Histoire de Maisons (I-6) : 1689 à 1731

1689 à 1731

PREMIERE PARTIE – Des temps les plus reculés, jusqu’à la Révolution de 1789

Chapitre Six

1689 – Pour en finir avec les comptes de cette époque, nous signalerons les dépenses suivantes :

Vin offert aux collecteurs, 30 sols. Fait présent d’un panier de cerises à M. Monginot, 30 sols. Pour la procession de Sainte-Geneviève à Paris, 5 livres 18 sols. Dépensé en revenant de la procession, chez Roger Chastenay, 3 livres 10 sols. A l’occasion des feux de joie, vin qui a été bu par les habitants, 11 livres.

Ce Roger Chastenay, dont le nom revient fort souvent, était l’aubergiste unique, ou tout au moins en vogue à l’époque. Son établissement était situé dans la Grande Rue (*Grande-Rue), à l’enseigne de l’Image, ou la Belle-Image.

Il semble que sa caisse, et celle de ses prédécesseurs et successeurs, était le déversoir d’une bonne partie des recettes communales.

Comme de nos jours, tout le monde ne payait pas régulièrement ses contributions : ainsi, en 1686, on poursuivait le tenant de la ferme d’Hallefort, qui ne payait pas sa taille.

1709 – Il résulte d’un dénombrement qu’il y avait 95 feux.

En 1726, il est compté 450 habitants, et en 1745, 92 feux.

Ces chiffres tendent à démontrer que nous étions dans le vrai, en estimant à cinq, le nombre de personnes par ménage, dans l’évaluation de la population vers 1324.

Au commencement du XVIIIe siècle, les actes de l’état civil sont libellés un peu plus longuement que cent ans plus tôt.

En voici des exemples :

« Le 17 février, est née, et a été baptisée le même jour, Marie-Claude, fille de Jacques Camarge et dame Barba sa femme. Les parrains, Nicolas Palbras, garde-moulin, et Claude Charlot, fille de Nicolas Charlot. »

« Le 20 Juin 1714 a été inhumé dans le cimetière de Maisons en présence des témoins soussignés, Guillaume ; dit l’Espérance, carrier de la province d’Anjou, ainsi que Toussaint, son maître, nous a déclaré. » 

« En 1726, le 22 septembre, après les publications faites en cette paroisse, au prône de la messe paroissiale, les 18, 25 et 1er septembre, les fiançailles faites les jours précédents ce même jour ont été mariés, et ont reçu de moi, vicaire soussigné la bénédiction nuptiale, avec les cérémonies accoutumées. »

« Alexandre Guibaud, âgé de quarante-deux ans, de la paroisse de Mesnil-Brioude, du diocèse de Séez, fils des défunts Julien et Anne Fucodet, domestique depuis vingt ans, chez Monsieur Huet, receveur de la seigneurie de cette paroisse d’une part,

« Et de Elisabeth Boëte, âgée de vingt-quatre ans, fille de Claude et Marguerite Bouillet, ses père et mère, de cette paroisse d’autre part,

« En présence de Robert Briout, tailleur de pierres, Jean Mauger cordonnier, amis de l’époux, Claude Boëte, son frère, et Antoine Mathé, tonnelier, tous de cette paroisse, lesquels ont tous déclaré ne savoir ni écrire, ni signer, de ce qui suivant l’ordonnance. » 

« Cousteron Curé, Moreau vicaire. »

De 1725 à 1730, la moyenne annuelle des naissances est de 20. Celle des décès, de 24, et enfin des mariages de 6.

Le chiffre des naissances est resté sensiblement le même qu’un siècle avant (20 au lieu de 17 par an). Celui des mariages s’est augmenté (6 au lieu de 4). Mais, pour les décès, il y a un accroissement considérable (24 au lieu 11).

Les époques qui nous ont fourni des points de comparaison doivent être placées probablement aux pôles opposés, comme situation sanitaire, car dans le second cas, non seulement les décès ont plus que doublé sans que, selon toute apparence, il y eût augmentation sensible de la population, mais encore, il excède les naissances, ce qui, pour ces temps, est anormal.

Le dernier point de comparaison correspond à la période de maladie et de misère, succédant à la peste, qui frappa si cruellement Marseille et Avignon, de 1720 à 1723, et dont se ressentit toute la France.

Ce qui, du reste, nous confirme dans cette idée, ce sont les chiffres du dénombrement donnés plus haut, desquels il résulte, que de 95 feux, correspondant à 475 personnes au moins, existant en 1709, il n’y a plus que 450 habitants en 1726 et 92 feux en 1745. Cette diminution ne provient pas d’une exode, puisque le nombre des naissances est resté normal.

L’année 1709 avait déjà été marquée par un hiver terrible, qui, en détruisant les récoltes, avait amené la famine.

1714 – On reconstruit le pont de Charenton tel qu’on le voyait avant 1862. A cela près, qu’il n’y avait pas de trottoirs, et que des bornes s’appuyaient de place en place aux parapets.

Il était en pierre et en bois ; on raconte qu’il fut fait ainsi pour être plus facilement brûlé, au cas où on eût voulu le prendre.

Si le fait est exact, il détruit cette légende que les arches en bois furent faites en remplacement de celles en pierre, démolies à l’occasion d’une guerre.

1720 – Un Régiment de dragons d’Orléans, de passage à Maisons, y campe, et loge chez les habitants, il en résulte diverses dépenses pour transport de lits, collations aux maréchaux de logis, et fourniture de chandelles, et ce, contrairement à la charte toute récente de Louis XV, qui exemptait la commune de ces charges.

Un abbé Gaillard avait laissé à la commune, par testament, 3.000 livres, pour que le revenu fût affecté à l’instruction des filles pauvres. En dernier lieu, il en fut fait placement entre les mains de l’Archevêque, à la charge par lui de pourvoir à l’entretien de l’école.

1726 – A propos du règlement d’une dette de 328 livres, contractée par la commune envers un nommé Moreau, voici la formule du procès-verbal d’une assemblée communale :

« Aujourd’hui, dimanche 3 février 1726. Issue de la grand’messe paroissiale de Saint-Rémy de Maisons, après le son de la cloche, l’assemblée tenue au devant de la principale porte et entrée de l’église, sur le réquisitoire de Jean Cheureau Syndic, sont comparus, par-devant nous, André Boutelou, greffier et tabellion de cedit lieu de Maisons, les habitants de Maisons, ci-après nommés … Comparant à l’effet de régler, convenir et accorder sur les prétentions et demandes de M. Paul Moreau, marchand farinier à Paris… »

Il résulte de ce procès-verbal et de bien d’autres, qu’au début de la formation des communes, dans les questions importantes, tous les habitants étaient appelés à donner leur avis, ce qui n’était que la réédition des conseils ou palabres, en usage chez tous les peuples, dans l’enfance de leur civilisation.

1731 – Reproduction d’un titre fait au profit de l’église de Maisons par François Cézille, de six sols de rente hypothéquée sur une maison y mentionnée

« 21 octobre 1731 :

 « A tous ceux qui ces présentes lettres verront, François-Louis Gagne, procureur au Châtelet de Paris, prévost haut justicier juge civil, criminel et de police des prévosté, terre et seigneurie de Créteil, Maisons, Mesly, Pont-de-Charenton et dépendances, pour Illustrissime et Révérendissime père en Dieu, messire Charles-Gaspar Guillaume de Vintimille des comtés de Marseille, du Luc, Archevêque de Paris, duc de Saint-Cloud, pair de France, commandeur des ordres du Saint-Esprit, seigneur spirituel et temporel des susdits lieux ; salut.

« Savoir faisons, que par-devant André Boutelou greffier tabellion des susdits lieux, fut présent sieur François Cézille maître serrurier à Paris, y demeurant, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, lequel a reconnu et confesse, et par ces présentes, reconnaît et confesse qu’il est à présent détenteur, propriétaire et possesseur d’une grande maison, circonstances et dépendances, sise à Maisons, rue des Bretons, à porte charretière, grande cour deux corps de logis, four à cuire le pain, etc.

« Tenant d’un côté aux héritiers Viard, d’autre à M. de Bragelonne et veuve Rousselet, aboutissant par derrière sur le presbytère et par devant sur ladite rue des Bretons, et que sur ladite maison et lieux en dépendant, l’œuvre de la Fabrique de Saint-Rémy de Maisons a droit de prendre et percevoir pour chaque an, le jour et fête de Saint-Martin d’hiver la somme de six sols de rente, etc.

« Fait et passé à Maisons, en l’étude, l’an 1731 en présence de Jacques Barbarin et Laurent Coignet carriers…

« Reçu six sols pour les droits de contrôle. »

Mgr l’Archevêque ne pratiquait guère l’humilité chrétienne ; il cumulait l’amour des titres nobiliaires avec celui des titres de rentes.

Un sieur Grumeau, de Clichy, ayant été nommé maître d’École, on alla chercher ses meubles, ce qui coûta douze livres.

Comme la plupart des nouveaux arrivés, il ne trouva pas l’installation de la classe à son goût et mit la commune en frais ; il fallut acheter une table et un banc, qui coûtèrent six livres, puis un bâton et un sifflet payés trois livres.

On lui allouait une subvention de soixante livres par an, pour l’aider dans le paiement de son loyer, et pour l’instruction des enfants indigents.

Cet instituteur resta en fonctions pendant de longues années, il y était encore, peu avant la Révolution. Il percevait des familles une petite rétribution, souvent en nature, qui lui permettait de vivre. Ses descendants furent l’un percepteur et greffier pendant la Révolution et l’autre institutrice jusque vers 1834.

Toutes proportions gardées, il y a loin, de ces soixante livres de dépense annuelle et neuf livres de matériel, au budget actuel de l’instruction ; aussi n’est-on pas étonné de voir que, sur huit personnes figurant à un mariage, pas une ne savait même signer ; seuls, le curé et le vicaire pouvaient remplir cette formalité.

Il fallait quelquefois équiper le milicien et presque toujours le chausser ; une paire de souliers coûtait quatre livres dix sols. Cette année-là, pour le mener d’abord à Villejuif, et ensuite à Saint-Denis, il fut dépensé dix livres.

Un garde de grains, messier ou garde champart ([1]) entrait en fonctions à cette occasion, et, sans doute pour fêter cette institution nouvelle et l’embauchement, après lui avoir montré les limites des terres, il fut dépensé deux livres deux sols au cabaret.


[1] Garde champart : garde champêtre.

Extrait de : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours par Amédée CHENAL Maire de Maisons-Alfort – 1898

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Classé dans Amédée Chenal, Histoire locale, Maisons-Alfort

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