Archives quotidiennes : 19 juillet 2014

AZEMAR Tranche de vie sous la Révolution- Episode II – Louis Guillaume Joseph

Voyons maintenant l’histoire du fils aîné, Louis Guillaume Joseph AZEMAR, il est né le 7 mai 1756 à GRAULHET (81), 2ème enfant, mais fils aîné de Jean Joseph et de Raymonde CORBIERE. Il épouse le 6 juillet 1784 à CASTRES, Marie Françoise de la BARTHE-VIDAILLAC, fille de Pierre et de Jacquette de CAPIN ; 6 enfants naîtront de ce mariage.

Etant membre du « Cercle Littéraire de CASTRES » au cours de la séance du 2 mai 1790, il propose de changer le nom du Cercle. Après une courte discussion, il est choisi « Société des Amis de la Constitution » (AD 81, L 1592, f 131)

Le 23 germinal An I (12 avril 1793), une proclamation relative aux suspects est votée. Trois listes de citoyens sont dressées :
–    liste des gens très suspects, n’ayant pas droit au certificat de civisme, ni au passeport pour l’étranger : emprisonné
–    liste des bons patriotes : certificat de civisme
–    liste des citoyens dont le civisme n’a pas été courageux, ni désintéressé et par conséquent : suspects

Il fut donc déclaré comme suspect le 23 germinal (12 avril 1793), et comme il demeurait sur ses terres d’ARLAUSSE à 15 km de CASTRES, fut prié de revenir demeurer en ville. Comme il ne s’était pas plier à l’ordre qui lui était donné, il fut arrêté le 5 floréal An I (24 avril 1793) et reclus une première fois au Séminaire de CASTRES.
Il fut relâché le 16 floréal An I (5 mai 1793) sur ordre du Commissaire National François CHABOT.
En application de la « loi des suspects » du 1 complémentaire An I (17 septembre 1793) qui déclarait coupable « tous ceux qui n’ayant rien fait contre la liberté, mais n’avait rien fait pour elle », il fut de nouveau arrêté le 10 vendémiaire An II (1er octobre 1793) et conduit une deuxième fois au Séminaire de CASTRES.
1er mémoire (AD 81, coté L 306-94) aux Comité, malheureusement sans date, mais que je situe vers la fin de l’année 1793, où il se justifie « comme bon patriote » et il termine en écrivant «  qu’il a une femme et deux enfants en bas âge, que sa fortune est modique et que son bien, qui doit être partagé entre ses 6 enfants, ne vaut plus de 60.000 livres.
Lettre, sans date, (AD 81, coté L 306-95) où il écrit que : «depuis quatre mois je me languis dans les liens d’une dure captivité, et j’ignore encore les motifs de ma détention », il continu par «la loi du 1er complémentaire An I (17 septembre 1793) concernant l’arrestation des gens suspects ne m’atteint sous aucun rapport. Je ne suis point ci-devant noble, nul de mes parents n’a lâchement déserté sa patrie ; je n’ai pris ni directement ni indirectement la moindre part aux mesures fédéralistes. Toujours fidèle et soumis aux lois, l’on ne m’a jamais vu chercher à troubler l’ordre public, etc. » il continu par «  c’est à ce titre que je réclame votre justice : comme citoyen fidèle et soumis et comme homme malheureux. » et termine par « je vous pris donc Citoyen, de m’accorder ma liberté et de me rendre à une femme et à des enfants qui versent des larmes sur le sort de leur époux et père »
signé AZEMAR fils aîné

Lettre aussi sans date (coté L 306-96) où il écrit que « plusieurs décrets rendent la liberté aux agriculteurs, et que depuis 1790, il n’a eu d’autre occupation » et il termine en disant « d’après ces considérations, je réclame ma liberté et j’attends de votre justice »

Un arrêté en date du 24 nivôse An II (13 janvier 1794, AD 81, coté L 306-97) du Comité de Sûreté Générale et de Surveillance de la Convention Nationale : « vu le tableau et les pièces produites, le Comité arrête que le citoyen AZEMAR fils aîné, détenu à CASTRES, sera sur le champs mis en liberté et les scellés apposés sur ses papiers levés. L’agent national du district de CASTRES est chargé de l’exécution du présent arrêté » (suit les signatures du Comité).
Cet arrêté fut sans suite, l’élargissement n’eut pas lieu, il fut maintenu en réclusion dans le Séminaire. Peut-être n’eut-il jamais connaissance de cette mesure prise en sa faveur, par la Convention Nationale.

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Arrêté du 24 nivôse An II, coté L 306-97

Inventaire, en date du 27 germinal An II (16 avril 1794, AD 81, coté L 306-98), des objets séquestrés au citoyen AZEMAR fils aîné.
« nous François CADELET et Jean Antoine AZAIS, commissaires nommés pour l’exécution du décret de la Convention Nationale du 8 ventôse An II (26 février 1794) avons procédé à la levée des scellés apposés sur les meubles du citoyen AZEMAR, fils aîné, et procédé à l’inventaire d’iceux, en présence du citoyen PICAREL, Secrétaire en Chef du Directoire du District de CASTRES.
Premièrement : une grande malle dans laquelle y avons trouvé six nappes et deux douzaines de serviettes de table ; une nappe, dix serviettes sales et deux essuye-mains. Plus dans une autre malle : un habit taffetas gorge de pigeon et finalement une veste de coton blanche. Plus une caisse de pendule. Avons laissé, audit AZEMAR, les comestibles que nous avons trouvé dans lesdites malles, ainsi que divers effets servant à l’usage de son épouse, ou e sa petite fille, ainsi que certains autres à luy indispensablement nécessaires, conformément audit arrêté. »
Signé AZAIS Commissaire, CADELET Commissaire et COURTES

Une pièce imprimée (AD 81, coté L 306-100) du Directoire du District de CASTRES, « établie pour l’afferme des biens séquestrés au profit de la Nation. Publication faisant savoir que le domaine d’Arlausse et les vignes en dépendant, séquestrés au citoyen AZEMAR aîné, Syndic du cy-devant diocèse, reclus en la commune de CASTRES, au lieu de PUECH-AURIOL (81), aurait lieu le 15 prairial An II (3 juin 1794).
L’adjudication en a été faite au 6ème et dernier feu, et à la 18ème enchère en faveur de la citoyenne Marie Françoise DEBON, épouse dudit AZEMAR, pour le temps d’une, deux ou trois années, si tant la séquestration dure, en présence de Paul COMBES et Benoît FABRE, agriculteur demeurant audit Arlausse, qui s’offrirent pour caution.
Le présent bail consenti à partir du 15 prairial An II (3 juin 1794), courant, moyennant la somme de 4.600 livres pour chacune année, payable en deux termes égaux, en vendémiaire et en pluviôse, etc. »
Signé DEBON AZEMAR, COMBES, B FABRE, LAGARRIGUE Commissaire.

Enregistré à CASTRES, le 29 prairial An II (17 juin 1794), reçu 92 livres, signé DELTIL.

Dans la séance du 19 ventôse An II (9 mars 1794), le Comité de Surveillance prend un arrêté disant que : « les citoyens et les citoyennes soupçonnés d’un civisme douteux, qui habitent dans leur maison de campagne, de regagner leur domicile dans la ville de CASTRES (81), afin d’être soumis à la surveillance quotidienne. » Parmi les personnes figure « la citoyenne AZEMAR, femme reclus », c’était Marie Françoise DEBON, femme de Louis Guillaume AZEMAR, fils aîné.
Bien qu’à peine remise de son accouchement, qui eu lieu le 30 nivôse An II (18 février 1794), elle fut contrainte de venir habiter à CASTRES, avec son nouveau né probablement chez son beau père, Jean Joseph, car c’est elle et sa belle sœur Julie AZEMAR, qui comparurent le 29 thermidor An II (16 août 1794), devant le Comité de Surveillance, pour protester « avec autorité, arrogance et indignation » contre l’incarcération d’AZEMAR père, à la Tour Caudière (AD 81 série L 1406 f 28 à 109).
Vers le 20 ventôse An II (10 mars 1794), Louis Guillaume rédige un nouveau mémoire justificatif qu’il fait imprimé (qui n’a pas été conservé jusqu’à nous), où il écrit « qu’il a toujours été un bon patriote, qu’il faisait connaître les outrages dont on s’était rendu coupable contre lui, envers sa femme et son enfant de 17 jours) (le retour de la maison de campagne à la ville).
Ce mémoire fut lu par le Comité de Surveillance  qu’il là réfuté avec force, et décompose le poison qu’il contient, afin que la Société puisse en prévenir les dangereux effets » (AD 81 série L 1532).
Dans la séance de la Municipalité de CASTRES du 25 prairial An II (13 juin 1794), le certificat de civisme a été refusé à six personnes, dont AZEMAR fils aîné (AM de CASTRES registre D 3, f 103). Après les événements de thermidor, il reçut la visite au Séminaire les 28 et 29 thermidor An II (15 et 16 août 1794) de son père Jean Joseph qui, d’office s’était cru libre, mais leur détention devait encore durer cinq mois (AD 81, série L 1406, f 08 et 109).
Dans la séance du Comité de Surveillance du 25 pluviôse An III (13 février 1795, AD 81 série L 1407), présidé par le citoyen Rex LAVAL, à l’ouverture de la séance, le Comité s’est occupé de la pétition que lui à remis le citoyen AZEMAR fils aîné le 22 pluviôse AN III (10 février 1795) et après une mûre discussion, le Comité a répondu « après avoir examiné les pièces qu’il a produites, et les avoir comparées avec la conduite qu’il a ténue dans cette commune, et avoir derechef consulté l’opinion publique et pesé avec la plus mûre réflexion les principes d’AZEMAR aîné ; le Comité est d’avis qu’il soit encore maintenu sous surveillance des autorités constituées ».
Dans la séance du Comité de Sûreté Générale du 26 pluviôse An III (14 février 1795, AD 81, série L 1407) le citoyen AZEMAR fils aîné, nous a présenté un arrêté en date du 24 nivôse An III (13 janvier 1795), dont la teneur suit « vu le tableau et les pièces produites, le Comité arrête que le citoyen AZEMAR fils aîné détenu à CASTRES, sera sur le champs mis en liberté et les scellés apposés sur ses papiers levés »
Il est libéré définitivement après une détention qui dura environ un an et quatre mois. Il parti avec femme et enfants dans son domaine d’Arlausse. Il décèdera le 12 septembre 1841 à VIDAILLAC (46) à l’âge de 84 ans.

Rédigé par Adhérent-CGMA-Maurice-134

A suivre…

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