25 septembre 1768 – Dans les registres paroissiaux de Folcarde (31)

Dans maintes paroisses de France un service en l’honneur de la Reine de France, épouse de Louis XV, fut célébré avec beaucoup de ferveur.
En voici un exemple que j’ai trouvé au cours de mes recherches en Languedoc.

 

Merci à Perrot Jacques qui a transmis ce document

Dans les registres paroissiaux de Folcarde :

(Folcarde (31290) est une commune française située dans le département de la Haute-Garonne, en région Midi-Pyrénées.)

(ADHG Il Mi 38 RIO, clichés 818-820),

 

à la suite des actes de baptême, mariage et sépulture de l’année 1768, on trouve cinq pages écrites par le curé de Folcarde, M. Molinier, relatant l’hommage rendu dans l’église de ce lieu

les 25, 26 et 27 septembre à la reine de France, épouse de Louis XV, Marie Leszczynska.

 

Elle était née à Breslau en 1703, seconde fille de Stanislas Leszczynski, alors palatin de

Poznanie, grand échanson de la couronne, et de Catherine Opalinska. L’élection de son père

(12 juillet 1704) à la couronne de Pologne, après la déposition d’Auguste Il, ne fut quère que le commencement des malheurs dont sa jeunesse devait être abreuvée. Au mois de septembre de cette année, sa mère, obligée de fuir précipitamment de Varsovie à Poznan, devant un retour offensif d’Auguste II, faillit la perdre dans une auberge de village, où on la retrouva dans une auge d’écurie; et en 1706, elle échappa à un parti ennemi maître du château de Poznan. C’est en fugitive qu’elle se réfugia successivement à Stettin, où parvint la nouvelle de la défaite à Pultava (4 juillet 1709) de Charles XII, l’allié de son père, puis en Suède, où Stanislas rejoignit sa famille. Dans le duché de Deux-Ponts, dont Charles XII avait donné la jouissance à Stanislas, elle fut plus heureuse, et reçut de son père et de Mme Marenska, sa gouvernante, une excellente éducation, dans laquelle entrait la connaissance du latin, du dessin, de la musique. Mais à la mort du roi de Suède, sa famille dut quitter ce duché dévolu à la maison palatine et se réfugier en France, à Wissenbourg, où le régent l’autorisa à résider, en lui assurant une pension (irrégulièrement payée). Elle y connut presque la pauvreté. Elle avait déjà été recherchée en mariage par un prince de Bade et par un descendant de Louvois, le comte d’Estrées, lorsque le duc de Bourbon qui, en septembre 1723, avait succédé au régent, cherchait à marier le roi dont l’union avec l’infante d’Espagne avait été rompue (décembre 1724). Le mariage ayant été résolu dans le conseil du 31 mars 1725, et approuvé par le roi, ce fut le 2 avril que Stanislas, averti par un courrier extraordinaire, apprit à sa fille sa nouvelle destinée. Le 15 août suivant, dans la cathédrale de Strasbourg, eut lieu le mariage par procuration, le duc d’Orléans représentant le roi. Le 4 septembre, Louis XV vint au-devant d’elle à Moret, et le lendemain les fiancés furent unis à Fontainebleau. Le roi se montra d’abord très amoureux (il avait quinze ans et Marie vingt-deux). Elle eut dix enfants de 1727 à 1737, deux garçons et huit filles, qu’elle vit tous mourir. A partir de 1735, elle eut à subir la présence de maîtresses déclarées: la comtesse de Mailly d’abord, puis la marquise de Vintimille (1741), la duchesse de Châteauroux (1742-44), dont les hauteurs insolentes lui furent si cruelles, puis Mme de Pompadour (1745-64). La mort seule lui évita la présentation scandaleuse de la comtesse du Barry. La douceur, l’amabilité, la grande charité de la reine, l’avaient rendue populaire.Le traité de Vienne du 3 octobre 1735, par lequel la Lorraine était cédée à Stanislas avec réversibilité à la France, fut une grande satisfaction pour elle. Vers la fm de sa vie, elle se consacra aux bonnes oeuvres, tenait chez elle des assemblées de charité, où elle faisait la quête.

Une série de deuils la frappèrent durement dont son dernier garçon vivant le dauphin, son

orgueil et son espoir (2 décembre 1765), son père Stanislas le 23 février 1766 à Lunéville et sa dernière fille qu’elle adorait le 13 mars 1767. Consumée par le chagrin, elle disait: « Rendez-moi mes enfants et vous me guérirez ». Elle mourut à Versailles le 24 juin 1768. Son corps fut transporté à Notre-Dame de Bon-Secours à Nancy.

Son père Stanislas Leszczynski fut roi de Pologne en titre de 1704 à 1766, mais, en fait,

de 1704 à 1709, puis de 1733 à 1736.

Après ce petit rappel historique[1], voici la transcription du délicieux texte du curé de

Folcarde :

« Relation de tout ce qui s’est passé au service solennel qui fut fait à Folcarde, diocèze de St-

Papoul, le 27e septembre 1768, pour trez haute, très puis sente et trez excellellente (sic)

princesse Marie Charlote Sophie Félicité Leszczynska, reine de France.

Le dimanche 25e du mois de 7bre, il y eut dans l’église de Folcarde grand concours de monde; pleusieurs y communièrent pour la fue reine. Les personnes de distinction et ceux qui sont à la tête de la communauté ne manquèrent point à ce devoir de piété, et nous édifièrent par cet acte de religion.

Sur les quatre heures du soir, les offices étant finis, nous commençâmes nos ouvrages pour

décorer le lieu où devoit se faire le service. Tous les habitans à talens s’y distinguèrent par leur

zèle et par leur activité; les ouvrages les plus pénibles ne coutèrent rien à des personnes si bien disposées; nos dames ne se refusèrent pas et malgré la délicatesse de leur sexe, elles

contribuèrent autant qu’il fut en leur pouvoir à décorer notre église.

Le lundy au soir 26e, les cloches annoncèrent le service pour la princesse. Le grand carrillon se fit entendre pendant toute la nuit et la grande cloche alla à la volée pendant tout le temps. Le lendemain matin, elles sonèrent très souvent jusqu’à la grande messe.

Le mardy 27e, nous fimes dans notre église le service annoncé. Voici le détail de tout

l’extérieur. La porte de l’église étoit tendue de bandes en noir et blanc aux écussons de leurs majestés mélez avec plusieurs symboles de la mort.

Le maître-autel étoit comme tout le sanctuaire tendu d’étofes blanches larmées en noir depuis son carrelement jusqu’au platfond, et il y avoit d’espace en espace des colonnes noires avec leurs bazes et leurs chapiteaux assortissans le tout suivant l’ordre d’architecture, les armes de la France y étoint placées en plusieurs endroits, et aux lieux les plus apparents on avoit mis des cartons représentans des têtes de mort, des ossemens passés en sautoir et plusieurs autres emblèmes relatives à la cérémonie.

Au milieu de l’autel s’élevoit une grande croix blanche sur un fonds noir qui en couvroit le principal tableau, au-dessous de laquelle on apercevoit une squelette qui, la faux à la main, sembloit menacer les grandeurs humaines de leur prompte ruine. Sur le gradin de l’autel étoint placez six grands chandeliers chargez de cierges de plus de dix pans[2] de haut à la clarté desquels on lisoit plusieurs sentences analogues à la décoration.

Les gens de goût (car les campagnes les plus isolées en produisent et nous en avons ici) y admirèrent la cimétrie et l’assortiment de l’ouvrage. Le balustre étoit aussy décoré d’une manière qui répondoit à tout ce que le maître-autel avoit de funèbre.

Les deux bancs des seigneurs et celuy des consuls étoint aussi couverts des marques de deuil; on y voyoit aussy les mêmes ornemens que dans le sanctuaire.

Au milieu de l’église s’élevoit un catafalque qui représentoit un mozolée antique. Sa hauteur étoit de plus de dix-huit à vingt pans[3] et sa largeur étoit proportionée. Sa baze étoit une masse presque carrée sur laquelle s’élevoit une moindre strade qui supportoit un tombeau qu’on voyoit à découvert de tous les endroits de l’église. Sur ledit tombeau étoit placé sur une autre élévation un très beau drap mortuaire aux armes de la France et de la Pologne et sur le tout un carreau noir larmé en blanc, sur lequel étoit posée une courone d’or dont l’éclat et le brillant étoit modéré par un crêpe. Le baldaquin qui couvroit le cerceuil étoit élevé jusqu’à la voûte.

Les quatre rideaux déployez, tout étoit revêtu des ornemens convenables, soit en bandes noires simples, soit en feston de même couleur, larmes, armauriaux et autres assortimens, des

branches de cyprez pasoint aussy très bien le corps de l’ouvrage. On y voyoit en un mot

partout, et beaucoup d’ordre et beaucoup d’élégance. La lampe sépulchrale y paroissoit avec

distinction, malgré la grande illumination qu’il y avoit. Quatre magnifiques fauteuils à bandes

noires et blanches étoint aux quatre coins pour les absoutes. Toutes les fenêtres de l’église

étoint exactement fermées et ce ne fut qu’à la clarté des cierges qu’on fit la cérémonie. Il y eut

des messes à deux autels pendant la matinée. Les chapelles étoint aussy en deuil autant qu’elles pouvoint l’être dans leur position.

A onze heures et demy, tout le monde s’assembla au lieu destiné. Les conseuls avoint deffendu le travail de la matinée; ils étoint en chaperon avec leurs habits de cérémonie. Nos messieurs et dames étoit en grand deuil et ils occupoint de chaque côté les bancs préparez pour eux. A la tribune tribune (sic) étoint les hommes et aprez le cataphalque, sur le fonds de l’église, étoint les fammes et les filles très déçament mises. Il y avoit parmi les uns et les autres nombre d’étrangers qui étoint venus par pure curiosité, qui ne regrétèrent point leurs pas et qui firent à leur façon l’éloge de la décoration.

Aprez que tout le monde fut assemblé, c’est à dire sur le midy, commença la messe

solemnelle: Mr le curé du lieu y officia, Mr le curé de Mourvilles-Hautes y fit diacre, Mr

Dartiguez, précepteur chez Mr de Barthélemy, y fit son diacre, nos clercs y étoint aussy en aube avec leurs bonnets rouges; il y avoit plusieurs curez et vicaires qui formoint la cour du côté de l’épître. Ils chantèrent très bien et avec beaucoup de goût la messe de Requiem. De l’autre côté étoint les marguiliers à leurs places ordinaires; plus personne n’étoit dans le sanctuaire.

Aprez l’Évangile, Mr Purpan, licentier en droit et curé de Villefranche de Lauragois, monta en chère: elle étoit décorée de tous les ornemens susceptibles en pareil cas. Il nous donna à sa façon un discours de trois quarts d’heure dans lequel il fit très bien l’éloge de très haute, etc., reine de France et de Navarre. Il en releva les plus brillantes vertus et nous la donna comme un modèle chrétien digne d’être imité. Tous les auditeurs goutèrent fort bien son oraison funèbre; ils pouvoint en juger: l’orateur se servit de l’ idiogme connu pour être à la portée de tout le monde. Il y fut éloquent, tendre, touchant et pathétique; malgré la nouvauté du spectacle, il ne laissa pas d’attendrir jusqu’aux larmes et se captiver l’esprit des connoisseurs et des gens du métier, Mrs les curez et vicaires recommandables par leurs talens supérieurs qui les font briller dans leurs paroisses. Nos Ms et dames en firent un éloge accompli et ce n’étoit pas sans raison, la pièce étoit fmie.

La messe continua dès que le prédicateur eut terminé son discours; il y eut offrande générale avec des bougies blanches sans la moindre confusion.

A l’élévation, on chanta à deux voix le De profundis d’Aphrodize et aprez chaque verset 0 Christe etc. ; le mélange agréa fort à nos amateurs.

Aprez la messe, nous rentrâmes dans la sacristie pour y prendre des pluviaux[4] noirs. Nous sortîmes de suite en bel ordre; chaqu’un prit sa place et s’assit sur le fauteuil qui luy avoit été préparé; on chanta au coeur les répons ordinaires et nous fimes après les cinq absoutes chaqu’un à notre tour, après lesquelles l’office fut terminé. Ainsi finirent les tristes cérémonies, mais nos justes regrets pour la fue reine resteront et seront à jamais gravez dans nos cœurs avec la douce espérance que nos neveux l’invoqueront dans le même lieu où nous avons pour elle versé bien de larmes.

Fin

Liste de Mrs les curez et vicaires qui assistèrent au service cy-dessus : Mr Babie, curé de

St-Laurens, Mr Combes, curé de Cessales, Mr Purpan, curé de Villefranche, Mr de Madron, curé de Mourvilles-Hautes, Mr Dulac, vicaire de Lux, annexe de Mourvilles, Mr Fons, vicaire de Villefranche, Mr Esquirol, vicaire de St-Gerrnier, annexe de Cessales, Mr Dartigues, précepteur de Mr de Barthélemy, et nous Molinier, curé de Folcarde. »

 

[1] Source: La Grande Encyclopédie, inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts, direction M. Berthelot, 1885-1902,31 volumes.

[2] Soit plus de 2,25 m de haut.

[3] Environ 4,30 m.

[4] Pluviale (nom masculin): vêtement liturgique à capuchon, communément appelé chape.

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Classé dans BMS, Perrot Jacques

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