 sœurs, desservant l’hôpital de Verneuil, tenant un pensionnat  fréquenté par 40 jeunes personnes et instruisant 100 externes dont un grand nombre gratuitement. – Le département renferme 7 cures de 1re classe, 30 de 2e, 506 succursales, 32 vicariats. – Il y existe 6 congrégations religieuses de femmes, composées de 228 sœurs consacrées aux soins des hospices et à l’instruction gratuite des jeunes filles, et 8 frères des écoles chrétiennes..

Universitaire – Le département est compris dans le ressort de l’académie de Rouen.

Instruction publique – Il y a dans le département : 4 collèges, à Bernay, à Evreux, à Gisors, à Vernon.

1 école normale primaire à Evreux – Le nombre des écoles primaires du département est de 656, qui sont fréquentées par 29 183 élèves, dont 17 439 garçons et 11 744 filles.

Le nombre de communes privées d’écoles est de 311.

Sociétés Savantes et Autres –  Il existe à Evreux, une Société centrale d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles lettres – 1 cours de géométrie et de mécanique appliquées aux arts – 1cours de botanique, physique, chimie, économie politique – 1 cours de droits commercial – une exposition permanente des produits de l’industrie du département dans la bibliothèque d’Evreux – un beau jardin botanique avec 3 serres chaudes..

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France Pittoresque – 1835 : Eure (1)

Département de l’Eure. ( Ci-devant Normandie, Perche, etc)

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HISTOIRE
ANTIQUITES
CARACTERE, MŒURS, ETC ;
COSTUMES
LANGAGE
NOTES BIOGRAPHIQUES
TOPOGRAPIE
ASPECT GENERAL
METEOROLOGIE
HISTOIRE NATURELLE
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE
POPULATION
GARDE NATIONALE
IMPÔTS ET RECETTES
DEPENSES DEPARTEMENTALES
INDUSTRIE AGRICOLE
INDUSTRIE COMMERCIALE
BIBLIOGRAPHIE
 

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HISTOIRE

Les Aulerci Eburovices habitaient, à l’époque de la conquête romaine, le territoire qui a formé depuis le comté d’Evreux, et qui est aujourd’hui le département de l’Eure.

Ce territoire fit successivement partie de la Gaule Celtique et de la Seconde-Lyonnaise. Sous les rois de francs de la première race, il fut compris dans la Neustrie, et lors du traité de Sainte-Claire-sur-Epte, qui livra une partie de al France aux Normands, il fut avec elle cédé à Rollon.

Il partagea le sort de la grande province qui reçut le nom de Normandie, jusqu’en 996.

Il fut érigé en comté d’Evreux en faveur de Robert de Normandie, fils de RICHARD 1er ; ce comté passa de la maison de Normandie dans celles de France et de Navarre.

En 1404, le comté d’Evreux, échangé contre la seigneurie de Nemours, rentra dans le domaine de la couronne.

Les Anglais s’en emparèrent dans les guerres du XVe siècle ; il leur fut repris en 1424 par CHARLES VII, qui en fit don au célèbre capitaine Jean STUART,connétable d’écosse.

Le brave STUART fut tué en défendant son comté contre les Anglais, et ceux-ci s’en emparèrent encore. Ils en furent chassés de nouveau en 1441, et le comté d’Evreux demeura réuni à la couronne jusqu’au milieu du XVIe siècle.

En 1574, HENRI III érigea en duché-pairie, en faveur de son frère le duc d’Alençon, ce comté, qui, pendant quelque temps, avait formé son apanage sous le règne de CHARLES IX.

Le duché-pairie d’Evreux avait fait retour à la couronne, lorsqu’en 1651, il fut compris dans les domaines échangés avec la principauté de Sedan, et passa dans la maison de Bouillon, qui en conserva la seigneurie jusqu’à l’époque de la Révolution.

ANTIQUITES

Le département renferme quelques monuments druidiques, parmi lesquels on remarque le dolmen de Truy et celui des Ventes. Le dolmen de Truy a cela de curieux, que l’une des pierres qui le supportent, celle du milieu, est percée au centre d’un trou rond qui paraît avoir été taillé régulièrement, et qui est assez grand pour laisser passer le corps d’un homme.

Les antiquités romaines sont plus nombreuses ; ce sont les voies militaires, des vestiges de camps fortifiés, des monnaies, des médailles, des ustensiles, des armes, etc.

Les ruines les plus importantes qui se rattachent à cette époque paraissent être celle que l’on trouve sur le territoire du Vieil-Evreux, où l’on reconnaît encore les traces d’un arqéduc haut de 5 pieds et large à peu près de 4, qui partant d’une distance de quatre lieues, venait aboutir à un vaste bassin parfaitement carré et d’environ un arpent de superficie.

Le comté d’Evreux tait riche surtout en monuments du moyen âge, qui la plupart ont été détruits pendant la Révolution.

Cependant les églises qui existent encore dans quelques villes, les ruines d’anciens château et de vieilles abbayes disséminées sur tout sont territoire, témoignent encore de l’antique splendeur de la plupart de ces édifices.

On cite surtout l’église cathédrale d’Evreux, ; les restes du château et de la chapelle de Gaillon, et l’église de Gisors, que décorent de superbes vitraux, ainsi que divers morceaux curieux de sculpture.

CARACTERE, MŒURS, ETC ;

Les habitants du département de l’Eure sont généralement actifs, intelligents, spirituels ; tous ont à un certain degré le goût du plaisir et du luxe, qui est ordinairement l’aisance et l’esprit du commerce.

Plus susceptibles d’instruction qu’aucun autre peuple, on dirait volontiers que, plus tout autre, ils pourraient s’en passer.

Leur industrie, leur commerce et lerus relations avec la capitale et d’autres grandes villes, leur procurent une éducation naturelle et une expérience qui semble leur en tenir lieu, et qui l’emporte souvent sur les connaissances théoriques.

Nous parlons ici du peuple des campagnes, qui nourrit néanmoins encore un assez grand nombre de préjugés ; mais les villes referment beaucoup d’hommes distingués par une instruction variée, par le goût et la pratique des arts et des sciences.

Depuis quelques années, surtout ce goût a pris un grand développement à Evreux et dans quelques autres villes du département.

M. VASNIER nous a transmis quelques détails sur les usages de l’arrondissement de Pont-Audemer.

Baptêmes – Il y a quelques années, dit-il, le tambour conduisait bruyamment le cortège à l’église, et pendant la cérémonie l’orgue et le carillon se faisaient entendre

Aujourd’hui, au sortir du temple, les enfants crient Pouquette cousue (poche cousue) ! Le parrain, pour prouver le contraire, jette en abondance des dragées (les opulents y mêlent des liards), et la foule enfantine se ru dans la poussière et dans la boue pour les ramasser.

L’accouchée ne sort de sa maison que pour la cérémonie des relevailles. Elle va à l’église, accompagnée de ses proches parentes et amies, et agenouillée près d’un cierge qui brûle en son honneur, elle assiste à une messe où ‘on bénit une régence, sorte de pain qui doit servir à son repas.

Mariages – L’acte civil se fait habituellement le lundi soir à 9 heures, à la mairie ; il est véritablement public ; car la jeunesse des deux sexes y abonde, tant pour le plaisir de s’y rencontrer que pour examiner la tenue souvent grotesque des parents étrangers, critiquer les toilettes et écouter de quelle manière la future prononcera le oui.

Selon le ton haut ou bas, timide ou résolu de cette parole solennelle, chacun tire des inductions favorables ou de mauvais augure.

On soupe ensuite.

La cérémonie religieuse se fait après minuit, rarement dans la matinée, ce ne serait pas distingué.

La journée du lendemain est consacrée au grand repas et à la promenade dans la ville, deux par deux, sur une longue file, cavalier et dame. Jamais la noce n’est suivie d’un bal.

Les jeunes filles mettent la mariée au lit, non sans opposition de la part des garçons, heureux quand l’un d’eux parvient frauduleusement à être témoin de cette scène.

Le futur est obligé de subir mille épreuves désagréables pour son empressement, avant de rejoindre sa moitié.

Décès – “ Chaque famille fait une lessive de son linge deux à trois fois par an ; si la cuve reste un seul instant vide sur son trépied, c’est signe de mort dans la famille.

Lorsqu’une personne est à l’agonie, on place un cierge au calvaire de l’église. On prétend qu’il s’éteint en même temps que le malade. D’autres croient que le vie du malade se prolonge autant que le cierge. On juge du degré d’amitié portée à l’agonisant par la grosseur du cierge : on en voit souvent de très petits.

Lorsque le moribond est près de rendre l’âme, le sonneur tinte, à la plus grosse cloche, seize coups pour un homme et douze pour une femme ; à ce signal, chacun récite les prières des morts.

Le sonneur a, selon les fortunes, trois genres de son pour les inhumations : le gros son appartient à l’opulence, le second son est dévolu à la classe moyenne, et din-din est jeté comme une aumône à l’indigent.

On se presse dans les rues pour voir le brillant cortége qu’annonce le gros son. On se met seulement à la fenêtre pour regarder passer la médiocre cérémonie du second son. A peine tourne-t-on la tête à l’aspect du triste convoi qu’annonce le din-din du pauvre. Parents ni amis n’assistent aux convois. ”

 

COSTUMES

Les nouvelles étoffes, introduites par les perfectionnements de la fabrication tendent à faire disparaître bientôt les costumes sue nous allons décrire, et qui étaient encore, il y a peu d’années, ceux de a majeure partie de la population des campagnes.

Les hommes portent généralement, les jours de fêtes, des habits d’un drap bleu ou de couleur brique, fabriqué à Bernay, et qu’on nomme dans le pays froc ; ces habits recouvrent une veste et un ou plusieurs gilets, le plus communément de grosse étoffe de laine en hiver, et d’indienne en été.

Leur chaussure se compose de bas de laine, quelquefois recouverts avec des guêtres, et de souliers ferrés.

Le costume des jours ouvrables est différent : ils portent un surtout en toile par-dessus leur veste, et de grandes culottes ou des guêtres à boutons  qui montent au-dessus du genou.

Le costume des femmes est remarquable par le choix des couleurs. L’écarlate, qui semble être la couleur favorite des Normands, y joue le principal rôle, quelquefois même à l’exclusion de toutes es autres. Le plus ordinairement, cependant, le casaquin ou le justau-corps seul est de couleur écarlate, avec des jupons d’étoffe gros bleu ou rayée noir et blanc ; les manches du justaucorps descendent jusqu’au poignet ; la partie inférieure de la taille, e plus souvent sans basques, est renfermée simplement sous les jupons, qui se nouent par-dessus.

Les femmes âgées portent des cornettes très simples, dont elle laissent tomber les barbes sur les épaule ; les plus jeunes, et particulièrement celles qui habitent près des villes, portent des coiffes dont le fond s’élèvent en pyramide au-dessus de la tête,  et auxquelles elles attachent de longues barbes garnies de dentelles.

Presque toutes, en hiver, ont un capuchon de camelot noir, doublé de blanc.

Une de leurs parures favorites est une grande croix d’or avec cœur, dte jeannette ; sui se porte attachée court autour du col. Les croix ordinaires sont relevées en bosse ; les plus élégantes sont ornées de pierreries montées avec recherche, et entourées de guillochages d’un travail curieux et assez élégant.

LANGAGE

Nous devons à l’obligeance de M. VASNIER (auteur d’une Statistique historique, morale, industrielle et critique de Pont-Audemer encore inédite), avec quelques détails sur les mœurs, la lettre suivante, qui pourra donner une idée du patois en usage dans cet arrondissement.

J’ai luqué (regardé) le gas (garçon) du père BORIN ; c’est son portrait tout récopi (ressemblant). Il est drôlement fausué (arrangé), touzé (tondu) tout fin près du coupet (sommet) de la tête, l’air un brin pésou (paysan) et toujours en houste (remuement). Il avait mâqué (mangé) tant de peres blèques (poires blèches) qu’il en avait la goule siroteuse (bouche siroteuse), et devait en être hâqué (rassasié). Vous allez me dire encore que je fais des potens (cancans) et que je vous éluge (ennuie), je ne suis portant ni laudonnier (babillard) ni de ceux qui se démentent (mèlent) des affaires des autres ; j’aimerais mieux me mucher (cacher) dans man (mon) coin, putôt (plutôt) que biter (toucher) à ce qui concerne le voisin ; vous ne me créyez (croyer) pas dans ce cas là ne ne iout, épa ? (non plus, n’est-ce-pas ?) . Je compte partir annuit (aujourd’hui), à quanté (en même temps) ma bru (ma belle fille) et croché lui donnant le bras) avec elle, pou aller vous ver (voir). Nous prendrons notre équeurce (élan) pour sauter par en sont (par-dessus) le petit fossé de votre pré, heureux si nous ne nous flanquons (jetons) pas dans le mitan (milieu). Si nous ne venons à pièces (a aucuns), dites que nous sommes étou (aussi) de mauvaise éfans (enfants).

NOTES BIOGRAPHIQUES

Parmi les hommes distingués qui, par leur naissance, appartiennent au département, on remarque :

Le poète ALEXANDRE (de Paris), né à Bernay, inventeur, au XIIe siècle, du vers alexandrin ;

un habile médecin, le docteur AUZOUX, inventeur des pièces d’anatomie artificielle dite clastique, et qui à facilité ainsi dans tous les temps et sous tous les climats l’étude d’une science importante ;

le galant BENSERADE, un des versificateurs spirituels de la cour de LOUIS XIV ;

l’aéronaute BLANCHARD, physicien distingué ;

le littérateur BONNEVILLE ; le chimiste BREANT, savant métallurgiste, vérificateur général des essais de la monnaie de Paris ;

le girondin BUZOT, un des orateurs éloquent de la convention ;

le statisticien CANEL, auteur de plusieurs écrits sur le département ;

le spirituel CHAULIEU, un des hommes les plus aimables et un des littérateurs les plus agréables du XVIIè siècle ;

le poète contemporain DANGLEMONT, versificateur exercé ;

le brave général DELAUNEY, mort glorieusement à Mondovi ;

une femme d’esprit, Anne DE LA VIGNE ; poète agréable du XVIIe siècle ;

un député victime de l’absurde préjugé du duel, l’infortuné DULONG, publiciste et  littérateur ;

le célèbre DUPONT DE L’EURE, ancien ministre de la justice, un des membres remarquables de nos assemblées politiques ;

le conventionnel DUROY, révolutionnaire courageux et ardent, victime des journées de prairial an III ;

le conventionnel LACROIX, fougueux dantoniste, décapité en 1794 ;

l’académicien LINANT, poète tragique ami de VOLTAIRE ;

le conventionnel MANSIEU, ancien évêque de Beauvais, professeur, historien et littérateur ;

l’helléniste MOREL, directeur, dans le XVIe siècle, de l’imprimerie royale ;

un des membres distingués de la Chambre (actuelle) des Députés, PASSY, publiciste et économiste ;

l’élève de l’abbé SICARD, PAULMIER, un des plus intelligents instituteurs des sourds et muets ;

le brave général PORET DE MORVAN, qui commandait à Waterloo une brigade de grenadiers de la garde impériale ;

l’illustre POUSSIN, un des grands peintres français ;

un des littérateurs les plus féconds de notre temps, le romancier RABAN, imitateur de PIGAULT-LEBRUN ;

le savant TURNERE, helléniste habile du XVIe siècle, traducteur estimé ; etc..etc.

TOPOGRAPIE

Le département de l’Eure est un département méditerrané et maritime, région du nord-ouest, formé de la Normandie (propre), du comté d’Evreux et du Perche septentrional. Il a pour limites :

au nord , le département de la Seine Inférieure   à l’est,      ceux de l’Oise et de Seine et Oise ;

au sud,   ceux d’Eure et loir et de l’Orne             à l’Ouest   celui du Calvados.

Il tire son nom d’une des principales rivières qui le traversent et qui s’y jette dans la Seine.

Sa superficie est de 582 127 arpents métriques.

ASPECT GENERAL

SOL– La surface du département est très variée ; elle offre, sur tous les points, des champs cultivé, des enclos, de belles forêts, des coteaux, des rivières, des marais, et au nord, du côté de l’embouchure de la Seine, une certaine étendue de côtes.

En général, le sol est formé de terre végétale argileuse, plus ou moins profonde, reposant sur des masses calcaires ou pierreuses.

Il est naturellement divisé en plusieurs plaines ou plateaux, partagé par des coteaux au bas desquels coulent des ruisseaux, des canaux d’irrigation et des rivières dont le cours est assez paisible.

Vers le milieu des plateaux, la couche végétale est fréquemment mélangée de sable. Sur la crête des coteaux elle est peu profonde et soutenue par le tuf : sur le penchant, la terre calcaire, apparente à la surface, reposé sur une couche horizontale de silex supporté dans quelques endroits par des bancs de craie. La surface des coteaux n’est pas entièrement perdue pour l’agriculteur ; la vigne croit sur les plans incliné, au bas desquels coulent l’Eure et l’Avre.

Des plantations d’arbres fruitiers et des bouquets de bois en garnissent le sommet.

Quelques sables stériles (le long de la Seine), des débris de quartz et de silex, des terrains pierreux, se refusent seuls à toute espèce de culture.

La qualité des terres varie généralement comme la nature du sol. Une moitié des terrains cultivé offre une terre franche, argileuse, profondément végétale ; un quart présente le mélange de l’argile et de la marne ; l’autre quart est composé d’un peu d’argile, de sable et de marne.

MONTAGNES – Le département ne renferme que quelques chaînes de coteaux, dont la direcction est irrégulière et variée comme le cours des rivières qui l’arronsent ?

Les plus élevées sont situées sur les rive de l’Eure, de la Rille et de la Seine ; c’est surtout à l’embouchure de ce fleuve, vers le port de Quilleboeuf, qu’on trouve des rochers et des hauteurs auxquels on a donné le nom de montagnes.

Leur plus grande élévation au-dessus du niveau de la mer est de 100 m. On y remarque la montagne de La Roque

Longue et étroite, cette montagne se dirige en pointe du Marais-Vernier vers la Seine ; de ce côté la coupe en est escarpée et présente des pics isolés, que la dureté de leurs assises a préservés de la chute dans les écroulements annuels.

Depuis le haut de la montagne jusqu’à la base on n’aperçoit qu’un amas de roches, de sables arides et de blocs saillants ; en quelques endroits, de profondes crevasses sillonnent les rochers ; en d’autres, ils sont couverts d’ifs, de hêtres, de merisiers et d’autres arbrisseau.

En général, la montagne est d’un aspect nu et stérile, tandis qu’à son pied s’étend un terrain fertile, couvert d’une herbe succulente qui nourrit un grand nombre de troupeaux.

On ne peut contempler sans surprise ces bans de cailloux et de terre calcaire, alternativement superposés, conservant le plus parfait parallélisme sur une longueur de plusieurs lieues, offrant l’image d’une construction en maçonnerie, et représentant des assises régulières, telles que les ouvriers en emploient pour consolider de gros murs.

Le pavot cornu, la christe-marine ou le fenouil marin et quelques autres plantes, croissent en petit nombre sur ce roc stérile.

Les pierres y referment une quantité de fossiles de toute espèce, des vis, des buccins, des oursins, des dendrites, etc.

Une autre montagne célèbre dans le département est celle qui s’élève au confluent de la Seine et de l’Andelle, dans la commune d’Amfreville-sous-les-Monts ; on la nomme la côte des “ Deux Amant ”s.

De son sommet on jouit d’un des plus beaux points de vue de la Normandie. Il existait autrefois, sur cette montagne, un couvent qui avait été bâti, dit-on, par un seigneur normand, en commémoration d’un tragique événement. Ce seigneur avait une fille charmante et tendrement aimée par un jeune homme des environs ? Le ère s’opposa long temps à eur union. Enfin il y donna son consentement, mais à la condition bizarre que le jeune homme porterait, sans se reposer, sa bien aimée jusqu’au haut de la montagne. Celui-ci, n’écoutant que sa passion, se saisit du fardeau précieux et gravit le rocher…il arriva au sommet, mais il tomba aux pieds de sa maîtresse. Lui mourut de fatigue, elle de sa douleur. Le père désespéré, fit bâtir un monastère qui reçut le nom de prieuré des “ Deux Amant ”s. On voyait encore il y a peu d’années, la maison, belle et solidement bâtie, du prieuré ; mais l’église qui refermait le tombeau des deux amants a été démolie pendant la Révolution.

Le mont Rôti, dont le sommet aride domine la plaine fertile de Pont-Audemer, passe pour le point le plus élevé du département

RIVIERES – Le pays est arrosé par un assez grand nombre de cours d’eau. Parmi les rivières qui le parcourent, trois le bordent :     La Seine       l’Epte        l’Avre

Cinq s’y perdent :      l’Eure         l’Andelle       l’Iton      la Rille      la Charentonne

Les autres y prennent leur source ou y ont tout leur cours.

On évalue à 158 006 mètres la longueur totale de la partie des rivières livrée à la navigation.

Un canal de flottage, construit dans le XVIIe siècle, va de Conches tomber dans l’Eure, près de Louviers, et sert au transport des futaies.

L’Eure, qui donne son nom au département, est un affluent de la Seine et a sa source dans le département de l’Orne ; elle traverse le département de l’Eure du sud au nord, sur une longueur de 92 252 mètres.

L’Iton, sorti des montagnes de l’Orne, a dans le département de l’Eure, un cours de 120 263 mètres. Cette rivière se perd sous terre à Villalet, et reparaît à Vieux-Conches, après avoir traversé des canaux souterrains d’une longueur de 15 587 mètres.

La Rille, qui a aussi sa source dans les montagnes de l’Orne, présente comme l’Iton le phénomène d’un cours souterrain ; elle disparaît au moulin de La Chapelle, et reparaît à  7 000 mètres plus loin, près de Groley, dans un endroit qu’on nomme la Fontaine Enragée. Le développement total de son cours est de 175 355 mètres.

L’Eure et la Seine sont navigables dans tout le département. Quand à la Rille, elle était aux XVIe et XVIIe siècle, navigable jusqu’à Pont-Audemer, pour les navires de 80 tonneaux. Il existe, depuis long temps, un projet d’ouvrir une communication entre la Seine et la Loire, au moyen d’un canal qui réunirait l’Eure et le Loir

MARAIS – Le département ne renferme de considérable que le marais de Vernier, situé entre Quilleboeuf et a pointe de La Roque ; ce marais, pour lequel il existe depuis long temps des projets de desséchement a une superficie d’environ 2 600 hectares

ROUTES – Le département est traversé par 11 route royales, et possède 13 routes départementales. On évalue à 410 000 mètre la longueur total de ces communications viables.

METEOROLOGIE

CLIMAT – La température du département est en général assez douce, mais variable et humide.

Les pluies y sont fréquentes ; cependant il n’y tombe annuellement que 20 ) 21 pouces d’eau.

La chaleur moyenne est en éé de 15 à 16 degrés. En hiver, le thermomètre descend rarement au-dessous de 6°.

VENTS – Les vents dominants sont ceux du sud-ouest, d’ouest et de nord-ouest.

MALADIES – Les affections catarrhales et rhumatismales sont les plus communes.

Les fluxions qui, en attaquant les dents et les gencives, produisent a carie et la chute des dents, sont multipliées dans tous le département.

Les habitants des vallées humides, ou séjournent des brouillards,s ont sujets à des fièvres périodiques

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Prochainement la suite :

HISTOIRE NATURELLE
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Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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France Pittoresque – 1835 : Doubs (2)

Département du Doubs. ( Ci-devant Franche-Comté)

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BIBLIOGRAPHIE.

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VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.

                BESANCON, sur le Doubs, ch.-l. de départ., à 99 l. S.-E. de Paris. Pop. 29,167 hab. – Cette cité célèbre de l’ancienne Gaule, fut fondée 400 ans avant l’ère chrétienne, et acquit bientôt une grande importance, 56 ans avant J.-C., César y entra, non en conquérant, mais appelé par les chefs de la cité, pour repousser les barbares sui menaçaient la Séquanie d’un envahissement total. – VESUNTIO, ainsi se nommait alors Besançon, était déjà la métropole de la province Séquanaise. – César en fit sa place d’armes. – Depuis son origine, cette ville est restée la capitale de la contrée dont elle fait partie. – Son époque de plus grande splendeur fut sous Aurélien. – Sous le règne de Julien, la ville fut saccagée par les germains. – Les hordes d’Attila lui furent plus fatales encore ; ce dernier désastre renversa presque tous ses édifices romains. – Les Bourguignons, qui s’en emparèrent ensuite, la reconstruisirent. – L’histoire a consigné plusieurs époques glorieuses pour Besançon. – En 406, sa résistance contre les Vandales ; en 413, contre les Germains ; en 451, contre les Huns ; en 1288, contre les Allemands ; en 1335, contre les Bourguignons, en 1362 et 1364, contre les Anglais, en 1375, contre l’armée protestante, etc. etc. – En 1814, Besançon résista aux troupes alliées qui l’assiégèrent vainement. – Long-temps ville libre et impériale, Besançon tomba au pouvoir de l’Espagne, mais continua de se gouverner en république. – Louis XIV s’étant emparé de la Franche-Comté en 1674, abolit cette forme de gouvernement. – Les fortifications de Besançon étaient déjà considérables, elles furent alors augmentées, et l’ont été encore depuis. – La situation de cette ville est forte autant que pittoresque. Le cours sinueux du Doubs enclôt une presqu’île, qui présente la forme d’une fiole : la ville couvre cet espace et s’étend au-delà de la courbe de la rivière ; cette dernière partie est le faubourg d’Arène, couvert par de gros bastions, et s’élevant sur une pente douce ; la ville proprement dite est en plaine. Le col de la presqu’île est un roc élevé de 130 mètres au-dessus de la rivière qui baigne ses escarpements latéraux : très rapide du côté de la ville, il est séparé de la colline contiguë par un profond ravin ; ce roc porte la citadelle. Sa position rend cette forteresse inabordable à l’ennemi : l’art a néanmoins puissamment contribué à sa défense ; elle est ceinte de murs énormes et de tranchées excavées dans le roc ; on n’y entre que par des ponts-levis ; elle renferme plusieurs cours, divers bâtiments, et des voûtes profondes qui servent de cachots. L’aspect en est plein de sévérité : il inspire une sorte de terreur. – Les travaux qu’on y fit sous Louis XIV furent si dispendieux, que ce roi demandait si les murs de la citadelle de Besançon étaient d’or. – Elle est dominée par des hauteurs, mais celles-ci sont également fortifiées ; les deux plus voisines portent deux forts capables d’une longue résistance ; l’un de ces forts est considérable : il est à peine terminé et achève de rendre Besançon inexpugnable. – L’enceinte bastionnée qui entoure la ville est forte ; elle est bordée par la rivière et par de profonds fossés. – Besançon est très peuplée pour son étendue, elle offre peu de rues larges, peu de places spacieuses ; c’est moins une ville de luxe qu’une place-forte. Elle est néanmoins bien bâtie et généralement bien percée ; mais la plupart de ses rues sont tristes, et ses constructions ont une sévérité, une uniformité de style qui leur donne une grande monotonie. – La ville et le quartier d’Arènes communiquent ensemble par un pont de fondation romaine, mais dont la construction primitive a été fort altérée ; il est haut, étroit, fort laid et bâti de pierres grossières. Le quartier d’Arènes est très populeux et presque entièrement habité par des vignerons. L’église Cathédrale, dédiée à Saint-Jean, est un grand vaisseau de fondation fort ancienne, reconstruit dans le XIe siècle, par l’archevêque Hugues Ier, et de style qui participe du gothique et du sarrasin. A chaque extrémité de la nef, est un beau chœur et de riches autels. En face du siège de l’archevêque, on voit le buste en marbre blanc de Pie VI ; une belle Résurrection de Carle Vanloo se fait remarquer dans la chapelle du saint Suaire, parmi d’autres bons tableaux. Une chapelle voisine offre un saint Sébastien, l’un des chefs-d’œuvre de fra Bartoloméo. La Mort d’Ananie et de Saphire, par il Piombino, orne une autre chapelle ; ces chapelles sont petites, sur un seul côté de la nef, mais fort jolies et toutes de styles différents : deux beaux anges en marbre blanc décorent le maître-autel, construit en marbres italiens rares, et que couvre un superbe baldaquin. L’église a trois nefs, divisées par des colonnes ovales, bizarres mais élégantes ; les vitraux sont peints ; les fenêtres, fort petites, ne laissent pénétrer dans l’église qu’un jour mystérieux, qui ajoute à la majesté de l’édifice. La ville possède trois autres églises remarquables. – L’hôpital Saint-Jacques est un superbe établissement dont, sous les rapports, Besançon peut se glorifier. Un serrurier de Besançon en a ciselé la grille d’entrée, qui est très belle. Cet hôpital est vaste, propre, sain et bien administré : il contient 500 lits, distribués dans des salles qu’orne une multitude de vases remplis de fleurs. Un jardin d’un côté, de l’autre, un petit parc et un potager entourent l’hôpital. – L’Hôtel de la Préfecture occupe le bâtiment de l’ancienne intendance, édifice remarquable par ses grandes dimensions, comme par la noblesse de son style. – Le Collège royal, élevé par la ville, en 1697, est un bel édifice bien approprié à son usage : il peut recevoir 200 élèves. – Le Palais de justice, où siégeait jadis le parlement, offre une façade remarquable par son architecture. – L’ancien Hôtel Gronvelle fut construit dans le XIVe siècle, par le cardinal de ce nom : c’est un édifice spacieux et imposant, dont la façade a trois ordres d’architecture ; il est contigu à un préau semblable à ceux des cloîtres. – Le Théâtre est un bâtiment isolé de belle apparence, son frontispice est formé de six colonnes doriques ; l’intérieur de la salle est spacieux, bien décoré, d’une forme circulaire, mais la construction en est vicieuse, et les règles de l’acoustique y sont mal observées. – L’Arsenal est considérable et digne d’attention. – L’Hôtel-de-Ville est un ancien et grand édifice, mais noir, sale et fort laid ; sa façade forme, sans la décorer, un des côtés de la place Saint-Pierre, ainsi nommée à cause d’une église qui fait face à l’hôtel-de-ville. Cette place est carrée, propre et jolie, mais petite. – La grande Caserne se compose de plusieurs corps de bâtiments fort propres, formant les trois côtés d’une vaste cour. – La Bibliothèque publique renferme 50,000 volumes et nombre de manuscrits précieux. Le bâtiment est moderne et de bon style. Il contient aussi le Musée-Paris, ainsi appelé, du nom d’un architecte qui en a fait présent à sa ville natale. Ce musée se compose d’objets antiques, de tableaux, de livres et d’objets rares. – Le Musée d’histoire naturelle est encore peu nombreux ; mais il s’accroît rapidement. – Le Musée d’antiquités offre une grande quantité d’objets romains et du moyen-âge, dont la plupart proviennent de fouilles qui ont été faites dans la ville, à différentes époques. De tant de monuments romains qui ornèrent l’antique Vesuntio, il n’en existe plus qu’un, appelé la Porte-Noire, et est situé au pied de la cathédrale à laquelle il sert comme de portique. Ce fut un arc-de-triomphe de grandes dimensions et de beau style ; on ignore à qui il était dédié : on croit cependant que ce fut à un des bienfaiteurs de la ville, Aurélien, ou Crispus, fils de Constantin, qui affectionna Besançon, y passa une partie de sa jeunesse, et n’en partit que pour triompher des Germains. Après la mort de ce héros, victime de la passion dédaignée d’une belle-mère, Besançon prit son nom, et se nomma pendant quelque temps Crispopolis. L’arc-de-triomphe, bien qu’enclavé et très ruiné, conserve encore un air de majesté digne du peuple-roi. – La promenade Chamars, le Champ-de-Mars romain, était fort agréable ; mais elle a été détruite en partie, depuis quelques années, pour faire place à de nouvelles fortifications. Besançon manque de promenades intérieures, mais ses environs sont beaux et pittoresques ; les campagnes sont riantes et fécondes. La vallée du Doubs offre des points de vue enchanteurs.

                QUINGEY, sur la Loue, ch.-l. de cant., à 5 l. de Besançon. Pop. 801 hab. – Petite ville ancienne, située dans une vallée agréable et fertile ; elle fut jadis fortifiée et plus considérable qu’à présent ; mais elle a été plusieurs fois prise d’assaut et ravagée par des incendies. – Il reste quelques vestiges de ses hauts murs d’enceinte, de leurs tours et des trois portes d’entrée, ainsi que d’un château-fort où naquit Guy de Bourgogne, qui fut élu pape en 1115, sous le nom de Calixte II.

                BAUME-LES-DAMES, près du Doubs, ch.-l. d’arr., à 7 l. ½ N.-E. de Besançon. Pop. 2,467 hab. – Le nom de cette ville lui vient d’une ancienne et célèbre abbaye de Bénédictines, fondée vers le Ve siècle, et qui fut protégée par les rois de Bourgogne, dont l’un, Saint-Gontran, y fut enterré. Charlemagne et Louis-le-Débonnaire prodiguèrent les richesses à cette abbaye. Plusieurs fois ravagée, elle fut enfin détruite à la révolution. La ville elle-même a été souvent ruinée dans nos guerres civiles. C’est maintenant une de nos jolies petites villes, elle est située dans un bassin verdoyant, formé de collines parsemées de vignobles. – Le Doubs coule au bord de ce bassin, dans un lit profond et encaissé par d’âpres rochers. L’église paroissiale est grande et belle ; le chœur en est bien décoré. Son nouveau clocher, carré, a 50 mètres d’élévation. L’hôpital est un édifice spacieux et bien distribué. La ville est bien bâtie, contient nombre de jolies constructions, la plupart neuves, et est entourée de promenades charmantes.

                CLERVAL, sur le Doubs, ch.-l. de cant., à 3 l. de Baume-les Dames. Pop. 1,097 hab. – Clerval fut fondé par Othon, fils de l’empereur Barberousse ; Les seigneurs comtois le firent fortifier ; il commanda long-temps le cours du Doubs. Il ne lui reste rien de ses fortifications ; mais il a encore sur le Doubs un ancien pont en pierre plus solide que beau, et d’une construction remarquable pour l’époque où il fut bâti. Le bourg est propre et contient quelques jolies maisons, mais il est percé fort irrégulièrement.

                MONTBELIARD, sur l’Allan et la Luzine, ch.-l. d’arr., à 20 l. N.-E. de Besançon. Pop. 4,767 hab. C’était autrefois un comté qui appartint long-temps aux ducs de Bourgogne. En 1419, il passa à une des branches de la maison de Wurtemberg. La ville était alors peu importante. – En 1530, elle embrassa la réformation, s’accrut d’un grand nombre de protestants et s’enrichit de leur industrie. Son commerce, favorisé par la protection du souverain, et par une position favorable entre l’Alsace, la Franche-Comté et la Suisse, lui procura une importance et une prospérité qui décrut lorsque la ville devint française. Elle était entourée de fortes murailles que Louis XIV fit raser en 1677. – Montbéliard, situé dans une position avantageuse, mais bâti sur un terrain très bas, est exposé à des inondations fréquentes. Il est dominé par un vieux château, jadis résidence des comtes et autour duquel est un parc spacieux. – On remarque dans la ville le bâtiment des Halles, sur la place du marché, l’Hôtel-de-Ville, la Bibliothèque publique, riche de 10,000 volumes, et l’église de Saint-Martin, dont le plafond, de 26 mètres de longueur sur 16 mètres de largeur, n’est soutenu par aucune colonne.

                PONTARLIER, sur le Doubs, chef-lieu d’arr., à 10 l. S.-E. de Besançon. Pop. 4,707 hab. – Ville très ancienne et qui fut l’une des plus considérables de la ci-devant Franche-Comté ; on l’appelait, dans le pays, la clef de la France, à cause de sa situation dans le passage le plus commode, pour pénétrer de la Suisse en France. Ce passage commença à être fréquenté sous Auguste, et se parsema bientôt d’habitations. – Pontarlier fut souvent agrandi et porta successivement dix noms différents : Pons claverici, Pons alei, Pontalia, etc. – La ville, jusqu’au XIVe siècle, resta divisée en deux parties, dont l’une s’appelait Morieux, l’autre Pontarlier ; cette dernière seule subsiste encore. – Elle fut souvent ravagée par les incendies, à cause de l’emploi qu’on faisait de bois de sapin, dans la construction des bâtiments et des toitures, emploi qu’on a été enfin forcé d’abandonner. La ville moderne, agréablement située au milieu des montagnes du Jura, est régulièrement bâtie ; ses rues sont propres, bien percées et formées de maisons élégantes. – La ville et le passage sont protégés par le château de Joux, construit sur un rocher presque inaccessible. Ce château, susceptible d’une longue défense, est de l’apparence la plus pittoresque.

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DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.

                POLITIQUE. – Le département nomme 5 députés. Il est divisé en 5 arrondissements électoraux, dont les chefs-lieux sont : Besançon (ville et arr.), Baume, Saint-Hyppolite, Pontarlier.

                Le nombre des électeurs est de 1,019.

                ADMINISTRATIVE. – Le ch.-l. de la préfect. est Besançon.

  Le département se divise en 4 sous-préfect. ou arrond. comm.
    Cantons Communes Habitants
  Besançon 8 202 96,032
  Baume-les-Dames 7 187 64,884
  Montbéliard 7 161 55,642
  Pontarlier 5 89 48,977
  Total 27 639 265,535
         

                Service du trésor public. – 1 receveur général et 1 payeur (résidant à Besançon), 3 recev. particuliers, 5 percepteurs d’arrond.

                Contributions directes. – 1 directeur (à Besançon) et 1 inspect.

                Domaines et Enregistrement. – 1 directeur (à Besançon), 2 inspecteurs, 3 vérificateurs.

                Hypothèques. – 4 conservateurs dans les chefs-lieux d’arrondissements communaux.

                Douanes. – 1 Directeur (à Besançon).

                Contributions indirectes. – 1 directeur (à Besançon), 2 directeurs ‘arrondissement, 4 receveurs entreposeurs.

                Forêts. – Le département forme la 12e conserv. forestière, dont le chef-lieu est à Besançon. – 1 conserv. à Besançon ; 3 inspecteurs, à Besançon, Baume et Pontarlier.

                Ponts et chaussées. – Le département fait partie de la 4e inspection, dont le ch.-l. est Dijon. – Il y a 2 ingénieurs en chef en résidence à Besançon, dont l’un est chargé de la surveillance du canal du Rhône au Rhin (division du Sud).

                Mines. – Le dép. fait partie du 13e arrond. et de la 4e divis., dont le ch.-l. est à S.-Etienne. – 2 ingén. des mines résident à Clermont.

                Loterie. – Les bénéfices de l’administration (pour 1831 comparé à 1830) présentent, sur les mises effectuées dans le département, une diminution de 33,377 fr.

                Haras. – Besançon est le chef-lieu du 3e arrond. de concours pour les courses de chevaux. – Il y a à Pontarlier un dépôt royal où se trouvent 34 étalons.

                MILITAIRE. – Besançon est le quartier-général de la 6e division militaire, qui se compose des départements du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône. – Cette ville est la résidence de 1 lieutenant général commandant la division, 1 maréchal de camp commandant le département, 1 intendant militaire et 2 sous-intendants. – Le département renferme 4 places de guerre : Besançon, la citadelle de Besançon, le Fort-de-Joux et le Château-de-Blamont. – Le dépôt de recrutement est à Besançon. – La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 21e légion, dont le ch.-lieu est à Besançon, et qui comprend les compagnies départementales du Doubs, de la Haute-Saône, du Jura et de l’Ain. – Il y a à Besançon 1 direction du génie, – 1 direction d’artillerie, – 1 école d’artillerie commandée par un maréchal de camp, – 1 raffinerie de salpêtre, et 2 compagnies de fusiliers de discipline.

                JUDICIAIRE. – La cour royale de Besançon comprend dans son ressort les tribunaux du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône. – Il y a dans le département 4 tribunaux de 1re instance, à Besançon, Baume, Montbéliard et Pontarlier, et 1 tribunal de commerce à Besançon. – Il y a à Bellevaux (Besançon) une maison de correction et de refuge pouvant contenir 400 individus.

                RELIGIEUSE.Culte catholique. – Le département possède un archevêché érigé sur la fin du 2e siècle, dont le siège est à Besançon, et qui a pour suffragants les évêchés de Strasbourg, Metz, Verdun, Belley, Saint-Dié, Nancy. – Le département forme l’arrondiss. du diocèse de Besançon. – Il y a dans le département, – à Besançon : un séminaire diocésain qui compte 53 séminaristes internes et 208 théologiens externes ; la section du séminaire pour la philosophie compte 65 élèves ; – à Ornans, une école secondaire ecclésiastique. – Le département renferme 3 cures de 1re classe, 24 de 2e, 355 succursales et 33 vicariats. – Il y existe environ 130 congrégations religieuses pour l’éducation des enfants et le soin des pauvres dans les campagnes ; – 18 frères de la doctrine chrétienne, chez lesquels 1,050 enfants sont élevés gratuitement (à Besançon et à Ornans) ; 155 sœurs de charité ; – 114 id. de la Sainte-Famille ; – 2 écoles de sourds-et-muets et de sourdes-et-muettes (à Besançon), qui comptent 53 élèves ; – 73 hospitalières dans 12 hôpitaux, par lesquelles 10,323 pauvres et malades sont secourus, en outre 4.755 enfants sont élevés gratuitement, et 5,040 en payant. – Il y existe encore plusieurs autres congrégations religieuses, 3 dépôts de mendicité et 1 pensionnat tenu par les dames du Sacré-Cœur, et qui compte 50 élèves.

Culte protestant. – L’église consistoriale de Besançon est desservie par 2 pasteurs. – Le département renferme une société biblique, une société des missions évangéliques, une société des traités religieux et 3 écoles protestantes.

Culte ménonite. – Les ménonites ou anabaptistes, sont établis dans l’ancien comté de Montbéliard depuis le commencement du XVIIIe siècle ; Ils y avaient été appelés par le souverain pour diriger et améliorer la culture de ses domaines. Ils forment une congrégation nombreuse. Ils célèbrent leur culte dans une maison qu’ils ont louée à Montbéliard. Les prières s’y font en langue allemande ; les ministres n’ont point de costume particulier ; ils portent, ainsi que tous les hommes, la barbe longue et les habits sans boutons ; les femmes sont vêtues d’étoffes noires ou de couleurs foncées ; les deux sexes se distinguent en général par des mœurs sévères. – La population de cette communion augmente chaque année, quoique depuis quelques temps beaucoup d’entre eux aient émigré aux Etats-Unis.

Nota. La religion catholique est professée par la presque généralité des habitants du Doubs. Sur la masse, on peut évaluer le nombre des catholiques à 240,507 ; les diverses communions protestantes comptent environ 24,000 membres, les anabaptistes 560 et les israélites 468.

               UNIVERSITAIRE. – Le département possède une Académie de l’université, dont le chef-lieu est à Besançon, et qui comprend dans son ressort le Doubs, le Jura et la Haute-Saône.

Instruction publique. – Il y a dans le département : – à Besançon, une faculté des lettres ; – une école secondaire de médecine ; – un collège royal de 2e classe qui compte 247 élèves ; – et 3 collèges : à Baume, à Montbéliard, à Pontarlier – (1 école normale primaire est projetée à Besançon). – 1 école modèle primaire à Besançon. – Le nombre des écoles primaires du département est de 530, qui sont fréquentées par 20,584 garçons et 14,365 filles. – Les communes privées d’écoles sont au nombre de 175.

               SOCIETES SAVANTES, etc. – Le département possède, – à Besançon : un Lycée, une Académie royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts ; une Société d’Agriculture et des Arts ; un Cabinet d’Histoire naturelle ; un Musée d’Antiquités et d’Objets d’arts. – Il existe dans cette ville des Cours gratuits de mathématiques, de chimie, de physique, de musique, etc., et une Ecole gratuite de Dessin et de Sculpture pour 120 élèves.

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POPULATION.

                D’après le dernier recensement officiel, elle est de 265,535 hab. et fournit annuellement à l’armée 693 jeunes soldats.

                Le mouvement en 1830 a été de,

  Mariages 1,765        
  Naissances Masculins. Féminins.      
    Enfants légitimes. 3,821 3,473 )    
    Enfants naturels 264 267 ) Total 7,825
  Décès 3,031 3,131   Total 6,162
*
 
 
 
 
 

GARDE NATIONALE.

 

Le nombre des citoyens inscrits est de 51,041 ;
               Dont : 7,994       contrôle de réserve
  43,047      contrôle de service ordinaire.
             Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit :
  41,431      infanterie.
  251      cavalerie.
  1,116      sapeurs-pompiers.
     

             On en compte : armée, 14,431 ; équipés, 6,195 ; habillés, 16,104. 19,430 sont susceptibles d’être mobilisés.

             Ainsi, sur 1,000 individus de la population générale, 190 sont inscrits au registre matricule, et 73 dans ce nombre sont mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 84 sont soumis au service ordinaire, et 16 appartiennent à la réserve.

             Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 13,013 fusils, 501 mousquetons, 13 canons et un assez grand nombre de pistolets, sabres, etc.

IMPOTS ET RECETTES.

             Le département a payé à l’Etat (1831) :

Contributions directes  2,810,423 f. 85 c.  
Enregistrement, timbre et domaines  1,225,905 f. 71 c.  
Douanes et sels  324,025 f. 11 c.  
Boissons, droits divers, tabacs et poudres  1,719,189 f. 80 c.  
Postes  263,814 f. 86 c.  
Produits des coupes de bois  345,033 f. 13 c.  
Loterie  41,182 f. 99 c.  
Produits divers  133,121 f. 59 c.  
Ressources extraordinaires  748,497 f. 36 c.  
Total 7,610,693 f. 81 c.  
     
Il a reçu du trésor 13,203,463 f. 79 c., dans lesquels figurent :
La dette publique et les dotations, pour  1,286,484 f. 73 c.  
Les dépenses du ministère de la justice  228,652,f. 70 c.  
      de l’instruction publique et des cultes  472,281 f. 70 c.  
      de l’intérieur  808 f. 95 c.  
      du commerce et des travaux publics  1,661,659 f. 04 c.  
      de la guerre  7,681,758 f. 85 c.  
      de la marine  325 f. 50 c.  
      des finances  125,877 f. 94 c.  
Les frais de régie et de perception des impôts  1,509,219 f. 83 c.  
Remboursem., restitut., non-valeurs et primes  286,395 f. 55 c.  
Total  13,203,463 f. 79 c.  
     

             Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant, à peu de variations près, le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département, favorisé par sa situation frontière, reçoit de l’Etat 5,592,770 fr. de plus qu’il ne paie. – Cette somme provient des dépenses du ministère de la guerre.

DEPENSES DEPARTEMENTALES.

Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de   30,720 f. 00 c.
Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à    64,531 f. 33 c.
Les dépenses des cours et tribunaux sont de    195,857 f. 57 c.
Les frais de justice avancés par l’Etat de    30,111 f. 40 c.
     
Elles s’élèvent (1831) à    358,216 fr. 70 cent.
SAVOIR : Dép. fixes : traitements, abonnem., etc.   81,558 f. 57 c.
Dép. variables : loyers, réparations, encouragements, secours, etc.   276,658 f. 13 c
Dans cette dernière somme figurent pour    
    55,550 f. les prisons départementales,
    30,000 f. les enfants trouvés.
Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de   30,720 f. 00 c.
Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à    64,531 f. 33 c.
Les dépenses des cours et tribunaux sont de    195,857 f. 57 c.
Les frais de justice avancés par l’Etat de    30,111 f. 40 c.
     

INDUSTRIE AGRICOLE.

             Sur une superficie de 519,223 hectares, le départ. en compte :

                                150,000            mis en culture

                                  77,000            prairies

                                124,981            forêts

                                    8,500            vignes

                                  96,000            landes et vaines pâtures

                                    7,600            marais, étangs, lacs, etc.

             Le revenu territorial est évalué à 13,000,000 francs.

             Le département renferme environ 30,000 chevaux, 800 ânes, 150 mulets, 130,000 bêtes à cornes (race bovine), 12,000 chèvres, 30,000 porcs, 100,000 moutons.

             Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 150.000 kilogrammes.

             Le produit annuel du sol est d’environ

             En céréales et parmentières               773,000     hectolitres

             En avoines                                                  500,000     hectolitres

             En vins                                                        147,000     hectolitres

             En bière                                                         10,000     hectolitres

             En fromages                                            2,500,000     kil.

             Le département ne produit pas la quantité de céréales nécessaires à sa consommation. – Les vins qu’on y récolte sont légers et peu spiritueux. – L’agriculture y est encore fort arriérée. – L’usage des jachères y est en vigueur, et chaque année près du tiers des terres propres à la culture restent improductives. – Les prairies sont nombreuses ; il y a pour elles un système d’irrigation bien entendu dans l’arrondissement de Montbéliard. – Les arbres fruitiers sont multipliés dans les plaines et donnent de bons fruits. – On cultive le lin et le chanvre pour les besoins de la consommation locale, et quelques planes oléagineuses, telles que la navette, le colza et le gros pavot. – On fait aussi de l’huile avec les noix et les faines du hêtre.

             L’élève des chevaux, l’engrais des porcs et des bêtes à cornes offrent une ressource lucrative aux habitants des campagnes.

             FROMAGERIE. – La fabrication des fromages (façon Gruyère) est une des branches intéressantes de l’industrie agricole du département. Les meilleurs fromages et les beurres de qualités supérieures sont ceux fabriqués dans l’arrondissement de Pontarlier. – On nomme fruitières, dans le pays, les fabriques de fromages ; on en distingue de deux sortes : les grosses granges, appartenant à des propriétaires particuliers qui y tiennent 40 à 60 vaches, où l’on fait 7 à 8 milliers de fromages dans l’été, et les fruitières d’association, dans les villages, où certain nombre de cultivateurs se réunissent pour mettre en commun le lait des vaches de leurs étables, et faire du fromage chacun en proportion du lait qu’il fournit. Dans un grand nombre de communes on loue une maison à frais communs pour la fabrication du fromage ; dans d’autres, e surtout dans la moyenne montagne, chaque sociétaire fabrique le formage à son tour. Les associés prennent presque toujours un grurin ou fromager à leurs gages, et celui-ci se charge de la réception du lait et de toutes les opérations de la fruitière. – Il reçoit le lait des associés deux fois par jour, et marque les quantités reçues sur une taille double, particulière à chacun d’eux. La quantité de lait varie suivant la saison plus ou moins favorable ; les pluies, les froids, la sècheresse et la qualité des herbes et des fourrages influent tellement sur le bétail, que d’une année à une autre les produits sont très différents avec la même quantité de vaches. – Ce n’est que vers la fin d’avril que les fruitières d’association commencent à entrer en activité, et c’est un mois, six semaines plus tard ; que les propriétaires des fruitières particulières conduisent leurs vaches dans les chalets des montagnes. – Le nombre des fruitières dépasse 600, il y en a dans toutes les communes un peu populeuses. – On évalue leur produit moyen annuel à 2,500,000 kil. de fromages, d’une valeur de 1,650,000 fr., et à 260,000 kil. de beurre, valant 260,000 fr.

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INDUSTRIE COMMERCIALE.

             Le département est plus agricole que manufacturier, néanmoins depuis quelques années, l’industrie y a fait de grands progrès. – Son commerce consiste principalement dans la vente et l’exportation de ses fers formés, fils-de-fer, tôles laminées, fers noirs, fers-blancs, fonte de fer, etc. ; dans l’exportation des nombreux produits de son horlogerie, de ses bonneteries, de ses filatures de coton, et des produits annuels et toujours croissants de ses fromageries ; dans la vente des jeunes sujets de la race chevaline comtoise, et des bœufs gras élevés dans les montagnes ; dans celle des cuirs tannés, de longues pièces de bois de sapin, propres aux constructions, et enfin dans l’exportation de quelques excédants de ses produits territoriaux.

             L’importation fournit à la consommation, outre les denrées coloniales, des blés, des vins et des eaux-de-vie du midi de la France, de la houille, des cuivres, des aciers, de la garance, du riz, de l ‘huile, de la marée, des cuirs verts, des farines, des draps en laine, de la chapellerie, des toiles, cotonnes, mousselines, épiceries, drogueries, etc. Besançon est le point central du commerce départemental, cette ville deviendra dans peu d’années, par le mouvement du canal du Rhône au Rhin, une des importantes places commerciales de France.

             HORLOGERIE. – L’horlogerie est la branche importante de l’industrie de Besançon, elle occupe 2,000 ouvriers, presque tous travaillant isolément, pour des établisseurs en grand, ou pour des comptoirs d’horlogerie. – La manufacture de cette ville est encore loin d’avoir atteint le degré de prospérité qu’elle est susceptible d’acquérir : elle n’en est pas encore arrivée à pouvoir contrebalancer les fabriques étrangères, et à délivrer la France du tribut qu’elle leur paie. Elle fait cependant des envois considérables en Amérique, en Afrique, et jusque dans la Chine. – Les montres envoyées en Chine, sont placées ensemble deux par deux, dans des écrins ou étuis élégants ; un chinois achète toujours les deux montres ainsi disposées, et porte avec lui l’écrin qui les renferme. Les fabriques de Besançon livrent annuellement au commerce 60,000 montres ; – Les autres fabriques du département disséminées dans six localités différentes, produisent 4,000 montres finies, 60,000 ébauches de montres, 15,000 mouvements de pendules, 2,000 petites pièces, et 80,000 outils d’horlogerie.

             FER. – Les usines qui, dans le département, au nombre de 20, s’occupent de la fonte et de la fabrication du fer, produisent annuellement 1,700,000 kil. de fonte ; 7,030,000 kil de fer, 2,400,00 kil. de fil-de-fer, 150,000 kil. de pointes, 640,000 kil. de tôle, et 30,000 caisses de fer-blanc. – Les plus importantes sont celles de Beure, de Lods, de Chatillon et d’Audincourt. Cette dernière, une des plus belles de France, produit à elle seule 5,000,000 kil. de fer coulé et forgé, indépendamment de la tôle e des caisses de fer-blanc qu’elle fabrique. – On remarque à Besançon la fabrique de barres de fer rond, creux et vernissé, de MM. Gandillot et Roy, dont les produits ont tant d’applications utiles pour meubles, croisées, rampes d’escaliers, bancs de jardins, échelles, etc.

             ACIER. – Les fabriques d’acier au nombre de 9, produisent annuellement 120,000 lames de scie, 5,000 buses, et 39,500 faulx.

             CUIVRE. – 6 établissements où l’on travaille le cuivre, livrent au commerce 3,000 peignes, 70,000 kil. de cuivre en planches, 25,000 kil. en cilindres, pour la fabrication des toiles, et 16,000 kil. d’alliage pour les cloches et les pompes à incendies.

             PAPETERIES. – Elles sont au nombre de 7, mais ne produisent annuellement que 33,500 rames de papier de toutes sortes.

             TANNERIES. – Les tanneries sont multipliées : on en compte 85 qui livrent annuellement au commerce, 48,000 cuirs préparés.

             DISTILLERIES. – Les fabriques d’absinthe en produisent plus de 100,000 litres, et les fabriques d’eau de cerises plus de 70 hectol.

             Les autres établissements industriels sont des filatures et des fabriques de tissus, des fabriques de fleurs artificielles ; des chapelleries, des faïenceries, des huileries, des brasseries, etc. – La fabrique d’eaux de Seltz factices, (de Besançon), en confectionne annuellement 600,000 bouteilles.

             RECOMPENSES INDUSTRIELLES. – A la dernière exposition des produits de l’industrie (1827), le département a obtenu 2 MEDAILLES D’ARGENT, dont l’une a été accordée à MM. Mouret de Barterans et de Velloreille (de Chenecey), pour fils-de-fer, fils-d’acier et fils-de-laiton, et l’autre, à MM. Peugeot frères, Calame et Salins (d’Herimoncourt), pour scies, buses et ressorts d’acier. – 7 MEDAILLES DE BRONZE, à MM. Mathey frères et Guénard (de Moncey), pour fer en barres ; Billod (de la Ferrière-sous-Jougue), Nicod (de Fin-des-Gras), Bobillière (de la Grand’Combe), Baverel et fils (de la Ferrière-sous-Jougue), pour faulx ; Peugeot frères, Calame et Salins (d’Herimoncourt), pour outils divers ; Perron (de Besançon), pour un mouvement de chronomètre à répétition, avec échappement libre de pierre dure. – Enfin, 3 MENTIONS HONORABLES, à MM ; Michon frères, pour calicots exécutés dans la maison de détention de Clairvaux ; Detrey père (de Besançon), pour bonneterie en fil et en soie ; Mouret de Barterans et de Velloreille (de Chenecey), pour barreaux d’acier, propre à l’étirage.

             DOUANES. – La direction de Besançon a 4 bureaux principaux, dont 3 seulement sont situés dans le département.

             Les bureaux du département ont produit en 1831 :

    Douanes, et timbre Sels Total
  Montbéliard 31,418 f. 691 f. 32,110 f.
  Morteau 19,536 f. 211 f. 19,747 f.
  Pontarlier 272,050 f. 116 f. 272,167 f.
  Total. Produit des douanes dans le départ. 324,024 f.
         

             FOIRES. – Le nombre des foires du département est de 299. – Elles se tiennent dans 71 communes, dont 21 chefs-lieux, et durant quelques-unes 2 à 8 jours, remplissent 311 journées.

             Les foires mobiles, au nombre de 61, occupent 69 journées. – Il y a 18 foires mensaires, 568 communes sont privées de foires.

             Les articles de commerce sont les bestiaux, les cuirs, les beurres, les fromages, les planches, le merrain, les fers, les instruments, d’agriculture, la mercerie, la quincaillerie, la chapellerie, etc.

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BIBLIOGRAPHIE.

             La Franche-Comté ancienne et moderne ; in-8. Paris, 1779. – Itinéraire de la Franche-Comté ; in-8. Besançon, 1789. – Soirées alsaciennes et franc-comtoises, par Leray de Marnesia ; in-8. Besançon, 1790. – Mémoires statist du Doubs, par Jean de Bry, préfet ; in-fol. Paris, an XII (1804). – Almanach ou annuaire stat. du Doubs ; in-12. Besançon, 1804. – Statistique du dép. du Doubs, par Peuchet et Chanlaire ; in-4. Paris, 1809. – Histoire naturelle du dép. du Doubs, par Girod Chartrans ; 2 vol. in-8. – Album du dessinateur franc-comtois ; in-4. Dôle, 1827. – Souvenirs histor. et pittor. de Montbéliard ; petit in-fol. Montbéliard, 1827. –  Les routes de France, par Baccarat. – Route de Paris à Besançon ; in-8. Paris, 1828 . – Annuaire stat. et historiq. du dép. du Doubs, par A. Laurens ; in-12, Besançon, 1812 à 1834 (excellent ouvrage). – Mémoires et rapports de la Société d’Agriculture et des Arts de Besançon ; in-8. Besançon, 1826 à 1832. – Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, par Charles Nodier, Taylor et de Cailleux ; 3e volume : Franche-Comté ; grand in-fol. Paris, 1829-30.

A. HUGO.

On souscrit chez DELLOYE,Editeur, place de la Bourse, rue des Filles – Saint-Thomas, 12

Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Comp., rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

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France Pittoresque – 1835 : Doubs (1)

Département du Doubs. ( Ci-devant Franche-Comté)

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ANTIQUITES.
CARACTERES, MŒURS, ETC.
LANGAGE.
NOTES BIOGRAPHIQUES.
TOPOGRAPHIE.
METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

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HISTOIRE.

Le territoire qui forme aujourd’hui le département du Doubs était la principale partie du pays des Séquaniens (Sequani), peuples puissants dans les Gaules, qui sont compris par César dans la Gaule celtique. Auguste détacha la Séquanie de la Gaule celtique pour la comprendre, en l’agrandissant, dans la Gaule Belgique ; elle reçut alors des géographes le nom de Maxima (provincia) Sequanorum. – Les Bourguignons s’en emparèrent sous le règne d’Honorius et l’unirent en 450 au royaume qu’ils fondèrent et dont Clovis fit plus tard la conquête. – Sous le règne d’une partie des rois de la première et de la deuxième race, elle resta réunie à la couronne. – Plus tard, par usurpations, conquêtes, mariages, successions, la Franche-Comté, dont Vesuntio (Besançon) était la capitale, se trouva faire partie des possessions des ducs de Bourgogne, et fut incorporée aux immenses domaines de Charles-Quint, qui la comprit dans un dixième cercle de l’empire, créé sous le nom de Cercle de Bourgogne. – Elle resta dans la possession des rois d’Espagne de la maison d’Autriche jusqu’en 1660 que Louis XIV s’en empara, sous prétexte des droits de la reine Marie-Thérèse d’Autriche sa femme. – Rendue à l’Espagne la même année par la paix d’Aix-la-Chapelle, elle fut conquise une seconde fois en 1674 et cédée par la paix de Nimègue, en 1678, à la France, dont elle n’a point cessé de faire partie depuis cette époque. – Lors de la division départementale en 1790, la Franche-Comté a formé trois départements, le Doubs, le Jura et la Haute-Saône.

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ANTIQUITES.

Les principales antiquités romaines du département existent à Besançon, l’antique Vesuntio. – Nous parlerons de la seule et la plus remarquable qui existe (l’Arc triomphal dit la Porte noire) à l’article consacré à cette ville. – Les autres antiquités, dont il ne reste plus que des fragments enfouis sous les terres ou recueillis dans le Musée départemental, sont les restes de bains, des aqueducs, des statues, des ustensiles, des vases, des médailles, etc. – En 1820 on a découvert à Mandeure les ruines d’un théâtre romain. – L’aqueduc d’Arcier présente encore des parties assez bien conservées.

On voit dans le département les ruines d’un grand nombre de châteaux du moyen-âge qui couronnaient toutes les sommités isolées ou susceptibles d’être fortifiées. – Le château de Torpe, situé dans la vallée du Doubs et dans le voisinage d’un ancien château-fort, a appartenu au marquis du Châtelet, dont la femme, la belle Emilie, est plus célèbre par l’affection que Saint-Lambert et Voltaire ont eue pour elle que par ses connaissances mathématiques.

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CARACTERES, MŒURS, ETC.

Une fermeté tenace, de la froideur, un jugement solide, beaucoup de réserve et de circonspection, de la fidélité dans les affections et dans les opinions paraissent être les qualités dominantes des habitants du Doubs. Ils sont naturellement sérieux et peu enthousiastes, plutôt portés à la méditation et à l’étude des sciences exactes qu’aux créations brillantes d’une vive imagination. Ils ont du goût pour le métier des armes et sont naturellement aptes à supporter les fatigues de la guerre et braves sur le champ de bataille ; ils se sont distingués dans les longues guerres de la révolution et de l’empire. – Dans tous les temps les qualités particulières au caractère national ont aussi rendu les Francs-Comtois propres aux fonctions de la magistrature et aux négociations diplomatiques.

Les habitants du Doubs sont religieux, mais exempts de préjugés et d’intolérances ; laborieux et économes, mais charitables et hospitaliers ; peu faciles à se laisser persuader, mais opiniâtres dans leurs convictions. – Les mœurs sont simples et austères, les familles généralement unies et les populations tranquilles et calmes.

Pour ajouter quelques détails à ces données générales sur le caractère de la population, nous signalerons les différences qui existent entre les habitants de la montagne et ceux de la plaine. Les premiers sont d’une haute stature, d’une constitution saine et robuste ; leur nourriture habituelle consiste en pain d’avoine mêlée d’orge et de blé, en légumes, en lait et en fromages maigres ; deux fois par semaine ils mangent du lard ; ils ne boivent presque jamais de vin ; ils sont sobres et économes, d’un caractère généralement doux, officieux et hospitaliers, religieux observateurs de leur parole ; assez généralement peu instruits et crédules, quoique doués d’une grande mobilité d’imagination. On cite particulièrement les habitants du Val-du-Sauguet pour la vivacité de leur esprit. Ils ont peu d’instruction, mais la cause en est dans leur isolement et leur situation au milieu des bois et des montagnes, où ils restent pendant six mois presque ensevelis sous les neiges.

Leurs vêtements, de forme simple et qui n’offre rien de remarquable, sont faits d’étoffes du pays, espèce de droguet fabriquée avec la laine, le chanvre et le lin qu’ils récoltent ; ces vêtements sont gris ou bruns pour les hommes, et de couleurs variées, à rayures fort larges pour les femmes.

Les habitants de la plaine sont moins robustes que ceux de la montagne. Leur nourriture est meilleure et plus substantielle ; le pain de froment et de seigle en est la base. Ils sont beaucoup moins sobres que les montagnards et boivent souvent du vin ; on les accuse d’être aussi moins portés à rendre service et d’avoir l’esprit moins vif et moins intelligent.

Enfin, pour terminer, nous ferons connaître une population exceptionnelle par son caractère, ses mœurs et son goût pour la mendicité ou plutôt pour l’escroquerie. Voici ce qu’écrivait il y a vingt-cinq ans le préfet du Doubs, Jean de Bry : « Il existe parmi les habitants des communes de Silley et de Bretigny un esprit de mendicité particulier et si bien établi, que tous les efforts faits jusqu’ici pour le détruire ont éé impuissants. Ces individus ne mendient point dans le pays ; ils jouissent de la réputation de gens paisibles, tranquilles, incapable d’attenter à la sûreté des personnes et des propriétés de leurs voisins ; mais ils ont la manie d’aller parcourir les départements éloignés, même les pays étrangers, munis de certificats ou de passe-ports qu’ils ont l’art de se procurer ; l’un sous le titre de comte ou de marquis ruiné par l’effet de la révolution ; l’autre, sous celui de négociant accablé sous le poids des vols qu’on lui a faits, ou des banqueroutes qu’il a essuyées ; un troisième, comme victime d’une épizootie, d’une inondation, d’un incendie, ou de quelque autre accident propre à exciter la commisération ou la générosité.

Plusieurs possèdent divers idiomes, et prennent chez les frippiers des habits analogues au rôle qu’ils se proposent de jouer ; ils sont au courant de tous les événements désastreux dont les papiers publics font mention et se hâtent de se munir de tout ce qu’il faut pour persuader que cela les regarde. – Leurs courses sont désignées sous le nom de Tunes ; ce qu’ils en rapportent est scrupuleusement employé à payer les dettes qu’ils ont contractées, soit pour contributions ou charges locales, soit pour l’entretien de leurs familles. Un affidé dans la commune leur fait les avances, reçoit leurs lettres de change ou le numéraire qu’ils rapportent eux-mêmes, et leur fait leur compte, sans qu’il y ait d’exemple de la moindre infidélité. – A les entendre, ils ont des parents partout ; et le prétexte le plus ordinaire qu’ils emploient pour obtenir des passe-ports, est d’aller régler des affaires de famille. – Cette fureur vagabonde de voyager est très ancienne : les intendants avaient ordonné que chaque semaine on ferait l’appel nominal dans la commune, et que ceux qui ne se présenteraient pas seraient punis ; mais la force de l’habitude l’a toujours emporté sur les mesures de répression. ». – Nous manquons de renseignements pour dire si l’effet de nos lois modernes et l’action de nos administrations nouvelles ont été plus efficaces que les efforts des anciens administrateurs. On ne détruit pas facilement des habitudes de plusieurs siècles.

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LANGAGE.

            On parle français dans les villes, avec un accent lourd, une prononciation lente et traînante ; la plupart des habitants y mêlent des locutions vicieuses, des tournures de phrases étrangères qui viennent sans doute de l’usage du patois local.

                Ce patois, qu’emploient tous les habitants des campagnes, est, à ce que prétend M. Fallot de Montbéliard et d’autres érudits, dérivé de cette ancienne langue gauloise usitée dans le pays long-temps avant la conquête romaine, et qui aurait enrichi la langue latine d’un assez grand nombre d’expressions au lieu d’en recevoir, comme on le croit communément, des règles et un vocabulaire ; (Voyez l’article langage, départ. de la Meurthe, t. II, p. 243.)

                La façon de parler ce patois dans les divers cantons présente quelques nuances remarquables. Dans la haute montagne, la prononciation est plus légère, plus accentuée, le langage a plus de grâce. Dans la plaine, la prononciation est traînante, il y a quelques variantes dans la terminaison des mots. Autour de Besançon, pays de vignerons, le patois a un accent brusque, qui convient à la manière franche et décidée avec laquelle cette classe d’habitants s’exprime sur toute chose.

                Voici, afin de donner une idée du patois de Montbéliard, une chansonnette de nourrice pour endormir les enfants :

  Forre, forre mon tchouva Ferre, ferre mon cheval
  Pou demain ollai ai lai sa ; Pour demain aller au sel ;
  Forre, forre mon roncin Ferre, ferre mon poulain
  Pou demain ollai à vin ; Pour demain aller au vin ;
  Lou pa, lou trot, lou garop Le pas, le trot, le galop.

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                Nous citons cette chanson, toute puérile qu’elle puisse paraître, parce qu’elle est connue et répétée en Lorraine et dans les Vosges, comme dans les départements de la Franche-Comté.

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NOTES BIOGRAPHIQUES.

                Parmi les hommes distingués que le département a produits antérieurement à l’époque contemporaine, on cite le célèbre cardinal De Granvelle, habile négociateur ; l’historien Millot ; le jésuite Nonotte, plus fameux par les attaques de Voltaire que par son érudition véritable ; Tissot, médecin instruit dont les ouvrages ont popularisé la connaissance des principes généraux d’hygiène et de médecine domestique ; le mathématicien Trincano, etc.

                Plus près de nous, on remarque le député Toulongeon, historien impartial de la Révolution ; le prince de Montbarey ; l’académicien Suard, etc.

                Notre époque fournit l’illustre naturaliste Cuvier, dont le frère soutient dignement le nom ; le ministre Courvoisier ; le savant ingénieur Dutemps ; le mathématicien Pouillet ; l’architecte Paris ; le grammairien Lemare ; le jurisconsulte Dalloz ; l’académicien Droz ; le tragédien P. Victor ; le savant bibliophile Weiss ; l’auteur des excellents Annuaires statistiq. du dép. du Doubs, A. Laurens ; l’auteur de Recherches intéressantes sur le patois de la Lorraine, de la Franche-Comté et de l’Alsace, Fallot de Montbéliard ; le professeur de philosophie Th. Jouffroy ; L’Owen français, Ch Fourrier, inventeur du  Phalansière ; une dame distinguée par ses talents littéraires, madame De Tercy ; une vénérable religieuse, célèbre par son dévouement pour l’humanité souffrante et par les soins qu’elle a donnés aux militaires blessés, la sœur Marthe ; le musicien compositeur Duvernoy ; un des grands écrivains de notre temps, Charles Nodier ; deux jeunes peintres qui ont fait preuve de talent, Lancrenon et Gigouk, etc. – Mon frère Victor appartient aussi au département, il est né à Besançon.

                Enfin, le département, entre autres militaires qui se sont fait remarquer dans nos dernières guerres, a produit les généraux Donzelot, Michaud, Morand, Pajol, Pernet, Sicard, etc. et le maréchal Moncey.

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TOPOGRAPHIE.

                Le département du Doubs est un département frontière, région de l’ouest, formé de l’ancien comté de Montbéliard et d’une partie de la Franche-Comté. – Il est borné au nord par les départements de la Haute-Saône et du Haut-Rhin, à l’est par la Suisse et par la principauté de Neuchâtel, au sud par la Suisse et par le département du Jura, et à l’ouest par la Haute-Saône. – Il tire son nom de la principale rivière qui l’arrose et qui y a sa source. – Sa superficie est de 519,223 arpents métriques.

                MONTAGNES. – Le département est traversé par quatre des chaînes du Jura disposées en lignes parallèles à la chaîne des Alpes et dont la dégradation successive va de l’est à l’ouest. – Il renferme un grand nombre de montagnes dont la hauteur dans la chaîne la plus élevée et la plus voisine de la Suisse varie depuis 1,224 mètres (Mont-de-Scey) jusqu’à 1,610 mètres (Mont-Suchet), point culminant de cette ligne. – La seconde chaîne située sur la rive gauche du Doubs est moins élevée de 2 à 300 mètres ; son point culminant (le Mont-Champvent) a 1,232 mètres. – La troisième chaîne baisse encore. Ses points les plus hauts (la Côte de Vennes et les Miroirs) n’ont que 996 mètres d’élévation. – Enfin, la quatrième chaîne, plus basse encore, offre deux points culminants (le Mont-Poupet et la Roche-d’Or) hauts seulement de 872 mètres. – On remarque dans un grand nombre de lieux que les couches superposées des montagnes et des rochers ont souvent une inclinaison considérable vers l’horizon, et que quelques-uns, comme les masses de rochers de la citadelle de Besançon, près l’avancée de Tarragnoz et le Porte-Taillée, ont la forme d’un arc de cercle, et présentent des cintres et des voussures. Il en existe même, près de la source de la Loue et près la source du Verneau, à Nans, qui sont disposées en chevrons, forme singulière et qui est extrêmement rare. – Les montagnes du Doubs sont toutes de nature calcaire, de première, deuxième et troisième formation et mélangées de quelques lits intermédiaires d’argile, de schiste alumineux et de marne. – Elles présentent un grand nombre de curiosités naturelles et d’aspects pittoresques. – Elles sont percées de vastes cavités, et offrent à leur superficie de profonds entonnoirs, gueules béantes de Siphons souterrains. On y trouve des glacières naturelles et de grandes cavernes à ossements.

                SOL. – Les différents degrés d’élévation des chaînes qui sillonnent le département, le divisent en trois régions agricoles très distinctes, variées par leurs températures comme par leurs produits et qu’on désigne communément par les noms de Plaine, de Moyenne, et de Haute-Montagne. Les plateaux de la Moyenne-Montagne sont à plus de 300 mètres au-dessus du niveau de la Plaine, et à plus de 400 mètres au-dessous des vallons de la Haute-Montagne. – La contrée des Hautes-Montagnes coupée par de vastes forêts de sapins est couverte de glaces et de neiges pendant six mois de l’année. Les terres y sont généralement impropres à la culture des céréales, mais on y trouve dans la belle saison et sous les expositions du midi d’excellents pâturages pour les troupeaux. – La Moyenne-Montagne, où l’on remarque de belles vallées et des plaines assez étendues, souffre la culture du froment ; quelques vignobles même occupent ses expositions méridionales. Les forêts qui couvrent les montagnes sont généralement peuplées de chênes et de hêtres. – La plaine est la partie la plus fertile du département, toutes les céréales y prospèrent, et les coteaux y sont couverts de vignobles qui produisent des vins assez estimés.

                FORETS. – Malgré de nombreux défrichements le département possède encore de belles forêts, dont la superficie est de 120,981 hectares, essence de sapins, de hêtres, de charmes et de chênes. 6 Le département du Doubs est du petit nombre de ceux où l’on s’occupe des reboisements.

                MARAIS. – Quoique le sol montagneux du département paraisse disposé de manière à ne conserver que peu d’eaux stagnantes, on y compte cependant six marais assez considérables. Le plus étendu  est celui de Saône, dont la surface est de 6,718,543 mètres carrés ; il pourrait être rendu à la culture par des travaux d’une exécution facile.

                ETANGS. – Les étangs, tous de peu d’étendue et formés par des ruisseaux traversant quelques prairies basses, sont au nombre d’environ quinze à vingt. Ceux qui existaient à Allenjoie, Etupes, Rainans et autres villages des cantons de Montbéliard et d’Andincourt, ont été successivement desséchés aux XVIIe et XVIIIe siècles, et convertis en prairies fertiles.

                LACS. – On compte dans le département quatre lacs principaux et beaucoup d’autres secondaires. Ces lacs sont situés dans les vallées qui séparent les deux chaînes les plus élevées du Jura. – Le lac de Remoray, dont la surface est d’environ 1 kilomètre 7/10 carrés, est le plus élevé ; il s’écoule dans le Doubs. – Le lac de Saint-Point offre une belle nappe d’eau d’une superficie de 6 kilomètres carrés. – Un troisième lac, celui de Chaillexon est aussi formé par le Doubs, mais il n’a qu’un kilom. de surface. – Le lac de Bonnevaux, desséché pendant l’été par des entonnoirs souterrains qui absorbent ses eaux, est plutôt un marécage qu’un lac. – Le lac dit le Grand Sas, sur le territoire de Servin, présente un phénomène curieux ; on y voit une petite île flottante.

                RIVIERES. – Le département est arrosé par 10 rivières et par plus de 250 ruisseaux. – On y compte près de 8,000 sources. – Les rivières sont le Doubs, la Loue, l’Ognon, le Dessoubre, le Lison, le Drugeon, le Cusancin, l’Allan, la Lusine et la Savoureuse. – Le Doubs, qui prend sa source dans le département, à la base du Rixon, montagne du Jura, sort de terre à 952 mètres au-dessus du niveau de la mer ; son cours est rapide et coupé par de fréquentes cascades, dont la plus remarquable est le Saut-du-Doubs. La pente totale de cette rivière depuis sa source jusqu’à son confluent avec la Saône est de 776 m. Son lit est tellement tortueux qu’elle parcourt deux fois le département dans sa plus grande longueur, et son développement peut y être évalué à 340,000 m. Le Doubs est navigable sur certains points, et notamment sur ceux où il reçoit le canal du Rhône au Rhin.

                NAVIGATION. – CANAUX. – Le département est traversé par le canal de jonction du Rhône au Rhin, dont la navigation a commencé en 1833, il possède aussi un canal de dérivation de la rivière d’Osselle. Le canal du Rhône au Rhin, depuis d’embouchure du Doubs dans la Saône jusqu’à Mulhouse, présente un développement total de 219,188 mètres.

                ROUTES. – Le département est traversé par cinq routes royales de troisième classe, dont le parcours total est d’environ 215,000 mètres, et par dix-huit routes départementales dont le développement est de 409,000 mètres.

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METEOROLOGIE.

                CLIMAT. – La température est très variable, et plus froide que la latitude ne semblerait l’indiquer ; les hivers sont longs et rigoureux. – Les limites moyennes extrêmes du thermomètre sont –8° et +25°.

                VENTS. – Les vents dominants sont les vents de sud-ouest et de nord-est.

                MALADIES. – Les affections catarrhales, ainsi que les maladies chroniques et aiguës sont les plus communes. Dans les années chaudes et sèches le choléra sporadique est assez fréquent. Les épidémies prennent d’ailleurs rarement un caractère de gravité.

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HISTOIRE NATURELLE.

                REGNE ANIMAL. – Parmi les animaux domestiques, l’espèce bovine occupe le premier rang. – On s’occupe aussi avec zèle de l’élève des chevaux. – Ceux du département, sans être des chevaux fins, sont cependant d’une race assez précieuse ; ils sont forts et vigoureux, propres à la remonte de la cavalerie légère et des dragons, et surtout excellents pour le trait. – Les quadrupèdes sauvages sont assez nombreux. Les plus multipliés sont le loup et le renard : l’ours est très rare, le sanglier est plus commun. – On trouve quelques chevreuils, mais les cerfs et les daims ont presque totalement disparu. – Le chat sauvage existe dans les bois de la plaine. Les lièvres sont partout assez nombreux, les autres animaux communs sont le blaireau, la loutre, la martre, la fouine, le putois, la belette et des divers rongeurs. – La plupart des rivières et des lacs sont très poissonneux. On y trouve des truites saumonées rouges, jaunes et blanches ; de fort belles perches, de gros brochets, des tanches, des anguilles, des carpes, etc. Les écrevisses sont extraordinairement abondantes.

                REGNE VEGETAL. – La flore du département est très riche. Les végétaux qui croissent spontanément sur les montagnes appartiennent généralement aux espèces aromatiques avec lesquelles on compose les vulnéraires suisses si recherchés. – Les mousses, les lichens, les conferves, les agarics et les champignons présentent des classes très nombreuses. – Les espèces d’arbres et d’arbustes des forêts ne sont pas moins multipliées. – On y remarque le chêne-rouvre, le hêtre, le frêne et le sycomore, qui y acquièrent une hauteur de 90 à 100 pieds ; les sapins, dont l’élévation dépasse 120 pieds ; les merisiers, les poiriers et les pommiers sauvages, communs dans les bois ; le cognassier, le houx et le genévrier, qui y prennent aussi un grand développement. – Les arbres fruitiers, rares dans la haute-montagne et même dans la moyenne, réussissent parfaitement dans la plaine. Le noyer y devient très beau. Les vignes y sont peuplées de pêchers et de cerisiers. – On remarque dans les vergers un grand nombre d’arbres à fruit, à noyaux et à pépins.

                REGNE MINERAL. – On sait qu’il existe des mines d’argent sur le flanc de la montagne du Mont-d’Or, à peu de distance de la source du Doubs, mais elles ne sont point exploitées. – Les mines de fer en grains et en roches constituent les véritables richesses du pays. Ces mines, au nombre de 19, dont quelques-unes sont exploitées à ciel ouvert, occupent 300 ouvriers, et produisent annuellement 349.400 quintaux de minerai. – Il y a une mine de houille en exploitation. – On trouve aussi plusieurs mines de lignites ou bois fossile. Celle du Grand-Denis paraît avoir plus de 200 pieds d’épaisseur. – On exploite un grand nombre de tourbières, ainsi que des carrières de gypse, de marne, de pierre à bâtir, de tufs et de marbres de différentes qualités. Les spaths de différentes qualités et les quartz cristallisés sont communs dans les montagnes, où l’on trouve aussi un grand nombre de pétrifications de productions marines.

                Eaux minérales. – On a reconnu l’existence de plusieurs sources d’eaux minérales. Les eaux sulfureuses de Guillon, près Beaume, sont assez fréquentées ; Les autres sources sont celles de Mauron, de Chaux-du-Milieu, de Morteau, d’Arçon et de Vuillecin.

                Salines. – Il existe entre les villages d’Arc et Sénans une saline royale en exploitation, affermée à la compagnie des salines de l’est, et qui produit annuellement 34.000 quintaux métr. de sel blanc. – On croit avoir reconnu au lieu dit le Bout du Monde (commune de Beurie) le gite d’une mine de sel gemme. – Le département possède deux marais salants, à Audeux et à Soulce.

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CURIOSITES NATURELLES.

                Le département  du Doubs présente un grand nombre de curiosités naturelles, telles que grottes, sources, cascades, glacières, etc. Nous allons tâcher de faire connaître les plus remarquables.

                GROTTES D’OSSELLES. – Ces grottes sont les plus célèbres de la Franche-Comté et méritent cette célébrité par leur étendue et leur profondeur. Elles sont situées à 5 lieux de Besançon, dans le flanc d’une colline peu élevée, sur le territoire de la commune de Roset-Fluans, et forment une suite de salles qui s’étendent à au moins 800 mètres dans l’intérieur de la colline, et qui contiennent des stalactites et des stalagmites des formes les plus variées et les plus fantastiques. – Ces grottes sont connues depuis long-temps, et depuis long-temps fréquentées. Un intendant de la province (Toulongeon) y donna, en 1763, une fête brillante. On voit encore la salle qu’il avait fait décorer à cet effet, et que l’éclat des stalactites scintillantes à la lumière des bougies devait rendre d’un aspect fort riche. – On y montre aussi une petite salle avec une sorte de tribune, où l’on prétend que l’on a dit la messe pendant la révolution. – Les salles sont généralement grandes et élevées, tantôt à parois lisses et brillantes, tantôt ornées de stalactites et de stalagmites qui affectent toutes les formes, mais principalement la forme cylindrique. Quelques-unes des colonnes sont si belles que l’intendant Toulongeon avait songé à les employer à l’ornement de son château. Ce projet eut un commencement d’exécution, car on en tailla quelques-unes qui furent voiturées à l’aide d’un chariot jusque dans la salle d’entrée. Mais la petitesse de l’ouverture extérieure empêcha  qu’on pût les en extraire. – La masse de ces stalactites, quelle que soit leur grosseur, est transparente. Quelques-unes sont creuses, et, quand on les frappe, résonnent comme un instrument. – Une des premières salles porte le nom de Salle des chauves-souris, à cause du grand nombre de ces animaux qui y ont leurs nids. – Les communications entre les salles, quoiqu’en certains endroits resserrés par les blocs de pétrifications, sont généralement faciles. Toutes les salles se suivent et forment une seule galerie : on ne leur connaît aucune ramification. – Aux trois quarts à peu près de leur profondeur totale, elles sont traversées par un ruisseau profondément encaissé, qui barrait autrefois complètement le passage, et sur lequel Toulongeon a fait construire, en 1763, un pont en pierres. – Aujourd’hui on peut arriver jusqu’à la dernière salle, que termine un précipice rempli d’eau, et où se trouve une profonde excavation dont le sol et la pente sont recouverts d’un sable fin de nature calcaire. – En 1826, et seulement dans la partie qui se trouve entre le pont et l’entrée, on a découvert sous une croûte peu épaisse de stalagmites une couche de terreau qui renferme une grande quantité d’ossements fossiles, parmi lesquels dominent les ossements de l’hyène et de l’ours des cavernes. Cette découverte fait supposer qu’il devait exister autrefois des issues qui se sont bouchées depuis, car l’entrée actuelle des grottes est beaucoup trop petite pour donner passage à des animaux de cette taille. – Outre le ruisseau dont nous avons parlé, et qui, continuant son cours souterrain, va se jeter dans le Doubs à peu de distance de l’entrée des grottes d’Osselles, on y trouve encore une fontaine d’eau vive très bonne à boire. – Parmi les formes singulières que présentent les stalactites, on remarque en beau rideau drapé, des colonnades presque régulières, des troncs de palmiers, un sépulcre, un jeu d’orgues, etc.

                LA GRANDE-BAUME. – Il existe sur le territoire de Lods, au fond d’un petit vallon, une fort belle grotte d’un abord facile. Elle s’ouvre au centre d’un rocher de 20 pieds de haut, dont le sommet est couronné de vignes. Les habitants la nomment la Grande-Baume. Son entrée a 15 pieds de hauteur et 30 de largeur ; on arrive d’abord dans une première salle parfaitement éclairée, de 65 pieds de profondeur, et dont le fond s’abaisse de façon à ne plus présenter qu’une ouverture pareille à la bouche d’un four. Cette salle est ornée de belles stalactites, d’aspects variés et fantastiques. A droite, on remarque une figure de forme humaine, placée dans un siège surmonté d’un dôme de stalactites décoré de guirlandes. La voûte entière est garnie de stalactites, d’un bel effet. A gauche, on trouve une masse de stalagmites qui représentent assez exactement un lit garni de ses rideaux. Les habitants l’ont nommé le lit de Sancti Croustilleri. – L’ouverture du fond conduit à une seconde salle décorée aussi de stalactites et de stalagmites. On y remarque trois statues élevées sur une sorte de piédestal, représentant, avec des formes peu arrêtées, trois femmes voilées et tenant des enfants dans leurs bras. Cette salle a environ 100 pieds de profondeur.

                GROTTES ET CAVERNES. – Outre les grottes d’Osselles et la Grande-Baume, le département renferme un grand nombre de grottes curieuses ; on cite celles de Chenecey. – La grotte de Mouthier a servi de retraite aux habitants du canton pendant les guerres du XVIe siècle, et il y a quelques années que de faux-monnayeurs y avaient établi un atelier qui fut découvert. – La grotte de Remounot sert d’église succursale au village de ce nom, et rappelle ces cryptes antiques où les premiers chrétiens célébraient les mystères de la religion. Elle est située au bord du Doubs, dans le flanc d’un rocher, et ne reçoit les rayons du soleil que par un escarpement perpendiculaire au lit de la rivière. – La grotte dite le Château-de-la-Roche perce horizontalement un rocher coupé à pic. C’est à l’entrée de cette grotte que les comtes de la Roche avaient construit un château qui fut détruit pendant les guerres du XVIe siècle, et dont on voit encore les ruines. – Dans la commune de Montandon (canton de Saint-Hippolyte), on trouve une caverne vaste et profonde, nommée le Fondreau. C’est une excavation naturelle dans un rocher de plus de 80 pieds d’élévation. Les habitants de Montandon s’y réfugièrent pendant les guerres du XVIe siècle. On y voit encore les vestiges d’un moulin à bras qu’ils y avaient établi pendant ces temps de calamités. Mais ce qui prouve d’une manière incontestable que ce lieu a servi de retraite en temps de guerre, c’est que plusieurs familles de Montandon conservent des actes datés et écrits au Fondreau. près du Champ-de-Mars de Besançon, se trouve une grotte assez spacieuse, où Saint-Félix, évêque de Besançon, se retira, dit-on, pour vivre dans la solitude, désespérant de ramener son clergé aux anciennes pratiques, et où il mourut en odeur de sainteté.

                GOUFFRES. – Les fissures, les gouffres et les cavités communiquant avec des conduits souterrains, sont communs dans le département. Alternativement, ils absorbent et ils vomissent les eaux. Le Puits-de-la-Bréme, près d’Ornans, dans les grandes pluies, aux époques où les rivières débordent, se remplit d’une eau limoneuse qui s’élève du fond de l’abîme, s’élance en bouillonnant perpendiculairement à plusieurs pieds de hauteur, se répand au dehors et inonde le fond du vallon. – On trouve dans le vallon de Sancey un autre gouffre nommé le Puits-Fenoz, qui inonde également les environs, mais par une autre cause. Son ouverture présente un carré long de 8 pieds sur 6 de large : c’est dans cette gueule étroite que viennent s’engloutir les ruisseaux du Dard, de Voye et de la Baume ; suffisante l’été, elle cesse de l’être s’il arrive des pluies considérables, ou si la fonte des neiges est subite ; alors le canal souterrain s’engorge, les eaux s’élèvent et, s’épanchant au dehors, inondent le vallon et la partie basse des villages d’Orve et de Chazot, quelquefois jusqu’à la hauteur des premiers étages.

                GLACIERES NATURELLES. – Il existe dans le département, plusieurs grottes qui contiennent des glaces permanentes ; la plus importante, celle de la Grâce-Dieu, territoire de Chaux-les-Passavant, est digne d’être visitée par les voyageurs.

                SAUT DU DOUBS. – En sortant du lac de Chaillexon, vaste et magnifique réservoir, qui sépare le département de la principauté de Neufchâtel, le Doubs poursuit son cours à travers des défilés étroits, entourés de rocs escarpés qui, se resserrant à leur extrémité septentrionale, ne laissent plus d’autre issue qu’une ouverture de trente pieds de largeur, par où la rivière s’élance et se précipite perpendiculairement de 82 pieds de hauteur, avec un bruit imposant décuplé par les échos, dans un abîme profond que la sonde n’a pu encore mesurer. – Pour jouir complètement de la vue de cette belle cascade, il faut, par un jour clair et serein, se placer au-dessous de la chute d’eau, lorsque le soleil descend vers l’horizon, alors le spectacle est embelli par les vives couleurs des arcs-en-ciel qui se meuvent et se croisent au milieu des vapeurs humides qui baignent les rochers ; le bruit solennel de la cataracte, l’aspect des rocs noircis, la blanche écume qui jaillit sur leurs parois, les teintes multipliées de la lumière solaire décomposée, toute une pluie de diamants, de topaze, d’émeraudes, de saphirs et de rubis, laissent au spectateur une impression ineffaçable, que les descriptions les plus animées sont impuissantes à produire. – Les bassins que forme le Doubs au-dessus de cette cascade, furent long-temps embellis par une fête annuelle, où se resserraient les liens d’amitiés qui unissent le peuple Franc-Comtois au peuple Suisse : cette fête n’a plus lieu.

                CASCADES. – Si le saut du Doubs est, par le volume de ses eaux, la cascade la plus remarquable du département, ce n’est pas la plus élevée. Parmi le grand nombre de chutes d’eau qui existent dans les cantons de la montagne, on cite les cascades de Syratu, dans le vallon pittoresque d’Ornans, et dont la hauteur et les pentes totales sont de plus de 560 pieds. Les deux chutes principales ont plus de 150 pieds de hauteur. – Un ruisseau dans le vallon de Migette devient dans les grandes crues un torrent impétueux, et se précipite de 370 pieds de hauteur, dans un gouffre dit le Puits-Billard, qui communique par un canal souterrain avec la source du Lison. – Enfin, près d’Eternoz on voit une cascade formée par un ruisseau assez considérable pour faire tourner un moulin, et qui se précipite de 120 pieds de haut.

                SOURCE DU DESSOUBRE. – Cette source jaillit d’un antre profond situé à 508 mètres (1,563 pieds 9 pouces) au-dessus du niveau de la mer. Les eaux s’élancent avec impétuosité, par sept issues (dont quelques-unes poussent des jets ascendants), d’un magnifique rocher, et forment de belles cascades. L’industrie s’est emparée de ce site sévère : des usines disposées en amphithéâtre sont établies sur les plans supérieurs des cascades ; on y voit aussi les débris d’un antique monastère, et quelques maisons isolées qui animent le paysage.

                SOURCE DE LA LOUE. – Un rocher, dont la hauteur est de plus de 320 pieds, s’élève verticalement au fond d’un vallon agreste et sombre ; à 80 pieds de la base s’ouvre un autre d’où jaillit avec impétuosité une belle nappe d’eau en forme de cascade. C’est la source de la Loue, rivière considérable à sa naissance, et qui fait aussitôt mouvoir des usines. La grotte d’où elle sort a plus de 180 pieds d’ouverture, sur 90 pieds de hauteur.

                PONT SARRAZIN. – Parmi les conformations singulières des rochers calcaires, on remarque l’arcade naturelle du pont Sarrazin, située près de Vaudoncourt, canton de Blamont ; elle offre, sur une petite échelle, une image du célèbre pont du Diable.

                SOURCES JAILLISSANTES DE CLERON. – Près du pont de Cléron, sur le territoire de Scey, on voit une source considérable, d’une nature peu ordinaire. D’une fente de rocher presque horizontale, l’eau s’élance en plusieurs jets, qui montent jusqu’à 9 pieds de hauteur. Il y a six jets principaux, et un grand nombre de moindres ; tous réunis, ils forment un ruisseau considérable, dont les eaux très froides en été paraissent chaudes en hiver. Cette source produite par un cours d’eau souterrain, qui descend des montagnes et vient jaillir à la surface du sol, donne une idée du principe sur lequel repose le système des puits artésiens.

                FONTAINE RONDE. – C’est une source intermittente, située dans l’arrondissement de Pontarlier, au bout d’un pré marécageux, resserré entre deux collines calcaires. – Elle existe dans deux bassins, de forme à peu près circulaire, dont l’un, plus élevé que le second, a environ 7 pieds de long, sur 6 pieds de large. Le fond de ces bassins est de sable et de petits cailloux, colorés en rouge par l’oxyde de fer. L’intermittence dure de 6 à 7 minutes.

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Prochainement suite et fin :

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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France Pittoresque – 1835 : Côtes-du-Nord (3)

Département des Côtes-du-Nord. ( Ci-devant Basse-Bretagne )

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POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DÉPENSES DÉPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

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POPULATION.

D’après le dernier recensement officiel, elle est de 598,872 h

et fournit annuellement à l’année 1,487 jeunes soldats.

Le mouvement en 1830 a été de,

Mariages  4,574    
Naissances Masculins Féminins  
            Enfants légitimes  9,408 8,955    }  Total  18,796
                          naturels  215 218    }  
Décès  8,703 8,467  Total  17,170

 

Dans ce nombre 3 centenaires.

GARDE NATIONALE.

Le nombre des citoyens inscrits est seulement de 13,702.

Dont:    8,032 contrôle de réserve.

5,670 contrôle de service ordinaire.

Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit: 5,001 infanterie — 18 cavalerie. — 207 artillerie — 444 sapeurs-pompiers

On en compte: armés, 4,614 ; équipés, 3,049 ; habillés, 2,692.

L’organisation de la garde nationale est suspendue dans 549 communes.

D’après la population, et si tous étaient inscrits, 38,326 seraient susceptibles d’être mobilisés.

Ainsi, sur 1.000 individus de la population générale, 25 sont inscrits au registre matricule, tandis que 65 sur 1,000 seraient mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 41 sont soumis au service ordinaire, et 59 appartiennent à la réserve.—  Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 5,766 fusils, 255 mousquetons, 12 canons5 et un assez grand nombre de pistolets, de sabres, etc.


IMPOTS ET RECETTES.

Le département a payé à l’Etat (en 1831)

Contributions directes 3,714,172 f. 84 c
Enregistrement, timbre et domaines 1,225,685 27
Douanes et sels 846,456 69
Boissons, droits divers, tabacs et poudres  5,557,509 69
Postes 187,66s 90
Produit des coupes de bois 18 94
Produits divers 71,864 62
Ressources extraordinaires 876,298 55
Total 10,259,670 f. 8 c.

*

Il a reçu du Trésor 5,597,902 f. 59 c., dans lesquels figurent :

La dette politique et les dotations pour 824,159 f. 28 c.
les dépenses du ministère de la justice 152,646 2
de l’instruction publique et des cultes 499,429 51
de l’intérieur 6,66
du commerce et des travaux publics.  1,249,840 91
de la guerre 1,515,475 58
de la marine 5,675 2
des finances 140,108 18
Les frais de régie et de perception des impôts 964,995 95
Remboursement, restitut.,non valeurs et primes 242,916 56
                                                                       Total  59 c. 59 c.

*

Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant, à peu de variations près, le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département paie annuellement (déduction faite du produit des douanes) 4,015,511 fr. 20 c. de plus qu’il ne reçoit. Cette somme, consacrée aux frais du gouvernement central, dépasse le cinquième du revenu territorial du département.

DÉPENSES DÉPARTEMENTALES.

Elles s’élèvent (en 1831) à 310,072 f. 76 c.

SAVOIE : Dép. fixes : traitements, abonnements, etc. 79,061 f. 06 c.

Dép. Variables loyers, encourag. secours, etc. 251,011  70

Dans cette dernière somme figurent pour    
            41,000 f. >> c. les prisons départementales,    
            45,000 f. >> c. les enfants trouvés,    
Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie,    
épizootie, etc., sont de  9,200
Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à 65,685 14
Les dépenses des cours et tribunaux sont de 118,525 59
Les frais de justice avancés par l’État de 58,9 94


INDUSTRIE AGRICOLE.

Sur une superficie de 701,251 hectares, le départ. en compte : 270,000 mis en culture. — 50,562 prairies. — 165,756 pâturages. — 32.215 forêts. — 133,933 — landes et friches.

Le revenu territorial est évalué à 19,258,000 francs.

Le départ. renferme environ : 75,000 chevaux. — 220,000 bêtes à cornes (race bovine). — 15,000 chèvres. — 145,000 moutons.

Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 180,000 kilogrammes.

Le produit annuel du sol est d’environ,

En céréales 1,800,000 hectolitres.
En parmentières 700,000 id.
En avoines 640,000 id.
En cidres 500,000 id.

 

Bien que le département possède à Lysandré, un établissement rural digne au tout de servir de modèle, l’agriculture y est encore très arriérée. — Il y a des cantons où on laboure avec des socs. – Le système funeste de jachères est généralement répandu. — Le pays produit néanmoins en céréales, en avoines, en parmentières, plus qu’il ne faut pour sa consommation ; il renferme d’excellents pâturages. — La partie du littoral sur laquelle il est possible de se servir comme engrais de goémon et d’algues marines est très fertile. — La culture des plantes textiles est répandue, mais on néglige complètement celle des arbres fruitiers, à l’exception des pommiers, dont le fruit est employé à faire du cidre. — Les cultivateurs s’adonnent à l’élève des chevaux et des bêtes à cornes et à l’éducation des abeilles ; la race ovine est faible et petite. On estime, pour la qualité de leur chair, les moutons de Goëlo.

INDUSTRIE COMMERCIALE.

Les arrondissements de Lannion, de Saint-Brieuc et de Dinan sont principalement maritimes ; on s’y occupe d’armements pour la pèche et de cabotage. Saint-Brieuc fait des armements pour la pêche de Terre-Neuve, la mer du sud et les Antilles. — Tréguier se livre à la pêche du maquereau. — Dinan et Lannion s’occupent du cabotage et des exportations. — Il existe à Saint-Jacut-Landouart, à quatre lieues de Dinan, un parc d’huîtres de Cancale, qu’on expédie pour Paris. — Saint-Brieuc a employé, en 1828, à la pêche de la morue, 47 bâtiments, jaugeant ensemble 8,090 tonneaux ; ces bâtiments, montés par 2,610 marins, ont rapporté 4,669,200 kilogrammes de morue, rogue, etc., d’une valeur ensemble de 1,845,405 francs. En 1833 le nombre des navires expédiés par les ports du département, s’est réduit à 20 seulement, jaugeant 2,744 tonneaux, et montés par 731 marins. Les retours de la pêche ont subi, on peut le présumer, une baisse proportionnelle. — On évalue à 600,000 francs le produit annuel de la grande et petite pêche sur les côtes du département. —  La fabrication du fil, des toiles et celle des cuirs, figurent en première ligne dans l’industrie des arrondissements de Guingamp et de Loudéac. On fait remonter au XVe siècle l’établissement de cette industrie dans le pays, et on en fait honneur à une baronne de Quintin, dame flamande, qui aurait fait venir de son pays des fileuses, et fait semer du lin et du chanvre. — D’après des documents officiels publiés en 1854, par l’Annuaire Dinanais, la fabrication des toiles dans le seul arrondissement de’ Loudéac, occupe rait environ 4,000 métiers, mis en action par 4,000 tisserands et produisant annuellement 2,000,000 d’aunes de toile d’une valeur de 4,000,000 francs. Les toiles de Bretagne sont recherchées principalement pour le commerce avec l’Amérique du Sud. — Le départ, renferme 4 hauts fourneaux pour gueuses et mouleries, et 6 forges. Il possède un grand nombre de tanneries, des papeteries, des filatures de laine, des fabriques d’étoffes communes, des manufactures de souliers de troupes et de pacotille, des fabriques de sucre de betterave, un assez grand nombre de marais salants (52), plusieurs exploitations d’ardoises, des fabriques de poterie et de faïencerie, etc. — L’exportation des grains, des bestiaux, des chevaux, des suifs, du beurre salé, de la cire et du miel, produits principaux de l’industrie agricole, donne lieu à un commerce étendu.

RÉCOMPENSES INDUSTRIELLES. — A l’exposition de 1854, l’industrie du département. a obtenu 3 MEDAILLES de bronze et 5 CITATIONS.

— Les médailles de bronze ont été décernées : 2 à M. Baron-Dutaya (de l’Hermitage), pour toiles de Bretagne et serviettes, et pour fonte brute ; 1 à M. Lemarchand (de Guingamp), pour cuirs et peaux.

— Les citations ont été accordées pour fabrication de toiles de Pédernée, de coutils, de fils de lin retors, et de tuyaux à incendie en fil de chanvre. A l’exposition des produits de l’industrie de 1827, il avait été donné 1 MEDAILLE DE BRONZE à M. Leglâtre (de Saint-Brieuc), pour cuirs ; 3 MENTIONS HONORABLES, à MM. Lemarchand (de Guingamp), pour cuirs ; Pierre Gancel (de Châtelaudren), Epiphane Lenoir (de Lannion), pour chapellerie en feutre, enfin 6 CITATIONS, à MM. Morvan (de Quintin), Mahé fils (de Loudéac), pour toiles écrues ; Julien Rochard (de Lamotte), Charles Raoul (de Guingamp), Doniol père et fils (de Guingamp), et Théophile Lucas (de Saint-Brieuc), pour fil de lin de bonne qualité.

DOUANES. — La direction de Saint-Malo a 5 bureaux principaux, dont 2 seulement sont situés dans le département.

Les bureaux du département ont produit en 1851:

  Douanes, navig. et timbre, Sels Total.
Paimpol 11,050 f  208,247 f. 222,297 f.
Le Legué 151,771 472,388 624,159
Produit total des douanes.      846,456.f.

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FOIRES. — Le nombre des foires du département est de 424.

Elles se tiennent dans 105 communes, dont 41 chefs-lieux, et durant pour la plupart 2 à 3 jours, remplissent 469 journées.

Les foires mobiles, au nombre de 248 occupent 475 journées.- Il y a 5 foires mensaires. — 274 communes sont privées de foires.

Les articles de commerce sont les bestiaux, les chevaux, les cuirs en vert, les grains, la laine, le fil de lin, le chanvre, les toiles, etc. — On cite Saint-Albans pour la vente des oies et de la volaille, Pléboulle pour celle de la plume d’oie. — C’est à la foire d’Etables (3e jeudi d’avril) que les marins qui vont à Terre-Neuve fout leurs emplettes.

BIBLIOGRAPHIE.

Annuaire du département des Côtes-du-Nord ; in-18. Saint-Brieuc, 1805 et 1806.Statistique monumentaire du département des Côtes-du-Nord (Annales françaises des arts, sciences, etc., t. x, 1822). — Antiquités de Bretagne par le chevalier de Fréminville, in-8. Brest, 1828 à 1832. — Antiquités historiques et monumentales à visiter de Monfort à Corseul-par-Dinan, etc., Poignant, in-8. Rennes. — Réponses de M. Habasque à diverses questions de M. Charles Dupin, in-8. Saint-Brieuc, 1828. — Etudes sur la Bretagne, par M. Habasque Revue de l’Ouest, 1855). — Notions historiques, géographiques. statistiques et agronomiques sur le littoral du département. des Côtes-du-Nord. par Habasque, in-8. Saint-Brieuc, 1833. —  Annales de la Société d’Agriculture de l’arrondissement de Saint-Brieuc ; in-8. Saint-Brieuc, 1828 à1850. Annuaire dinanais ; in-18. Dinan, 1831 à 1834. – Rapport des travaux de la société d’Agriculture, de Commerce et d’Industrie de Dinan ; in-8. Dinan, 1828.

A. HUGO.

 

On souscrit chez DELLOYE,Editeur, place de la Bourse, rue des Filles – Saint-Thomas, 12

 

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France Pittoresque – 1835 : Côtes-du-Nord (2)

Département des Côtes-du-Nord. ( Ci-devant Basse-Bretagne )

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METEOROLOGIE
HISTOIRE NATURELLE.
VILLES, BOURGS, CHÂTEAUX, ETC.
VARIÉTÉS. — MŒURS BRETONNES.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.

 

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METEOROLOGIE

CLIMAT. — Le climat est doux et tempéré, mais excessivement humide et sujet à de perpétuelles variations de l’atmosphère.

VENT. —  Les vents dominants sont principalement des vents de nord et de nord-ouest.

MALADIES. —  Les maladies cutanées, parmi lesquelles, parmi lesquelles la gale est en première ligne, sont les affections scrofuleuses, catarrhales et rhumatismales sont les maladies les plus communes. Les épidémies causent quelquefois d’assez grands ravages. — Le département est un de ceux où le choléra a sévi ; il y a duré dix mois le nombre des malades s’est élevé à 3,584, et celui des décès à 1,585. — Les deux arrondissements les plus fortement atteints ont été ceux de Saint-Brieuc et de Lannion. —  Saint-Brieuc a compté 742 décès 1,229 malades ; Lannion 613 sur 1,477.

 

HISTOIRE NATURELLE.

RÈGNE ANIMAL. — Les forêts abondent en animaux de toute espèce ; on y trouve des loups, des renards, des blaireaux, etc… Les chevreuils et les sangliers n’y sont pas rares. – Les lièvres et les lapins sont très multipliés dans les plaines. On cite les lapins des Sept-îles, qui sont noirs pour la plupart et ont les yeux rouges. Les hermines, les fouines et les belettes vivent dans le voisinage des habitations ; un préjugé assez général parmi les paysans fait croire qu’elles portent bonheur. – Le pays renferme un grand nombre d’oiseaux de toute espèce. Parmi les oiseaux aquatiques et les oiseaux de mer qui se montrent sur les côtes et dans les îles voisines, on cite les pingouins, les goélands, les grèbes, les mauves, les eiders, les cormorans, etc. Les plus remarquables sont les macareux ou perroquets de mer, qui nichent sur les îlots déserts, et qui, comme les canards tadornes, creusent dans la terre des trous pour y déposer leurs œufs. – Les coquillages, les crustacées, les poulpes et les mollusques sont très multipliés sur les rochers de la côte. – La mer y est très poissonneuse ; outre le hareng, le maquereau et la sardine, qu’on y pêche en quantité pendant la saison, On y trouve des congres, des soles, des plies, des turbots, des saumons, etc. – La mer a jeté plusieurs fois, depuis une vingtaine d’années, sur les plages qui sont au pied des falaises, et notamment sur celles de Plestin, de Lannion et de Paimpol, d’é­normes cétacés que M. Cuvier reconnu former un genre particulier, et qu’il a nommés, à cause de la sphéricité de leur tête, dauphins-globiceps. D’après la forme de cet animal et la situation verticale qu’il affecte, les naturalistes ont cru reconnaître en lui la sirène On femme marine (mor groèk des Celtes) sur laquelle les pêcheurs bretons ont une foule de traditions merveilleuses.

RÈGNE VÉGÉTAL. — Les productions végétales des Côtes-du-Nord n’ont rien qui les distingue de celles du Finistère et du Morbihan.- Comme dans ces départements, la douceur du climat permet aux myrtes et aux figuiers d’y fleurir et d’y donner des fruits eu pleine terre. — Les essences dominantes dans les forêts sont le chêne, le hêtre et le bouleau. — Le châtaignier y vient bien. — Les arbres verts et le pin maritime surtout acquièrent dans les landes une prompte et belle croissance. — On remarque parmi les arbustes l’arbousier, le houx, le genêt, l’aulne épineux, etc. — Le département est placé en dehors de la limite où la vigne peut être cultivée. Il renferme de grandes plantations de pommiers.

RÈGNE MINÉRAL. — Le sol est très varié ; on y trouve des terrains primitifs, de transition, secondaires, tertiaires, d’alluvions et même des terrains qu’on soupçonne d’être volcaniques. — Les terrains primitifs occupent à peu près les trois quarts du département, on y remarque du granit, du gneiss, du porphyre et du schiste. — Le pays n’est pas riche en mines métalliques, on y exploite cependant du fer et de la plombagine. On trouve près de Saint-Quay des sables magnétiques. — On exploite aussi en diverses localités des ardoises assez bonnes et du granit d’une grande beauté. Le granit de Saint-Brieuc est susceptible de recevoir un beau poli. — D’après les géologues du département, on y trouve en outre du marbre, du kaolin, de l’ocre jaune et rouge, de la serpentine verte, des améthystes, du quartz hyalin, de la tourmaline, du grès réfractaire, de l’argile blanche et plastique propre à la poterie et à la terre de pipe, etc. — Dans un banc de cailloux considérable qui se trouve auprès de Ploua, on trouve des pierres de diverses couleurs et dont quelques-unes sont herborisées.- Les terrains calcaires des environs de Dinan renferment assez de dé­bris de coquilles marines pour qu’on les exploite comme falun. — On a trouvé il y a quelques années dans la falaise d’Etables, non loin de Portrieux, les ossements d’un énorme quadrupède que les naturalistes de Saint-Brieuc ont déclaré être un animal anté-diluvien. — On trouve le long des côtes de Pordic les restes d’une forêt sous-marine analogue à celle que M. Fruglaye a découverte en 1812 sur une grève près de Morlaix. — “ Un jour, cet ancien député se promenant après une forte tempête, aperçut l’aspect de cette grève changé. Le sable fin et uni qui la couvrait avait disparu. On voyait à la place un terrain noir et labouré par de longs sillons. C’était un amas de détritus de végétaux, parmi lesquels on distinguait plusieurs plantes aquatiques, et des feuilles d’arbres forestiers. Au-dessous de cette couche, se présentaient des roseaux, des joncs, des asperges, des fougères et d’autres plantes de prairies, dont plusieurs très bien conservées. Enfin, sur tout ce terrain on voyait des troncs renversés dans tous les sens. La plupart étaient réduits à l’état de terre d’ombre, d’autres étaient encore dans un état de fraîcheur. Les ifs et les chênes avaient leur couleur naturelle. Les bouleaux, très nombreux, avaient conservé leur écorce argentée. Tous ces débris étaient posés sur une couche de glaise semblable à celle qui forme ordinairement la base des prairies, etc. ”

Eaux minérales — Le département possède à Dinan un fort bel établissement d’eaux minérales. Les eaux de Dinan renferment du muriate de chaux, de soude, de magnésie, du sulfate calcaire, de la silice et de l’oxide de fer ; on en fait usage en boissons, et on les considère comme très bonnes pour rétablir les fonctions de l’estomac. — D’autres sources ferrugineuses existent dans le département, notamment à Saint-Brieuc, à Paimpol, à Tréguier et à Lamballe.

 

VILLES, BOURGS, CHÂTEAUX, ETC.

SAINT-BRIEUC, sur le Gouet, chef-lieu. de préfecture, à 111 l. ½ O. de Paris. (Distance légale. — On paie 57 postes 1/2). Pop. 10,420 hab. — Cette ville, dont on attribué successivement la fondation aux Diducasses, aux Caletes et aux Curiosolites, paraît plus sûrement devoir son origine à un monastère fondé en 480, par Saint-Brieuc, moine anglais, qui se réfugia en Bretagne pour échapper aux persécutions des Saxons. Le terrain où il s’établit était une forêt. Autour du monastère se forma bientôt une ville nommée d’abord Bidué. — Nominoé, en 848, érigea le monastère en évêché ; la ville prit alors le nom de son fondateur et s’appela Saint-Brieuc-des-Vaux, parce qu’elle était située dans une vallée encaissée. Saint-Brieuc ne paraît pas avoir jamais été fortifiée. — Sa cathédrale seule avait été entourée de murailles et fut assiégée et prise par Clisson, en 1394. — Saint-Brieuc ne faisait pas partie du comté de Penthièvre ; c’était une ville indépendante dont la justice et la police appartenaient à l’évêque. Le régime municipal paraît y avoir été établi dès 1579. — En 1592, Saint-Brieuc fut prise et pillée par les Lansquenets. – En l’an VIII (1799), la ville fut attaquée par les Chouans, que la population repoussa avec courage. Cette ville avait, avant la Révolution, le droit de représentation aux états de la province ; elle y envoyait deux députés choisis parmi les bourgeois notables. — En 1601, elle fut ravagée par la peste. — En 1620, on y établit pour la première fois une imprimerie. — Saint-Brieuc est située dans un fond environné de montagnes qui ôtent la vue de la mer, dont elle n’est cependant éloignée que de trois quarts de lieue, et sur laquelle elle possède un port. — Ses églises, ses rues et ses places sont assez belles. – La cathédrale est un monument gothique du XIIIe siècle, commencé, en 1220, par saint Guillaume, et terminé, en 1234, par l’évêque Philippe ; elle est digne d’attirer l’attention des curieux. — L’hôtel-de-ville n’a rien de remarquable ; il renferme les archives du département, la mairie et la salle des séances de la société d’agriculture. — L’hospice et l’hôpital sont bien distribués et bien entretenus. — La salle de spectacle est jolie, mais n’est ouverte qu’à l’époque des courses. La ville possède une bibliothèque publique riche de 24,000 volumes ; d’assez jolies promenades, notamment le Champ-de-Mars, situé devant les casernes et planté d’ormes qui donnent un ombrage agréable. — On remarque sur le Gouet le pont du Gouedic, beau pont de trois arches très hardies, qui a été construit en 1744. — Le port actuel, qu’on nomme le Légué (nom qui se donne aussi à la rivière du Gouet), a un beau quai qui a été commencé en 1758. Il est commode et peu recevoir des navires de 350 tonneaux. On voit à l’entrée, sur une pointe de terre, les ruines de la célèbre tour de Cesson, élevée en 1395, pour défendre l’entrée du Gouet, et qui est entourée d’un double fossé creuse dans le roc. — Pendant les guerres civiles et la guerre de la ligue, cette tour fut souvent prise et reprise. Quoique démolie en partie en 1598, elle présente encore des ruines imposantes. — Il existe, près de Saint-Brieuc, une source d’eau minérale ferrugineuse. — Saint-Brieuc est le chef-lieu d’un arrondissement de concours pour les courses de chevaux. Ces courses y ont eu lieu pour la première fois en 1807. Une belle grève d’un beau sable uni et ferme, située à une lieue de la ville, au-dessous des falaises que dominent les restes de la tour de Cesson, sert d’hyppodrôme. Les coteaux environnants forment amphithéâtre ; ces courses sont généralement brillantes et attirent un grand nombre de curieux.

LAMBALLE, sur le Gouessan, chef-lieu de canton, à 6 l. E. de Saint-Brieuc. Pop. 4,399 hab. —  Cette ville fort ancienne est considérée par quelques auteurs comme l’ancienne capitale des Ambiliates, dont parle César. — En 1084, un monastère y fut construit par Geoffroy Ier, comte de Penthièvre, sur une montagne qu’on nommait la vieille Lamballe, car il paraît que la cité armoricaine avait été détruite au IXe siècle, par les Normands. — Lamballe devint le chef-lieu du comté de Penthièvre. — On y construisit un château-fort, à l’abri duquel, après la destruction de la vieille ville, se forma la ville nouvelle qui fût bientôt entourée de murailles, et devint une place forte. Elle fut souvent assiégée. Lors du siège de 1591, Lanoue, Bras-de-Fer, y fut tué en faisant une reconnaissance. — Dans le XVIe siècle, la ville fut souvent prise, reprise et pillée. — En 1626, le seigneur de Penthièvre, ayant pris parti contre le cardinal de Richelieu, ce ministre tout-puissant fit détruire le château de Lamballe, et dès lors la ville ne fut plus exposée aux ravages de la guerre. — Mais elle eut encore à souffrir des maladies contagieuses, ainsi que des débordements de la rivière de Gouessan. — Lamballe est située sur le penchant d’un coteau que domine l’église Notre-Dame, et au-dessous duquel se trouvent les faubourgs traversés par la grande route de Paris à Brest. C’est une petite ville assez jolie, riche et industrieuse, qui s’embellit tous les jours. — On y remarque une agréable promenade établie sur l’emplacement de l’ancien château. —  Lamballe envoyait un député aux Etats de la Province. — Le Comté de Penthièvre avait été érigé en duché-pairie, en 1569. — Cette ville possédait autrefois une belle bibliothèque et une chambre littéraire, nous ignorons si ces établissements utiles existent encore.

PAIMPOL, petite ville maritime, chef-lieu de canton, à 10 l. N.-O. de Saint-Brieuc. Pop. 2,108 hab. — Cette ville, qui possède sur la Manche un port bien abrité avec une rade où les vaisseaux et même les frégates peuvent trouver un refuge, est située sur le penchant d’une colline schisteuse élevée d’environ 60 mètres au-dessus des plus hautes marées. C’est une ville ancienne qui existait dans le XIVe siècle, et était alors défendue par un château dont on voit encore quelques traces. — Paimpol fut occupée en 1590, lors de la guerre contre le duc de Mercoeur, par les Anglais. alors auxiliaires des troupes royales, auxquels elle avait été donnée comme place de sûreté. En 1593, elle fut reprise par les ligueurs aux ordres du célèbre Guy Eder de Beaumanoir, sieur de Fontenelle, qui la saccagea, la brûla en partie et massacra un grand nombre d’habitants. — Paimpol est une assez jolie ville, active et commerçante ; elle a des quais larges et bordés de belles maisons, une belle place, celle du Martroy ; deux lavoirs publics, une fontaine, une église sous l’invocation de Notre-Dame, ancien édifice convenablement orné, et situé à l’entrée de la ville, au bout de la rue principale à laquelle elle a donné sou nom. — Paimpol est baignée par la mer de trois côtés, au nord, à l’est et au sud. — Le port ou plutôt les ports sont bons et sûrs ; les navires de toutes grandeurs peuvent y aborder. — Il y existe une calle de construction. L’établissement de la marée à lieu à 6 heures. — Une source. d’eau minérale ferrugineuse se trouve aux environs de Paimpol.

DINAN, sur la rive gauche de la Rance, chef-lieu d’arrondissement, à 14 l. E. de Saint-Brieuc, Pop. 8,044 hab. — Cette ville est très ancienne, on a cru long-temps que c’était l’ancienne capitale des Diablintes ou des Diaulites, dont il est question dans les commentaires de César. — Il est reconnu aujourd’hui qu’elle est bâtie sur le territoire des Curiosolites, dont la cité principale se trouvait à peu de distance, au village de Corseul. — Quelques savants ont aussi voulu reconnaître dans Dinan, le lieu désigné par la table de Peutinger, sous le nom de Nadianum. — Dinan est située au bord de la Rance, sur une montage escarpée ; elle se présente de loin sous un aspect pittoresque. Des murs flanqués de grosses tours l’environnent ; ils défendaient jadis la ville, ils servent aujourd’hui de clôture à plusieurs beaux jardins. Autrefois ils étaient si forts et si épais, qu’on aurait pu, dit-on, diriger sur leur couronnement une voiture à quatre roues. — Dinan a eu long-temps de l’importance à cause de sa position. Elle a soutenu plusieurs sièges. — Elle fut prise en 1373, par Duguesclin, et en 1379, par Olivier de Clisson. — Elle fut livrée comme place de sûreté, en 1585, par Henri III, au duc de Mercœur. Ce chef de la ligue en Bretagne, transporta à Dinan le siège du présidial de Rennes, et y fit battre monnaie. Néanmoins, la ville fatiguée de sa domination, se rendit, en 1598 au maréchal de Brissac. — Dinan, où aboutit le nouveau canal d’llle et Rance, possède un port qui reçoit des navires de 90 tonneaux, et qui en recevra bientôt de 300. Cette ville est a 7 lieues 1/2 de Saint-Malo, et ne peut manquer d’acquérir beaucoup d’importance. Depuis plusieurs années, ses rues, ses constructions et ses places ont reçu beaucoup d’améliorations. — Près de la place Duguesclin est une promenade vaste et très bien plantée. Les anciens fossés de la ville ont aussi été convertis en promenades. — Sur cette place qui porte le nom de Duguesclin, on montre le puits que franchit ce guerrier, lors de son combat singulier avec Thomas Kantorbery. — Dinan a deux églises, toutes les deux de construction gothique. — On y remarque un singulier mélange de piété et de grotesque, de sacré et de profane ; on y voit même quelques sculptures d’un genre très libre, notamment dans l’église dédiée à Saint-Malo. L’église de Saint-Sauveur renferme des bas-reliefs représentant les amours de Psyché. C’est dans cette église qu’en 1810 fut transféré le cœur du fameux connétable Duguesclin dont le corps avait été inhumé à Saint-Denis, avec les rois de France. Ce cœur avait été d’abord déposé dans l’église des Dominicains, dans le tombeau de Tiphaine Raguenel, première femme du héros breton ; mais cette église fut détruite pendant la Révolution. Une table de marbre de forme pyramidale, plaquée contre le mur de l’église, et décorée d’une urne funéraire et des aigles, armes de la maison de Duguesclin, indique le lieu où cette relique glorieuse est aujourd’hui déposée. — On visite avec plaisir, à Dinan l’ancien château qui faisait partie des fortifications de la ville et qui a été construit ou tout au moins habité par la reine Anne. On voit encore dans la chapelle le fauteuil de cette princesse. Depuis quelques années ce château a été converti en prison. — A peu de distance de Dinan, on trouve une source d’eau minérale ferrugineuse et vitriolique qui attire un grand nombre de malades. On y remarque une jolie salle de réunion pour les étrangers. Les chemins ombragés qui y conduisent traversent des sites fort pittoresques et sont pratiqués de manière à offrir des pentes douces et des promenades commodes. — On voit sur un mamelon en partie naturel et en partie artificiel, peu éloigné de Dinan l’ancien château de Léhon ou    Léon, dont les historiens de Bretagne font souvent mention ; ce château a dit-on été construit sur les ruines d’un fort bâti par les Romains ; il servait à loger le poste préposé à la garde de la Rance, et il a plusieurs fois été abattu et réédifié. — En 1169, il fut détruit par suite d’un traité fait entre Louis-le-Jeune et le roi d’Angleterre Henri II ; on le rétablit  depuis sur ses anciennes fondations ; il existait encore en 1402 ; aujourd’hui il n’en reste que des débris. — La position en est très forte, la plate-forme au sommet du mamelon, est vaste et flanquée de huit tours qui dominent les campagnes voisines, on remarque dans ses tours un souterrain qui, d’après la tradition populaire, communique avec le château de Dinan.

GUINGAMP, sur le Trieux chef-lieu d’arrondissement à 7 l. O.-N.-O. de Saint-Brieuc. Pop. 6,109 habit. — Cette ville était une des plus considérable du duché de Penthièvre ; elle est située au milieu de belles plaines et était autrefois enfermée de murailles dont il reste encore une partie. — On voit au milieu de la place une fort belle halle devant laquelle est une jolie fontaine. — Une grande rue traverse la ville d’un bout à l’autre, et dans le milieu est l’église paroissiale, ornée d’un clocher à flèche et d’une tour carrée surmontée d’une espèce de dôme. — On remarque dans la ville quelques belles constructions ; les environs offrent d’agréables promenades.

PONTRIEUX, sur le Trieux, chef-lieu, de canton, à 4 l. N. de Guingamp. Popul. 1,647 habit. — Cette petite ville est le seul port de arrondissement de Guingamp. C’est une ville fort ancienne, bâtie au pied d’un vieux château nommé Châteaulin et qui est aujourd’hui en ruines. Elle a soutenu plusieurs sièges et a été plusieurs fois prise par les Anglais. — Dans le XVe siècle, la ville de Portrieux fut saccagée et prise par Pierre de Rohan et alors on démolit Châteaulin. — L’église paroissiale est située hors de la ville, sur la route de Guingamp ; elle passe pour la plus laide de toute la Bretagne. Il existait autrefois dans la ville une chapelle, démolie il y a peu d’années, et qui a fait place à une jolie halle, au-dessus de laquelle se trouve la mairie. La ville n’est pas mal percée ; on y remarque quelques jolies maisons, une place assez belle et une promenade plantée de tilleuls, elle est divisée en deux quartiers par le Trieux, que des maisons bordent de chaque côté, et sur lequel un pont est jeté pour les communications. — Le port, assujetti au flux et au reflux est situé à environ trois lieues de l’embouchure du Trieux dans la Manche et à quelques portées de fusil au-dessus de la ville ; il y existe dans le voisinage quelques auberges et des magasins.

LANNION, sur le Leguer, chef-lieu d’arrondissement, à 19 l. ½  O.-N.-O. de Saint-Brieuc. Pop. 5,371 habit. — Lannion, qui est dans une situation favorable pour le commerce, et qui possède sur le Léguer un port peu éloigné de l’Océan et d’un accès facile, mais où ne peuvent plus remonter, comme il y a 40 ans, les navires de 250 tonneaux, est une ville ancienne. —  C’était autrefois le chef-lieu d’un comté. Elle était fortifiée. L’histoire de Bretagne de Lobineau rapporte qu’elle fut prise par trahison par les Anglais en 1346, que la ville fut pillée et qu’une partie des habitants furent égorgés ou rançonnés. Le port de Lannion est bordé d’un quai large et spacieux. D’un côté il est garni de maisons, de l’autre se trouve l’hôpital. A l’extrémité du quai est une jolie promenade où la vue s’étend sur la campagne. — Sur ce quai se trouve aussi la source d’eau minérale de Lannion, source ferrugineuse, vitriolique et sulfureuse dont les eaux sont employées avec succès contre la pierre et l’hydropisie. — Lannion, malgré sa position agréable est une ville triste et mal bâtie. Ses rues sont étroites et escarpées ; elle possède deux petites places et deux fontaines, un collège, une petite caserne et deux hôpitaux. — L’église principale est un édifice dont la construction remonte au XIIe siècle.

TREGUIER, port de mer forme par l’embouchure de deux rivières, le Guindy et le Jaudy, chef-lieu de cant., à 2 l. S. de l’Océan, et à 5 l. N.-E. de Lannion. Popul. 3,178 habit. — Dans le VIe siècle existait dans la presqu’île de Trécor, un monastère fondé par saint Tugdual, sur l’emplacement duquel, deux siècles plus tard, en 848, s’éleva une église cathédrale. — Les maisons qu’on bâtit près de cette église formèrent la ville de Tréguier. — Quelques géographes prétendent qu’elle se trouve voisine de l’antique Vorganium, cité des Ossismiens. D’autres veulent que Tréguier ait été bâtie sur les ruines de l’ancienne Lexobie, ville détruite en 836 par les Danois aux ordres de Hasting. M. Habasque combat cette opinion et place Lexovium à l’embouchure du Léguer, au village de Coz-Yaudet, commune de Ploulech. — Tréguier devint dans le vie siècle le siège d’un évêché. En 1386 Olivier de Clisson y fit construire un château en bois de 3,600 pas de diamètre, et disposé de façon à pouvoir se démonter. Ce château était destiné pour une descente en Angleterre, expédition que les tempêtes empêchèrent de réussir. — En 1592 les Espagnols débarquèrent devant Tréguier, s’emparèrent de la ville la pillèrent et la brûlèrent en partie. — Tréguier est bâtie sur un coteau en amphithéâtre qui fait face à la mer ; cette ville, qui s’améliore tous les jours, a des rues propres et bien pavées une jolie promenade plantée d’ormes, un beau quai également planté d’arbres, une belle place centrale où se trouve une fontaine publique, une forme, édifice élégant à forme octogone, avec îles arcades en pierres de taille et des balustres en fer. — Le monument le plus remarquable est la cathédrale, église gothique curieuse par son architecture, par son clocher percé a jour et par les sculptures qui la décorent. — On y voyait naguère le tombeau de Jean dit le Bon, duc de Bretagne. et celui de saint Yves, chef-d’œuvre d’architecture gothique. Saint Yves, né aux environs de Tréguier, est le patron de la ville.

LOUDEAC, chef-lieu d’arrond., à 15 l. S. de Saint-Brieuc. Pop. 6.736 habit. — Cette petite ville, située près de la vaste forêt de même nom, ne parut pas avoir joué un grand rôle dans l’histoire du pays. — Elle doit à sa position au sud du département d’avoir été choisie pour chef-lieu d’un arrondissement ; elle ne renferme aucun monument remarquable, mais elle est le centre d’une fabrication très étendue de toiles dites de Bretagne ; il y existe une chambre consultative des manufactures, deux pensionnats pour les garçons et pour les filles, et tous les établissements publics et administratifs qui se trouvent dans un chef-lieu d’arrondissement.

 

VARIÉTÉS. — MŒURS BRETONNES.

PARDONS. — Le culte des fontaines survécut long-temps en Bretagne à l’abolition du paganisme. Le clergé, ne pouvant détruire cette piété héréditaire, se décida, pour en tirer parti, à bâtir des chapelles auprès de ces lieux d’antiques pèlerinages. Le respect des fontaines fut ainsi transmis aux saints sous l’invocation desquels les nouveaux temples furent placés. — Chaque chapelle eut un pardon, c’est-à-dire un jour de pèlerinage, qui attira les populations éloignées ; jalouses d’offrir au saint le tribut de leur piété et de recueillir les bienfaits de spiritualité merveilleuse car chaque saint présida à quelques maladies ainsi saint Iflam guérit les clous ; saint Meen la gale ; saint Caradec, sain Ilec, saint Dourlon, saint Colomban guérissent les uns la fièvre, les autres l’épilepsie, la paralysie, etc. — Tel saint, comme saint Eloy, ne se mêla que des chevaux et des juments, tel autre ne traita que les bêtes à cornes. — On arrivait de dix lieues, à ces chapelles, traînant les bestiaux qu’on voulait faire guérir ou portant les enfants malades. — Ces assemblées ou pardons, qui avaient autrefois un but religieux, ne sont plus aujourd’hui que des réunions pour le divertissement et le plaisir. — On y joue aux quilles, aux dés, à quelques jeux de hasard. — On visite les boutiques de quincaillerie et de mercerie. —  Les jeunes gens font de petits cadeaux à leurs amies. — On y mange du pain blanc et des gâteaux, mais surtout on danse, quelquefois au son d’un mauvais violon, mais plus souvent au son du bignou de la bombarde et du tambourin, qui composent l’orchestre national des Bas-Bretons. — Des mendiants étalent leurs plaies dégoûtantes, des charlatans rassemblent des dupes. — Sous des tentes établies de distance en distance sont les groupes de buveurs, dont la gaieté bruyante est quelquefois troublée par les disputes des ivrognes. — Le curé choisit ordinairement ce jour pour donner un grand dîner aux notables de l’endroit. – Les jeunes gens et les jeunes filles flânent ou se témoignent publiquement leur amour, en se regardant tendrement et en fouillant dans les poches les uns des autres. —  Quant aux riches ménagères, elles prennent la tasse de café et le coup de liqueur. Quelques-unes fument, mais cela est rare. Chez les hommes cette habitude contractée dès l’âge de treize ou quatorze ans est générale ; aussi la consommation que les campagnes fait en tabac à fumer est-elle énorme. Il n’en est pas de même du tabac en poudre, quelques vieilles femmes seulement en font usage [1] (*).

COURSES DE  CHEVAUX. – Le goût des courses de chevaux est aussi répandu dans la Basse-Bretagne qu’en Angleterre. — Les courses locales y sont en usage depuis un temps immémorial. Les paysans se cotisent pour faire les frais du prix. Un mouton, ou  quelquefois un bœuf, est la récompense du vainqueur. Ces courses ont lieu fréquemment lors des mariages. — Les chevaux qui concourent ne sont pas, comme on peut le penser, des chevaux de prix, mais de bons et vigoureux bidets bretons remplis d’ardeur et capables de résister long-temps à la fatigue. Ce n’est pas aux hommes seuls qu’est réservé l’honneur de la lutte. Les femmes y sont admises celles qui veulent courir ôtent leurs coiffes et se ceignent la tête d’un ruban rouge pour retenir leurs cheveux ; ensuite, montant à cru comme un soldat romain, cramponnées sur leur coursier qu’elles excitent de la voix et du geste, elles se précipitent dans la carrière, bravant le danger de se rompre le cou ou de rester comme Absalon suspendues aux branches basses de quelques arbres, sans compter d’autres grotesques accidents, car ces courses, qui sont de véritables parties de plaisir pour les paysans, n’ont pas lieu comme les courses solennelles sur un terrain plat ou sur une grève unie, elles ressemblent aux courses au clocher des Anglais. Le but qu’il faut atteindre est souvent à une lieue de distance, et pour y arriver on doit franchir tous les obstacles qu’opposent les haies, les ravins, les pentes rapides et les coteaux escarpées. – Du Côté de Quimper il y a des courses ou le cheval porte à la fois le cavalier et sa femme en croupe. Ce sont les plus dangereuses.

HABITUDES RURALES. — Les maisons, cachées derrière des fossés (buttes couvertes d’arbres et de boissons), sont toujours situées dans les lieux les plus bas, afin que les eaux, s’y réunissant, putréfient plus vite les pailles, les joncs et les genêts dont les cultivateurs font leur fumier. Un hangar couvert de chaume reçoit les charrues et les instruments de labourage. L’aire à battre les grains est découverte. On connaît peu l’usage des granges ; les grains se déposent dans les greniers de la maison principale, et les pailles se conservent en mulons, (meules). Autour de l’habitation s’étendent les vergers, les champs et les prairies, toujours entourées de fossés couverts de chênes ou de frênes, d’épines blanches, do ronces on de genêts. Ces fossés Sont tapissés de violettes, de perce-neige, de roses, de jacinthes sauvages, de mille fleurs des couleurs les plus vives d’une variété incroyable ; l’air en est parfumé l’œil en est enchanté. Mais an milieu de ces sites délicieux vivent des Bas-Bretons sales, grossiers, sauvages. Leurs habitations, sans lumière, sont pleines de fumée : une claie légère la divise. Le maître du ménage, sa femme, ses enfants et ses petits-enfants en occupent une partie ; l’autre contient les bœufs, les vaches et les autres animaux de la ferme. Les maisons n’ont pas ordinairement 30 pieds de long sur 15 de profondeur ; une seule fenêtre, de 18 pouces l’ouverture, leur donne un peu de jour ; le rayon lumineux éclaire un bahut sur lequel est une masse de pain de seigle posée sur une serviette grossière. Deux bancs, on plutôt deux coffres sont à côté du bahut, qui sert de table. Aux deux côtés d’une vaste cheminée sont placées de grandes armoires ouvertes, et à deux étages. Là, superposés, et séparés seulement par quelques planches, sont les lits où couche la famille on n’y peut entrer que penché car la hauteur des étages n’est quelquefois que de deux pieds. Un sac plein de balle d’avoine ou de seigle, sert de matelas beaucoup sont sans draps ; des étoffes de laine grossière, de fil d’étoupes, de poils tissus ou d’antres sacs de balle, serrent de couvertures. Le reste de l’ameublement répond aux lits ; il est composé d’écuelles de terre, de quelques assiettes d’étain. d’un vaisselier, d’un plateau de fer pour faire les crêpes, de chaudrons, d’une poile et de plusieurs pots à lait.

CAQUEUX. — La Basse-Bretagne a eu, long-temps ses Parias. – Les cordiers, les écorcheurs de bêtes mortes étaient autrefois nommé.. caqueux, cacous ou caquins, et considérés comme infâmes. — Quelques auteurs pensent qu’ils sont les descendants des Alains, que les Bretons avaient réduits en esclavage. — Quoi qu’il en soit, ils inspiraient un tel mépris qu’en 1436, l’évêque de Tréguier leur prescrivit de se placer au bas des églises lorsqu’ils assisteraient au service divin. — On les traitait comme des lépreux, François II, dans le XVe siècle, leur prescrivit de porter sur leurs vêtement une marque apparente. — On poussa la rigueur à leur égard jusqu’à leur refuser de les laisser remplir leurs devoirs religieux, et on repoussa leurs cadavres du cimetière chrétien. Il fallut des arrêts du Parlement pour les rétablir dans le droit commun ; cependant à Maroué, prés de Lamballe, où il existait une corderie célèbre, les cordiers étaient encore, il y a vingt ans, enterrés à part. Aujourd’hui même, dans les campagnes, on les mépris et on les dédaigne, et les familles qui jouissent de quelque réputation ne voudraient pas contracter d’alliance avec eux quel que fût l’avantage qu’elles pussent d’ailleurs y trouver.

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DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.

POLITIQUE — Le département nomme 6 députés. – il est divisé en 6 arrondissements électoraux, dont les chefs-lieux sont: Saint-Brieuc (ville et arr.), Dinan, Guingamp, Lannion, Loudéac.

Le nombre des électeurs est de 1,499

ADMINISTRATIVE. — Le chef-lieu de la. préfecture est Saint-Brieuc.

Le département se divise on 5 sous-préfectures ou arrond. comm.

  Saint-Brieuc. .   12        cantons,            95 communes,     171,730 habit.

  Dinan                     10                                   91                                111.739

  Guingamp             10                                  75                                115,679

  Lannion                  7                                   62                                103,120

  Loudéac                  9                                   56                                 96,604

 Total                          48        cantons,      377 communes, 598,872 habit.

 

 

Service du trésor public. — 1 receveur général et 1 payeur (résidant à Saint-Brieuc,. 4 receveurs particul, 5 percept d’arrond.

Contributions directes,. — 1 directeur (à Saint-Brieuc), et I insp.

Domaines et Enregistrement. — 1 directeur (à Saint-Brieuc), 2 inspecteurs. 3 vérificateurs.

Hypothèque. — 5 conservateurs dans les chefs-lieux d’arrondissements communaux.

Contributions Indirectes. — 1 directeur (à Saint-Brieuc), 4 directeurs d’arrondissements, 6 receveurs entreposeur.

Forêts. — Le département fait partie de la 25e conservation forestière, dont le chef-lieu est Saint-Brieuc

Ponts-et-chaussées. — Le départ. fait partie de la 10′ inspection, dont le chef-lieu est Rennes, — Il y a 1 ingénieur en chef en résidence à Saint-Brieuc, chargé en outre de la surveillance du canal de Nantes a Brest, et 1 ingénieur ordin. faisant les fonctions d’ingénieur en chef à Glomel.

Mines. — Le département fait partie du 3e  arrondissement et de la 1e division, dont le chef-lieu est Paris.

Haras. — Le département fait partie, pour les courses de chevaux, du 4e arrond. de concours, dont le chef-lieu est Saint-Brieuc.

Les courses ont lieu dans la première quinzaine de juillet.  La circonscription de l’arrondissement comprend 9 départ. (Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Vendée et Mayenne). – Il y avait à Lamballe un dépôt royal où se trouvaient 151 étalons.  Il a été supprimé en 1854.

Remontes militaires. — Il y a à Guingamp un dépôt de remonte militaire pour la cavalerie de l’armée. Ce dépôt, en 1831,a acheté 529 chevaux : 57 pour la cavalerie de réserve 117 pour la cavalerie de ligne, et 355 pour la cavalerie légère, au prix moyen de 365 fr. 52 c. Total 193,360 fr. (En 1830, le prix moyen avait été de 405 fr. 15 c.)

MILITAIRE. — Le département fait partie de la 13e division militaire, dont le quartier général est à Rennes. — Il y a à Saint-Brieuc : — 1 maréchal de camps commandant la subdivision ; 1 sous-intendant militaire. — Le dépôt de recrutement est à Saint-Brieuc. — La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 5e  légion, dont le chef-lieu est à Rennes.

MARITIME. — Il y a dans le département : à Saint-Brieuc, 1 commissaire de marine ; à Paimpol et à Dinan, 2 sous-commissaires ; à Saint-Brieuc et à Paimpol, 2 trésoriers de la marine, 2 écoles d’hydrographie.

JUDICIAIRE. — Les tribunaux sont du ressort de la cour royale de Rennes. – Il y a dans le département 5 tribunaux de 1ere instance, à Saint-Brieuc (2 chambres), Dinan, Guingamp, Lannion, Loudéac, et 3 tribunaux de commerce, à Saint-Brieuc, Paimpol et Quintin.

RELIGIEUSE. — -Culte catholique. —  Le département forme le diocèse d’un évêché érigé dans le IXe  siècle, suffragant de l’archevêché de Tours, et dont le siège est à Saint-Brieuc. — Il y a dans le département, à Saint-Brieuc : un séminaire diocésain qui compte 160 élèves ; — 3 écoles secondaires ecclésiastiques à Dinan, à Tréguier et à Plouguernével. — Le département renferme 7 cures de 1ere classe, 41 de 2e, 315 succursales et 292 vicariats. — Il. y existe des frères de la doctrine chrétienne et 14 communautés religieuses et hospitalières de femmes.

UNIVERSTE. —  Le département des Côtes-du-Nord est compris dans le ressort de l’Académie de Rennes,

Instruction publique. — Il y a dans le département:  4 collèges, à Dinan, à Lannion, à Saint-Brieuc, à Guingamp – Le nombre des écoles primaires du département est de 165, qui sont fréquentées par 1l,309 élèves, dont 6,402 garçons et 4,937 filles. — Les communes privées d’écoles sont au nombre de 266.

SOCIETES SAVANTES, ETC.- Il existe a Dinan une Société d’Agriculture, de Commerce et d’Industrie ; — à Saint-Brieuc, une école d’application ose arts et métiers ; — à Loudéac, Guingamp et Lannion, des Sociétés d’Agriculture.

 


[1] (*) On a remarqué que depuis quelques années la consommation de tabac avait pris, dans le département des Côtes-du-Nord, un considérable accroissement, ce que la régie a attribué. aux réunions fréquentes des gardes nationaux. Le département renferme 605 débitants, et le produit des ventes s’est élevé en 1831 pour 332,333 kilogrammes, à 2,377,999 fr. 64 cent.

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Prochainement suite et fin :

POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DÉPENSES DÉPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

 

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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France Pittoresque – 1835 : Côtes-du-Nord (1)

Département des Côtes-du-Nord. ( Ci-devant Basse-Bretagne )

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HISTOIRE
ANTIQUITÉS
CARACTÈRE, MŒURS, ETC.
COSTUMES.
LANGAGE.
NOTES BIOGRAPHIQUES.
TOPOGRAPHIE.
METEOROLOGIE
HISTOIRE NATURELLE.
VILLES, BOURGS, CHÂTEAUX, ETC.
VARIÉTÉS. — MŒURS BRETONNES.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DÉPENSES DÉPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

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Les Curiosolites et les Ambiliates étaient, à l’époque de la guerre de l’Armorique contre César, les peuplades principales habitant le territoire qui forme aujourd’hui le département des Côtes-du-Nord. — Ce pays, compris dans la troisième Lyonnaise, fit ensuite partie de la Bretagne, suivit toutes les vicissitudes de cette grande province, et fut avec elle réuni à la France. — Il avait eu à souffrir beaucoup pendant les guerres de la ligue, mais depuis sa réunion, jusqu’en 1758, il jouit d’une tranquillité profonde. A cette époque les Anglais débarquèrent sur la Côte de Saint-Cast et jetèrent l’alarme dans la Bretagne ; mais huit jours après ils furent forcés de regagner honteusement leurs vaisseaux. — Pendant la Révolution, le département prit peu de part à la guerre civile ; ce fut néanmoins sur son territoire que se livra le combat où fut tué, en 1795, lors de l’expédition de Quiberon, le chevalier de Tinteniac, commandant une division de l’armée rouge, c’est-à-dire de paysans bretons qu’on avait revêtus de costumes anglais.

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ANTIQUITÉS

Les antiquités druidiques des Côtes-du-Nord ne sont ni aussi considérables, ni aussi multipliées que celles du Finistère et du Morbihan. On y voit des peulwens, des dolmens, des pierres branlantes, des tumulus, etc. — Nous nous bornerons à citer la pierre branlante de l’île de Bréhat et le tumulus de Lancerf.

Le département renferme les ruines de deux villes antiques, Corseul, capitale de Curiosolites, qui existait à peu de distance de Dinan ; et Rhéginea, port romain dont on voit des traces à Erqui, près de Lamballe. — Corseul était une ville importante où aboutissaient quatre voies romaines. De nombreux débris, témoignent de son ancienne grandeur, notamment les ruines d’un temple octogone que quelques auteurs ont cru être le fanum Martis, dont il est question dans la table théodosienne. Outre des tombeaux renfermant des ossements d’une grande dimension, on y a découvert du verre à vitres, et, ce qui doit paraître plus curieux, une espèce de pipe en terre rouge, qui semblerait prouver que quoique les anciens Gaulois ne connussent pas le tabac, ils avaient l’usage de fumer quelques plantes fortes âcres et aromatiques. — Les antiquités d’Erqui se bornent à quelques murs ruinés, à des médailles effacées, et à une mosaïque assez bien conservée. — En 1808 et en 1824, la mer a laissé à découvert sur la plage de Binic, les restes d’un ancien édifice de 80 pieds de long, sur 40 de large, dans ses murailles, que quelques savants du pays croient de construction antique, on a recueilli environ 200 médailles des empereurs romains et quelques monnaies espagnoles à l’effigie de Charles-Quint. — C’est près de là, à Pordic, qu’existe le camp romain, vulgairement appelé camp de César. — L’espace nous manquerait pour signaler les vieux châteaux féodaux, les nombreuses églises antiques et les vieilles abbayes (presque toutes fondées par des saints Bretons) qui existent dans le pays ; mais nous mentionnerons un monument célèbre dont l’antiquité et la destination sont depuis long-temps l’objet des controverses des savants. Le temple de Lanleff, qui sert aujourd’hui de vestibule à l’église du lieu, est un édifice circulaire à double enceinte concentrique, dont l’une est en partie détruite. — L’enceinte intérieure, de 30 pieds de diamètre, est percée de douze arcades voûtées en plein cintre et décorées de pilastres. — Ces arcades sont d’une largeur inégale et varient de 5 pieds à 5 pieds 9 pouces. Douze colonnes de grandeurs diverses sont adossées à la muraille, une entre chaque arcade ; les plus petites au nombre de huit, ont 8 pieds et quelques pouces de haut y compris les chapiteaux et les soubassements ; les quatre plus grandes sont hautes de 15 pieds sans chapiteaux et placées aux quatre points cardinaux. L’enceinte extérieure, située à 9 pieds de l’autre, présente aussi douze colonnes qui paraissent avoir soutenu une voûte à clef. — Il ne reste qu’un tiers de cette voûte, c’est la partie située du côté de l’église. Deux arcades voisines de la porte, fermées par une maçonnerie, forment aujourd’hui la sacristie : une autre sert à soutenir l’escalier du clocher ; enfin une quatrième a été convertie en chapelle. Entre les colonnes qui soutiennent la voûte et en face des grandes arcades sont douze fenêtres décorées de colonnes et construites comme les meurtrières des anciennes fortifications. Au-dessus de chaque couple d’arcades se trouve une grande ouverture cintrée par en haut. L’enceinte du temple a été couverte ; on aperçoit encore les traces de l’endroit où le toit s’appuyait, il n’y avait qu’une seule porte d’entrée, voûtée en plein cintre et large de 10 pieds sur 13 de hauteur ; elle est située du côté de l’orient. — L’église est construite en granit rouge et gris, qui a de l’analogie avec le poudding siliceux. — L’intérieur du monument a été garni d’un pavé ; on en trouve quelques fragments entre les arcades et l’enceinte extérieure. — La maçonnerie est par assises régulières jusqu’au dessus des arcades. Le reste est composé de pierres de dimensions différentes. — L’architecture est un mélange grossier d’ordre toscan et d’ordre gothique. Les ornements des chapiteaux et les socles des colonnes ne sont ni de la même forme ni de la même grandeur. Les chapiteaux représentent des pommes de pin. Ils sont surmontés d’un listel et d’une volute peu saillants, représentant par le profil diverses têtes de bélier. — On remarque, sur les chapiteaux des colonnes qui soutiennent le plein cintre de l’arcade intérieure qui fait face à la porte deux bas-reliefs, l’un sur la colonne du côté du midi, représentant deux béliers superposés, l’autre sur la colonne du nord offrant un cercle rayonnant, image grossière du soleil. — Un if majestueux, planté dans l’enceinte intérieure (qui sert de cimetière à la commune), a cru au centre du monument qu’il domine aujourd’hui de son feuillage et auquel il forme un dôme pittoresque.

Les savants bretons sont loin d’être d’accord sur le monument de Lanleff: les uns y voient un ancien temple armoricain, les autres une construction romaine consacrée au culte du soleil [1] (*) ; quelques-uns un ancien hôpital pour les pèlerins revenant de la terre sainte, ceux-ci une église bâtie par les templiers, ceux-là lin baptistaire des chrétiens primitifs. Nous ne nous hasarderons pas à décider la question.

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CARACTÈRE, MŒURS, ETC.

Les habitants des villes, dans le département des Côtes-du-Nord, ont des moeurs simples et faciles. Ils sont affables et prévenants avec les étrangers, intelligents, actifs et industrieux. Doués d’aptitude pour les sciences et les lettres, ils attachent de l’importance à les cultiver, et ils sont généralement plus instruits qu’on ne pourrait le supposer, d’après la situation reculée de leur département.

Les habitants des campagnes diffèrent en plusieurs points de ceux des villes. La complexion du paysan bas-breton est forte et nerveuse, il a la stature épaisse et courte, la poitrine ouverte, les épaules larges, les traits mâles et le regard assuré. Ses dents sont blanches, son teint est brun, sa chevelure noire et sa barbe fournie, — Il a naturellement le caractère impétueux et les passions violentes. L’usage des liqueurs fortes et l’ivrognerie à laquelle il est enclin, augmentent la fureur de ses emportements. On a remarqué que dans les querelles, le Bas-Breton, semblable au taureau, lutte et frappe violemment avec la tête. Il a d’ailleurs des qualités réelles ; il est franc et loyal, charitable et hospitalier, réservé, grave et patient. — On reproche aux paysans bretons un entêtement opiniâtre, une indolence apathique, une curiosité irréfléchie et une crédulité par fois trop naïve. — Leur humeur est généralement mélancolique, mais ils ont généralement une imagination vive et poétique, et une sorte d’éloquence naturelle, chaleureuse et persuasive. — Malgré la rudesse extérieure et une brusquerie souvent excessive, le fond du caractère du Breton est la bonté et la sensibilité. Il aime son pays avec passion et languit quand il en est éloigné. L’attachement qu’il a pour son village et pour sa famille quelle que soit l’insensibilité apparente qu’il témoigne dans les relations domestiques, ne peut être comparé qu’à celui qu’il porte à la religion de ses pères. Il est dévot et superstitieux. Les prêtres excellents en Bretagne une grande influence, et cela se conçoit facilement : le curé d’un village parle la même langue que ses paroissiens, a les mêmes goûts et mène comme eux une vie rude très sévère. — Le Bas-Breton nourrit une haine héréditaire pour les Anglais, anciens ennemis de son pays. Il déteste les Normands, actifs et astucieux, qui, grâce a une activité soutenue, se sont emparés du commerce de la Bretagne ; enfin il considère à peine comme des compatriotes les Français qui ne parlent pas sa langue.

Les paysans bretons ont un langage emphatique et solennel ; ils entremêlent leurs discours de proverbes et de passages de l’Ecriture sainte. La Bible est presque le seul livre de ceux qui savent lire. Une économie poussée jusqu’à l’avarice est assez commune chez les cultivateurs. Quelle que soit leur richesse, et il en est qui possèdent 15 000 francs de rentes, leur manière de vivre, grossière et frugale, est la même que celle des plus pauvres. Ils mangent de la viande deux ou trois fois par semaine. Leurs autres repas se composent de bouillie, de crêpes, de galette, de pain de seigle ou d’orge, point de légumes frais, jamais de poisson, excepté quelques livres de morue pendant le carême. — Le vin est un luxe qu’ils ne se permettent qu’au cabaret, mais alors ils en boivent avec excès.

MARIAGES. — Le mariage, suivant les localités, est accompagné, en Basse-Bretagne, de cérémonies et d’usages qui remontent à une haute antiquité. — A l’île-aux-Moines, se sont les filles qui demandent les garçons en mariage. — Ailleurs, le jeune époux doit enlever sa fiancée après l’avoir fait long-temps demander par une espèce de barde ou de poète que l’on nomme discoureur. — Ailleurs encore, et alors même que le mariage est convenu, la jeune fille ne sort de la maison paternelle, pour aller à l’église, que lorsque deux chanteurs parlant en vers, l’un au nom de l’époux, et l’autre au nom de la famille de la fiancée, ont fait long-temps assaut d’esprit pour l’obtenir et pour la refuser. Le poème de Marie présente une agréable peinture de cette lutte poétique. — Quelquefois avant de s’engager, les grands parents se visitent réciproquement pour examiner leur avoir-mobilier. Cette entrevue intéressée s’appelle ar weladen, la revue. Quelques écus de plus ou de moins suffisent dans ce cas pour faire rompre l’union la mieux assortie. — Dans plusieurs communes, la jeune épouse paraît à l’église avec les habits de sa grand’mère ou de sa bisaïeule ; ce sont des vêtements riches et éclatants qui ne servent que dans de rares occasions ; on se les transmet de génération en génération. — Une coutume touchante et assez généralement répandue dans les Côtes-du-Nord, c’est de faire célébrer, le lendemain du mariage, un service solennel en l’honneur des parents qu’on a perdus.

UNE NOCE. — Dans un grand nombre de communes on ne s’occupe de mariages qu’à l’approche des fêtes de Noël, pourvu toutefois que la récolte des pommes ait été abondante ; car si le cidre man­que, tout est ajourné à l’année suivante. L’amour ne joue aucun rôle dans toutes ces unions. Il n’est pas même d’usage que ce soient les parents qui s’en occupent. Un ami ne se hasarderait jamais à offrir à son ami d’unir leurs enfants, quels qu’en fussent d’ailleurs leurs désirs mutuels. — Des entremetteurs banaux, le plus souvent des tailleurs, négocient les mariages. Une entrevue a lieu dans un cabaret du bourg  voisin. — Le jeune homme et la jeune fille y assistent, mais ce sont les pères seuls qui décident. — Après avoir préalablement bu quelques rasades, on s’occupe de l’objet de la réunion, et comme le mariage est devenu un simple marché, il ne faut pour le décider guère plus de paroles que pour la vente d’un cheval ou l’achat d’une paire de bœufs. Quand les chefs des deux familles se sont frappés la main, la séance est levée ; les deux accordés qui, peut-être, ne s’étaient jamais vus et ne se sont pas dit quatre mots pendant la discussion qui vient de décider de leur sort, suivent leurs parents à la mairie et à la sacristie, afin d’y arrêter les fiançailles. — Un mois après ils reviennent au bourg, accompagnés seulement des témoins nécessaires, y contractent le mariage civil, et se séparent souvent ensuite pour ne plus se revoir qu’à l’époque de la cérémonie religieuse. —  Cependant on invite pour les noces trois ou quatre cents parents, amis et connaissances, et si on ne veut pas sacrifier une paire de boeufs, on traite avec le boucher pour un certain nombre de quintaux de viande, et avec un boulanger pour quelques voitures de pain de pur froment. Chaque famille doit en outre fournir une quantité de pain de seigle. On tue trois ou quatre porcs gras, une douzaine de veaux. — Vingt ou trente barriques de fort cidre sont disposés pour le festin. — Toutes les pièces de la maison et de celle du voisin, les granges, les hangars et souvent les étables, sont transformés en salles de banquets. — On va en cérémonie chez les plus proches parents de la famille ou chez les individus les plus considérés du lieux, pour leur offrir les fonctions honorifiques, mais accablantes qu’ils auront à remplir pendant la durée de la fête. — L’un apprend avec orgueil qu’il a été préféré aux principaux notables de la paroisse, et quelquefois même au maire, pour être le cuisinier, L’autre se réjouit d’être chargé, pendant deux jours et deux nuits du fatigant office d’échanson. Celui-ci doit être le rend maître des cérémonies. Celui-là promet de remplir de son mieux la charge honorée de bouffon ; tous les quatre reçoivent pour marque distinctive un nœud de rubans qu’ils porteront attaché à l’épaule. — Enfin le grand jour arrive. Dès le matin les invités se hâtent d’accourir. Chaque chef de famille dépose entre les mains du cuisinier la longe de veau qu’il offre pour cadeau de noces, et l’aînée de ses filles présente à la femme chargée de la police féminine, l’écuelle de beurre frais dont elle fait hommage. — Arrive enfin l’époux escorté de ses proches et de son garçon d’honneur, porteur du panier où est contenu une partie du trousseau. Il salue l’assemblée, dont chaque membre l’embrasse ; puis il offre une ceinture en ruban moiré d’or à sa compagne future. Chaque garçon s’empresse d’en présenter une pareille, ou moins riche, a la fille qu’il préfère, et qui contracte, en la recevant, l’obligation de danser avec lui. — On part pour l’église. La cérémonie nuptiale a lieu. —  Dès que la mousqueterie et des cris sauvages annoncent le retour de la noce, les vieillards et les enfants, restés au logis, s’avancent sur la pelouse, à l’entrée du village, où est dressée une table sur laquelle se trouvent un pain de froment, une moche de beurre, du cidre et un verre. Le maître des cérémonies rompt ce pain et en offre un morceau au mari, qui en donne la moitié à sa nouvelle compagne. Ensuite l’échanson présente à celle-ci un verre de cidre qu’elle effleure de ses lèvres et qu’achève d’un trait le mari. Tous les invités boivent à la santé et au bonheur des nouveaux mariés. — C’est au milieu de leurs vœux bruyants, au son éclatant des haut-bois et des bignoux, et précédé des quatre grands officiers de la noce, que le couple nouveau rentre dans le village et va s’asseoir enfin au festin nuptial. Le premier service se compose de plats copieux, de soupe, de bœuf et de lard. Au second et au troisième paraissent d’énormes pièces de viandes bouillies, et le sel qui doit leur servir d’assaisonnement. A l’issue du repas, les mariés vont visiter les mendiants rangés et assis au dehors, souvent au nombre de 2 à 300, et qui ont en aussi leur part du festin Ils choisissent parmi eux un homme et une femme avec lesquels ils commencent la danse par une ronde qui devient bientôt générale ; à cette ronde succède une vive promenade circulaire, suspendue, au milieu de chaque strophe de l’air qui l’accompagne, par des pas cadencés et par un bond qui termine la mesure ; les danseurs sont divisés par couples, c’est ce qu’on appelle le bal. — Au coucher du soleil on sert le souper uniquement composé des énormes quartiers de veau apportés en présent, arrosés par d’abondantes libations de cidre. Puis on danse jusqu’à ce qu’enfin on conduise le mari auprès de sa femme qui l’attend dans le lit nuptial, la face collée contre la muraille et revêtue d’un nouvel habillement complet. On y pousse le mari sans lui permettre de se déshabiller, et aussitôt, assailli par ses proches et ses amis, il reçoit et leur rend leurs accolades, et répond, tant qu’il lui est possible, aux toasts qu’ils lui portent :  ils ne le quittent que lorsque épuisé de fatigue et succombant à son ivresse, ils l’ont vu s’endormir et ronfler adossé à la jeune mariée. — Dans plusieurs communes, l’épouse est confiée pendant la première nuit à la surveillance du garçon et de la fille d’honneur, qui se couchent tous les deux entièrement vêtus entre le nouveau couple. – La noce dure quatre jours. — Le quatrième, le mari et sa femme ne paraissent pas à table et y servent, à leur tour, les dignitaires harassés qui prennent leur revanche. Le cinquième jour au matin tout est rentré dans l’ordre. Les familles des nouveaux mariés règlent la part que chacune d’elles doit supporter dans la dépense commune qui, lorsqu’elles ont de l’aisance s’élève souvent de 1,500 à 2,000 francs. — Tout terminé et balancé à un centime prés, la jeune femme quitte la maison paternelle.

CONDITIONS DES FEMMES. — “ Les femmes (dit M. Habasque) ne tiennent, dans les campagnes de la Basse-Bretagne, qu’un rang, secondaire. Elles servent leur mari à table et ne lui parlent jamais qu’avec respect. Dans les familles peu riches, elles travaillent aux champs et se livrent à tous les travaux pénibles  Elles ne sont point jolies, leurs traits sont sans délicatesse, leurs vêtements sont lourds et ne laissent entrevoir aucune forme. — C’est une beauté d’avoir le teint rouge et animé. – Dans quelques localités, les jeunes filles coquettes se graissent le front pour l’avoir luisant. — En Basse-Bretagne, comme en Angleterre les jeunes filles jouissent d’une grande liberté. Elles courent le jour et la nuit avec les jeunes gens, sans qu’il en ait long-temps résulté aucun désordre apparent. Les mœurs commencent à être plus relâchés depuis quelques années. Les pileries de lin, la fenaison, les travaux de la moisson réunissent les jeunes gens des deux sexes. Ils se rencontrent aussi aux fileries ou veillées nôzveziou. ”

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COSTUMES.

Les vêtements du paysan riche ne diffèrent de ceux du paysan pauvre que par l’étoffe. Ceux du premier sont ce drap, et ceux du second en toile, hiver comme été. Le cultivateur riche porte des souliers, et le cultivateur pauvre, quand il ne va pas nu-pieds, ne se sert que de sabots. Le riche a en outre des guêtres de cuir retenues par des boucles en cuivre. Il se couvre dans le mauvais temps d’un manteau bleu ou brun. Les femmes riches et pauvres ont des mantelets à capuchons, nommés en breton joubelinen, et dont l’étoffe varie, suivant le plus ou moins d’aisance de celles qui les portent. — Un luxe qui s’est introduit depuis quelques années chez les paysans aisés, est l’usage d’une montre d’argent. Une montre est la première demande que fait un conscrit remplaçant.

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LANGAGE.

Le langage brezounecq, vulgairement nommé bas-breton, est la langue nationale de plus de l,100,000 habitants sur les 1,556,790 qui composent la population des départements du Morbiban, du Finistère et des Côtes-du-Nord [2] (*) . Cette langue est considérée par les savants de la Bretagne comme l’ancienne langue celtique. Elle a beaucoup plus de ressemblance avec le gaelic d’Irlande (irlandais) et le gaelig de la Haute-Ecosse (erse), qu’avec le  cymraëg du pays de Galles (gallois) Les Bretons qui la parlent sont appelés Bretous-bretonnans. — Cette langue est la seule dont on se serve dans les campagnes ; tous les habitants des villes la parlent et la comprennent, excepté peut-être ceux de Bre5r, où elle est étrangère à une grande partie de la population. — La langue brezounecq se divise en quatre dialectes principaux : ceux de Léon et de Tréguier, qui ont entre eux beaucoup de rapport ; ceux de la Cornouailles (Quimper-Corentin} et de Vannes, dont la différence avec les deux premiers est telle, qu’un Léonais se fait difficilement comprendre dans la Cornouaille, et qu’il n’est pas du tout compris dans le Morbihan. — Cette différence, toutefois, existe plutôt dans la prononciation que dans les termes ; car M. Habasque, auquel nous empruntons une partie de ces détails sur le brezounecq, assure qu’après un mois de fréquentation il est facile à un habitant de Léon ou de Tréguier de causer avec un Vannetais sur tous les sujets possibles. — Le dialecte léanais qui ne renferme qu’un petit nombre de mots bretonnisés, et dont la prononciation est douce et rarement gutturale, passe pour le meilleur des quatre dialectes. La langue bretonne quoique pauvre, a de la force et de l’énergie, parfois de la grâce et de la douceur. Elle possède des tours et des locutions agréables. — Au désir de vous revoir ; — Au regret de vous quitter, sont des termes d’adieux employés dans lai campagnes. Quand le temps est beau les paysans disent E bad é beva hirio. il est doux de vivre aujourd’hui. — Cette langue abonde en termes qui expriment les opérations du labourage. — Les mots nouveaux dont elle s’augmente et qui indiquent des découvertes modernes y passent avec leur signification primitive. On se contente d’en allonger un peu la prononciation ou d’en changer légèrement la désinence, ainsi de fusil on a fait fusuil, et de sabre, sabren. La grammaire bretonne est simple et peu comp1iquée ; les règles y sont en petit nombre. Les noms n’y ont qu’un genre, ce qui explique pourquoi les Bretons qui commencent a parler français disent un tille, un maison, le beau jument, etc. ; les adjectifs sont invariables, et dans les verbes il suffit de connaître la première personne de chaque temps, toutes les autres étant les mêmes au singulier et au pluriel, et n’étant distinguées que par le pronom personnel. — L’orthographe de la langue bretonne ne paraît pas être fixée d’une façon hors de toute contestation, ce qui provient de ce que la plupart des monuments littéraires de cette langue sont encore conservés par la tradition et par la mémoire plutôt que par l’impression. — Cette langue renferme quelques syllabes och, ech, ach, dont la prononciation est gutturale et doit être fortement aspirée. — Les cultivateurs Bas-Bretons parlent leur langage avec une grande pureté et observent scrupuleusement les règles de leur syntaxe. Ils emploient toujours le mot propre et raillent volontiers les habitants des villes qui prononcent mal ou se servent de locutions vicieuses. Ainsi, en brezounecq, deux termes signifient chemise ; l’un désigne celle de l’homme, l’autre celle de la femme. Le citadin qui, ignorant cette différence, fait indistinctement usage de l’un ou de l’autre, prête à rire au paysan. – La langue brezounecq commence néanmoins à perdre de son empire. Avant la Révolution, chaque paroisse renfermait au plus quatre ou cinq personnes sachant le français. Aujourd’hui il n’y a pas d’enfant de cultivateur aisé qui ne le parle ou ne le comprenne. Autrefois, dans les petites villes, les ouvriers et les domestiques ne parlaient que le brezounecq ; maintenant ils se servent indistinctement de l’un ou de l’autre idiome. — L’ancienne littérature bretonne on celtique est considérée comme a peu près nulle. — Des ballades historiques, pareilles aux fameuses romances espagnoles, des lais, des fabliaux, des romans de chevalerie ont existé dans cette langue ; mais les seuls morceaux un peu anciens qui aient été autrefois imprimés sont une Vie de Saint Guignolé ; un petit drame, la Prise de Jérusalem par Titus ; et Les Amourettes du vieillard, petite comédie dans laquelle le barbon amoureux est berné et joué comme de coutume. Quant à la littérature moderne, on y remarque quelques ouvrages ascétiques, pour la plupart traduits du français, des cantiques où la beauté des images se joint à la richesse de l’expression ; un poème de Michel Morin plein de verve et d’originalité ; le roman des Quatre fils Aymon ; les Fables d’Esope ; les Lamentations de Jérémie, etc. — La partie brillante de la littérature bretonne est la chanson ; mai, ces poésies fugitives sont rarement imprimées. On cite comme un chant véritablement populaire celui qui commence par ces mots An ini Goz. On dit que dans les pays étrangers il produit sur les soldats bretons le même effet que le Raez des vaches sur les Suisses éloignés de leur patrie.

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NOTES BIOGRAPHIQUES.

Nous avons eu de renseignements sur les limites distingués qui appartiennent au département ; nous nous bornerons à citer les suivants: Un savant érudit, le conventionnel Yves AUDREIN, évêque constitutionnel du Finistère, qui vota la mort de Louis XVI et défendit plus tard avec une chaleur courageuse sa fille, Marie-Thérèse ; le maréchal de BEAUMANOIR, vainqueur au glorieux combat des Trente ; la famille de BOISGELIN, dont un des membres fut académicien et cardinal ; deux braves marins, le capitaine de vaisseau BOURDÉ et le contre-amiral LE BOZEC ; le savant LE BRIGANT, timide l’illustre Latour d’Auvergne, et comme lui connu par ses recherches sur la langue celtique ; un agronome habile, DE COURSON, fondateur du bel établissement rural de Lysandré ; un antre agronome estimé, BARON DUTAYA ; un savant jurisconsulte du XVIe siècle, François DOUARON, ami et émule de Cujas un membre de l’Assemblée législative, LE DEIST DE BOTIDOUX, auteur d’une traduction des Commentaires de César et de recherches sur les Antiquités celtiques ; le franc et spirituel DUCLOS, historien de Louis Xl, écrivain consciencieux et profond ; un naturaliste distingué, FERRARY, chimiste habile, correspondant de l’Académie royale de médecine ; le féroce EDER DE FONTENELLE, sieur de Beaumanoir, un des chefs de la Ligue au XVe siècle, monstre qui dispute à Gilles de Retz le titre de Barbe-Bleue ; l’auteur d’une Grammaire générale estimée des savants, FROMAGET ; un de ces hommes qui fon honneur à l’humanité, le vertueux LA GARRAYE ; le général GAUTHIER, mort glorieusement à Wagram ; un savant estimable, HABASQUE, auteur de recherches curieuses intitulées Notions historiques, géographiques, etc., sur les Côtes-du-Nord ; le grammairien JEGOU, littérateur instruit dans la langue celtique ; le comte DE KERGARIOU, pair de France sous Charles X, ancien préfet et membre de la Société royale des Antiquaires ; LAGUYO-MARAIS, qui fut un des chefs de la fameuse conspiration de la Rouairie ; le docteur LAVERGNE habile comme médecin, comme chimiste et comme agronome ; un littérateur connu par ses recherches sur la langue celtique, LEGONIDEC, auteur d’un Dictionnaire breton-français, l’illustre MAHÉ DE LA BOURDONNAIS qui conquit Madras sur les Anglais et qui administra si habilement Bourbon et l’île de France [3](*) ; un naturaliste instruit, LE MAHOUT ; un homme vertueux et modeste dont la vie fut pleines de bonnes œuvres ; fondateur de l’institution de bienfaisance connue à Paris sous le nom d’Asyle royal de la Providence ; l’ancien député NEEL DE LA VIGNE, qui a doté son pays natal d’un grand nombre d’établissements utiles ; l’honorable et vertueux DE  QUELEN, archevêque de Paris ; le colonel REVEL, excellent officier des armées de la République, mort au champ d’honneur ; le carme TOUSSAINT DE  SAINT-LUC, historien de Conan Meriadec et de plusieurs des hommes célèbres de la Bretagne ; un saint breton, YVES HELORY, homme éloquent et austère qui, dans le XIIIe siècle, fut surnommé, l’avocat des pauvres ; etc.

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TOPOGRAPHIE.

Le département des Côtes-du-Nord est un département maritime, région du nord-ouest, formé de la Basse-Bretagne. — Il a pour limites : au nord, l’Océan ; à l’est, le département d’llIe-et-Vilaine ; au sud, celui du Morbihan ; et à l’ouest, celui du Finistère. — Il tire son nom de sa position maritime sur la Manebe, qui baigne toute sa partie septentrionale. — Sa superficie est de 701,231 arpents métriques d’après M. de Prony, et seulement de 644,300 d’après M. Habasque.

SOL. — Le sol, engraissé par le goémon et les autres plantes marines, se compose, jusqu’à trois lieues de distance des côtes, de terres excellentes ; dans l’intérieur du département, la superficie du terrain est une couche de terre à bruyères ou de landes qui est d’ailleurs assez fertile.

MONTAGNES. — Le département est traversé de l’est à l’ouest par la chaîne des Montagnes-Noires, dont le point culminant dans les Côtes-du-Nord, est le Menez-Haut, qui a environ 340 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer.- Cette chaîne y forme deux versants les eaux de l’un se jettent an nord, dans la Manche, et ceux de l’autre au sud, dans l’Océan. Elle se ramifie en un grand nombre de contre-forts qui sillonnent le pays dans tous les sens.

FORÊTS. — On compte dans le département 25 forêts principales, où les essences dominantes sont le chêne, le hêtre, le bouleau et diverses espèces d’arbres verts. — Les plus considérables parmi ces forêts, sont celles de Quenecon (4,000 hectares), de Loudéac (3,800), de la Hunaudaie (3,000),et de Lorgea (2,500).

CÔTES ET PORTS. — Les côtes, déchirées par un grand nombre de baies et creusées par l’embouchure de plusieurs rivières, présentent un développement d’environ 245,000 mètres. Elles sont généralement escarpées et défendues par des roches et des falaises granitiques, au pied desquelles se trouvent dans certaines localités de grandes surfaces de sable que l’Océan découvre à la marée basse. – Les plages sont composées tantôt de sables fermes et solides, comme dans le golfe de Saint-Brieuc, tantôt de sables mouvants et qui offrent des dangers réels, comme la grève de Yaudet, près de Lannion. On trouve sur les côtes du nord plusieurs ports de mer, dont les principaux sont le Legué (port de Saint-Brieuc), Binic, Portrieux (Saint-Quay), Paimpol et Trégnier.

ILES. — La partie la plus septentrionale et occidentale des côtes présente un grand nombre d’îles, dont les plus remarquables sont celles de Goêlo, de Saint-Riom, de Bréhat, de Maudé et le groupe dit des Sept-îles.

RIVIERES. — Aucune des rivières du département n’est par elle-même navigable ; elles ne le deviennent qu’au bord de la mer, à l’aide du flux seulement, et toutes, sauf la Rance, cessent de l’être à la basse marée. Les principales sont : le Guer, le Guindy, le Jandy, le Trieux, le Leff, le Gouet, l’Esron, le Gouesson, l’Arguenon et la Rance, qui coulent tous du sud an nord. et qui ont tout leur cours dans le département ; l’Aven, le Blavet, l’Oust. le Lié, et le Men, Ont seulement leur source dans le département et se dirigent du nord au sud. On évalue la longueur de la partie navigable des rivières à environ 41,000 mètres.

CANAUX. — Le département possède deux canaux. L’un, celui du Blavet à l’Aulne, fait partie de la grande communication projetée de Nantes à Brest ; l’autre, celui d’Ille-et-Rance, réunira les deux versants de la Bretagne et doit avoir 80,796 mètres de développement.

ROUTES. — Depuis quelques années, l’administration locale s’est beaucoup occupée de l’amélioration des communications viables. La partie centrale du pays, et surtout l’arrondissement de Loudéac, ont encore besoin qu’on y en ouvre de nouvelles ; néanmoins, le département est traversé déjà par 6 routes royales, et compte 16 routes départementales outre nombre de chemins vicinaux bien entretenus.


[1] (*)  M. Nether aîné, fils de l’artiste habile auquel on doit les vues des Côtes-du-Nord gravées dans la France pittoresque nous a adressé une notice sur le monument de Lanleff dans laquelle il exprime cette opinion.

[2] (*) Dans le département des Côtes-du-Nord, on parle brezounecq dans les arrondissements de Guingamp et de Lannion, et dans une petite partie de ceux de Loudéac et de Saint-Brieuc. Le français est le seul en usage dans celui de Dinan.

[3] (*) Quelques auteurs prétendent que La Bourdonnais est né à Saint-Malo. — Dinan, dans les Côtes-du- Nord, le réclame de son côté comme un de ses plus glorieux enfants.

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Prochainement suite :

METEOROLOGIE
HISTOIRE NATURELLE.
VILLES, BOURGS, CHÂTEAUX, ETC.
VARIÉTÉS. — MŒURS BRETONNES.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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France Pittoresque – 1835 : Bordeaux (2)

Département de la Gironde.

Bordeaux

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MONUMENTS.
EDIFICES CONSACRES AUX CULTES
HOPITAUX, ETC.
ETABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES.
THEATRES.
ETABLISSEMENTS DIVERS.
ENVIRONS DE BORDEAUX.
POPULATION.
INDUSTRIE COMMERCIALE.


 

MONUMENTS.

             PALAIS-ROYAL. – Construit en 1778. ce palais fut la résidence de l’archevêque jusqu’en 1791. – Alors l’administration départementale s’en empara et y tint ses bureaux. Bientôt après s’y établit le tribunal révolutionnaire. – L’empereur Napoléon en fit, en 1808, un palais impérial. – Le plan de cet édifice est un vaste quadrilatère ; sa principale façade est sur la place de la Cathédrale, place qui est malheureusement fort petite. La porte d’entrée du palais s’ouvre entre deux péristyles uniformes et d’une noble architecture. La façade se compose de deux ordres ioniques et d’une belle balustrade. Une grande cour, ayant à droite et à gauche deux bâtiments symétriques, conduit au perron intérieur. L’édifice impose d’abord par son élévation et son développement. – L’intérieur est distribué avec beaucoup de goût ; le mobilier et les décorations répondent à sa destination. Sur le côté opposé à la façade se trouve un beau jardin. – On regrette que les côtés latéraux soient défigurés par les arceaux où sont établis des marchands de tout genre.

            PLACE ROYALE. – Cette place est bordée d’un quai spacieux, flanquée de deux beaux édifices, symétriques et parallèles (la Bourse et la Douane) ; elle est admirablement bien située au centre de l’arc que décrit la Garonne dans la ville. Les édifices qui la décorent sont une des conceptions de l’intendant Tourny. Elle forme un demi-cercle au centre duquel s’élève une jolie fontaine surmontée d’une colonne corinthienne de marbre rouge, la seule des fontaines de Bordeaux qui soit digne d’être remarquée. – Sur le quai, devant la place, sont les deux magasins de dépôt et la plus grande calle des quais (la calle est une jetée en bois qui facilite le déchargement des navires) ; tout est propre, régulier, symétrique autour de cette belle place. – La Bourse forme l’aile gauche. Elle est abritée par une voûte de 20 mètres de largeur sur 30 de longueur et dont le somme est à 24 mètres du rez-de-chaussée. Cette voûte, construite en planches, est divisée par quatorze lanternes vitrées qui répandent dans la salle une clarté égale au jour le plus brillant. Cette vaste et superbe salle offre encore pour les fêtes publiques un local unique à Bordeaux. – Sa décoration se compose d’un double rang d’arcades, dont chaque pilier pore le nom d’une des villes commerçantes de l’Europe et qui est couronné par un entablement dorique qui en embrasse toutes les faces. Un balcon règne dans son pourtour ; enfin la Bourse est environnée d’un péristyle au rez-de-chaussée où se tiennent les agents de change et les courtiers. Au premier étage du bâtiment de grandes salles sont disposées avec art et destinées aux ventes publiques ; d’autres salles, au même étage (celles du conseil et du tribunal de commerce), sont décorées avec goût et se recommandent surtout par les peintures de leurs plafonds. Tout l’édifice est éclairé avec le gaz. – La douane, dont l’aspect extérieur est entièrement semblable à celui de la Bourse, est située sur le côté droit de la place. Elle est, intérieurement, parfaitement distribuée pour sa destination. Sa façade est grande et noble, et comme tous les bâtiments qui entourent la place, elle est décorée d’arcades, de pilastres, couronnée d’une frise et ornée de diverses sculptures de beau style.

            TOUR DE L’HORLOGE. – Cette tour est l’unique reste de l’ancien hôtel-de-ville, dont la construction n’offrait d’ailleurs rien de remarquable ; mais les quatre tours qui existaient jadis présentaient un ensemble très imposant. Elles avaient été construites en 1246 et étaient hautes de 90 mètres. L’élévation de celle qui reste n’est pas changée, mais le terrain s’est tellement exhaussé que la partie de la voûte sous la cloche se trouve réduite à la moitié de sa hauteur. – La cloche et surtout l’horloge ont passé dans leur temps pour des merveilles. La cloche, fondue au milieu du XVIIIe siècle, et posée e 1775, pèse 15,500, sa hauteur est de 6 pieds et sa circonférence de 17 pieds. – La tour de l’Horloge est ovale, surmontée d’un petit dôme et flanquée de deux tourelles.

            L’HÔTEL-DE-VILLE et LE PALAIS-DE-JUSTICE qui l’avoisine, n’offrent rien de remarquable.

            FORT DU HA.- Son vrai nom était fort du Far (phare), parce qu’il portait une lanterne qui servait de phare aux navigateurs de la rivière. – Construit par Charles VII en même temps que le château Tropeite (Trompette) ; il ne fut jamais ni beau ni grand. – Il n’en reste qu’une partie laide et délabrée, qui sert de prison et s’élève en face de l’hôpital, sur une place qui porte son nom.

EDIFICES CONSACRES AUX CULTES

            Eglises. – Les églises de Bordeaux, eu égard à l’importance et à l’étendue de la ville, ne sont ni assez nombreuses ni assez belles. La plupart vieilles, noires, tristes, sont incomplètes, soit parce qu’originairement elles n’ont pas été achevées, soit à cause des dévastations qu’elles ont subies. Quelques-unes cependant offrent de curieux échantillons de la belle architecture gothique. – La plus ancienne de ces églises est celle de Sainte-Croix : l’époque de sa première construction est incertaine, mais des documents authentiques prouvent qu’elle existait en 653. Dévastée par les Normands en 848, elle fut réédifiée trois ans après par Guillaume-le-Bon, duc d’Aquitaine. – Sainte-Croix, depuis quelques années, a été l’objet d’embellissements bien entendus. On y remarque entre autres décorations modernes deux chapelles armées de peintures à fresque.

            Cathédrale. – Elle est dédiée à saint André. C’est une antique basilique, vaste, très belle dans plusieurs de ses parties, mais dont l’ensemble, œuvre de divers siècles et de plusieurs architectes, manque d’harmonie et de régularité. Elle n’a point été terminée, elle est mal réparée et reste à demi enclavée dans les constructions qui l’environnent ; elle manque surtout d’un porche et d’une place. On y entre par un des bras de la croisée ; ce bras est flanqué de deux clochers que surmontent deux flèches aériennes de la plus grande hardiesse, et de 150 pieds d’élévation ; elles dominent toute la ville. Deux clochers semblables devaient s’élever au bras de la croisée opposée ; on doit les regretter. La nef du chœur est admirable par sa hauteur et par sa symétrie ; c’est ce que l’église offre de plus remarquable. L’édifice, enrichi de superbes détails gothiques, est du XIe siècle : il a 126 mètres de longueur totale. Son clocher, isolé et distant de 25 pas de l’église, fut construit en 1440, et nommé Peyberland, du nom de Pierre Berland, fils d’un paysan de Médoc, qui devint archevêque de Bordeaux. Il avait autrefois, avec sa flèche, 300 pieds de haut et était de style gothique et d’une grande beauté. La flèche fut abattue en 1793, et le clocher, haut encore de 100 pieds, devenu informe à force de dégradations, est aujourd’hui une fabrique de plomb de chasse.

            Saint-Seurin est aussi une église antique ; elle renferme plusieurs tombeaux de différentes époques. C’est une coutume fort ancienne, chez les mères et les nourrices du Bordelais, de se rendre chaque année, au mois de mai, dans la chapelle souterraine de l’église Saint-Seurin, où sont renfermées les reliques de saint Fort, pour faire baiser son tombeau à leurs nourrissons. Ce saint a la réputation d’être favorable à la santé des petits enfants ; un nombre considérable de femmes y viennent donc faire dire les évangiles sur la tête de leurs nourrissons. L’efficacité de cette lecture n’est pas bien démontrée ; il est plus certain que l’extrême fraîcheur de l’église, opposée à l’extrême chaleur et à l’air étouffé du caveau, où la foule entasse, nuit aux faibles créatures qu’on y transporte.

            Eglise Saint-Michel. – Construite en 1160, d’un style d’architecture plus pur que celui de l’église Saint-André, elle est plus petite que celle-ci et plus noire, plus lugubre encore ; son clocher, également isolé, énorme, mutilé, fut construit en 1480, et avait (avec la flèche) 300 pieds d’élévation. On ne peut trop regretter la perte de cette flèche, une des hautes et des plus hardies de l’Europe, et qui s’écroula en 1768 sous l’effort d’une tempête. Le clocher, fort haut encore, mais défiguré, porte un télégraphe qui fait partie de la ligne de Bayonne et Paris. Sous ce clocher est un caveau circulaire, qu’on nomme le charnier de Saint-André, où l’on a jeté les ossements provenant d’un cimetière voisin, et qui forment une couche de 17 pieds d’épaisseur sur 20 pieds de diamètre et sont recouverts d’une couche de terre ; ce nouveau plancher s’élève jusqu’à la courbe de la voûte ; autour de cette voûte sont rangées et soutenues debout 90 momies fort curieuses, et la plupart très bien conservées. La chaleur du climat et surtout la nature dessiccative du terrain du cimetière, ont empêché toute putréfaction : ma chair des momies est donc transformée en une substance semblable à l’amadou ; la peau est une basane parfaitement tannée ; les dents, les ongles, les poils, les cheveux de l’épiderme sont intacts ; l’apparence de ces spectres est celle de mulâtres d’une grande maigreur. Il est facile de reconnaître en eux, non seulement le sexe et l’âge, mais le genre de physionomie, les accidents et presque les habitudes du corps. Parmi les momies de femmes on en distingue plusieurs qui furent fort elles dans leur temps, et parmi les cadavres masculins on en remarque un d’une taille gigantesque et un autre dont la poitrine percée d’un coup d’épée offre encore la trace de la blessure mortelle. Ce charnier, qui n’a d’ailleurs aucune odeur, est rendu beaucoup plus romantique encore par la lumière blafarde et incertaine des flambeaux à l’aide desquels il est journellement visité par les étrangers.

            Eglise Saint-Paul. – C’est une des plus modernes et des mieux construites de Bordeaux. On admire au maître-autel une statue colossale de saint François-Xavier, accompagnée d’ornements allégoriques, le tout en marbre blanc et d’un travail exquis. C’est le premier chef-d’œuvre de célèbre Coustou, qui l’exécuta à l’âge de 27 ans.

            Eglise du collège royal. – Elle possède plusieurs bons tableaux ; mais ce qui la rend insigne entre toutes, c’est le tombeau de Michel Montaigne, érigé en 1614 par Françoise de Chassaigne, son épouse. Ce monument est simple, en marbre blanc, et n’offre d’autres décorations que deux inscriptions, l’une grecque, très emphatique, l’autre latine, fort longue et à peu près inintelligible. Quoi qu’il en soit, le luxe des mots inutiles ne peut étouffer le grand nom de Montaigne.

            Eglise Saint-Bruno, autrefois celle de la Chartreuse. – Le style en est presque italien. L’intérieur se compose d’une nef et de deux réduits latéraux. La voûte de la nef a été entièrement peinte à fresque, en 1771, par le célèbre décorateur Berinzago et par son élève Gouzague [1]. Cette église présente de beaux détails d’architecture et de curieux effets de perspective ; mais le coloris des peintures est fané. – Le chœur est revêtu de mosaïques précieuses ; six belles statues décorent la nef. – Parmi les édifices de l’ancienne Chartreuse qui restent sur la place de l’église, on remarque à gauche une chambre assez vaste, dite l’oreille de Caligula, dont la disposition est telle que le son d’une voix articulée très bas s’y répercute distinctement à l’angle opposé.

            TEMPLES. – Les protestants de Bordeaux ont deux temples qui, sous le rapport monumental, n’ont droit à aucune distinction.

            SYNAGOGUE. – Reconstruit il y a peu d’années, cet édifice est un beau monument, d’un style original, et qu’on pourrait dire purement biblique.

HOPITAUX, ETC.

            HOPITAUX. – Bordeaux vient de s’enrichir d’un édifice auquel peu d’autres peuvent se comparer : le grand hôpital, à peine terminé, est situé au haut de la ville et dans son quartier le plus sain ; sa façade est sur la place du fort du Hâ. Les trois autres côtés du vase carré que couvre l’établissement sont isolés. La façade est décorée à son centre d’un frontispice de quatre colonnes doriques, un dôme s’élève au-dessus du fronton ; en général l’édifice n’est pas remarquable par la somptuosité de son architecture, mais par la sagesse de sa distribution ; un puits immense lui procure en abondance une eau excellente, la circulation de l’air est prompte et facile : cinq cours d’eau et huit jardins contribuent, ainsi que l’élévation du terrain, à un parfait assainissement. – Cet hôpital, où rien n’a été oublié, offre aux malades 710 lits ordinaires et 18 chambres particulières pour les malades qui peuvent payer ; l’édifice n’a qu’un premier étage et un séchoir. La chapelle, propre et de bon goût, est située au centre de la façade principale qui en reçoit sa principale décoration.

            L’hôpital Saint-André, le plus ancien de la ville, avait été construit en 1390. Il menace ruine, c’est pour le remplacer qu’on a construit le grand hôpital.

            Hospice des aliénés. C’est le premier de ce genre (prétendent les Bordelais) qu’on ait élevé en France ; il ne date cependant que de l’an XII de la République : le style en est simple et modeste, convenable à sa destination, et produit un effet moral qu’on a su apprécier ; le plan en est bien entendu et régulier. – La maison des enfants trouvés fut fondée par madame de Gourgues, dont ainsi le nom s’associe à celui du saint par excellence, de Vincent de Paule. La maison est vaste, elle renferme une belle cour et de grandes dépendances.

            Les hospices des incurables, celui de la maternité et des incurables, les bureaux de charité, etc., peuvent être encore cités avec éloge.

            CIMETIERE. – Il est situé dans l’ancien vignoble des Chartreux et fut établi lors de l’utile suppression des cimetières de paroisse. C’est un vaste espace carré, entouré et traversé par une allée de sycomores que bordent un grand nombre de tombes dont plusieurs sont fort belles. Celle qui réveille le plus de souvenirs est la tombe de madame Moreau, veuve de l’illustre général, si long-temps renommé par ses talents militaires, ses vertus civiques e son républicanisme désintéressé ; Moreau tombé sur un champ de bataille avant d’avoir pu faire connaître aux Français les motifs qui le ramenaient en Europe, méritait de mourir ailleurs que dans les rangs étrangers. On a depuis 1814 voulu exploiter sa gloire républicaine au profit de la restauration ; nous avons quelques raisons d’affirmer que Moreau, en 1812, ne songeait pas aux Bourbons, et que le seul motif de son retour était l’affranchissement de la France de ce qu’il appelait la tyrannie impériale.

            Les Juifs ont un cimetière à Bordeaux ; les protestants en ont deux.

ETABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES.

             BIBLIOTHEQUE. – La Bibliothèque publique occupe un vaste local et contient maintenant 110,000 volumes ; elle fut fondée en 1738 et s’accrut surtout lors de la destruction des couvents dans le département, leurs bibliothèques ayant été réunies à celle de la ville. Outre une vaste collection de livres relatifs à toutes les branches des connaissances humaines, on y trouve un assez grand nombre de livres rares et curieux, des éditions du XVe siècle et plusieurs manuscrits précieux. Le gouvernement a enrichi cette bibliothèque de plusieurs ouvrages d’un grand prix.

            MUSEE D’HISTOIRE NATURELLE ET DES ANTIQUES (dans le même local que la bibliothèque). L’ornithologie et la minéralogie y sont les deux parties les plus riches de la collection d’histoire naturelle. – L’insuffisance des fonds destinés à l’entretien et a l’augmentation des collections diverses qui composent ce cabinet explique la pénurie du reste. – Le dépôt d’antiques n’est pas riche non plus ; il n’offre que des fragments d’un intérêt secondaire. Il est vrai de dire que toutes ces collections ne sont commencées que depuis peu d’années. On en trouve dans la ville d’autres du même genre qui sont des propriétés particulières, mais très accessibles aux amateurs.

            MUSEE DE TABLEAUX. – Formé aussi depuis peu d’années, il possède cependant un assez grand nombre de bons ouvrages, surtout de l’ancienne école française ; l’école moderne l’a orné aussi de plusieurs tableaux tels que le Baptême de Clorinde, Bajazet et le Berger, les Adieux d’Hector, Jésus guérissant un possédé ; et les écoles flamandes et italiennes y ont aussi fourni des peintures de grand prix. Les tableaux occupent deux jolies salles rondes, éclairées par la coupole ; entre les deux salles se trouve celle des plâtres où l’on remarque deux belles statues modernes, en marbre blanc, et une statue de femme antique d’un excellent travail.

            JARDIN DES PLANTES. Ce jardin contient une collection considérable de plantes indigènes et exotiques, qui, tous les jours, continue à s’enrichir des plus belles espèces. Le jardin est ouvert aux étrangers seulement. – On y fait un cours de botanique qui commence ordinairement dans le courant d’avril.

            PEPINIERE DEPARTEMENTALE. – Elle couvre une superficie de cinq hectares et contient des arbres de toute espèce. – On y voit une salle d’instruments et d’outils aratoires, où se trouvent réunis des modèles de tout genre. – Les faubourgs et la banlieue de Bordeaux offrent une grande quantité de pépinières dont les propriétaires rivalisent entre eux pour le nombre et le choix des espèces. – Une belle plantation d’oliviers existe dans le jardin dit Jardin de Flore.

THEATRES.

             THEATRES. – Le grand théâtre de Bordeaux est, ainsi que le pont de cette ville, un monument sans égal en Europe. Paris, Londres, l’Italie, possèdent des salles plus vastes, divers théâtres, en quelques pays, sont plus somptueux, mais dans l’ensemble le théâtre de Bordeaux les surpasse tous. Vastes dimensions, isolement, style excellent, situation avantageuse à la jonction de l’ancienne et de la nouvelle ville et au centre des deux parties réunies, façade magnifique sur une grande place (les trois autres côtés bordés d’arcades et sur trois belles rues), plan symétrique, intérieur parfaitement distribué, surtout sous le rapport de l’optique et de l’acoustique, tout contribue au mérite de ce superbe monument. – Le fameux Louis, architecte du duc d’Orléans, en fut l’architecte. Il eut à lutter contre l’opposition opiniâtre du parlement de Bordeaux, et s’il n’avait pas été soutenu de la protection du duc de Richelieu, gouverneur de la ville, le théâtre dont Bordeaux s’honore à juste titre n’aurait pas été construit. – Trois années et 3,000,000 fr. furent employés à sa construction ; l’ouverture s’en fit le 8 août 1780. – On y représente la tragédie, la comédie, l’opéra avec tous ses accessoires de décorations, de machines, de musique et de danse. – La salle, moins spacieuse qu’on ne s’y attendrait, à e, juger par l’extérieur de l’édifice, peut néanmoins contenir 4,000 spectateurs : elle a deux amphithéâtres et deux rangs de loges séparées par des colonnes d’ordre composite. – Une machine aussi simple qu’ingénieuse sert au besoin à élever le parterre au niveau de la scène, et à changer le théâtre en salle de bal. On doit des éloges à la grande galerie d’été, au foyer, et surtout on admire le vestibule ainsi que l’escalier double et le superbe péristyle de la façade qu’ornent douze colonnes corinthiennes et les statues des Grâces et des Muses.

            THEATRE FRANÇAIS. – Il tient le second rang à Bordeaux. On y représente les pièces de second ordre, les vaudevilles principalement, quelquefois aussi la haute comédie et le mélodrame. L’édifice est de construction moderne et de tout point médiocre. Les décors ne sont pas de meilleur goût, etc. – Une façade faisant pignon à l’angle de deux rues, et décorée d’un péristyle, est ce que ce théâtre offre de mieux.

ETABLISSEMENTS DIVERS.

             ENTREPÔT. – Ce vaste édifice, situé sur le terrain du château Trompette, est très moderne ; mais à son style lourd et sévère, à son apparence générale on le croirait quelque ouvrage antique. Il se compose d’un rez-de-chaussée, d’un premier et d’un second étage, une grande salle en occupe le centre : les arcs de cette salle forment des murs de refend et supportent le comble ; les appartements sur la façade sont affectés aux logements et aux bureaux ; les magasins sont isolés e tout endroit où l’on puisse faire du feu. – Toutes les fenêtres sont en ogives, ce qui contribue à donner à l’édifice un aspect fort singulier.

            MANUFACTURE DES TABACS. – Elle occupe ordinairement de 400 à 500 ouvriers des deux sexes, et approvisionne huit départements voisins. Elle expédie en outre à d’autres entrepôts des tabacs de haut prix et de qualités supérieures, dont la fabrication a atteint dans ses ateliers une grande perfection. – Les bâtiments de la manufacture forment un groupe qui enclôt une cour spéciale, autour de laquelle règne un péristyle, soutenu par des piliers de pierre. Les constructions sont d’un style imposant et simple à la fois ; la cour est ornée de deux rangs de beaux platanes. Au fond de la cour se trouve l’atelier du râpage, dans lequel 200 ouvriers sont journellement employés. Derrière une seconde cour est un magasin remarquable par sa solidité e son étendue : destiné à recevoir l’approvisionnement du tabac en feuilles. Il peut contenir 1,500,000 kilog. de tabac. Un grand puits et le ruisseau de Peugue procurent à la manufacture une quantité d’eau plus que suffisante à tous ses besoins.

            ABATTOIR GENERAL. – Cet édifice, à peine terminé, s’élève sur l’emplacement qu’occupait le fort Louis, ancienne forteresse, depuis long-temps ruinée et inutile. L’abattoir de Bordeaux fut commencé en 1827, et s’est exécuté (avec une dépense de 700,000 fr.) sur un plan aussi vaste que bien entendu ; il offre de grandes salles, bien aérées, arrosées de manière à faciliter l’abattage des bestiaux et les manipulations diverses auxquelles cet abattage peut donner lieu.

            CHANTIERS DE CONSTRUCTION. – Divers établissements de ce genre sont situés le long du port, dans les parties nord et sud. – Outre les bâtiments ordinaires, diverses prames et frégates y ont été successivement construites depuis 1759. La construction est loin d’y être aussi active que jadis ; mais elle est toujours renommée pour la solidité et la marche des navires.

            BAINS PUBLICS. – Les premiers qui furent établis à Bordeaux ne datent que de 1763. Comme ils obstruaient les quais, ils viennent d’être remplacés par deux beaux bâtiments, dont l’un est près de la Bourse, et l’autre à la droite de la place Lainé. Ces deux édifices quadrilatères ont 33 mètres de façade sur chaque côté ; ils se composent d’un rez-de-chaussée élevé de 4 pieds au-dessus du sol, d’un premier étage et d’un attique surmonté d’une terrasse décorée de vases et d’orangers. – Du haut de cette terrasse les promeneurs découvrent le port, le cours de la Garonne et les coteaux pittoresques qui, de Lormont à Bouillac, bordent la rive droite de la Garonne ; des parterres et des bosquets, défendus par une grille de fer, entourent les deux hôtels. La distribution intérieure est bien entendue, et chaque édifice renferme, outre les bains ordinaires et leurs dépendances, un réservoir contenant environ 1000 barriques d’eau amenée de la Garonne, des bains médicinaux de toute espèce, des caisses fumigatoires, des étuves, des appareils de douches et des eaux minérales factices pour  bains et pour boissons.

ENVIRONS DE BORDEAUX.

            HIPPODROME. – Il est situé à 2 lieues de Bordeaux, et occupe un emplacement de 2,000 mètres sur chaque côté. Les courses de chevaux y ont lieu du 1er au 10 juillet de chaque année. – Trois sortes de prix y sont distribués : quatre prix locaux, quatre d’arrondissement, et un prix principal. – Le lendemain des courses il se tient, sur le même emplacement, une foire aux chevaux qui donne lieu à de nombreuses transactions commerciales.

            FERME EXPERIMENTALE. – Elle est située à Arlac, près de Pessac, et a été fondée en 1823. On y fait de nombreux essais en tout genre. Le bétail est l’objet de la principale sollicitude du directeur. – Aussi y voit-on de beaux troupeaux, et même des chèvres du Thibet, qui y réussissent à merveille. Les plantations et toutes les espèces de culture y reçoivent les soins les plus éclairés.

            TALENCE. – Des communes qui composent la banlieue de Bordeaux, c’est la plus saine et la plus riante. – Son territoire est un grand plateau, que décorent nombre de belles maisons de campagne. – L’une d’elles passe pour le petit Chantilly du pays : la décoration des jardins, et surtout celle des bosquets, la rend très remarquable aux yeux des Bordelais. Diverses allées ont reçu les noms des statues ou des monuments qu’elles présentent : telles sont les allées du Cénotaphe, de Nina, de l’Enfant prodigue, etc. ; des allégories qu’on veut trouver ingénieuses donnent un caractère particulier à chaque partie du parc ; des bustes, des groupes, qui imitent le plus servilement possible la nature, des statues de plâtre, peintes avec des couleurs variées et accompagnées d’inscriptions en vers qui en expliquent les sujets s’offrent partout à la vue. C’est le triomphe du mauvais goût.

            Un beau vivier, une volière animée, un bois parsemé d’arbres exotiques, sont des beautés réelles, qui font oublier un peu ces décorations ridicules. – La maison principale est d’ailleurs d’une construction simple et convenable ; elle ne manque ni de noblesse ni d’élégance.

            CAUDERAN. – Cette commune est située à une demi-lieue (à l’ouest) de Bordeaux. Un grand nombre de maisons de campagne l’embellissent. C’est un lieu qui est visité habituellement par les Bordelais, et qui en outre, deux fois par an, le mercredi des Cendres et le lundi de Pâques, devient le rendez-vous de la population. Le mercredi des Cendres on y va manger des escargots à un sou pièce, c’est le mot d’usage. Cette joyeuse fête n’est qu’une dernière explosion des joies du carnaval. Pendant plusieurs heures la roue de la ville au village est couverte de masques grotesques et de piétons en belle humeur. – L’affluence est la même le lundi de Pâques, mais les mascarades ont cessé : c’est l’agneau pascal qu’on va y chercher. – Caudéran fournit la majeure partie du lait qui se consomme à Bordeaux.

            LE BOUSCAT ET BRUGES sont les deux communes les moins agréables de la banlieue ; cependant elles renferment de jolies maisons de campagne, qui, malgré le voisinage des marais, sont toujours, dans la belle saison, visitées par les promeneurs.

            BEGLES fournit presque tous les légumes qui se consomment à Bordeaux. On les y apporte sur des ânes de petite espèce, ce qui a donné lieu à cette locution : Aze de Bègles, pour désigner un imbécile.

POPULATION.

            La population de Bordeaux est de 99,062 habitants.

            Nous avons fait connaître le mouvement, en 1830, de la population du département (population qui, d’après le dernier recensement officiel, s’élève à 554,225 hab.). – En 1831, ce mouvement a été de,

Mariages ……………………………………………………………………………………………………….. 4,182

Naissances.                Masculins.                                  Féminins.

          Enfants légitimes      6,576                                       6,225     )

          Enfants naturels          859                                          771     )    Total                     14,431

Décès ……………………………….                                        7,377     7,163                                              Total     14,540

          Dans ce nombre 7 centenaires.

          Néanmoins il est à remarquer que le département de la Gironde est du petit nombre de ceux où, en 1831, le nombre des décès a dépassé celui des naissances. En 1830 le chiffre des naissances avait dépassé celui des décès du nombre 1,229.

INDUSTRIE COMMERCIALE.

             Le principal aliment du commerce de Bordeaux est l’exportation des vins du territoire bordelais, et celle des eaux-de-vie du Cognac et de l’Armagnac. – On fabrique aussi dans cette ville des liqueurs fines estimées, et notamment une anisette qui est sans égale pour le parfum et la qualité.

          Bordeaux est l’entrepôt des denrées coloniales, pour une partie de la France méridionale et la presque totalité de la France centrale. – On y fait nombre d’expéditions pour le long cours, et des armements journaliers pour l’Amérique, l’Afrique et l’Inde. – Il n’est pas hors de propos de faire remarquer que c’est de ce port que sont sorties les premières expéditions faites en France, depuis quarante ans, pour la Chine et la Cochinchine. Un commerçant de Bordeaux, établi en Cochinchine, y est même parvenu à la dignité de mandarin, et a contribué beaucoup à établir des relations de commerce entre ce pays et la France. On évalue annuellement à 200 le nombre des gros bâtiments qui arrivent à Bordeaux, de l’Inde et des colonies américaines et africaines : celui des vaisseaux qui partent de ce port pour la même destination est à peu près égal. – Dans cette quantité, les vaisseaux étrangers figurent tout au plus pour un sixième. – Bordeaux reçoit de l’Amérique, de l’Inde et de l’Afrique, du café, du sucre, du poivre, de la cannelle, du coton, de l’indigo ; du quinquina, du thé, du riz ; des cuirs secs et des bois de teinture. Il leur envoie, outre ses vins et ses eaux-de-vie, des vinaigres, des huiles, des fruits secs, des farines, des toiles, de la térébenthine, des chapeaux de feutre et d’autres produits du sol et de l’industrie française. Le commerce de cette ville avec le reste de l’Europe présente un mouvement annuel moyen d’environ 360 bâtiments, dont 30 nationaux, à l’entrée ; et 300 vaisseaux, dont 50 français, à la sortie. – Le commerce avec l’intérieur de la France, ou le cabotage, présente annuellement 2,700 navires entrés, et 2,100 sortis ; tous ces navires sont français. Le résultat de ces mouvements porte le mouvement annuel du port de Bordeaux à environ 6,800 bâtiments tant entrés que sortis. – Il y existe, ainsi que dans le départ, de grands chantiers de construction pour les navires du commerce, des fabriques de cordages, des ateliers pour la préparation des aliments destinés aux voyages de longs cours ; des fabriques d’essence de térébenthine, de résine et de goudron ; des manufactures de vaisseaux vinaires, et de barriques de différentes formes. – Quatre hauts fourneaux pour la fonte du fer ; des acieries, des fabriques de plomb laminé et de plomb de chasse ; des raffineries de sucre, des tanneries, des poteries, des tuileries, des faïenceries, des verreries, etc. On y trouve aussi des pharmacies où l’on prépare en grand les eaux minérales factices ; et des fabriques de produits chimiques tels que : soude, alun, vitriol, etc. – Les marais salants de Saint-Vivien fournissent abondamment d’excellent sel à la consommation du département et des départements voisins. On trouve à Bordeaux une belle fabrique d’instruments de musique et de cordes à boyaux ; enfin, outre des filatures de coton, de belles manufactures d’indiennes et des teintureries estimées, le département renferme aussi des chapelleries dont les produits sont destinés aux pays d’outre mer.

            RECOMPENSES INDUSTRIELLES. – A la dernière exposition des produits de l’industrie, le département a obtenu une MEDAILLE DE BRONZE, décernée à MM. Vernet frères, de Bordeaux, pour fabrication de tapis de pied cirés, solides et flexibles, de qualité satisfaisante et de prix modérés.

            DOUANES. – La direction de Bordeaux a trois bureaux principaux, dont quatre seulement appartiennent au dép. de la Gironde.

            D’après les derniers documents officiels, ils ont produit en 1831 :

                          Douanes, navig. et timbres.                               Sels.                             Total.

          Pauillac                                   1,825 f.                          52,265 f.                         59,091 f.

          Bordeaux                        10,415,682 f.                     3,346,270 f.                  13,761,953 f.

          Libourne                                 5,224 f.                     1,505,907 f.                    1,511,131 f.

          Blaye                                      3,016 f.                          72,450 f.                          75,467 f

              Total. Produit des douanes dans le départ.                                                 15,407,642 f.

          FOIRES. – Le nombre des foires du département est de 507. – Elles se tiennent dans 100 communes, dont 36 chefs-lieux, et durant quelques-unes 2 à 3 jours, remplissent 585 journées.

          Les foires mobiles, au nombre de 34, occupent 35 journées. – Il y a 18 foires mensaires, 480 communes sont privées de foires.

          Les articles de commerce sont les bestiaux, laines, grains, merrains, barriques, vaisseaux vinaires, etc. – Libourne a une foire aux jambons ; Coutras une foire aux ognons ; et Bordeaux deux foires, célèbres presque à l’égal de celle de Beaucaire, en mars et octobre ; Elles se tiennent sur la place Royale et dans les environs. Celle d’octobre 1833 avait attiré plus de 30,000 étrangers. Ces foires étaient franches autrefois.

Abel HUGO.

On souscrit chez DELLOYE, éditeur, place de la Bourse, rue des Filles-S.-Thomas, 13.

Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Comp., rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

[1] Ces deux peintres distingués ont été aussi les décorateurs du grand théâtre de Bordeaux.

 Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835

France-Pittoresque-1835-Bordeaux

 

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France Pittoresque – 1835 : Bordeaux (1)

Département de la Gironde.

Bordeaux

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SOMMAIRE
HISTOIRE CHRONOLOGIQUE.
ANTIQUITES.
NOTES BIOGRAPHIQUES.
SITUATION.
ORIGINE ET ACCROISSEMENTS.
TOPOGRAPHIE.
MONUMENTS.
EDIFICES CONSACRES AUX CULTES
HOPITAUX, ETC.
ETABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES.
THEATRES.
ETABLISSEMENTS DIVERS.
ENVIRONS DE BORDEAUX.
POPULATION.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
 

            BORDEAUX, chef-lieu de préfecture du département de la Gironde, siège d’un archevêché et d’une cour royale, quartier général d’une division militaire, un des plus grands ports de France, est situé à 573 kilomètres (environ 143 l. ¾) de distance légale S.-O. de Paris. – On paie 76 postes ¾ par Châteauroux, 77 postes ¼ par Chartres, et 77 postes ¾ par Poitiers.

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE.

 

            Nous avons déjà fait connaître l’histoire du Bordelais, province de la Guienne ; nous croyons que, pour offrir brièvement un tableau aussi complet que possible des principaux événements qui intéressent la ville de Bordeaux, le meilleur cadre que nous puissions choisir est l’histoire chronologique. L’imagination du lecteur, éveillée par des dates positives, suppléera facilement aux lacunes que présentent toujours entre eux les événements divers de l’histoire d’une ville où tout est soudain, varié, inattendu, et où les faits participent de la mobilité naturelle à la population.

Années

      16    –    Germanicus à Bordeaux fait le dénombrement des Gaules.

      56    –    Saint Martial prêche la religion catholique.

    260    –    Construction présumée du palais Galien.

    270    –    Tetricus, gouverneur des Gaules, est proclamé empereur à Bordeaux.

    379    –    Le poëte Ausone, né à Bordeaux, est nommé consul romain.

    386    –    Premier concile, présidé par saint Martin.

    417    –    Prise et sac de la ville par les Visigoths.

    509    –    Clovis chasse les Visigoths de la ville et y passe l’hiver.

    564    –    Tremblement de terre.

    582    –    Des loups pénètrent en plein jour dans la ville et y dévorent plusieurs enfants.

    727    –    Election d’Eudes, duc de Guienne, qui, battu par Charles-Martel, appelle à son secours des Sarrasins d’Espagne.

    729    –    Sac de Bordeaux par les Sarrasins.

    769    –    Le Bordelais rentre sous la domination des rois de France.

    910    –    Le palais de l’Ombrière devient celui des ducs d’Aquitaine.

    911    –    Reconstruction de Bordeaux par les ducs d’Aquitaine. – Quartier assigné aux Juifs.

   1080    –    Concile de Bordeaux.

   1081    –    On établit des cimetières près de chaque église.

   1137    –    Louis-le-Jeune épouse, à Bordeaux, Eléonore, héritière de Guienne.

   1152    –    Eléonore, répudiée par son mari, épouse Henri d’Angleterre. Bordeaux passe sous la domination des Anglais.

   1170    –    Le chapitre de saint Seurin cède la ville de Langon, moyennant un tribut annuel de douze lamproies.

   1230    –    Fondation du monastère des jacobins.

   1244    –    Fondation des grands carmes.

   1247    –    Fondation des cordeliers.

   1255    –    Second concile de Bordeaux qui règle la distribution du pain bénit.

   1293    –    Bordeaux rentre sous la domination de Philippe-le-Bel, qui confirme (1295) la haute et moyenne justice aux magistrats.

   1295    –    Bertrand, archevêque de Bordeaux, est élu pape sous le nom de Clément V. – Clément abolit les templiers en 1312. Les annates datent de son règne.

   1302    –    On enclôt la ville de murailles et de fossés.

   1390    –    Fondation de l’hôpital Saint-André.

   1427    –    Un tremblement de terre renverse la nef de Saint-André.

   1440    –    Construction du clocher de Peyberland (Pierre Berland, nommé archevêque de Bordeaux en 1430).

   1451    –    Prise de Bordeaux par Charles VII. – Soumission définitive de la Guienne aux rois de France.

   1454    –    Construction du fort du Hâ et du château Trompette.

   1462    –    Mariage, à Bordeaux, de Madeleine, sœur de Louis XI, avec Gaston de Foix.

   1494    –    Construction, aux frais des Bordelais, de la porte de Caillau, en mémoire de la bataille de Fornoue.

   1533    –    Naissance de Montaigne (27 février).

   1548    –    Révolte au sujet de la gabelle. – Le connétable de Montmorency ne veut rentrer dans la ville réprimée que par une brèche faite aux murailles.

   1565    –    Charles IX accorde à Bordeaux deux foires franches.

   1571    –    Etablissement de la juridiction consulaire de Bordeaux.

   1581    –    Michel Montaigne est nommé maire de Bordeaux.

   1584    –    Erection de la tour de Cordouan, par Louis de Foix, sur l’emplacement d’un ancien phare.

   1589    –    Entrée de Catherine de Médicis à Bordeaux.

   1596    –    Arrêt du parlement de Bordeaux qui permet de résilier les baux des maisons pour cause de revenants, esprits, farfadets, etc.

   1597    –    Incendie du palais de justice.

   1599    –    Le cardinal de Sourdis est élu archevêque de Bordeaux. Cet illustre prélat dessécha les marais de la banlieue et fonda la Chartreuse.

   1605    –    Peste à Bordeaux. – Vœu des magistrats municipaux : ils font hommage à Notre-Dame de Lorette d’une lampe d’argent massif. – Fondation de la porte Dauphine.

   1615    –    Célébration à Bordeaux du mariage de Louis XIII avec l’infant d’Espagne.

   1629    –    Construction de l’égout du Peugue.

   1635    –    Insurrection au sujet d’une augmentation sur les vins.

   1650    –    Louis XIV visite Bordeaux.

   1676    –    Construction du fort Louis.

   1689    –    Naissance de Montesquieu au château de la Brède (18 janvier).

   1733    –    Construction de la place royale.

   1743    –    De Tourny est nommé intendant de Bordeaux. – Erection de la statue de Louis XV.

   1776    –    Etablissement des réverbères.

   1777    –    Monsieur (Louis XVIII), le comte d’Artois (Charles X) et l’empereur Joseph II visitent successivement Bordeaux.

   1778    –    Construction du Palais-Royal.

   1780    –    Ouverture du grand théâtre.

   1787    –    Incendie de la charpente de Saint-André.

   1789    –    Recensement de la population : 109,640 individus.

   1793    –    Excès des commissaires de la Convention. – Massacres juridiques.

   1814    –    Bordeaux proclame les Bourbons le 12 mars.

   1815    –    La duchesse d’Angoulême est obligée de quitter Bordeaux.

   1817    –    Démolition du château Trompette.

   1820    –    Naissance de Henri, fils du duc de Berry, qui reçoit le titre de duc de Bordeaux.

   1821    –    Ouverture du pont de Bordeaux.

   1822    –    Commencement des constructions du lazaret de Pauillac.

   1825    –    Erection d’une statue à M. de Tourny. – Etablissement de l’éclairage par le gaz.

   1828 – 1830 – 1834 – Réclamations et protestations du commerce bordelais contre l’exagération des impôts sur les vins.

ANTIQUITES.

 

            De tous les édifices somptueux dont les Romains avaient orné la ville de Bordeaux, il ne reste que quelques ruines d’un amphithéâtre appelé vulgairement le palais Galien, du nom de l’empereur à qui on en attribue la construction. – L’opinion qui désigne Galien comme fondateur de cet édifice a été ébranlée depuis 1831, par la découverte, faite à Nérac, d’une mosaïque romaine représentant le gouverneur des Gaules, Tetricus, qui, en 268, se révolta contre Galien et devint empereur de l’Espagne et des Gaules. L’effigie de Tetricus est entourée de tous les monuments qu’il a fait édifier ; et parmi ces monuments on reconnaît distinctement l’amphithéâtre de Bordeaux. Quoi qu’il en soit, ce vaste édifice existerait encore presque entier qu’il n’eût eu à résister qu’aux efforts du temps ; ceux de la cupidité de l’ignorance, du fanatisme, et l’abandon où l’a laissé une déplorable indifférence, ont plus contribué à sa ruine que la succession des siècles : il n’en reste aujourd’hui qu’un débris presque informe. L’édifice pouvait contenir 15,000 spectateurs ; il était construit en petites pierres carrées, entrecoupées de longes briques épaisses, symétriquement arrangées. Sa forme elliptique a 132 mètres de longueur sur 105 mètres de largeur. Sa construction appartient à cette époque du bas empire où les beaux arts commençaient à déchoir. Six murs circulaires, distants entre eux de 4 mètres, le divisaient en cinq enceintes, dont la plus centrale ou l’arène avait 79 mètres de long, sur 56 mètres de large. L’intérieur de l’amphithéâtre renfermait les galeries, les escaliers, les loges des bêtes féroces, et les chambres destinées aux usages particuliers de ceux qui administraient cette espèce de spectacle. Les galeries étaient au nombre de quatre dont deux au rez-de-chaussée et deux au-dessus ; elles régnaient dans tout le circuit du monument, entre le 2e, le 3e et le 4e pourtour, et avaient 20 pieds de hauteur. – Il reste une parie de ces cinq enceintes extérieures ; les deux portes des deux extrémités du rand diamètre de l’ovale subsistent encore presque tout entières. Elles ont 27 pieds de hauteur, sur 18 pieds de largeur. Le style général de l’édifice était toscan. Les ruines qu’on voit encore donnent une haute idée de sa magnificence ; elles furent considérables jusqu’à la fin du siècle dernier, quoique l’amphithéâtre ait souvent servi de forteresse pendant les guerres civiles et religieuses. En 1792, l’édifice fut attaqué par des démolitions malheureusement trop dévastatrices ; et depuis ce temps, des mains profanes n’ont pas cessé d’en arracher ces pierres dont l’ensemble était si majestueux, et qui ont été employées à de vulgaires constructions, voisines de l’un des derniers chefs-d’œuvre du peuple-roi. – Les autres édifices romains ayant disparu entièrement, nous citerons ceux seulement qui existaient encore en partie pendant les siècles derniers. – Le palais de l’Ombrière existait déjà en 910 sur le terrain où est aujourd’hui la rue du Palais. Il prit son nom (Castrum umbrarioe) des allées qui ombrageaient ses avenues du côté de la rivière. Il fut habité par les anciens ducs d’Aquitaine, puis par les gouverneurs anglais ; enfin par le parlement de Bordeaux. Ce palais a été entièrement détruit pendant la révolution. Sa démolition a donné lieu à plusieurs découvertes de fragments et d’ustensiles antiques fort curieux. – Le temple de Tutelle : Bordeaux, érigé en métropole de l’Aquitaine par Auguste, lui en témoigna sa reconnaissance en associant son nom à celui du génie protecteur de la cité des Bituriges Vivisques. – Le temple de Tutelle était situé à l’extrémité occidentale de la grande terrasse du théâtre, vis-à-vis la rue Mautrec. Ce monument, dont la construction paraît remonter au commencement du 1er siècle, était entouré d’un péristyle à quatre angles droits, dont chaque côté avait 30 mètres de longueur ; l’intérieur était une vaste salle sur le toit de laquelle posaient 24 énormes colonnes qui dominaient les plus hauts édifices de la ville. 17 de ces colonnes existaient encore en 1677. – En 1649 les ruines du temple servirent de cavalier d’attaque. Le président Despagnet y fit monter des canons et leur feu fit taire celui d’une des batteries du château Trompette, dont les Bordelais voulaient s’emparer. – Une démolition totale fut ordonnée en 1677, pour dégager les glacis du château ; les débris servirent aux constructions du temps, où il n’est pas rare de trouver encore de précieux restes ; Au milieu de ce temple était un autel qu’on voit maintenant sur l’escalier de la bibliothèque. Cet autel, d’un seul bloc de marbre gris des Pyrénées, de 4 pieds de longueur sur 2 pieds de largeur, et 20 pouces de hauteur, porte l’inscription suivante : AUGUSTO. SACRUM. ET GENIO. CIVITATIS BITUR.VIVISC. – La porte basse était située à l’extrémité de la rue des Lois ; le mur dans lequel elle avait été percée formait la clôture méridionale de la ville, avant son premier accroissement ; cette porte était de construction très grossière, on y ajouta on ne sait à quelle époque un surhaussement où se trouvait, dans une niche, une petite statue de femme que, pendant plusieurs siècles, les Bordelais considérèrent comme le palladium de leur ville. On ne sait ce que représentait cette statue, qui a donné lieu à un grand nombre de contes ridicules, ni ce qu’elle est devenue. – Nous ne ferons que mentionner le temple de Diane et la fontaine Divona, jadis célèbres à Bordeaux, mais dont on ne peut plus aujourd’hui déterminer l’emplacement, et nous passerons sous silence d’autres édifices moins importants, dont les noms même sont à peine connus.

NOTES BIOGRAPHIQUES.

 

            Le nombre des hommes remarquables qu’ont produit dans tous les temps la ville de Bordeaux et le département de la Gironde est considérable ;  ils se sont distingués dans tous les genres, la poésie, les arts, la politique,  l’éloquence de la chaire, du barreau et de la tribune, le commerce, les armes, etc.

            L’homme le plus illustre dont puisse se glorifier le département est sans contredit MONTESQUIEU. Nous placerions aussi le grand nom de MONTAIGNE à côté de celui de l’auteur de l’Esprit des Lois, si l’auteur des Essais, né dans le pays bordelais, et de son temps maire de Bordeaux, n’appartenait pas à un territoire qui fait aujourd’hui partie de la Dordogne. – Les hommes dont Bordeaux peut s’honorer remontent à une haute antiquité, ainsi nous trouvons à l’époque romaine le poëte AUSONE et l’évêque SAINT-PAULIN ; plus tard vient Bertrand de Gouth, intronisé pape sous le nom de CLEMENT V ; le fameux CAPTAL-DE-BUCH ; l’illustre général anglais qui, sous le nom de PRINCE NOIR, se montra si terrible à nos armées, etc.

            On sait quel éclat jetèrent dans nos premières assemblées les orateurs de la Gironde. Tous n’appartenaient pas au pays bordelais ; cependant, le département a compté à toutes les époques et dans tous les partis un grand nombre d’hommes distingués, soit par la politique, soit par l’éloquence ; tels sont : GUADET, GENSONNE, BOYER-FONFREDE, DUCOS, JAY, DUFAU, JOURNU-AUBERT, LAFFOND-LADEBAT, GARRAN, LAINE, MARCELLUS, etc. : DE SEZE, qui défendit Louis XVI ; DE CAZES, qui fut ministre de Louis XVIII ; PEYRONNET, ministre de Charles X, etc.

            Parmi les avocats et les jurisconsultes, nous citerons FERRERE, célèbre dans tout le midi et dont l’éloquence chaleureuse et un peu bizarre faisait une vive impression ; SAGET ; DUFAURE ; HERVE (aujourd’hui député) ; DUERGER, avocat distingué, jurisconsulte instruit, auteur d’un excellent recueil où sont réunies avec d’utiles commentaires toutes nos lois modernes.

            Les littérateurs et les poëtes nous offrent DELAVILLE, auteur de plusieurs ouvrages dramatiques ; JAY, historien de Richelieu ; DUFAU, continuateur intéressant de l’histoire de France de Vély, Villaret et Garnier ; LEBRUN DE CHARMETTES, auteur d’une épopée nationale sur Jeanne-d’Arc ; GUADET, neveu de l’orateur, connu par des recherches instructives sur la géographie historique de la France ; SOURIGUIERE, auteur du Réveil du peuple, chanson célèbre pendant la révolution française : EDMOND GERAUD, poëte rempli de grâce et de facilité, etc.

            Bordeaux a fourni un grand nombre de publicistes rédacteurs aux journaux des diverses opinions. Parmi ceux qui méritent d’être cités, on remarque : FONFRERE, EVARISTE DUMOULIN, J.-B.-A. SOULIE, LAROSE, etc.

            Le nombre des hommes qui ont rendu des services réels à la ville, et qui se sont fait un nom dans le commerce, est très grand ; cependant il y aurait de l’injustice à ne pas mentionner : CABARRUS, qui devint par ses talents ministre du roi d’Espagne Charles IV : les frères PORTAL, dont l’un a été naguère ministre du roi de France ; BALGUERIE, qui a cherché à ouvrir de nouveaux débouchés à notre commerce maritime : GAUTIER, BOSC, etc. ; RABA, GRADIS et FURTADO, négociants israélites, on moins distingués par leurs connaissances commerciales que par leur sévère probité.

            Le département et la ville ont produit des hommes dont la musique, le chant, la danse e les arts du théâtre doivent s’honorer : le musicien GARAT, le célèbre violiniste RODE, le danseur TRENITZ, les tragédiens JOANNY et LIGIER, les chanteurs LAÏS, NOURRIT, LAVIGNE, DERIVIS, les danseurs PAUL, ALBERT, etc.

            Enfin, pour laisser moins incomplète cette liste des célébrités de la Gironde, nous citerons encore le brave général NANSOUTY, les frères FAUCHER, nés jumeaux, et fusillés tous deux le même jour à une époque de réactions civiles ; le médecin MAGENDIE ; les peintres Carle VERNET, ALAUX, BRASCASSAT, MONTVOISIN ; le sculpteur DUPATY ; le graveur ANDRIEU ; MASSIEU, élève et suppléant de l’abbé Sicard, etc. – CHODRUC-DUCLOS, que sa longue barbe et ses habitudes dans Paris ont fait surnommer le Diogène français, est aussi né à Bordeaux.

SITUATION.

 

            Bordeaux est situé à 22 lieues de l’embouchure de la Gironde dans l’Océan, au milieu d’une vaste plaine presque de niveau avec les hautes eaux. La Garonne décrit devant la ville un demi-cercle vase et régulier ; le milieu de la courbe correspond exactement au centre de la ville qui s’élevant tout entière sur la rive gauche et s’appuyant sur la convexité de la courbe, couvre un vaste espace de la forme d’un croissant, dont l’une des pointes est formée par le quartier des Chartrons, et dont l’autre, vers le haut de la rivière, est renfermée par les chantiers de constructions ; c’est vers cette extrémité que se trouve le pont, nécessairement situé ainsi pour laisser un port le plus d’étendue possible, mais hors du centre de communication et de toute ligne symétrique. Sa place naturelle et désirable sous tous les rapports, hors le seul qui l’a emporté de rigueur sur les autres, était le centre de la ville et de la demi-circonférence où se trouve la place Royale. Là où il est, il ôte toute régularité dans ses parties à la ville, qui manque également de variété de terrain, de perspective et de pittoresque. Sur la rive droite de la Garonne, Bordeaux ne possède que le petit faubourg de la Bastide ; cette rive est plate aussi, mais une chaîne de riants coteaux la borde à une demi-lieu de distance et offre des points de vue agréables ; c’est aussi du haut de ces collines que Bordeaux paraît avec le plus d’avantage. Il s’y montre tout entier, déployant son arc immense, bordé d’une forêt de mâts et couronné de ses hauts clochers. Au-delà, malheureusement, l’horizon insipide n’offre que des dunes basses et pelées, où commencent les Landes.

ORIGINE ET ACCROISSEMENTS.

 

            Il est impossible de déterminer d’une manière précise l’époque de la fondation de Bordeaux, ni la signification de son premier nom Burdegala. – On croit que cette ville fut bâtie par les Bituriges-Vivisques, habitants de l’ancien Berri ; chassés de leur province par César, ils vinrent s’établir au bord de la Garonne, dans un lieu entouré et défendu par de vastes marécages ; site convenable à une peuplade qui fuit et cherche un refuge, mais fort peu propre en apparence à l’établissement d’une ville destinée à devenir puissante. – De sombres forêts couvraient alors les alentours. – Vers l’an 160 les Romains s’emparèrent de la ville nouvellement bâtie et la détruisirent ; puis ils la réédifièrent sur un plan régulier. Elle eut une enceinte de forme oblongue qui fut armée de tours et d’autres fortifications. Ses quatre angles répondaient à la tour du Canon, à la chapelle de la Bourse, au Palais de Justice et à l’église Saint-André. Elle avait environ 750 mètres de longueur sur 500 mètres de largeur. – En 402 les Visigoths s’en rendirent maîtres. Alaric y tint sa cour en 405 ; Clovis vint l’en chasser en 409. – En 730 les Sarrasins d’Abdérame la prirent et le dévastèrent. – Elle fut ravagée de nouveau en 840 par les Normands : puis par les Gascons, les Anglais, etc. – Le Prince Noir, fils d’Edouard III, roi d’Angleterre, maître de toute la Guienne, conduisit prisonnier à Bordeaux le roi de France Jean. Richard II, d’Angleterre, y naquit en 1366. Enfin en 1461 Bordeaux et le Guienne rentrèrent, e pour toujours, au pouvoir de Charles VII et de des successeurs. La première enceinte romaine avait été détruite par les barbares, et reconstruite en 911, sur l’ancien plan, par les ducs de Guienne. La ville reçut depuis deux notables accroissements : le premier fut en 1172, par ordre de Henri II, roi d’Angleterre, qui fit renfermer dans les murs de Bordeaux l’espace compris entre les fossés des Tanneurs, ceux de l’hôtel de ville et ceux des Salinières. – Au commencement du XIIe siècle un nouvel accroissement eut lieu. Bordeaux s’enrichit de tout le quartier du Chapeau-Rouge. Cette ville était alors et fut jusqu’au XVIIe siècle une ville négligée, ignoble, triste, infecte ; la plupart des rues étaient hideuses ; ses quais étaient presque inabordables ; une forte enceinte de murailles garnies de tours achevait de l’assombrir et de lui donner une apparence totalement différente de celle que nous lui voyons maintenant. Cependant son commerce et sa population étaient déjà considérables. L’espace manquait surtout ; l’eau, l’air et les constructions étaient également malsains ; les faubourgs, isolés en dehors des murs, ressemblaient à des villages. – Une nouvelle ère commença en 1743. M. de Tourny fut nommé intendant de la généralité de Guienne et conçut dès lors, pour Bordeaux, un plan général d’améliorations qui dut rencontrer beaucoup d’obstacles dans les intérêts privés, dans les passions rivales, dans les localités elles-mêmes, mais dont triompha son génie. Pour régulariser la distribution intérieure, il traça, en dehors de l’ancienne enceinte, une enceinte nouvelle dont les grandes lignes devenaient les lignes normales des embellissements futurs ; il enveloppa la ville d’un immense trapèze, ayant pour base la rivière, pour sommet le cours d’Albret, et pour côtés les lignes qui, de ce cours, se prolongent à la rue Lagrange et aux terres de Bordes. Trois grands cours, six places publiques, la façade uniforme qui s’étend de la Bourse au quai de la Monnaie : le Jardin public, dont la terrasse, les bosquets et les allées remplacèrent des terrains vagues et des marais putrides, décorèrent le nouveau périmètre de Bordeaux ; des ports, d’un style simple et majestueux, en marquèrent les entrées principales ; d’élégants édifices bordèrent bientôt les développements extérieurs. – Le génie régénérateur de M. de Tourny sur vaincre toutes les difficultés, et fit des prodiges pour l’embellissement et l’assainissement de la ville ; ce qu’il ne put exécuter, faute de temps, il l’indiqua et en prépara l’accomplissement ; enfin Bordeaux lui doit presque tout ce qui le rend remarquable. Depuis lui, mais par lui prévues et recommandées, trois améliorations immenses ont été menées à fin : la construction du grand théâtre, celle du pont et le déblaiement du terrain du château Trompette. Ces embellissements font de Bordeaux le Paris de la France occidentale et méridionale.

TOPOGRAPHIE.

 

            QUAIS. – La Garonne, sur la rive gauche, est bordée de quais sur environ une lieue de longueur, étendue de la ville au bord de la rivière ; ces quais sont larges, sans parapets, et descendent par une pente douce jusque dans l’eau ; les barques peuvent en tout temps s’y décharger. Des cales ou jetées en bois, qui s’avancent dans la rivière, facilitent le débarquement des gros navires. – Les quais de Bordeaux sont une des beautés de cette ville ; à leur immense développement, à la variété et la quantité de navires qui viennent y débarquer, des marchandises qui les couvrent, à l’aspect de la foule variée qui les peuple, se joint l’effet imposant d’une bordure de beaux édifices, dont les façades les décorent.

            Quai des Chartrons. – Son nom lui vient d’un petit couvent de Chartreux, qui y existait au XIVe siècle. Il offre une superbe chaussée, où l’on compte, entre autres constructions, près de trois cents grandes maisons, habitées par le haut commerce. Parmi les celliers (ou chais) nombreux qui les avoisinent, il en est qui contiennent jusqu’à mille tonneaux de vin. A l’extrémité inférieure du quai on trouve l’ancien moulin des Chartrons. Ce vaste et remarquable établissement avait été construit pour moudre mille quintaux de grain en vingt-quatre heures, au moyen de vingt-quatre meules, mues, sans interruption, par le flux et le reflux des eaux de la Garonne, à l’aide d’un mécanisme aussi simple qu’ingénieux. Le succès de l’établissement ne paraissait susceptible d’aucun obstacle ; mais on avait mal apprécié la qualité de l’eau motrice. Au bout de trois années, le dépôt journalier de cette eau limoneuse obstrua complètement les canaux et le moulin fut abandonné. Teynac, qui en était l’inventeur et y avait sacrifié une fortune considérable, en mourut de chagrin. Depuis lors, le moulin des Chartrons a eu diverses destinations : il a servi d’entrepôt de denrées coloniales, puis de magasins pour les tabacs du gouvernement, etc. Cependant l’heureuse conception de Teynac n’est peut-être pas perdue pour la ville : on songe à rendre à ce moulin son premier emploi, en substituant des machines à vapeur aux machines hydrauliques.

            PONT DE BORDEAUX. – La construction de ce grand ouvrage parut long-temps un problème. On doutait de la possibilité d’exécution. Le maréchal Richelieu, gouverneur, auquel on proposait d’attacher son nom à un pont sur la Garonne, répondit spirituellement à l’offre qu’on lui faisait de lui laisser la gloire de poser la première pierre de l’édifice : « J’aimerais mieux en voir poser la dernière. » Long-temps avant d’oser aborder les véritables difficultés de l’entreprise, on était partagé sur le choix de l’emplacement. Dans le cours du XVIIIe siècle, on fit nombre de projets : on dressa des plans de ponts en bois ou sur bateaux, qui furent successivement abandonnés. En 1808, Napoléon décida que les convois militaires traverseraient la Garonne, à Bordeaux, sur un pont de bois. L’intérêt du commerce exigea que le pont fût situé vers l’extrémité supérieure de la ville, afin de laisser au port toute sa longueur. Les travaux furent commencés en 1810 ; le pont devait avoir 530 mètres de longueur, et être porté par 52 palées en charpente. En 1811 on projeta de remplacer ces palées par 198 voûtes en charpente ; élevées sur 20 massifs en pierre, et la première pile, dans ce but fut fondée cette année. – En 1814, le pont ne possédait encore que six piles commencées vers le bord de la rivière. L’impôt extraordinaire frappé sur la ville pour la construction du pont se percevait difficilement, et son produit était détourné de sa destination. – La paix ramena un meilleur état de choses. L’entreprise du pont prit une marche plus assurée. – En 1815, on convint que les arches seraient construites en fer ; et, en 1819, on arrêta définitivement que le pont serait entièrement construit en pierres de taille et en briques. – La compagnie qui régissait l’entreprise reçut une nouvelle organisation ; transaction remarquable en ce qu’elle est la première, ayant pour but un objet d’utilité publique, qui ait été soumise aux chambres. La loi avait fixé au 1er janvier 1822 la fin des travaux du pont ; mais, dès le 29 septembre 1821, un pont de service fut ouvert pour les piétons, et le lendemain, 30 septembre, la compagnie entra en jouissance du péage qui lui est concédé pour 99 années. Enfin le pont de pierre fut terminé le 1er octobre suivant. Il avait coûté 6,500,000 francs et nécessité d’immenses travaux. – Ce pont se compose de 17 arches en maçonnerie de pierre de taille et briques, reposant sur 16 piles et 2 culées en pierre. Les sept arches centrales sont d’égale dimension. Elles ont 26 mètres 50 cent. d’ouverture ; l’ouverture de la première arche de chaque côté n’est que de 21 m., les autres sont de dimensions qui varient progressivement. – Les voûtes forment des arcs de cercle, dont la flèche est égale au tiers de la corde. – L’épaisseur des piles est de 4 m. 20 cent. Elles sont élevées à une hauteur égale au-dessus des naissances, et couronnées d’un cordon et d’un chaperon. La pierre et la brique sont distribuées sous les voûtes, de manière à simuler l’appareil de caissons d’architecture, au moyen de chaînes transversales et longitudinales. Le parapet du pont a 1 m. de haut, et chaque trottoir 2 m. 50 cent. de large. La largeur totale du pont est 14 m. 86 cent., et sa longueur, entre les deux coulées, est de 487 m. c’est-à-dire 46 mètres de plus que le pont de Dresde sur l’Elbe ; 53 mètres de plus que celui de Tours, sur la Loire ; 110 mètres de plus que le pont de Waterloo sur la Tamise, à Londres ; et seulement 83 m. de moins que celui de la Guillotière sur le Rhône, à Lyon, qu’il surpasse d’ailleurs sous tous les rapports de majesté et de grandeur. Une pente légère, partant de la cinquième arche, de chaque côté, et descendant vers les rives, facilite le raccordement du pont avec les quais, et favorise l’écoulement des eaux pluviales. Deux pavillons décorés de portiques, avec colonnes d’ordre dorique, s’élèvent à chaque extrémité du pont. Cette masse imposante de voûtes contiguës, en apparence si lourde, est allégée intérieurement par une suite de galeries, qui se communiquent d’un bout du pont à l’autre ; par leur moyen on peut explorer l’état des arches sous la chaussée, et les réparer sans interrompre la circulation des voitures. – Il existe même sous chaque trottoir une galerie, par laquelle on pourrait amener les eaux des coteaux de la rive droite de la Garonne, et les distribuer dans la ville. – Le pont de Bordeaux peut être comparé à tout ce que l’art a achevé de plus eau en ce genre ; mais il est sans comparaison sous le rapport des difficultés qu’ont présenté la rapidité des courants, la profondeur de l’eau et la mobilité du lit de la rivière. – C’est un monument unique par la grandeur et la difficulté de l’entreprise, le style général de la construction, ses détails et surtout la célérité de l’exécution. – Une porte formant arc de triomphe se trouve sur la place des Salinières, où aboutit le pont ; de l’autre côté de la Garonne la route forme une magnifique avenue.

            PORT. – Le port de Bordeaux a pour limites, au nord, le magasin des vivres de la marine, e au sud les chantiers de constructions ; il offre une courbe de 5,700 m. de développement. La largeur de la rivière devant la place royale est de 660 m. Sa profondeur, sans y comprendre la vase, est de 9 m. à mer haute, et de 5 m. à mer basse ; en tout temps les navires de 500 à 600 tonneaux y peuvent arriver ; ceux d’un tonnage plus élevé sont souvent obligés de laisser une partie de leur cargaison à Blaye ou à Pauillac. – Le port peut contenir 1,200 navires. – Situé à 22 lieues de l’Océan, il communique avec la Méditerranée par la Garonne et par le canal du Midi. – Des quais superbes bordent la rivière et mêlent l’aspect imposant des façades de grands édifices à celui de la forêt des mâts dont le port est toujours peuplé. – Le beau pont, merveille de l’art, comme le port en est une de la nature, ajoute encore à la majesté du spectacle.

            RUES. – On compte à Bordeaux 630 rues et 90 impasses. La plus belle et la plus grande rue de la ville est celle du Chapeau-Rouge. Elle commence à la rue Richelieu, sur le Port ; de là, jusqu’au Grand-Théâtre, qu’elle longe, sa largeur en fait plutôt une vaste place oblongue qu’une rue ; au-delà du théâtre, elle se rétrécit, traverse la place Dauphine, et son prolongement s’étend jusqu’à l’autre extrémité de la ville, qu’elle divise en deux parties égales, l’ancienne ville se trouvant ainsi au sud, et la nouvelle ville au nord. Cette rue est aussi remarquable par les constructions qui la forment, que par son étendue.

            PLACES. – Il y en a 43. On remarque celles des Quinconces, Royale, de Richelieu, des Grands-Hommes, de Tourny et Dauphine. Nous en décrirons quelques-unes. – La Place-Richelieu présente, du côté de la rivière, un très beau massif de maisons, non moins remarquables par leur élévation que par la beauté et l’uniformité de leur architecture. – La Place-Dauphine, commencée en 1601, reçut son nom, à l’occasion de la naissance du Dauphin, depuis Louis XIII. Sa forme est circulaire ; la grandeur et la régularité des édifices qui l’entourent la mettent au rang des plus belles places de Bordeaux. Le Cours de Tourny, la rue Dauphine et les Fossés de l’Intendance y aboutissent. – La Place des Grands-Hommes, circulaire mais beaucoup plus petite, sert de marché. – On peut encore citer la Place de l’Entrepôt et celle du Débarcadour.

            COURS ET PROMENADES. – La plupart ont remplacé les anciens remparts et les fossés de la ville ; ils forment une enceinte ombragée, large et très bien entretenue, présentant une scène perpétuelle d’activité et d’amusement. – Ils se déploient sur une vaste étendue. Les principaux cours sont ceux de Saint-Louis, de Saint-André, du Jardin-Royal, de Tourny, d’Albret, d’Aquitaine, et des Tanneurs. – Jardin-Royal. L’ouverture s’en fit en 1756 : après quelques années d’existence, il était un des mieux ornés de l’Europe ; mais il fut dévasté à la révolution et transformé en Champ-de-Mars : on lui a rendu sa destination première, mais non ses ornements. En général, il est triste et peu fréquenté, ce qu’il doit en partie à son éloignement du centre de la ville (il est situé dans le quartier des Chartrons). Il offre pourtant, sur une surface considérable, de beaux massifs de hauts arbres, de longues allées et de riches pelouses de verdure. – En général, les promenades à Bordeaux sont inférieures aux autres agréments de la ville, ce qu’on doit attribuer surtout à la monotonie du terrain, partout horizontal.

            TERRAIN DU CHATEAU TROMPETTE. – Ce terrain présente une superficie de 79,183 toises carrées ou 31 hectares. Il était occupé par un château nommé Tropeite, qu’en 1453 Charles VII avait fait construire pour contenir les Bordelais, excités à la sédition par la faction anglaise. Des millions furent dépensés à diverses époques pour agrandir ce château. Vauban en fit une place forte de premier ordre. Cependant les motifs qui en avaient déterminé la construction n’existaient plus depuis long-temps. – La ville souhaitait ardemment sa démolition : elle lui fut accordée en 1817 par le gouvernement. Au bout de deux années, il ne restait plus aucun vestige de cette vieille forteresse. Sur son emplacement s’exécutent des plans qui contribueront considérablement à l’embellissement de Bordeaux. La plus grande partie du terrain est occupée par la vaste et superbe Place des Quinconces, qui a la forme d’un cirque antique, dont l’extrémité rectiligne borde le quai ; ce côté est orné de deux phares qui font le meilleur effet : ce sont de hautes colonnes rostrales, entourées d’attributs et d’inscriptions relatifs au commerce, et surmontées de statues allégoriques. Les côtés latéraux de la place sont bordés de belles allées d’arbres, qui présentent des promenades agréables, et offriront bientôt d’épais ombrages. Par sa parie arrondie, cette place communique avec la Place de Tourny. – Celle-ci est circulaire. Au centre, s’élève la statue en pied et de marbre blanc de l’ancien bienfaiteur de Bordeaux, intendant de la ville, de 1743 à 1757. – A cette place aboutit aussi le Cours de Tourny, spacieux, toujours animé, et qui commence devant le Grand-Théâtre. – D’autres places avoisinent celle des Quinconces, que doivent entourer des maisons hautes et régulières, et les façades de divers établissements publics ; enfin onze rues sont percées dans l’immense étendue du terrain du château Trompette, et ce terrain, au lieu d’affliger la vue et l’imagination par l’aspect sinistre d’une citadelle, offre un magnifique ensemble de constructions et de plantations.

MONUMENTS.

 

            PALAIS-ROYAL. – Construit en 1778. ce palais fut la résidence de l’archevêque jusqu’en 1791. – Alors l’administration départementale s’en empara et y tint ses bureaux. Bientôt après s’y établit le tribunal révolutionnaire. – L’empereur Napoléon en fit, en 1808, un palais impérial. – Le plan de cet édifice est un vaste quadrilatère ; sa principale façade est sur la place de la Cathédrale, place qui est malheureusement fort petite. La porte d’entrée du palais s’ouvre entre deux péristyles uniformes et d’une noble architecture. La façade se compose de deux ordres ioniques et d’une belle balustrade. Une grande cour, ayant à droite et à gauche deux bâtiments symétriques, conduit au perron intérieur. L’édifice impose d’abord par son élévation et son développement. – L’intérieur est distribué avec beaucoup de goût ; le mobilier et les décorations répondent à sa destination. Sur le côté opposé à la façade se trouve un beau jardin. – On regrette que les côtés latéraux soient défigurés par les arceaux où sont établis des marchands de tout genre.

            PLACE ROYALE. – Cette place est bordée d’un quai spacieux, flanquée de deux beaux édifices, symétriques et parallèles (la Bourse et la Douane) ; elle est admirablement bien située au centre de l’arc que décrit la Garonne dans la ville. Les édifices qui la décorent sont une des conceptions de l’intendant Tourny. Elle forme un demi-cercle au centre duquel s’élève une jolie fontaine surmontée d’une colonne corinthienne de marbre rouge, la seule des fontaines de Bordeaux qui soit digne d’être remarquée. – Sur le quai, devant la place, sont les deux magasins de dépôt et la plus grande calle des quais (la calle est une jetée en bois qui facilite le déchargement des navires) ; tout est propre, régulier, symétrique autour de cette belle place. – La Bourse forme l’aile gauche. Elle est abritée par une voûte de 20 mètres de largeur sur 30 de longueur et dont le somme est à 24 mètres du rez-de-chaussée. Cette voûte, construite en planches, est divisée par quatorze lanternes vitrées qui répandent dans la salle une clarté égale au jour le plus brillant. Cette vaste et superbe salle offre encore pour les fêtes publiques un local unique à Bordeaux. – Sa décoration se compose d’un double rang d’arcades, dont chaque pilier pore le nom d’une des villes commerçantes de l’Europe et qui est couronné par un entablement dorique qui en embrasse toutes les faces. Un balcon règne dans son pourtour ; enfin la Bourse est environnée d’un péristyle au rez-de-chaussée où se tiennent les agents de change et les courtiers. Au premier étage du bâtiment de grandes salles sont disposées avec art et destinées aux ventes publiques ; d’autres salles, au même étage (celles du conseil et du tribunal de commerce), sont décorées avec goût et se recommandent surtout par les peintures de leurs plafonds. Tout l’édifice est éclairé avec le gaz. – La douane, dont l’aspect extérieur est entièrement semblable à celui de la Bourse, est située sur le côté droit de la place. Elle est, intérieurement, parfaitement distribuée pour sa destination. Sa façade est grande et noble, et comme tous les bâtiments qui entourent la place, elle est décorée d’arcades, de pilastres, couronnée d’une frise et ornée de diverses sculptures de beau style.

            TOUR DE L’HORLOGE. – Cette tour est l’unique reste de l’ancien hôtel-de-ville, dont la construction n’offrait d’ailleurs rien de remarquable ; mais les quatre tours qui existaient jadis présentaient un ensemble très imposant. Elles avaient été construites en 1246 et étaient hautes de 90 mètres. L’élévation de celle qui reste n’est pas changée, mais le terrain s’est tellement exhaussé que la partie de la voûte sous la cloche se trouve réduite à la moitié de sa hauteur. – La cloche et surtout l’horloge ont passé dans leur temps pour des merveilles. La cloche, fondue au milieu du XVIIIe siècle, et posée e 1775, pèse 15,500, sa hauteur est de 6 pieds et sa circonférence de 17 pieds. – La tour de l’Horloge est ovale, surmontée d’un petit dôme et flanquée de deux tourelles.

            L’HÔTEL-DE-VILLE et LE PALAIS-DE-JUSTICE qui l’avoisine, n’offrent rien de remarquable.

            FORT DU HA.- Son vrai nom était fort du Far (phare), parce qu’il portait une lanterne qui servait de phare aux navigateurs de la rivière. – Construit par Charles VII en même temps que le château Tropeite (Trompette) ; il ne fut jamais ni beau ni grand. – Il n’en reste qu’une partie laide et délabrée, qui sert de prison et s’élève en face de l’hôpital, sur une place qui porte son nom.

 

Prochainement la suite :

MONUMENTS.
EDIFICES CONSACRES AUX CULTES
HOPITAUX, ETC.
ETABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES.
THEATRES.
ETABLISSEMENTS DIVERS.
ENVIRONS DE BORDEAUX.
POPULATION.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
 

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835

France-Pittoresque-1835-Bordeaux

 

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France Pittoresque – 1835 : Gironde (3)

Département de la Gironde.

(Ci-devant  Guyenne. – Bordelais)

***

* 

GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
BIBLIOGRAPHIE
 

 

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GARDE NATIONALE.

 

            Le nombre des citoyens inscrits est de 109,394

             Dont :                35,902     contrôle de réserve.

                                      73,492     contrôle de service ordinaire.

          Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit :

                                      71,979     infanterie.

                                     110         cavalerie.

                                      505         artillerie.

                                      167     sapeurs-pompiers.

                                   1,011     marins et ouvriers-marins.

          On en compte : armés 15,179 ; équipés 8,340 ; habillés 8,721.

             33,240 sont susceptibles d’être mobilisés.

          Ainsi sur 1,000 individus de la population générale, 190 sont inscrits au registre-matricule, et 60 dans ce nombre sont mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre-matricule, 67 sont soumis au service ordinaire, et 33 appartiennent à la réserve.

          Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 16,994 fusils, 446 mousquetons, 16 canons, et un assez grand nombre de pistolets, sabres, etc.

          L’organisation de la garde nationale a été suspendue dans 1 commune.

*

IMPOTS ET RECETTES.

 

            Le département a payé à l’Etat (en 1831) :

Contributions directes ……………………………………………………… 7,876,346 f. 42 c.

Enregistrement, timbre et domaines ………………………………….. 3,719,032 f. 46 c.

Douanes et sels ……………………………………………………………… 15,499,365 f. 77 c.

Boissons, droits divers, tabacs et poudres ……………………………. 2,488,441 f. 30 c.

Postes …………………………………………………………………………….1,058,362 f. 96 c.

Produit des coupes de bois ………………………………………………………….. 20 f. 60 c.

Loterie …………………………………………………………………………….. 645,952 f. 95 c.

Bénéfices de la fabrication des monnaies ………………………………….. 15,751 f. 45 c.

Produits divers …………………………………………………………………… 119,158 f. 18 c.

Ressources extraordinaires ……………………………………………….. 1,572,116 f. 03 c.

          Total ……………………………………………………………………… 32,994,548 f. 12 c.

          Il a reçu du trésor 17,959,814 f. 29 c., dans lesquels figurent :

La dette publique et les dotations pour ………………………………… 4,184,324 f. 33 c.

Les dépenses du ministère de la justice ………………………………….. 439,787 f. 68 c.

          de l’instruction publique et des cultes ……………………………… 599,836 f. 49 c.

          de l’intérieur ……………………………………………………………….. 113,740 f. 55 c.

          du commerce et des travaux publics ……………………………. 2,400,459 f. 59 c.

          de la guerre ……………………………………………………………… 3,107,178 f. 58 c.

          de la marine ……………………………………………………………… 1,344,084 f. 10 c.

          des finances ………………………………………………………………… 345,501 f. 75 c.

Les frais de régie et de perception des impôts ……………………….. 3,251,566 f. 57 c.

Remboursem. restitut. non valeurs et primes ……………………….. 2,173,334 f. 65 c.

          Total ……………………………………………………………………… 17,959,814 f. 29 c.

          Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant à peu de variations près le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département (défalcation faite du produit des douanes) reçoit 464,631 fr. 94 c. de plus qu’il ne paie.

DEPENSES DEPARTEMENTALES.

 

            Elles s’élèvent (en 1831) à 606,286 f. 83 c.

SAVOIR : Dép. fixes : traitements, abonnements, etc…………………. 191,760 f. 17 c.

          Dép. variables ; loyers, réparations, encouragements, secours, etc.      …………. 414,526 f. 66 c.

          Dans cette dernière somme figurent pour

                          59,850 f.     les prisons départementales,

                        104,000 f.     les enfants trouvés.

Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de ……….. 23,790 f. 00 c.

Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à ……………………………… 93,916 f. 41 c.

Les dépenses des cours et tribunaux sont de ………………………….. 384,929 f. 69 c.

Les frais de justice avancés par l’Etat de ………………………………….. 52,407 f. 93 c.

INDUSTRIE AGRICOLE.

 

            Sur une superficie de 1,082,552 hectares, le départ. en compte :

                           180,000    mis en culture.

                             90,776    forêts.

                           140,000    vignes.

                             45,000    prés.

          Le revenu territorial est évalué à 39,907,000 francs.

          La culture de la vigne forme la principale richesse du département. Elle est l’objet des soins les plus attentifs et les plus éclairés, celles des terres labourables n’est pas à beaucoup près aussi bien dirigées. Sur 180,000 hectares consacrés aux céréales, il y a environ un cinquième de terres fortes, situées dans le riche terrain voisin des rivières, qu’on appelle Palus ; le reste se compose de terres légères, maigres ou sablonneuses. Les produits (blés, froments ou seigles), suffisent à peine à la moitié de la consommation. La destination donnée à la plus grande partie des Palus, aujourd’hui plantés en vignes, est une des principales causes de ce déficit. Le produit des grains dans ces sortes de terrains était de 9 à 10 pour un, tandis que, dans les autres terres, il ne s’élève guère au-delà de 4.

          Les prés occupent une superficie de 45,000 hectares. Chaque hectare fournit 36 quintaux de foin, qui font un total de 1,620,000 quintaux. Les bœufs employés au labour en consomment la plus grande partie. Le reste est absorbé par ceux qui sont occupés à la culture des vignes. La nourriture des vaches laitières, celle des chevaux de trait et de luxe, imposent aux habitants de la Gironde l’obligation de recourir encore pour leurs fourrages aux départements voisins.

          VIGNOBLES. – Le département compte plus du dixième de sa superficie planté de vignes.

          Les renseignements les plus exacts portent les récoltes en vins, à environ 250,000 tonneaux, savoir :

          Arrondissements.        Hectolitres                                                              Tonneaux

          De Blaye ………………… 364,800…………………………… ou                           40,000

               Libourne …………….. 547,200……………………………….                           60,000

               La Réole …………….. 319,200……………………………….                             35,000

               Bazas …………………. 91,200……………………………….                               10,000

               Bordeaux …………… 775,200……………………………….                            85,000

               Lesparre ……………. 182,400……………………………….                              20,000

                   Total …………… 2,280,000…. hectolitres              ou                           250,000    ton.

          Telle est l’importance des récoltes, années communes. Il convient toutefois de déduire un cinquième pour le tirage, l’ouillage, l’évaporation et autres accidents ; ce qui les réduit à environ 200,000 tonneaux, livrés à la consommation. – Les frais de culture s’élèvent de 45 à 46 millions ; ce qui, pour un journal bordelais (32 ares), donne 110 fr. 75 c. – Le journal produit 2 barriques 46 pots (561 litres), qui se vendent, terme moyen, 200 fr. Le produit net d’un journal n’est donc que de 69 fr. 25 c. – On nous assure cependant que les palus donnent de 4 à 5 barriques. 12,000 familles environ sont propriétaires de vignobles. Le nombre des familles de vignerons ne paraît pas dépasser 6 à 7000. Il était de 8000 avant la révolution. – Les vignes qui produisent les vins du premier crû sont situées sur les confins des landes, et étaient landes elles-mêmes il y a quelques siècles. – Les vins de qualités au-dessous sont le produit des côtes de l’Entre-deux-Mers, et des plaines ou palus riveraines de la Garonne et de la Dordogne.

          Le canton ou district du Médoc fournit dans sa partie supérieure des vins qui possèdent, à un degré éminent, la réunion si rare, dans les vins même les plus renommés des autres contrées, des qualités les plus précieuses : couleur, parfum, goût et salubrité ; aussi les vrais connaisseurs y mettent-ils de très grands prix. – Les premiers crûs du Médoc se débitent sous les noms de Château-Margaux, Latour et Lafitte. Ils se vendent de 2300 fr. à 2400 fr. le tonn. Château-Margaux en produit 120, Lafitte 100, et Latour 90 tonn. – Le Médoc renferme en outre, un grand nombre d’autres excellents crûs, que l’on divise en 2e 3e et 4e classe. Chacune d’elles a, ses crûs les plus distingués dans les communes de Pauillac, Saint-Julien, Cantenac, etc. ces vins se vendent depuis 1200 fr. jusqu’à 2100 fr. le tonneau. – Le Médoc produit annuellement de 35 à 40,000 tonneaux. Il n’y a pas soixante ans que ses vins jouissent de la réputation qu’ils ont aujourd’hui. Dans le milieu du siècle dernier, les vignobles du Bourgeais produisaient les vins les plus renommés. Leur prééminence était telle, que celui qui était à la fois propriétaire dans le Bourgeais et dans le Médoc ne vendait la récolte du premier crû, qu’en imposant à l’acheteur l’obligation de la débarasser de celle du second. Les quartiers les plus abondants en vins aux environs de Bordeaux, après le Médoc, sont les Graves, les Palus, et l’Entre-deux-Mers, (on donne ce nom aux terres comprises entre la Dordogne et la Garonne). – Le crû le plus estimé des Graves, (en vins rouges), est le Château-de-Haut-Brion, crû supérieur, et qui va de pair avec Châeau-Margaux, Latour et Lafitte. – Ensuite viennent ceux de Haut-et-bas-Brion, Pessac, Talence, etc., très inférieurs au premier, et dont les plus distingués, tels que ceux de la Mission, du Pape Clément, etc., dans la commune de Pessac, peuvent être assimilés aux 3e et 4e classes du Médoc.

          Les Graves de l’Entre-deux-Mers, les côtes des rivières, les quartiers du canton de Bourg-sur-Dordogne, et de Blaye, possèdent des crûs très distingués, qui se classent à l’instar de ceux des Graves de Bordeaux, et dont la qualité détermine le prix. – D’autres vins, notamment ceux de Saint-Emilion, sont assimilés aux 3es classes du Médoc et des Graves. – Quant aux vins provenant des Palus, ils sont très inférieurs à ceux des Graves, à l’exception de ceux récoltés dans les territoires de Queyries et du Mont-Ferrand. Les vins de Palus conviennent mieux que ceux des Graves et du Médoc, aux envois dans les colonies, et supportent mieux la mer. La fécondité des Palus est due à la qualité des terres et aux engrais qu’elles reçoivent par le limon des rivières. Mais le pied des vignes, constamment humecté pendant l’hiver, est bien plus sensible que dans les terrains élevés ; et la vigne est plus exposée aux gelées du printemps et au coulage occasionné par les brouillards.

          Tous les vins dont nous venons de parler sont des vins rouges ; pour les vins blancs, les crûs les plus renommés se trouvent dans les communes de Sauternes, Preignac, Barsac et Bommes. Ceux de Carbonnieux, de Saint-Bris et de Dariste, (autrefois Dulamon), tiennent aussi le premier rang des Graves, et obtiennent quelquefois de très grands prix. – On classe ensuite les vins de Cérons, de Podensac, de Sainte-Croix-du-Mont, de Langon et de Fargues, vins d’une extrême délicatesse et d’une excellente qualité, quoique d’un nom et d’un prix très inférieurs aux premiers.

          Les vins des premiers crûs de Médoc, de Graves, ceux même des côtes des rivières, de celles du Bourgeais surtout, sont ordinairement expédiés pour l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande, la Hollande, l’Allemagne, la Turquie, la Russie et tout le nord de l’Europe. On en envoie aussi dans l’Amérique et dans les Indes orientales, et ils supportent très bien ce long voyage.

          C’est cependant une opinion erronée, quoique fort répandue, que tous les vins de Bordeaux, indistinctement, ont besoin de voyager par mer pour avoir toute leur qualité et justifier leur renommée. Cette assertion n’a de fondement qu’à l’égard des vins communs de Graves et des gros vins de Palus, et de l’Entre-deux-Mers, exclusivement destinés pour l’Amérique et pour l’Inde ; ils acquièrent en effet sur mer, en s’y dépouillant plus tôt de leurs grossièreté ou goût de terroir, une finesse et une légèreté qui les rendent délicats et précieux.

          Enfin pour terminer cette longue note sur l’importante industrie à laquelle le département de la Gironde doit sa richesse et sa célébrité, nous allons faire connaître, d’après un des plus habiles gourmets de Bordeaux, quelles sont les qualités exigées dans les vins supérieurs. « Cette liqueur délicieuse parvenue à son plus haut degré de qualité doit être pourvue d’une belle couleur, d’un bouquet qui participe de la violette, de beaucoup de finesse, et d’une saveur infiniment agréable ; elle doit avoir de la force sans être capiteuse ; ranimer l’estomac en respectant la tête, et en laissant l’haleine pure et la bouche fraîche. »

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BIBLIOGRAPHIE.

 

            Annales historiques, civiles et statistiques de Bordeaux ; etc. ; in-4. Bordeaux, 1803.

            Recueil de divers costumes des habitants de Bordeaux, etc., dessinés par Galard, avec notices par Edmond Géraud ; in-f. Bordeaux, 1819.

            Alm. gén. de la préfect. de la Gironde, in-18. Bordeaux, 1819 et ann. suivantes. – Alman. gén. du commerce de Bordeaux et du départ. de la Gironde ; in-8. Bordeaux, 1819 et ann. suivantes. – Calend. royal de la préfect. de la Gironde ; in-18. Bordeaux, 1819. – Ann. du négociant et du dép. de la Gironde ; in-18. Bordeaux, 1819.

            Etudes admin. sur les Landes, par le baron d’Haussez ; in-8. Bordeaux, 1826.

            Les Landes en 1826 ; in-4. Bordeaux, 1826.

            Musée d’Aquitaine ; in-8. Bordeaux, 1823 à 1824.

            Traité sur les vins de Médoc et les autres vins rouges de la Gironde, par W. Franck ; in-8. Bordeaux, 1824.

            Guide ou conducteur de l’étranger à Bordeaux ; in-8. ou in-18. Fillastre et neveu, Bordeaux, 1827.

            Classification et Description des vins de Bordeaux et de la Gironde, par Paguière ; in-8. Bordeaux, 1829.

            Description topograph. du fort Médoc, par Mainvielle (Mém. de médec. militaire, vol. 18).

            Promenades historiques phil. et pittor. dans le département de la Gironde, par J. Arago ; in-8. Bordeaux, 1829.

            Descript. du pont suspendu de Langon, par P.-D. Martin ; in-4. Paris, 1832.

            Statistique morale, philosophique et politique de la ville de Bordeaux et des départ. qui l’avoisinent ; in-8. Bordeaux, 1833.

Abel HUGO.

 

On souscrit chez DELLOYE, éditeur, place de la Bourse, rue des Filles-S.-Thomas, 13.

Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Comp., rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

 
  

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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France Pittoresque – 1835 : Gironde (2)

Département de la Gironde.

(Ci-devant  Guyenne. – Bordelais)

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METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
BIBLIOGRAPHIE.

 

HISTOIRE NATURELLE. 

            REGNE ANIMAL. – Le département renferme des chevreuils et des sangliers. Le gibier y est très abondant. On cite comme remarquables par leur délicatesse la perdrix rouge, l’ortolan et le mûrier. Les côtes de l’Océan fournissent une grande variété de poissons, de coquillages et de crustacés. On y trouve entre autres l’hippocampe ; les huîtres y forment des bancs considérables.

            REGNE VEGETAL. – Parmi les arbres du département on remarque le chêne-liège et le pin maritime. – Un cultivateur anglais, M. John Dorte, y a récolté du coton en 1822. – Une belle plantation d’oliviers, existant auprès de Bordeaux, semblerait prouver qu’il n’est pas difficile d’y acclimater et d’y cultiver en grand cet arbre précieux.

            REGNE MINERAL. – Quoique le département possède quatre hauts fourneaux, on n’y exploite aucune mine. – On a reconnu quelques indices de minerai de fer dans l’arrondissement de Libourne, notamment dans la commune de Lussac. – Le sable des environs de Bordeaux est facilement vitrifiable. – On exploite dans le département de belles carrières de pierre à bâtir, tendre, dure, etc. Celles de Roque, de Bourg et de Langoiran sont les plus estimées. – On trouve un grand nombre de coquilles fossiles dans quelques-unes de ces carrières.

            Eaux minérales. – Il n’existe aucun établissement d’eaux minérales naturelles dans le département, mais on a découvert une source ferrugineuse dans une des communes de l’arrondissement de Blaye. – Il y a de superbes bains de mer à la Teste-de-Buch.

            Marais salants. – Tous les marais salants se trouent réunis dans l’arrondissement de Lesparre. Ils produisent annuellement de 12 à 1,400,000 hectolitres de sel.

 

CURIOSITES NATURELLES. 

 

            GROTTES DE LANGOIRAN. – A quelques lieues de Bordeaux, sur la rive droite de la Garonne, à Langoiran (canton de Cadillac), on remarque sur la côte plusieurs grottes servant d’habitations aux paysans, et trois cryptes remplis de cristallisations et de congélations en forme de stalactiques. L’eau qui tombe du rocher y forme des glaçons d’environ un demi-pied, blancs et brillants comme du cristal. Un de ces trois cryptes est à deux étages ; c’est celui qu’on appelle la Grotte de la tête. Une source traverse le roc qui sépare les deux grottes superposées.

            LE MASCARET. – En France, deux rivières, la Seine et la Dordogne, présentent, à de certaines époques, le phénomène d’une masse d’eau en forme de monticule, remontant le courant ; phénomène que La Condamine a observé à l’embouchure u fleuve des Amazones, Rennel à celle du Gange, et que d’autres voyageurs prétendent avoir vu aussi dans le Sénégal, dans le Mississipi et même dans le Nil. Cette masse d’eau qu’on appelle Porocora au fleuve des Amazones, Bogatz sur le Nil, et Barre sur la Seine, se nomme Mascaret sur la Dordogne. On l’observe principalement quand les eaux de cette rivière sont très basses, en août et septembre. Alors on oit auprès du Bec-d’Ambès, point où la Dordogne s’unit à la Garonne, une lame d’eau, haute quelquefois de 8 à 10 pieds, ordinairement, de la grosseur d’une tonne, rouler sur la côte, la remonter et la parcourir dans toutes ses sinuosités, rapidement mais avec un bruit assez fort. Là, le Mascaret, en patois du pays, signifie le rat d’eau : « Bassi lou Mascaret, «  s’écrient les habitants en accourant pour le voir. A son approche les oies et les canards se sauvent effrayés, ou s’enfoncent dans les roseaux, et les bateliers s’empressent de tourner la proue de leurs embarcations vers le courant, afin de n’être pas renversés. Le Mascaret remonte la rivière jusqu’à environ huit lieues de son confluent avec la Gironde. Dans certains endroits il quitte les rives pour courir au milieu de la rivière, ou pour s’étendre sur toute sa surface d’un bord à l’autre. D’après un observateur qui a étudié sa marche, le Mascaret arrive à Saint-André en lames qui occupent la moitié de la rivière ; il s’avance ainsi jusqu’à Caverne. Là, il se perd un instant, pour reparaître entre Asque et Lisle, en forme de promontoire, puis il se change de nouveau en lames jusqu’à Tersac, où il reprend sa première forme, qu’il quitte de nouveau à Darveire : ensuite il longe la côte jusqu’à Fronsac ; il s’étend sur toute la rivière, passe devant la rade de Libourne, et va s’éteindre au-delà de Génisac-les-Réaux et de Peyrefite. – Il paraîtrait, d’après la tradition locale, que le Mascaret était beaucoup plus violet autrefois. On assure qu’il y a cinquante ans il se faisait sentir même dans la Garonne jusqu’au-dessus de Bordeaux, renversant les barques avec impétuosité, e s’annonçant par un bruit assez fort pour être entendu à une demi-lieu. – La marée est la première cause du Mascaret. En remontant la Gironde, le flux se porte droit dans la Dordogne, parce que le lit de la Garonne est un peu détourné. La Dordogne reçoit donc la plus forte impulsion, et quand ses eaux sont basses (condition indispensable pour que le Mascaret ait lieu), la marée y pénètre fort avant ; alors les grosses lames, ne trouvant pas la profondeur nécessaire à leur développement, se gonflent, s’élèvent et se brisent sur les bords, ou repoussées par les roches qui sont dans le lit de la rivière, elles se jettent au milieu du courant. Les nombreux détours, les bancs de sable, la rapidité des eaux et tous les obstacles ne font d’ailleurs qu’augmenter la force du Mascaret.

 

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.

 

            BORDEAUX (voyez le chapitre spécial)

            CHATEAU DE LA BREDE, situé à 5 l. S.-S.-E. de Bordeaux. – Ce château, qui a appartenu à Montesquieu, est un bâtiment hexagone, à pont-levis, entouré d’un double fossé d’eau vive, et revêtu de pierre de taille. – Sa situation, au milieu de champs, de prairies immenses, d’eaux pures et limpides, est agréable et pittoresque. Une longue allée de chênes séculaires en précède l’entrée. – L’intérieur est vaste et bien distribué, mais les croisées sont petites, mal placées, et les appartements y manquent presque tous de lumière. – Les meubles de la chambre où travaillait l’illustre auteur de l’Esprit des Lois sont conservés avec un soin religieux et disposés comme ils l’étaient de son temps. – Cet ameublement, très simple, se compose d’un lit, de quelques fauteuils de forme gothique, et d’une galerie de portraits de famille. L’appartement est boisé, sans peinture. – A la place même où Montesquieu écrivait, on remarque, au côté gauche de la cheminée, un endroit usé par le frottement de son pied, qu’il avait l’habitude d’y appuyer. Une fenêtre, ouverte au midi, laisse apercevoir une immense prairie. – Auprès de la porte de cette chambre, se trouve un petit escalier très raide qui conduit à une espèce de cachot, où l’on assure que Montesquieu a eu la singulière fantaisie d’écrire son chapitre de la Liberté du Citoyen.

            LA TESTE-DE-BUCH, port sur le bassin d’Arcachon, ch.-l. de cant., à 14 l. S.-O. de Bordeaux. Pop. 2,840 hab. – On l’appelait autrefois Testa Boïorum. – Les anciens seigneurs de cet endroit ont figuré dans l’histoire sous le titre de Captal de Buch. L’un d’eux, Jean de Grailly, fut vaincu et fait prisonnier par Duguesclin à la bataille de Cocherel, en 1364. – Les habitants de la Teste-de-Buch sont en général pêcheurs ou résiniers ; ces deux professions vivent peu d’accord, mais leur rivalité n’a jamais eu de résultat déplorable. – La grande pêche, appelée la pêche de Peougue, a lieu aux approches du carême et dure jusqu’à Pâques. Les équipages sont d’ordinaire de 4 à 8 jours dehors, quelquefois un jour seulement, et vont jeter leurs filets de 4 à 20 lieues au large, même plus loin, dans des plaques qui leur sont parfaitement connues et où la mer a moins de profondeur que partout ailleurs. – Il y a près de cette ville une grande forêt, dont Frédéric de Foix, captal en 1543, donna, moyennant une légère redevance, l’usufruit, par portions égales, à tous les vilains, manants et habitants de la Teste, sous la condition que ses produits n’en seraient pas exportés hors des communes admises au partage.

            BAZAS, sur un rocher à 4 l. S. de la Garonne, à 16 l. S.-E. de Bordeaux. Pop. 4,255 hab. – L’origine de cette ville est très ancienne ; elle existait du temps des Romains. Le poëte Ausone était originaire de Bazas, où son père faisait sa résidence. Il y eut autrefois un évêque, et pendant long-temps les ducs de Gascogne l’habitèrent. – L’ancienne cathédrale, aujourd’hui église principale et paroissiale, est un monument remarquable d’architecture gothique. La grandeur en est médiocre ; elle est en rapport avec l’étendue peu considérable de l’ancien diocèse. Le nombre et la régularité des piliers en font l’ornement ; ils sont néanmoins un  peu grêles. Le bénitier, de forme ovale, est placé de manière à refléter l’image de l’édifice entier.

            LANGON, sur la rive gauche de la Garonne, à 4 l. N. de Bazas, ch.-l. de cant. Pop. 3,566 hab. – Cette ville, traversée par la grande route de Bordeaux à Bayonne et à Toulouse, est très commerçante. Le flux de la mer s’y fait sentir. – Les anciens connaissaient Langon sous le nom de Alingonis portus. On n’y voit aucun édifice remarquable.

            LA REOLE, sur la rive droite de la Garonne, ch.-l. d’arr., à 13 l. S.-E. de Bordeaux. Pop. 3,764 hab. – On ignore l’époque de sa fondation. L’ancien nom de cette ville, Reüla, signifiait péage en langue celtique. – Le paganisme des premiers habitants du pays a laissé des traces de son existence. leur temple subsiste encore, c’est l’édifice appelé la Grande-Ecole. Le bois sacré du temple était dans le quartier du Bourg-Neuf. Une tour entière et une autre tour à moitié détruite, voilà tout ce qui reste du château des Quatre-Sœurs, bâti par les Sarrasins, au dire de Froissard. – La Réole fut prise en 1577 par les protestants. – Non loin de cette ville, sur le sommet d’un mamelon appelé Lamothe-du-Mirail, se trouve une source qui éprouve les variations du flux et du reflux. – Il y a aussi près du Mirail une fontaine dont l’eau forme des incrustations curieuses de carbonate calcaire sur les objets qu’on y laisse séjourner.

            LIBOURNE, sur la rive droite de la Dordogne, au confluent de l’Isle, ch.-l. d’arr., à 11 l. N.-E. de Bordeaux. Pop. 9,838 hab. – L’origine de cette ville remonte à 1286. Elle fut bâtie par Edouard 1er, roi d’Angleterre, à un ¼ de lieue de l’ancienne ville Condate portus, dont il ne reste plus de vestiges. – La cour des aides de Bordeaux y siégea de 1675 à 1690. – Peu de villes ont été édifiées sur un plan aussi régulier que Libourne. La place centrale est belle, les rue bien alignées, sont bordées de jolies maisons. Les casernes pour la cavalerie sont spacieuses et bien distribuées. Elles ont un manège couvert, d’ont la charpente cintrée est justement admirée. La Dordogne et l’Isle embrassent Libourne des deux côtés et en rendent les dehors fort agréables. – Cette ville est entourée de belles, promenades. Un beau pont, jeté sur la Dordogne, ajoute aussi beaucoup à son importance. Ce pont construit en pierres et en briques, sur les dessins de M. Deschamps, se compose de 9 arches, plein cintre en arrière ; les voussières ont environ 60 pieds d’ouverture, et les piles 12 pieds d’épaisseur. La largeur d’un parapet à l’autre est d 37 pies, et celle des trottoirs de 6 pieds.

            SAINT-EMILION, sur la pente d’un coteau, à 1 l. environ du confluent de l’Isle et de la Dordogne, à 2 l. de Libourne. Pop. 3,019 hab. – Cette petite ville, si renommée par ses excellents vins, mérite une attention particulière à cause des monuments anciens qu’elle renferme. Nous ne ferons que mentionner ses fortifications à moitié démantelées, la façade du palais du cardinal de Canterac ; le château du Roi, qui semble se survivre dans un espèce de donjon quadrilatère, construction du Xe siècle : tous ces édifices tombent en ruines. Nous nous étendrons un peu plus sur l’Ermitage de Saint-Emilion, une petite rotonde et un temple monolythe dédiés au pieux solitaire qui a donné son nom à la ville. Le temps les a respectés davantage. – L’ermitage creusé dans le roc est à vingt pieds au-dessous du sol de la place publique ; on y voit encore le lit, le siège et la table du solitaire, le tout ménagé dans le rocher. La fontaine où se désaltérait le saint a conservé son abondance et sa limpidité.- Le temple monolithe, également taillé dans le roc, a 80 pieds de log et 50 de large. L’entrée regarde l’orient ; elle est décorée d’une arcade gothique à plusieurs cintres en retraite les uns sous les autres, avec des personnages entre les arcs. Une galerie latérale, bordée de sépulcres, conduit dans la nef dont la voûte décrit le sommet d’une étroite parabole et repose sur huit piliers énormes. Sur la voûte planent deux anges portés chacun sur quatre ailes. Des bas-reliefs et diverses sculptures ornent l’entrée et plusieurs autres parties de ce temple, auquel il n’a manqué, pour devenir célèbre, que d’être en pays étranger. La manière dont les jours y sont pratiqués produit des effets d’optique qui ajoutent encore à la majesté de ce séjour mystérieux. – Non loin de ce monument, à gauche, est la rotonde de Saint-Emilion, qu’on prendrait  pour un petit temple grec, si ses fenêtres e ses colonnettes n’attestaient son origine gothique. – La ville possède en outre une église qui a été bâtie sous Pépin et embellie par Arnaud Chéraud. La nef, les colonnes accouplées qui portent la voûte, la flèche avec sa galerie et ses pyramides, tout dans cet édifice est plein de grâce, de légèreté et d’élégance. – On trouve aussi à Saint-Emilion plusieurs maisons particulières et quelques tourelles, enjolivées dans le goût mauresque et gothique.

            COUTRAS, sur la Dronne, ch.-l. de cant., à 5 l. N.-E. de Libourne. Pop. 3,144 hab. – Cette ville est célèbre par la victoire que Henri IV, alors roi de Navarre, remporta sur l’armée commandée par le duc de Joyeuse. C’est dans cette bataille que, au milieu de la mêlée, Henri prit Château-Régnard, en lui criant : « Rends-toi Philistin. » – On voit à Coutras un monument élevé à la mémoire du brave Albert, qui enleva à l’ennemi le corps de Marceau blessé mortellement près d’Altenkirchen.

            CASTILLON, sur la rive droite de la Dordogne, ch.-l. de cant., à 7 l. de Libourne. Pop. 2,897 hab. – Cette ville est connue par la brillante victoire que les Français y remportèrent, en 1451, sur les Anglais, après une bataille sanglante où le brave Talbot et son fils furent tués. – Castillon est un bureau de poste d’où ressort la commune de Saint-Michel-de-Montaigne, anciennement gros bourg du Bordelais, aujourd’hui placée dans le département de la Dordogne, sur les limites du département de la Gironde. – C’est dans cette commune que se trouve le CHATEAU DE MONTAIGNE, ce château où l’auteur des Essais, pelaudé à toutes mains, et victime de son impartialité entre les partis, se retira en 1572, alors que, dit-il lui-même, « aux Gibelins il était Guelphe, et aux Guelphes Gibelin. » C’est là qu’il fuyait « les gens qui font violence au repos du pays pour le guérir ; ne voulant accepter l’amendement qui trouble et hasarde tout, et qui couste le sang et la ruine des citoyens. » C’est là enfin que donnant un asile aux persécutés de tous les paris ; « il se meslait aussi d’achever quelque vieux pan de mur et quelque pièce de bâtiments mal dolée. Mais sa fainéance l’empêcha de parfaire les commencements laissés par son père en sa maison. » Une tour ruinée et de vieilles murailles sont tout ce qui reste aujourd’hui de cet antique château.

            BLAYE, sur la rive droite de la Gironde, ch.-l. d’arr., à 13 l. ½ de Bordeaux. Pop. 3,855 hab. – Cette ville était connue dans anciens sous le nom de Promontorium santonum. Charibert, roi de Paris, y mourut en 567 ; son tombeau fut détruit pendant la guerre de religion, ainsi que celui du fameux Roland, tué à Roncevaux. – Blaye était vers le Ive siècle, une place fortifiée, elle fut prise et 1568 par les protestants, et plus tard par les ligueurs. Henri IV fit dessécher les nombreux marais qui l’entouraient ; ce sont aujourd’hui des terres très fertiles. La ville est divisée en haute et basse. Les habitants occupent la ville basse. L’autre ne consiste véritablement que dans la citadelle, construite sur un rocher qui domine la Gironde ; du côté de la rivière elle est inattaquable. Le fleuve a 1900 toises de largeur devant la ville. Cette grande distance fut cause qu’en 1689, on bâtit un fort nommé le Pâté, sur une île qui n’est qu’à 500 toises de la ville, et à 1100 de la côte du Médoc, où il y a un autre fort. – Le port de Blaye est fréquenté par les navires français et étrangers, qui s’y arrêtent en montant ou descendant la rivière, et par ceux qui viennent chercher les productions de l’arrondissement, dont la ville est en quelque sorte l’entrepôt. – En 1832, madame le duchesse de Berri, arrêtée en Vendée, fut enfermée dans la citadelle de Blaye sous la garde du général Bugeaud. Elle y accoucha d’une fille, qui depuis est morte en Italie.

            BOURG, sur la rive droite de la Dordogne, près du confluent des deux rivières, ch.-l. de cant., à 4 l. de Blaye. Pop. 2,306 hab. – Cette petite ville est fort ancienne ; elle existait en 394. Il y avait une ancienne abbaye de l’ordre de Saint-Augustin, fondée en 1124, dont il existe encore quelques ruines pittoresques et entr’autres une porte qui prouve que le couvent, comme la plupart des monastères de cette époque était une espèce de citadelle. Bourg est situé sur un côteau en face du Bec-d’Ambès, elle jouit d’une perspective magnifique et domine le cours de la Gironde.

            LESPARRE, entre la mer et la Gironde, ch.-l. d’arr., à 17 l ½ N.-O. de Bordeaux. Pop. 997 hab. – Située dans les terres et sans débouchés, cette ville n’a pu acquérir de l’importance ni sous le rapport commercial, ni sous celui de l’étendue. Elle ne renferme aucun édifice remarquable. On estime les fruits que produit son territoire et les animaux nourris dans ses excellents pâturages.

            PAUILLAC, petit port sur la rive gauche de la Gironde, à 5 l. S.-E. de Lesparre. Pop. 3,352 hab. – C’est dans cette ville que les bâtiments qui remontent le fleuve s’arrêtent d’ordinaire pour y prendre des rafraîchissements. Les navires d’une contenance trop forte avaient autrefois coutume d’y attendre leurs chargements ; La rade en est sûre. – La largeur de la Gironde devant Pauillac est d’environ deux lieues. – C’est à Pauillac qu’est le lazaret.

            TOUR OU PHARE DE CORDOUAN. Ce phare, le plus beau de tous ceux qui existent en France, est situé vers l’embouchure de la Gironde, à 3 l. de Royan (Charente-Inférieure), et à 22 l. N.-O. de Bordeaux. Il se compose d’une tour de forme pyramidale, qui a été construite sur un massif de rochers, reste d’une langue de terre que les eaux de la mer ont submergée. L’origine de cet utile établissement remonte, à ce que l’on croit, au règne de Louis-le-débonnaire. Ce n’était d’abord qu’une tour basse où les hommes, postés à cet effet, sonnaient du cor, jour et nuit pour avertir les navigateurs. – La tour actuelle, commencée en 1583, n’a été achevée qu’en 1611. Elle eut pour premier architecte le célèbre Louis de Foix. Elle a eu besoin de diverses réparations en 1665, 1727, 1788 et 1808. dès le XVIe siècle on avait substitué au son du cor des feux destinés à servir de signal aux navires, mais, en 1727, on s’aperçut que ces feux  calcinaient le sommet de la tour, et on les remplaça par un fanal qui a reçu depuis divers perfectionnements. La hauteur de la tour de Cordouan est de 220 pieds. Le diamètre de la partie inférieure qui sert de soubassement est de 126 pieds. L’édifice présente trois ordres d’architectures superposés, le premier, celui du rez-de-chaussée, est dorique, le second corinthien, et le troisième composite. L’intérieur se compose de plusieurs pièces et d’une chapelle. Quatre gardiens y séjournent constamment pour veiller à l’exécution du foyer du phare. Ils y ont des vivres et de provisions pour six mois, car pendant une partie de l’année la communication est impossible avec la terre. Les feux tournants du phare de Cordouan peuvent être aperçus à plus de dix lieues en mer par un temps calme.

 

DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.

 

            POLITIQUE. – Le département nomme 9 députés. Il est divisé en 9 arrondissements électoraux, dont les chefs-lieux sont : Bordeaux (3 arr. ville. 1 pour l’arrond.), Bazas, Blaye, Lesparre, Libourne, La Réole.

            Le nombre des électeurs est de 4,043.

            ADMINISTRATIVE. – Le chef-lieu de la préfect. est Bordeaux.

            Le département se divise en 6 sous-préfectures ou arrondissements communaux.

          Bordeaux           18     cantons,                151     communes,     245,348    habit.

          Bazas                  7                                   68                             53,802

          Blaye                  4                                   56                             56,406

          Lesparre              4                                   30                             36,918

          Libourne              9                                 132                           107,514

          La Réole              6                                 105                             54,237

               Total            48     cantons,                542     communes,     554,225    habit.

          Service du Trésor public. – 1 receveur général et 1 payeur (résidant à Bordeaux), 5 recev. partic. ; 10, percepteurs principaux.

          Contributions directes. – 1 direct. (à Bordeaux) et 1 inspect.

          Domaines et Enregistrement. – 1 directeur (à Bordeaux) ; 2 inspecteurs, 5 vérificateurs.

          Hypothèques. – 6 conservateurs dans les ch.-l. d’arr. comm.

          Douanes. – 1 directeur à Bordeaux.

          Contributions indirectes. – 1 directeur (à Bordeaux), 3 direct. d’arrond., 7 receveurs entreposeurs.

          Tabacs. – Il y a à Belleville une manufacture royale de tabacs et à Paludate un magasin de tabacs en feuilles.

          Forêts. – Le départ. fait partie du 33e arrond. forestier, dont le ch.-l. est Bordeaux. 1 conserv. à Bordeaux.

          Ponts-et-Chaussées. – Le département fait partie de la 8e inspection, dont le chef-lieu est Bordeaux. – Il y a 1 ingénieur en chef en résidence à Bordeaux.

          Mines. Le dép. fait partie du 18e arrond. et de la 5e div., dont le ch.-l. est Montpellier.

          Cadastre. – 1 géomètre en chef à Bordeaux.

          Monnaies. – Bordeaux possède un  hôtel des monnaies, dont la marque est K. Depuis l’établissement du système décimal jusqu’au 1er janvier 1832, les espèces d’argent qui y ont été fabriquées s’élèvent à la somme de 81,714,354 fr.

          Loterie. – Les bénéfices de l’administration de la loterie sur les mises effectuées dans le département présentent (pour 1831 comparé à 1830) une augmentation de 168,536 fr.

          Haras. – Bordeaux est le chef-lieu du 7e arrondissement de concours pour les courses de chevaux, qui comprend les départements de la Charente-Inférieure, Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne. – Il y a à Libourne un dépôt royal où se trouvent 29 étalons. – L’hippodrome est à Gradignan, à 2 lieues de Bordeaux, les courses ont lieu du 1er au 10 juillet.

          MILITAIRE. – Bordeaux est le quartier-général de la 11e division militaire, qui comprend le département des Landes, de la Gironde et des Basses-Pyrénées. – Il y a à Bordeaux 1 lieutenant général commandant la division, 1 maréchal de camp commandant le département, 1 intendant militaire, 4 sous-intendants. – Le dépôt de recrutement est à Bordeaux. – Le département renferme une place forte, Blaye, et le fort Médoc. – Bordeaux est le chef-lieu de la 10e légion de gendarmerie, qui se compose des compagnies départementales de la Gironde, de la Charente, des Landes et des Basses-Pyrénées. – Il existe près de Bordeaux, à Saint-Médard-en-Jalle, une poudrerie royale et raffinerie de salpêtre.

          MARITIME. – Il existe dans le département : – à Bordeaux : 1 commissaire général de marine, 1 trésorier des invalides, 1 école d’hydrographie ; à Blaye et à Libourne 2 sous-commissaires et deux écoles d’hydrographie, – et à Pauillac 1 sous-commissaire.

          JUDICIAIRE. – La cour royale de Bordeaux comprend dans son ressort les départements de la Charente, de la Dordogne et de la Gironde. – Il y a dans le département 6 tribunaux de 1re instance, à Bazas, Blaye, Bordeaux (3 chambres), La Réole, Lesparre, Libourne ; et 3 tribunaux de commerce, à Blaye, Bordeaux et Libourne. – Il y a à Cadillac une maison centrale de détention pour les femmes pouvant en renfermer 300.

          RELIGIEUSE. – Culte catholique. – Le département possède un archevêché, érigé dans le IIIe siècle, dont le siège est à Bordeaux, et qui a pour suffragants les évêchés d’Agen, Angoulème, Poitiers, Périgueux, La Rochelle, Luçon. – Le département forme l’arrondissement du diocèse de Bordeaux. – Il y a à Bordeaux : un séminaire diocésain, une école secondaire ecclésiastique qui compte 175 élèves. – Le département renferme 10 cures de 1re classe, 66 de 2e, 309 succursales, 37 vicariats. – Il existe : 6 écoles chrétiennes, 15 communautés religieuses de femmes consacrées à l’éducation gratuite des filles et aux soins des malades, 25 communautés hospitalières de femmes, consacrées au soulagement des pauvres et des malades.

          Culte protestant. – Les réformés du département ont 3 églises consistoriales : la 1re à Bordeaux, desservie par 3 pasteurs ; la 2e à Sainte-Foix, avec 3 pasteurs ; la 3e à Gensac, également avec 3 pasteurs, et à Libourne un oratoire. – Il y a en outre des temples à la Lève-les-Brians, Eynesse, La Roquille, Penac, Castillon, Flanjagues et Pellegrue. – Le département renferme plusieurs sociétés bibliques, des sociétés des missions évangéliques, des sociétés des traités religieux, et 13 écoles protestantes.

          Culte israélite. – Il y a à Bordeaux un consistoire israélite et une synagogue avec un grand rabbin et un ministre officiant.

          UNIVERSITAIRE. – Le département possède une académie de l’université dont le chef-lieu est à Bordeaux, et qui comprend dans son ressort la Charente, la Dordogne et la Gironde.

          Instruction publique. – Il y a dans le département. – à Bordeaux : 1 faculté de théologie, 1 école secondaire de médecine, 1 collège royal de 1re classe, qui compte 304 élèves ; – 2 collèges ; à La Réole, à Libourne ; – 1 école normale primaire à Bordeaux. – Le nombre des écoles primaires du département est de 515, qui sont fréquentées par 15,176 élèves, dont 13,366 garçons et 1,810 filles. – Les communes privées d’écoles sont au nombre de 236.

          SOCIETES SAVANTES, ETC. – Il y a à Bordeaux une Académie royale des Sciences, Arts et Belles-Lettres, un Athénée et des sociétés d’Emulation commerciale, Philomatique, Royale de Médecine, Médico-chirurgicale et Linnéenne d’Emulation. Bordeaux possède un Cabinet d’Histoire naturelle, un Dépôt des Antiquités, un Observatoire, une Galerie de Tableaux et Statues, un Jardin Botanique, etc. – Bazas, Blaye, Lesparre et La Réole ont des sociétés d’Agriculture.

 

POPULATION.

 

            D’après le dernier recensement officiel, elle est de 554,225 h. et fournit annuellement à l’armée 1,347 jeunes soldats.

            Le mouvement en 1830 a été de

Mariages ……………………………………………………………………………………………………….. 5,158

Naissances.                Masculins.                                  Féminins.

          Enfants légitimes      6,652                                       6,306     )

          Enfants naturels          860                                          662     )    Total                     14,480

Décès.                                                                             6,749     6,502                                              Total     13,251

          Dans ce nombre 7 centenaires.

 

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

 Prochainement

GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
BIBLIOGRAPHIE. 

 

France-Pittoresque-1835-Gironde

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France Pittoresque – 1835 : Gironde (1)

Département de la Gironde.

(Ci-devant  Guyenne. – Bordelais)

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SOMMAIRE
HISTOIRE.
ANTIQUITES.
MŒURS ET CARACTERES.
LANGAGE.
TOPOGRAPHIE.
ASPECT DU PAYS.
METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
BIBLIOGRAPHIE.

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HISTOIRE.

            La contrée dont nous esquissons l’histoire fut long-temps soumise aux Romains qui l’incorporèrent à la Seconde Aquitaine. En 631, Dagobert 1er la joignit au royaume créé en faveur d’Aribert, son frère, qui prit le titre de Roi de Toulouse. A la mort d’Aribert et après celle de son fils, la Seconde Aquitaine rentra sous le pouvoir de Dagobert, qui la fit gouverner par des ducs. Dans le Ve siècle, les Visigoths l’avaient dévastée ; les Sarrasins la ravagèrent dans le VIIIe, et les Normands dans le IXe. En 1070, elle fut augmentée du duché de Gascogne. Deux siècles ensuite, vers 1259, par un traité entre saint Louis et Henri III, roi d’Angleterre, la province fut démembrée et cédée en partie aux Anglais. Dès lors le duché d’Aquitaine fit place dans l’histoire au duché de Guyenne.

            La domination des Anglais fut marquée par divers événements ; ils eurent souvent à guerroyer contre les seigneurs gascons qui ne portaient leur joug qu’avec impatience. Un de ces conflits les plus vifs fut celui de 1272 entre Edouard, roi d’Angleterre, et Gaston de Moncade, vicomte de Béarn ; rien n’y manqua, sièges, combats, appels au parlement ; l’intervention du roi de France put seule terminer la querelle. – Au milieu du XVe siècle, la domination anglaise commença à chanceler. La prise de Mauléon par le comte de Foix, et celle de Guiche par le seigneur de Lautrec, fut le signal de sa décadence. Les comtes de Dunois et de Penthièvre achevèrent de déposséder les ennemis de la France ; ces généraux s’emparèrent, au nom de Charles VII, de Blaye, de Bordeaux, et enfin de Bayonne. En mémoire de ces grands succès on arma, en 1451, à Fronsac, cinquante chevaliers parmi lesquels on remarque le comte de Larochefoucauld, le vicomte de Turenne, Jean de Rochechouart, Jean de Bourdeilles, Tristan Lhermite, etc. – Les Anglais, occupés de leurs dissensions civiles, avaient porté d’abord peu d’attention à ces événements. L’année suivante (1452) ils cherchèrent à regagner le terrain perdu ; aidés par le seigneur de Lesparre, ils rentrèrent à Bordeaux et dans quelques autres villes ; mais vaincus à la bataille de Castillon, en 1453, ils se virent de nouveau enlever leur conquête. Le roi de France fit bâtir le château Trompette et le fort de Ha, pour prévenir désormais toute surprise ou sédition. De cette manière, la Guyenne, que les Anglais possédaient depuis près de trois siècles, fut pour toujours réunie à la France.

            Louis XI, ayant triomphé, en 1465, de la ligue du bien public, confina le duc de Berry, son frère, qui en était le chef, dans le duché de Guyenne ; il lui donna en apanage cette province qui se composait alors des sénéchaussées de Bordeaux, de Bazas et des Landes. A la mort du duc de Berry, le duché fit retour à la couronne. Le parlement, qu’on avait transféré à Poitiers, fut rétabli à Bordeaux, moyennant une indemnité de 5,000 fr. que cette dernière ville s’engagea à payer à la première. – Vers l’année 1548, la Guyenne fut agitée par une sédition violente. L’augmentation du prix du sel étant devenue intolérable, les habitants de quelques communes se rassemblèrent en armes ; leur exemple fut suivi par plusieurs villes et principalement par Bordeaux où Tristan de Moneins, lieutenant du gouverneur, fut massacré ainsi qu’une vingtaine de commis à la gabelle. Henri II envoya une armée pour réduire les révoltés. Le connétable Anne de Montmorency, qui la commandait, entra dans Bordeaux par une brèche comme dans une ville prise d’assaut ; une amende de 200,000 livres et le supplice de plus de cent personnes furent le châtiment infligé à la rébellion. Des raffinements inouïs de cruauté signalèrent cette vengeance. – Sous le règne de Charles IX, la contrée fut en proie aux malheurs d’une guerre de religion. Le protestantisme, protégé par Jeanne d’Albret, y avait fait de grands progrès. Les partisans de la secte nouvelle soutinrent une lutte acharnée contre les armées royales commandées par Montluc. Plusieurs villes, prises d’assaut, furent saccagées ; le pays se couvrit de deuil et d’échafauds ; les puits furent comblés de cadavres. – Pendant la guerre de la Fronde, plusieurs villes de la Guyenne, Bordeaux entre autres, se déclarèrent contre Mazarin, mais leur rébellion ne fut pas de longue durée.

            Depuis cette époque, le Bordelais n’a figuré dans l’histoire que par ses progrès dans la carrière commerciale. Durant la révolution, une fraction de nos assemblées législatives s’acquit une juste gloire par ses opinions modérées et éloignées de tous les excès. Elle se composait d’hommes de talent, instruits, éloquents, doués d’une âme généreuse ; mais manquant, pour la plupart, de la faculté de mettre en pratique les théories sociales dont ils s’étaient constitués les défenseurs. La lutte des Girondins et des Montagnards est un des grands événements de la révolution, une des époques remarquables de l’histoire de la Convention. D’après le nom du parti modéré on pourrait croire que la majorité de ce parti appartenait au département de la Gironde, ce serait une erreur :  les hommes nés dans le Bordelais étaient même en petit nombre dans la députation du département ; mais il suffit à la Gironde d’avoir fourni aux Girondins un esprit aussi distingué, un orateur aussi remarquable que Guadet, pour que le surnom soit justifié.

ANTIQUITES. 

            Les antiquités du département sont généralement des antiquités romaines. Elles se trouvent presque toutes réunies à Bordeaux ; nous en parlerons avec détail dans la livraison consacrée à cette ville. – Parmi celles qui sont disséminées dans le reste du département, on remarque, à Hure, sur la rive gauche de la Garonne, les restes d’un temple d’Isis. Les fouilles qui y ont été faites y ont mis à découvert plusieurs fragments de pavé en mosaïque. – Près du bourg Saint-Pierre d’Aurillac, au quartier appelé le Château de l’Aiguillon, on trouve un massif en maçonnerie de forme ronde, d’une construction très ancienne et très solide que l’on croît être une de ces fines termini ou colonnes milliaires que les Romains élevaient pour marquer les distances. – Parmi les châteaux du moyen âge qui se trouvent dans le département, on remarque les ruines imposantes du château de Benauges et celles du château de Lavison qui a appartenu aux rois d’Angleterre, ducs de Guyenne.

MŒURS ET CARACTERES. 

            Les habitants de la Gironde sont généralement gais, vifs, spirituels, actifs et entreprenants. Passionnés pour les plaisirs, quoique capables d’un travail opiniâtre et assidu ; inconstants dans leurs affections, mais francs dans l’expression de leurs sentiments, ils se montrent aptes à toute chose et remplis de confiance en eux-mêmes : bons marins, braves soldats, négociants intelligents, spéculateurs hardis, ils réussissent également bien dans toutes les carrières ; mais on a remarqué que l’amour du gain et le soin de l’intérêt personnel obscurcissent parfois leurs plus brillantes qualités. Voilà pour le peuple des villes.

            Fortement attaché à ses habitudes, l’habitant des campagnes est patient, laborieux, content de peu, modéré dans ses besoins comme dans ses désirs ; il s’éloigne de ses foyers le plus rarement possible. Quoique généralement courageux, son caractère le porte peu à embrasser le métier des armes ; mais les habitants des pays riverains sont naturellement le goût de la navigation, et fournissent de bons marins à l’Etat. Dans les campagnes les ménages sont unis et les mœurs honnêtes. Les rands crimes sont rares. On ne peut en dire autant des délits champêtres, malheureusement trop communs ; mais en général le peuple du département est exempt de passions haineuses et fortement prononcées. Pendant le cours de la révolution, et à l’époque de réactions diverses, sourd à toutes les provocations perfides, il ne s’est jamais porté au pillage, à la dévastation, ni à aucun acte d’atrocité et de barbarie. Turbulent, il est vrai, par boutade, il est foncièrement bon, humain, tolérant et ami de l’ordre ; et ces dispositions naturelles sont fortifiées par des rapports réels d’intimité entre le propriétaire et le cultivateur, entre le riche et le pauvre, dans un pays essentiellement commercial où les intérêts sont confondus. – S’il faut en croire les écrivains bordelais, l’habitant des Landes, quoique revêtu, pour ainsi dire, des haillons de l’indigence, n’est pas aussi misérable qu’on pourrait le penser. « Le peu de terrain qu’il défriche et qu’il cultive lui donne d’abondantes récoltes de seigle et de petit millet, sa nourriture ordinaire. La partie des landes couverte de bruyères et d’une herbe touffue, fine et savoureuse, alimente ses nombreux troupeaux : il nourrit ses bœufs avec de la paille. Les vastes forêts de pin lui donnent un revenu immense en résine et en goudron. Aussi sa sobriété le portant à se contenter du produit du sol, et à ne faire aucune consommation étrangère, il accumule presque tous ses profits annuels, et s’enrichit promptement, si c’est être riche que de ne pas savoir dépenser ». – Le caractère, les mœurs et les usages des habitants des Landes présentent une opposition sensible avec ceux des autres habitants des campagnes. M. d’Haussez, qui a été préfet de la Gironde, et dont l’administration a laissé d’honorables souvenirs dans le pays, ne juge pas la position des Landais aussi favorable et aussi heureuse. « Affaiblis par un régime malsain, dit-il, ils arrivent à l’âge où commence la faculté de réfléchir sans l’instruction qui la prépare, sans la force physique qui sert à son développement … Des vêtements grossiers, toujours mal assortis à la température du climat, les accablent pendant l’été, sans les préserver du froid pendant l’hiver. Conduits par des usages, prévenus contre les innovations, guidés par un intérêt sans calcul, peu accessibles aux affections de la nature, ils semblent réserver leur sensibilité pour les animaux qui forment leur unique richesse … Une nature sévère et dont l’aspect ne varie jamais, un retour constant des mêmes occupations, un excès de misère tel, qu’il émousse jusqu’au sentiment du malaise, paralysent leur intelligence, et les rendent incapables de ces pensées énergiques qui donnent à l’homme la force nécessaire pour se roidir contre le malheur et échapper aux conditions fâcheuses de son existence. »

            Voici comment M. de Calla (auteur d’une intéressante notice sur les mœurs des habitants des Landes) raconte la façon dont s’arrêtent les mariages parmi ces hommes en qui la civilisation n’a point comprimé les sentiments naturels. Il se trouvait un jour de fête dans un de leurs villages. « Dès que l’office fut achevé, dit-il, les paroissiens se rassemblèrent devant l’église, au nombre d’environ cent cinquante, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, celles-ci assises sur leurs talons et formant un cercle. Les jeunes gens des deux sexes étaient réunis en groupe, chacun tenant une jeune fille, sautant les uns devant les autres, au son de la voix d’un pâtre huché sur une pierre ; l’air de cette espèce de danse n’avait rien de suivi : ce n’était que des inflexions de voix brusques, rauques, sauvages et sans mesure. Le curé et le notaire, spectateurs comme moi de ces danses burlesques, observaient avec attention leurs mouvements, et me dirent qu’il se ferait quelques mariages, parce qu’ils apercevaient des serrements de mains qui en étaient les marques infaillibles. Je vis en effet sortir successivement de c groupe trois jeunes Landais qui entraînèrent brusquement chacun sa danseuse, après s’être regardés e dit quelques mots en se frappant l’un l’autre ; ils allèrent trouver leurs parents, pour leur déclarer qu’ils s’agréaient (c’est l’expression convenue) ; les parents répondirent qu’ils y consentaient. Convenus de leurs faits entre eux, ils appelèrent le notaire et le curé, et le jour fut aussitôt pris pour le contrat la bénédiction nuptiale et les noces.

LANGAGE.

            Dans les villes on parle français, mais avec cet accent gascon dont le zézaiement et les é aigus sont bien connus. Un patois qui varie dans presque tous les arrondissements, et qui se rapproche plus ou moins du français, est le langage du cultivateur. Ce patois est vif et figuré ; il a de l’énergie ; de l’originalité et quelquefois de la grâce.

TOPOGRAPHIE.

            Le département de la Gironde, formé d’une portion de la Guyenne (Bordelais), est un département maritime, région S.-O. – Il tire son  nom du fleuve formé par la réunion de deux de ses principales rivières, et qui a son embouchure dans l’Océan. – Il est borné au nord par le département de la Charente-Inférieure, au nord-est, par celui de la Dordogne, au sud, par le département des Landes, au sud-est, par celui  de Lot-et-Garonne, à l’ouest, par l’Océan. – Sa superficie est de 1,082,552 arpents métriques.

            SOL, MONTAGNES ET LANDES. – Le sol est fertile dans le nord du département et sur les rives de la Garonne et de la Dordogne. – Il n’est coupé par aucune montagne. – Dans la partie sud-ouest, il existe d’immenses landes qui ne pourraient être converties en terrains arables ou en forêts de pins qu’avec de grands capitaux et un grand nombre de bras. Des expériences, faites à diverses reprises, ont prouvé qu’elles étaient susceptibles d’acquérir de la fertilité.

            FORETS. – les forêts couvrent une superficie de 90,976 hectares, mais la plus grande partie des bois de haute futaie a été détruite pendant la révolution. Il n’y a plus que des bois taillis et des pins. Les coupes annuelles de taillis de chêne sont d’environ 8,000 hectares, qui produisent 8,000,000 de fagots à brûler, qu’on appelle faissonats. Les bûches de chêne sont apportées des départements voisins. – La culture des taillis de châtaigniers est bien entendue. – On en compte 20,000 hectares. – La coupe s’en fait tous les cinq ans. – Les branches servent à faire des cerceaux pour les barriques.

            DUNES. – Les côtes du département sont couvertes de dunes qui forment une espèce de chaîne, et rendent en général l’accès des ords de l’Océan très difficile en certains endroits, impraticable dans d’autres, et partout fort dangereux pour ceux qui le tentent sans guides expérimentés. On rencontre des lieux où les sables sont mobiles e sans consistance, et où le voyageur imprudent court le risque de s’enfoncer tout-à-fait. – Les dunes occupent une superficie de 25,850 hectares.

            MARAIS. – La Gironde est bordée de marais dont le sol se trouve au-dessous des hautes marées. Leur superficie est de 21,848 hectares ; ils s’étendent depuis le côté ouest de Bordeaux jusqu’à l’embouchure du fleuve. Quelques-uns s’avancent jusqu’à deux lieues dans les terres. Bordeaux en était jadis presque entièrement entouré, mais on s’occupe avec activité de leur desséchement. On a senti enfin que la santé publique était compromise par les miasmes pestilentiels qu’exhalaient des eaux éternellement croupissantes. La surface du terrain qu’elles couvraient sur un grand nombre de points est déjà exploitée au profit de l’agriculture ; et sur d’autres, l’extraction de tourbes, reconnues de la meilleure qualité, en diminuant la consommation du bois dont la rareté se fait de plus en plus sentir dans le département, devient une branche d’exploitation aussi avantageuse qu’utile.

            ETANGS. – Les plus considérables sont situés entre les landes et les dunes. Les principaux sont l’étang d’Hourteins-et-Carcans et celui de Lacanau. Le fond de ces étangs étant supérieur à celui de la mer, il serait facile d’établir à travers les dunes un canal de navigation qui joindrait le bassin d’Arcachon à la Gironde, et offrirait un débouché aux produits des Landes.

            PORTS. – Bordeaux, Blaye et Pouillac pourraient être considérés comme des ports de mer, puisque les navires de tout tonnage y arrivent ; mais le port de la Teste-de-Buch, dans le bassin d’Arcachon, est le seul qui véritablement situé sur l’Océan.

            RIVIERES. – Le territoire du département est traversé par cinq rivières navigables, la Dronne, affluent de l’Isle, l’Isle, affluent de la Dordogne, la Dordogne et la Garonne, affluents de la Gironde, qui n’est, en quelque sorte, que leur embouchure commune. Ces deux rivières se réunissent au Bec-d’Ambès. Le nom de Gironde (Girus Undoe) vient du tournoiement que les eaux éprouvent en se réunissant. Le cours de la Gironde va du sud-est au nord-ouest. Sa longueur, jusqu’à son embouchure dans l’Océan, est de 80,000 mètres sur une largeur d’une à deux lieues. C’est un véritable bras de mer. – La Garonne, navigable dans toute l’étendue du département, en partage la superficie en deux parties à peu près égales. Cette rivière communique à la Méditerranée par le Canal du Midi : elle facilite las communications avec les provinces méridionales de la France, avec le Levant, l’Asie et l’Afrique. – Sa Source est dans les Pyrénées. Elle reçoit les eaux du Lot, du Tarn, de l’Aveyron et de l’Ariège, rivières qui donnent leur nom à des départements ; son cours est navigable sur une longueur de 422,000 mètres, et flottable 75,000 mètres au-delà. La Dordogne prend sa source dans les Monts-d’Or, et traverse les départements du Cantal, de la Corrèze et de la Dordogne. Elle est navigable sur une longueur de 264,000 mètres, et flottable encore sur 36,000. c’est une des rivières dont la navigation améliorée peut contribuer le plus à la prospérité des départements du centre de la France. – La Dronne est navigable sur une longueur de 1,500 mètres, et l’Isle sur une de 22,000. – parmi les rivières non navigables du département, les principales sont le Ciron, le Drot, la Livenne et la Leyre ; cette dernière se jette dans l’Océan par le bassin d’Arcachon.

            ROUTES. – Le département est traversé par six routes royales, et il en possède plusieurs départementales. Au nombre des routes royales se trouve celle de Paris à Madrid par Bayonne et Irun.

ASPECT DU PAYS.

            L’aspect du département est varié. Triste, sombre et uniforme dans les landes et sur les côtes, il offre, dans les parties éloignées de la mer, les sites les plus pittoresques et les plus divers. D’un côté, ce sont des terres arides et impropres à toute espèce de culture ; de l’autre, un pays riche et fertile, des plaines verdoyantes, des vallons délicieux ; ici de nombreux vignobles plus ou moins précieux, dans toutes sortes de positions, et cultivés par une multitude de procédés différents ; des fonds caillouteux connus sous le nom de graves,  des coteaux argileux et pierreux, des champs d’une grande fertilité (les palus), le long de deux beaux fleuves, et tout ce spectacle animé par une population pressée, active, industrieuse. Là, des marais malsains, des mers de sable nu, dont les dunes ondoyantes représentent des vagues affermies, des forêts de pins n’offrant aucune pâture aux brebis affamées, des landes désertes, arides, monotones, submergées en hiver et brûlées en été, parsemées de bruyères, où l’œil fatigué trouve à peine de loin en loin des points de repos dans un horizon sans bornes ; et perdus dans cette immensité, quelques rares habitants (30 à peine par lieue carrée), sauvages comme les terres qu’ils habitent. Puis, au centre, une ville vaste, bruyante, populeuse ; des édifices superbes et des eaux profondes et rapides, sillonnées en tout sens par des milliers de vaisseaux dont les banderolles flottantes au vent présentent les armoiries de tous les peuples de l’Europe.

METEOROLOGIE.

 

            CLIMAT. – Il est humide et tempéré. Les hivers sont pluvieux, les été chauds et orageux. En hiver, le thermomètre descend rarement au-dessous de zéro. Il se soutient entre 4° et 5° R. – En été, il s’élève à 20° et 25°.

            VENTS. – Les vents de N.-O. et de S.-O. sont ceux qui soufflent le plus souvent.

            MALADIES . – Les maladies catarrhales, rhumatismales et hydropiques sont communes ; les affections scrofuleuses, les phthisies de diverses natures et les maladies scorbutiques se montrent aussi fréquemment.

 La suite prochainement :

METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
BIBLIOGRAPHIE.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

France-Pittoresque-1835-Gironde

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France Pittoresque – 1835 : Haute-Garonne (3)

Département de la Haute-Garonne.

(Ci-devant Haut-Languedoc)

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GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

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GARDE NATIONALE.

 

Le nombre des citoyens inscrits est de 82,333,

Dont     32,170 contrôle de réserve.

                50,168 contrôle de service ordinaire.

Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit :

                 49,934    infanterie.

                 212    cavalerie.

                 22    sapeurs-pompiers

          On en compte : armés, 11,187 ; équipés, 4,869 ; habillés, 6,936. 27,961 sont susceptibles d’être mobilisés.

          Ainsi, sur 1000 individus de la population générale, 190 sont inscrits au registre matricule, et 65 dans ce nombre sont mobilisables ; et sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 61 sont soumis au service ordin., et 89 appartiennent à la réserve.

          Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 12,400 fusils, et un assez grand nombre de pistolets, sabres, etc.

IMPOTS ET RECETTES.

            Le département a payé à l’Etat (1831) :

Contributions directes ………………………………………………………………………………… 5,291,219 f. 90 c.

Enregistrement, timbre et domaines ………………………………………………………………. 2,423,661 f. 26 c.

Douanes et sels ……………………………………………………………………………………….. 1,832,534 f. 28 c.

Boissons, droits divers, tabacs et poudres ………………………………………………………. 1,751,042 f. 48 c.

Postes          …………………………………………………………………………………………………………………..   542,355 f. 22 c.

Produit des coupes de bois …………………………………………………………………………….. 127,100 f. 70 c.

Loterie         ………………………………………………………………………………………………. 165,676 f. 58 c.

Bénéfices de la fabrication des monnaies ……………………………………………………………. 23,839 f. 13 c.

Produits divers …………………………………………………………………………………………….. 71,068 f. 47 c.

Ressources extraordinaires ……………………………………………………………………………. 949,706 f. 75 c.

                   Total …………………………………………………………………………………… 13,178,204 f. 77 c.

          Il a reçu du trésor 11,564,835 fr. 26 c., dans lesquels figurent :

La dette publique et les dotations pour …………………………………………………………… 1,827,909 f. 49 c.

Les dépenses du ministère de la justice …………………………………………………………….. 323,789 f. 41 c.

                   de l’instruction publique et des cultes ………………………………………………. 516,309 f. 71 c.

                   de l’intérieur ……………………………………………………………………………….. 14,187 f. 90 c.

                   du commerce et des travaux publics …………………………………………….. 1,072,037 f. 88 c.

                   de la guerre ……………………………………………………………………………. 4,902,360 f. 07 c.

                   de la marine ……………………………………………………………………………… 307,450 f. 04 c.

                   des finances ……………………………………………………………………………… 212,820 f. 17 c.

Les frais de régie et de perception des impôts ………………………………………………….. 1,856,974 f. 37 c.

Remboursem., restitut., non-valeurs et primes …………………………………………………… 530,996 f. 22 c.

                   Total …………………………………………………………………………………… 11,564,835 f. 26 c.

          Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant à peu de variations près le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département (défalcation faite du produit des douanes) paie, sauf environ 220,000 fr., à peu près autant qu’il reçoit.

DEPENSES DEPARTEMENTALES.

            Elles s’élèvent (en 1831) à 473,152 fr. 54 c.

SAVOIR : Dép. fixes : traitements, abonnements, etc……………………………………………. 114,074 f. 15 c.

          Dép. variables : loyers, réparations, encouragements, secours, etc. ………………… 359,078 f. 39 c.

          Dans cette dernière somme figurent pour

                29,750 f.     les prisons départementales,

              100,000 f.     les enfants trouvés.

Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, sont de ……………………….. 7,460 F. 00 c.

Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à ………………………………………………………… 57,644 f. 94 c.

Les dépenses des cours et tribunaux sont de ……………………………………………………… 281,933 f. 95 c.

Les frais de justice avancés par l’Etat de …………………………………………………………….. 38,227 f. 25 c.

INDUSTRIE AGRICOLE.

            Sur une superficie de 671,601 hectares, le départ. en compte,

                 350,000     mis en culture.

                   50,095     forêts.

                   54,000     vignes.

                   20,000     landes.

          Le revenu territorial est évalué à 22,448,000 francs.

          Le département renferme environ

                   18,000     chevaux et mulets.

                   70,000     bêtes à cornes (race bovine).

                 200,000     moutons, mérinos, métis et indigènes, qui transhument chaque année comme ceux des Bouches-du-Rhône et vont passer six mois dans les montagnes.

          Le produit annuel du sol en céréales et parmentières est de plus de moitié au-delà de la consommation locale. Il est en vins de 470,000 hect., et en bière de 3,000.

          Le département est un de ceux où la culture des céréales est la mieux entendue ; aussi les récoltes en grains y sont-elles ordinairement très riches. On emploie généralement pour le labourage des bœufs, et dans un très petit nombre de localités seulement des chevaux. – Les vignobles de la Garonne donnent des produits abondants et estimés : on cite les vins de Fronton, de Villaudric, de Montesquieu et de Cappens. – Les prairies artificielles ne sont malheureusement pas aussi multipliées qu’on pourrait le désirer. – La culture du maïs est très répandue : il sert à la nourriture d’une grande partie des habitants des campagnes, à l’engrais des bestiaux et des volailles. – Tous les départements pyrénéens, et notamment celui de la Haute-Garonne, sont fréquemment exposés aux ravages de la grêle. On évalue à trois millions de quintaux de grains la perte que ces orages ont causée dans la Haute-Garonne pendant seulement une période de vingt années. D’après quelques voyageurs, c’est dans le département des Hautes-Pyrénées qu’on a commencé à faire usage pour la première fois des paragrêles. Mais il est certain que le département de la Haute-Garonne a possédé la première société d’assurance mutuelle établie en France contre ce fléau. Cette association ingénieuse était due à un honorable citoyen de Toulouse, M. Barrau, et fut créée en 1800. M. Barrau avait fondé aussi, à la même époque, une société d’assurance mutuelle contre la mortalité des bestiaux : il est à regretter qu’on n’ait pas donné suite à cet utile établissement. – On cultive en grand l’oranger à cause de ses fleurs. – La culture des jardins, des fruits et des légumes de toute espèce est aussi très perfectionnée dans le département. – On y engraisse des bestiaux, des porcs, des volailles, et on y élève des mules. – L’éducation des abeilles est l’objet des soins de quelques agriculteurs ; on y fait éclore aussi quelques vers à soie.

          BERGERS DES PYRENEES. – Les soins des troupeaux occupent une partie des habitants de la montagne, qui mènent une vie pastorale, errants pendant l’été de pâturage en pâturage. Ces courses vagabondes ont un grand charme pour eux. Ils suivent dans leurs changements de séjour un ordre régulier. Quand les troupeaux marchent, c’est en masse. « Chacun, dit Ramond, chasse devant soi son bétail. Un jeune berger, placé à la tête de chaque troupeau, appelle de la voix et de la cloche les brebis qui suivent avec incertitude et les chèvres aventurières qui s’écartent sans cesse. Les vaches marchent après les brebis, non comme dans les Alpes la t^te haute et l’œil menaçant, mais l’air inquiet et effarouché de tous les objets nouveaux. Après les vaches viennent les juments, les poulains étourdis, les jeunes mulets, plus malins mais plus prudents, et enfin le berger maître du troupeau et sa femme, tous es deux à cheval, les jeunes enfants en croupe, le nourrisson dans les bras de sa mère, couvert d’un pli de son grand voile d’écarlate ; la fille occupée à filer sur sa monture ; le petit garçon à pied, coiffé du chaudron qui sert à préparer le repas de tous ; l’adolescent armé en chasseur, et celui des fils que la confiance de la famille a plus particulièrement proposé au soin du bétail, distingué par le sac à sel, orné d’une grande croix rouge. »

          Le lait des Pyrénées est inférieur en qualité et en quantité à celui des Alpes ; mais, par sa délicieuse fraîcheur, c’est le plus agréable breuvage qu’un voyageur fatigué puise désirer. La façon dont les bergers le conservent à l’abri des chaleurs vives qui se font sentir, pendant quelques heures du jour, sur les pentes méridionales des Pyrénées, mérite d’être décrite ; Ils plongent les vases qui le contiennent dans le courant le plus voisin, où ils ont eu soin de pratiquer un réservoir destiné à cet usage. Souvent c’est dans un torrent très fougueux qu’ils l’établissent. Ils coupent le cours de l’eau dans une portion de sa largeur, par deux assises parallèles de pierres assez éloignées entre elles pour que l’eau y trouve un libre passage. Les vases de lait, plongés dans ce rapide courant, sont garantis de l’action du soleil par des tables de pierres qui couvrent le réservoir ; ils se trouvent ainsi dans une température si froide, qu’elle excède de bien peu le terme de la congélation. Les vases sont de bois de pin, et d’une seule pièce. Les réservoirs sont ordinairement placés loin des habitations, et abandonnés à la foi publique, mais tout est si bien caché qu’un individu étranger au pays passerait dessus sans en soupçonner l’existence.

INDUSTRIE COMMERCIALE.

            L’industrie du département s’exerce sur des articles très variés. – La fabrication des aciers cémentés, celle des limes, faux et faucilles y occupent la première place. L’exploitation des marbres y prend tous les jours des développements. – Les autres principaux produits du département sont les cuivres laminés, les creusets, les cuirs, les maroquins, les fils, les tissus de coton et de lin, l’horlogerie, les instruments de mathématiques, les chapeaux de paille, etc. – Toulouse est l’entrepôt du commerce des denrées du nord pour l’Espagne. – Les produits du sol, farines, vins et eaux-de-vie, donnent lieu à de nombreuses exportations. – Il émigre pour l’Espagne un grand nombre d’ouvriers chaudronniers et rémouleurs, presque tous du canton d’Aspet. – Les denrées comestibles, telles que volailles grasses, oies salées, ortolans, truffes, etc., sont l’objet d’un commerce étendu ; – Les pâtés de foies de canards de Toulouse sont estimés à l’égal des pâtés de foie gras de Strasbourg.

            RECOMPENSES INDUSTRIELLES. – A la dernière exposition des produits de l’industrie, il a été décerné UNE MEDAILLE D’OR à MM. Pougens et Cie, et UNE MEDAILLE D’ARGENT à M. Layerle-Capel pour exploitations de marbres ; TROIS MEDAILLE DE BRONZE à MM. Mazarin, pour cuivre rouge en planches ; Lignières, pou farines de froment et de blé de Turquie ; Fouque et Arnoux, pour faïence ordinaire ; et NERUF MENTIONS HONORABLES à MM. Laforgue, pour papiers peints ; Lignières fils aîné et Ce, Destoup, Dario, Gagneux, pour cuirs tannés et préparés ; Oury, Sabathier et Bouineau, pour maroquins ; Boussard, pour un mécanisme d’horlogerie. – Tous ces honorables industriels appartiennent à la ville de Toulouse.

            DOUANES. – Le bureau de Bagnères est le seul dans la Haute-Garonne qui dépende de la direction de Saint-Gaudens.

Il a produit en 1831 ; Douan. navig. et timb.       Sels                                         Total.

                                      47,562 fr.                21 fr.                        47,583 fr.

          L’entrepôt de sels de Toulouse a produit                            1,784,950 fr.

                                      Produit total des douanes et sels           1,832,533 fr.

          FOIRES. – Le nombre des foires du département est de 356. – Elles se tiennent dans 85 communes, dont 35 chefs-lieux, et durant pour la plupart eux à trois jours, remplissent 423 journées.

          Les foires mobiles, au nombre de 61, occupent 99 journées. – Il y a 2 foires mensaires. – 523 communes sont privées de foires.

Les articles de commerce sont les bestiaux, chevaux, mules, mulets, porcs, maigres et gras ; – la draperie, la lingerie, la quincaillerie, etc. ; les bêtes à laines, les laines en suint ; les volailles et les viandes salées ; des blés et des grains de toute espèce, etc. – Un échange considérable de monnaies d’Espagne a lieu aux foires de Bagnères et Saint-Béat. – Toulouse possède un marché aux fleurs.

BIBLIOGRAPHIE.

            Annuaire statistique de la Haute-Garonne, par Fallion ; Toulouse, 1807. – Statistique de la Haute-Garonne, par Peuchet et Chanlaire ; in-4. Paris, 1809. – Ann. administratif et statist. du départ. de la Haute-Garonne, par Dantigny ; in-12. Toulouse, 1811. – Topographie médicale du dép. de la Haute-Garonne, par Saint-André ; in-8. Toulouse, 1814. – Ann. du dép. de la Haute-Garonne ; in-8. Toulouse, 1824-25. – Ann. statistique, historique, industriel, etc., du dép. de la Haute-Garonne, avec un Guide des étrangers à Toulouse ; in-12. Toulouse, 1833. – Promenade de Paris à Bagnères-de-Luchon et de Bagnères-de-Luchon à Paris, par le comte de Vaudrenil ; 3 vol. in-8. Paris, 1820-1825.

 Abel  HUGO.

On souscrit chez DELLOYE, éditeur, place de la Bourse, rue des Filles-S.-Thomas, 13.

 Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Comp., rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835

 

France-Pittoresque-1835-Haute-Garonne



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France Pittoresque – 1835 : Haute-Garonne (2)

Département de la Haute-Garonne.

(Ci-devant Haut-Languedoc)

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HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.

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HISTOIRE NATURELLE.

 

            REGNE ANIMAL. – Comme dans tous les autres départements des Pyrénées, les ours et les isards occupent les hautes montagnes. – Les loups et les renards sont malheureusement trop communs. – Le gibier est abondant, le chevreuil seul est rare, mais on trouve beaucoup de sangliers, de lièvres, de lapins, et ainsi que du gibier ailé de toute espèce. – Les rivières sont très poissonneuses, les truites sont communes dans celles des Pyrénées. La lamproie, l’esturgeon, l’alose et le saumon remontent la Garonne. – Les animaux domestiques sont généralement de bonne espèce, la race des chevaux de Saint-Gaudens est semblable à celle des chevaux navarrins. Celle des environs de Toulouse, d’une taille plus élevée et assez belle, fournissait autrefois des chevaux à l’arme des dragons ; il est fâcheux qu’on l’ait laissée dégénérer.- On nourrit dans les communes de la plaine une grande quantité de pigeons.

            REGNE VEGETAL. – La chaîne des Pyrénées renferme une grande variété de plantes, non-seulement on y trouve toutes celles des Alpes, mais encore beaucoup d’autres qu’on croyait n’appartenir qu’à la Laponie et à la Sibérie. La position méridionale de ces montagnes les enrichit aussi d’un grand nombre d’espèces de l’Espagne et du Portugal. L’herbier de M. Picot Lapeyrouse renfermait 3,600 espèces différentes qu’il a décrites dans sa Flore des Pyrénées.

            REGNE MINERAL. – Le département est riche en productions minérales et lithologiques ; on trouve des paillettes d’or dans la Garonne et le Salat. – Les mines y sont nombreuses ; il en existe de fer, de cuivre, de plomb, d’antimoine, de bismuth, de houille, etc. – On trouve un filon de plomb très riche et d’un accès facile dans la montagne d’Esquierri ; un autre filon plus riche encore gît au sommet du port d’Oo, mais existant entre 2,925 et 3,120 mètres d’élévation, il est enseveli sous les neiges pendant les deux tiers de l’année. – Il existe quelques hauts fourneaux pour la fonte du fer, et quelques usines pour le cuivre, les carrières de marbres occupent la première place dans les exploitations.

            Eaux minérales. – Le département possède un grand nombre d’établissements thermaux, dont les principaux sont ceux de Bagnères-de-Luchon, Encausse, Flourens et Barbazan. Presque toutes ces eaux se prennent en bains, en douches et intérieurement. – L’eau de Sainte-Magdeleine-de-Flourens est ferrugineuse froide.

CURIOSITES NATURELLES.

 

            LAC ET CASCADE DE SECULEJO. – Parmi les nombreuses cascades et les lacs divers qu’offre le département, on remarque le lac et la cascade de Seculejo, situés dans une vallée élevée qui débouche à Bagnères-de-Luchon, dans la vallée de la Pique. – En partant de Bagnères pour aller les visiter, le voyageur se dirigera vers le haut de la vallée. Après une heure et demie d’une marche pénible, il arrivera au village d’Oo, au pied du bassin de Lastos. Là, il remarquera au-dessus du village une vieille tour féodale, carrée et démantelée, digne du site sauvage où elle se trouve. Le bassin de Lastos est vaste, couvert de pâturages, pais peu peuplé et presque privé de culture et de feuillage. On y marche d’abord assez long-temps dans un sentier qui serpente à travers les prés ; bientôt le bassin ne présente plus que des landes désertes, parsemées d’éboulements et souvent ravagées par les lavanges. Le haut du val semble complètement clos par une barrière de rocs perpendiculaires, de plus de mille pieds de haut, dans les anfractuosités desquels le torrent, qui vient de la cascade, descend en bondissant. Un sentier âpre et périlleux conduit au sommet de ces rochers ; on se trouve alors à une élévation de 1,853 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le lac de Seculejo se présente dans toute sa majesté ; c’est un des plus beaux spectacles de la nature sauvage. Ce lac est de forme ovale ; son plus grand diamètre, du nord au midi, est d’environ un quart de lieue. L’eau en est parfaitement limpide, et pourtant elle semble noire à force de profondeur ; de là, une enceinte presque circulaire de hauts rochers part, du bord du lac, et va en s’exhaussant graduellement et devenant de plus en plus escarpée à mesure que la chaîne se rapproche du centre opposé. C’est à ce point que tombe la cascade, la plus abondante des Pyrénées, la plus haute après celle de Gavarnie. Elle s’élance et en deux bonds descend à 800 pieds plus bas ; d’abord elle se précipite d’une roche fourchue et tombe à pic jusqu’à la moitié de sa hauteur ; là, elle heurte un ressaut du roc qui la brise et la fait jaillir en tourbillons d’écume ; ils s’échappent de tous côtés et sillonnent le rocher de cent cascades au milieu desquelles s’élance de nouveau la chute principale. Ces masses d’écumes furieuses se réunissent enfin dans le gouffre qu’elles se sont creusé, et roulent ensuite dans le lac inférieur. Le tableau et l’encadrement sont dignes l’un de l’autre, et doublent l’admiration. – Le calme silencieux du lac de Seculejo contraste avec la bruyante impétuosité de la cascade. Ce lac est, comme tous ceux des Pyrénées, très poissonneux, ses truites surtout sont excellentes. – Au-dessus de la cascade se trouve le lac d’Espingo, d’où elle sort, et qui occupe le fond d’un bassin encombré de roches granitiques ; – plus haut encore se trouve le petit lac de Souansat, dont les eaux glaciales ne nourrissent aucun poisson, il baigne le pied du pic d’Espingo, entre les sommités duquel passe le dangereux sentier qui conduit en Espagne par le port d’Oo.

            GROTTES. – Le département possède plusieurs grottes où la nature a prodigué les cristallisations les plus riches et les plus bizarres. – Les plus vastes de la Haute-Garonne et même de toutes les Pyrénées, sont les grottes de Gargas, près de Montrejeau, ainsi appelées du nom d’un ancien seigneur féodal qui les avait transformées en prisons où il faisait mourir ses ennemis 1

            MOMIES TOULOUSAINES. – On regardait autrefois comme une merveille les caveaux des cordeliers et des jacobins de Toulouse. Les voyageurs allaient visiter, avec une  sainte horreur, les cadavres que l’on y conservait. Ces cadavres, curieux à con sidérer, provenaient des tombes de l’église et du cloître. C’est là que la chaux éteinte lors de la construction de ces églises avait agi sur eux au point de leur enlever toutes les parties volatiles et de réduire un corps de cent cinquante livres pesant à un poids de douze livres. M. de Puymaurin, qui en, a pesé plusieurs, n’en a pas trouvé au-dessus de ce poids 2. Les cent trente-huit livres avaient disparu sans que le corps eût perdu sa forme. – C’était de la poussière sous une figure humaine : les intestins prenaient feu, et étaient souples comme de l’amadou, et le cerveau était réduit en une poudre grossière comme la sciure de bois ; mais la face conservait tous les traits de la physionomie. L’effet des passions se peignait encore sur ces cadavres ; chez quelques-uns la contraction des muscles figurait une sorte de rire hideux. Maupertuis, qui, un an avant de mourir, les visita plusieurs fois, comme pour se familiariser avec la mort, dit, en les voyant : « Ces momies qui ricanent se moquent apparemment de nous qui vivons encore. » – Dans le caveau des cordeliers, on admirait le corps d’une femme qui passait pour avoir été Paula-Viguier, une des plus belles dames de son temps.

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.

 

            TOULOUSE, sur la rive droite de la Garonne, ch.-l. de départ., à 167 l. S.-S.-E. de Paris. Pop. 59,630 hab. – C’est une de nos plus anciennes villes. On prétend qu’elle fut fondée avant Rome. Son histoire la moins incertaine date de 550 ans avant Jésus-Christ, quand les Volsces Tectosages, dont elle était la capitale, firent des excursions aux terres étrangères. Les Romains, ayant pénétré dans leur pays, après avoir chassé les Carthaginois de l’Italie, soumirent Toulouse et la placèrent au rang des villes libres alliées de la république, puis y établirent une de leurs colonies. Grâce à sa situation, elle devint bientôt riche et puissante. Les belles-lettres, les sciences et les arts y furent cultivés et la rendirent célèbre : on l’orna d’un capitole, de palais, d’un amphithéâtre et d’autres édifices. – Pendant la domination romaine des Cimbres et d’autres barbares s’en emparèrent et la ravagèrent. Ensuite vinrent les Vandales et les Visigoths ; ces derniers surtout furent funestes à Toulouse. – Cette ville avait pris le titre de Rome de la Garonne. – Les Visigoths, qui en avaient fait la capitale de leur empire, en furent chassés par Clovis ; elle fut érigée alors en capitale de l’Aquitaine et, à la mort de ce prince, échut en partage, avec le reste du duché, à un des fils de Clovis, qui la fit gouverner par un comte de sa création.. – Depuis cette époque jusqu’en 1271, qu’elle fut définitivement réunie à la couronne de France par Philippe-le-Hardi, Toulouse a été alternativement soumise aux rois de France et aux ducs d’Aquitaine ; puis à des marquis et à des comtes, nommés à vie dans le principe, et qui se rendirent ensuite souverains indépendants et héréditaires. – La ville était administrée par des magistrats de son choix, qui se qualifiaient de capitulaires, d’où dériva plus tard l’appellation de capitouls, dignité qui existait encore en 1789. Leur nombre a varié de 2 à 12, mais leur autorité fut toujours la même et réunissait les pouvoirs civils et militaires. – Deux des comtes de Toulouse se rendirent célèbres ; l’un fut ce Raymond, le premier des croisés, que le Tasse et les chroniqueurs ont rendu célèbre ; l’autre est fameux par ses malheurs, ce fut encore un Raymond. Il protégea les Albigeois, combattit Simon de Montfort, leur implacable ennemi, et périt misérablement. – Simon lui-même périt et fut tué en 1222, devant Toulouse qu’il assiégeait. – En 1323, l’Académie des Jeux-Floraux fut fondée pour la première fois, sous le nom de Collège du Gai-Savoir, par sept patriciens qui appelèrent tous les troubadours à y concourir par des morceaux de poésie en langue d’oc, idiome de la province dont Toulouse était la capitale. – Un siècle et demi plus tard, Clémence Isaure, Toulousaine illustre, donna un nouvel éclat à cette institution littéraire. – Pendant les guerres de religion, Toulouse éprouva de grands malheurs, et eut aussi sa Saint-Barthélemi. – En 1535, elle fut de nouveau fortifiée lors de l’invasion de Charles-Quint. – C’était une ville bien plus considérable que de nos jours, puisqu’elle renfermait 35,000 bourgeois en état de porter les armes ; mais, sous le rapport des constructions et des distributions locales, elle était alors fort inférieure à ce qu’elle est devenue, surtout depuis vingt ans. – Toulouse est située dans une plaine, à la pointe d’un coteau qui sépare la vallée de la Garonne du vallon que parcourt le canal du Midi ; d’autres coteaux peu élevés forment, autour de la ville, un demi-cercle. La forme de la ville est un ovale irrégulier, qui comprend l’île de Tounis que forme la Garonne ; en face est le faubourg de Saint-Cyprien, grand et propre, traversé par une belle et large rue, sur la route d’Auch, et communiquant avec la ville par un pont de sept arches à plein cintre, bâti de 1543 à 1600, et d’une des meilleures constructions de cette époque : il a 260 mètres de long, du côté du faubourg : il est décoré d’une tête de pont en forme d’arc de triomphe, élevée sur les dessins de Mansard. – Le quartier de Saint-Cyprien est neuf et ne fut commencé qu’en 1785, après la construction des quais élevés par les soins de M. de Brienne pour arrêter les inondations de la Garonne. – Jusqu’alors le terrain que couvre ce faubourg n’avait été qu’un marais malsain. – Avant la révolution de 1789, Toulouse devait être une ville fort laide, puisque, malgré tout ce qu’on a fait depuis pour l’embellir, elle est encore loin de pouvoir être considérée comme une belle ville ; elle est percée si irrégulièrement qu’il n’existe nulle symétrie dans l’ensemble de ses différents quartiers ; ses rues, la plupart tortueuses et étroites, forment un labyrinthe d’autant plus pénible à parcourir qu’elles sont mal pavées et mal entretenues. Le pavé est de cailloux roulés, tirés de la Garonne. – Presque toutes les constructions sont en briques rouges larges et minces qui, mal cimentées avec de la terre glaise ou du mauvais mortier, noircies par le temps, donnent un air lugubre à la ville ; les plus anciennes maisons et les bas-quartiers sont construits en colombe (montants en bois, interstices en torchis) et fort délabrés. Mais depuis quinze ans surtout, l’administration municipale se livre à toutes sortes d’améliorations ; on élargit, on redresse les principales rues ; on plâtre ce qu’on ne peut rebâtir ; on assainit ce qu’on ne peut embellir ; on déblaie les anciennes places, on en forme de nouvelle ; on jette à bas des constructions religieuses, inutiles depuis la suppression des couvents ; on utilise des églises abandonnées. – Deux des plus grandes de la ville sont devenues, l’une le magasin des fourrages militaires, l’autre une écurie pour la cavalerie. La caserne d’artillerie fut jadis une abbaye. – On a enrichi Toulouse de jolies et nombreuses fontaines. – L’ancien Capitolium n’était qu’un amas informe de bâtiments grossiers, groupés sur une place sale et étroite. Sous Louis XIII on orna le Capitole de sa façade nouvelle ; elle est d’ordre ionique posé sur un ordre rustique, et couronnée d’un balcon qui, ainsi que le fronton du corps central, porte des statues. Cette façade a un aspect grandiose ; cependant entre autres défauts elle a celui d’être trop basse. Une vaste salle occupe le centre de l’édifice, on la nomme Salle des Illustres, parce qu’on y voit les bustes des Toulousains célèbres. Une salle voisine est celle de Clémence Isaure ; on y voit la statue de cette dame, jolie figure de nonne à visage un peu bouffi. – Le théâtre, intérieurement mal distribué et mal décoré, bien que moderne et élevé à grands frais, occupe l’aile gauche du Capitole. – La place, dont le Capitole forme un côté, et que bordent sur les trois autres des hôtels e des cafés, est à peu près carrée ; elle sert le matin de marché aux légumes : le soir c’est un bazar rempli de boutiques à prix fixe et autres. – La Cathédrale, dédiée à Saint-Etienne, fut commencée sur un plan magnifique ; mais, comme tant d’autres de nos églises, elle n’a point été terminée. De cette première construction le chœur seul existe encore, et il est de la plus grande beauté. – Les églises le Dalbade et le Daurade sont, après la cathédrale, les plus remarquables. – Saint-Saturnin, vulgairement appelé Saint-Sernin, est la plus ancienne église de Toulouse ; elle fut construite sur les ruines d’un temple d’Apollon, et doit son nom au premier évêque de Toulouse qui fut martyrisé au milieu du IIIe siècle. Cette église était le siège épiscopal jusqu’au temps où il fut transporté à l’église de Saint-Etienne. L’édifice est gothique, vaste et d’aspect vénérable, mais lourd ; son clocher est la partie la plus remarquable : il est formé de cinq étages hexagones qui se rétrécissent en s’élevant, et qui portent une haute flèche. L’intérieur de l’église est obscurci par les énormes piliers qui divisent les nefs. L’édifice offre des détails d’architecture romaine et gothique intéressants, de belles tribunes, et surtout une porte ornée de quatre colonnes qui portent un double arc à plein cintre. Autrefois, outre nombre d’autres reliques (trente corps de saints, dont sept apôtres), l’église de flattait de posséder celles de saint Saturnin, renfermées dans un mausolée qu’ornaient six flèches surmontées de statues ; la châsse du saint était recouverte de lames d’argent et présentait, dans sa forme, la représentation même de l’église. – Autrefois, Toulouse possédait 80 églises ; une de celles dont l’usage a été changé va devenir un musée qui sera un des plus beaux de la France. – On remarque encore dans cette ville, entre autres monuments, la nouvelle place de Lafayette, autrefois place d’Angoulême, vaste, ovale, entourée de hautes et belles maisons ; les moulins à eau du Basacle et du Château, dont chacun a trente-quatre meules ; plusieurs fontaines, et le Château d’eau, construction hydraulique, parfaitement bien entendue et d’un aspect monumental, etc. – Le célèbre canal du Midi ceint en partie Toulouse, et aboutit à la Garonne à ¼ de lieue au-dessous de la ville. De ce point le petit canal de Brienne revient jusqu’à la ville. Parallèlement à la rivière, ses bords,  plantés de belles allées d’arbres, offrent une agréable promenade. A la jonction des deux canaux, auprès d’un beau et vaste bassin, est jeté un double pont qu’on nomme les Ponts-Jumeaux, et que décore un beau et grand bas-relief en marbre blanc, dont le sujet allégorique a rapport aux travaux du canal du Midi, ouvrage immense qui nécessita, entre autres travaux, l’enlèvement de 14,800,000 mètres cubiques de terre, et de 3,700,000 mètres cubiques de roc, ainsi que la construction de 3,000,000 mètres cubiques de maçonnerie ! C’est aux Ponts-Jumeaux et sur toute la ligne du canal du Midi jusqu’à la colline de Sypière, à l’extrémité est du plateau Calvinet, que se livra la mémorable bataille du 12 avril 1814, où le maréchal Soult, attaqué par des forces quadruples, ne céda la victoire à l’armée anglo-hispano-portugaise qu’en lui mettant hors de combat presque autant de monde qu’il avait de soldats à lui opposer. – Les désastres que Toulouse a éprouvés ont été tels que, de tant de monuments romains qui la décoraient, il ne lui reste plus que quelques débris infirmes, surtout ceux d’un amphithéâtre. Ses fortifications viennent d’être détruites, et cette destruction est pour la ville un embellissement. Elle donne de l’air et du jour. L’emplacement u’occupaient les hautes murailles et les tours crénelées se couvre de belles maisons et de quartiers neufs. – Toulouse possède deux bibliothèques publiques, riches chacune de 25,000 volumes.

            MURET, sur la rive gauche de la Garonne, ch.-l. d’arrond., à 6 l. S.-S.-O. de Toulouse. Pop. 3,787 hab. – Muret est agréablement située au sein d’une vallée, à la jonction de la Louche et de la Garonne, dans le pays qui formait la partie basse de l’ancien Comminges. Cette ville est célèbre par un siège qu’elle soutint en 1213, et par une sanglante bataille qui se livra sous ses murs. Son importance s’accroît rapidement. On vient d’y jeter sur la Garonne un pont suspendu, de construction économique, mais d’une dimension et d’une solidité remarquables.

            SAINT-GAUDENS, ch.-l. d’arrond. , à 21 l. S.-S.-O. de Toulouse. Pop. 6,179 hab. – Saint-Gaudens occupe une situation fort agréable sur une colline, au bord de la rive gauche et à quelque distance de la Garonne ; du côté de la rivière règne une esplanade, d’où l’on jouit de charmants points de vue sur la vallée et diverses chaînes de montagnes qui s’élèvent au-delà. La ville n’offre d’ailleurs de remarquable que la rue, spacieuse et assez propre, qui borde la grande route. – Saint-Gaudens était jadis la capitale du Nébouzan, partie du Comminges appartenant à la Gascogne. Outres plusieurs églises, elle avait alors une collégiale et trois couvents d’hommes et de filles. C’est maintenant une petite ville qu’animent diverses manufactures et un commerce actif des productions naturelles au pays.

            BAGNERES-DE-LUCHON, ch.-l. de cant., à 9 l. S.-O. de Saint-Gaudens. Pop. 1,967 hab. – Cette petite ville est en plaine, au pied d’une montagne que d’autres avoisinent, au débouché du défilé de l’Arbouste, dans le val de l Pique. Cette vallée forme à Bagnères un superbe bassin, d’une lieue de long sur plus d’un quart de lieue de large, très fertile, très peuplé, et d’une élévation médiocre, quoique contigu aux plus hautes montagnes des Pyrénées. – En y entrant, la rivière baigne le pied d’un mamelon couronné par la tour de Castel-Vieil, maintenant en ruines. – Au-delà s’élève rapidement un âpre défilé, qui mène au port de Venasque, très fréquenté malgré sa grande élévation, excepté pendant les mois d’hiver, où il est impraticable et fermé par d’énormes masses de neige. – Durant cette saison, si cruelle dans les hautes montagnes, Bagnères cesse d’être séjour habitable : les étrangers la quittent, et même une partie de sa population la déserte. – Pendant l’été cette ville renferme un grand nombre de malades, ou soi-disant tels, attirés par la réputation des eaux, par les beautés pittoresques qui entourent cette vallée, et aussi parce que la vie y est moins chère qu’à Bagnères-de-Bigorre. – L’efficacité des eaux de Bagnères-de-Luchon était connue des Romains : ils fréquentaient, décorèrent ce lieu, ainsi que le prouvent des fragments de constructions, et d’autres antiquités qu’on y trouve assez souvent. – Bagnères est d’ailleurs une ville triste et chétive, mais qui s’accroît et s’améliore : déjà elle possède plusieurs beaux bâtiments ; ceux surtout affectés aux eaux. L’hôtel des Thermes est un grand édifice carré qui renferme une cour, et dont la façade est décorée d’un portique. Il est adossé à la colline d’où jaillissent les sources ; en face est une grande allée de tilleuls bordée par des restaurants, des cafés, des vauxhalls, etc. ; en un mot, cette ville possède, bien qu’en petit, tous les établissements qui accompagnent des bains en réputation.

            MONTREJEAU, ch.-l. de cant., à 3 l. de Saint-Gaudens. Pop. 2,991 habitants. – Rien de plus enchanteur que la situation de Montrejeau. Il s’élève sur un promontoire, au pied duquel se joignent la Garonne et le Neste, dont les pittoresques vallées offrent de nombreux et charmants points de vue. – Ce bourg est proprement bâti : il a sur la grande route une belle rue, et sur la Garonne un quartier très bien construit, et dont les deux parties communiquent par un pont en pierre de six arches, d’une élégance remarquable. – Montrejeau est l’entrepôt de l’important flottage qui s’opère sur les deux courants, dont les eaux viennent baigner ses murs.

            SAINT-BEAT, sur la Garonne, à 7 lieues de Saint-Gaudens, ch.-l. de cant. Pop. 1,245 hab. – Saint-Béat est situé dans un défilé qui ferme le bassin supérieur du cours de la Garonne : ce bassin est la vallée d’Arran, qui, bien que située sur le versant N. des Pyrénées, et sous tous les rapports appartenant à la France, a été cependant concédée en grande parie à l’Espagne, et continue à lui appartenir depuis plusieurs siècles. – La partie espagnole de la vallée, qui commence à 2 lieues au-dessus de Saint-Béat, est spacieuse, fertile et très peuplée : puisque sur une superficie peu étendue on compte trente-cinq villages et hameaux ; les produits de leur territoire ne suffisant pas aux habitants, et les communications avec l’Espagne étant toujours difficiles, et même impossibles pendant plusieurs mois de l’année, ces villages sont obligés d se fournir à Saint-Béat de la plupart de leurs provisions. Ce bourg est l’entrepôt de leurs produits et de ceux des vallées environnantes ; ainsi de fait, presque autant que de droit naturel, la vallée d’Arran est française, comme celle d’Andorre est presque espagnole, bien qu’étant un annexe du département de l’Ariège. – Le bassin d’Arran est fermé à Saint-Béat par deux vastes falaises, qui se touchent à leur base et ne laissent au cours de la Garonne qu’un long et tortueux couloir, qu’elle parcourt avec rapidité ; la ville ne se compose que de deux rues (une sur chaque rive) qui communiquent par un beau pont en pierre ; sur la rive gauche est la rue principale, qui s’élargit en une place à l’une de ses extrémités, à l’autre est un édifice, dont le rez-de-chaussée forme la halle aux grains et dont le premier et unique étage contient l’Hôtel-de-Ville ; sur l’autre rive on remarque plusieurs grandes et belles maisons, une longue promenade ombragée et une tour carrée en ruines, restes d’anciennes fortifications, qui, à une époque très reculée, défendaient cette porte des Pyrénées. De ce côté de la Garonne, et qu-dessous du pont, est un mamelon de roches que couronnent, de la manière la plus pittoresque, les débris d’un château-fort du moyen-âge.

            SAINT-MARTORY, sur la Garonne, à 4 l. et ½ de Saint-Gaudens. Pop. 1,000 hab. – La situation de Saint-Martory est à la fois pittoresque et favorable à son commerce ; au centre du bourg aboutissent quatre grandes routes, qui communiquent aux grandes villes environnantes ou conduisent en Espagne ; le bourg s’étend sur les deux rives de la Garonne, et surtout sur la rive gauche ; ses deux quartiers communiquent par un pont de trois arches, copie de celui de Toulouse, inférieur en longueur à celui-ci, mais d’un effet plus remarquable à cause de la beauté du site. – Une vieille et grosse tour carrée en ruines, une antique abbaye, qui s’élève sur un roc, dont la Garonne a rongé la base, avoisinent le pont et ajoutent à son effet ; tandis qu’au-dessus, sur la rive gauche, se dressent d’âpres falaises couronnées des débris de châteaux féodaux.

            VILLEFRANCHE, ch.-l. d’arrond., à 9 l. S.-E. de Toulouse. Pop. 2,652 hab. – Sa situation, près du canal du Midi et au milieu d’une vaste plaine, est avantageuse. Villefranche renferme des fabriques de divers genres, qui, en procurant e l’aisance à ses habitants, leur permettent de s’occuper des améliorations intérieures de leur ville qui s’embellit chaque jour.

            SAINT-FELIX-DE-CARAMAN, ch.-l. de cant., à 4 l. et ½ de Villefranche. Pop. 2,449 hab. – Petite ville dont les constructions sont en pierre, propres et jolies ; sa promenade domine la plaine de Revel, à l’extrémité de laquelle s’élève la montagne noire, d’où descend la plus grande partie des eaux qui alimentent le canal du Midi. – C’est près de Caraman, sur la route de Castelnaudary et non loin du bassin de Naurouse, que se trouve le monument élevé à la mémoire de Riquet, principal auteur du Canal du Midi.

DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.

             POLITIQUE. – Le département nomme 6 députés. Il est divisé en 6 arrondissem. électoraux, dont les chefs-lieux sont : Toulouse (2 arr. ville, 1 pour l’arrond.), Muret, Villefranche, S.-Gaudens.

            Le nombre des électeurs est de 3,249.

            ADMINISTRATIVE. – Le chef-lieu de la préfecture est Toulouse.

            Le département se divise en 4 sous-préfect. ou arrond. comm.

          Toulouse ……………….. 12     cant.,                             140     comm.,                    139,927     habit.

          Muret …………………… 10                                          129                                      86,709

          Saint-Gaudens ……….. 11                                          240                                    139,969

          Villefranche …………….. 6                                            99                                      61,251

                   Total ……………. 39     cant.,                             608     comm.,                    427,856     habit.

          Service du trésor public. – 1 receveur général et 1 payeur (résidant à Toulouse), 3 recev. particuliers ; 6 percepteurs d’arrond.

          Contributions directes. – 1 directeur (à Toulouse) et 1 inspect.

          Domaines et Enregistrement. – 1 directeur (à Toulouse) ; 2 inspecteurs ; 4 vérificateurs.

          Hypothèques. – 4 conservateurs dans les chefs-lieux d’arrondissements communaux.

          Douanes. – 1 directeur (à Saint-Gaudens). – Il existe à Toulouse 1 entrepôt des sels.

          Tabacs. – Il y a à Toulouse une manufacture royale de tabacs.

          Contributions indirectes. – 1 directeur (à Toulouse), 2 directeurs d’arrondissements, 4 receveurs entreposeurs.

          Forêts. le département fait partie du 14e arrond. forestier, dont le ch.-l. est Toulouse. – 1 conserv. à Toulouse. – 1 insp. à Saint-Gaudens.

          Ponts-et-chaussées. – le département fait partie de la 7e inspection, dont le ch.-l. est Toulouse. – Il y a en résidence à Toulouse, 2 ingénieurs en chef dont l’un est chargé de la surveillance du canal du Midi.

          Mines. – Le dép. fait partie du 17e arrond. et de la 5e divis., dont le ch.-l. est Montpellier. – 1 ing. des mines réside à Toulouse.

          Monnaies. – Toulouse possède un hôtel des monnaies, dont la marque est M. Depuis l’établissement du système décimal jusqu’au 1er janvier 1832, les espèces d’argent qui y ont été fabriquées s’élèvent à la somme de 119,806,891 fr.

          Loterie. – Les bénéfices de l’administration de la loterie sur les mises effectuées dans le département présentent (pour 1831 comparé à 1830) une augmentation de 129,936 fr.

          Haras. – Le département fait partie, pour les courses de chevaux, du 8e arrondissement de concours, dont le ch.-l. est Tarbes. – Il y a à Toulouse une école royale vétérinaire qui compte 120 élèves.

          MILITAIRE. – Toulouse est le chef-lieu de la 10e division militaire, qui se compose des départements de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, de l’Ariège, de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées, du Tarn, du Gers et du Tarn-et-Garonne. – Il y a à Toulouse 1 lieutenant général commandant la division, 1 maréchal de camp commandant la subdivision, 1 intendant militaire et 3 sous-intendants. – Le dépôt de recrutement est à Toulouse. – Toulouse renferme une direction de subsistances militaires ; un arsenal de construction ; une des trois fonderies de canons qui existent en France ; une poudrerie et raffinerie royale, une école d’artillerie ; un gymnase divisionnaire destiné à l’instruction des troupes des 10e, 11e et 20e divisions militaires. – La 13e légion de gendarmerie départementale, dont le ch.-lieu est à Toulouse, comprend les compagnies de la Haute-Garonne, de Tarn-et-Garonne, du Gers et des Hautes-Pyrénées.

          JUDICIAIRE. – La cour royale de Toulouse comprend dans son ressort les départements de l’Ariège, de la Haute-Garonne, du Tarn et de Tarn-et-Garonne. – Le département compte 4 tribunaux de 1re instance, à Toulouse (2 chambres), Muret, Saint-Gaudens et Villefranche : et 2 tribunaux de commerce, à Toulouse et Saint-Gaudens.

          RELIGIEUSE. – Culte catholique. – Un archevêché érigé dans le IIIe siècle, et dont le siège est à Toulouse, a pour suffragants les évêchés de Montauban, de Pamiers, de Carcassonne. – Le département forme l’arrondissement du diocèse de Toulouse et de Narbonne. – Il y existe, – à Toulouse : un séminaire diocésain qui compte 203 élèves ; une école secondaire ecclésiastique ; – à Polignan : une école secondaire ecclésiastique. – Le département renferme 7 cures de 1re classe, 35 de 2e, 413 succursales et 97 vicariats. – On y compte : 8 congrégations religieuses de femmes, composées de 188 sœurs tenant pensionnat et écoles gratuites ; – 12 congrégations chargées des hôpitaux et maisons de secours ; – 1 noviciat et 5 écoles de la doctrine chrétienne.

          Culte protestant. – Les réformés du département ont à Calmont une église consistoriale, desservie par 4 pasteurs, et divisée en 3 sections (Toulouse, Calmont, Revel). – Il y a en outre dans le département 3 temples ou maisons de prières. – On y compte 3 sociétés bibliques ; 1 société des missions évangéliques ; 1 société des traités religieux et 6 écoles protestantes.

          Culte israélite. – Il existe quelques juifs dans le département, mais ils n’y ont pas de synagogue.

          UNIVERSITAIRE. – Le département possède une académie de l’université dont le ch.-l. est à Toulouse, et qui comprend dans son ressort l’Ariège, la Haute-Garonne, le Tarn et Tarn-et-Garonne.

          Instruction publique. – Il y a dans le département : – une faculté de théologie ; une faculté de droit ; une faculté des sciences ; une faculté des lettres ; une école secondaire de médecine ; un collège royal de 2e classe, qui compte 351 élèves ; – une école normale primaire à Toulouse ; – un collège à Saint-Gaudens, – et une école modèle à Villefranche. – Le nombre des écoles primaires du département est de 498, qui sont fréquentées par 18,047 élèves, dont 14,210 garçons et 8,387 filles. – Les communes privées d’écoles sont au nombre de 221.

          SOCIETES SAVANTES, ETC. – Le département possède, – à Toulouse : une Académie des Jeux-Floraux ; une Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres ; une Société de Médecine ; une Société des Beaux-Arts ; une Société de peinture, Sculpture et Architecture ; un Jardin des Plantes avec Cours de Botanique ; une Exposition bisannuelle des produits de l’industrie départementale, etc. ; enfin des Sociétés d’Agriculture à Toulouse, Muret, Saint-Gaudens et Villefranche.

POPULATION.

D’après le dernier recensement officiel, elle est de 427,856 hab. et fournit annuellement à l’armée 1,153 jeunes soldats.

            Le mouvement de 1830 a été de,

Mariages                                                                                                                          3,601 

Naissances                 Masculins.                                  Féminins.

          Enfants légitimes.     5,907                                       5,596     )                                        

          Enfants naturels          375                                          397     ) Total                        12,275

Décès                                      4,790                                       4,825        Total                         9,615

          Dans ce nombre 2 centenaires.


1 Des crimes plus affreux encore ont donné, il y a cinquante ans, une nouvelle célébrité à ces grottes. Un monstre, digne d’être le descendant du seigneur de Gargas, le nommé Blaise Ferrage, maçon de son métier, homme de petite taille, mais d’une force extraordinaire, s’était choisi, à la manière des bêtes féroces, un repaire dans ces cavernes ; il enlevait les femmes et les filles des environs, et souvent tuait, à coup de fusil, celles qui fuyaient. La mort même ne les mettait pas à l’abri de sa brutalité et de sa fureur. Ce monstre les coupait ensuite par morceaux et les dévorait. – Il marchait toujours armé d’une ceinture de pistolets, d’un fusil à deux coups et d’un poignard ; déjà plus de trente malheureuses femmes avaient été les victimes de ce cannibale lorsqu’on parvint à l’arrêter. Il fut condamné à mort par le parlement de Toulouse, et exécuté le 13 décembre 1782.

2 Mém. de l’Académie de Toulouse, t. III.

La suite :

GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

France-Pittoresque-1835-Haute-Garonne

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France Pittoresque – 1835 : Haute-Garonne (1)

Département de la Haute-Garonne.

(Ci-devant Haut-Languedoc)

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HISTOIRE.
ANTIQUITES.
CARACTERE ET MŒURS.
COSTUMES.
LANGAGE.
NOTES BIOGRAPHIQUES.
TOPOGRAPHIE.
METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.
   

HISTOIRE.

 

            Le département faisait partie, avant la révolution, de l’ancienne généralité de Toulouse, et se trouvait placé dans ce qu’on appelait le Haut-Languedoc. – L’histoire générale du Languedoc occuperait plus de place qu’il ne nous est possible de lui en accorder ; nous en parlerons avec détail lorsque nous nous occuperons du département de l’Hérault. – Vers 1778, le Languedoc faisait partie de l’Aquitaine. – La maison de Toulouse joua un grand rôle à l’époque des croisades. – Raymond de Saint-Gilles, un des grands capitaines de son siècle, mourut en Syrie, avec tous ses enfants, combattant parmi les croisés. – Les guerres des Albigeois ensanglantèrent le pays dans le XIIe et au commencement du XIIIe siècle ; elles ne cessèrent qu’en 1229, lorsque Raymond VII, comte de Toulouse, excommunié et réduit au désespoir, accepta la paix qui lui fut offerte par saint Louis, et dont la principale condition était que Jeanne, sa fille, épouserait Alphonse, frère du roi, et que, à défaut d’héritiers de ce mariage, le comté de Toulouse reviendrait à la couronne ; ce qui arriva en 1271. – Néanmoins ce comté ne fut point éteint pour cela : il continua à exister séparément jusqu’en 1361, que le roi Jean l’incorpora définitivement au domaine royal.

ANTIQUITES.

            A part quelques ruines d’églises et quelques débris de châteaux-forts du moyen âge, le département renferme peu d’antiquités qui puissent être décrites ; les principales de Toulouse appartiennent à l’ancienne église de la Daurade dans laquelle les antiquaires ont voulu voir successivement un monument gaulois et un temple romain, élevé à Apollon. – Ce qu’on y trouve de plus curieux est une mosaïque, dont on attribue le travail aux Visigoths. – Le département présente quelques vestiges d’établissements thermaux, des autels votifs, des statuettes, des fragments de statues, des tronçons de colonnes, des urnes, etc., qui appartiennent à l’époque romaine. – On a découvert, à Valerabère, bourg peu considérable, mais qui offre quelques débris intéressants, un beau pavé en mosaïque, et un sarcophage en marbre assez bien conservé.

CARACTERE ET MŒURS.

            S’il faut ajouter foi au jugement que les écrivains du pays portent sur leurs compatriotes, aucun peuple n’a d’aptitude plus décidée pour les sciences et les arts, une conception plus vive, une élocution plus facile, un esprit plus juste et plus pénétrant que celui du département de la Haute-Garonne : son caractère est vif et passionné, ce qui n’empêche pas qu’il ne soit en même temps retenu et souple. Le trait qui le distingue plus particulièrement n’est pas l’amour des richesses, mais celui des distinctions et des honneurs ; quand l’ambition lui manque, son ressort s’affaiblit, et nul autre mobile ne peut le rendre susceptible de faire en aucun genre des efforts puissants et soutenus. La gloire militaire des habitants de cette contrée est très ancienne : Toulouse, capitale d’un peuple libre et belliqueux, a vu sortir de son enceinte des guerriers qui ont parcouru en vainqueurs une grande partie de l’Europe. Le département dans tous les temps a fourni un grand nombre de braves à nos armées.

            A Toulouse, on aime le plaisir et les amusements publics ; mais l’habitude de l’économie, qui y est générale, les rend un peu rares. L’esprit et les mœurs sont favorables à l’accroissement du commerce : un genre de vie uniforme et simple, de l’ordre, nulle ostentation, et même une aversion assez marquée pour le faste ; une grande défiance de toutes les spéculations hasardeuses, de toutes les entreprises séduisantes, beaucoup d’exactitude et de régularité ; voilà ce qui caractérise le négociant de la Haute-Garonne, et surtout celui de la ville de Toulouse.

            De la diversité des lieux et des ressources qu’ils offrent aux habitants, naît la diversité des travaux, des mœurs et des institutions physiques. Le montagnard est bûcheron dans les parties boisées, gardien de troupeaux dans les lieux découverts, cultivateur sur les plateaux dont le sol est fertile, contrebandier sur la frontière. – Néanmoins, le savant Ramond, qui, pour ses observations géologiques, a long-temps séjourné dans les Pyrénées, et a étudié les habitants des montagnes frontières, ne les condamne pas aussi sévèrement que fait M. Thiers [1]. « C’est, dit-il, une race d’hommes spirituelle, entreprenante et fière. Je leur ai trouvé cette fermeté de ton, qui, chez les hommes vifs et prompts, annonce l’expérience des situations difficiles, un choix d’idées qui n’appartient qu’à un esprit cultivé, la politesse naturelle, que donne une sensibilité exercée autant que délicate ; je conviens cependant que le caractère que ces dehors font présumer doit être fort irritable. Si l’on y joint le goût des aventures périlleuses, un penchant déterminé à faire la guerre des frontières, un sentiment de liberté, favorisé par des boulevarts inexpugnables et aiguisé par le mépris des lois prohibitives ; de pareils gens doivent être difficiles à manier, pour quiconque est divisé d’intérêt avec eux. Mais ces contrebandiers, hommes adroits autant que déterminés, familiarisés avec tous les périls, toujours près de la mort et dont le premier mouvement est un coup de fusil qui ne manque jamais son but ; ces hommes qui, pour la plupart des voyageurs, sont un sujet de terreur, moi, seul et désarmé, je les ai rencontrés sans inquiétude et fréquentés sans crainte. On n’a rien à redouter des hommes auxquels on sait n’inspirer ni défiance ni envie. Les lois naturelles existent encore pour celui qui a secoué le joug des lois civiles. En guerre avec la société, il est quelquefois en paix avec son semblable. L’assassin m’a conduit dans les détours des monts de l’Italie, et le contrebandier des Pyrénées m’a accueilli dans ses routes secrètes. Armé, j’eusse été l’ennemi de l’un et de l’autre ; sans armes ils m’ont respecté. »

            Parmi le petit nombre  d’usages particuliers aux départements pyrénéens, il en est un fort ancien qui a pour origine les déclamations ou pastourelles des troubadours. On représente en plein champ et sur des tréteaux, de la manière la plus grotesque, nos chefs-d’œuvre dramatiques. Les acteurs sont des villageois, dont l’accent rude, les gestes forcés et les étranges fautes de langage donnent une couleur comique aux tragédies les plus tristes.

COSTUMES.

            Le costume des hommes a peu d’originalité, il est simple et commode, fait d’étoffes du pays et de couleurs peu vives ; les uns portent pour coiffure les grands chapeaux des habitants du Tarn, les autres le haut bonnet des Bigordans, ou le berret plat des Basques. – Les femmes aiment à se parer d’ »étoffes de couleurs éclatantes. La coiffure des Toulousaines est remarquable, mais elle est plus facile à peindre qu’à décrire, notre dessinateur en a donné une idée très exacte. La pièce principale est un morceau d’étoffe (mousseline ou dentelle) empesée et plissée, qui se pose presque perpendiculairement sur le sommet du front, et dont les cannelures figurent les rayons d’une auréole ; une peau fine et colorée, de noirs sourcils, des yeux vifs et pleins d’expression ressortent admirablement sous cette parure essentiellement coquette.

LANGAGE.

            On parle français dans toutes les villes du département ; mais le patois des campagnes participe suivant leur position du béarnais ou du languedocien. Nous avons dit (département de l’Aude), que cette dernière langue n’était autre que la langue romance. – la séparation de la France en Langue-d’Oil et en Langue-d’Oc, remonte à 1302, lorsqu’on plaça dans le ressort du parlement de Toulouse les tribunaux des sénéchaussées établies entre la Dordogne, l’Océan, la Méditerranée et le Rhône. En 1460, l’étendue de ce ressort fut diminuée des sénéchaussées de Guienne, des Landes, de l’Agenois, du Bazadois et du Condommois. – Le patois du département de la Haute-Garonne, tel qu’il existe aujourd’hui, a de la grâce et de la vivacité.

NOTES BIOGRAPHIQUES.

            Le comté de Toulouse et le département de la Haute-Garonne ont produit à toutes les époques un tel nombre d’hommes distingués dans tous les genres, qu’il nous est impossible de les citer tous. Nous nous bornerons donc à mentionner – parmi les hommes d’Etat ou qui ont joué un rôle politique : GUILLAUME DE NOGARET, chancelier de France ; le cardinal d’OSSAT ; DUFAUR DE PIBRAC, célèbre aussi par ses quatrains ; LA LOUBERE, que Louis XIV envoya en ambassade à Siam ; l’orateur CAZALES ; notre contemporain de VILLELE, habile ministre des finances, dont l’administration laissera un long souvenir ; DE MONTBEL, homme honorable, utile, digne d’intérêt et d’estime, dont tous les malheurs viennent d’avoir été ministre de Charles X à l’époque des fameuses ordonnances, et qui a rempli les loisirs de son exil en composant une intéressante Histoire du duc de Reïschtadt. – Parmi les poëtes : CLEMENCE ISAURE, fondatrice des Jeux-Floraux ; PIERRE VIDAL, surnommé le Prince des Troubadours ; GOUDOULI, poëte languedocien plein de charme et de talent ; MAYNARD ; CAMPISTRON ; PALAPRAT ; madame DE MONTEGUT ; BAOUR-LORMIAN ; le satirique DESPAZES ; NANTEUIL ; JULES DE RESSEGUIER, etc. ; – parmi les hommes qui se sont fait un nom dans les arts : les peintres RIVALZ ; DE TROY ; DROUAIS, père et fils ; VALENCIENNES ; le dessinateur CASSAS ; le compositeur DALAYRAC, etc. ; – parmi les savants et les littérateurs : le mathématicien FERMAT ; l’astronome GARIPUY ; le botaniste PICOT-LAPEYROUSE ; TOURREIL, traducteur de Démosthène ; MONTGAILLARD, l’auteur de l’Histoire de France ; PUYMAURIN, père et fils, dont l’un était naguère directeur de la monnaie et l’autre conservateur des médailles ; DU LEGE, auteur de la Statistique des départements pyrénéens, etc. ; – parmi les magistrats et les jurisconsultes : DURANTI ; CUJAS ; FURGOLE ; ROMIGUIERES ; DUBERNARD, etc. ; – parmi les hommes qui ont eu le bonheur d’être utiles à leur pays : l’abbé SICARD, instituteur des sourds et muets ; GARRIGOU, honorable industriel qui a introduit en France la fabrication de l’acier cémenté ; – et enfin, parmi les braves qui ont versé leur sang pour la défense de la patrie : le maréchal PERIGNON ; les généraux DUPUY, VERDIER, CAFFARELLI, CO ;MPABS, ROGUET, PELET, historien de la Campagne de  1809, D’ARMAGNAC, PEGOT, PELLEPORT, etc. ; – les chefs d’escadre SAINT-FELIX, MONTCABRIE, etc.

TOPOGRAPHIE.

            Le département de la Haute-Garonne est un département frontière, région sud. – Il est formé d’une partie du Haut-Languedoc (diocèse de Toulouse et du Lauraguais), d’une partie de la Gascogne, de la principauté de Comminges, etc. – Il est borné, au nord, par les départements du Tarn, de Tarn-et-Garonne ; à l’est, par ceux de l’Aude, du Tarn et de l’Ariège ; au sud, par celui de l’Ariège, et par l’Espagne ; et à l’ouest, par les départements du Gers et des Hautes-Pyrénées. – Il tire son nom de sa position sur le cours supérieur de la Garonne. – Sa superficie est de 671,601 arp. métr.

            MONTAGNES. – Ce département étant celui où se trouvent les monts les plus élevés de la chaîne des Pyrénées, dont il occupe d’ailleurs le centre, nous croyons devoir placer ici quelques considérations sur la chaîne entière. – Les Pyrénées forment, après les Alpes, la masse de montagnes la plus remarquable de l’Europe ; elles occupent l’espèce d’isthme qui sépare l’Espagne de la France, et s’étendent de l’ouest à l’est presque sans déviation sensible : cependant, à partir de la Garonne, la chaîne semble se briser de manière à ce que la partie occidentale rentre vers le sud, de 8,000 mètres environ. La chaîne entière a environ 85 lieues de longueur, sa largeur varie : elle est plus considérable au centre et diminue vers les extrémités. Le terme moyen est de 20 lieues. Sa surface est donc d’environ 1,700 lieues carrées. – Ces monts semblent surgir de l’Océan et se précipiter dans la Méditerranée. Ils commencent à l’ouest, près du cap Finistère, et se terminent à l’est, au cap Creux, près de Port-Vendre. De la Galice, où aboutit leur extrémité méridionale, ils jettent pour ainsi dire des ramifications à travers le continent espagnol, rejoignent les sierras de Grenade et de l’Andalousie, traversent l’Océan à Gibraltar et remontent en Afrique pour retrouver la grande chaîne de l’Atlas. A l’autre extrémité des bords de la Méditerranée, les Pyrénées s’enchaînent avec les montagnes du Vivarais et des Cévennes pour rejoindre les Alpes, qui traversent l’Allemagne et le midi de l’Europe par divers chaînons, et vont se lier au Caucase et aux autres montagnes de l’Asie, dont les prolongements se perdent à l’orient de la Chine. Telle est la vaste chaîne dont les Pyrénées ne sont, en quelque sorte, qu’un anneau, mais cet anneau est d’une grandeur proportionnée à l’ensemble. – Considérée dans sa totalité, la chaîne des Pyrénées est composée de plusieurs bandes parallèles à sa direction, et qui, s’élevant depuis les plaines e l’Espagne et de la France jusqu’à la crête centrale, forment la limite naturelle des deux pays, et la séparation à leur source des eaux qui coulent de l’un et de l’autre côté. Cette crête borne au sud (sauf l’enclave espagnole de la vallée d’Arran) les cinq départements frontières des Pyrénées-Orientales, de l’Ariège, de la Haute-Garonne, des Hautes et des Basses-Pyrénées, dont les territoires sont en grande partie formés de belles et riantes vallées qui sillonnent du nord au sud le versant septentrional de cette chaîne, le plus étendu, le plus riche, le plus varié et le plus intéressant des deux. Les Pyrénées ne sont pas seulement remarquables par leur masse et leur élévation, mais encore par leurs richesses naturelles, leur population et la vie pastorale de leurs habitants, et par les souvenirs historiques qui s’y rattachent ; elles réclament un intérêt spécial sous le rapport de la minéralogie, de la zoologie et de la botanique, et par les beautés pittoresques que présentent en foule ces monts, où la nature, s’étant revêtue de formes particulières, a un caractère que l’on ne trouve point ailleurs.

            Suivant les observations les plus récentes, voici quelle est l’élévation absolue des monts principaux :

                   Le Mont-Perdu ……………………………………………………………………………….. 3,436     mètres

                   Le Vignemale …………………………………………………………………………………. 3,356

                   Le Cylindre ……………………………………………………………………………………. 3,332

                   Le Pic-Long ……………………………………………………………………………………. 3,251

                   Le Neouvielle …………………………………………………………………………………. 3,155

                   Le Pimené …………………………………………………………………………………….. 3,000

                   Le Pic du Midi de Bigorre …………………………………………………………………… 2,973

                   Le Moune ……………………………………………………………………………………… 2,900

                   Le Pic d’Arbizon ……………………………………………………………………………… 2,885

                   Le Canigou ……………………………………………………………………………………. 2,781

                   Le Pic Montaigu ………………………………………………………………………………. 2,396

                   Le Pic de Bergons …………………………………………………………………………… 2,113

          D’après les observations faites en 1833 par un jeune voyageur (M. Dousseau), qui a bien voulu nous en communiquer le résultat, la Malahite ou pic de Nethou, point culminant des Pyrénées, dont le sommet est en Espagne, mais dont la base s’étend en France, à 3,475 mètres de haut (l’Annuaire des Longitudes lui en donne 3,481). Près de cette montagne et sur la crête frontière se trouvent encore le mont des Isards (ou pic de Crabioule), haut de 3,216 mètres ; le pic Quairot (pic Ecarri), haut de 3,355 mètres ; le mont Crabère et le pic de Montvallier, qui en ont près de 2,926 mètres. – Entre ces monts s’ouvrent des cols ou ports plus ou moins accessibles. La plupart le sont fort peu pendant l’hiver. – La pente des monts est généralement de 30 à 40 degrés ; en plusieurs endroits leurs flancs sont coupés à pic ou même surplombent leur base. Cette dernière singularité s’observe surtout dans les montagnes de granit ou de calcaire primitif et sur le versant méridional, d’où il résulte que, du côté de l’Espagne, les contre-forts de la chaîne centrale s’étendent moins loin qu’en France, et que leurs versants sont beaucoup plus escarpés.

          Ports. – Les ports ou cols qui servent de communication entre l’Espagne et la France passent par les crêtes les plus élevées. Voici la hauteur des principaux passages :

                   Port d’Oo ………………………………………………………………………………………. 3,002     mètres

                   Port de Viel, ou d’Estaubé …………………………………………………………………. 2,561

                   Port de Pinède ……………………………………………………………………………….. 2,499

                   Port de Gavarnie …………………………………………………………………………….. 2,333

                   Port de Cavarère ……………………………………………………………………………. 2,241

                   Port du Tourmalet (intérieur) ……………………………………………………………… 2,177

          Lieux habités. – A cause de leur position méridionale, les Pyrénées renferment les lieux habités les plus élevés de l’Europe, après quelques villages des Alpes basses et maritimes :

                   Village de Héas ………………………………………………………………………………. 1,465     mètres

                   Village de Gavarnie …………………………………………………………………………. 1,444

                   Village de Barège ……………………………………………………………………………. 1,269

          La limite inférieure des neiges perpétuelles dans les Pyrénées est à environ 2,500 mètres au-dessus du niveau de la mer.

          Glaciers. – Les Hautes-Pyrénées sont dominées par un grand nombre de pics dont les sommets et les anfractuosités se recouvrent de neiges et de glaces. Les monts les plus hauts, le Vignemale, le Mont-Perud, le Neouvielle, le Pic-Long, le Marboré, etc., sont chargés de glaciers d’autant plus vastes que les sommets qui les portent sont plus élevés. L’exposition au nord favorise l’accroissement et la permanence des glaciers ; c’est pourquoi le versant français des Pyrénées en offre un assez grand nombre, tandis que le versant espagnol n’en a que quelques-uns, d’une dimension rétrécie.

          Avalanches et lavanges. – Ces phénomènes effrayants sont communs dans les hautes régions, où la neige s’amoncelle souvent en quantités immenses sur les cimes les plus élevées. Alors, la plus petite cause, une rafale de vent, la chute d’une pierre détachée d’un pic voisin, suffit pour déterminer l’éboulement d’une avalanche. La Quantité de neige qui se met d’abord en mouvement est peu considérable : son volume comme sa vitesse s’accroissent dans sa chute, c’est bientôt une masse énorme que rien ne peut arrêter, qui ébranle violemment les rochers, en détache de nombreux fragments, déracine les hauts sapins et renverse tout ce qu’elle rencontre. – La lavange, moins formidable, mais également dangereuse, est plus fréquente dans la région moyenne des montagnes. C’est la chute d’un pan de falaise ou celle d’un pic usé de vétusté ; souvent, après un orage, les flancs détrempés des montagnes laissent échapper des torrents de pierrailles et de boue, torrents terribles qui ravagent tout sur leur passage, engloutissent les habitations et comblent les vallées.

          Eboulements. – Les lavanges et les avalanches ne sont malheureusement pas les seuls dangers auxquels sont exposés les habitants des Pyrénées. Quoiqu’on ne trouve dans ces montagnes aucun vestiges de volcans, on suppose qu’il existe entre elles et les pays volcanisés une correspondance souterraine. Les tremblements de terre y sont fréquents ; on en garde un long souvenir : celui de 1660 dérangea le cours des sources et altéra leur qualité ; celui de 1678 enfla subitement les eaux de la Garonne et de l’Adour, grossies par des torrents qui sortirent avec violence des entrailles de la terre. Lors de l’affreux désastre de Lisbonne, la terre s’entr’ouvrit à Juncadas : des maisons furent renversées à Lourdes ; une montagne disparut et fit place à un lac. – on pourrait citer d’autres exemples de même nature ; il est certain que, toutes fois que la Sicile et la Calabre sont ébranlées, les Pyrénées se ressentent de leurs commotions. Les grandes perturbations de la nature ne paraissent néanmoins pas y tenir toutes à l’action des volcans. – de temps à autre de grandes montagnes s’affaissent et s’écroulent. – Une grêle de pierres descendues du pic de Héas, se jeta, en 1750, sur le vallon inférieur, et rebondit jusqu’à la pente opposée. Un grand lac naquit de l’épanchement u torrent qu’arrêtait la barre qui venait de se former. Ce lac n’a pas subsisté  long-temps. – E, 178, une autre convulsion l’a fait disparaître. – Les ravages de la dernière catastrophe ont été terribles. – En tournant la montagne de Héas, on n’aperçoit plus que ravins, terres éboulées, blocs entassés et entremêlés de tronçons de sapins, misérables restes d’une forêt. Du côté de Gèdre, des murs de rocher ont cédé à la fureur des eaux. Ce fut une crise épouvantable et dont il est difficile de se faire une iodée, que celle où, au milieu des tourbillons, des mugissements des flots, du retentissement des roches entrechoquées, le torrent se fraya des issues nouvelles pour vomir sur la plaine de Gèdre tout le lac d’Héas.

          RIVIERES. – Le département est arrosé par un grand nombre de cours d’eau ; les principaux sont : la Garonne le Tarn, l’Ariège et le Salat, navigables sur tout ou partie de leurs cours, et sur un développement total de 194,000 mètres. – La Garonne, qui a sa source dans les Pyrénées espagnoles, au fond du val d’Arran, entre en France à 2 lieues au-dessus de Saint-Béat, traverse les Pyrénées du sud au nord-nord-ouest, puis coule de l’ouest à l’est et tourne par un arc immense en inclinant de plus en plus vers l’ouest jusqu’à sa confusion avec la Dordogne dans la Gironde. Elle reçoit dans son cours, qui a environ 140 lieues de développement, plus de trente rivières.

          CANAUX. – C’est à Toulouse que commence le célèbre canal du Midi, œuvre de Riquet et d’Andréossy, destiné à établir une communication entre l’Océan et la Méditerranée. – La Garonne, soit à cause des crues, soit à cause des basses eaux, n’étant pas navigable toute l’année, il existe un projet de canal latéral depuis Toulouse jusqu’à Langon. L’exécution de ce canal vivement désiré par le commerce, assurerait cette importante navigation. – Un autre canal projeté, celui des Pyrénées, ferait communiquer la Garonne avec l’Adour, et serait aussi fort utile aux départements qu’il traverserait. Malheureusement il est conçu sur un plan si gigantesque, que l’exécution en doit être difficile à mener à fin.

          ROUTES. – Le département est traversé par trente-sept routes royales ou départementales.

METEOROLOGIE.

            CLIMAT. – Le climat est doux et tempéré. Les limites extrêmes du thermomètre Réaumur sont, en hiver, 10 degrés au-dessous de zéro, et en été 28 au-dessus. – Sans le voisinage des Pyrénées, l’été serait beaucoup plus chaud. L’année offre un nombre à peu près égal de jours sereins, pluvieux et nébuleux.

            VENTS. – Le vent dominant est celui d’ouest, qu’on nomme Cers ; ordinairement il décline vers le nord et devient alors sec et froid. Le vent d’est, qu’on nomme Autan, souffle souvent avec fureur, mais il est sain et salutaire. Quand le vent vient du sud, il amène presque toujours la pluie.

            MALADIES. – Les maladies catarrhales et rhumatismales sont très communes dans la Haute-Garonne. On a remarqué qu’à Toulouse l’apoplexie est plus fréquente que dans beaucoup d’autres villes. Les goitres affectent les habitants des parties montueuses du département.


[1] Voyez France pittoresque, Ariège

 

la suite :

HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

 

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835

France-Pittoresque-1835-Haute-Garonne

  

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France Pittoresque – 1835 : Eure-et-Loir (3)

Département de l’Eure-et-Loir.

(Ci-devant pays chartrain, Dunois, Drouais, Perche, etc.)

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GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

*

POPULATION.

D’après le dernier recensement officiel, elle est de 278,820 h., et fournit annuellement à l’armée 569 jeunes soldats.

Le mouvement en 1830 a été de,

Mariages ……………………………………………………………………………………………………….. 2,212

Naissances.                     Masculins.                                 Féminins.

          Enfants légitimes.     3,423                                       3,373     )

          Enfants naturels.         273                                          254     )    Total.                      7,323

Décès                                           3,318                                       3,066          Total                       6,384

GARDE NATIONALE.

Le nombre des citoyens inscrits est de 56,053,

       Dont     17,869 contrôle de réserve.

                     38,184 contrôle de service ordinaire.

Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit : 37,359 infanterie. – 55 artillerie. – 770 sapeurs-pompiers.

On en compte : armés, 6,719 ; équipés, 2,987 ; habillés, 6,548.

            13,830 sont susceptibles d’être mobilisés.

 Ainsi, sur 1000 individus de la population générale, 200 sont inscrits au registre matricule, et 49 dans ce nombre sont mobilisables ; et sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 68 sont soumis au service ordin., et 32 appartiennent à la réserve.

Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 5,022 fusils, 60 mousquetons, 2 canons, et un assez grand nombre de pistolets, sabres, etc.

IMPOTS ET RECETTES.

 Le département a payé à l’Etat (1831) :

Contributions directes. ………………………………………………………………………. 4,513,332 f. 00 c.

Enregistrement, timbre et domaines. …………………………………………………….. 2,077,329 f. 31 c.

Boissons, droits divers, tabacs et poudres. ……………………………………………… 1,623,073 f. 95 c.

Postes. …………………………………………………………………………………………….. 205,008 f. 73 c.

Produit des coupes de bois. …………………………………………………………………… 173,730 f. 02 c.

Produits divers. ……………………………………………………………………………………. 38,756 f. 23 c.

Ressources extraordinaires. ………………………………………………………………….. 732,397 f. 57 c.

                                                                        Total. ……………………………………….. 9,363,627 f. 81 c.

Il a reçu du trésor 3,920,417 fr. 83 c., dans lesquels figurent :

La dette publique et les dotations pour. …………………………………………………….. 820,877 f. 57 c.

Les dépenses du ministère de la justice. …………………………………………………… 108.236 f. 37 c.

          de l’instruction publique et des cultes. ……………………………………………… 341,601 f. 37 c.

          du commerce et des travaux publics. ………………………………………………. 764,929 f. 94 c.

          de la guerre. …………………………………………………………………………….. 740,315 f. 20 c.

          de la marine. ……………………………………………………………………………….. 1,460 f. 85 c.

          des finances. …………………………………………………………………………….. 137,752 f. 38 c.

Les frais de régie et de perception des impôts. …………………………………………… 641,283 f. 61 c.

Remboursem., restitut. non-valeurs et primes. …………………………………………… 363,960 f. 54 c.

                                                                    Total. ……………………………………….. 3,920,417 f. 83 c.

          Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant, à peu de variations près, le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département paie annuellement, en plus qu’il ne reçoit, et pour les frais du gouvernement central, 5,443,209 fr. 98 cent., somme dépassant d’environ 600,000 fr. le quart du revenu territorial du pays.

DEPENSES DEPARTEMENTALES.

 Elles s’élèvent (en 1831) à 315,321 f. 60 c.,

SAVOIR ; Dép. fixes : traitements, abonnem., etc.                                                 75,337 f. 90 c.

          Dép. variables : loyers, réparations, secours, etc.                                       239,983 f. 70 c.

          Dans cette dernière somme figurent pour

                   32,930 f. 00 c. les prisons départementales,

                   43,291 f. 73 c. les enfants trouvés.

Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de               5,890 f. 00 c.

Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à                                                          70,750 f. 07 c.

Les dépenses des cours et tribunaux sont de                                                         83,413 f. 07 c.

Les frais de justice avancés par l’Etat de                                                               30,016 f. 33 c.

INDUSTRIE AGRICOLE.

Sur une superficie de 602,752 hectares, le départ. en compte : 440,741 mis en culture. – 22,079 prés et pâturages. – 44,755 forêts. – 3,318 vignes. – 9,948 landes, dont 6,028 susceptibles d’être mis en culture.

Le revenu territorial est évalué à 19,419,000 francs.

Le département renferme environ : 40,000 chevaux. – 72,000 bêtes à cornes (race bovine). – 700,000 moutons.

Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 995,000 kilogrammes ; savoir : 35,000 mérinos, 410,000 métis, 550,000 indigènes.

Le produit annuel du sol est d’environ,

            En céréales, 1,800,000 hectolitr. – En parmentières, 1,520,000 id. – En avoines, 697,000 id. – En vins, 236,000 id. – En cidre, 175,000 id.

            La Beauce est un des territoires de France les plus riches en céréales ; c’est un pays de grande culture, parfaitement emblavé, et où toutes les bonnes méthodes sont promptement appréciées et mises en action. – Le département renferme des pays de petite culture, tels que l’arrondissement de Nogent-le-Rotrou et des portions de ceux de Châteaudun et de Dreux ; mais on sait également y employer les méthodes perfectionnées. – Les cultures y sont d’ailleurs plus variées que dans la Beauce ; les prairies artificielles y sont multipliées et productives. – On cultive la pomme de terre à la charrue. – Les petits navets de Saussay, qui ne sont guère plus gros que des radis, sont délicieux et très recherchés. – On estime les ognons de Nogent-le-Roi, où l’on cultivait en grand les chardons propres au peignage des draps. – Le lin et le chanvre du département sont d’assez bonne qualité. – La gaude vient naturellement dans les environs de Nogent-le-Rotrou. – On cultive pour la nourriture des bestiaux pendant l’hiver, les légumes secs de toute espèce. – On estime pour les usages domestiques les lentilles et les haricots rouges du département. – Le froment récolté dans la Beauce est clair, jaune, très farineux, se garde long-temps et supporte les voyages d’outre-mer aussi bien que les blés durs du Razès (Languedoc) et d’Odessa. – Les cultivateurs du département engraissent des bestiaux pour la consommation de la capitale. – Le pays possède de beaux troupeaux de mérinos. L’amélioration de la race ovine y est l’objet de soins assidus. – On s’occupe en grand de l’éducation des abeilles dans plusieurs localités, et notamment à Meslay-le-Vidame et à Nogent-le-Roi.

INDUSTRIE COMMERCIALE.

Le département exerce son industrie sur les articles très variés. – Il possède un haut-fourneau avec fonte en gueuse, fonte moulée et 4 forges ; des ateliers pour la construction des machines hydrauliques à l’usage des filatures ; des fabriques de chaux, de plâtre, de faïence et de poteries, de tuiles, etc. – Il existe à Foulonval une fonderie en fer et en cuivre avec fabrication de poterie en fonte polie. – On trouve à Sorel, dans la commune de Saussay, une grande fabrique de papier-mécanique. – Les fabriques de draps communs, de serges blanches, de laines drapées, de couvertures de laine, de bonneterie façon de Tunis, etc., sont multipliées. – On compte dans le département plusieurs filatures de coton, une fabrique de sucre de betteraves, des tanneries importantes. – Chartres a des fabriques de pain-d’épices ; mais on estime surtout les pâtés de gibier faits dans cette ville. – Il existe dans le département plusieurs beaux moulins à farine. Le commerce des grains y a une grande importance.

            RECOMPENSES INDUSTRIELLES. – En 1834, à l’exposition des produits de l’industrie, 2 MENTIONS HONORABLES ont été accordées à MM. Goupil (de Bonpart), pour objets en fonte, et Geslain (d’Illiers), pour charrue. – Déjà en 1827 MM. Doyen oncle et neveu (de Foulonval), avaient obtenu le rappel de 2 MEDAILLES D’OR, l’une pour filature de laine à la mécanique, l’autre pour fabrication d’étoffes mérinos ; MM. Doyen occupaient 260 ouvriers dans leur filature de Foulonval, et 100 à 120 tisserands dans les environs de Guise. – MM. Berthe et Grevenich (de Sorel) avaient reçu une nouvelle MEDAILLE D’ARGENT pour papier fabriqué à la mécanique. – Une MEDAILLE DE BRONZE avait été décernée à MM. Waddington frères (de Saint-Remy-sur-Avre), pour divers objets en fonte, et 2 MENTIONS HONORABLES avaient été données, l’une à M. Pierre Dupont (de Laons), pour couvertures en laine et en coton, l’autre à M. Rousseau (de Chartres), pour un fusil double. – M. Lejeune (de Beaumont-le Chartif) avait aussi mérité une CITATION, pour poterie commune bien fabriquée et d’un prix modique.

            FOIRES. – Le nombre des foires du département est de 99.- Elles se tiennent dans 34 communes, dont 22 chefs-lieux, et durant quelques-unes deux à trois jours, remplissent 135 journées.

            Les foires mobiles, au nombre de 44, occupent 44 journées. – 417 communes sont privées de foires.

            Les articles de commerce sont les chevaux, les vaches, les moutons, les porcs, etc. ; – les laines, les étoffes, les toiles, la mercerie, la quincaillerie, etc. ; les grains, les chanvres ; les cercles et les merrains, etc. – On vend des échalottes aux foires du Puizet, des chèvres à celles de la Loupe, de la volaille à celles de Brezolles, etc.

BIBLIOGRAPHIE.

Histoire de Chartres et description stat. du départ. d’Eure-et-Loir, par Chevard ; in-8. Chartres, an IX – 1800.

 Statist. d’Eure-et-Loir, par Peuchet et Chanlaire ; in-4. Paris, 1811.

Notice historique et statistique sur l’église Notre-Dame de Chartres, par Gilbert ; in-8. Chartres, 1812.

Annuaire statistique, administratif, etc., du département d’Eure-et-Loir ; 1804 à 1812, – 1819 et 1820, – 1827, in-12. Chartres.

Histoire générale, civile et religieuse de la cité des Carnutes et du pays Chartrain, par Ozeray ; in-8. Chartres. 1834.

Abel HUGO.

 

On souscrit chez DELLOYE, éditeur, place de la Bourse, rue des Filles-S.-Thomas, 13.

Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Cie, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835

France-Pittoresque-1835-Eure-et-Loir

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France Pittoresque – 1835 : Eure-et-Loir (2)

 Département de l’Eure-et-Loir.

(Ci-devant pays chartrain, Dunois, Drouais, Perche, etc.)

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HISTOIRE NATURELLE.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
VARIETES. – DRUIDES. – DRUIDESSES.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.

HISTOIRE NATURELLE.

 

            FOSSILES. – On ne connaît pas dans le département de bancs de coquillages, mais on y trouve de belles pétrifications. Les environs de Dreux, de Chartres, etc., fournissent des empreintes de peignes sur des cailloux,  des boucardes, des nautiles, des huîtres, des poulettes, des cornes d’ammon, des oursins, et beaucoup d’autres fossiles.

            REGNE ANIMAL. –Le gros gibier est rare dans le département, mais on y trouve beaucoup de lièvres et de lapins. Les lapins de Menillon, sur les bords du Loir, sont estimés. – Les races d’animaux domestiques n’ont rien de remarquable. Elles sont généralement petites, à l’exception de la race ovine. Le mouton beauceron est en effet d’une haute taille, d’une grosse stature, et pèse, lorsqu’il est engraissé, de 90 à 100 livres. Sa laine est rude, longue et épaisse. Les métis provenant du croisement avec les mérinos sont d’une plus petite espèce et ont la laine plus fine. – L’arrondissement de Nogent-le-Rotrou élève des chevaux qui étaient autrefois propres à la remonte de la cavalerie légère et dont la race a beaucoup perdu. – On engraisse un grand nombre de volailles pour l’approvisionnement de la capitale. Le gibier ailé et les oiseaux de passage sont très nombreux. Les perdrix rouges et grises, les cailles abondent dans la saison. Le vanneau et le pluvier paraissent en grandes troupes ; on les prend au filet. Le petit pluvier ou pluvier-guignard, est très estimé pour la délicatesse de sa chair. C’est à cet oiseau que les pâtés de Chartres doivent leur réputation. – Toutes les rivières du département sont très poissonneuses. La truite se plait dans la Blaise, l’Eure et l’Huisne. – Le Loir fournit de belles carpes dorées ; l’anguille, la carpe et le brochet, excellents dans les autres rivières, sont détestables dans la Connie, où elles acquièrent une grosseur extraordinaire ; mais elles perdent leur goût marécageux lorsqu’on les laisse dégorger pendant plusieurs jours dans un réservoir d’eau du Loir. – Les rivières de l’arrond. de Nogent-le-Rotrou sont remplies d’écrevisses. La Connie en produit de monstrueuses.

            REGNE VEGETAL. – Les essences dominantes dans les forêts sont le chêne et le bouleau. – Outre les diverses céréales et les légumes secs, on cultive en grand les navets, les ognons, la gaude, les plantes textiles et oléagineuses. – Les melons réussissent en pleine terre dans la vallée de Nogent-le-Roi. – Le houblon sauvage se trouve dans la plupart des haies. – La vigne est cultivée dans plusieurs cantons, mais les vignobles ne produisent qu’un vin médiocre. – Il existe dans le département de nombreuses plantations de pommiers.

            REGNE MINERAL. – Le département est pauvre en mines métalliques. Il produit cependant du minerai de fer de bonne qualité. – On y trouve des sables fins, tantôt blancs, tantôt colorés par des matières ferrugineuses, des bancs considérables d’argile avec lesquels on fabrique des tuiles, les briques et les poteries communes ; d’autre argile propre à faire de la faïence d’une grande beauté, et que la manufacture de Sèvres emploie avec succès. Les communes de Béville-le-Comte, Anet, Saussay, Oulins et Rouvres possèdent des tourbières. on trouve dans un grand nombre de localités des carrières d’excellente marne où le calcaire domine assez pour qu’on en puisse faire de la chaux de bonne qualité ; et des carrières de pierre calcaire très dure, propre aux constructions ; celles de Marboué donnent une pierre tendre d’une blancheur éblouissante. – Près d’Epernon, on exploite des grès qui paraissent provenir de la chaîne des rochers de Fontainebleau. – Ymeray, Levainville et Saint-Chéron-du-Chemin, présentent des carrières de très beaux poudingues susceptibles d’être polis. On y trouve aussi de petits cailloux ovoïdes de différentes couleurs, opaques ou transparents, et quelques fragments de quartz cristallisé.

            Eaux minérales. – Le département possède plusieurs sources ferrugineuses, parmi lesquelles on distingue celles de la Ferté-Vidame, de Chartes et de Bonnefontaine près de Pontgouin.

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.

 

            CHARTRES, sur l’Eure, ch.-l. de préf., à 22 l. ½ S.-O. de Paris (distance légale. – On paie 10 postes ¾ par Rambouillet, et 10 postes ¼ par Orsay). Pop. 14,439 habit. – Chartres était avant l’ère chrétienne la cité des Carnutes. César lui donna le nom d’Autricum, qu’elle porta jusqu’au IVe siècle. Les Romains l’ornèrent de plusieurs édifices, d’aquéducs, etc. C’était alors une petite ville, de forme carrée, qu’entouraient quatre faubourgs considérables. A la chute de l’empire romain, elle fut conquise par les Francs, et fit partie du royaume de Paris dans le partage qui suivit la mort de Clovis. Elle fut assiégée en 600 par Thierry II, roi d’Orléans. Ce prince, désespérant de s’en emparer de vive force, rompit l’aquéduc romain, et par la privation d’eau força la ville à se rendre. – En 858, les Normands la prirent et détruisirent presque entièrement. La ville, débarrassée d’eux, releva ses murailles et se fortifia tellement que lorsque Rollon vint l’assiéger, en 911, il ne put s’en emparer. – En 940, elle tomba au pouvoir de Thibault-le-Tricheur, comte de Champagne, qui fut le premier comte de Chartres. – Dans la guerre civile, sous Charles VI, Chartres se déclara pour les Orléanais ; le duc de Bourgogne la prit et la livra aux Anglais. Charles VII et le comte de Foix essayèrent en vain de la reprendre de force ; mais en 1432, Dunois, Lahire et d’autres braves s’y introduisirent par stratagème. – Pendant nos guerres religieuses, Chartres eut beaucoup à souffrir. – Henri IV y fut sacré roi en 1594. – Chartres est située sur une colline au bord de l’Eure, qui forme en demi-cercle autour de la ville. Cette rivière baigne la ville et y forme deux bras, dont l’un coule en dedans et l’autre en dehors des murs. – Les murs, élevés dans les XIe et XIIe siècles, étaient si solidement construits, que long-temps après ils purent résister aux efforts de l’artillerie de siège. Ces fortifications n’existent plus qu’en partie ; ce sont d’énormes pans de murailles et des débris de grosses tours. On y compte sept portes. La Porte-Guillaume est la plus remarquable ; son aspect est imposant, elle est flanquée de deux tours rondes unies par une courtine, et couronnée d’une galerie saillante, à créneaux et machicoulis ; sous l’ogive de la voûte on remarque la coulisse de la herse. Le terre-pleine des anciens boulevarts et les fossés ont été transformés en promenades spacieuses, ombragées, et qui sont un des principaux agréments de la ville ; – Vue de l’extérieur, Chartres a une apparence pittoresque qu’elle doit à sa situation ; elle forme une vase pyramide de bâtiments, dont la base plonge dans la rivière ou dans la verdure, et que couronne majestueusement la cathédrale et ses flèches aériennes ; mais l’intérieur de la ville ne répond pas à cet aspect favorable ; il est triste, vieux et laid ; les rues, sombres, étroites, tortueuses, sales, mal pavées et généralement d’une pente rapide, forment un vrai labyrinthe. Les maisons sont la plupart de style gothique, beaucoup ont des portes en ogives et des ornements bizarres ; elles sont construites en bois et en terre, et mal alignées ; on est surpris de ne pas rencontrer parmi ces tristes constructions un grand nombre de bâtiments modernes, propres et spacieux. – Toutefois la Cathédrale attire d’abord l’attention de l’observateur et mérite son admiration. Elle est située au centre de la ville et s’élève à une si grande hauteur qu’on l’aperçoit facilement de 10 à 12 lieues de distance. Cette église, fondée dans le IIIe siècle, incendiée en 858 par les Normands, brûlée encore par la foudre en 1020 et détruite alors avec presque toute la ville, fut reconstruite peu de temps après ; sa reconstruction dura jusqu’en 1145. – Elle fut en 1260 dédié à la Vierge. – C’est un des chefs-d’œuvre d’architecture gothique les mieux conservés qu’il y ait en France ; Le monument réunit à la grandeur des proportions, la hardiesse de la construction, l’élégance, l’harmonie de l’ensemble et la beauté des détails. Son plan est une croix latine, la façade a trois porches et deux clochers, superbes pyramides octogonales à base carrée, et dont l’une, dite le Clocher-Vieux, s’élève à 342 pieds au-dessus du sol, l’autre à 378 pieds. Les voûtes des porches sont chargées de sculptures gothiques très curieuses. Une haute fenêtre à vitraux brillamment peints répond à chaque porte ; au-dessus est une magnifique rosace. Les façades de la croisière sont aussi très belles. L’entrée latérale de l’église, dont nous offrons une représentation exacte, est peut-être plus remarquable que la façade principale, mais on regrette que l’édifice ne soit pas entouré d’une place qui permettrait de le voir à une distance convenable. – La couverture du grand comble, autour duquel on peut circuler au moyen d’une galerie en pierre, est toute en plomb ; la charpente qui la soutient, remarquable par sa construction, se nomme la forêt à cause de la grande quantité de pièces de bois qui la composent. – L’église a 396 pieds de long dans œuvre, 101 pieds de large et 106 pieds de haut sous clef de voûte. – L’intérieur charme par sa majesté et son harmonie ; les trois nefs sont divisées par des piliers élégants. Le chœur est extérieurement décoré de figurines gothiques d’un travail précieux et représentant la vie du Christ ; intérieurement de huit beaux bas-reliefs en marbre sur l’histoire de la Vierge, sculptés par Bridau. – On admire au-dessus du maître-autel le chef-d’œuvre de cet artiste, trop peu connu ; c’est une superbe Assomption formant un groupe de près de 20 pieds de haut. La figure de la Vierge est pleine de la plus gracieuse majesté. – En 1793, le marteau des révolutionnaires allait détruire ce bel ouvrage, lorsque plusieurs amis des arts eurent la pensée d’habiller la Vierge en déesse de la Liberté et de la coiffer du bonnet rouge ; ce travestissement sauva le groupe. – L’église souterraine de la cathédrale et les caveaux qui l’environnent sont aussi dignes de remarque. – Le Palais épiscopal, voisin de l’église, fut construit en 1253, sur les ruines d’un fort du VIIIe siècle, qu’on appelait le Châtelet. – Chartres, outre la cathédrale, possède deux autres anciennes églises : l’Eglise de Saint-Aignan, autrefois la chapelle des comtes de Chartres, qui fut enformée dans la ville lors de la seconde clôture, et l’Eglise de Saint-Pierre, dépendant jadis d’une célèbre abbaye de bénédictins dit le Monastère du Saint-Père. Cette église, construite en 926 et réparée en 1050, se compose d’une nef et de deux bas-côtés ; elle a de beaux vitraux, sa voûte est vaste et haute, son aspect sombre est vénérable. – Près de là sont situées les Casernes, bâtiments propres et spacieux. – L’antique Eglise de Saint-André est convertie en magasin. Le chœur, jadis soutenu par un arc jeté sur la rivière, est maintenant démoli. – La place Marceau, petite et mal entourée, est décorée d’un obélisque de 10 mètres surmonté d’une urne funéraire et élevé à la mémoire du jeune et héroïque général que Chartres s’honore d’avoir vu naître. On lit sur le piédestal : Témoignage de l’affection des Chartrains pour leur concitoyen. Cet obélisque, élevé en 1801, a été réparé en 1821. – Naguère on forait à côté un puits artésien, nous ignorons si on a obtenu une source jaillissante. – Chartres possède plusieurs collections scientifiques et surtout une superbe collection ornithologique, réunie par M. Marchand ; la bibliothèque publique se compose de 30,000 volumes et de 763 manuscrits. – On trouve à Chartres une salle de  spectacle propre et bien distribuée.

            AUNEAU, ch.-l. de cant., à 5 l. E. de Chartres. Pop. 1616 hab. – Ancienne seigneurie qui faisait partie du pays chartrain. L’histoire connue de ses seigneurs remonte à l’an 1069. – Dans le XVIe siècle l’un deux, le fameux Henri de joyeuse, fut d’abord capucin, puis duc et maréchal de France. A cette époque, nos guerres religieuses donnèrent de la célébrité à Anneau. Les reîtres, troupes allemandes que les huguenots avaient appelés à leur secours, y furent surpris par les troupes des Guise, qui en firent un affreux carnage et massacrèrent en même temps presque toute la population du bourg. – Auneau possédait alors un château seigneurial d’une étendue considérable, dont il ne reste qu’une grosse tour.

            COURVILLE, ch.-l. de cant., à 4 l. ½ O. de Chartres. Pop. 1,445 habit. – Courville s’élève sur une colline riante dont l’Eure baigne le pied, dans une vallée riche et fertile. – A une lieue au sud se trouve le château de Villebon, où est mort Sully, le grand ministre, le digne ami de Henri IV. C’est un bel édifice gothique, de forme carrée, bâti en briques, d’une masse et d’une hauteur également imposantes ; ses vieux créneaux, les tours et les donjons qui saillent aux quatre angles, les fossés profonds qui l’entourent, le pont-levis, sur lequel on les franchit, tout rappelle les temps féodaux pendant lesquels il a été construit.

            EPERNON, à 6 l. ½ N.-E. de Chartres. Pop. 1,559 hab. – D’anciennes chroniques donnent à cette ville le nom de Sparnonum. – Sous le roi Robert, un seigneur du nom d’Amalric la fit fortifier. – Dans le XIVe siècle, le château d’Epernon appartenait à Jean de Bourbon, comte de Vendôme. Ce château passa ensuite dans la famille de Nogaret de la Valette. Ce fut en faveur d’un des seigneurs de ce nom, mignon de Henri III, qu’Epernon fut érigé en duché-pairie. Le nouveau duc était d’un orgueil si insupportable, qu’il lui valut le titre dérisoire de roi d’Epernon. Lors de l’assassinat de Henri IV, il fut soupçonné d’avoir été l’instigateur de ce forfait. – Epernon étai au XVIe siècle une place forte que ceignaient des fossés et des murailles. Un château-fort commandait la ville et toute la campagne environnante. Epernon possédait deux paroisses et deux faubourgs. Il ne reste de ses fortifications que des débris informes. – D’autres ruines, provenant de monastères, d’églises, de manoirs détruits, parsèment l’intérieur de la ville, qui, triste, mal bâtie, mal pavée, s ‘élève en amphithéâtre sur une haute colline, située à la jonction de plusieurs vallées. – La partie basse est plus moderne et mieux construite que la partie haute. La petite rivière de Guesle coule au pied de la colline et arrose une charmante vallée où l’on voit plusieurs châteaux remarquables.

            MAINTENON, ch.-l. de cant., à 4 l.1/2 N.-E. de Chartres. Pop. 1,690 hab. – En donnant son nom à une femme dont la destinée, jusqu’à Joséphine Beauharnais, n’a pas eu d’égale en France, ce lieu a partagé la célébrité de la veuve de Scarron et de Louis XIV. Sans cette circonstance il serait resté à peu près ignoré. – En 1475, l’histoire fait mention d’un seigneur de Maintenon. La ville n’était encore qu’une terre noble ; l’intendant des finances, Jean Cottereau en devint possesseur dans le XVIe siècle, et y fit construire le premier château, en partie conservé dans la construction moderne. – En 1685, Françoise d’Aubigné, devenue incognito reine de France, reçut, avec le titre de marquise, la terre de Maintenon. – De grandes réparations et augmentations furent faites alors au château et à ses dépendances ; l’aquéduc date de cette époque. Après la mort de madame de Maintenon, la terre passa dans la famille de Noailles. – La ville de Maintenon est située dans une charmante et verdoyante vallée, sur les rivières de l’Eure et de la Voise qui s’y réunissent. Le château s’élève à l’extrémité de la ville, les deux rivières baignent ses murs, parcourent le parc et les jardins dans de nombreux canaux, et y entretiennent une agréable fraîcheur. Ce château, entièrement entouré d’eau, forme une double potence dont les bras sont tournés vers le parc. L’un des bras est terminé par une jolie tour ronde, l’autre par une tour carrée dont le haut dôme domine le reste de l’édifice ; les bâtiments sont d’ailleurs peu élevés et de style plus élégant que magnifique ; ils sont propres et bien distribués, l’intérieur a été décoré à la moderne par le propriétaire actuel ; le corps de logis principal était l’appartement de la marquise ; on y voit encore son portrait dans la chambre à coucher. – L’appartement du roi y existe aussi ; la chapelle est conservée soigneusement ; elle est fort simple. On croit généralement, mais à tort, que c’est dans cette chapelle que Louis XIV épousa la veuve de Scarron. (Cette cérémonie a eu lieu à Versailles.) Le parc est grand et très bien entretenu ; l’Eure y forme un large canal dans une vallée que devait traverser l’aquéduc destiné à porter ses eaux à Versailles ; mais cette entreprise gigantesque fut abandonnée après des travaux qui coûtèrent, outre plusieurs millions, la vie à un grand nombre d’hommes. Les eaux de l’Eure étaient prises au bourg de Pont-Gouin et amenées à Maintenon par un canal de 105 pieds de large y compris les trottoirs et les talus, et de 45,000 mètres de longueur, en partie coupé dans les collines, supporté dans les vallées par de hautes levées et par trente ponts. – La vallée de Maintenon nécessitait de plus grands travaux. On  joignit la crête de deux collines au moyen d’un aquéduc soutenu par 48 piles énormes, qui existent encore en partie et ressemblent à de grosses et hautes tours carrées ; elles portent quelques arches entières et des fragments de voûtes.

            CHATEAUDUN, près du Loir, ch.-l. d’arr., à 11 l. S.-S.O. de Chartres. Pop. 6,461 hab. – Cette ville doit son nom et son origine à un antique château bâti sur une éminence (dun en langue celtique signifie colline). Ce château, tel qu’il existait dans les derniers siècles, fut reconstruit par Thibault-le-Vieux, et terminé par les ducs de Longueville ; ce fut long-temps, dans son genre, un des plus beaux et des plus vastes édifices de France. Les comtes de Dunois l’avaient orné avec magnificence. Ce n’est plus maintenant qu’une ruine, couronnant de la manière la plus pittoresque le haut rocher au pied duquel s’étend la ville. – Châteaudun était le chef-lieu du comté de Dunois. Elle avait une célèbre collégiale où plusieurs des comtes ont été enterrés, une abbaye d’Augustins, fondée par Charlemagne, plusieurs autres maisons religieuses et six paroisses. En 1723, un incendie détruisit la ville presque entièrement, elle gagna à cette calamité d’être reconstruite sur un plan régulier, et de devenir une des plus jolies petites villes de France ; ses rues sont larges et tirées au cordeau, ses maisons, d’une construction agréable et uniforme. La place publique est grande et belle, l’Hôtel-de-Ville et les bâtiments du collège sont remarquables ; la situation de la ville l’est aussi ; elle s’élève sur la pente d’un coteau semi-circulaire dont le Loir baigne le pied. On ne peut voir sans plaisir le riant bassin, tapissé de vignes, de gazons, de potagers, de vergers où serpente cette rivière paisible. De riches coteaux encaissent ce bassin et sont cultivé&s avec soin jusque sur leurs commets. – De la promenade voisine de la grande place on jouit de vues délicieuses sur le cours du Loir, les vergers et les rochers qui le bordent. Plusieurs de ces rochers sont percés de grottes, dont quelques-unes servent d’habitation. Châteaudun a une bibliothèque publique riche de 5,600 volumes.

            BONNEVAL, ch.-l. de cant. à 3 l. ½ N.-N.-E. de Châteaudun. Pop. 2,432 hab. – Cette jolie petite ville est située dans une belle et fertile vallée sur la rive gauche du Loir qui s’y divise en plusieurs branches. – Ses rues sont larges, propres et bien percées. C’était autrefois une place importante ; elle était ceinte de murs flanqués de tours et de fossés. – Louis-le-Gros l’assiégea, la prit et la fit raser en 1135. – Elle fut rebâtie ; mais Henri V, roi d’Angleterre, la fit presque entièrement détruire, lorsqu’il assiégeait Orléans. – Les rois successeurs de Charles VII, la firent reconstruire. L’église paroissiale de Bonneval est remarquable par la grande élévation de sa flèche.

            DREUX, sur la Blaise, ch.-l. d’arr., à 8 l. N.-N.-O. de Chartres. Pop. 6,249 hab. – Les Durocasses, petite nation gauloise dont parle César et qu’il vainquit, fondèrent cette ville et lui donnèrent leur nom, d’où, par corruption, s’est formé celui qu’elle porte aujourd’hui. – L’histoire des premières vicissitudes de Dreux est peu connue. E, 1031, elle était gouvernée par un comte qui avait le droit de battre monnaie. Elle fut donnée en 1137 en apanage à Robert de France, fils de Louis-le-Gros. En 1020, la possession de Dreux était disputée entre le comte de Chartres et le duc de Normandie. Robert, créé comte de Dreux, mit fin à la querelle en partageant son Etat avec ses turbulents voisins. En 1188, les Anglais prirent Dreux et la brûlèrent. Le comté fut joint à la couronne par Charles V, puis donné à la maison d’Albret. En 1559, Catherine de Médicis l’obtint pour son douaire ; dix ans après, il fut érigé en duché-pairie et fit partie de l’apanage du duc d’Alençon, dernier fils de cette reine. – Les environs de Dreux ont été le théâtre d’une des sanglantes batailles livrées pendant nos guerres civiles. – En 1593, Henri IV prit Dreux après quinze jours d’assauts. – Dreux est situé dans une riante et fertile contrée, la Blaise entoure en partie la ville, et les différents bras de cette rivière la partagent en plusieurs quartiers. Cette ville est propre, agréable, bien bâtie ; elle avait avant la révolution deux paroisses et deux couvents : il ne lui reste plus qu’une église paroissiale qui mérite d’être visitée. Ses autres édifices remarquables sont l’hôtel-de-ville et l’hôpital. – Dreux a aussi une petite salle de spectacle.

            ANET, chef-lieu de cant., à 4 l. N. de Dreux. Pop. 1,416 hab. – Ce joli bourg, situé dans une riante vallée, entre l’Eure et la Vesgre, était autrefois une châtellenie rendue célèbre par le château que Henri II y fit bâtir pour Diane de Poitiers. – Philibert Delorme, le plus habile architecte de son temps, fut chargé de la construction de cet édifice, à l’embellissement duquel contribuèrent de leurs chefs-d’œuvre plusieurs des principaux artistes de l’époque. il était formé de trois corps de logis entourant une cour ; au centre du quatrième côté était la porte d’entrée, espèce d’arc triomphal décoré de quatre colonnes ioniques. Dans l’attique de cette porte on voyait une horloge très curieuse : un cerf en bronze frappait les heures de son pied droit pendant que des chiens de même métal aboyaient autour de lui. – La chapelle du château était décorée avec une grâce et un goût exquis. Il y avait une autre chapelle où Diane de Poitiers fut enterrée en 1566. – Pendant la Révolution le château a été pillé et en partie démoli ; il n’en reste que l’aile où était la chancellerie, la grande chapelle et quelques autres débris.

            NOGENT-LE-ROI, ch.-L ; de c., à 4 l. de Dreux. Pop. 1,303 h. – En 1350, Philippe de Valois mourut à Nogent : le bourg prit alors le nom de Nogent-le-Roi. Ce bourg appartint à la maison royale jusqu’en 1444, que Charles VII, en lui conférant le titre de ville, le donna à Pierre de Brezé ; le petit-fils de ce seigneur fut l’époux de la fameuse Diane de Poitiers. – Richelieu érigea la baronnie de Nogent en comté et en décora Bautru, son bouffon. – Pendant les guerres étrangères et civiles, Nogent, regardé comme un point important à cause de son château-fort, fut exposé à de continuels désastres. Les Anglais s’en emparèrent, Charles VII les en chassa, mais ils y rentrèrent sous les ordres de Salisbury, qui fit passer la garnison au fil de l’épée. – Les mêmes circonstances se renouvelèrent au temps de la Ligue. Une garnison de troupes royales tenait la ville et de là faisait des excursions jusqu’à Chartres, mettant les bourgs voisins à contribution. – Les habitants se rassemblèrent et vinrent assiéger le château de Nogent. – Un chanoine dirigeait l’artillerie. – La garnison se rendit à composition, mais les Chartrains la massacrèrent tout entière. – Quelques temps après les troupes royales reprirent le château, pendirent le nouveau gouverneur et pillèrent la ville. – Nogent est une petite ville agréable et commerçante, située sur la rive gauche de l’Eure, dans une riante vallée.

            NOGENT-LE-ROTROU, sur l’Huisne, chef-l. d’arrondiss., à 17 l. O.-S.-O. de Chartres. Pop. 6,825 habit. – Nogent était d’abord bâtie sur la colline du château ; cette première ville fut brûlée et détruite par les Normands. Elle se nommait Nogent-le-Châtel. Rotrou 1er, comte du Perche, la fit reconstruire au pied de la colline, elle prit alors le nom qu’elle porte. – On a tenté plusieurs fois de changer ce nom. Henri 1er, comte de Condé, obtint des lettres d’érection en duché-pairie, sous le nom d’Enghien-le-Français. – En 1652, le petit-fils de Sully, seigneur de Nogent, fit nommer la ville Nogent-le-Béthune ; mais la population a toujours refusé d’adopter ces dénominations. – En 1428, Salisbury s’empara de Nogent. Les Français la reprirent, s’y fortifièrent et en firent un lieu de refuge où ils se retiraient quand les affaires de Charles VII allaient mal. – Le château et la seigneurie de Nogent furent donnés au grand ministre Sully, qui l’habita pendant quelques temps ; il y fonda un hôpital dans l’église duquel on voit son tombeau ; il y est représenté agenouillé ainsi que sa femme. A la Révolution, on voulut détruire ce tombeau : grâce à quelques amis des arts, les sculptures furent épargnées, mais les cendres du grand ministre, du vertueux citoyen furent jetées au vent. – Nogent est situé dans la verdoyante vallée de l’Huisnes. La forme de cette ville est singulière, elle n’a que quatre rues, dont la principale, le long de la grande route, a près d’une demi-lieue de longueur ; elle enclôt, avec les trois autres, un espace carré très spacieux et couvert de prairies. – On croit voir les quatre faubourgs d’une ville détruite et dont l’emplacement aurait été transformé en un pré. – Les maisons sont basses et irrégulières. On y remarque plusieurs grandes constructions, surtout l’Eglise et l’Hôpital ; il y a aussi un Château-d’eau. – Une haute et rapide colline domine la ville et se termine comme un promontoire devant une vallée latérale ; c’est sur cette pointe que s’élève le vaste et pittoresque château de Nogent, construction de siècles et de styles divers, que le temps et les dévastations ont continuellement dégradée. La partie la plus ancienne est une énorme tour carrée, haute de 100 pieds et de 100 pieds de longueur sur chaque face, formée et divisée par des murailles d’une épaisseur considérable et plus ou moins délabrées. – De cette tour part une enceinte de murs et de tourelles qui enclôt le haut du coteau ; une partie plus moderne et mieux conservée est contiguë à la forteresse. Ce sont deux hautes tours à toits coniques qui flanquent la grande porte, où l’on arrive par un pont. Derrière cette masse se trouvent des cours transformées en potagers et entourées de fragments d’autres constructions guerrières ; le tout ensemble est un édifice immense, menaçant encore et majestueux.

VARIETES. – DRUIDES. – DRUIDESSES.

 

            D’après les anciens auteurs, le corps des druides doit être considéré comme ayant été partagé en cinq classes : les vacies, chargés des sacrifices, des prières, et d’interpréter les dogmes de la loi ; les seronides, consacrés à l’instruction de la jeunesse et  l’enseignement des sciences, de l’astronomie, de la théologie, de la philosophie ; les bardes, poëtes, orateurs et musiciens, chargés d’animer les guerriers au combat et d’encourager les hommes à la vertu ; les eubages, ou les devins, occupés de connaître l’avenir par l’inspection des entrailles des victimes, ou du vol des oiseaux ; enfin les causidiques, spécialement chargés de l’administration de la justice civile et criminelle. – le nom général druide, venait du mot gaulois derw, deru (chêne).

            D’autres auteurs, modernes il est vrai, ne veulent compter dans la hiérarchie druidique, que trois ordres distincts : les druides et les ovates, formant la classe sacerdotale et les bardes. – Les druides (hommes des chênes), étaient les premiers de la hiérarchie. En eux résidaient la puissance et la science. – Les ovates, interprètes des druides auprès du peuple, étaient chargés de la partie extérieure du culte et de la célébration des sacrifices. – Les bardes conservaient dans leur mémoire les généalogies et les traditions nationales. Ils célébraient les exploits des guerriers.

            L’institution des druides remontait à la plus haute antiquité. – Les druides étaient à la fois ministres de la religion et de la justice ; et, en l’absence de toutes lois écrites, ils étaient ainsi réellement les régulateurs absolus, les maîtres de toute la nation. – Ils concourraient à l’élection des chefs et des magistrats ; ceux-ci ne pouvaient convoquer l’assemblée générale de la nation sans avoir obtenu leur aveu. – Ils jugeaient les crimes, ils décidaient toutes les questions soulevées sur les possessions territoriales et sur leurs limites. – Ils décernaient les récompenses et appliquaient les peines. – La plus grande des peines était l’interdiction des sacrifices. – L’interdit était regardé comme impie : chacun le fuyait, il ne pouvait remplir aucun emploi, il n’avait plus même aucun droit à la protection de la justice. – Les druides étaient exempts de contributions, de service militaire, et de toute autre espèce de charge. – Afin de mieux conserver le respect qu’ils inspiraient, et pour assurer davantage leur autorité, ils s’environnaient de mystère et d’obscurité ; ils établissaient leur séjour dans d’épaisses et antiques forêts. – On ne faisait aucun sacrifice en leur absence ; leur intercession était indispensable pour invoquer les faveurs célestes  leur opinion décidait de la guerre ou de la paix. – leur influence sur les Gaulois était telle, qu’ils pouvaient, en se jetant au milieu de deux peuplades disposées à combattre, empêcher une bataille prête à se livrer.

            Les druides avaient un chef électif, tout-puissant parmi eux et sur le peuple. – Ils se réunissaient tous les ans en une assemblée solennelle, dans le pays des Carnutes ; le lieu de leur réunion paraît avoir été Leves, près de Chartres, qui était regardé comme le centre de la Gaule celtique. – Ils avaient aussi un autre point d’assemblée annuelle dans le pays des Eduens, près de Bibracte, sur une colline qui est nommée encore le Mont-Dru. – Dreux et quelques autres villes de France indiquent aussi, par leur nom, des lieux de résidence ou d’assemblée des druides.

            Nulle condition dans l’Etat n’était plus noble ni plus digne d’envie. – Les parents s’empressaient de briguer pour leurs enfants l’honneur d’être admis dans le corps des druides. – Mais les études, qui duraient vingt années, avant l’initiation, étaient aussi pénibles que longues. – Les élèves devaient apprendre et conserver dans leur mémoire un grand nombre de vers contenant toute la doctrine druidique, et qu’il était défendu d’écrire.

            Les druides enseignaient que la matière et l’esprit sont éternels ; que la substance de l’univers reste inaltérable sous la perpétuelle variation des phénomènes, on domine tour à tour l’influence de l’eau et du feu ; qu’enfin l’âme de l’homme est soumise à la métempsycose. – A ce dernier dogme se rattachait l’idée morale de peines et de récompenses ; ils considéraient les degrés de transmigration inférieurs à la condition humaine comme des états d’épreuve et de châtiment. – Ils croyaient à un autre monde, à un monde de bonheur où l’âme conservait son identité, ses passions, ses habitudes. – Aux funérailles, on brûlait des lettres que le mort devait lire ou remettre à d’autres morts. – Souvent même on prêtait de l’argent qui devait être remboursé dans l’autre vie.

            La métempsycose et la vie future faisaient la base du système des druides, mais leur science ne se bornait pas à ces deux notions ; ils étaient métaphysiciens, physiciens, médecins, sorciers et surtout astronomes. – leur année se composait de mois lunaires. – Ce qui faisait dire aux Romains, que les Gaulois mesuraient le temps par nuits et non par jours. – La médecine druidique était uniquement fondée sur la magie. – Il fallait cueillir le samolus (mouron d’eau) à jeun et de la main gauche, l’arracher de terre sans le regarder, et le jeter de même dans les réservoirs où les bestiaux allaient boire, et où il devait leur servir de préservatif contre les maladies. – On se préparait à la récolte du sélago (savinier), par des ablutions et par une offrande de pain et de vin ; on partait nu(pieds, habillé de blanc ; sitôt qu’on avait aperçu la plante, on se baissait comme par hasard, et glissant la main droite sous son bras gauche, on l’arrachait sans jamais employer le fer, puis on l’enveloppait d’un linge qui ne devait servir qu’une fois. – Un autre cérémonial était prescrit pour la verveine. – Mais le remède universel, la panacée, était le gui. – les druides croyaient que cette plante parasite était semée sur le chêne par une main divine ; l’union de l’arbre sacré avec la verdure éternelle du gui, était à leurs yeux un vivant symbole du dogme de l’immortalité. – On cueillait le gui en hiver, à l’époque de sa floraison, lorsque ses longs rameaux, ses feuilles vertes et ses fleurs jaunes, enlacés à l’arbre dépouillé, représentent mieux l’image de la vie, au milieu de la nature morte. – C’était le sixième jour de la lune qu’il devait être coupé ; un druide en robe blanche montait sur l’arbre, une serpe d’or à la main, et tranchait la racine de la plante, que d’autres druides placés au-dessous recevaient dans un voile blanc. – Ensuite on immolait deux taureaux blancs. – Les druides prédisaient l’avenir d’après le vol des oiseaux et l’inspection des entrailles des victimes. Ils fabriquaient aussi des talismans, tels que ces chapelets d’ambre que les guerriers portaient dans les batailles, et qu’on retrouve dans les tombeaux gaulois ; le plus recherché de ces talismans était l’œuf de serpent. – « Durant l’été, dit Pline, on voit se rassembler dans certaines cavernes de la Gaule, des serpents nombreux qui se mêlent, s’entrelacent, et avec leur salive, jointe à l’écume qui suinte de leur peau, produisent cette espèce d’œuf. Lorsqu’il est paraît, ils l’élèvent et le soutiennent en l’air par leurs sifflements ; c’est alors qu’il faut s’en emparer avant qu’il ait touché la terre. Un homme, aposté à cet effet, s’élance, reçoit l’œuf dans un linge, saute sur un cheval et s’éloigne à toute bride ; les serpents le poursuivent jusqu’à ce qu’il ait mis une rivière entre eux et lui. » L’œuf de serpent devait être enlevé à une certaine époque de la lune ; on l’éprouvait en le plongeant dans l’eau ; s’il surnageait, quoique entouré d’un cercle d’or, il avait la vertu de faire gagner les procès et d’ouvrir un libre accès auprès des rois. – Les druides le portaient au col, richement enchâssé, et le vendaient à très haut prix. – On suppose que cet oeuf miraculeux n’était autre chose que la coquille blanchie d’un oursin de mer.

            Thau ou Theut, Teutatès, était le Mercure gaulois, le dieu suprême suivant quelques auteurs. – Taranis, Tarann, l’esprit de la foudre, était suivant d’autres le dieu du ciel, le moteur et l’arbitre du monde. – Heus ou Hesus, présidait à la guerre. – Belenus, Bel ou Belen, le soleil, faisait naître les plantes salutaires et était le dieu de la médecine. – L’éloquence et la poésie avaient aussi leur symbole dans Ogmius, l’Hercule gaulois, armé de la massue et de l’arc et entraînant après lui des hommes attachés par l’oreille à des chaînes d’or e d’ambre qui sortaient de sa bouche.

            Il paraît que dans le principe les Gaulois avaient adoré des objets matériels, des phénomènes, des agents de la nature, des lacs, des fontaines, des pierres, des vents, en particulier le terrible kirck (le vent de cers, bien connu en Languedoc). Ce culte grossier fut, avec le temps, élevé et généralisé. Ces êtres, ces phénomènes eurent leurs génies, il en fut de même des lieux et des tribus. De là, Vosège, déification des Vosges ; Pennin, des Alpes ; Arduinne, des %Ardennes. De là, le Génie des Arvernes ; Bibracte, déesse et cité des Eduens ; Aventia, chez les Helvètes ;  Nemausus (Nîmes), chez les Arécomiques, etc., etc.

            La religion druidique avait sinon institué, du moins adopté et maintenu les sacrifices humains. Les prêtres perçaient la victime au-dessus du diaphragme, et tiraient leurs pronostics de la façon dont elle tombait, des convulsions des membres, de l’abondance et de la couleur du sang. – Quelquefois ils la crucifiaient à des poteaux dans l’intérieur des temples, ou faisaient pleuvoir sur elle, jusqu’à la mort, une nuée de flèches et de dards. – Souvent aussi on remplissait un colosse en osier d’hommes vivants ; un prêtre y mettait le feu, et tout disparaissait dans des flots de fumée et de flammes. – Ces horribles offrandes étaient remplacées fréquemment par des dons votifs. Comme quelques-uns des peuples primitifs de l’Amérique, les Gaulois jetaient des lingots d’or et d’argent dans les lacs.

            Des magiciennes et des prophétesses étaient affiliées à l’ordre des druides, mais sans en partager les prérogatives. – Leur institut leur imposait les lois bizarres et contradictoires ; ici la druidesse ne pouvait dévoiler l’avenir qu’à l’homme qui l’avait profanée ; là, elle se vouait à une virginité perpétuelle ; ailleurs, quoique mariée, elle était astreinte à de longs célibats. – Quelquefois ces femmes devaient assister à des sacrifices nocturnes, toutes nues, le corps teint de noir, les cheveux en désordre, s’agitant dans des transports frénétiques. – La plupart habitaient des lieux sauvages. A Séna (île de Sein) était l’oracle célèbre des neuf vierges terribles, appelées Sènes, du nom de leur île. Pour avoir le droit de les consulter il fallait être marin et encore avoir fait le trajet dans ce seul but. Ces vierges connaissaient l’avenir ; elles guérissaient les maux incurables ; elles prédisaient et provoquaient les tempêtes. – Les prêtresses des Namnètes, à l’embouchure de la Loire, habitaient un des îlots de ce fleuve. Quoiqu’elles fussent mariées, nul homme n’osait approcher de leur demeure ; c’étaient elles qui, à des époques prescrites, venaient visiter leurs maris sur le continent.

            Sous la domination romaine la plupart des Gaulois, cédant à l’influence d’une religion plus riante et plus douce, secouèrent le joug despotique des druides. – Pendant le consulat de Cornelius Lentulus et de Licinius Crassus, le sénat défendit par un décret tout sacrifice humain. Néanmoins, malgré cet édit, malgré les ordres sévères des empereurs, malgré les efforts même de Claude, qui avait aboli le culte et le sacerdoce druidiques, les prêtres de Teutatès et d’Hésus continuèrent long-temps encore à convoquer les fidèles au fond de leurs forêts et à y faire couler solennellement le sans des hommes. – Après l’établissement du christianisme, on les retrouve dans la Gaule et dans la Grande-Bretagne, sous le nom caractéristique de Senans, Senani (prophètes et devins).

            Le pouvoir des druidesses sur l’esprit des Gaulois, dura malgré les édits des empereurs et les préceptes du christianisme, bien plus long-temps que celui des druides. – On les voit encore, au temps des rois de la seconde race, sous le nom redouté de fanoe, fatuoe gallicoe, exerçant un grand empire sur les Gaulois et sur les Francs, leurs vainqueurs. – Le peuple les croyait initiées à tous les secrets de la nature ; il les supposait immortelles. On leur attribuait le pouvoir de métamorphoser les hommes en animaux de toute espèce, surtout en loups. – Le bonheur des familles dépendait, disait-on, de leur amitié ou de leur haine. – Pour donner plus de force à ces croyances superstitieuses, elles établissaient leur demeure dans des lieux cachés ; elles habitaient au fond des puits desséchés, dans le creux des cavernes, aux bords des torrents. – Ce sont elles qui figurent sous le nom de fées dans toutes nos traditions populaires ; ce sont les héroïnes de ces contes merveilleux dont on amuse encore les enfants.

DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.

 

            POLITIQUE. – Le département nomme 4 députés. – Il est divisé en 4 arrondissements électoraux, dont les chefs-l. sont : Chartres, Châteaudun, Dreux, Nogent-le-Rotrou. – Le nombre des électeurs est de 2,107.

            ADMINISTRATIVE. – Le chef-lieu de la préfect. est Chartres.

            Le département se divise en 4 sous-préf. ou arrond. commun.

Chartres …………………………. 8     cantons,                167     communes,     103,783     habit.

Châteaudun …………………….. 5                                  81                            59,758    

Dreux …………………………….. 7                                 138                            70,532    

Nogent-le-Rotrou……………….. 4                                  65                            44,747    

                    Total …………… 24     cantons,                451     communes,     278,820     habit.

            Service du trésor public. – 1 receveur général et 1 payeur (résidant à Chartres), 3 receveurs particuliers, 4 percept. d’arrond.

            Contributions directes. – 1 directeur (à Chartres), et 1 inspect.

            Domaines et Enregistrement. – 1 directeur (à Chartres), 2 inspecteurs, 3 vérificateurs.

            Hypothèques. – 4 conservateurs dans les chefs-lieux d’arrondissements communaux.

            Contributions indirectes. – 1 directeur (à Chartres), 3 directeurs d’arrondissements, 4 receveurs entreposeurs.

            Forêts. – Le départ. fait partie de la 1re conservation forestière. – 1 inspecteur à Châteauneuf.

            Ponts-et-chaussées. – Le département fait partie de la 11e inspection, dont le chef-lieu est Alençon. – Il y a 1 ingénieur en chef en résidence à Chartres.

            Mines. – Le département fait partie du 1er arrondissement et de la 1re division, dont le chef-lieu est Paris.

            Haras. – Pour les courses de chevaux, le département fait partie du 2e arrond. de concours, dont le ch.-l. est au Pin.

            MILITAIRE. – Le département fait partie de la 1re division militaire, dont le quartier général est à Paris. – Il y a à Chartres : 1 maréchal de camp commandant la subdivision ; 1 sous-intendant militaire, à Chartres. – Le dépôt de recrutement est à Chartres. – La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 2e légion, dont le chef-lieu est à Chartres.

            JUDICIAIRE. – Les tribunaux sont du ressort de la cour royale de Paris. – Il y a dans le département 4 tribunaux de 1re instance, à Chartres (2 chambres), Châteaudun, Dreux, Nogent-le-Rotrou, et 2 tribunaux de commerce, à Chartres et à Dreux.

            RELIGIEUSE. – Culte catholique. – Le département forme le diocèse d’un évêché érigé dans le 2e siècle, suffragant de l’archevêché de Paris, et dont le siège est à Chartres. – Il y a à Chartres : un séminaire diocésain qui compte 110 élèves. – Le département renferme 5 cures de 1re classe, 19 de 2e, 332 succursales et 24 vicariats. – Il y existe 24 congrégations religieuses de femmes, consacrées aux soins des malades et à l’éducation des petites filles et des pauvres orphelines ; plusieurs écoles chrétiennes.

            Culte protestant. – les réformés ont à Marsauceux une église réformée qui relève de l’église consistoriale d’Orléans, et qui est desservie par un pasteur. – Il y a en outre dans le département un temple. – On y compte 3 sociétés bibliques, 2 sociétés des missions évangéliques, 1 société des traités religieux.

            UNIVERSITAIRE. – Le département est compris dans le ressort de l’Académie de Paris.

            Instruction publique. – Il y a dans le département : – 3 collèges, à Chartres, à Châteaudun, à Nogent-le-Rotrou ; – 1 école normale à Chartres ; – 1 école modèle à Dreux. – Le nombre des écoles primaires du département est de 482, qui sont fréquentées par 25,179 élèves, dont 13,802 garçons et 11,377 filles. – Les communes privées d’écoles sont au nombre de 72.

            SOCIETES SAVANTES, ETC. – Il existe à Chartres, une Société d’Agriculture, un Jury pastoral, un Jardin botanique et une école de dessin linéaire. – Dreux, Illiers et Brou ont aussi des écoles de dessin linéaire.

Lire bientôt la suite : 

GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

 

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835 

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