Ruisseaux

    Un large ruisseau coupe quelquefois une rue en deux, et de manière à interrompre la communication entre les deux côtés des maisons. A la moindre averse il faut dresser des ponts tremblants. Rien ne doit plus divertir un étranger que de voir un Parisien traverser ou sauter un ruisseau fangeux avec une perruque à trois marteaux, des bas blancs et un habit galonné, courir dans de vilaines rues sur la pointe du pied, recevoir le fleuve des gouttières sur un parasol de taffetas. Quelles gambades ne fait pas celui qui a entrepris d’aller du faubourg Saint-Jacques dîner au faubourg Saint-Honoré, en se défendant de la crotte, et des toits qui dégouttent ! Des tas de boue, un pavé glissant, des essieux gras, que d’écueils à éviter ! Il aborde néanmoins ; à chaque coin de rue il a appelé un décrotteur ; il en est quitte pour quelques mouches à ses bas. Par quel miracle a-t-il traversé sans autre encombre la ville du monde la plus sale ? Comment marcher dans la fange en conservant ses escarpins ? Oh ! c’est un secret particulier aux Parisiens, et je ne conseille pas à d’autres de vouloir les imiter.

Perruque à trois marteaux

Pourquoi ne pas s’habiller conformément à la boue et à la poussière ? Pourquoi prendre à pied un vêtement qui ne convient qu’à celui qui roule dans une voiture ? Pourquoi n’avoir pas des trottoirs comme à Londres ?

Extrait de « Tableau de Paris » de Louis Sébastien Mercier (écrit entre 1781 & 1790)

Adhérent-CGMA-Sylvie-R-152 

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