Ferdinand Gabriel Ducuing (3)

25 Mai 1940 : La nuit a été employée à réparer le poste de l’A.M. Hotchkiss. Le sémaphore fait des appels en mer pour signaler notre présence et demander un bateau pour évacuer les blessés du Chacal, car nous sommes entourés de toutes parts.
A 4 heures le C.C. DUCUING m’envoie indiquer les atterrages aux chaloupes d’un cargo anglais qui est venu mouiller dans la passe de G.N. Je dirige les chaloupes de ce cargo par signaux lumineux, l’équipage survivant du Chacal me suit, et par les rochers, nous arrivons à passer sans être repérés. L’embarquement dure 2 heures et je rejoins le poste par le même chemin, sans encombre.
Les officiers du Chacal étaient porteurs du pavillon allemand que l’on avait pris sur l’A.M. ennemie qui avait été ramenée dans nos lignes. Les documents et les cartes pris sur cette même automitrailleuse ont été enterrés près du Moulin d’Audinghen. ( il est possible de les retrouver)
Quand je rejoins le poste, les hommes sont tous au poste de combat. On fait les derniers préparatifs, les dernières recommandations et on attend l’ennemi.
Les armes n’ont presque plus d’approvisionnement et les vivres sont complètement épuisés.

Les premiers éléments motorisés sont signalés vers 8 heures. Une vingtaine de chars environ et des unités à pied. On les laisse approcher de façon à être sur que chaque coup portera. Ils sont encore surpris par notre résistance mais se ressaisissent et donnent un assaut foudroyant. La bataille est très courte, les munitions étant épuisées. Le Ct me fait appeler. Il me remercie pour ce que j’ai fait pendant ces 15 jours, puis me demande d’aller rendre compte verbalement à l’Amiral Platon, en me donnant un ordre écrit. Il me demande ensuite dans le cas où j’aurais la chance de passer les lignes allemandes d’aller voir sa femme, il me serre la main une dernière fois et me dit de partir.
La fusillade a perdu sa violence et l’ennemi a pénétré déjà le poste. Je reprends le même chemin que j’avais suivi quatre heures plus tôt.
J’étais complètement désespéré.
Je réussis avec une chance extraordinaire à retraverser les lignes allemandes, sous le feu des A.M. qui étaient sur la falaise.
J’étais presque à la limite de mes forces. Mais par un sursaut de volonté je décidais d’aller jusqu’au bout. A 13 heures j’arrivais au Cap Blanc Nez, et à 14 heures à Sangatte, où les patrouilles allemandes, depuis 48 heures, étaient installés.
J’espérais toujours une contre attaque française refoulant l’ennemi dans le sud et dégageant Calais.
Je suis resté la nuit sur la plage qui était remplie de réfugiés, femmes, enfants, etc. Des bateaux de guerre anglais exécutèrent un tir de deux heures sur les dunes de Calais où se trouvaient les batteries allemandes. Quelques obus tombent sur la plage et sèment une confusion et une terreur générales. Puis la nuit se passa calmement.
Le lendemain matin, je décide de rentrer à Sangatte pour avoir des renseignements sur l’ennemi et sur Calais. J’interroge des réfugiés sans pouvoir obtenir rien de précis. Je vais voir le Maire de Sangatte, je lui explique ma situation et lui demande de faux papiers, il refuse. Je décide d’entrer le lendemain à Calais par les faubourgs est de la ville. Mais l’ennemi est de plus en plus nombreux. J’assiste au bombardement de Calais. Il m’est impossible de pénétrer dans la ville. Je prends alors la décision de replier vers Dunkerque par l’intérieur des terres. Je vais en une seule étape jusqu’à Ardres. Je n’avais plus rien mangé depuis 4 jours. Ma résistance physique était à bout. Je trouve à coucher dans une grange après de grandes difficultés. De bonne heure, le lendemain matin je repars pour Dunkerque. Arrivé sur la place du village d’Ardres je suis arrêté par une patrouille allemande. Je n’ai pas de papier et je n’ai plus de force de lutter étant complètement épuisé. Je donne mon identité et suis fait prisonnier.


CAPTIVITE
28 mai Ardres – 29 mai Wattem – 30 mai Therouans 31 mai Fervin Palfart – 1er juin Frevert –
2 juin Doullens Citai ( étape effectuée à pied )
3 juin Doullens Cambrai ( Camion )
4 juin Cambrai Aix-la-Chapelle ( Camion )
5 juin Arrivée au camp de Dorsten
9 juin Départ de Dorsten et le 11 juin arrivée à OFLAG IV D
Le 29 mars, évasion d’OFLAG IV D par un souterrain de 80 mètres qui a demandé 3 mois de travail.
A notre retour d’évasion, et à notre sortie de prison, le Lieutenant-Colonel Le BARAILLEC commandant le 62e R.I. nous a donné l’attestation suivante :

 O.F.L.A.G. IV D                                                                                              le 12 mai 1941
 
Je certifie que l’Enseigne de Vaisseau GARDETTE Paul s’est évadé le 29 mars 1941 de l’OFLAG IV D et a été puni de 14 jours d’arrêt de rigueur ( prison ) pour ce motif.
Cet officier a réussi avec un groupe de ses camarades, après plusieurs mois d’efforts opiniâtres, à mener à bonne fin cette entreprise, au moyen d’un passage souterrain dont l’aménagement fut rendu particulièrement difficile par les nombreux obstacles à vaincre.
La ténacité sans défaillance dont ils ont tous fait preuve, et l’adresse avec laquelle ils sont sortis sans attirer l’attention des sentinelles éloignées de quelques mètres seulement, leur ont valu à leur retour d’unanimes félicitations.
Le Lieutenant-Colonel Le Barillec, Cdt 62e R.I.
Signé : Le Barillec
 Je suis transporté avec mes camarades d’évasion à la Citadelle de Colditz le 22 mai 1941.

Le 11 juin, j’apprends par les Autorités Allemandes que je suis renvoyé en France. Je pars du camp le 16 juin avec 3 autres officiers de Marine et j’arrive à Toulon le 20 juin 1941.
            Je vous prie de recevoir, Amiral, l’expression de mon profond respect. 

L’Enseigne de Vaisseau de 2° classe Gardette Paul
Signé : Gardette Paul                

 

Liste des abréviations utilisées par Paul GARDETTE C.C.                 Capitaine de Corvette.
Ct                     Commandant
D.C.A.                         Défense.Cntre les Aeronefs
E.V.                 Enseigne de Vaisseau.
F.M.                 Fusil Mitrailleur.
G.N.                 Gris-Nez.
Lt                     Lieutenant
L.V.                 Lieutenant de Vaisseau.
P.D.G.N.          Poste de Défense de Gris-Nez.
R.I.                  Régiment d’Infanterie.

 

 Adhérent-CGMA-Joël-007

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