Enseignes (de Louis Sébastien Mercier)

Les enseignes sont maintenant appliquées contre le mur des maisons et des boutiques ; au lieu qu’autrefois elles pendaient à de longues potences de fer ; de sorte que l’enseigne et la potence, dans les grands, vents, menaçaient d’écraser les passants dans les rues.

Quand le vent soufflait, toutes ces enseignes, devenues, gémissantes, se heurtaient et se choquaient entre elles ; ce qui composait un carillon plaintif et discordant, vraiment incroyable pour qui ne l’a pas entendu. De plus, elles jetaient la nuit des ombres larges, qui rendait nulle la faible clarté des lanternes.

Ces enseignes avaient pour la plupart un volume colossal et en relief. Elles donnaient l’image d’un peuple gigantesque, aux yeux du peuple le plus rabougri de l’Europe. On y voyait une garde d’épée de six pieds de haut, une botte grosse comme un muid, un éperon large comme une roue de carrosse ; un gant qui aurait logé un enfant de trois ans dans chaque doigt, des têtes monstrueuses, des bras armés de fleurets qui occupaient toute la largeur de la rue.

La ville, qui n’est plus hérissée de ces appendices grossiers, offre pour ainsi dire, un visage poli, net et rasé. On doit cette sage ordonnance à M. Antoine-Raymond-Jean-Gualbert-Gabriel de Sartine, qui, de lieutenant de police, est devenu ministre de la Marine.

Extrait de : « Tableau de Paris » de Louis Sébastien Mercier (écrit entre 1781 & 1790)

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