Ferdinand Gabriel Ducuing (4)

Dans la presse :

Les faits d’armes de nos marins.

Les dernières cartouches des défenseurs du cap Gris-Nez 

       Le poste de défense du Cap Gris-Nez a été cité à l’ordre de l’armée de mer avec le motif suivant :

 » Sous le commandement du capitaine de corvette de réserve Ducuing, a résisté  en rase campagne à un ennemi supérieur en nombre en lui infligeant des pertes sérieuses. A continué à se battre jusqu’à l’épuisement complet des munitions « 

       Une citation avec son laconisme militaire, cela parle au cœur, mais à peine à l’esprit. Pour mieux saisir ce que fut cet exploit, prenons le récit qu’en fait un des rares survivants, le quartier maître X…

       – Le 23 mai, dit-il, nous fûmes réunis avec des armes et équipements complets dans les prairies qui descendent du moulin d’Audinghen vers les falaises du Pas de Calais. Notre commandant, le capitaine de corvette Ducuing, rassembla les chefs de groupe et leur expliqua ce qu’il attendait d’eux. C’était bien simple : il s’agissait de s’opposer au passage des éléments blindés allemands et des colonnes motorisées qui remontaient de Boulogne vers Calais. L’ennemi suivait la route côtière de préférence à la route nationale qui passe par Saint-Inglevert. Peut-être aussi, avions nous pour mission de régler le tir des contre-torpilleurs français qui croisaient au large de Boulogne pour surveiller les routes susceptibles d’être battues par leurs pièces.

       Le lendemain, nous étions en position, bien retranchés sur les pentes du moulin où la brise de mer faisait onduler les foins qui ne seraient peut-être jamais coupée. Il faisait un temps radieux, une lumière exquise. Rien dans ce décor ne signalait la présence de la guerre. C’est à peine si j’apercevais, à cinquante mètres de moi, la gueule d’un canon de 37 en position de tir.

            Une première attaque repoussée

       Un coup de sifflet troua l’air. C’était l’alerte. Quelques minutes passèrent puis un canon antichars ouvrit le feu sur un objectif que je ne voyais pas. Je sus plus tard que les Allemands avaient attaqué avec de faibles éléments, avaient été repoussés, puis qu’une contre attaque venue de notre gauche les avaient chassés de la ferme où ils se retranchaient. Peu de temps après, trois automitrailleuses ennemies débouchèrent droit devant nous : deux d’entre elles furent capturées et la troisième disparut.

       Vers 20 heures le commandant fit replier les éléments avancés vers le poste de défense du Gris-Nez. Tout cela se fit très vite, et nous n’étions plus que quelques hommes accrochés au moulin lorsqu’à 21 heures environ, une nouvelle attaque d’automitrailleuses ennemies déboucha à l’endroit même où avaient été repoussées les premières : l’engagement fut bref et l’ennemi se déroba.

            L’ennemi revient à la charge

       A notre tour, à la nuit tombante nous faisons route sur le Gris-Nez. Des matelots postés aux croisements des chemins nous indiquent les haies et les sentiers défilés qu’il faut suivre. Arrivés au poste de défense, nous trouvons des camarades qui remuent la terre, et préparent des défenses supplémentaires à l’extérieur du poste. Quant à nous il nous est permis de nous étendre sur nos couvertures, et nous dormons jusqu’à 5 heures du matin. Alerte ! L’ennemi est paraît-il signalé. Nous gagnons notre poste de combat : tout est calme ; deux matelots de corvée apportent le caf, du pain et du beurre qu’ils ont déniché je ne sais où. On discute sur l’engagement de la veille. L’opinion qui prévaut est que l’ennemi n’attaquera plus avec des autos mitrailleuses et qu’il fera donner ses chars.

       Ce pronostic ne se révéla que trop exact. A 7 heures du matin nous apercevons les tanks se former en colonne au carrefour du moulin pour s’ébranler en direction de notre poste. Des groupes d’infanterie les suivent cependant qu’à quelque distance de là des autos mitrailleuses se déploient en éventail.

            La mort d’un chef

       Notre canon de 37 a ouvert le feu et les canons antichars ont craché tout ce qu’ils pouvaient. Les chars adverses vacillent sur leurs chenilles cependant que l’infanterie qui l’escorte est décimée par les rafales de mitrailleuses. Notre coeur se gonfle d’espoir. Si on les arrêtait encore une fois !… Hélas ! un peu avant 9 heures notre tir faiblissait. Des armes étaient enrayées. D’autres manquaient de munitions. On approchait du dénouement.

       Les chars allemands n’étaient plus qu’à deux cents mètres de notre poste, mais leur groupes d’infanterie, sans doute sévèrement touchés, restaient hors de notre vue. C’est alors que le commandant Ducuing donna l’ordre de se replier sur la falaise ouest. Notre position battue par les pièces des tanks était intenable. Nous commençons d’effectuer le mouvement dont le commandant, debout dirigeait l’exécution, aussi calme qu’à la manoeuvre. Nous allions atteindre la falaise quand une balle vint le frapper à la tête. Il tomba d’une pièce comme un arbre qui s’abat.

       Que sont devenus les camarades du poste de défense ? Je ne saurais hélas ! vous le dire. Beaucoup d’entre eux ont été blessés et faits prisonniers : quelques uns, dont je suis, purent descendre sur une plage où ils furent accueillis par la suite dans des embarcations. Nous n’étions qu’une poignée de rescapés.

Adhérent-CGMA-Joël-007

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