Archives quotidiennes : 18 juillet 2014

Revue de presse (86) : registres matricules d’Ille-et-Vilaine

Les fiches matricules militaires de l’Ille-et-Vilaine accessibles en ligne

La Revue française de Généalogie

Que dire de cette mise en ligne des registres matricules par les archives d’Ille-et-Vilaine, sinon que ce travail est formidable et utile à tous les …

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Classé dans Registres de matricules, Revue de Presse Virtuelle

AZEMAR Tranche de vie sous la Révolution- Episode I – Jean Joseph

La série L des AD réunit l’ensemble des archives administratives et judiciaires de la période Révolutionnaire de 1790 à 1800, et dans cette série, j’ai trouvé un dossier coté L 306 pièce 91 à 116, qui contenait diverses lettres écrites de leurs mains, par les AZEMAR père cet fils. Le père, Jean Joseph, 67 ans, nommé en 1743 Consul de la ville de CASTRES par le Roi, Syndic du Diocèse, qui succéda à son père dans cette fonction. Le fils aîné, Louis Guillaume Joseph, 37 ans avocat, aussi Syndic du Diocèse, qui prend la suite de son père. Le fils cadet, Pierre Henry, 36 ans, ingénieur des ponts et chaussées travaillant dans la région. Mon épouse est une descendante du fils cadet.

Dans ces lettres, chacun s’efforçait de prouver qu’il avait toujours été un bon patriote et demandait sa mise en liberté. Cette découverte m’a permis de reconstituer l’histoire de cette famille d’une façon détaillée sur un laps de temps précis.

Commençons par Jean Joseph AZEMAR, le père, (1725-1795), veuf de Raymonde CORBIERE (1736-1779), depuis près de quinze ans, il vivait avec ses trois filles, Henriette, Julie et Victoire, qui à l’époque étaient toutes célibataires.
En application de la « loi des suspects » du 1er jour complémentaire An I (17 septembre 1793), il est arrêté le 7 vendémiaire An II (28 septembre 1793), pour avoir, dans son discours du 10 vendémiaire An II (28 juin 1793) devant la Société Castraise dit qu’il « désirait consolider l’autorité royale par crainte de voir s’établir l’anarchie ». Mais son discours, son attitude en diverses occasions favorable à la monarchie, et le regret qu’il exprima en janvier 1793, lors de la mort du roi, contribuèrent à le faire ranger parmi les suspects de la révolution.

Au moment de son arrestation, il est en mauvaise santé, il souffre de la maladie de la pierre. Dans un premier temps, il fut consigné au Grand Séminaire de CASTRES, et à partir du 2 brumaire An II (23 octobre 1793), il fut mis aux arrêts dans sa propre maison.

Dans sa lettre du 6 pluviôse An II (25 janvier 1794, AD 81,coté L 306-91) adressé au citoyen PAGANEL, Député du Lot et Garonne, représentant du peuple Français, il dit : « un septuagénaire, encore plus courbé sous le poids des infirmités que celui des années, implore ta justice » et « je réclame  ma liberté, j’en suis privé sans motif connu », et il termine par « adieu représentant du peuple, je te salue fraternellement »
Signé AZEMAR père
Et il ajoute après sa signature : « je suis en arrestation chez moi, mais je dois t’observer qu’il ne m’a jamais été donné de garde, étant icy sur ma parole ».

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Lettre du 6 pluviôse AN II, coté L 306-91

Nouvelle lettre le 30 pluviôse An II (18 février 1794, AD 81, coté L 306-92) au Comité de Surveillance révolutionnaire à CASTRES, où il dit : «  qu’il est un bon citoyen, qu’il est choqué par la fierté des nobles, qu’il ne savait pas que le journal « L’OBSERVATEUR » était un journal réactionnaire, qu’il n’a pas regretté la mort du roi, auteur ou complice des maux sous le poids desquels la France était sur le point de succomber ». Il termine en demandant qu’on « le remette en liberté dont il est privé depuis le 28 septembre dernier (vieux style).
Dans l’angle de la lettre, il est écrit « il n’y a pas lieu à délibérer ».

Nouvelle lettre le 27 ventôse An II (16 mars 1794, AD 81, coté L 306-93) au Comité de Surveillance Révolutionnaire à CASTRES, où il réaffirme «  sont état de bon citoyen, qu’il ne regrette en rien ce qui est arrivé au roi, et que sa famille à toujours été d’ardant défenseur de la république », et il termine par « Salut et Fraternité signé AZEMAR père ».

Il répond à son fils cadet (Pierre Henry), le 28 thermidor An II (15 août 1794, AD 81, coté L 306-110) à une lettre qu’il lui a envoyé le 14 thermidor An II ( 1 août 1794) de la prison de LAVAUR (81), où il lui dit que : «  ROBESPIERRE, GOUTON, SAINT JUST, LE BAS, HENRIOT etc. viennent de perdre la tête » il lui écrit en plus qu’un décret a été pris qui ordonne l’examen des causes des détenus dans les maisons d’arrêts », il lui dit en plus que : «  le Comité de Sûreté générale travaille sur des notes qui lui ont été adressé par les autorités constituées du département pour la libération des prisonniers », il termine sa lettre par : « enfin tout concourt à prouver que le règne des malveillants va finir, et qu’ils recevront le prix de leurs forfaits, il était bien temps ».
N B : « accuse moi la réception de cette lettre, y il s’écoule trois courriers sans que ta réponse me parvienne, je porterai ma plainte au Comité de Salut Public en lui adressant uns copie, j’en ai fait une minute exprès. Il est temps en fin que l’oppression cesse, elle n’a que trop durée. Adieu
Je t’embrasse signé AZEMAR

Nouvelle lettre le lendemain, 29 thermidor An II (16 août 1794, AD 81, coté L 306-111) à son fils cadet qui commence par : «  ça va, ça va, mon ami ça va, la roue tourne toujours dans le bon sens, c’est la justice qui la fait  mouvoir », en suite, il cite l’article 1er du décret du 18 thermidor : « le Comité de Sûreté générale est chargé de faire mettre en liberté tous les citoyens détenus comme suspects pour des motifs qui ne sont pas désignés par la loi du 17 septembre (vieux style) », il poursuit par : « en conséquence et en attendant l’exécution du décret, je me suis cru libre et suis allé promener en ville. Je viens de voir ton frère (Louis Guillaume) reclus au Séminaire, qui va faire imprimer sa justification et faire connaître les outrages dont on s’est rendu coupable envers lui, sa femme, qui n’était pas encore relevé de ces couches et envers un enfant de 17 jours, qu’elle venait de donner à la République. J’espère que ma lettre d’hier, ainsi que celle-cy te seront remises, et pour épargner aux violateurs du droit des gens la peine de les décacheter, je te les envoie ouvertes ». Il proteste toujours de son « innocence, d’être traité comme un scélérat, à son âge, infirme, père d’une nombreuse famille (il aura 14 enfants), être privé près d’un an de sa liberté, avoir ses biens séquestrés, privé pendant longtemps des aliments, de tous entretiens. Cela peut-il tomber sous le sens, cela est-il croyable, cela pourtant n’est que trop vrai.
Adieu signé AZEMAR père

Il sera réincarcéré dans la prison de la Tourcaudière le 30 thermidor An II (17 août 1794) par décision du Comité de Surveillance Révolutionnaire de CASTRES, pour être venu sous les fenêtres du Séminaire, où était incarcéré son fils aîné, tenir des propos injurieux à l’encontre de ceux qui avait mis son fils en prison. Il fut transféré le 13 fructidor An II (30 août 1794) dans la maison CAMBON, infirmerie des détenus toujours à cause de sa maladie, Sa fille Julie et sa belle fille Marie Françoise DEBON viendront le 29 thermidor An II (16 août 1794) devant le Comité de Surveillance Révolutionnaire de CASTRES pour protester « avec autorité, arrogance et indignation » contre cette incarcération (AD 81, série L 1406, f 28 à 109).

Il fut libéré le 11 nivôse An III (11 janvier 1795). En tout, la durée de son incarcération fut d’un an et quatre mois. Il obtiendra son certificat de civisme le 13 pluviôse An II (1 février 1795). Il se retire définitivement au domaine d’Arlausse, domicile de son fils aîné. Il faut croire qu’il était réellement malade, car il mourra 6 mois plus tard à CASTRES le 4 thermidor (22 juillet 1795) âgé de 69 ans. Il fut enseveli auprès de son épouse dans le cimetière de PUECH AURIOL (81).

Rédigé par Adhérent-CGMA-Maurice-134

A suivre…

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