Les nourrices

Aujourd’hui, le sujet de la permanence était  les « nourrices ».
Après l’intervention, la semaine dernière de Jacques, dans laquelle il évoquait la nourrice qui avait élevé son grand père, nous ne pouvions que débattre sur ce sujet.
Merci :
A Luciane de nous avoir fait part de l’acte dans lequel elle a trouvé un de ses ancêtres « nourricier ».
A Monique qui nous a parlé de sa tante « nourrice ».
A Thérèse, Sylvie, et Jacques, par leurs commentaires, ont complété l’animation.
Joël nous a rappelé que le  n°19 -2001 du bulletin CLIO 94 était consacré aux femmes dans le sud-est parisien XVIIe – XXe siècle.
Un article de Françoise BALARD était intitulé « les nourrices à Sucy en Brie »
Dans ce même bulletin Madame AUBERT nous emmenait « à la rencontre de quelques femmes de Maisons-Alfort »
Dans ce compte rendu vous retrouverez une partie des informations que nous avons échangées, ainsi que quelques renseignements complémentaires.

LES NOURRICES DONNENT LEUR LAIT POUR PRESERVER LA POITRINE DES MONDAINES
Au moyen âge jusqu’au XVI ème dans les milieux aristocratiques
Les dames doivent protéger leur poitrine et leur santé fragile
Prises par les mondanités et les réceptions, elles n’ont pas le temps de s’occuper d’un nouveau né.
Les enfants sont envoyés chez un couple nourricier  ou ces dames emploient  une nourrice à domicile.

AU XVII ET XVIIIEME SIECLE LA PRATIQUE S’ETEND A LA BOURGEOISIE ET DANS LE PEUPLE URBAIN
Beaucoup d’enfants de Paris mais aussi des grandes villes sont envoyés à la campagne pour un an ou deux.
En 1780 à Paris sur 21000 naissances
1000 sont allaités par leur mère.
2000 (les plus aisés) en ville ou proche banlieue. La nourrice coûte de 10 à 25 livres par mois
18000 dans toute la région parisienne – plusieurs jours de marche  –  La nourrice coûte 5 à 8 livres par mois.
CONSEQUENCES :
25 à 40 % de décès, d’enfants en bas âge contre 18 à 20% pour ceux élevés par leur mère
CAUSES :
– fragilité des nourrissons âgés de quelques semaines
– voyage fatiguant avec des  conditions climatiques perturbant souvent  la santé du nouveau- né
– inadaptation du lait
– maltraitance
-allaitement de deux enfants à la fois
– absence de surveillance (étouffement par un animal)
– accidents domestiques (brûlures avec de l’eau bouillante ou à l’approche de la cheminée)

REGLEMENTATION DE LA PROFESSION :
Dès 1769 par la réglementation des recrutements de nourrices, des activités de meneurs et du collectage des mensualités auprès des familles :
– Les nourrices doivent posséder un certificat de bonnes vie et mœurs (délivré par le Curé)
– Un examen médical complet et minutieux. (lait quantité qualité, examen de l’enfant de la nourrice)
– Le transport des nourrissons (les bébés étaient transportés de plus en plus loin dans les campagnes, entassés dans des charrettes ou à dos d’âne)
– les outils de travail de la nourrice,
– les règles touchant au lait, (des nourrices alimentaient les enfants avec du lait animal, de la farine diluée dans de l’eau, de l’alcool dans les bouillies, de l’opium était étalé sur les seins pour endormir l’enfant)
– les conditions de garde (les enfants,  dans leurs langes, étaient suspendus, accrochés par des clous,  pour les protéger des animaux vivant autour d’eux)

CREATION DE BUREAUX DE NOURRICES
Direction des nourrices confiée à des recommanderesses
Puis en 1769 au bureau des nourrices
Des  bureaux municipaux mais aussi privés d’où des abus.

LES NOURRICES DU MORVAN :
Deux types de nourrices :
1 -LES NOURRICES SUR  «  LIEU » :
La  bourgeoisie emploie des nourrices sur lieu.
C’est un signe extérieur de richesse.
Les Morvandelles étaient réputées  pour leur santé et la qualité de leur lait.
Les femmes quittaient, par nécessité enfants et maris auxquels elles écrivaient et restaient fidèles et  venaient nourrir  un enfant à domicile.
Elles étaient considérées, nous dit Sylvie, comme des femmes « sans cœur » et « dévergondées » qui abandonnaient mari et enfants pour aller se vendre chez les riches. Elles ont été très critiquées à l’époque.
Leur but :
Un complément de ressources,  achat de terres, réfection de la chaumière, adjonction d’une nouvelle construction « maison de lait »
Exemple :
A Maisons-Alfort  rue Bourgelat  Madame PERRAULT née en 1900 a été élevée jusqu’à 10 ans par ses grands parents. Sa mère originaire du Morvan  était venue, quand elle avait 6 mois, en région parisienne, pour se placer comme nourrice. Son père travaillait chez « Postillon » il transportait en calèche le vin sur Paris jusqu’en 1925. A cette date, il est reparti dans sa région natale, la circulation augmentant il devenait difficile de circuler en calèche dans Paris. Le couple a acheté un morceau de terre et est devenu cultivateur.
Une visite aux archives départementales s’impose pour consulter la série Q du E-Dépôt de Maisons-Alfort,
5Q42 Maisons de sevrage et nourrices : ordonnances 1828
5Q43 1867 – 1869
Autre anecdote un peu hors sujet :
En 1910, la maman de Madame PERRAULT a  accouché pendant les inondations de son troisième enfant. Les rues  étant impraticables  c’est un médecin de l’école vétérinaire qui est venu en barque procéder à l’accouchement.

2 – LES NOURRICES « SUR PLACE » ou à EMPORTER OU AU LOIN :
C’est la misère qui poussait les jeunes mères Parisiennes à abandonner leurs enfants qui étaient recueillis par l’Assistance Publique et placés à la campagne.
C’est le nombre important d’abandons qui a rendu nécessaire l’organisation du placement des orphelins.
Dans le Morvan « petits Paris » c’est le nom donné à ces enfants.
50000 enfants furent accueillis de cette manière dans le  Morvan par l’intermédiaire des bureaux de placement Parisiens ou d’agence régionale comme celle de Château-Chinon qui plaçait environ 3000 enfants par an.
Thérèse indique : «  dans les registres que j’ai pu consulter dans l’Aisne, sur les actes de décès des enfants placés venant de la maison de Paris,  en marge  la mention  « parisien  » figurait.
Toujours comme objectif un complément de revenu pour les familles
Accueil parfois à vie.

A PARTIR DE 1850
Le contrôle médical des enfants issus des milieux populaires s’étend. Des sociétés de protection infantile apparaissent et les enfants accueillis en nourrice sont très suivis
Une première législation, la loi Roussel, en  1874,  institue un code des droits et des devoirs de la nourrice pour lutter contre la mortalité et les abus liés aux placements nourriciers, complété par un règlement d’administration publique du 27 février 1877 qui comporte trois titres dans lesquels sont précisés.
– l’organisation du service (titre 1),
– les modalités de contrôle des placements (titre 2)
– la tenue des registres de déclarations (titre 3).
Ces dispositions se trouvaient reproduites dans le carnet qui accompagnait la nourrice.
Depuis 1851  l’administration municipale garantissait et payait effectivement aux nourrices 15 francs pendant 10 mois.
Une charge pour les finances municipales.
Suppression du bureau  des nourrices de Paris le  22 novembre 1876

DEBUT XXème SIECLE :
Le marché des nourrices perdure jusqu’à la première guerre mondiale.
ARRIVEE DU BIBERON :
EVOLUTION DU MODE D ’ALLAITEMENT ET DE GARDE DES ENFANTS
L’accueil en nourrice diminue. Les biberons stérilisables apparaissent et l’allaitement artificiel est fortement encouragé grâce aux découvertes de  Louis Pasteur.
Progressivement, les parents se mettent à garder leurs enfants chez eux.  La médecine va encourager les mères à élever elles-mêmes leurs enfants.
La Protection Maternelle et Infantile apparaît en 1945. Une de ses missions est d’organiser la surveillance des placements nourriciers. La fonction évolue vers une fonction de garde et de soins. L’une des préoccupations de l’époque est la baisse du taux de mortalité.
Des femmes nourricières pour venir en aide à des parentes et amies dont la maternité a coïncidé avec celle de la maman demandeuse ( bébé fragile prématuré chétif. Frères et sœurs de lait)
A PARTIR DE 1960
Les pratiques éducatives  s’assouplissent, influence de la psychologie sur les pratiques éducatives. Il existe des manuels d’apprentissage de la fonction maternelle. Parallèlement à l’accroissement du travail des femmes, il est de bon ton que celles-ci restent encore auprès de leurs enfants pour les élever. Les modes d’accueil collectifs sont peu nombreux, le travail des nourrices appelées également gardiennes est peu réglementé. Le travail au noir est important.
EN  1977
loi de 1977 les gardiennes accèdent au statut d’assistante maternelle.
Elles ont pour fonction d’assister les parents dans leurs tâches éducatives  auprès de leur enfant.
Création d’un statut professionnel précisant les modalités d’agréments délivrés par la P.M.I.
Cette loi fixe :
– une base de rémunération (2 SMIC horaire pour une garde de 8 heures par jour)
– une égalité de droits avec  l’ensemble des salariés en  termes de congés payés
– Les indemnités d’absence (un SMIC horaire par jour)
Certaines contraintes sont également imposées aux assistantes maternelles :
– règles d’agrément (examen médical, aptitude reconnue à la garde des enfants, salubrité du logement)
– la loi impose aux parents employeurs de déclarer l’assistante maternelle

EN 1992
La loi du 12 juillet 1992 vient renforcer celle de1977 en insistant sur la fonction d’accueil. Elle a aussi pour but de lutter contre le travail au noir. Elle favorise la reconnaissance du travail de maternage et d’éducation que dispensent les assistantes maternelles à leur domicile
EN  2005
La Convention Collective des Assistantes Maternelles  du particulier employeur est applicable depuis le 1er janvier 2005.

SCIENCE DU PRATICIEN DE L’ETAT CIVIL :
Trouvé sur le site GALLICA : http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5408642v.r=.langFR
Titre : La Science du praticien de l’état civil, exposition des règles applicables à la préparation et à la rédaction des actes de l’état civil, ainsi qu’à l’accomplissement des formalités qu’ils entraînent, par A. Miscopein,…
Auteur : Miscopein, A.
Éditeur : P. Dupont (Paris)
Date d’édition : 1890
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : application/pdf
Droits : domaine public
Identifiant : http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5408642v
Source : Bibliothèque nationale de France
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30953706p/description
Provenance : bnf.fr
Le chapitre XI est consacré à la protection de l’enfance du premier âge et à l’application de la loi du 23 décembre 1874  (loi Roussel) à partir de l’enregistrement de la naissance.

AUTRES SITES :
DEFINITION ET EVOLUTION DU METIER DE NOURRICE

http://www.genealogie.com/v2/genealogie-en-ligne/ancien-metier.asp?id_metier=90

EVOLUTION DU METIER DE NOURRICE

Transposition pour le Web du travail de Julie Elaerts
http://www.hemes.be/esas/mapage/euxaussi/vieetmort/nourrice.html

EVOLUTION DE LA PROFESSION DE NOURRICE
http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://ram.de.la.charabiole.free.fr/dossiers/historique%2520profession/tetee%25201850&imgrefurl=http://ram.de.la.charabiole.free.fr/dossiers/historique%2520profession/historique.html&usg=__YWeMP6zC_JFO8sqaDxX2rrkS2Ug=&h=410&w=326&sz=30&hl=fr&start=12&tbnid=WP1ub-_4ATPZWM:&tbnh=125&tbnw=99&prev=/images%3Fq%3Dnourrice%26gbv%3D2%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official

LES NOURRICES MORVANDELLES

http://pagesperso-orange.fr/bernard.lecomte/lormes/morvan/textes/nourrice.htm

http://mapage.noos.fr/morvand/Nourrices.htm

5 Commentaires

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5 réponses à “Les nourrices

  1. Un article d’avril 2010 recyclé en 2014 qui plait toujours.
    Joël

    J'aime

  2. Merci pour cet article ! La motivation « mondaine » qui pousse les femmes à laisser leurs enfants en nourrice est évoquée dans le livre d’Elisabeth Badinter « L’amour en plus ». En effet, non seulement il fallait préserver leur beauté, mais si elles n’étaient pas disponibles pour reprendre leurs activités mondaines… elles étaient « remplacées » 😉
    Elles ne pouvaient ignorer le danger qu’il y avait à placer ces enfants et la mortalité terrible qu’entrainait cette pratique.
    Mes relevés d’archives de la Vienne, montrent que non seulement les enfants des bourgeois de la ville (notaires) étaient mis en nourrice au village mais lorsque la mort arrivait, les parents ne se déplaçaient pas pour l’enterrement…
    Amitiés

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  3. un grand grand merci pour cet article.Sylvie

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  4. Nathalie Martin

    Bonjour et surtout merci pour l’article relatif aux nourrices : les conditions de vie de ces petits placés fait frémir et je comprends mieux le taux élevé de mortalité rencontré notamment dans le relevé que je viens de terminer des décès d’Ampus (1803-1912).
    Bravo !

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  5. Brigitte

    Bonjour
    En 2004 Renaud Bertrand a réalisé un téléfilm sur les nourrices du Morvan qui est passé fin dec 2008 sur la TNT.
    Je ne sais pas si dans le Var il y a eu beaucoup d’enfants placés en nourrice car en faisant mes recherches je ne vois que très rarement de décès de tous petits(faut dire que je ne sors pas beaucoup de Bauduen),en revanche j’en ai vu beaucoup plus en Ille et Vilaine,dont les parents n’étaient pas forcément d’un milieu aisé.
    Bref un grand grand merci à vous tous du mardi,et sachez que les mardis me manquent,il s’y passe toujours plein de choses intéressantes.
    Brigitte

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