Des voies de communication en France – 1838

Depuis quelques années, l’attention publique s’est portée avec ardeur sur tout ce qui est relatif à la création et au perfectionnement des voies de communication. Les voies de communication donnent en effet un nouveaux prix aux produits du sol et au travail de l’homme, en ouvrant des débouchés aux localités qui en sont dépourvues, et en mettant toutes choses, en tous pays et en tout temps, à la portée du consommateur.
En France, où le territoire est étendu, où chaque contrée enfante des produits si distincts, les voies de communication importent essentiellement à l’efflorescence du commerce et de l’industrie, et à la prospérité publique.
On calcule que les produits annuels dus à l’agriculture, aux manufactures et au commerce, s’élèvent à 173 millions de tonnes. – Chaque tonne représente une quantité de 1000 kilogrammes. – Sur ces 173 millions de tonnes, 126 millions sont consommés sur place ; 5 millions sont transportés par les rivières et les canaux, 10 millions par le grand roulage, et 32 millions par le petit roulage.
Ces masses à transporter s’augmentent de jour en jour avec le nombre des voies de communication ; ce qui veut dire que la facilité donnée aux travailleurs de communiquer entre eux des divers points du territoire, multiplie la consommation, donne les moyens de satisfaire plus largement aux besoins, et accroît ainsi la richesse individuelle et publique.

Les transports s’effectuent au moyen des fleuves et rivières navigables, des canaux, des routes de terre et des chemins de fer.

Les cours d’eau et les canaux servent principalement au transport des objets d’un volume considérable et qui produisent de l’encombrement.

Par les routes de terre s’effectue le transport des autres produits et marchandises, et des voyageurs.
Les chemins de fer, par lesquels on obtient à la fois une grande force et une grande vitesse, sont destinés à soulager les autres voies de circulation, et principalement les routes de terre, des poids excessifs qui les fatiguent aujourd’hui. Mais ils transportent surtout les voyageurs et les objets de peu de volume qui demandent célérité.

Nous ferons connaître les richesses de notre pays en voies de communications. Aujourd’hui nous nous occuperons des chemins de fer.

CHEMINS DE FER CONSTRUITS OU ACTUELLEMENT EN CONSTRUCTION :
La France possède actuellement quelques chemins de fer construits ou en construction. Mais parmi ces chemins, il n’en est aucun de grande circulation. La plupart ont été créés pour donner des débouchés à des exploitations considérables auxquelles ils aboutissent.
Dans la direction du midi, on remarque les trois petits chemins de fer d’Epinac au canal de Bourgogne, d’Epinac au canal du Centre, et du Creusot au même canal. Les produits houillers des mines d’Epinac et du Creusot trouvent par ces chemins un facile accès à deux voies de navigation, par lesquelles ils se répandent au loin.
Le réseau le plus considérable que nous ayons en chemins de fer appartient également au midi ; il s’étend entre la Loire et le Rhône, et il est formé des chemins de la Loire à Saint-Etienne, de Saint-Etienne à Lyon, d’Andrezieux à Roanne, et de Montbrison à Montrond. Les houilles du bassin de Rive-de-Gier donnent la majeure partie des transports qui s’opèrent par ces chemins de fer.
Plus loin, en descendant le cours du Rhône, on remarquera les chemins de la Grand’Combe à Alais, et d’Alais à Beaucaire ; ces ouvrages assurent l’avenir des mines de la Grand’Combe, dont les produits arrivent maintenant dans le bassin du Rhône, et jusqu’à la Méditerranée. Les bateaux à vapeur qui sillonnent cette mer entre la France et l’Afrique consomment une partie de ces houilles.
Enfin, en remontant des Bouches-du-Rhône vers la Gironde, on rencontre le chemin de Montpellier à Cette, maintenant en cous d’exécution. Montpellier, ville importante par son commerce, siège d’une célèbre faculté, va ainsi toucher, sur la Méditerranée, à un port dont la prospérité s’accroîtra en peu de temps. – Bordeaux, bloqué pour ainsi dire du côté des terres, à cause des difficultés de la navigation de la Garonne, mais en revanche si favorisé du côté de la mer, va jouir également, par le chemin de cette ville à la Teste, d’un débouché de plus vers l’océan. Il avait été question de rattacher par un chemin de fer le Tara à la tête du canal du Midi ; mais ce projet paraît abandonné, et aujourd’hui la déchéance est encourue par le concessionnaire.
Au nord, l’exploitation des mines d’Anzin est favorisée par les petits chemins d’Abscon à Denain, de Denain à Saint-Waast-la-Haut, et d’Abscon à Marchiennes, dont la concession a été faite à la compagnie propriétaire de ces mines.
Dans la direction de l’est, le chemin du Port-aux-Perches, à Villers-Cotterets, amène les bois de cette forêt vers l’Ourcq. On vient de soumettre aux enquêtes le projet d’un prolongement de ce chemin de fer jusqu’à la rivière d’Aisne. Dans la même direction et à l’extrémité du territoire, le commerce jouira bientôt du chemin de Mulhouse à Thann, dont la construction a été autorisée dans la dernière session des Chambres. Cette voie de fer mettra en communication rapide le centre industriel le plus important de la contrée avec les nombreux établissements semés entre Mulhouse et les Vosges.
A l’ouest, nous possédons le chemin de fer de Paris à Saint-Germain, servant au transport des promeneurs parisiens et des voyageurs qui se rendent de Paris à Rouen et au Havre par la Seine. Le chemin de Saint-Germain sera sans doute prolongé vers Poissy, et peut-être formera-t-il la tête du grand chemin de Paris à la mer.
Enfin les deux chemins de fer de Paris à Versailles, qui seront livrés au public dans le courant de l’année 1838, doivent activer encore le mouvement immense qu’on remarque entre ces deux villes.
Tous ces chemins de fer déjà construits ou maintenant en cours d’exécution, forment un développement de plus de 120 lieues, mais quelque utiles qu’ils soient, ils ne sont pas destinés à la grande circulation, et ils doivent être considérés comme d’un ordre secondaire.
Les grands chemins de fer qui doivent, par des lignes non interrompues, mettre la capitale en communication avec les frontières, avec nos ports de mer et les centres les plus actifs du commerce et de l’industrie, n’existent encore qu’en projets ; mais il y a lieu de penser que leur exécution sera prochaine, et leur influence sur la prospérité publique doit être telle, que nos lecteurs nous sauront gré de les leur faire connaître.

Extrait du « Magasin Pittoresque » 1838 – (Gallica)

Adhérent-CGMA-Sylvie-R-152 

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