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21 décembre 1970 – Communes de moins de 2000 habitants

Les communes de moins de 2000 habitants doivent verser leurs archives aux Archives départementales. (Loi du 21 décembre 1970).

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France Pittoresque – 1835 : Eure (3)

Département de l’Eure. ( Ci-devant Normandie, Perche, etc)

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POPULATION
GARDE NATIONALE
IMPÔTS ET RECETTES
DEPENSES DEPARTEMENTALES
INDUSTRIE AGRICOLE
INDUSTRIE COMMERCIALE
BIBLIOGRAPHIE

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POPULATION

D’après le dernier recensement officiel, elle est de 424 248 hab, et fournit annuellement à l’armée 904 jeunes soldats.

Le mouvement en 1830 a été de,

Mariages 3 770    
Naissances Masculins Féminins  
Enfants légitimes 4 408 4 302 )
Enfants naturels 345 288 ) Total 9 343
Décès 4 865 4 859 ) Total 9 274
Dans ce nombre 2 centenaires  

GARDE NATIONALE

Le nombre des citoyens inscrits est de   87 319
                                                 Dont :  21 961 contrôle de réserve.
  65 358 contrôle de service ordinaire.
Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit :  63 979 infanterie
  155 cavalerie
  46 artillerie
  1 178 sapeurs-pompiers

On en compte : armées, 9 593 ; équipés 6 731 ; habillés 10 842 ; 21 490 sont susceptibles d’être mobilisés.

Ainsi sur 1 000 individus de la population générale, 200 sont inscrits au registre matricule, et 51 dans ce nombre sont mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 75 sont soumis au service ordinaire, et 25 appartiennent à la réserve.

Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 6 753 fusils, 50 mousquetons, 2 canons et un assez grand nombre de pistolets, sabres, lances etc…

*

IMPÔTS ET RECETTES

 

Le département a payé à l’Etat (1831) :

Contributions directes 6 852 171, 28
Enregistrement, timbre et domaines 3 328 179, 73
Boissons, droits divers, tabacs et poudres 1 831 997, 63
Postes    345 911, 55
Produit des coupes de bois    307 405, 62
Loterie      25 691, 75
Produits divers      59 417, 33
Ressources extraordinaires 1 081 446, 74
Total 13 830 221f.63 c.
   

Il a reçu du trésor 6 023 632f. 20 c. dans lesquels figurent :

La dette publique et les dotations pour    943 019, 05
Les dépenses du ministère de la justice    158 542, 39
     De l’instruction publique et des cultes    501 059, 15
     Du commerce et des travaux publics 1 335 753, 05
     De la guerre 1 591 884, 58
     De la marine           893, 30
     Des finances    145 328, 36
Les frais de régie et de perception des impôts    935 662, 44
Remboursement, restitution, non-valeurs et primes    411 489, 88
                                       Total    6 023 632f. 20 c.
   

Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant à peu de variation près le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département paie annuellement, de plus qu’il ne reçoit, et pour les frais du gouvernement central, 7 806 589f 43 c., somme supérieure au quart de son revenu territorial..

DEPENSES DEPARTEMENTALES

Elles s’élèvent (en 1831) à, 649 103f 80c.

Savoir :

Dép. fixes : traitements, abonnements, etc. 337 376, 07
Dép. variables : loyers réparations, encouragements, secours, etc. 311 727, 73
Dans cette dernière somme figurent pour :  
       Les prisons départementales  54 685f.
       Les enfants trouvés   31 430,.40
Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de     8 220f.
Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à :    67 639, 22
Les dépenses des cours et tribunaux sont de  108 008, 64
Les frais de justice avancés par l’Etat de    54 384, 04
   

 

INDUSTRIE AGRICOLE

Sur une superficie de 582 127 hectares, le départ en compte :    
      Mis en culture 393 595  
      Forêts 125 294  
      Vignes 1 677  
      Prés  23 210  
      Landes 18 806 .
Le revenu territorial est évalué à            29 741 000    francs
     
Le département renferme environ :    
      Chevaux 47 000  
      Bêtes à cornes (race bovine).   44 000  
     
Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 420 000 kilogrammes ; savoir :  
      Mérinos 17 000  
      Métis 103 000  
      Indigènes 300 000  
     
Le produit annuel du sol est d’environ :    
      En céréales et parmentières             2 240 000     hectolitres
      En avoines 50 000  
      En vins 60 000  

L’agriculture du département, quoique supérieure à celle d’un grand nombre de contrées de France, laisse encore beaucoup à désirer.

Les haies et les fossés qui servent de clôture n’y sont point entretenus avec soin, cette régularité, si remarquables dans quelques autres pays.

Les plantations, surtout celles du plateau supérieur, sont peu considérables.

Les prairies artificielles commencent à se multiplier ; mais les jachères ne sont pas encore totalement supprimées.

Le département est traversé dans sa plus grande étendue par la route de Paris à Caen. Lorsqu’on suit cette route, onest aussi surpris qu’affligé de voir, dans un pays riche et fertile, au milieu de campagnes superbes, les habitations les plus misérables, couvertes en chaume et construites d’une manière grossière, avec de la terre et du bois ; telles, en un mot, qu’on pouvait les faire il y a cinq ou six siècles dans le reste de la France.

Les jardins et les vergers offrent une grande quantité d’arbres fruitiers de différentes espèces.

C’est principalement dans les environs des villes que leur culture, mieux soignée, a fait beaucoup de progrès. Les noix d’Acquigny et des Planches ont de al réputation.

On estime les légumes de la vallée de l’Iton et les fèves de Louviers.

Parmi les arbres fruitiers, le pommier et le poirier, dont les fruits servent à la fabrication du cidre et du poiré, boisson générale dans le pays, sont l’objet d’une culture particulière.

On les plante en quinconces, dans les enclos et les cours des habitations, dans les terres arables de qualités moyennes, et en lisières ou en avenues dans les bonnes terres.

FERMES – Dans le département, les fermes se composent de divers enclos plus ou moins vastes, et qui, suivant la quantité de terres à cultiver, contiennent ordinairement de deux à dix hectares.

Chaque bâtiment y est distinct et occupe un emplacement séparé : mais les corps de fermes, c’est-à-dire les maisons, les granges, les pressoirs, les écuries les étables et bergerie, sont réunis dans un enclos particulier ; ces bâtiment sont en bois, couvert en tuiles, ou le plus souvent en chaume.

L’étendue des terres attachées à chaque ferme est depuis 20 jusqu’à 150 hectares.
Les habitations sont en général placées dans une situation malsaine ; la cour se trouve quelquefois au-dessus du niveau de la maison, dont la porte d’entrée est obstruée par des tas de fumier ; les pièces de l’intérieur ne reçoivent le jour que par une petite croisée, qui ne permet ni d’en renouveler l’air, ni d’en dessécher le pavé, souvent humide.

Quelques habitations, mieux construites, ont plusieurs croisées au rez-de-chaussée, et quelquefois un étage au premier.
Quand aux écuries, étables bergeries etc., elles n’ont d’autre ouverture que la porte d’entrée.
Les greniers, qui forment les toits, servent à serrer les pailles et la nourriture des bestiaux.

La grange est toujours le bâtiment le plus considérable de la ferme.
Les enclos des fermes sont formés de haies vives très fortes, mêlées d’arbres forestiers, la plupart étêtés, tels que chêne, orme, frêne, érable, qu’on ébranche tous les 4 ou 5 ans.

Dans les arrondissements de Louviers, d’Evreux et des Andelys, la majeure partie des clos sont entourés de murailles de terre ou de torchis couvertes de chaume ou de bruyères.

INDUSTRIE COMMERCIALE

La filature et le tissage de la laine et du coton, la fabrication des draps, occupent le premier rang dans l’industrie départementale. On sait qu’elle est la réputation des draps de Louviers.

Le pays renferme de grandes usines à fer, parmi lesquelles on compte 10 hauts-fourneaux et 14 forges. Il possède des fabriques de fil de fer, d ”épingles et de clous d’épingles.

L’établissement de Romilly est célèbre pour la fonte et le laminage du cuivre.

Il existe dans le département de nombreux moulins à tan et des tanneries estimées. On recherche les cuirs de Pont-Audemer.

Parmi les autres fabriques, on remarque celle de coutils, de sangles, de rubans de fil, d’instruments à vent, de toiles peintes, de velours, de bazin, les verreries, les papeteries, etc.

Quoique l’industrie soit encore active, le département, en 1827, renfermait 1 511 établissements industriels, employant 30 157 ouvriers, et donnant des produits évalués à 26 772 297 . Ces divers établissements étaient ainsi répartis :

Arrondissements Etabliss. Ouvriers Production  
Les Andelys 18 2 452 2 887 875  
Bernay 394 8 714 5 651 152  
Evreux 294 8 766 7 368 000  
Louviers 61 7 272 9 576 000  
Pont-Audemer 744 2 953 1 289 270  
Totaux 1511 30 157 26 772 279  francs.
         

En 1834, d’après les Documents statistiques publiés par les ministres du commerce, le département ne possède plus que 27 forges et 727 fabriques diverses.

Le nombre des établissements industriels aurait donc diminué de moitié.

Ce résultat nous étonne ; néanmoins nous ne pouvons pas croire que M. DUPIN ait compté dans son relevé les moulins à vent et à eau, qui, en 1834, existent au nombre de 698, car il dit positivement qu’il n’y a compris que les fabriques, les atelier et les usines.

ROMILLY – L’établissement métallurgique de Romilly est un des plus importants de France ; Il renferme une fonderie avec laminoir de cuivre jaune et rouge et de zinc, un trécilerie de laiton, des martinets pour la fourrure.

On y convertit les oxydes de cuivre en vitriol bleu cristallisé.

Le nombre des ouvriers qui travaillent dans l’enceinte de l’établissement est de 300 ouvriers, qui font subsister au moins 800 personnes.

On emploie annuellement, à Romilly, 1 200 000 kilogrammes de cuivre brut, tirés du Levant, de la Russie, de la Suède et du Pérou ; 300 000 kilo. De zinc, tirés de la Silésie ; 50 000 kilo. De fer, tirés de Conches ; 26 400 hectolitres de charbon de terre, tirés d’Anzin, de Saint Etienne et de la Belgique.

Deux cinquièmes environ des produits de Romilly, c’est-à-dire 300 000 kilo, sont exportés par la Seine.

Récompenses industrielles. – A l’exposition de 1854, l’industrie du département à obtenu :

* “6 médailles d’or ” décernées à    

  • M.M. AUBE frères (de Beaumont-le-Roger)
  • DANNET frères
  • JOURDAIN & RIBOULEAU (de Louviers) pour draps
  • LECOUTEAUX & COMPAGNIE (de Romilly) propriétaires des fonderies, pour divers métaux.
  • M. HACHE BOURGOIS (de Louviers) pour cardes et rubans.

* “9 médailles d’argent ”

  • M.M. CHENEVIERE                           POITEVIN & FILS
  • VIOLLET & JEUFFRAIN                  LECOUTURIER (de Louviers) pour draps
  • FOUQUET frères (de Rugles) pour boîtes d’épingles, etc.
  • Le Général d’ARLINCOURT (de Tierceville, près de Gisors et de Lesfontaines) pour cuivre et zinc laminés.
  • DUBOIS & COMPAGNIE (de Louviers) pour machine à filer
  • CALLERY Charles (de St Paul sur Rille) pour bois de teinture
  • PLUMMER (père et fils) & CLOUET (de Pont-Audemer) pour cuirs vernis, etc.

* “6 médailles de bronze ” ont été obtenues par :

  • M.M. VULLIAMY BUSSIN (de Nonancourt), pour filature de laine peignée
  • HAMELIN (des Andelys) pour soies de différentes couleurs
  • BELLEME (d’Evreux) pour coutils, etc…
  • MASSELIN (frères) & Mme Veuve CONARD (de Drucourt) pour rubans et bretelles
  • MARTIN (de La Couture près de Passy) facteur d’instruments à vent (clarinettes, etc.)

* “7 mentions honorables ” ont été accordées pour fabrication de toile à serviettes, de draps, d’objets de rouennerie, de rubans, de bretelles, de bas, de moules en cuivre, et d’objets de quincaillerie.:

FOIRES – Le nombre des foires du département est de 150.

Elles se tiennent dans 59 communes, dont 31 chefs-lieux, et durant pour la plupart 2 à 3 jours, remplissent 177 journées.

Les foires mobiles, au nombre d 42, occupent 62 journées.

739 communes sont privées de foires.

Les articles de commerce sont les chevaux, les vaches pour élèves et herbages, les porcs, les moutons, les ânes, les grains, les légumes, les fils, les toiles, etc.

On vend des arbres fruitiers aux foires de Louviers et du Pont-de-l’Arche ; des fourrages, à Conches ; des cuirs, de la vannerie pour vendanges, à Ivry-La-Bataille ; du chanvre, des cercles pour futailles, à Verneuil ; des épingles à Rugles ; des laines, au Bourgtheroulde, au Neubourg, à Saint Pierre de Cormeilles.

On cite les foires de Crossoeuvre pour les vaches ; celle de Nonancourt pour les moutons ; celle du mercredi saint, à Bernay, pour les chevaux de prix ; et enfin celle du 9 octobre, à Verneuil, pour les oignons qu’on exporte au loin.

BIBLIOGRAPHIE 

Description statistique du département de l’Eure, par Touquet (ann. Statist. De Ballois, t. III, p. 155 ; in-8 Paris, an X)

– Mémoire stat. De l’Eure, par Masson de Saint-Amand ; in-fol. Paris, an XIII.

– Voyage des élèves de l’Ecole centrale du départ. De l’Eure dans la partie occident. Du départ. ; in-8 Evreux, an X.

– Description topograph. De l’arrond. De Louviers, par Dutens ; in-8. Evreux, anIX

– Annuaire du départ. De l’Eure ; Evreux, in-12, ans XII et XIII.

– Statistique de l’Eure, par Peuchet et Chanlaire ; in-4. Paris, 1809

– Essai hist. Et anecdotique sur l’ancien comté d’Evreux, par Masson de Saint-Amand ; in-8 Paris, 1813.

– Notice hist. Sur l’arrond.des Andelys, par J.de la Rochefoucould ; in-8 Paris, 1813.

– Mémoire sur la topographie et la statistique de la ville de Quilleboeuf, etc., par Boismare ; in-8 Rouen, 1813.

– Annuaire du départ. De l’Eure : in-12 Evreux, 1819-1832.

– Histoire de Louviers, etc., par L.R.Morin ; in-12 1822

– Notice sur le conton de Saint-André, par M***(Journal d’agriculture et de Médecine d’Evreux, n.XVII, in-8 Evreux, 1828)

– Annuaire de Rouen et des départements de la Seine Inférieure et de l’Eure ; in-18 Rouen, 1832

– Notice hist. Et archéologique sur le départ. de l’Eure ; in-12 Evreux, 1832.

– Essai hist.et archéologi., etc., de l’arrond. De Pont-Audemer, par Aug. Guilmeth (1er livr.) ; in-8 Rouen Paris, 1834.

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A. HUGO.

On souscrit chez DELLOYE,Editeur, place de la Bourse, rue des Filles – Saint-Thomas, 12

Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Comp., rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

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France Pittoresque – 1835 : Eure (2)

Département de l’Eure. ( Ci-devant Normandie, Perche, etc)

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HISTOIRE NATURELLE
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE
POPULATION
GARDE NATIONALE
IMPÔTS ET RECETTES
DEPENSES DEPARTEMENTALES
INDUSTRIE AGRICOLE
INDUSTRIE COMMERCIALE
BIBLIOGRAPHIE

 

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HISTOIRE NATURELLE

REGNE ANIMAL – Les races d’animaux domestiques sont assez belles. Le haras du Bec a contribué à améliorer l’espèce des chevaux normands. Les bêtes à cornes et les porcs y sont de grande taille. La race ovine offre des moutons de pré salé à chair exquise, et des moutons anglais à longue laine. Quand au gibier, les plaines, les vallées et les bois en fournissent de toute espèce.

Cependant les chevreuils, les cerfs, les daims et les sangliers sont moins nombreux qu’autrefois. Les lièvres et les lapins sont très multipliés. Les perdrix rouges et grise, les cailles, les grives, les alouettes, les bécasses, les bécassines, les poules d’eau, les sarcelles, les canards sauvages, les râles de genêt,etc., sont communs.

Le département renferme quelques animaux nuisibles, loups, renards, belettes, etc., mais en petite quantité.

On pêche dans les rivières le brochet, le barbeau, la carpe, la truite, la perche, la tanche, le meunier, le gardon, le goujon, l’anguille et l’écrevisse.

Le saumon et l’alose remontent la Seine et la Rille.

L’ablette est assez abondante poour que ses écailles, dont on extrait l’essence de perles, donnent lieu à un commerce assez étendu.

REGNE VEGETAL – Les forêts offrent le chêne, l’orme, le hêtre, le charme, le tremble, l’alizier, le cormier, le châtaignier,le bouleau, etc.

Dans les campagnes et les enclos,on voit le prunier, le poirier, le pommier, le cerisier, l’abricotier, le mûrier, le sapin, le tilleul etc.

L’aune, le frêne, le saule, le marronnier, le peuplier, etc., se rencontrent dans les vallées. Les arbustes les plus communs sont le genévrier, le buis, les rosiers de toute espèce, le chèvrefeuille, le framboisier, la ronce, les bruyères et genêts, ‘épine, le lierre etc.

On citait autrefois, comme phénomène végétal l’if de Fouillebec. Nous ignorons si ce bel arbre existe encore. Voici la description qu’on en faisait, il y a quelques années : “ Cet if a vingt et un pieds de pourtour ; sa grosseur prodigieuse et sa solidité extraordinaire suffisent pour soutenir le chœur de l’église à laquelle il est adossé, et qui s’écroulerait dans un ravin profond qui l’avoisine, si l’arbre ne lui servait pas d’appui ; il a été planté dans un ancien cimetière, où le terrain se compose de sable et de cailloux ; au-dessous de l’arbre on voit la coupe d’un cercueil de pierre dirigé de l’ouest à l’est, comme l’église.

Il est facile de reconnaître, par le diamètre du cercueil et par les os, dont quelques-uns percent la terre, qu’il n’y a qu’une petite partie du cercueil qui soit rompue, à l’extrémité répondant aux pieds du squelette, et que le milieu de l’if répond au milieu du cercueil ; ce qui fait présumer qu’il a été planté sur le tombeau même dont on aperçoit les débris. Le feuillage de ce vieil arbre sert de retraite à une foule d’oiseaux, fauvettes, merles et grives, qu’attirent l’épaisseur de l’ombrage et les baies que l’arbre produit en abondance. ”

REGNE MINERAL – Le département renferme des mines de fer abondantes. On y trouve de la pierre à bâtir, de la pierre meulière, des grès à paver, de la terre à foulon et à faïence.

EAUX MINERALES – Il existe des sources minérales, la plupart ferrugineuses, à Breteuil, au Bec, à Beaumont-le Roger, à Saint-Germain, à Houdeville et à Vieux-Conches.

Ces deux dernières sont les plus fréquentées.

Gisors et les Andelys possèdent des fontaines jaillissantes forées d’après la méthode artésienne.

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC

Evreux, sur l’Iton, ch. L. de préf., à 26l. O. de Paris(distance légale) – On paie 12 postes ¼. Population 9 963 habitants.

La ville ancienne qui a donné naissance à Evreux existait sur le territoire de la commune dite encore aujourd’hui le Vieil-Evreux. Elle se nommait Mediolanum et était la cité principale des Aulerci eburovices.

Au IVe siècle elle fut nommée civitas Eburovicorum ou Eburocorum, puis Ebroicoe, et enfin Evreux.

Vers l’an 260, saint Taurin y prêcha la foi chrétienne, et dans le IIIe siècle la ville devint épiscopale ; plusieurs de ses évêques ont été canonisés.

Evreux fut une des cités que les Romains conservèrent le plus longtemps ; le reste des gaules leur était déjà enlevé par les Visigoths, les Francs et les Bourguignons, lorsque Clovis, appelé par l’évêque d’Evreux, s’empara de la ville et de toute cette partie des Gaules.

En 892, le chef des Normands, ROLLON, se rendit maître d’Evreux ; les habitants terrifiés firent peu de résistance ; cependant leur ville fut pillée et leur territoire ravagé.

Quelques temps après, ROLLON reçut du roi de France la Neustrie à titre de duché.

La ville d’Evreux fut comprise dans cette province ; située à la frontière, elle fut prise, reprise, ravagée à chaque guerre qui s’éleva entre les rois de France et les ducs de Normandie.

En 996, Evreux eut ses comtes particuliers.

Robert le Normand est le premier qui ait porté ce titre, auquel il joignit celui d’archevêque de Rouen, bien qu’il fût marié et père de quatre enfants. Son neveu, le duc de Normandie, lui déclara la guerre, lui enleva sa ville capitale et le força à s’enfuir à Paris.

Robert, comte et archevêque, excommunia alors son neveu, et grâce à la terreur qu’inspiraient ses armes spirituelles, recouvra Evreux, où il mourut en 1037.

Son successeur suivit Guillaume LE CONQUERANT en Angleterre, et se fit remarquer dans cette invasion.

En 1090, AMAURY DE MONTFORT s’empara d’Evreux par trahison et y commit de telles dévastations qu’on fut un an entier sans y dire la messe.

A peine cette ville commençait-elle à réparer ses désastres, que le roi d’Angleterre, HENRI Ier, vint essayer de la reprendre ; le siège traînait en longueur quand l’évêque d’Evreux, le traître ROTODUS, conseilla à HENRI de lancer des feux sur la ville, qui fut en effet brûlée de fond en comble.

En 1194, Evreux, reconstruite, était redevenue considérable ; elle avait été cédée à PHILIPPE AUGUSTE par JEAN-SANS-TERRE, moyennant 1 000 marcs d’argent, et devait être réunie à la couronne de France.

PHILIPPE, néanmoins, l’avait laissée au frère de RICHARD D’ANGLETERRE et s’était contenté de mettre garnison dans le château.

JEAN-SANS-TERRE, pour se réconcilier avec son frère, fit traîtreusement massacrer la garnison française. PHILIPPE, furieux, attaqua Evreux, la prit, l’incendia et la fit en grande partie démolir ; il s’en empara de nouveau trois ans après, et acheva de la détruire.

Elle lui fut définitivement cédée l’année suivante, et il s’occupa dès lors de luionner une nouvelle existence.

Evreux appartint à la couronne jusqu’en 1285, où PHILIPPE-LE-BEL la donna à son frère, LOUIS de France, tige de la branche royale des comtes d’Evreux.

En 1316, ce comté fut érigé en pairie perpétuelle.

Le dixième comte d’Evreux fut CHARLES-LE-MAUVAIS, roi de Navarre, un des fléaux de la France sous la première branche des Valois

Les Anglais s’emparèrent de la ville, du temps de CHARLES VII ; mais fut reprise par le Roi et donnée par lui à Jean STUART, un des braves capitaine écossais qui combattirent vaillamment pour la France, à côté de l’héroïque Pucelle d’Orléans. A la mort de STUART, Evreux rentra dans le domaine royal, d’où elle ne sortit que pour être donnée au duc de BOUILLON, en échange de la principauté de Sedan.

L’ancienne ville d’Evreux était peu étendue, malgré son importance ; ses accroissements les plus considérables datent du XVe siècle ; elle était surtout défendue par un énorme donjon contigu au mur d’enceinte, à l’endroit où fut plus tard l’hôtel de ville.

Avant la Révolution, elle possédait, outre sa cathédrale, huit paroisses, trois couvents d’hommes, un couvent de femmes et deux abbayes considérables.

Evreux est située dans une belle vallée arrosée par la rivière d’Iton, qui se partage, avant d’entrer dans la ville, en trois bras, dont un seul la traverse ; un autre baigne ses murs, et le troisième coule tout à fait en dehors.

Des coteaux charmants bordent la vallée, et des promenades délicieuses ceignent la ville, qu’avoisinent les deux plaines fertiles et riches de Neubourg et de Saint-André.

De nombreux canaux distribuent dans toutes les parties d’Evreux une eau salubre et abondante.

L’entrée de la ville du côté de Caen est la plus belle ; la route passe devant le beau château de Navarre, et se joint à une rue qui aboutit à la route de Rouen.

La partie la plus marchande est appelée la rue aux Febvres, vieux mot qui, dérivé du latin faber, signifie fabricant, ouvrier. Cette rue conduit à l’ancienne place Saint Léger, sur la route de Rouen, maintenant transformée en une jolie promenade. Cette promenade, d’abord nommée la place Bonaparte, est plantée de tilleuls et décorée d’une pyramide.

Evreux est généralement bien bâtie, mais la plupart des maisons y sont irrégulières, de styles ancien et d’apparence triste. Les rue manquent presque toutes de largeur et d’alignement ; elles sont propres et assez bien pavées ; la rue des Febvres, formée de bâtiments fort dissemblables de styles et de dimensions, est du moins bien aérée et fort animée.

La cathédrale d’Evreux est une des plus anciennes et des plus curieuses églises de France, une de celles où abondent les détails romans et gothiques les plus intéressants. Longtemps avant l’invasion des Normands, elle était dédiée à la Vierge. Souvent dévastée, toujours réédifiée, elle offre des morceaux d’architecture et de sculpture de divers siècles. Son plan est une croix ; au centre s’élève un dôme octogone qui fut construit aux frais du cardinal LA BALUE, évêque d’Evreux et ministre de LOUIS XI ; le dôme est surmonté d’un fort beau clocher en pyramide, travaillé à jour, et dont le sommet s’élève à 240 pieds au-dessus du sol. Le portail du bras gauche de la croisée est superbe ; le porche, dont la voûte est une grande ogive fort aiguë, est flanqué de deux belles tours octogones. La nef est entourée de détails gothiques très délicats. Trente deux piliers la séparent, ainsi que le chœur, des bas-côtés.

L’église Saint Taurin le dispute en antiquité avec la cathédrale. Elle dépendait d’une ancienne abbaye ; on y voit la châsse du saint, œuvre de sculpture gothique aussi riche par la matière que précieux par le travail.

On cite encore, à Evreux, l’hôtel de ville, l’hôtel de la préfecture, le palais épiscopale, les prisons, le théâtre et la bibliothèque publique, riche de 10 000 volumes.

CHÂTEAU DE NAVARRE – Ce château mérite une attention particulière ; il fut d’abord construit, en 1532, par Jeanne de France, reine de Navarre et comtesse d’Evreux ; ce premier édifice ayant été détruit fut remplacé par les ducs de BOUILLON, en 1686, par le château moderne dont MANSARD donna les dessins. C’est un bâtiment carré à faces symétriques, décoré de perrons et de vestibules à colonnes.

Un vaste dôme le couronne ; un canal d’eau vive l’entoure.

Un parc superbe, des jardins charmants, l’environnent et offrent avec profusion de belles eaux, de vastes masses de verdure, des leurs de tous espèces.

L’Ile d’Amour, le Jardin d’Hébé, sont surtout agréables. Ce lieu charmant a été habité pendant quelque temps par l’impératrice Joséphine.

VIEIL-EVREUX, petit village à 1 l. E. d’Evreux ; le nom de cet endroit, les ruines d’un aqueduc qu’on y voit, les débris de grosses murailles, des monnaies antiques et les autres antiques romaines qu’on y a retrouvés, semblent justifier ceux qui présument que là fut le site de l’ancienne Mediolanum des Aulerci.

BRETEUIL, ch. l. de canton, à 9 l. S.O. d’Evreux. Population 2 049 habitants.

Cette petite ville doit probablement son origine à un château fort que Guillaume LE CONQUERANT y fit construire, et dont quelques débris subsistent encore. HENRI II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, donna cette seigneurie à Robert de MONTFORT ; elle fut vendue, en 1210, à PHILIPPE AUGUSTE et devint ensuite le partage de CHARLES, roi de Navarre, qui l’échangea, en 1410, avec CHARLES VI, pour d’autres terres. Elle appartint enfin à la maison de BOUILLON, en 1651, en même temps qu’Evreux.

Breteuil est située sur la rive droite de l’Iton, dans une contrée abondante en mines de fer. L’exploitation de ces mines, la fonte du minerai, donnent à la ville une grande activité ; elle possède des fabriques d’objets de toute espèce et des sources d’eaux minérales ferrugineuses froides assez estimées.

CONCHES, sur l’Iton, à 5l. O.-S.O d’Evreux. Population de 2056 habitants

Conches fut jadis plus considérable que de nos jours, c’était une place forte, elle avait des comtes dans le temps des premier ducs de Normandie.

Les chances de la guerre lui furent souvent fatales et l’anéantirent enfin presque entièrement.

C’est maintenant une petite ville champêtre, d’une activité très commerçante ; elle est située sur une colline dont l’Iton baigne le pied, au milieu d’un pays très fertile en grains et abondant en pâturages.

IVRY-LA-BATAILLE, à 8 l. 1,2 S.E d’Evreux. Population de 914 habitants.

Ce bourg est dans une situation agréable, au pied d’un coteau, sur la rivière de l’Eure qui le divise en deux parties.

Il est célèbre par la victoire qu’HENRI IV y remporta, en 1590, sur l’armée des Ligueurs commandée par le duc de Mayenne.

Une pyramide de 17 m de haut avait été élevé dans la plaine pour perpétuer le souvenir de cette bataille mémorable. Cette pyramide, détruite pendant la Révolution, fut réédifiée en 1809, par ordre de NAPOLEON.

PACY, ch.-l. de canton, à 5 l. 314 E. d’Evreux. Population 1 387 habitants.

Pacy, maintenant privé de toute importance, était jadis une ville forte, beaucoup plus peuplée que de nos jours, et qui paraissait devoir acquérir tous les avantages dont les malheurs de la guerre l’ont privée ; son plus grand désastre eut lieu dans es dernières guerre qui signalèrent  l’époque de la rivalité de la France et de l’Angleterre.

Pacy fut, pendant la nuit, surpris par les Anglais, qui massacrèrent les habitants et livrèrent la ville au pillage, sans respecter même les églises.

Pacy avait été u nombre des villes fortifiées cédées par RICHARD d’Angleterre, en 1196, au roi de France PHILIPPE AUGUSTE. Cette petite ville était devenue considérable sous le gouvernement des comptes d’Evreux de la maison de Normandie ; elle était environnée de bonnes murailles et de fossés profonds, et avait un château bien fortifié.

Pacy est situé avantageusement sur la rive gauche de l’Eure, qui y est navigable, et sur la grande route d’Evreux à Paris. La ville est agréable et propre.

VERNEUIL, sur l’Avre, ch.l. de canton, à 12 l. ½ S.O. d’Evreux. Population 4 178 habitants.

Cette ancienne ville, fortifiée par HENRI Ier, roi d’Angleterre, fut prise et reprise différentes fois.
PHILIPPE AUGUSTE l’assiégea en 1193.

En 1336 elle fut pillée par les Anglais et les Navarrais.

En 1424, une bataille désastreuse se livra sous ses murs ; le duc de BEDFORT y battit complètement CHARLES VII. Les Anglais gardèrent la place jusqu’en 1449.

En 1590, HENRI IV l’enleva aux ligueurs, qui ne tardèrent pas à la reprendre ; enfin elle se rendit au Roi en 1594.

Il lui reste encore quelque débris de ses vieille fortifications, surtout une grosse tour dite la Tour grise, ronde et de plus de 20 mètre de diamètre ; on l’aperçoit d’une grande distance.

L’église cathédrale est remarquable par sa construction gothique et son gros clcher.

Verneuil est situé dans une riante plaine, que baignent l’Avre et l’Iton, et que traversent cinq grandes routes.

D’agréables promenades environnent la ville et ont remplacé ses anciens remparts.

Verneuil possède un bibliothèque publique contenant 5 000 volumes.

VERNON, sur la rive gauche de la Seine, ch.l. de canton, à 7 l. ½ E. N. E. d’Evreux. Population 4 888 habitants.

Vernon est une ville fort ancienne, mais dont l’histoire certaine ne remonte qu’au XIe siècle ; elle portait alors le titre de château et se nommait Verninium castrum.

Située sur la frontière de la France et de la Normandie, elle fut, pendant l’anarchie féodale, exposée à tous les désastres des guerre qui désolèrent presque incessamment le pays à cette époque malheureuse.

En 1125, HENRI Ier, d’Angleterre, fortifia et agrandit Vernon, et y fit construire la grande tour.

En 1151,Vernon appartenait à GEoffroy PLANTAGENET, comte d’Anjou.

LOUIS VIII l’en déposséda, puis la lui rendit ; mais deux ans après, le fils du comte ayant pillé des marchands sur le chemin royal, le Roi revint assiéger Vernon, et punissant sur des innocents le crime du coupable, livra le bourg aux flammes.

Vernon appartint ensuite au duc de Normandie, puis fut cédé à LOUIS, fils de PHILIPPE AUGUSTE.

En 1198, PHILIPPE, battu près de Vernon par RICHARD, se réfugia dans le château. Saint Louis fonda à Vernon un hôpital qu’il dota richement .

Sous Philippe de VALOIS, les Anglais prirent Vernon et le livrèrent aux flammes ; d’autres désastres suivirent cette catastrophe.

Avant la Révolution, Vernon avait le titre de bonne ville ; elle était entourée de fortes murailles, avec six portes et de profonds fossés, et conservait plusieurs autres parties de ses fortifications, qui ont été démolies ; il n’en reste plus qu’une énorme tour, d’une hauteur considérable, où sont placées es archives de la ville.

L’église Notre-Dame, édifice gothique, est digne de remarque et renferme plusieurs tombeaux ornés de curieuses sculptures.

Le collège, fondé par HENRI IV et rebâti en 1773 par le vertueux duc de PENTHIEVRE, mérite aussi une attention particulière.

L’ancien château de Bizy, à l’extrémité méridionale du faubourg de même nom, a été remplacé par une jolie maison de campagne, dont le parc, très étendu est orné de belles cascades.

Le pont de Vernon est une vaste construction de vingt deux arches, mais il n’est remarquable que par sa longueur.

Les environs de la ville sont riants, pittoresques, aussi fertiles qu’agréables ; ils offrent aux habitants de Vernon plusieurs promenades très intéressantes.

La petite ville possède une petite salle de spectacle.

C’est à Vernon que sont les parcs et les magasins du Train des équipages militaires.

LES ANDELYS, près de la rive droite de la Seine, ch. L. d’arrondissement, à 12 l. ½ N. E. d’Evreux. Population 5 168 habitants.

On donne ce nom à deux petites villes qui ne sont séparées que par une chaussée d’environ un quart de lieue.

Le grand Andely, plus ancien que l’autre, est désigné dans nos vieux chroniqueurs sous le non d’Andilegum. On attribue son origine à un monastère fondé par Clotilde ; une bourgade se forma autour du monastère ; au XIIe siècle on y construisit un château fort considérable qui servit de refuge à LOUIS VII battu à Brenneville par HENRI d’Angleterre.

En 1170, Andely était un gros bourg que les Anglais détruisirent entièrement ; l’abbaye de Clotilde avait disparu, elle fut remplacée par une collégiale.

Andely fut souvent un objet de dispute entre les rois de France et d’Angleterre, et souffrit toujours de ces querelles.

En 1204, PHILIPPE AUGUSTE assiégea Andely pendant cinq mois et ne prit que par famine le château Gaillard que RICHARD avait fait construire au bourg voisin.

En 1552, Antoine de Navarre, blessé au siége de Rouen, mourut aux Andelys.

L’église collégiale est une belle construction ; le portail extérieur, très pittoresque, paraît antérieur au reste de l’édifice ; le côté du midi est du style gothique du XVIe siècle, le côté du nord est de style ionique.

La chapelle de la Vierge possède un fort beau tableau de LESUEUR, représentant Jésus retrouvé dans le Temple.

La Chapelle de Sainte Clotilde était aussi un édifice de construction très curieuse et décoré de détails bizarres ; c’est maintenant une vinaigrerie.

La célèbre fontine de Sainte Clotilde, quoique encore en réputation, est bien déchue de sa gloire et n’opère plus de miracles.

Néanmoins, tel est encore l’empire de la superstition, que le 2 juin de chaque année on plonge dans son eau glaciale des vieillards moribonds, des enfants nouveau nés, des gens usés par les infirmités, dont une telle immersion ne peut abréger les maux qu’en mettant plus promptement un terme à leur existence

Une autre superstition, aussi ridicule mais moins dangereuse, a pour objet Saint Main. Une statue grotesque, en plâtre de ce saint, placée dans la chapelle de l’hôpital, est souvent visitée par les mères dont les enfants ont la colique ; la poussière grattée sur l’abdomen du saint a , dit-on, étant mêlée aux aliments, a vertu de guérir cette incommodité.

Ct hôpital est un des bienfaits de l’excellent duc de PENTHIEVRE, qui dépensa 400 000 fr.

Du reste, Andely n’est pas une belle ville ; ses maisons sont vieilles et tristes et la plupart de ses rues sont sombres et tortueuses.

Le petit Andely offre les ruines de son célèbre Château Gaillard, qui joua un rôle important pendant es guerres entre la France et l’Angleterre.

Marguerite de BOURGOGNE, femme de Louis le HUTIN, y fut enfermée en 1315 et étranglée par ordre du roi en punition de ses débauches.

Sous CHARLES VI, les Anglais assiégèrent Château Gaillard et ne purent le prendre qu’après seize mois d’effort.

CHARLES VII le leur reprit en moins de six semaines.

Les ruines de cette forteresse redoutable sont grandioses et pittoresques, à cause de leur situation au sommet d’un mamelon de rocher.

FLEURY, sur  l’Andelle, à 4 l. des Andelys. Population 520 habitants.

Joli bourg que traverse la route de Rouen à Paris.

Fleury est situé au pied d’une côte, sur la rive droite de la rivière ; l’autre pente de la vallée est beaucoup plus rapide, et pour la franchir la route forme plusieurs longs zigzags.

Du haut de cette montée, la vallée de l’Andelle offre un coup d’œil délicieux ; la vue se plait à suivre les méandres redoublés de la rivière au milieu des vertes prairies, des jardins, des riches potagers, des champs de la plus grande fertilité, de jolis coteaux partout cultivé forment une digne bordure à ce tableau riant.

GISORS, sur l’Epte, ch. L. de canton, à 7 l. ½ E. des Andelys. Population 3 533 habitants.

Gisors fut d’abord nommé Gisortium, puis Gisors ; c’était une place forte que divers événements ont rendu historique.

En 1097, Guillaume LE ROUX, roi d’Angleterre, y fit bâtir un château ; son successeur, HENRI Ier, l’agrandit beaucoup.

En 1120 ce prince y eut une entrevue avec le pape CALIXTE .

En 1188, PHILIPPE AUGUSTE y reçut HENRI II d’Angleterre.

Ces deux rois s’y concertèrent pour une nouvelle croisade. PHILIPPE se plut à embellir et à agrandir Gisors ; il s’y réfugia après la perte de la bataille de Courcelles, qui fut livrée près de cette ville et gagnée par RICHARD CŒUR DE LION.

Alors il courut le plus grand danger, en entrant dans la ville : le pont s’écroula sous lui et il fut retiré tout meurtri de sa chute. Les guerres subséquentes ente la France et l’Angleterre furent souvent funestes à Gisors, ainsi que les dissensions religieuses ; les fortifications qui défendaient la ville furent plusieurs fois délabrées, son château fut ruiné, il n’en reste plus que des débris informes.

Près de Gisors est un autre château mieux conservé, c’est celui de Saint-Paër, dont la construction remonte au XIIIe siècle.

Cette ville est située sur l’Epte, qui la traverse, et sur une des grandes routes de Paris à Rouen. Elle est propre et bien bâtie ; on remarque surtout la rue sur la route.

L’Epte baigne une partie des anciens fossés, bordés d’énormes murailles en ruines.

Gisors a trois portes et trois faubourgs.

Son église paroissiale, spacieuse et de belle architecture, est son principal édifice : cette église est décorée de sculptures, parmi lesquelles on remarque une statue due au ciseau de Jean GOUJON . Elle renferme un beau jubé et de belles orgues. Le portail est de la renaissance ; l’intérieur de l’église est gothique et remonte au XIIIe siècle.

BERNAY, sur la rive gauche de a Charentonne, ch. l. d’arrondissement, à 12 l. O. d’Evreux. Population 6 605 habitants

Bernay, si connu dans toute l’ancienne province de Normandie par ses manufactures et surtout par ses foires, st moins remarquable sous le rapport de ses constructions.

Cependant on y voit un certain nombre d’améliorations modernes et de bon goût.

Quelques uns de ses édifices d’utilité publique sont propres et spacieux ; d’autres, ainsi que nombre de propriétés particulières, méritent d’attirer l’attention à cause de la bizarrerie de leur architecture et des détails curieux et singuliers qui les décorent.

Pour voir Bernay dans son beau, l’observateur doit visiter cette ville à l’époque de sa grande foire, quand elle est remplie de chevaux de tous genres et de 50 à 50 000 maquignons, acheteurs et curieux, qui affluent de 15 à 20 lieues à la ronde.

Cette foire se tient le mercredi de la 5e semaine de carême et dur quatre jours ; c’est une des plus considérables de France et le principal marché des chevaux normands.

On remarque à Bernay l’église paroissiale et les bâtiments d’une ancienne abbaye de bénédictins fondée en 1018 ; et o^fut enterrée Judith de BRETAGNE femme de RICHARD II, duc de NORMANDIE .

BEAUMONT-LE-ROGER – sur la rive droite de la Rille, ch. l. de canton, à 4 l. E. de Bernay. Population 2 515 habitants.

Beaumont n’était qu’une petite bourgade sous les premiers ducs de Normandie. Un de ces seigneurs en fit une place forte et lui donna son nom.

Elle fut plus tard érigée en comté et a été possédée par plusieurs familles puissantes.

En 1253, Saint Louis acheta cette ville et la réunit au domaine royal, auquel elle resta attachée pendant un siècle.

Comprise dans l’apanage d’un prince du sang, elle passa ensuite à d’autres maisons.

Beaumont est situé sur la rive droite de La Rille, et près d’une belle forêt. On voit sur un rocher qui domine la ville les restes informes d’un ancien château fort, et au-dessous les débris pittoresques d’une vieille abbaye.

La forêt de Beaumont-Le-Roger renferme les vestiges d’un camp romain.

BRIONNE, ch. l. de canton, à 4 l. N.E. de Bernay. Population 2 645 habitants.

Il se tint à Brionne, en 1050, un célèbre concile provincial où fut condamnée l’hérésie de BERANGER, qui niait la présence réelle dans l’Eucharistie.

Brionne était le chef-lieu d’une seigneurie possédée par la branche de Lorraine établie en France ; c’était une place forte défendue par une citadelle formidable dont il reste encore quelques vestiges.

La ville est située sur la rive droite de la Rille, au milieu de belles prairies.

LOUVIERS, sur l’Eure, ch. l. d’arrondissement, à 6 l. N. d’Evreux. Population 9 835 habitants.

Cette ville renferme deux monuments qui attestent son importance au moyen âge ; l’un est une maison bâtie par les Templiers au XIIe siècle, l’autre est l’église paroissiale, où l’on distingue trois styles différents d’architecture gothique, et qui date aussi du temps des croisades. L’intérieur de l’édifice offre des détails de sculpture aussi remarquables par leur singularité que par le fini de l’exécution.

En 1196, Louviers, déjà ville importante, fut le théâtre des conférences entre PHILIPPE AUGUSTE et RICHARD d’Angleterre, qui mirent fin à une guerre désastreuse.

Pendant l’invasion d’EDOUARD III, cette ville, alors place très forte, fut prise et saccagée par les Anglais, elle avait réparé ce désastre quand, en 1418, HENRI V, d’Angleterre, s’en empara de nouveau, la livra au pillage, fit démanteler ses fortes murailles, ses grosse tours et combler en partie ses fossés.

En 1431, les Français la reprirent, mais ils ne la gardèrent qu’un an. Ils y rentrèrent définitivement en 1440. Les ligueur s’en étaient emparés, mais en 1591 ils en furent chassés par les royalistes.

Depuis ce temps, Louviers a perdu son importance comme ville de guerre ; mais son industrie lui en a donné une autre, plus durable et plus avantageuse, grâce à la fabrication de draps, superbes non moins estimés pour leur beauté que pour leur solidité.

Cette ville, qui conserve encore quelques fragments de ses vieilles murailles, est située dans une belle et riche plaine ; l’Eure y est navigable jusqu’a la Seine.

Les villes de commerce n’annoncent pas toujours a l’extérieur l’opulence dont elles jouissent, mais Louviers manifeste son état prospère jusque sur les murs de ses maisons.

La plupart des constructions y sont propres, élégantes, spacieuses ; elles annoncent, chez le manufacturier de Louviers, l’art d’acquérir de la fortune et celui plus rare peut-être de bien jouir de ses richesses ; le bon goût, le sentiment de l’ordre et du confortable, se révèlent surtout dans la partie de la ville que baigne l’Eure.

De jolis pont unissent les deux rives de cette rivière.

De vastes fabriques, fourmilières d’ouvriers aussi laborieux qu’intelligents, dominent la ville de toutes parts ; beaucoup sont des bâtiment reconstruits à neuf ; leurs machines perfectionnées par les progrès de l’art, sont la plupart neuves aussi.

Les bâtiment publics de Louviers, peu somptueux, sont propres et bien adaptés à leur usage.

La ville possède une belle salle de spectacle, une bibliothèque publique et d’agréables promenades.

GAILLON, ch. l. de canton, à 4 l. S.E. de Louviers. Population 1 143 habitants.

Gaillon occupe une belle et riante situation sur la frontière de l’ancien royaume de France et de la Normandie, et sur la route de Louviers à Paris ; ce lieu est fort ancien et fut d’abord nommé Gallio. Il y avait un antique château fort, dont l’archevêque de Rouen, ODON-RIGAUD, fit l’acquisition en 1262.

Les Anglais s’en emparèrent et le démolirent, en 1425.

Guillaume d’ESTOUTEVILLE le fit reconstruire en 1461.

Le célèbre Georges d’AMBOISE y fit faire de nombreuses améliorations ; par ses soins, le château de Gaillon devint un des plus beau de France. Le bourg qui l’avoisinait s’agrandit successivement

Après diverses vicissitudes, ce beau château, mutilé, dépouillé de ses ornements, est devenu une maison centrale de correction, où, parmi une foule d’hôtes moins illustres, a été renfermé le prétendu Dauphin Mathurin BRUNEAU.

Un vaste parc, de somptueux jardins, entouraient l’ancien château ; ils existent encore en partie.

Dans une grotte du parc jaillit une source chargée de molécules calcaires, qui ont formé des pétrifications et des incrustations curieuses.

NEUBOURG, ch. l. de canton, à 6 l. O.S.O. de Louviers. Population 2 118 habitants.

Neubourg était jadis un marquisat.

C’est dans ce château que le marquis de SOUDEAC fit jouer pour la première fois, en 1660, par la troupe du Marais, l’opéra de La Toison d’Or du grand CORNEILLE ;

Neubourg, fut longtemps renommé par son marché considérable de bœufs gras, provenant des pâturages de la Normandie, qui a été transféré à Poissy. La prospérité de Neubourg souffrit alors beaucoup.

Cette petite ville, maintenant sans importance, était, avant la Révolution, le chef-lieu d’une sergenterie, d’une juridiction, d’un archidiaconé et d’un doyenné ; elle possédait une abbaye de bénédictines.

Neubourg est situé au milieu d’une belle et riche plaine, entre la Rille et la Seine. L’ancien château existe encore ; il est digne de remarque, ainsi que l’église paroissiale, assez joli édifice gothique.

PONT DE L’ARCHE, ch. l. de canton, à 3 l. N. de Louviers. Population 1 483 habitants. Cette ville faisait partie du pays d’Ouche, dans la Haute-Normandie ; c’était le chef-lieu d’une vicomté et d’un gouvernement de place. Elle doit son origine à Charles LE CHAUVE, qui la fit bâtir en 854. Ce fut dans la suite une place importante, entourée de murs, flanquée de tours et environnée de fossés ; elle avait, au bout du pont opposé à la ville, un fort dans une petite île de la Seine.

Dans le château que Charles LE CHAUVE y avait fait construire, se rassemblèrent deux conciles, en 862 et en 889 ; en deux autres occasions les assemblées des grands royaume y furent convoquées.

Pont-de-l’Arche passe pour être la première ville qui se soit soumise à HENRI IV, après son avènement au trône .

Elle doit son nom à son pont sur la Seine ; il est très long et formé de vingt-deux arches ; un petit bras de la Seine, séparé du pont par une île longue et étroite et fermé par une écluse, set de passage aux bateaux ; la marée se fait sentir jusque-là.

La ville est située sur la rive gauche de la Seine, près de son confluent avec l’Eure. Le confluent de l’Andelle avec la Seine est un peu plus haut, sur la rive opposée.

PONT-AUDEMER, sur la Rille, à 22 l. N. O. d’Evreux, ch.-Lieu d’arrondissement. Population 5 305 habitants.

Pont-audemer est le Breviodurum des Romains ; il y passait une voie romaine, qui allait de Juliobona (Lillebonne) à Noviomagus (Lisieux).

Dans le Ve siècle, cette partie des Gaules était gouvernée par ALDOMAR ou ODOMAR seigneur gaulois ; il fit bâtir dans la ville un pont qui prit son nom et l’a donné à la ville ; elle fut plusieurs fois fortifiée et est encore en partie entourée de ses vieux murs, de ses profonds fossés.

HENRI Ier d’Angleterre s’en empara en 1124, et PHILIPPE AUGUSTE en 1203.

En 1378, DUGESCLIN l’enleva à Charles LE MAUVAIS.

Les anglais la reprirent, mais CHARLES VII les en chassa en 1449.

Enfin Pont-Audemer fut encore assiégé, et pris tout à tour par les ligueurs et les royalistes, jusqu’à ce que, secouant le joug du ligueur VILLARS, qui s’en était rendu maître en 1592, elle se donna à HENRI IV.

Le port de la ville fut creusé par ordre de Louis XIV ; il est revêtu de maçonnerie ; la Rille est navigable jusq’à la Seine.

La ville est située au pied d’une haute colline ; elle est bien bâtie et bien percée ; elle a quatre portes et quatre places ; ses fossés se remplissent d’eau au moyen d’écluses. Elle possède une petite salle de spectacle.

QUILLEBOEUF, port sur la rive gauche de la Seine, a 4 l. N. de Pont-Audemer. Population 1 1344 habitants.

Quillebœuf a été une place forte ; ses fortifications, souvent endommagées par la guerre, ont été détruites sous LOUIS XIII.

Son port est commode, sa situation le rend important.

Quilleboeuf est situé au point où la navigation de la Seine devient difficile par les bancs de sable mouvants dont le cours de al rivière est toujours embarrassé.

Son port reçoit souvent la cargaison des gros navires qui ne peuvent remonter jusqu’à Rouen ; il sert aussi de mouillage dans les mauvais temps ou les vents contraires.

DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE

POLITIQUE – Le département nomme 7 députés.

Il est divisé en 7 arrondissements électoraux, dont les chefs-lieu sont :

Evreux – Verneuil – Les Andelys – Bernay – Louviers – Pont-Audemer – Brionne –

Le nombre des électeurs sont de 2 794.

ADMINISTRATIVE – Le chef-lieu de a préfecture est Evreux.

Le département se divise en 5 sous-préfectures ou arrondissements communs.

    Cantons Communes Habitants
Evreux   11 263    118 397
Les Andelys   6 135      64 337
Bernay   6 139      82 828
Louviers   5 118      68 942
Pont-Audemer   8 145      89 744
  Total 36 798 424 248
         

Service du Trésor public –  1 receveur général et 1 payeur (résidant à Evreux)

                                                       4 receveurs particuliers, 5 percepteurs principaux.

Contributions directes –  1 directeur (à Evreux), et 1 inspecteur.

Domaines et Enregistrement –  1 directeur (à Evreux), 2 inspecteurs, 5 vérificateurs.

Hypothèques – 5 conservateurs dans les chefs-lieux d’arrondissements communaux.

Contributions Indirectes – 1 directeur (à Evreux), 4 directeurs d’arrondissements, 5 receveurs entreposeurs.

Forêts – Le département fait partie du 2ee arrond. Forestier, dont le chef-lieu est Rouen; 2 inspecteurs à Louviers et aux Andelys.

Ponts et chaussées – Le département fait partie de a 1er inspect , dont le chef-lieu est Paris. – il y a l’ingénieur en chef en résidence à Evreux et 1 autre à Louviers, chargé du service spécial des usines, règlement des cours d’eau et police des eaux.

Mines – Le département fait partie du 4e arrond..et de la 2re division, dont le chef-lieu est Abbeville.

Loterie – Les bénéfices de l’administration de la loterie sur les mises effectuées dans le département présentent (pour 1831 comparé à 1830) une augmentation de 2 672 fr.

Haras –  Le département fait partie du 2e arrond. de concours pour les courses, dont le chef-lieu est à Bec-Hellouin.

Militaire –   Le département fait partie de la 14e division militaire, dont le quartier général est à Rouen. Il y a à : Evreux – 1 maréchal de camp commandant la subdivision- 2 sous-intendants militaires, à Vernon, à Evreux.

Le dépôt de recrutement est à Evreux – La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 3e légion, dont le chef-lieu est Rouen. Le parc principal du train des équipages militaires, les ateliers de construction et les magasins où sont réunis les approvisionnements en fer, bois, cuirs et autres objets nécessaires aux constructions et réparations du matériel, sont établis à Vernon.

Judiciaire – Les tribunaux sont du ressort de la Cour royale de Rouen. Il y a 5 tribunaux de première instance : à Evreux (2 chambres), aux Andelys, à Bernay, Louviers, Pont-Audemer, et 4 tribunaux de commerce, à Evreux, Bernay, Louviers et Pont-Audemer. Il existe à Gaillon une maison centrale de détention pour le département et celui de la Seine Inférieure. Cette maison peut contenir environ 1 500 condamnés, dont moitié femmes.

Religieuse –   Culte catholique – Le département forme le diocèse d’un évêché, érigé dans le IIIIe siècle, suffragant de l’archevêché de Rouen, et dont le siège est Evreux. – Il y a à Evreux : 1 séminaire diocésain, qui compte 182 élèves, – une école secondaire ecclésiastique. – Il existe dans le département : 1congrégation religieuse de femmes composée de 75 sœurs, desservant l’hôpital de Verneuil, tenant un pensionnat  fréquenté par 40 jeunes personnes et instruisant 100 externes dont un grand nombre gratuitement. – Le département renferme 7 cures de 1re classe, 30 de 2e, 506 succursales, 32 vicariats. – Il y existe 6 congrégations religieuses de femmes, composées de 228 sœurs consacrées aux soins des hospices et à l’instruction gratuite des jeunes filles, et 8 frères des écoles chrétiennes..

Universitaire – Le département est compris dans le ressort de l’académie de Rouen.

Instruction publique – Il y a dans le département : 4 collèges, à Bernay, à Evreux, à Gisors, à Vernon.

1 école normale primaire à Evreux – Le nombre des écoles primaires du département est de 656, qui sont fréquentées par 29 183 élèves, dont 17 439 garçons et 11 744 filles.

Le nombre de communes privées d’écoles est de 311.

Sociétés Savantes et Autres –  Il existe à Evreux, une Société centrale d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles lettres – 1 cours de géométrie et de mécanique appliquées aux arts – 1cours de botanique, physique, chimie, économie politique – 1 cours de droits commercial – une exposition permanente des produits de l’industrie du département dans la bibliothèque d’Evreux – un beau jardin botanique avec 3 serres chaudes..

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DEPENSES DEPARTEMENTALES
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INDUSTRIE COMMERCIALE
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France Pittoresque – 1835 : Eure (1)

Département de l’Eure. ( Ci-devant Normandie, Perche, etc)

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HISTOIRE
ANTIQUITES
CARACTERE, MŒURS, ETC ;
COSTUMES
LANGAGE
NOTES BIOGRAPHIQUES
TOPOGRAPIE
ASPECT GENERAL
METEOROLOGIE
HISTOIRE NATURELLE
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE
POPULATION
GARDE NATIONALE
IMPÔTS ET RECETTES
DEPENSES DEPARTEMENTALES
INDUSTRIE AGRICOLE
INDUSTRIE COMMERCIALE
BIBLIOGRAPHIE
 

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HISTOIRE

Les Aulerci Eburovices habitaient, à l’époque de la conquête romaine, le territoire qui a formé depuis le comté d’Evreux, et qui est aujourd’hui le département de l’Eure.

Ce territoire fit successivement partie de la Gaule Celtique et de la Seconde-Lyonnaise. Sous les rois de francs de la première race, il fut compris dans la Neustrie, et lors du traité de Sainte-Claire-sur-Epte, qui livra une partie de al France aux Normands, il fut avec elle cédé à Rollon.

Il partagea le sort de la grande province qui reçut le nom de Normandie, jusqu’en 996.

Il fut érigé en comté d’Evreux en faveur de Robert de Normandie, fils de RICHARD 1er ; ce comté passa de la maison de Normandie dans celles de France et de Navarre.

En 1404, le comté d’Evreux, échangé contre la seigneurie de Nemours, rentra dans le domaine de la couronne.

Les Anglais s’en emparèrent dans les guerres du XVe siècle ; il leur fut repris en 1424 par CHARLES VII, qui en fit don au célèbre capitaine Jean STUART,connétable d’écosse.

Le brave STUART fut tué en défendant son comté contre les Anglais, et ceux-ci s’en emparèrent encore. Ils en furent chassés de nouveau en 1441, et le comté d’Evreux demeura réuni à la couronne jusqu’au milieu du XVIe siècle.

En 1574, HENRI III érigea en duché-pairie, en faveur de son frère le duc d’Alençon, ce comté, qui, pendant quelque temps, avait formé son apanage sous le règne de CHARLES IX.

Le duché-pairie d’Evreux avait fait retour à la couronne, lorsqu’en 1651, il fut compris dans les domaines échangés avec la principauté de Sedan, et passa dans la maison de Bouillon, qui en conserva la seigneurie jusqu’à l’époque de la Révolution.

ANTIQUITES

Le département renferme quelques monuments druidiques, parmi lesquels on remarque le dolmen de Truy et celui des Ventes. Le dolmen de Truy a cela de curieux, que l’une des pierres qui le supportent, celle du milieu, est percée au centre d’un trou rond qui paraît avoir été taillé régulièrement, et qui est assez grand pour laisser passer le corps d’un homme.

Les antiquités romaines sont plus nombreuses ; ce sont les voies militaires, des vestiges de camps fortifiés, des monnaies, des médailles, des ustensiles, des armes, etc.

Les ruines les plus importantes qui se rattachent à cette époque paraissent être celle que l’on trouve sur le territoire du Vieil-Evreux, où l’on reconnaît encore les traces d’un arqéduc haut de 5 pieds et large à peu près de 4, qui partant d’une distance de quatre lieues, venait aboutir à un vaste bassin parfaitement carré et d’environ un arpent de superficie.

Le comté d’Evreux tait riche surtout en monuments du moyen âge, qui la plupart ont été détruits pendant la Révolution.

Cependant les églises qui existent encore dans quelques villes, les ruines d’anciens château et de vieilles abbayes disséminées sur tout sont territoire, témoignent encore de l’antique splendeur de la plupart de ces édifices.

On cite surtout l’église cathédrale d’Evreux, ; les restes du château et de la chapelle de Gaillon, et l’église de Gisors, que décorent de superbes vitraux, ainsi que divers morceaux curieux de sculpture.

CARACTERE, MŒURS, ETC ;

Les habitants du département de l’Eure sont généralement actifs, intelligents, spirituels ; tous ont à un certain degré le goût du plaisir et du luxe, qui est ordinairement l’aisance et l’esprit du commerce.

Plus susceptibles d’instruction qu’aucun autre peuple, on dirait volontiers que, plus tout autre, ils pourraient s’en passer.

Leur industrie, leur commerce et lerus relations avec la capitale et d’autres grandes villes, leur procurent une éducation naturelle et une expérience qui semble leur en tenir lieu, et qui l’emporte souvent sur les connaissances théoriques.

Nous parlons ici du peuple des campagnes, qui nourrit néanmoins encore un assez grand nombre de préjugés ; mais les villes referment beaucoup d’hommes distingués par une instruction variée, par le goût et la pratique des arts et des sciences.

Depuis quelques années, surtout ce goût a pris un grand développement à Evreux et dans quelques autres villes du département.

M. VASNIER nous a transmis quelques détails sur les usages de l’arrondissement de Pont-Audemer.

Baptêmes – Il y a quelques années, dit-il, le tambour conduisait bruyamment le cortège à l’église, et pendant la cérémonie l’orgue et le carillon se faisaient entendre

Aujourd’hui, au sortir du temple, les enfants crient Pouquette cousue (poche cousue) ! Le parrain, pour prouver le contraire, jette en abondance des dragées (les opulents y mêlent des liards), et la foule enfantine se ru dans la poussière et dans la boue pour les ramasser.

L’accouchée ne sort de sa maison que pour la cérémonie des relevailles. Elle va à l’église, accompagnée de ses proches parentes et amies, et agenouillée près d’un cierge qui brûle en son honneur, elle assiste à une messe où ‘on bénit une régence, sorte de pain qui doit servir à son repas.

Mariages – L’acte civil se fait habituellement le lundi soir à 9 heures, à la mairie ; il est véritablement public ; car la jeunesse des deux sexes y abonde, tant pour le plaisir de s’y rencontrer que pour examiner la tenue souvent grotesque des parents étrangers, critiquer les toilettes et écouter de quelle manière la future prononcera le oui.

Selon le ton haut ou bas, timide ou résolu de cette parole solennelle, chacun tire des inductions favorables ou de mauvais augure.

On soupe ensuite.

La cérémonie religieuse se fait après minuit, rarement dans la matinée, ce ne serait pas distingué.

La journée du lendemain est consacrée au grand repas et à la promenade dans la ville, deux par deux, sur une longue file, cavalier et dame. Jamais la noce n’est suivie d’un bal.

Les jeunes filles mettent la mariée au lit, non sans opposition de la part des garçons, heureux quand l’un d’eux parvient frauduleusement à être témoin de cette scène.

Le futur est obligé de subir mille épreuves désagréables pour son empressement, avant de rejoindre sa moitié.

Décès – “ Chaque famille fait une lessive de son linge deux à trois fois par an ; si la cuve reste un seul instant vide sur son trépied, c’est signe de mort dans la famille.

Lorsqu’une personne est à l’agonie, on place un cierge au calvaire de l’église. On prétend qu’il s’éteint en même temps que le malade. D’autres croient que le vie du malade se prolonge autant que le cierge. On juge du degré d’amitié portée à l’agonisant par la grosseur du cierge : on en voit souvent de très petits.

Lorsque le moribond est près de rendre l’âme, le sonneur tinte, à la plus grosse cloche, seize coups pour un homme et douze pour une femme ; à ce signal, chacun récite les prières des morts.

Le sonneur a, selon les fortunes, trois genres de son pour les inhumations : le gros son appartient à l’opulence, le second son est dévolu à la classe moyenne, et din-din est jeté comme une aumône à l’indigent.

On se presse dans les rues pour voir le brillant cortége qu’annonce le gros son. On se met seulement à la fenêtre pour regarder passer la médiocre cérémonie du second son. A peine tourne-t-on la tête à l’aspect du triste convoi qu’annonce le din-din du pauvre. Parents ni amis n’assistent aux convois. ”

 

COSTUMES

Les nouvelles étoffes, introduites par les perfectionnements de la fabrication tendent à faire disparaître bientôt les costumes sue nous allons décrire, et qui étaient encore, il y a peu d’années, ceux de a majeure partie de la population des campagnes.

Les hommes portent généralement, les jours de fêtes, des habits d’un drap bleu ou de couleur brique, fabriqué à Bernay, et qu’on nomme dans le pays froc ; ces habits recouvrent une veste et un ou plusieurs gilets, le plus communément de grosse étoffe de laine en hiver, et d’indienne en été.

Leur chaussure se compose de bas de laine, quelquefois recouverts avec des guêtres, et de souliers ferrés.

Le costume des jours ouvrables est différent : ils portent un surtout en toile par-dessus leur veste, et de grandes culottes ou des guêtres à boutons  qui montent au-dessus du genou.

Le costume des femmes est remarquable par le choix des couleurs. L’écarlate, qui semble être la couleur favorite des Normands, y joue le principal rôle, quelquefois même à l’exclusion de toutes es autres. Le plus ordinairement, cependant, le casaquin ou le justau-corps seul est de couleur écarlate, avec des jupons d’étoffe gros bleu ou rayée noir et blanc ; les manches du justaucorps descendent jusqu’au poignet ; la partie inférieure de la taille, e plus souvent sans basques, est renfermée simplement sous les jupons, qui se nouent par-dessus.

Les femmes âgées portent des cornettes très simples, dont elle laissent tomber les barbes sur les épaule ; les plus jeunes, et particulièrement celles qui habitent près des villes, portent des coiffes dont le fond s’élèvent en pyramide au-dessus de la tête,  et auxquelles elles attachent de longues barbes garnies de dentelles.

Presque toutes, en hiver, ont un capuchon de camelot noir, doublé de blanc.

Une de leurs parures favorites est une grande croix d’or avec cœur, dte jeannette ; sui se porte attachée court autour du col. Les croix ordinaires sont relevées en bosse ; les plus élégantes sont ornées de pierreries montées avec recherche, et entourées de guillochages d’un travail curieux et assez élégant.

LANGAGE

Nous devons à l’obligeance de M. VASNIER (auteur d’une Statistique historique, morale, industrielle et critique de Pont-Audemer encore inédite), avec quelques détails sur les mœurs, la lettre suivante, qui pourra donner une idée du patois en usage dans cet arrondissement.

J’ai luqué (regardé) le gas (garçon) du père BORIN ; c’est son portrait tout récopi (ressemblant). Il est drôlement fausué (arrangé), touzé (tondu) tout fin près du coupet (sommet) de la tête, l’air un brin pésou (paysan) et toujours en houste (remuement). Il avait mâqué (mangé) tant de peres blèques (poires blèches) qu’il en avait la goule siroteuse (bouche siroteuse), et devait en être hâqué (rassasié). Vous allez me dire encore que je fais des potens (cancans) et que je vous éluge (ennuie), je ne suis portant ni laudonnier (babillard) ni de ceux qui se démentent (mèlent) des affaires des autres ; j’aimerais mieux me mucher (cacher) dans man (mon) coin, putôt (plutôt) que biter (toucher) à ce qui concerne le voisin ; vous ne me créyez (croyer) pas dans ce cas là ne ne iout, épa ? (non plus, n’est-ce-pas ?) . Je compte partir annuit (aujourd’hui), à quanté (en même temps) ma bru (ma belle fille) et croché lui donnant le bras) avec elle, pou aller vous ver (voir). Nous prendrons notre équeurce (élan) pour sauter par en sont (par-dessus) le petit fossé de votre pré, heureux si nous ne nous flanquons (jetons) pas dans le mitan (milieu). Si nous ne venons à pièces (a aucuns), dites que nous sommes étou (aussi) de mauvaise éfans (enfants).

NOTES BIOGRAPHIQUES

Parmi les hommes distingués qui, par leur naissance, appartiennent au département, on remarque :

Le poète ALEXANDRE (de Paris), né à Bernay, inventeur, au XIIe siècle, du vers alexandrin ;

un habile médecin, le docteur AUZOUX, inventeur des pièces d’anatomie artificielle dite clastique, et qui à facilité ainsi dans tous les temps et sous tous les climats l’étude d’une science importante ;

le galant BENSERADE, un des versificateurs spirituels de la cour de LOUIS XIV ;

l’aéronaute BLANCHARD, physicien distingué ;

le littérateur BONNEVILLE ; le chimiste BREANT, savant métallurgiste, vérificateur général des essais de la monnaie de Paris ;

le girondin BUZOT, un des orateurs éloquent de la convention ;

le statisticien CANEL, auteur de plusieurs écrits sur le département ;

le spirituel CHAULIEU, un des hommes les plus aimables et un des littérateurs les plus agréables du XVIIè siècle ;

le poète contemporain DANGLEMONT, versificateur exercé ;

le brave général DELAUNEY, mort glorieusement à Mondovi ;

une femme d’esprit, Anne DE LA VIGNE ; poète agréable du XVIIe siècle ;

un député victime de l’absurde préjugé du duel, l’infortuné DULONG, publiciste et  littérateur ;

le célèbre DUPONT DE L’EURE, ancien ministre de la justice, un des membres remarquables de nos assemblées politiques ;

le conventionnel DUROY, révolutionnaire courageux et ardent, victime des journées de prairial an III ;

le conventionnel LACROIX, fougueux dantoniste, décapité en 1794 ;

l’académicien LINANT, poète tragique ami de VOLTAIRE ;

le conventionnel MANSIEU, ancien évêque de Beauvais, professeur, historien et littérateur ;

l’helléniste MOREL, directeur, dans le XVIe siècle, de l’imprimerie royale ;

un des membres distingués de la Chambre (actuelle) des Députés, PASSY, publiciste et économiste ;

l’élève de l’abbé SICARD, PAULMIER, un des plus intelligents instituteurs des sourds et muets ;

le brave général PORET DE MORVAN, qui commandait à Waterloo une brigade de grenadiers de la garde impériale ;

l’illustre POUSSIN, un des grands peintres français ;

un des littérateurs les plus féconds de notre temps, le romancier RABAN, imitateur de PIGAULT-LEBRUN ;

le savant TURNERE, helléniste habile du XVIe siècle, traducteur estimé ; etc..etc.

TOPOGRAPIE

Le département de l’Eure est un département méditerrané et maritime, région du nord-ouest, formé de la Normandie (propre), du comté d’Evreux et du Perche septentrional. Il a pour limites :

au nord , le département de la Seine Inférieure   à l’est,      ceux de l’Oise et de Seine et Oise ;

au sud,   ceux d’Eure et loir et de l’Orne             à l’Ouest   celui du Calvados.

Il tire son nom d’une des principales rivières qui le traversent et qui s’y jette dans la Seine.

Sa superficie est de 582 127 arpents métriques.

ASPECT GENERAL

SOL– La surface du département est très variée ; elle offre, sur tous les points, des champs cultivé, des enclos, de belles forêts, des coteaux, des rivières, des marais, et au nord, du côté de l’embouchure de la Seine, une certaine étendue de côtes.

En général, le sol est formé de terre végétale argileuse, plus ou moins profonde, reposant sur des masses calcaires ou pierreuses.

Il est naturellement divisé en plusieurs plaines ou plateaux, partagé par des coteaux au bas desquels coulent des ruisseaux, des canaux d’irrigation et des rivières dont le cours est assez paisible.

Vers le milieu des plateaux, la couche végétale est fréquemment mélangée de sable. Sur la crête des coteaux elle est peu profonde et soutenue par le tuf : sur le penchant, la terre calcaire, apparente à la surface, reposé sur une couche horizontale de silex supporté dans quelques endroits par des bancs de craie. La surface des coteaux n’est pas entièrement perdue pour l’agriculteur ; la vigne croit sur les plans incliné, au bas desquels coulent l’Eure et l’Avre.

Des plantations d’arbres fruitiers et des bouquets de bois en garnissent le sommet.

Quelques sables stériles (le long de la Seine), des débris de quartz et de silex, des terrains pierreux, se refusent seuls à toute espèce de culture.

La qualité des terres varie généralement comme la nature du sol. Une moitié des terrains cultivé offre une terre franche, argileuse, profondément végétale ; un quart présente le mélange de l’argile et de la marne ; l’autre quart est composé d’un peu d’argile, de sable et de marne.

MONTAGNES – Le département ne renferme que quelques chaînes de coteaux, dont la direcction est irrégulière et variée comme le cours des rivières qui l’arronsent ?

Les plus élevées sont situées sur les rive de l’Eure, de la Rille et de la Seine ; c’est surtout à l’embouchure de ce fleuve, vers le port de Quilleboeuf, qu’on trouve des rochers et des hauteurs auxquels on a donné le nom de montagnes.

Leur plus grande élévation au-dessus du niveau de la mer est de 100 m. On y remarque la montagne de La Roque

Longue et étroite, cette montagne se dirige en pointe du Marais-Vernier vers la Seine ; de ce côté la coupe en est escarpée et présente des pics isolés, que la dureté de leurs assises a préservés de la chute dans les écroulements annuels.

Depuis le haut de la montagne jusqu’à la base on n’aperçoit qu’un amas de roches, de sables arides et de blocs saillants ; en quelques endroits, de profondes crevasses sillonnent les rochers ; en d’autres, ils sont couverts d’ifs, de hêtres, de merisiers et d’autres arbrisseau.

En général, la montagne est d’un aspect nu et stérile, tandis qu’à son pied s’étend un terrain fertile, couvert d’une herbe succulente qui nourrit un grand nombre de troupeaux.

On ne peut contempler sans surprise ces bans de cailloux et de terre calcaire, alternativement superposés, conservant le plus parfait parallélisme sur une longueur de plusieurs lieues, offrant l’image d’une construction en maçonnerie, et représentant des assises régulières, telles que les ouvriers en emploient pour consolider de gros murs.

Le pavot cornu, la christe-marine ou le fenouil marin et quelques autres plantes, croissent en petit nombre sur ce roc stérile.

Les pierres y referment une quantité de fossiles de toute espèce, des vis, des buccins, des oursins, des dendrites, etc.

Une autre montagne célèbre dans le département est celle qui s’élève au confluent de la Seine et de l’Andelle, dans la commune d’Amfreville-sous-les-Monts ; on la nomme la côte des “ Deux Amant ”s.

De son sommet on jouit d’un des plus beaux points de vue de la Normandie. Il existait autrefois, sur cette montagne, un couvent qui avait été bâti, dit-on, par un seigneur normand, en commémoration d’un tragique événement. Ce seigneur avait une fille charmante et tendrement aimée par un jeune homme des environs ? Le ère s’opposa long temps à eur union. Enfin il y donna son consentement, mais à la condition bizarre que le jeune homme porterait, sans se reposer, sa bien aimée jusqu’au haut de la montagne. Celui-ci, n’écoutant que sa passion, se saisit du fardeau précieux et gravit le rocher…il arriva au sommet, mais il tomba aux pieds de sa maîtresse. Lui mourut de fatigue, elle de sa douleur. Le père désespéré, fit bâtir un monastère qui reçut le nom de prieuré des “ Deux Amant ”s. On voyait encore il y a peu d’années, la maison, belle et solidement bâtie, du prieuré ; mais l’église qui refermait le tombeau des deux amants a été démolie pendant la Révolution.

Le mont Rôti, dont le sommet aride domine la plaine fertile de Pont-Audemer, passe pour le point le plus élevé du département

RIVIERES – Le pays est arrosé par un assez grand nombre de cours d’eau. Parmi les rivières qui le parcourent, trois le bordent :     La Seine       l’Epte        l’Avre

Cinq s’y perdent :      l’Eure         l’Andelle       l’Iton      la Rille      la Charentonne

Les autres y prennent leur source ou y ont tout leur cours.

On évalue à 158 006 mètres la longueur totale de la partie des rivières livrée à la navigation.

Un canal de flottage, construit dans le XVIIe siècle, va de Conches tomber dans l’Eure, près de Louviers, et sert au transport des futaies.

L’Eure, qui donne son nom au département, est un affluent de la Seine et a sa source dans le département de l’Orne ; elle traverse le département de l’Eure du sud au nord, sur une longueur de 92 252 mètres.

L’Iton, sorti des montagnes de l’Orne, a dans le département de l’Eure, un cours de 120 263 mètres. Cette rivière se perd sous terre à Villalet, et reparaît à Vieux-Conches, après avoir traversé des canaux souterrains d’une longueur de 15 587 mètres.

La Rille, qui a aussi sa source dans les montagnes de l’Orne, présente comme l’Iton le phénomène d’un cours souterrain ; elle disparaît au moulin de La Chapelle, et reparaît à  7 000 mètres plus loin, près de Groley, dans un endroit qu’on nomme la Fontaine Enragée. Le développement total de son cours est de 175 355 mètres.

L’Eure et la Seine sont navigables dans tout le département. Quand à la Rille, elle était aux XVIe et XVIIe siècle, navigable jusqu’à Pont-Audemer, pour les navires de 80 tonneaux. Il existe, depuis long temps, un projet d’ouvrir une communication entre la Seine et la Loire, au moyen d’un canal qui réunirait l’Eure et le Loir

MARAIS – Le département ne renferme de considérable que le marais de Vernier, situé entre Quilleboeuf et a pointe de La Roque ; ce marais, pour lequel il existe depuis long temps des projets de desséchement a une superficie d’environ 2 600 hectares

ROUTES – Le département est traversé par 11 route royales, et possède 13 routes départementales. On évalue à 410 000 mètre la longueur total de ces communications viables.

METEOROLOGIE

CLIMAT – La température du département est en général assez douce, mais variable et humide.

Les pluies y sont fréquentes ; cependant il n’y tombe annuellement que 20 ) 21 pouces d’eau.

La chaleur moyenne est en éé de 15 à 16 degrés. En hiver, le thermomètre descend rarement au-dessous de 6°.

VENTS – Les vents dominants sont ceux du sud-ouest, d’ouest et de nord-ouest.

MALADIES – Les affections catarrhales et rhumatismales sont les plus communes.

Les fluxions qui, en attaquant les dents et les gencives, produisent a carie et la chute des dents, sont multipliées dans tous le département.

Les habitants des vallées humides, ou séjournent des brouillards,s ont sujets à des fièvres périodiques

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Prochainement la suite :

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POPULATION
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BIBLIOGRAPHIE

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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Classé dans Départements, Histoire locale

France Pittoresque – 1835 : Doubs (2)

Département du Doubs. ( Ci-devant Franche-Comté)

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VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.

                BESANCON, sur le Doubs, ch.-l. de départ., à 99 l. S.-E. de Paris. Pop. 29,167 hab. – Cette cité célèbre de l’ancienne Gaule, fut fondée 400 ans avant l’ère chrétienne, et acquit bientôt une grande importance, 56 ans avant J.-C., César y entra, non en conquérant, mais appelé par les chefs de la cité, pour repousser les barbares sui menaçaient la Séquanie d’un envahissement total. – VESUNTIO, ainsi se nommait alors Besançon, était déjà la métropole de la province Séquanaise. – César en fit sa place d’armes. – Depuis son origine, cette ville est restée la capitale de la contrée dont elle fait partie. – Son époque de plus grande splendeur fut sous Aurélien. – Sous le règne de Julien, la ville fut saccagée par les germains. – Les hordes d’Attila lui furent plus fatales encore ; ce dernier désastre renversa presque tous ses édifices romains. – Les Bourguignons, qui s’en emparèrent ensuite, la reconstruisirent. – L’histoire a consigné plusieurs époques glorieuses pour Besançon. – En 406, sa résistance contre les Vandales ; en 413, contre les Germains ; en 451, contre les Huns ; en 1288, contre les Allemands ; en 1335, contre les Bourguignons, en 1362 et 1364, contre les Anglais, en 1375, contre l’armée protestante, etc. etc. – En 1814, Besançon résista aux troupes alliées qui l’assiégèrent vainement. – Long-temps ville libre et impériale, Besançon tomba au pouvoir de l’Espagne, mais continua de se gouverner en république. – Louis XIV s’étant emparé de la Franche-Comté en 1674, abolit cette forme de gouvernement. – Les fortifications de Besançon étaient déjà considérables, elles furent alors augmentées, et l’ont été encore depuis. – La situation de cette ville est forte autant que pittoresque. Le cours sinueux du Doubs enclôt une presqu’île, qui présente la forme d’une fiole : la ville couvre cet espace et s’étend au-delà de la courbe de la rivière ; cette dernière partie est le faubourg d’Arène, couvert par de gros bastions, et s’élevant sur une pente douce ; la ville proprement dite est en plaine. Le col de la presqu’île est un roc élevé de 130 mètres au-dessus de la rivière qui baigne ses escarpements latéraux : très rapide du côté de la ville, il est séparé de la colline contiguë par un profond ravin ; ce roc porte la citadelle. Sa position rend cette forteresse inabordable à l’ennemi : l’art a néanmoins puissamment contribué à sa défense ; elle est ceinte de murs énormes et de tranchées excavées dans le roc ; on n’y entre que par des ponts-levis ; elle renferme plusieurs cours, divers bâtiments, et des voûtes profondes qui servent de cachots. L’aspect en est plein de sévérité : il inspire une sorte de terreur. – Les travaux qu’on y fit sous Louis XIV furent si dispendieux, que ce roi demandait si les murs de la citadelle de Besançon étaient d’or. – Elle est dominée par des hauteurs, mais celles-ci sont également fortifiées ; les deux plus voisines portent deux forts capables d’une longue résistance ; l’un de ces forts est considérable : il est à peine terminé et achève de rendre Besançon inexpugnable. – L’enceinte bastionnée qui entoure la ville est forte ; elle est bordée par la rivière et par de profonds fossés. – Besançon est très peuplée pour son étendue, elle offre peu de rues larges, peu de places spacieuses ; c’est moins une ville de luxe qu’une place-forte. Elle est néanmoins bien bâtie et généralement bien percée ; mais la plupart de ses rues sont tristes, et ses constructions ont une sévérité, une uniformité de style qui leur donne une grande monotonie. – La ville et le quartier d’Arènes communiquent ensemble par un pont de fondation romaine, mais dont la construction primitive a été fort altérée ; il est haut, étroit, fort laid et bâti de pierres grossières. Le quartier d’Arènes est très populeux et presque entièrement habité par des vignerons. L’église Cathédrale, dédiée à Saint-Jean, est un grand vaisseau de fondation fort ancienne, reconstruit dans le XIe siècle, par l’archevêque Hugues Ier, et de style qui participe du gothique et du sarrasin. A chaque extrémité de la nef, est un beau chœur et de riches autels. En face du siège de l’archevêque, on voit le buste en marbre blanc de Pie VI ; une belle Résurrection de Carle Vanloo se fait remarquer dans la chapelle du saint Suaire, parmi d’autres bons tableaux. Une chapelle voisine offre un saint Sébastien, l’un des chefs-d’œuvre de fra Bartoloméo. La Mort d’Ananie et de Saphire, par il Piombino, orne une autre chapelle ; ces chapelles sont petites, sur un seul côté de la nef, mais fort jolies et toutes de styles différents : deux beaux anges en marbre blanc décorent le maître-autel, construit en marbres italiens rares, et que couvre un superbe baldaquin. L’église a trois nefs, divisées par des colonnes ovales, bizarres mais élégantes ; les vitraux sont peints ; les fenêtres, fort petites, ne laissent pénétrer dans l’église qu’un jour mystérieux, qui ajoute à la majesté de l’édifice. La ville possède trois autres églises remarquables. – L’hôpital Saint-Jacques est un superbe établissement dont, sous les rapports, Besançon peut se glorifier. Un serrurier de Besançon en a ciselé la grille d’entrée, qui est très belle. Cet hôpital est vaste, propre, sain et bien administré : il contient 500 lits, distribués dans des salles qu’orne une multitude de vases remplis de fleurs. Un jardin d’un côté, de l’autre, un petit parc et un potager entourent l’hôpital. – L’Hôtel de la Préfecture occupe le bâtiment de l’ancienne intendance, édifice remarquable par ses grandes dimensions, comme par la noblesse de son style. – Le Collège royal, élevé par la ville, en 1697, est un bel édifice bien approprié à son usage : il peut recevoir 200 élèves. – Le Palais de justice, où siégeait jadis le parlement, offre une façade remarquable par son architecture. – L’ancien Hôtel Gronvelle fut construit dans le XIVe siècle, par le cardinal de ce nom : c’est un édifice spacieux et imposant, dont la façade a trois ordres d’architecture ; il est contigu à un préau semblable à ceux des cloîtres. – Le Théâtre est un bâtiment isolé de belle apparence, son frontispice est formé de six colonnes doriques ; l’intérieur de la salle est spacieux, bien décoré, d’une forme circulaire, mais la construction en est vicieuse, et les règles de l’acoustique y sont mal observées. – L’Arsenal est considérable et digne d’attention. – L’Hôtel-de-Ville est un ancien et grand édifice, mais noir, sale et fort laid ; sa façade forme, sans la décorer, un des côtés de la place Saint-Pierre, ainsi nommée à cause d’une église qui fait face à l’hôtel-de-ville. Cette place est carrée, propre et jolie, mais petite. – La grande Caserne se compose de plusieurs corps de bâtiments fort propres, formant les trois côtés d’une vaste cour. – La Bibliothèque publique renferme 50,000 volumes et nombre de manuscrits précieux. Le bâtiment est moderne et de bon style. Il contient aussi le Musée-Paris, ainsi appelé, du nom d’un architecte qui en a fait présent à sa ville natale. Ce musée se compose d’objets antiques, de tableaux, de livres et d’objets rares. – Le Musée d’histoire naturelle est encore peu nombreux ; mais il s’accroît rapidement. – Le Musée d’antiquités offre une grande quantité d’objets romains et du moyen-âge, dont la plupart proviennent de fouilles qui ont été faites dans la ville, à différentes époques. De tant de monuments romains qui ornèrent l’antique Vesuntio, il n’en existe plus qu’un, appelé la Porte-Noire, et est situé au pied de la cathédrale à laquelle il sert comme de portique. Ce fut un arc-de-triomphe de grandes dimensions et de beau style ; on ignore à qui il était dédié : on croit cependant que ce fut à un des bienfaiteurs de la ville, Aurélien, ou Crispus, fils de Constantin, qui affectionna Besançon, y passa une partie de sa jeunesse, et n’en partit que pour triompher des Germains. Après la mort de ce héros, victime de la passion dédaignée d’une belle-mère, Besançon prit son nom, et se nomma pendant quelque temps Crispopolis. L’arc-de-triomphe, bien qu’enclavé et très ruiné, conserve encore un air de majesté digne du peuple-roi. – La promenade Chamars, le Champ-de-Mars romain, était fort agréable ; mais elle a été détruite en partie, depuis quelques années, pour faire place à de nouvelles fortifications. Besançon manque de promenades intérieures, mais ses environs sont beaux et pittoresques ; les campagnes sont riantes et fécondes. La vallée du Doubs offre des points de vue enchanteurs.

                QUINGEY, sur la Loue, ch.-l. de cant., à 5 l. de Besançon. Pop. 801 hab. – Petite ville ancienne, située dans une vallée agréable et fertile ; elle fut jadis fortifiée et plus considérable qu’à présent ; mais elle a été plusieurs fois prise d’assaut et ravagée par des incendies. – Il reste quelques vestiges de ses hauts murs d’enceinte, de leurs tours et des trois portes d’entrée, ainsi que d’un château-fort où naquit Guy de Bourgogne, qui fut élu pape en 1115, sous le nom de Calixte II.

                BAUME-LES-DAMES, près du Doubs, ch.-l. d’arr., à 7 l. ½ N.-E. de Besançon. Pop. 2,467 hab. – Le nom de cette ville lui vient d’une ancienne et célèbre abbaye de Bénédictines, fondée vers le Ve siècle, et qui fut protégée par les rois de Bourgogne, dont l’un, Saint-Gontran, y fut enterré. Charlemagne et Louis-le-Débonnaire prodiguèrent les richesses à cette abbaye. Plusieurs fois ravagée, elle fut enfin détruite à la révolution. La ville elle-même a été souvent ruinée dans nos guerres civiles. C’est maintenant une de nos jolies petites villes, elle est située dans un bassin verdoyant, formé de collines parsemées de vignobles. – Le Doubs coule au bord de ce bassin, dans un lit profond et encaissé par d’âpres rochers. L’église paroissiale est grande et belle ; le chœur en est bien décoré. Son nouveau clocher, carré, a 50 mètres d’élévation. L’hôpital est un édifice spacieux et bien distribué. La ville est bien bâtie, contient nombre de jolies constructions, la plupart neuves, et est entourée de promenades charmantes.

                CLERVAL, sur le Doubs, ch.-l. de cant., à 3 l. de Baume-les Dames. Pop. 1,097 hab. – Clerval fut fondé par Othon, fils de l’empereur Barberousse ; Les seigneurs comtois le firent fortifier ; il commanda long-temps le cours du Doubs. Il ne lui reste rien de ses fortifications ; mais il a encore sur le Doubs un ancien pont en pierre plus solide que beau, et d’une construction remarquable pour l’époque où il fut bâti. Le bourg est propre et contient quelques jolies maisons, mais il est percé fort irrégulièrement.

                MONTBELIARD, sur l’Allan et la Luzine, ch.-l. d’arr., à 20 l. N.-E. de Besançon. Pop. 4,767 hab. C’était autrefois un comté qui appartint long-temps aux ducs de Bourgogne. En 1419, il passa à une des branches de la maison de Wurtemberg. La ville était alors peu importante. – En 1530, elle embrassa la réformation, s’accrut d’un grand nombre de protestants et s’enrichit de leur industrie. Son commerce, favorisé par la protection du souverain, et par une position favorable entre l’Alsace, la Franche-Comté et la Suisse, lui procura une importance et une prospérité qui décrut lorsque la ville devint française. Elle était entourée de fortes murailles que Louis XIV fit raser en 1677. – Montbéliard, situé dans une position avantageuse, mais bâti sur un terrain très bas, est exposé à des inondations fréquentes. Il est dominé par un vieux château, jadis résidence des comtes et autour duquel est un parc spacieux. – On remarque dans la ville le bâtiment des Halles, sur la place du marché, l’Hôtel-de-Ville, la Bibliothèque publique, riche de 10,000 volumes, et l’église de Saint-Martin, dont le plafond, de 26 mètres de longueur sur 16 mètres de largeur, n’est soutenu par aucune colonne.

                PONTARLIER, sur le Doubs, chef-lieu d’arr., à 10 l. S.-E. de Besançon. Pop. 4,707 hab. – Ville très ancienne et qui fut l’une des plus considérables de la ci-devant Franche-Comté ; on l’appelait, dans le pays, la clef de la France, à cause de sa situation dans le passage le plus commode, pour pénétrer de la Suisse en France. Ce passage commença à être fréquenté sous Auguste, et se parsema bientôt d’habitations. – Pontarlier fut souvent agrandi et porta successivement dix noms différents : Pons claverici, Pons alei, Pontalia, etc. – La ville, jusqu’au XIVe siècle, resta divisée en deux parties, dont l’une s’appelait Morieux, l’autre Pontarlier ; cette dernière seule subsiste encore. – Elle fut souvent ravagée par les incendies, à cause de l’emploi qu’on faisait de bois de sapin, dans la construction des bâtiments et des toitures, emploi qu’on a été enfin forcé d’abandonner. La ville moderne, agréablement située au milieu des montagnes du Jura, est régulièrement bâtie ; ses rues sont propres, bien percées et formées de maisons élégantes. – La ville et le passage sont protégés par le château de Joux, construit sur un rocher presque inaccessible. Ce château, susceptible d’une longue défense, est de l’apparence la plus pittoresque.

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DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.

                POLITIQUE. – Le département nomme 5 députés. Il est divisé en 5 arrondissements électoraux, dont les chefs-lieux sont : Besançon (ville et arr.), Baume, Saint-Hyppolite, Pontarlier.

                Le nombre des électeurs est de 1,019.

                ADMINISTRATIVE. – Le ch.-l. de la préfect. est Besançon.

  Le département se divise en 4 sous-préfect. ou arrond. comm.
    Cantons Communes Habitants
  Besançon 8 202 96,032
  Baume-les-Dames 7 187 64,884
  Montbéliard 7 161 55,642
  Pontarlier 5 89 48,977
  Total 27 639 265,535
         

                Service du trésor public. – 1 receveur général et 1 payeur (résidant à Besançon), 3 recev. particuliers, 5 percepteurs d’arrond.

                Contributions directes. – 1 directeur (à Besançon) et 1 inspect.

                Domaines et Enregistrement. – 1 directeur (à Besançon), 2 inspecteurs, 3 vérificateurs.

                Hypothèques. – 4 conservateurs dans les chefs-lieux d’arrondissements communaux.

                Douanes. – 1 Directeur (à Besançon).

                Contributions indirectes. – 1 directeur (à Besançon), 2 directeurs ‘arrondissement, 4 receveurs entreposeurs.

                Forêts. – Le département forme la 12e conserv. forestière, dont le chef-lieu est à Besançon. – 1 conserv. à Besançon ; 3 inspecteurs, à Besançon, Baume et Pontarlier.

                Ponts et chaussées. – Le département fait partie de la 4e inspection, dont le ch.-l. est Dijon. – Il y a 2 ingénieurs en chef en résidence à Besançon, dont l’un est chargé de la surveillance du canal du Rhône au Rhin (division du Sud).

                Mines. – Le dép. fait partie du 13e arrond. et de la 4e divis., dont le ch.-l. est à S.-Etienne. – 2 ingén. des mines résident à Clermont.

                Loterie. – Les bénéfices de l’administration (pour 1831 comparé à 1830) présentent, sur les mises effectuées dans le département, une diminution de 33,377 fr.

                Haras. – Besançon est le chef-lieu du 3e arrond. de concours pour les courses de chevaux. – Il y a à Pontarlier un dépôt royal où se trouvent 34 étalons.

                MILITAIRE. – Besançon est le quartier-général de la 6e division militaire, qui se compose des départements du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône. – Cette ville est la résidence de 1 lieutenant général commandant la division, 1 maréchal de camp commandant le département, 1 intendant militaire et 2 sous-intendants. – Le département renferme 4 places de guerre : Besançon, la citadelle de Besançon, le Fort-de-Joux et le Château-de-Blamont. – Le dépôt de recrutement est à Besançon. – La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 21e légion, dont le ch.-lieu est à Besançon, et qui comprend les compagnies départementales du Doubs, de la Haute-Saône, du Jura et de l’Ain. – Il y a à Besançon 1 direction du génie, – 1 direction d’artillerie, – 1 école d’artillerie commandée par un maréchal de camp, – 1 raffinerie de salpêtre, et 2 compagnies de fusiliers de discipline.

                JUDICIAIRE. – La cour royale de Besançon comprend dans son ressort les tribunaux du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône. – Il y a dans le département 4 tribunaux de 1re instance, à Besançon, Baume, Montbéliard et Pontarlier, et 1 tribunal de commerce à Besançon. – Il y a à Bellevaux (Besançon) une maison de correction et de refuge pouvant contenir 400 individus.

                RELIGIEUSE.Culte catholique. – Le département possède un archevêché érigé sur la fin du 2e siècle, dont le siège est à Besançon, et qui a pour suffragants les évêchés de Strasbourg, Metz, Verdun, Belley, Saint-Dié, Nancy. – Le département forme l’arrondiss. du diocèse de Besançon. – Il y a dans le département, – à Besançon : un séminaire diocésain qui compte 53 séminaristes internes et 208 théologiens externes ; la section du séminaire pour la philosophie compte 65 élèves ; – à Ornans, une école secondaire ecclésiastique. – Le département renferme 3 cures de 1re classe, 24 de 2e, 355 succursales et 33 vicariats. – Il y existe environ 130 congrégations religieuses pour l’éducation des enfants et le soin des pauvres dans les campagnes ; – 18 frères de la doctrine chrétienne, chez lesquels 1,050 enfants sont élevés gratuitement (à Besançon et à Ornans) ; 155 sœurs de charité ; – 114 id. de la Sainte-Famille ; – 2 écoles de sourds-et-muets et de sourdes-et-muettes (à Besançon), qui comptent 53 élèves ; – 73 hospitalières dans 12 hôpitaux, par lesquelles 10,323 pauvres et malades sont secourus, en outre 4.755 enfants sont élevés gratuitement, et 5,040 en payant. – Il y existe encore plusieurs autres congrégations religieuses, 3 dépôts de mendicité et 1 pensionnat tenu par les dames du Sacré-Cœur, et qui compte 50 élèves.

Culte protestant. – L’église consistoriale de Besançon est desservie par 2 pasteurs. – Le département renferme une société biblique, une société des missions évangéliques, une société des traités religieux et 3 écoles protestantes.

Culte ménonite. – Les ménonites ou anabaptistes, sont établis dans l’ancien comté de Montbéliard depuis le commencement du XVIIIe siècle ; Ils y avaient été appelés par le souverain pour diriger et améliorer la culture de ses domaines. Ils forment une congrégation nombreuse. Ils célèbrent leur culte dans une maison qu’ils ont louée à Montbéliard. Les prières s’y font en langue allemande ; les ministres n’ont point de costume particulier ; ils portent, ainsi que tous les hommes, la barbe longue et les habits sans boutons ; les femmes sont vêtues d’étoffes noires ou de couleurs foncées ; les deux sexes se distinguent en général par des mœurs sévères. – La population de cette communion augmente chaque année, quoique depuis quelques temps beaucoup d’entre eux aient émigré aux Etats-Unis.

Nota. La religion catholique est professée par la presque généralité des habitants du Doubs. Sur la masse, on peut évaluer le nombre des catholiques à 240,507 ; les diverses communions protestantes comptent environ 24,000 membres, les anabaptistes 560 et les israélites 468.

               UNIVERSITAIRE. – Le département possède une Académie de l’université, dont le chef-lieu est à Besançon, et qui comprend dans son ressort le Doubs, le Jura et la Haute-Saône.

Instruction publique. – Il y a dans le département : – à Besançon, une faculté des lettres ; – une école secondaire de médecine ; – un collège royal de 2e classe qui compte 247 élèves ; – et 3 collèges : à Baume, à Montbéliard, à Pontarlier – (1 école normale primaire est projetée à Besançon). – 1 école modèle primaire à Besançon. – Le nombre des écoles primaires du département est de 530, qui sont fréquentées par 20,584 garçons et 14,365 filles. – Les communes privées d’écoles sont au nombre de 175.

               SOCIETES SAVANTES, etc. – Le département possède, – à Besançon : un Lycée, une Académie royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts ; une Société d’Agriculture et des Arts ; un Cabinet d’Histoire naturelle ; un Musée d’Antiquités et d’Objets d’arts. – Il existe dans cette ville des Cours gratuits de mathématiques, de chimie, de physique, de musique, etc., et une Ecole gratuite de Dessin et de Sculpture pour 120 élèves.

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POPULATION.

                D’après le dernier recensement officiel, elle est de 265,535 hab. et fournit annuellement à l’armée 693 jeunes soldats.

                Le mouvement en 1830 a été de,

  Mariages 1,765        
  Naissances Masculins. Féminins.      
    Enfants légitimes. 3,821 3,473 )    
    Enfants naturels 264 267 ) Total 7,825
  Décès 3,031 3,131   Total 6,162
*
 
 
 
 
 

GARDE NATIONALE.

 

Le nombre des citoyens inscrits est de 51,041 ;
               Dont : 7,994       contrôle de réserve
  43,047      contrôle de service ordinaire.
             Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit :
  41,431      infanterie.
  251      cavalerie.
  1,116      sapeurs-pompiers.
     

             On en compte : armée, 14,431 ; équipés, 6,195 ; habillés, 16,104. 19,430 sont susceptibles d’être mobilisés.

             Ainsi, sur 1,000 individus de la population générale, 190 sont inscrits au registre matricule, et 73 dans ce nombre sont mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 84 sont soumis au service ordinaire, et 16 appartiennent à la réserve.

             Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 13,013 fusils, 501 mousquetons, 13 canons et un assez grand nombre de pistolets, sabres, etc.

IMPOTS ET RECETTES.

             Le département a payé à l’Etat (1831) :

Contributions directes  2,810,423 f. 85 c.  
Enregistrement, timbre et domaines  1,225,905 f. 71 c.  
Douanes et sels  324,025 f. 11 c.  
Boissons, droits divers, tabacs et poudres  1,719,189 f. 80 c.  
Postes  263,814 f. 86 c.  
Produits des coupes de bois  345,033 f. 13 c.  
Loterie  41,182 f. 99 c.  
Produits divers  133,121 f. 59 c.  
Ressources extraordinaires  748,497 f. 36 c.  
Total 7,610,693 f. 81 c.  
     
Il a reçu du trésor 13,203,463 f. 79 c., dans lesquels figurent :
La dette publique et les dotations, pour  1,286,484 f. 73 c.  
Les dépenses du ministère de la justice  228,652,f. 70 c.  
      de l’instruction publique et des cultes  472,281 f. 70 c.  
      de l’intérieur  808 f. 95 c.  
      du commerce et des travaux publics  1,661,659 f. 04 c.  
      de la guerre  7,681,758 f. 85 c.  
      de la marine  325 f. 50 c.  
      des finances  125,877 f. 94 c.  
Les frais de régie et de perception des impôts  1,509,219 f. 83 c.  
Remboursem., restitut., non-valeurs et primes  286,395 f. 55 c.  
Total  13,203,463 f. 79 c.  
     

             Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant, à peu de variations près, le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département, favorisé par sa situation frontière, reçoit de l’Etat 5,592,770 fr. de plus qu’il ne paie. – Cette somme provient des dépenses du ministère de la guerre.

DEPENSES DEPARTEMENTALES.

Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de   30,720 f. 00 c.
Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à    64,531 f. 33 c.
Les dépenses des cours et tribunaux sont de    195,857 f. 57 c.
Les frais de justice avancés par l’Etat de    30,111 f. 40 c.
     
Elles s’élèvent (1831) à    358,216 fr. 70 cent.
SAVOIR : Dép. fixes : traitements, abonnem., etc.   81,558 f. 57 c.
Dép. variables : loyers, réparations, encouragements, secours, etc.   276,658 f. 13 c
Dans cette dernière somme figurent pour    
    55,550 f. les prisons départementales,
    30,000 f. les enfants trouvés.
Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de   30,720 f. 00 c.
Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à    64,531 f. 33 c.
Les dépenses des cours et tribunaux sont de    195,857 f. 57 c.
Les frais de justice avancés par l’Etat de    30,111 f. 40 c.
     

INDUSTRIE AGRICOLE.

             Sur une superficie de 519,223 hectares, le départ. en compte :

                                150,000            mis en culture

                                  77,000            prairies

                                124,981            forêts

                                    8,500            vignes

                                  96,000            landes et vaines pâtures

                                    7,600            marais, étangs, lacs, etc.

             Le revenu territorial est évalué à 13,000,000 francs.

             Le département renferme environ 30,000 chevaux, 800 ânes, 150 mulets, 130,000 bêtes à cornes (race bovine), 12,000 chèvres, 30,000 porcs, 100,000 moutons.

             Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 150.000 kilogrammes.

             Le produit annuel du sol est d’environ

             En céréales et parmentières               773,000     hectolitres

             En avoines                                                  500,000     hectolitres

             En vins                                                        147,000     hectolitres

             En bière                                                         10,000     hectolitres

             En fromages                                            2,500,000     kil.

             Le département ne produit pas la quantité de céréales nécessaires à sa consommation. – Les vins qu’on y récolte sont légers et peu spiritueux. – L’agriculture y est encore fort arriérée. – L’usage des jachères y est en vigueur, et chaque année près du tiers des terres propres à la culture restent improductives. – Les prairies sont nombreuses ; il y a pour elles un système d’irrigation bien entendu dans l’arrondissement de Montbéliard. – Les arbres fruitiers sont multipliés dans les plaines et donnent de bons fruits. – On cultive le lin et le chanvre pour les besoins de la consommation locale, et quelques planes oléagineuses, telles que la navette, le colza et le gros pavot. – On fait aussi de l’huile avec les noix et les faines du hêtre.

             L’élève des chevaux, l’engrais des porcs et des bêtes à cornes offrent une ressource lucrative aux habitants des campagnes.

             FROMAGERIE. – La fabrication des fromages (façon Gruyère) est une des branches intéressantes de l’industrie agricole du département. Les meilleurs fromages et les beurres de qualités supérieures sont ceux fabriqués dans l’arrondissement de Pontarlier. – On nomme fruitières, dans le pays, les fabriques de fromages ; on en distingue de deux sortes : les grosses granges, appartenant à des propriétaires particuliers qui y tiennent 40 à 60 vaches, où l’on fait 7 à 8 milliers de fromages dans l’été, et les fruitières d’association, dans les villages, où certain nombre de cultivateurs se réunissent pour mettre en commun le lait des vaches de leurs étables, et faire du fromage chacun en proportion du lait qu’il fournit. Dans un grand nombre de communes on loue une maison à frais communs pour la fabrication du fromage ; dans d’autres, e surtout dans la moyenne montagne, chaque sociétaire fabrique le formage à son tour. Les associés prennent presque toujours un grurin ou fromager à leurs gages, et celui-ci se charge de la réception du lait et de toutes les opérations de la fruitière. – Il reçoit le lait des associés deux fois par jour, et marque les quantités reçues sur une taille double, particulière à chacun d’eux. La quantité de lait varie suivant la saison plus ou moins favorable ; les pluies, les froids, la sècheresse et la qualité des herbes et des fourrages influent tellement sur le bétail, que d’une année à une autre les produits sont très différents avec la même quantité de vaches. – Ce n’est que vers la fin d’avril que les fruitières d’association commencent à entrer en activité, et c’est un mois, six semaines plus tard ; que les propriétaires des fruitières particulières conduisent leurs vaches dans les chalets des montagnes. – Le nombre des fruitières dépasse 600, il y en a dans toutes les communes un peu populeuses. – On évalue leur produit moyen annuel à 2,500,000 kil. de fromages, d’une valeur de 1,650,000 fr., et à 260,000 kil. de beurre, valant 260,000 fr.

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INDUSTRIE COMMERCIALE.

             Le département est plus agricole que manufacturier, néanmoins depuis quelques années, l’industrie y a fait de grands progrès. – Son commerce consiste principalement dans la vente et l’exportation de ses fers formés, fils-de-fer, tôles laminées, fers noirs, fers-blancs, fonte de fer, etc. ; dans l’exportation des nombreux produits de son horlogerie, de ses bonneteries, de ses filatures de coton, et des produits annuels et toujours croissants de ses fromageries ; dans la vente des jeunes sujets de la race chevaline comtoise, et des bœufs gras élevés dans les montagnes ; dans celle des cuirs tannés, de longues pièces de bois de sapin, propres aux constructions, et enfin dans l’exportation de quelques excédants de ses produits territoriaux.

             L’importation fournit à la consommation, outre les denrées coloniales, des blés, des vins et des eaux-de-vie du midi de la France, de la houille, des cuivres, des aciers, de la garance, du riz, de l ‘huile, de la marée, des cuirs verts, des farines, des draps en laine, de la chapellerie, des toiles, cotonnes, mousselines, épiceries, drogueries, etc. Besançon est le point central du commerce départemental, cette ville deviendra dans peu d’années, par le mouvement du canal du Rhône au Rhin, une des importantes places commerciales de France.

             HORLOGERIE. – L’horlogerie est la branche importante de l’industrie de Besançon, elle occupe 2,000 ouvriers, presque tous travaillant isolément, pour des établisseurs en grand, ou pour des comptoirs d’horlogerie. – La manufacture de cette ville est encore loin d’avoir atteint le degré de prospérité qu’elle est susceptible d’acquérir : elle n’en est pas encore arrivée à pouvoir contrebalancer les fabriques étrangères, et à délivrer la France du tribut qu’elle leur paie. Elle fait cependant des envois considérables en Amérique, en Afrique, et jusque dans la Chine. – Les montres envoyées en Chine, sont placées ensemble deux par deux, dans des écrins ou étuis élégants ; un chinois achète toujours les deux montres ainsi disposées, et porte avec lui l’écrin qui les renferme. Les fabriques de Besançon livrent annuellement au commerce 60,000 montres ; – Les autres fabriques du département disséminées dans six localités différentes, produisent 4,000 montres finies, 60,000 ébauches de montres, 15,000 mouvements de pendules, 2,000 petites pièces, et 80,000 outils d’horlogerie.

             FER. – Les usines qui, dans le département, au nombre de 20, s’occupent de la fonte et de la fabrication du fer, produisent annuellement 1,700,000 kil. de fonte ; 7,030,000 kil de fer, 2,400,00 kil. de fil-de-fer, 150,000 kil. de pointes, 640,000 kil. de tôle, et 30,000 caisses de fer-blanc. – Les plus importantes sont celles de Beure, de Lods, de Chatillon et d’Audincourt. Cette dernière, une des plus belles de France, produit à elle seule 5,000,000 kil. de fer coulé et forgé, indépendamment de la tôle e des caisses de fer-blanc qu’elle fabrique. – On remarque à Besançon la fabrique de barres de fer rond, creux et vernissé, de MM. Gandillot et Roy, dont les produits ont tant d’applications utiles pour meubles, croisées, rampes d’escaliers, bancs de jardins, échelles, etc.

             ACIER. – Les fabriques d’acier au nombre de 9, produisent annuellement 120,000 lames de scie, 5,000 buses, et 39,500 faulx.

             CUIVRE. – 6 établissements où l’on travaille le cuivre, livrent au commerce 3,000 peignes, 70,000 kil. de cuivre en planches, 25,000 kil. en cilindres, pour la fabrication des toiles, et 16,000 kil. d’alliage pour les cloches et les pompes à incendies.

             PAPETERIES. – Elles sont au nombre de 7, mais ne produisent annuellement que 33,500 rames de papier de toutes sortes.

             TANNERIES. – Les tanneries sont multipliées : on en compte 85 qui livrent annuellement au commerce, 48,000 cuirs préparés.

             DISTILLERIES. – Les fabriques d’absinthe en produisent plus de 100,000 litres, et les fabriques d’eau de cerises plus de 70 hectol.

             Les autres établissements industriels sont des filatures et des fabriques de tissus, des fabriques de fleurs artificielles ; des chapelleries, des faïenceries, des huileries, des brasseries, etc. – La fabrique d’eaux de Seltz factices, (de Besançon), en confectionne annuellement 600,000 bouteilles.

             RECOMPENSES INDUSTRIELLES. – A la dernière exposition des produits de l’industrie (1827), le département a obtenu 2 MEDAILLES D’ARGENT, dont l’une a été accordée à MM. Mouret de Barterans et de Velloreille (de Chenecey), pour fils-de-fer, fils-d’acier et fils-de-laiton, et l’autre, à MM. Peugeot frères, Calame et Salins (d’Herimoncourt), pour scies, buses et ressorts d’acier. – 7 MEDAILLES DE BRONZE, à MM. Mathey frères et Guénard (de Moncey), pour fer en barres ; Billod (de la Ferrière-sous-Jougue), Nicod (de Fin-des-Gras), Bobillière (de la Grand’Combe), Baverel et fils (de la Ferrière-sous-Jougue), pour faulx ; Peugeot frères, Calame et Salins (d’Herimoncourt), pour outils divers ; Perron (de Besançon), pour un mouvement de chronomètre à répétition, avec échappement libre de pierre dure. – Enfin, 3 MENTIONS HONORABLES, à MM ; Michon frères, pour calicots exécutés dans la maison de détention de Clairvaux ; Detrey père (de Besançon), pour bonneterie en fil et en soie ; Mouret de Barterans et de Velloreille (de Chenecey), pour barreaux d’acier, propre à l’étirage.

             DOUANES. – La direction de Besançon a 4 bureaux principaux, dont 3 seulement sont situés dans le département.

             Les bureaux du département ont produit en 1831 :

    Douanes, et timbre Sels Total
  Montbéliard 31,418 f. 691 f. 32,110 f.
  Morteau 19,536 f. 211 f. 19,747 f.
  Pontarlier 272,050 f. 116 f. 272,167 f.
  Total. Produit des douanes dans le départ. 324,024 f.
         

             FOIRES. – Le nombre des foires du département est de 299. – Elles se tiennent dans 71 communes, dont 21 chefs-lieux, et durant quelques-unes 2 à 8 jours, remplissent 311 journées.

             Les foires mobiles, au nombre de 61, occupent 69 journées. – Il y a 18 foires mensaires, 568 communes sont privées de foires.

             Les articles de commerce sont les bestiaux, les cuirs, les beurres, les fromages, les planches, le merrain, les fers, les instruments, d’agriculture, la mercerie, la quincaillerie, la chapellerie, etc.

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BIBLIOGRAPHIE.

             La Franche-Comté ancienne et moderne ; in-8. Paris, 1779. – Itinéraire de la Franche-Comté ; in-8. Besançon, 1789. – Soirées alsaciennes et franc-comtoises, par Leray de Marnesia ; in-8. Besançon, 1790. – Mémoires statist du Doubs, par Jean de Bry, préfet ; in-fol. Paris, an XII (1804). – Almanach ou annuaire stat. du Doubs ; in-12. Besançon, 1804. – Statistique du dép. du Doubs, par Peuchet et Chanlaire ; in-4. Paris, 1809. – Histoire naturelle du dép. du Doubs, par Girod Chartrans ; 2 vol. in-8. – Album du dessinateur franc-comtois ; in-4. Dôle, 1827. – Souvenirs histor. et pittor. de Montbéliard ; petit in-fol. Montbéliard, 1827. –  Les routes de France, par Baccarat. – Route de Paris à Besançon ; in-8. Paris, 1828 . – Annuaire stat. et historiq. du dép. du Doubs, par A. Laurens ; in-12, Besançon, 1812 à 1834 (excellent ouvrage). – Mémoires et rapports de la Société d’Agriculture et des Arts de Besançon ; in-8. Besançon, 1826 à 1832. – Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, par Charles Nodier, Taylor et de Cailleux ; 3e volume : Franche-Comté ; grand in-fol. Paris, 1829-30.

A. HUGO.

On souscrit chez DELLOYE,Editeur, place de la Bourse, rue des Filles – Saint-Thomas, 12

Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Comp., rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

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France Pittoresque – 1835 : Doubs (1)

Département du Doubs. ( Ci-devant Franche-Comté)

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ANTIQUITES.
CARACTERES, MŒURS, ETC.
LANGAGE.
NOTES BIOGRAPHIQUES.
TOPOGRAPHIE.
METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

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HISTOIRE.

Le territoire qui forme aujourd’hui le département du Doubs était la principale partie du pays des Séquaniens (Sequani), peuples puissants dans les Gaules, qui sont compris par César dans la Gaule celtique. Auguste détacha la Séquanie de la Gaule celtique pour la comprendre, en l’agrandissant, dans la Gaule Belgique ; elle reçut alors des géographes le nom de Maxima (provincia) Sequanorum. – Les Bourguignons s’en emparèrent sous le règne d’Honorius et l’unirent en 450 au royaume qu’ils fondèrent et dont Clovis fit plus tard la conquête. – Sous le règne d’une partie des rois de la première et de la deuxième race, elle resta réunie à la couronne. – Plus tard, par usurpations, conquêtes, mariages, successions, la Franche-Comté, dont Vesuntio (Besançon) était la capitale, se trouva faire partie des possessions des ducs de Bourgogne, et fut incorporée aux immenses domaines de Charles-Quint, qui la comprit dans un dixième cercle de l’empire, créé sous le nom de Cercle de Bourgogne. – Elle resta dans la possession des rois d’Espagne de la maison d’Autriche jusqu’en 1660 que Louis XIV s’en empara, sous prétexte des droits de la reine Marie-Thérèse d’Autriche sa femme. – Rendue à l’Espagne la même année par la paix d’Aix-la-Chapelle, elle fut conquise une seconde fois en 1674 et cédée par la paix de Nimègue, en 1678, à la France, dont elle n’a point cessé de faire partie depuis cette époque. – Lors de la division départementale en 1790, la Franche-Comté a formé trois départements, le Doubs, le Jura et la Haute-Saône.

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ANTIQUITES.

Les principales antiquités romaines du département existent à Besançon, l’antique Vesuntio. – Nous parlerons de la seule et la plus remarquable qui existe (l’Arc triomphal dit la Porte noire) à l’article consacré à cette ville. – Les autres antiquités, dont il ne reste plus que des fragments enfouis sous les terres ou recueillis dans le Musée départemental, sont les restes de bains, des aqueducs, des statues, des ustensiles, des vases, des médailles, etc. – En 1820 on a découvert à Mandeure les ruines d’un théâtre romain. – L’aqueduc d’Arcier présente encore des parties assez bien conservées.

On voit dans le département les ruines d’un grand nombre de châteaux du moyen-âge qui couronnaient toutes les sommités isolées ou susceptibles d’être fortifiées. – Le château de Torpe, situé dans la vallée du Doubs et dans le voisinage d’un ancien château-fort, a appartenu au marquis du Châtelet, dont la femme, la belle Emilie, est plus célèbre par l’affection que Saint-Lambert et Voltaire ont eue pour elle que par ses connaissances mathématiques.

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CARACTERES, MŒURS, ETC.

Une fermeté tenace, de la froideur, un jugement solide, beaucoup de réserve et de circonspection, de la fidélité dans les affections et dans les opinions paraissent être les qualités dominantes des habitants du Doubs. Ils sont naturellement sérieux et peu enthousiastes, plutôt portés à la méditation et à l’étude des sciences exactes qu’aux créations brillantes d’une vive imagination. Ils ont du goût pour le métier des armes et sont naturellement aptes à supporter les fatigues de la guerre et braves sur le champ de bataille ; ils se sont distingués dans les longues guerres de la révolution et de l’empire. – Dans tous les temps les qualités particulières au caractère national ont aussi rendu les Francs-Comtois propres aux fonctions de la magistrature et aux négociations diplomatiques.

Les habitants du Doubs sont religieux, mais exempts de préjugés et d’intolérances ; laborieux et économes, mais charitables et hospitaliers ; peu faciles à se laisser persuader, mais opiniâtres dans leurs convictions. – Les mœurs sont simples et austères, les familles généralement unies et les populations tranquilles et calmes.

Pour ajouter quelques détails à ces données générales sur le caractère de la population, nous signalerons les différences qui existent entre les habitants de la montagne et ceux de la plaine. Les premiers sont d’une haute stature, d’une constitution saine et robuste ; leur nourriture habituelle consiste en pain d’avoine mêlée d’orge et de blé, en légumes, en lait et en fromages maigres ; deux fois par semaine ils mangent du lard ; ils ne boivent presque jamais de vin ; ils sont sobres et économes, d’un caractère généralement doux, officieux et hospitaliers, religieux observateurs de leur parole ; assez généralement peu instruits et crédules, quoique doués d’une grande mobilité d’imagination. On cite particulièrement les habitants du Val-du-Sauguet pour la vivacité de leur esprit. Ils ont peu d’instruction, mais la cause en est dans leur isolement et leur situation au milieu des bois et des montagnes, où ils restent pendant six mois presque ensevelis sous les neiges.

Leurs vêtements, de forme simple et qui n’offre rien de remarquable, sont faits d’étoffes du pays, espèce de droguet fabriquée avec la laine, le chanvre et le lin qu’ils récoltent ; ces vêtements sont gris ou bruns pour les hommes, et de couleurs variées, à rayures fort larges pour les femmes.

Les habitants de la plaine sont moins robustes que ceux de la montagne. Leur nourriture est meilleure et plus substantielle ; le pain de froment et de seigle en est la base. Ils sont beaucoup moins sobres que les montagnards et boivent souvent du vin ; on les accuse d’être aussi moins portés à rendre service et d’avoir l’esprit moins vif et moins intelligent.

Enfin, pour terminer, nous ferons connaître une population exceptionnelle par son caractère, ses mœurs et son goût pour la mendicité ou plutôt pour l’escroquerie. Voici ce qu’écrivait il y a vingt-cinq ans le préfet du Doubs, Jean de Bry : « Il existe parmi les habitants des communes de Silley et de Bretigny un esprit de mendicité particulier et si bien établi, que tous les efforts faits jusqu’ici pour le détruire ont éé impuissants. Ces individus ne mendient point dans le pays ; ils jouissent de la réputation de gens paisibles, tranquilles, incapable d’attenter à la sûreté des personnes et des propriétés de leurs voisins ; mais ils ont la manie d’aller parcourir les départements éloignés, même les pays étrangers, munis de certificats ou de passe-ports qu’ils ont l’art de se procurer ; l’un sous le titre de comte ou de marquis ruiné par l’effet de la révolution ; l’autre, sous celui de négociant accablé sous le poids des vols qu’on lui a faits, ou des banqueroutes qu’il a essuyées ; un troisième, comme victime d’une épizootie, d’une inondation, d’un incendie, ou de quelque autre accident propre à exciter la commisération ou la générosité.

Plusieurs possèdent divers idiomes, et prennent chez les frippiers des habits analogues au rôle qu’ils se proposent de jouer ; ils sont au courant de tous les événements désastreux dont les papiers publics font mention et se hâtent de se munir de tout ce qu’il faut pour persuader que cela les regarde. – Leurs courses sont désignées sous le nom de Tunes ; ce qu’ils en rapportent est scrupuleusement employé à payer les dettes qu’ils ont contractées, soit pour contributions ou charges locales, soit pour l’entretien de leurs familles. Un affidé dans la commune leur fait les avances, reçoit leurs lettres de change ou le numéraire qu’ils rapportent eux-mêmes, et leur fait leur compte, sans qu’il y ait d’exemple de la moindre infidélité. – A les entendre, ils ont des parents partout ; et le prétexte le plus ordinaire qu’ils emploient pour obtenir des passe-ports, est d’aller régler des affaires de famille. – Cette fureur vagabonde de voyager est très ancienne : les intendants avaient ordonné que chaque semaine on ferait l’appel nominal dans la commune, et que ceux qui ne se présenteraient pas seraient punis ; mais la force de l’habitude l’a toujours emporté sur les mesures de répression. ». – Nous manquons de renseignements pour dire si l’effet de nos lois modernes et l’action de nos administrations nouvelles ont été plus efficaces que les efforts des anciens administrateurs. On ne détruit pas facilement des habitudes de plusieurs siècles.

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LANGAGE.

            On parle français dans les villes, avec un accent lourd, une prononciation lente et traînante ; la plupart des habitants y mêlent des locutions vicieuses, des tournures de phrases étrangères qui viennent sans doute de l’usage du patois local.

                Ce patois, qu’emploient tous les habitants des campagnes, est, à ce que prétend M. Fallot de Montbéliard et d’autres érudits, dérivé de cette ancienne langue gauloise usitée dans le pays long-temps avant la conquête romaine, et qui aurait enrichi la langue latine d’un assez grand nombre d’expressions au lieu d’en recevoir, comme on le croit communément, des règles et un vocabulaire ; (Voyez l’article langage, départ. de la Meurthe, t. II, p. 243.)

                La façon de parler ce patois dans les divers cantons présente quelques nuances remarquables. Dans la haute montagne, la prononciation est plus légère, plus accentuée, le langage a plus de grâce. Dans la plaine, la prononciation est traînante, il y a quelques variantes dans la terminaison des mots. Autour de Besançon, pays de vignerons, le patois a un accent brusque, qui convient à la manière franche et décidée avec laquelle cette classe d’habitants s’exprime sur toute chose.

                Voici, afin de donner une idée du patois de Montbéliard, une chansonnette de nourrice pour endormir les enfants :

  Forre, forre mon tchouva Ferre, ferre mon cheval
  Pou demain ollai ai lai sa ; Pour demain aller au sel ;
  Forre, forre mon roncin Ferre, ferre mon poulain
  Pou demain ollai à vin ; Pour demain aller au vin ;
  Lou pa, lou trot, lou garop Le pas, le trot, le galop.

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                Nous citons cette chanson, toute puérile qu’elle puisse paraître, parce qu’elle est connue et répétée en Lorraine et dans les Vosges, comme dans les départements de la Franche-Comté.

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NOTES BIOGRAPHIQUES.

                Parmi les hommes distingués que le département a produits antérieurement à l’époque contemporaine, on cite le célèbre cardinal De Granvelle, habile négociateur ; l’historien Millot ; le jésuite Nonotte, plus fameux par les attaques de Voltaire que par son érudition véritable ; Tissot, médecin instruit dont les ouvrages ont popularisé la connaissance des principes généraux d’hygiène et de médecine domestique ; le mathématicien Trincano, etc.

                Plus près de nous, on remarque le député Toulongeon, historien impartial de la Révolution ; le prince de Montbarey ; l’académicien Suard, etc.

                Notre époque fournit l’illustre naturaliste Cuvier, dont le frère soutient dignement le nom ; le ministre Courvoisier ; le savant ingénieur Dutemps ; le mathématicien Pouillet ; l’architecte Paris ; le grammairien Lemare ; le jurisconsulte Dalloz ; l’académicien Droz ; le tragédien P. Victor ; le savant bibliophile Weiss ; l’auteur des excellents Annuaires statistiq. du dép. du Doubs, A. Laurens ; l’auteur de Recherches intéressantes sur le patois de la Lorraine, de la Franche-Comté et de l’Alsace, Fallot de Montbéliard ; le professeur de philosophie Th. Jouffroy ; L’Owen français, Ch Fourrier, inventeur du  Phalansière ; une dame distinguée par ses talents littéraires, madame De Tercy ; une vénérable religieuse, célèbre par son dévouement pour l’humanité souffrante et par les soins qu’elle a donnés aux militaires blessés, la sœur Marthe ; le musicien compositeur Duvernoy ; un des grands écrivains de notre temps, Charles Nodier ; deux jeunes peintres qui ont fait preuve de talent, Lancrenon et Gigouk, etc. – Mon frère Victor appartient aussi au département, il est né à Besançon.

                Enfin, le département, entre autres militaires qui se sont fait remarquer dans nos dernières guerres, a produit les généraux Donzelot, Michaud, Morand, Pajol, Pernet, Sicard, etc. et le maréchal Moncey.

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TOPOGRAPHIE.

                Le département du Doubs est un département frontière, région de l’ouest, formé de l’ancien comté de Montbéliard et d’une partie de la Franche-Comté. – Il est borné au nord par les départements de la Haute-Saône et du Haut-Rhin, à l’est par la Suisse et par la principauté de Neuchâtel, au sud par la Suisse et par le département du Jura, et à l’ouest par la Haute-Saône. – Il tire son nom de la principale rivière qui l’arrose et qui y a sa source. – Sa superficie est de 519,223 arpents métriques.

                MONTAGNES. – Le département est traversé par quatre des chaînes du Jura disposées en lignes parallèles à la chaîne des Alpes et dont la dégradation successive va de l’est à l’ouest. – Il renferme un grand nombre de montagnes dont la hauteur dans la chaîne la plus élevée et la plus voisine de la Suisse varie depuis 1,224 mètres (Mont-de-Scey) jusqu’à 1,610 mètres (Mont-Suchet), point culminant de cette ligne. – La seconde chaîne située sur la rive gauche du Doubs est moins élevée de 2 à 300 mètres ; son point culminant (le Mont-Champvent) a 1,232 mètres. – La troisième chaîne baisse encore. Ses points les plus hauts (la Côte de Vennes et les Miroirs) n’ont que 996 mètres d’élévation. – Enfin, la quatrième chaîne, plus basse encore, offre deux points culminants (le Mont-Poupet et la Roche-d’Or) hauts seulement de 872 mètres. – On remarque dans un grand nombre de lieux que les couches superposées des montagnes et des rochers ont souvent une inclinaison considérable vers l’horizon, et que quelques-uns, comme les masses de rochers de la citadelle de Besançon, près l’avancée de Tarragnoz et le Porte-Taillée, ont la forme d’un arc de cercle, et présentent des cintres et des voussures. Il en existe même, près de la source de la Loue et près la source du Verneau, à Nans, qui sont disposées en chevrons, forme singulière et qui est extrêmement rare. – Les montagnes du Doubs sont toutes de nature calcaire, de première, deuxième et troisième formation et mélangées de quelques lits intermédiaires d’argile, de schiste alumineux et de marne. – Elles présentent un grand nombre de curiosités naturelles et d’aspects pittoresques. – Elles sont percées de vastes cavités, et offrent à leur superficie de profonds entonnoirs, gueules béantes de Siphons souterrains. On y trouve des glacières naturelles et de grandes cavernes à ossements.

                SOL. – Les différents degrés d’élévation des chaînes qui sillonnent le département, le divisent en trois régions agricoles très distinctes, variées par leurs températures comme par leurs produits et qu’on désigne communément par les noms de Plaine, de Moyenne, et de Haute-Montagne. Les plateaux de la Moyenne-Montagne sont à plus de 300 mètres au-dessus du niveau de la Plaine, et à plus de 400 mètres au-dessous des vallons de la Haute-Montagne. – La contrée des Hautes-Montagnes coupée par de vastes forêts de sapins est couverte de glaces et de neiges pendant six mois de l’année. Les terres y sont généralement impropres à la culture des céréales, mais on y trouve dans la belle saison et sous les expositions du midi d’excellents pâturages pour les troupeaux. – La Moyenne-Montagne, où l’on remarque de belles vallées et des plaines assez étendues, souffre la culture du froment ; quelques vignobles même occupent ses expositions méridionales. Les forêts qui couvrent les montagnes sont généralement peuplées de chênes et de hêtres. – La plaine est la partie la plus fertile du département, toutes les céréales y prospèrent, et les coteaux y sont couverts de vignobles qui produisent des vins assez estimés.

                FORETS. – Malgré de nombreux défrichements le département possède encore de belles forêts, dont la superficie est de 120,981 hectares, essence de sapins, de hêtres, de charmes et de chênes. 6 Le département du Doubs est du petit nombre de ceux où l’on s’occupe des reboisements.

                MARAIS. – Quoique le sol montagneux du département paraisse disposé de manière à ne conserver que peu d’eaux stagnantes, on y compte cependant six marais assez considérables. Le plus étendu  est celui de Saône, dont la surface est de 6,718,543 mètres carrés ; il pourrait être rendu à la culture par des travaux d’une exécution facile.

                ETANGS. – Les étangs, tous de peu d’étendue et formés par des ruisseaux traversant quelques prairies basses, sont au nombre d’environ quinze à vingt. Ceux qui existaient à Allenjoie, Etupes, Rainans et autres villages des cantons de Montbéliard et d’Andincourt, ont été successivement desséchés aux XVIIe et XVIIIe siècles, et convertis en prairies fertiles.

                LACS. – On compte dans le département quatre lacs principaux et beaucoup d’autres secondaires. Ces lacs sont situés dans les vallées qui séparent les deux chaînes les plus élevées du Jura. – Le lac de Remoray, dont la surface est d’environ 1 kilomètre 7/10 carrés, est le plus élevé ; il s’écoule dans le Doubs. – Le lac de Saint-Point offre une belle nappe d’eau d’une superficie de 6 kilomètres carrés. – Un troisième lac, celui de Chaillexon est aussi formé par le Doubs, mais il n’a qu’un kilom. de surface. – Le lac de Bonnevaux, desséché pendant l’été par des entonnoirs souterrains qui absorbent ses eaux, est plutôt un marécage qu’un lac. – Le lac dit le Grand Sas, sur le territoire de Servin, présente un phénomène curieux ; on y voit une petite île flottante.

                RIVIERES. – Le département est arrosé par 10 rivières et par plus de 250 ruisseaux. – On y compte près de 8,000 sources. – Les rivières sont le Doubs, la Loue, l’Ognon, le Dessoubre, le Lison, le Drugeon, le Cusancin, l’Allan, la Lusine et la Savoureuse. – Le Doubs, qui prend sa source dans le département, à la base du Rixon, montagne du Jura, sort de terre à 952 mètres au-dessus du niveau de la mer ; son cours est rapide et coupé par de fréquentes cascades, dont la plus remarquable est le Saut-du-Doubs. La pente totale de cette rivière depuis sa source jusqu’à son confluent avec la Saône est de 776 m. Son lit est tellement tortueux qu’elle parcourt deux fois le département dans sa plus grande longueur, et son développement peut y être évalué à 340,000 m. Le Doubs est navigable sur certains points, et notamment sur ceux où il reçoit le canal du Rhône au Rhin.

                NAVIGATION. – CANAUX. – Le département est traversé par le canal de jonction du Rhône au Rhin, dont la navigation a commencé en 1833, il possède aussi un canal de dérivation de la rivière d’Osselle. Le canal du Rhône au Rhin, depuis d’embouchure du Doubs dans la Saône jusqu’à Mulhouse, présente un développement total de 219,188 mètres.

                ROUTES. – Le département est traversé par cinq routes royales de troisième classe, dont le parcours total est d’environ 215,000 mètres, et par dix-huit routes départementales dont le développement est de 409,000 mètres.

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METEOROLOGIE.

                CLIMAT. – La température est très variable, et plus froide que la latitude ne semblerait l’indiquer ; les hivers sont longs et rigoureux. – Les limites moyennes extrêmes du thermomètre sont –8° et +25°.

                VENTS. – Les vents dominants sont les vents de sud-ouest et de nord-est.

                MALADIES. – Les affections catarrhales, ainsi que les maladies chroniques et aiguës sont les plus communes. Dans les années chaudes et sèches le choléra sporadique est assez fréquent. Les épidémies prennent d’ailleurs rarement un caractère de gravité.

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HISTOIRE NATURELLE.

                REGNE ANIMAL. – Parmi les animaux domestiques, l’espèce bovine occupe le premier rang. – On s’occupe aussi avec zèle de l’élève des chevaux. – Ceux du département, sans être des chevaux fins, sont cependant d’une race assez précieuse ; ils sont forts et vigoureux, propres à la remonte de la cavalerie légère et des dragons, et surtout excellents pour le trait. – Les quadrupèdes sauvages sont assez nombreux. Les plus multipliés sont le loup et le renard : l’ours est très rare, le sanglier est plus commun. – On trouve quelques chevreuils, mais les cerfs et les daims ont presque totalement disparu. – Le chat sauvage existe dans les bois de la plaine. Les lièvres sont partout assez nombreux, les autres animaux communs sont le blaireau, la loutre, la martre, la fouine, le putois, la belette et des divers rongeurs. – La plupart des rivières et des lacs sont très poissonneux. On y trouve des truites saumonées rouges, jaunes et blanches ; de fort belles perches, de gros brochets, des tanches, des anguilles, des carpes, etc. Les écrevisses sont extraordinairement abondantes.

                REGNE VEGETAL. – La flore du département est très riche. Les végétaux qui croissent spontanément sur les montagnes appartiennent généralement aux espèces aromatiques avec lesquelles on compose les vulnéraires suisses si recherchés. – Les mousses, les lichens, les conferves, les agarics et les champignons présentent des classes très nombreuses. – Les espèces d’arbres et d’arbustes des forêts ne sont pas moins multipliées. – On y remarque le chêne-rouvre, le hêtre, le frêne et le sycomore, qui y acquièrent une hauteur de 90 à 100 pieds ; les sapins, dont l’élévation dépasse 120 pieds ; les merisiers, les poiriers et les pommiers sauvages, communs dans les bois ; le cognassier, le houx et le genévrier, qui y prennent aussi un grand développement. – Les arbres fruitiers, rares dans la haute-montagne et même dans la moyenne, réussissent parfaitement dans la plaine. Le noyer y devient très beau. Les vignes y sont peuplées de pêchers et de cerisiers. – On remarque dans les vergers un grand nombre d’arbres à fruit, à noyaux et à pépins.

                REGNE MINERAL. – On sait qu’il existe des mines d’argent sur le flanc de la montagne du Mont-d’Or, à peu de distance de la source du Doubs, mais elles ne sont point exploitées. – Les mines de fer en grains et en roches constituent les véritables richesses du pays. Ces mines, au nombre de 19, dont quelques-unes sont exploitées à ciel ouvert, occupent 300 ouvriers, et produisent annuellement 349.400 quintaux de minerai. – Il y a une mine de houille en exploitation. – On trouve aussi plusieurs mines de lignites ou bois fossile. Celle du Grand-Denis paraît avoir plus de 200 pieds d’épaisseur. – On exploite un grand nombre de tourbières, ainsi que des carrières de gypse, de marne, de pierre à bâtir, de tufs et de marbres de différentes qualités. Les spaths de différentes qualités et les quartz cristallisés sont communs dans les montagnes, où l’on trouve aussi un grand nombre de pétrifications de productions marines.

                Eaux minérales. – On a reconnu l’existence de plusieurs sources d’eaux minérales. Les eaux sulfureuses de Guillon, près Beaume, sont assez fréquentées ; Les autres sources sont celles de Mauron, de Chaux-du-Milieu, de Morteau, d’Arçon et de Vuillecin.

                Salines. – Il existe entre les villages d’Arc et Sénans une saline royale en exploitation, affermée à la compagnie des salines de l’est, et qui produit annuellement 34.000 quintaux métr. de sel blanc. – On croit avoir reconnu au lieu dit le Bout du Monde (commune de Beurie) le gite d’une mine de sel gemme. – Le département possède deux marais salants, à Audeux et à Soulce.

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CURIOSITES NATURELLES.

                Le département  du Doubs présente un grand nombre de curiosités naturelles, telles que grottes, sources, cascades, glacières, etc. Nous allons tâcher de faire connaître les plus remarquables.

                GROTTES D’OSSELLES. – Ces grottes sont les plus célèbres de la Franche-Comté et méritent cette célébrité par leur étendue et leur profondeur. Elles sont situées à 5 lieux de Besançon, dans le flanc d’une colline peu élevée, sur le territoire de la commune de Roset-Fluans, et forment une suite de salles qui s’étendent à au moins 800 mètres dans l’intérieur de la colline, et qui contiennent des stalactites et des stalagmites des formes les plus variées et les plus fantastiques. – Ces grottes sont connues depuis long-temps, et depuis long-temps fréquentées. Un intendant de la province (Toulongeon) y donna, en 1763, une fête brillante. On voit encore la salle qu’il avait fait décorer à cet effet, et que l’éclat des stalactites scintillantes à la lumière des bougies devait rendre d’un aspect fort riche. – On y montre aussi une petite salle avec une sorte de tribune, où l’on prétend que l’on a dit la messe pendant la révolution. – Les salles sont généralement grandes et élevées, tantôt à parois lisses et brillantes, tantôt ornées de stalactites et de stalagmites qui affectent toutes les formes, mais principalement la forme cylindrique. Quelques-unes des colonnes sont si belles que l’intendant Toulongeon avait songé à les employer à l’ornement de son château. Ce projet eut un commencement d’exécution, car on en tailla quelques-unes qui furent voiturées à l’aide d’un chariot jusque dans la salle d’entrée. Mais la petitesse de l’ouverture extérieure empêcha  qu’on pût les en extraire. – La masse de ces stalactites, quelle que soit leur grosseur, est transparente. Quelques-unes sont creuses, et, quand on les frappe, résonnent comme un instrument. – Une des premières salles porte le nom de Salle des chauves-souris, à cause du grand nombre de ces animaux qui y ont leurs nids. – Les communications entre les salles, quoiqu’en certains endroits resserrés par les blocs de pétrifications, sont généralement faciles. Toutes les salles se suivent et forment une seule galerie : on ne leur connaît aucune ramification. – Aux trois quarts à peu près de leur profondeur totale, elles sont traversées par un ruisseau profondément encaissé, qui barrait autrefois complètement le passage, et sur lequel Toulongeon a fait construire, en 1763, un pont en pierres. – Aujourd’hui on peut arriver jusqu’à la dernière salle, que termine un précipice rempli d’eau, et où se trouve une profonde excavation dont le sol et la pente sont recouverts d’un sable fin de nature calcaire. – En 1826, et seulement dans la partie qui se trouve entre le pont et l’entrée, on a découvert sous une croûte peu épaisse de stalagmites une couche de terreau qui renferme une grande quantité d’ossements fossiles, parmi lesquels dominent les ossements de l’hyène et de l’ours des cavernes. Cette découverte fait supposer qu’il devait exister autrefois des issues qui se sont bouchées depuis, car l’entrée actuelle des grottes est beaucoup trop petite pour donner passage à des animaux de cette taille. – Outre le ruisseau dont nous avons parlé, et qui, continuant son cours souterrain, va se jeter dans le Doubs à peu de distance de l’entrée des grottes d’Osselles, on y trouve encore une fontaine d’eau vive très bonne à boire. – Parmi les formes singulières que présentent les stalactites, on remarque en beau rideau drapé, des colonnades presque régulières, des troncs de palmiers, un sépulcre, un jeu d’orgues, etc.

                LA GRANDE-BAUME. – Il existe sur le territoire de Lods, au fond d’un petit vallon, une fort belle grotte d’un abord facile. Elle s’ouvre au centre d’un rocher de 20 pieds de haut, dont le sommet est couronné de vignes. Les habitants la nomment la Grande-Baume. Son entrée a 15 pieds de hauteur et 30 de largeur ; on arrive d’abord dans une première salle parfaitement éclairée, de 65 pieds de profondeur, et dont le fond s’abaisse de façon à ne plus présenter qu’une ouverture pareille à la bouche d’un four. Cette salle est ornée de belles stalactites, d’aspects variés et fantastiques. A droite, on remarque une figure de forme humaine, placée dans un siège surmonté d’un dôme de stalactites décoré de guirlandes. La voûte entière est garnie de stalactites, d’un bel effet. A gauche, on trouve une masse de stalagmites qui représentent assez exactement un lit garni de ses rideaux. Les habitants l’ont nommé le lit de Sancti Croustilleri. – L’ouverture du fond conduit à une seconde salle décorée aussi de stalactites et de stalagmites. On y remarque trois statues élevées sur une sorte de piédestal, représentant, avec des formes peu arrêtées, trois femmes voilées et tenant des enfants dans leurs bras. Cette salle a environ 100 pieds de profondeur.

                GROTTES ET CAVERNES. – Outre les grottes d’Osselles et la Grande-Baume, le département renferme un grand nombre de grottes curieuses ; on cite celles de Chenecey. – La grotte de Mouthier a servi de retraite aux habitants du canton pendant les guerres du XVIe siècle, et il y a quelques années que de faux-monnayeurs y avaient établi un atelier qui fut découvert. – La grotte de Remounot sert d’église succursale au village de ce nom, et rappelle ces cryptes antiques où les premiers chrétiens célébraient les mystères de la religion. Elle est située au bord du Doubs, dans le flanc d’un rocher, et ne reçoit les rayons du soleil que par un escarpement perpendiculaire au lit de la rivière. – La grotte dite le Château-de-la-Roche perce horizontalement un rocher coupé à pic. C’est à l’entrée de cette grotte que les comtes de la Roche avaient construit un château qui fut détruit pendant les guerres du XVIe siècle, et dont on voit encore les ruines. – Dans la commune de Montandon (canton de Saint-Hippolyte), on trouve une caverne vaste et profonde, nommée le Fondreau. C’est une excavation naturelle dans un rocher de plus de 80 pieds d’élévation. Les habitants de Montandon s’y réfugièrent pendant les guerres du XVIe siècle. On y voit encore les vestiges d’un moulin à bras qu’ils y avaient établi pendant ces temps de calamités. Mais ce qui prouve d’une manière incontestable que ce lieu a servi de retraite en temps de guerre, c’est que plusieurs familles de Montandon conservent des actes datés et écrits au Fondreau. près du Champ-de-Mars de Besançon, se trouve une grotte assez spacieuse, où Saint-Félix, évêque de Besançon, se retira, dit-on, pour vivre dans la solitude, désespérant de ramener son clergé aux anciennes pratiques, et où il mourut en odeur de sainteté.

                GOUFFRES. – Les fissures, les gouffres et les cavités communiquant avec des conduits souterrains, sont communs dans le département. Alternativement, ils absorbent et ils vomissent les eaux. Le Puits-de-la-Bréme, près d’Ornans, dans les grandes pluies, aux époques où les rivières débordent, se remplit d’une eau limoneuse qui s’élève du fond de l’abîme, s’élance en bouillonnant perpendiculairement à plusieurs pieds de hauteur, se répand au dehors et inonde le fond du vallon. – On trouve dans le vallon de Sancey un autre gouffre nommé le Puits-Fenoz, qui inonde également les environs, mais par une autre cause. Son ouverture présente un carré long de 8 pieds sur 6 de large : c’est dans cette gueule étroite que viennent s’engloutir les ruisseaux du Dard, de Voye et de la Baume ; suffisante l’été, elle cesse de l’être s’il arrive des pluies considérables, ou si la fonte des neiges est subite ; alors le canal souterrain s’engorge, les eaux s’élèvent et, s’épanchant au dehors, inondent le vallon et la partie basse des villages d’Orve et de Chazot, quelquefois jusqu’à la hauteur des premiers étages.

                GLACIERES NATURELLES. – Il existe dans le département, plusieurs grottes qui contiennent des glaces permanentes ; la plus importante, celle de la Grâce-Dieu, territoire de Chaux-les-Passavant, est digne d’être visitée par les voyageurs.

                SAUT DU DOUBS. – En sortant du lac de Chaillexon, vaste et magnifique réservoir, qui sépare le département de la principauté de Neufchâtel, le Doubs poursuit son cours à travers des défilés étroits, entourés de rocs escarpés qui, se resserrant à leur extrémité septentrionale, ne laissent plus d’autre issue qu’une ouverture de trente pieds de largeur, par où la rivière s’élance et se précipite perpendiculairement de 82 pieds de hauteur, avec un bruit imposant décuplé par les échos, dans un abîme profond que la sonde n’a pu encore mesurer. – Pour jouir complètement de la vue de cette belle cascade, il faut, par un jour clair et serein, se placer au-dessous de la chute d’eau, lorsque le soleil descend vers l’horizon, alors le spectacle est embelli par les vives couleurs des arcs-en-ciel qui se meuvent et se croisent au milieu des vapeurs humides qui baignent les rochers ; le bruit solennel de la cataracte, l’aspect des rocs noircis, la blanche écume qui jaillit sur leurs parois, les teintes multipliées de la lumière solaire décomposée, toute une pluie de diamants, de topaze, d’émeraudes, de saphirs et de rubis, laissent au spectateur une impression ineffaçable, que les descriptions les plus animées sont impuissantes à produire. – Les bassins que forme le Doubs au-dessus de cette cascade, furent long-temps embellis par une fête annuelle, où se resserraient les liens d’amitiés qui unissent le peuple Franc-Comtois au peuple Suisse : cette fête n’a plus lieu.

                CASCADES. – Si le saut du Doubs est, par le volume de ses eaux, la cascade la plus remarquable du département, ce n’est pas la plus élevée. Parmi le grand nombre de chutes d’eau qui existent dans les cantons de la montagne, on cite les cascades de Syratu, dans le vallon pittoresque d’Ornans, et dont la hauteur et les pentes totales sont de plus de 560 pieds. Les deux chutes principales ont plus de 150 pieds de hauteur. – Un ruisseau dans le vallon de Migette devient dans les grandes crues un torrent impétueux, et se précipite de 370 pieds de hauteur, dans un gouffre dit le Puits-Billard, qui communique par un canal souterrain avec la source du Lison. – Enfin, près d’Eternoz on voit une cascade formée par un ruisseau assez considérable pour faire tourner un moulin, et qui se précipite de 120 pieds de haut.

                SOURCE DU DESSOUBRE. – Cette source jaillit d’un antre profond situé à 508 mètres (1,563 pieds 9 pouces) au-dessus du niveau de la mer. Les eaux s’élancent avec impétuosité, par sept issues (dont quelques-unes poussent des jets ascendants), d’un magnifique rocher, et forment de belles cascades. L’industrie s’est emparée de ce site sévère : des usines disposées en amphithéâtre sont établies sur les plans supérieurs des cascades ; on y voit aussi les débris d’un antique monastère, et quelques maisons isolées qui animent le paysage.

                SOURCE DE LA LOUE. – Un rocher, dont la hauteur est de plus de 320 pieds, s’élève verticalement au fond d’un vallon agreste et sombre ; à 80 pieds de la base s’ouvre un autre d’où jaillit avec impétuosité une belle nappe d’eau en forme de cascade. C’est la source de la Loue, rivière considérable à sa naissance, et qui fait aussitôt mouvoir des usines. La grotte d’où elle sort a plus de 180 pieds d’ouverture, sur 90 pieds de hauteur.

                PONT SARRAZIN. – Parmi les conformations singulières des rochers calcaires, on remarque l’arcade naturelle du pont Sarrazin, située près de Vaudoncourt, canton de Blamont ; elle offre, sur une petite échelle, une image du célèbre pont du Diable.

                SOURCES JAILLISSANTES DE CLERON. – Près du pont de Cléron, sur le territoire de Scey, on voit une source considérable, d’une nature peu ordinaire. D’une fente de rocher presque horizontale, l’eau s’élance en plusieurs jets, qui montent jusqu’à 9 pieds de hauteur. Il y a six jets principaux, et un grand nombre de moindres ; tous réunis, ils forment un ruisseau considérable, dont les eaux très froides en été paraissent chaudes en hiver. Cette source produite par un cours d’eau souterrain, qui descend des montagnes et vient jaillir à la surface du sol, donne une idée du principe sur lequel repose le système des puits artésiens.

                FONTAINE RONDE. – C’est une source intermittente, située dans l’arrondissement de Pontarlier, au bout d’un pré marécageux, resserré entre deux collines calcaires. – Elle existe dans deux bassins, de forme à peu près circulaire, dont l’un, plus élevé que le second, a environ 7 pieds de long, sur 6 pieds de large. Le fond de ces bassins est de sable et de petits cailloux, colorés en rouge par l’oxyde de fer. L’intermittence dure de 6 à 7 minutes.

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Prochainement suite et fin :

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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France Pittoresque – 1835 : Côtes-du-Nord (3)

Département des Côtes-du-Nord. ( Ci-devant Basse-Bretagne )

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POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DÉPENSES DÉPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

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POPULATION.

D’après le dernier recensement officiel, elle est de 598,872 h

et fournit annuellement à l’année 1,487 jeunes soldats.

Le mouvement en 1830 a été de,

Mariages  4,574    
Naissances Masculins Féminins  
            Enfants légitimes  9,408 8,955    }  Total  18,796
                          naturels  215 218    }  
Décès  8,703 8,467  Total  17,170

 

Dans ce nombre 3 centenaires.

GARDE NATIONALE.

Le nombre des citoyens inscrits est seulement de 13,702.

Dont:    8,032 contrôle de réserve.

5,670 contrôle de service ordinaire.

Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit: 5,001 infanterie — 18 cavalerie. — 207 artillerie — 444 sapeurs-pompiers

On en compte: armés, 4,614 ; équipés, 3,049 ; habillés, 2,692.

L’organisation de la garde nationale est suspendue dans 549 communes.

D’après la population, et si tous étaient inscrits, 38,326 seraient susceptibles d’être mobilisés.

Ainsi, sur 1.000 individus de la population générale, 25 sont inscrits au registre matricule, tandis que 65 sur 1,000 seraient mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 41 sont soumis au service ordinaire, et 59 appartiennent à la réserve.—  Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 5,766 fusils, 255 mousquetons, 12 canons5 et un assez grand nombre de pistolets, de sabres, etc.


IMPOTS ET RECETTES.

Le département a payé à l’Etat (en 1831)

Contributions directes 3,714,172 f. 84 c
Enregistrement, timbre et domaines 1,225,685 27
Douanes et sels 846,456 69
Boissons, droits divers, tabacs et poudres  5,557,509 69
Postes 187,66s 90
Produit des coupes de bois 18 94
Produits divers 71,864 62
Ressources extraordinaires 876,298 55
Total 10,259,670 f. 8 c.

*

Il a reçu du Trésor 5,597,902 f. 59 c., dans lesquels figurent :

La dette politique et les dotations pour 824,159 f. 28 c.
les dépenses du ministère de la justice 152,646 2
de l’instruction publique et des cultes 499,429 51
de l’intérieur 6,66
du commerce et des travaux publics.  1,249,840 91
de la guerre 1,515,475 58
de la marine 5,675 2
des finances 140,108 18
Les frais de régie et de perception des impôts 964,995 95
Remboursement, restitut.,non valeurs et primes 242,916 56
                                                                       Total  59 c. 59 c.

*

Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant, à peu de variations près, le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département paie annuellement (déduction faite du produit des douanes) 4,015,511 fr. 20 c. de plus qu’il ne reçoit. Cette somme, consacrée aux frais du gouvernement central, dépasse le cinquième du revenu territorial du département.

DÉPENSES DÉPARTEMENTALES.

Elles s’élèvent (en 1831) à 310,072 f. 76 c.

SAVOIE : Dép. fixes : traitements, abonnements, etc. 79,061 f. 06 c.

Dép. Variables loyers, encourag. secours, etc. 251,011  70

Dans cette dernière somme figurent pour    
            41,000 f. >> c. les prisons départementales,    
            45,000 f. >> c. les enfants trouvés,    
Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie,    
épizootie, etc., sont de  9,200
Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à 65,685 14
Les dépenses des cours et tribunaux sont de 118,525 59
Les frais de justice avancés par l’État de 58,9 94


INDUSTRIE AGRICOLE.

Sur une superficie de 701,251 hectares, le départ. en compte : 270,000 mis en culture. — 50,562 prairies. — 165,756 pâturages. — 32.215 forêts. — 133,933 — landes et friches.

Le revenu territorial est évalué à 19,258,000 francs.

Le départ. renferme environ : 75,000 chevaux. — 220,000 bêtes à cornes (race bovine). — 15,000 chèvres. — 145,000 moutons.

Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 180,000 kilogrammes.

Le produit annuel du sol est d’environ,

En céréales 1,800,000 hectolitres.
En parmentières 700,000 id.
En avoines 640,000 id.
En cidres 500,000 id.

 

Bien que le département possède à Lysandré, un établissement rural digne au tout de servir de modèle, l’agriculture y est encore très arriérée. — Il y a des cantons où on laboure avec des socs. – Le système funeste de jachères est généralement répandu. — Le pays produit néanmoins en céréales, en avoines, en parmentières, plus qu’il ne faut pour sa consommation ; il renferme d’excellents pâturages. — La partie du littoral sur laquelle il est possible de se servir comme engrais de goémon et d’algues marines est très fertile. — La culture des plantes textiles est répandue, mais on néglige complètement celle des arbres fruitiers, à l’exception des pommiers, dont le fruit est employé à faire du cidre. — Les cultivateurs s’adonnent à l’élève des chevaux et des bêtes à cornes et à l’éducation des abeilles ; la race ovine est faible et petite. On estime, pour la qualité de leur chair, les moutons de Goëlo.

INDUSTRIE COMMERCIALE.

Les arrondissements de Lannion, de Saint-Brieuc et de Dinan sont principalement maritimes ; on s’y occupe d’armements pour la pèche et de cabotage. Saint-Brieuc fait des armements pour la pêche de Terre-Neuve, la mer du sud et les Antilles. — Tréguier se livre à la pêche du maquereau. — Dinan et Lannion s’occupent du cabotage et des exportations. — Il existe à Saint-Jacut-Landouart, à quatre lieues de Dinan, un parc d’huîtres de Cancale, qu’on expédie pour Paris. — Saint-Brieuc a employé, en 1828, à la pêche de la morue, 47 bâtiments, jaugeant ensemble 8,090 tonneaux ; ces bâtiments, montés par 2,610 marins, ont rapporté 4,669,200 kilogrammes de morue, rogue, etc., d’une valeur ensemble de 1,845,405 francs. En 1833 le nombre des navires expédiés par les ports du département, s’est réduit à 20 seulement, jaugeant 2,744 tonneaux, et montés par 731 marins. Les retours de la pêche ont subi, on peut le présumer, une baisse proportionnelle. — On évalue à 600,000 francs le produit annuel de la grande et petite pêche sur les côtes du département. —  La fabrication du fil, des toiles et celle des cuirs, figurent en première ligne dans l’industrie des arrondissements de Guingamp et de Loudéac. On fait remonter au XVe siècle l’établissement de cette industrie dans le pays, et on en fait honneur à une baronne de Quintin, dame flamande, qui aurait fait venir de son pays des fileuses, et fait semer du lin et du chanvre. — D’après des documents officiels publiés en 1854, par l’Annuaire Dinanais, la fabrication des toiles dans le seul arrondissement de’ Loudéac, occupe rait environ 4,000 métiers, mis en action par 4,000 tisserands et produisant annuellement 2,000,000 d’aunes de toile d’une valeur de 4,000,000 francs. Les toiles de Bretagne sont recherchées principalement pour le commerce avec l’Amérique du Sud. — Le départ, renferme 4 hauts fourneaux pour gueuses et mouleries, et 6 forges. Il possède un grand nombre de tanneries, des papeteries, des filatures de laine, des fabriques d’étoffes communes, des manufactures de souliers de troupes et de pacotille, des fabriques de sucre de betterave, un assez grand nombre de marais salants (52), plusieurs exploitations d’ardoises, des fabriques de poterie et de faïencerie, etc. — L’exportation des grains, des bestiaux, des chevaux, des suifs, du beurre salé, de la cire et du miel, produits principaux de l’industrie agricole, donne lieu à un commerce étendu.

RÉCOMPENSES INDUSTRIELLES. — A l’exposition de 1854, l’industrie du département. a obtenu 3 MEDAILLES de bronze et 5 CITATIONS.

— Les médailles de bronze ont été décernées : 2 à M. Baron-Dutaya (de l’Hermitage), pour toiles de Bretagne et serviettes, et pour fonte brute ; 1 à M. Lemarchand (de Guingamp), pour cuirs et peaux.

— Les citations ont été accordées pour fabrication de toiles de Pédernée, de coutils, de fils de lin retors, et de tuyaux à incendie en fil de chanvre. A l’exposition des produits de l’industrie de 1827, il avait été donné 1 MEDAILLE DE BRONZE à M. Leglâtre (de Saint-Brieuc), pour cuirs ; 3 MENTIONS HONORABLES, à MM. Lemarchand (de Guingamp), pour cuirs ; Pierre Gancel (de Châtelaudren), Epiphane Lenoir (de Lannion), pour chapellerie en feutre, enfin 6 CITATIONS, à MM. Morvan (de Quintin), Mahé fils (de Loudéac), pour toiles écrues ; Julien Rochard (de Lamotte), Charles Raoul (de Guingamp), Doniol père et fils (de Guingamp), et Théophile Lucas (de Saint-Brieuc), pour fil de lin de bonne qualité.

DOUANES. — La direction de Saint-Malo a 5 bureaux principaux, dont 2 seulement sont situés dans le département.

Les bureaux du département ont produit en 1851:

  Douanes, navig. et timbre, Sels Total.
Paimpol 11,050 f  208,247 f. 222,297 f.
Le Legué 151,771 472,388 624,159
Produit total des douanes.      846,456.f.

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FOIRES. — Le nombre des foires du département est de 424.

Elles se tiennent dans 105 communes, dont 41 chefs-lieux, et durant pour la plupart 2 à 3 jours, remplissent 469 journées.

Les foires mobiles, au nombre de 248 occupent 475 journées.- Il y a 5 foires mensaires. — 274 communes sont privées de foires.

Les articles de commerce sont les bestiaux, les chevaux, les cuirs en vert, les grains, la laine, le fil de lin, le chanvre, les toiles, etc. — On cite Saint-Albans pour la vente des oies et de la volaille, Pléboulle pour celle de la plume d’oie. — C’est à la foire d’Etables (3e jeudi d’avril) que les marins qui vont à Terre-Neuve fout leurs emplettes.

BIBLIOGRAPHIE.

Annuaire du département des Côtes-du-Nord ; in-18. Saint-Brieuc, 1805 et 1806.Statistique monumentaire du département des Côtes-du-Nord (Annales françaises des arts, sciences, etc., t. x, 1822). — Antiquités de Bretagne par le chevalier de Fréminville, in-8. Brest, 1828 à 1832. — Antiquités historiques et monumentales à visiter de Monfort à Corseul-par-Dinan, etc., Poignant, in-8. Rennes. — Réponses de M. Habasque à diverses questions de M. Charles Dupin, in-8. Saint-Brieuc, 1828. — Etudes sur la Bretagne, par M. Habasque Revue de l’Ouest, 1855). — Notions historiques, géographiques. statistiques et agronomiques sur le littoral du département. des Côtes-du-Nord. par Habasque, in-8. Saint-Brieuc, 1833. —  Annales de la Société d’Agriculture de l’arrondissement de Saint-Brieuc ; in-8. Saint-Brieuc, 1828 à1850. Annuaire dinanais ; in-18. Dinan, 1831 à 1834. – Rapport des travaux de la société d’Agriculture, de Commerce et d’Industrie de Dinan ; in-8. Dinan, 1828.

A. HUGO.

 

On souscrit chez DELLOYE,Editeur, place de la Bourse, rue des Filles – Saint-Thomas, 12

 

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