Archives quotidiennes : 18 novembre 2013

18 novembre 1870 – Mort à l’ambulance de l’École Vétérinaire

Mort à l’ambulance de l’École Vétérinaire d’Alfort en 1870

83 – CARTRON Joseph – Du dix-huit novembre mil huit cent soixante-dix, à deux heures du soir, acte de décès constaté suivant la loi de CARTRON Joseph, soldat au onzième régiment de marche, quatrième compagnie, immatriculé sous le numéro 6540, né le vingt-sept mai mil huit cent cinquante à Lutin (Vienne), décédé la veille à deux heures et demie du soir à l’ambulance de l’École Vétérinaire d’Alfort.

Morts à l’Ambulance de l’École Vétérinaire d’Alfort

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Etat des communes – Maisons-Alfort (Partie I)

Etat des communes – Maisons-Alfort    (1904)

Département de la Seine

Direction des affaires départementales.

Etat des communes à la fin du XIXe siècle

Publié sous les auspices du Conseil Général

 

1904

 

Maisons-Alfort [1]

Anciennement, communauté de la Généralité et de l’Election de Paris, paroisse du doyenné du Vieux-Corbeil.

De 1787 à 1790, municipalité du département de Corbeil et de l’arrondissement de Bourg-la-Reine.

De 1790 à 1792, commune du district de Bourg-la-Reine et du canton de Saint-Maur.

De 1792 à l’an IX, commune du district de Bourg-la-Reine (supprimé par la Constitution de l’an III) et du canton de Charenton-le-Pont.

Depuis l’an X, commune de l’arrondissement de Sceaux et du canton de Charenton-le-Pont.

I  –  Faits historiques

Avant de confondre leurs eaux, en aval du pont de Charenton, en un point qui pour cette raison a reçu le nom de Conflans (confluent), la Seine et la Marne limitent une plaine d’environ trois kilomètres de largeur sur deux de longueur, et à l’extrémité de laquelle, du côté de l’est, le terrain s’élève en faibles ondulations. C’est en ce lieu, à l’abri des inondations, que les cultivateurs de la plaine se bâtirent de modestes maisons, mansiones, dont la réunion forma un village. Ils prirent l’habitude de dire : aller aux maisons, venir des maisons, et le nom commun finit par devenir le nom de la localité.

Quant à la dénomination composée : Maisons-Alfort, elle est toute moderne et administrative. On ne la rencontre jamais dans les actes antérieurs à la Révolution ; tous ceux que nous avons vus, et, notamment, les registres paroissiaux de baptêmes, mariages et sépultures, dont la suite va de 1599 à 1792, désignent le village sous le nom de Maisons près le pont de Charenton, ou de Maisons, diocèse de Paris, ou encore, Maisons-sur-Seine ; cette dernière appellation est la moins fréquente, car elle pouvait prêter à confusion avec l’autre Maisons-sur-Seine, en aval de Paris, que nous nommons couramment Maisons-Laffitte, et qui dépendait du diocèse de Chartres.

Notre rôle d’historien de Maisons-Alfort a été plus que simplifié par l’excellent volume, plein de faits et de documents, que M. A. Chenal, alors maire de la commune, et, aujourd’hui conseiller général du canton, a publié, en 1898, sous ce titre : Histoire de Maisons-Alfort et d’Alfortville. Nos propres recherches y ajoutent bien peu ; du moins, elles nous ont permis de constater la documentation scrupuleuse de M. Chenal et le mérite de son labeur.

La plus ancienne mention que l’on connaisse de l’existence de Maisons est de 988, date à laquelle Hugues Capet donna cette terre à l’abbaye de Saint-Maur, avec ses dépendances, prés, terres, moulins, les serfs qui l’exploitaient, et ses deux églises ou chapelles, dédiées, l’une, à Saint Remi, l’autre, à Saint Germain; ce qui prouverait, s’il en était besoin, que le lieu était déjà habité et de quelque importance. Peu après, en 992, l’évêque de Paris autorisa l’abbé de Saint-Maur à nommer un curé pour desservir la chapelle Saint-Remi qui devint ainsi, et est restée, sous le même vocable, l’église paroissiale. Quant à la chapelle Saint-Germain, l’abbé Lebœuf, qui écrivait au milieu du XVIIIe siècle, et dont les affirmations sont très sûres, estime qu’elle fut réunie, au XIIIe siècle, à la maison seigneuriale que les abbés de Saint-Maur s’étaient fait construire à Maisons, mais il n’ose être certain que c ‘était encore celle qu’il put voir, et qui, déjà de son temps, était convertie en grange.

Les annales historiques de Maisons durant le Moyen Âge sont infiniment pauvres; à peine y a-t-il lieu de signaler quelques chartes du XIIIe siècle, émanées de l’abbaye de Saint-Maur, et en vertu desquelles les habitants du village obtinrent l’affranchissement en échange de sommes d’argent ; ce genre de documents existe, dans la même forme banale, pour toutes les localités anciennes de la région. Maisons avait déjà deux écarts, deux fiefs situés dans sa circonscription paroissiale : Alfort et Charentonneau, auxquels nous consacrerons, plus loin, une courte notice.

La population ne s’accrut guère avec le temps ; en 1640, il y eut quatorze baptêmes, c’est-à-dire autant que de naissances, car, à cette époque, nul n’eût osé soustraire un nouveau-né au baptême ; il y en eut quinze en 1650 ; dix-sept en 1770. Les chiffres ne se relèvent un peu qu’à la veille de la Révolution ; en 1792, dernière année où les curés tinrent le registre des baptêmes, mariages et sépultures, nous trouvons vingt-huit baptêmes contre trente-neuf sépultures, proportion peu en faveur de la repopulation et qui, heureusement, ne s’est pas maintenue.

En glanant après M. Chenal, parmi ces registres, nous y avons relevé quelques menues indications curieuses, soit pour la forme dans laquelle elles se présentent, soit pour le fond ; les voici

Le 26 juillet (1651), fut inhumé au cimetière de ceans, Guillaume Lescuyer, lequel se noya dans la rivière de Seyne en se baignant.

Le 27 août audit an, fut inhumée Claude Valla,  ….laquelle fut enterrée dans l’eglise, contre le pilier proche le tresor.

Le 15 janvier audit an (1652), fut inhumé à Creteil maistre Mahiet Breton, receveur de Créteil et Maisons.

Le 27 janvier 1652, fut inhumée au cimetière de Maisons une servante nommée Janne, demeurant chez Monsieur Huet. laquelle estoit de Lorrainne.

Le 12 novembre 1658, fut enterré dans le cimetière de Maisons un pauvre homme dont on n’a pu sçavoir le nom; il dit qu’il estoit de Champagne et qu’il revenoit de l’armée où il avoit esté chartier.

Ce 23 avril 1662, a esté inhumé dans le cœur de l’eglise de Maisons le corps de deffunt maistre Guillaume Huet, en son vivant recepveur de la terre et seigneurie dudit Maisons et procureur fiscal dudit Maisons, sagé d’environ trente trois ans.

 

L’an du Seigneur mil sept cens vingt huit, le troisième jour de janvier, a été inhumé en presence des temoins soussignés, dans le cimetière de cette paroisse le corps d’un pauvre homme décédé le jour d’hier dans la ferme de M Huet, lequel paroissoit âgé d’environ cinquante ans, etoit chauve sur le sommet de la tète et avoit les cheveux noirs commençants à blanchir, duquel nous n’avons pu savoir ni le nom ni le pays ; il nous a paru catholique, lui ayant trouvé un chapelet; il étoit revêtu d’un habit de bouracan de couleur grise, doublé de serge de même couleur, laquelle doublure étoit rapiéciée de plusieurs morceaux de serge rouge ; les boutons dudit habit étoient de cuivre sur bois.

Dans toutes les périodes de guerres dont l’histoire de France a trop souvent fourni le spectacle, la possession ou la défense du pont de Charenton a toujours joué un grand rôle, car c’est réellement la clef des routes de l’Est et du cours de la Marne. Aussi, le territoire de Maisons fut-il bien des fois occupé par les gens de guerre qui ne se faisaient pas faute de tout piller et saccager. En voici un exemple emprunté au Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay à la date de février 1649, c’est-à-dire en pleine Fronde : « Gens venant de Créteil disent que le régiment de Montecler et autres troupes du prince de Condé, après la prise de Charenton, lundi soir, passèrent le pont sur Marne, qu’ils rompirent et vinrent audit Créteil, à Maisons et voisinages, ayant pris une partie et avant-garde du convoi de Brie, et emporté ou semé et dissipé les farines et blés, dont il y a des monceaux brûlés qui fument encore; qu’ils en partirent jeudi et allèrent à Villeneuve-Saint-Georges » (t. I. pp. 157-158) (78).

C’est peut-être à la suite de ces calamités que l’industrie du pays se modifia en partie ; les récoltes étant ainsi exposées aux déprédations des troupes, on préféra, à la culture, l’exploitation des carrières; quoi qu’il en soit, les actes paroissiaux mentionnent assez fréquemment des carriers et des scieurs de pierres.

Un carton, conservé aux Archives nationales sous la côte S. 3569, renferme quelques documents provenant de la cure et fabrique de Maisons: les revenus étaient, en 1773, de 1.054 livres, 8 sols; le total des dépenses n’est pas fait, mais on indique, parmi les principales, l’entretien de l’horloge et des quatre cloches; l’achat de nouveaux registres, chaque année, les anciens étant déposés au Châtelet; une dépense de 8oo livres, depuis 1758, pour réparations à l’église et au mur du cimetière, etc. En 1776, Nicolas Léonard, menuisier à Maisons, produit un mémoire pour ouvrages faits depuis 1774 : « avoir faitte et fourny la grande porte de l’entrée de l’église, dont le prix en a esté fait par adjudication à la somme de 350 livres ».

En 1787, à la suite de l’Assemblée des notables, fut entreprise une tentative de réorganisation administrative de la France. Pour alléger, sinon supprimer, les fonctions de l’intendant de chaque province, on créa une Assemblée provinciale composée de person­nages nommés, en partie par le roi, en partie désignés par ceux-ci ; la province fut subdivisée en départements dont la gestion fut également confiée à une assemblée ou commission intermédiaire relevant de l’Assemblée provinciale; enfin, les municipalités reçurent une organisation nouvelle et plus démocratique. Dans ce système, qui ne dura que jusqu’en 1790, la municipalité de Maisons fit partie du département de Corbeil et de l’arrondissement de Bourg-la-Reine, et son Conseil fut composé de trois membres de droit: le curé, le seigneur ou son représentant, et le syndic, plus six membres élus. M Chenal a donné (p. 49) (28) la liste des électeurs et des élus.

C’est cette municipalité qui eut mission de rédiger le cahier de doléances réclamé à toutes les paroisses de France en vue de la réunion des Etats généraux de 1789. Nous y retrouvons les souhaits exprimés généralement en faveur de l’égalité et de la simplification de l’impôt, de la périodicité des Etats, de la suppression des aides et gabelles, de la suppression des capitaineries, de la suppression des droits sur les marchandises qui traversent en passe-debout la banlieue et, spécialement, au port d’Alfort. Voici quelques paragraphes plus particuliers à la localité :

9° Que le sol de cette paroisse contient, suivant l’arpentage fait par ordre de M. l’intendant, 1.544 arpents de terres cultivables et prés, qu’il y en a plus de 800 qui ne paient pas de taille,étant exploitées par des propriétaires privilégiés, ce qui procure une surcharge au reste des contribuables de la paroisse, quoiqu’à diverses reprises ils aient fait des remontrances et des mémoires ;

10° Que le sol de ce territoire est sablonneux et peu fertile, et que dans les années sèches, les cultivateurs retirent à peine leurs semences, que la plus grande partie des terres est sujette aux inondations par les débordements des rivières de Seine et de Marne dont le cours et la jonction circonscrivent le territoire, auquel cas ces eaux déposent beaucoup de sable, graviers et autres immondices, qui obligent les cultivateurs à de nouveaux frais de labours et fumure quand la saison le permet ;

11° Que les baux des terres des bénéficiaires et gens de mainmorte aient pour durée neuf ans, sans que pour raison de changement du titulaire, soit par mort, mutation ou autrement, ils puissent être résiliés, comme très contraire au progrès de la justice, et que les baux soient faits judiciairement ;

12° Qu’il n’y ait aucune exemption pour le logement des gens de guerre, excepté le curé et militaires en exercice ;

13° Que la milice soit supprimée, et que dans le cas où sa suppression n’aurait pas lieu, le tirage soit fait au moins de frais possible, sans exception, même pour les domestiques des nobles et du clergé

14° Que dans le nombre des habitants de la paroisse, il y a les deux tiers de manouvriers et indigents ;

15° Qu’au total, tout ce qui sera arrêté dans le cahier général de la Prévôté de Paris, et qui tient au bien de l’État et au soulagement du peuple, soit demandé par les députés de ladite paroisse, comme si c’était exprimé dans les présentes [2].

Il convient de noter que ce document donne, pour la première fois, au bourg son nom actuel : Maisons-Alfort, alors que, – nous l’avons dit plus haut – Alfort ne figurait jamais dans la composition du vocable avant la Révolution.

L’ère de liberté qui s’ouvrait ne fut marquée ici par aucun événement considérable ; la tourmente de 1793 passa au-dessus du village sans l’atteindre ; comme partout, l’église fut transformée en temple de la Raison ; on la déposséda de ses cloches pour faire des canons, on s’appliqua même à gratter les fleurs de lis et autres emblèmes de la féodalité partout où il s’en trouvait, mais c’est à cela que se borna le sans-culottisme des habitants de Maisons et d’Alfort ; ils eurent l’honneur, en 1792, de voir leur curé Collard (M. Chenal paraît avoir ignoré le fait) élu comme député suppléant à l’Assemblée législative.

La même année, le 8 septembre, fut prise par la municipalité cette délibération qui fait honneur à son patriotisme

Ce jour d’hui, 8 septembre 1792, l’an quatrième de la Liberté et le premier de l’Égalité, nous maire, officiers municipaux, notables et procureur de la commune, autorisons le sieur Gouffé, trésorier de cette commune, à disposer de la somme de 754 livres 2 sols pour faire avec la quête faite dans l’étendue de cette commune et servir à l’équipement et armement de quinze volontaires qui partent pour le service de la Patrie. Laquelle somme sera allouée au sieur Gouffé lorsqu’il rendra le compte de la commune. Ladite somme ayant été délibérée en assemblée générale des citoyens de cette commune, par laquelle il a été convenu qu’il «Croit fourni à chacun des volontaires la somme de cent livres, et ayant fait la somme avec le montant de la quête ainsi qu’il a été délibéré le 20 août dernier.

En foi de quoi avons signé, et qu’il leur a été fourni aux quinze volontaires chacun un fusil uniforme appartenant à la commune (Chenal, pp. 73-74). (40-41)

Ces fusils-là durent se faire entendre victorieusement à Valmy (20 septembre) et à Jemmapes (novembre).

« En 1814, – écrit Piétresson Saint-Aubin dans son Dictionnaire des Environs de Paris, Si précis surtout pour cette période – lorsque les puissances de l’Europe, coalisées contre Napoléon, menaçaient la capitale, l’École d’Alfort fut tout à coup transformée en un camp militaire. Non moins braves que les élèves de l’École polytechnique, les jeunes vétérinaires voulurent aussi contribuer à la défense de la patrie. Le château fut fortifié par eux, les murs du parc furent crénelés, et fiers des canons que le gouvernement avait confiés à leur jeune courage, les élèves de l’Ecole d’Alfort restèrent fermes aux postes où ils avaient été placés et plusieurs y reçurent la mort ou de glorieuses blessures. »

On sait, en effet, que le 31 mars 1814, la région Nord et Est de Paris fut occupée par les troupes alliées ; la vaillance des défenseurs du pont de Charenton fut insuffisante contre le nombre ; l’élève de l’École d’Alfort qui périt dans ce glorieux combat se nommait Jean Pigeon ; sa mémoire est consacrée par un petit monument à l’École même, et son nom a été donné à une rue de Charenton-le-Pont, dans le quartier de Conflans.

1815 ramena les alliés devant Paris après le désastre de Waterloo, et nos populations suburbaines connurent pour la seconde fois les horreurs de l’invasion. A Maisons, dit M. Chenal (p. 101) (54), le montant des réquisitions s’éleva à 7.273 fr. 04 qui furent acquittées, en partie par la réserve du budget communal, en partie par une cotisation spéciale répartie au marc le franc sur les habitants imposés au-dessus de vingt francs.

Puis, les années se succédèrent, paisibles et fécondes dans le travail. Sous le règne de Charles X, en 1827, fut entreprise la construction du pont d’Ivry, sur la Seine, un peu en amont du confluent, au lieu dit la Bosse de Marne. Cette voie de communication eut pour effet de mettre en relations directes les deux grandes routes de Genève et de Belfort avec les quartiers de la rive gauche de Paris, évitant aux voitures la traversée du pont et du bourg de Charenton qui est assez accidentée.

La révolution de juillet 1830 passa inaperçue ; du moins, officiellement, n’a-t-elle pas marqué de trace dans les registres municipaux. Le règne de Louis-Philippe qu’elle inaugurait s’est traduit, pour Maisons-Alfort, par deux événements considérables : la construction du fort dit, bien mal à propos, de Charenton, commencée en 1841, et, quelques années après, celle du chemin de fer de Lyon, dont la création a été un bienfait incontestable pour la commune, en même temps qu’elle préparait, par le morcellement du territoire, la naissance, dans un avenir lointain encore, de la commune d’Alfortville. C’est le 12 août 1849 que la ligne fut ouverte à l’exploitation et que les habitants de Maisons connurent, pour la première fois, le plaisir d’être transportés à Paris en vingt minutes ; la concession remontait à 1845 et, le 17 novembre 1847, le Conseil municipal avait pris une délibération relative à la voie à ouvrir sur la propriété de M. Richard pour donner accès de la Grande-Rue à la station du chemin de fer.

La révolution de 1848 fut accueillie avec enthousiasme par la municipalité qui rédigea la déclaration suivante

« Le Conseil adhère au gouvernement provisoire de la République française inaugurée à l’Hôtel de Ville après le triomphe des braves habitants de Paris dans les trois journées des 22, 23 et 24 février sur l’ex-gouvernement. » Le maire était, depuis 1813, M. Dodun, qui n’en était donc pas à son premier ni à son dernier changement de régime politique, mais que seuls les intérêts de la commune préoccupaient.

La promulgation de la Constitution, le 19 novembre 1849, fut l’occasion d’une fête à la fois politique, religieuse et militaire, dont le registre de délibérations a conservé le souvenir : « les troupes de la garnison » avaient été convoquées ; la lecture de l’acte constitutionnel fut célébrée par le clergé paroissial aux chants des Veni, Creator et des Te Deum ; enfin, le soir, il y eut bal et réjouissances publiques.

Ces sentiments républicains ne furent pas de longue durée : le 11 octobre 1852, le Conseil municipal adressait au prince-président ses protestations de dévouement et d’admiration, conçues dans les termes les plus louangeurs qu’on puisse imaginer, en y ajoutant un vœu formel pour le rétablissement de la dignité impériale. Il faut, d’ailleurs, reconnaître que ce revirement ne fut pas spécial à Maisons-Alfort ; bien peu de municipalités surent s’y soustraire et prévoir l’avenir.

Sous le second Empire, la commune améliora ses ressources en créant un octroi, et son bien-être, par divers travaux de viabilité, d’éclairage, d’adduction d’eau. Le maire dont nous venons de parler, M. Dodun, mourut en fonctions, le 10 avril 1855. Par délibération du 12 mai 1856, le Conseil municipal décida qu’une concession perpétuelle serait attribuée à ses restes dans le cimetière communal, et ouvrit un crédit de 150 francs pour y placer l’inscription suivante:

« A Mr Claude-Laurent-Marie, marquis Dodun de Keroman, chevalier de la Légion d’honneur, pendant 43 ans maire de la commune de Maisons-Alfort. »

C’est vers 1863 qu’il faut placer les premières manifestations de constructions dans la partie occidentale de la commune, entre le chemin de fer et la Seine ; elles se développèrent rapidement Alfortville venait au monde et entrait dans cette première période de la vie où une tutelle est nécessaire longtemps encore avant l’âge de l’émancipation.

La guerre de 1870 éclata ; les combats se produisirent au delà du territoire de la commune qui fut relativement épargnée, encore que les nécessités de la défense aient fait abattre les beaux arbres des deux grandes routes et de plusieurs propriétés particulières. Les habitants, cependant, se réfugièrent à Paris devant les craintes de bombardement, de rupture des ponts, de famine ; les services municipaux y furent également transférés. Après les angoisses morales et les souffrances matérielles de l’investissement, allait commencer pour Maisons-Alfort une période encore plus cruelle, celle de l’occupation étrangère, pour la troisième fois dans le même siècle, mais bien plus longue et douloureuse que les deux précédentes, puisqu’elle dura jusqu’au mois de septembre, et que de mars à mai vinrent s’y ajouter les émotions du drame de la guerre civile. « Si les maisons, dit M. Chenal, avaient été en partie démolies par les troupes françaises, elles furent souillées de toutes les façons par les Allemands ; lorsqu’ils les quittèrent, une véritable désinfection devint nécessaire. Certaines personnes ne voulurent plus les habiter, notamment M. Camille Rousset, l’académicien, qui avait une maison de campagne sur le quai d’Alfort.

Les vestiges matériels de ces calamités étaient à peine effacés, qu’un nouveau désastre vint accabler la commune : en 1876, la Marne et la Seine, grossies démesurément, couvrirent la plaine et tentèrent de confondre leurs eaux bien au-dessus du point normal où elles se rencontrent ; seuls, les talus du chemin de fer purent s’y opposer, mais les dégâts furent considérables, au point que le président de la République – c’était alors le maréchal de Mac-Mahon vint rendre visite aux sinistrés et leur apporter des secours.

C’est le quartier d’Alfortville qui avait le plus souffert. L’expé­rience lui servit : des travaux importants de remblayement furent effectués pour prévenir le retour de pareils dommages, et le mouvement de construction s’y développa de plus belle, Si bien qu’en 1883, la population de ce quartier n’hésita pas à réclamer sa constitution en commune distincte. Dans la Notice historique sur Alfortville, nous avons donné le texte de la pétition rédigée à cet effet ; il suffit ici d’en rappeler les points essentiels : la section d’Alfortville exposait que la ligne du chemin de fer de Lyon créait entre sa métropole, Maisons, et elle, une barrière infranchissable ; que, d’autre part, la population de Maisons était composée de cultivateurs de père en fils, tandis que celle d’Alfortville comportait en grande partie des éléments industriels et ouvriers. Les pétitionnaires faisaient encore valoir qu’ils avaient de leurs propres deniers conquis le territoire sur les eaux, créé leurs rues, payé leurs dettes envers l’Etat et la commune ; enfin ils réclamaient « le droit à la personnalité communale, aussi sacré que celui de la liberté individuelle dont il dérive ».

A la différence de ce qui passe presque toujours lorsqu’une section de commune poursuit son émancipation, le Conseil municipal de Maisons-Alfort eut la sagesse de ne pas protester ; par seize voix contre une, il accueillit la requête qui lui était présentée les formalités administratives suivirent dès lors leur cours et la loi du 1er avril 1885 créa la nouvelle commune d’Alfortville.

Nous n’avons plus maintenant à mentionner que peu de faits d’ordre général : le 12 juillet 1896, eut lieu, sous la présidence de M. de Selves, préfet de la Seine, l’inauguration de l’élégante mairie installée dans l’ancien fief seigneurial de l’Image ; plusieurs discours y furent prononcés par les représentants du département, du canton, de la commune.

Une autre solennité administrative eut lieu le 14 août 1898, jour où fut couronnée une rosière en vertu de la fondation Auguste Simon, et où l’on inaugura le buste de la République, œuvre du sculpteur Hercule, offert à la commune par le département. MM. Charles Vaudet, conseiller général,  Chenal, maire, et Simonet, chef du bureau des communes, représentant le préfet de la Seine, y prononcèrent des discours fort applaudis.

Il nous faut enfin noter la triste cérémonie qui, le 22 juillet 1903, réunissait à Maisons-Alfort plusieurs fonctionnaires des deux préfectures autour des représentants élus de la circonscription et du canton pour les obsèques des quatre victimes d’une explosion à l’usine Springer.

Alfort. – Le site d’Alfort, sur la rive gauche de la Marne, un peu au-dessus de son confluent avec la Seine, est exceptionnellement pittoresque. La rivière y baigne des îles boisées et les coteaux de l’autre rive offrent un panorama des plus agréables. En dépit des difficultés de la navigation, qui y est même assez périlleuse, il n’est pas douteux que, depuis une époque très reculée, ce rivage fut habité, surtout par des pêcheurs. On en a la preuve dans la découverte d’un tumulus gaulois, qui a fait l’objet d’une note du général Creuly dans la Revue archéologique de 1858-1859 (t. Il, p. 561).

Les mentions d’Alfort au moyen âge sont rares: on en trouve une en 1362 sous le nom d’Hareford ou Harefort, qui semble être d’origine anglaise. C’était alors un manoir, portant le nom de son propriétaire. En 1612, on disait Hallefort, par corruption, et le domaine appartenait au sieur Mallet, audiencier en la Chambre des comptes de Paris. Plus tard, en 1641, le seigneur était Louis de Falcony, mais en partie seulement, car l’archevêché restait seigneur haut justicier. M. Chenal nous apprend qu’en 1667, à la mort de Falcony, le domaine passa à la famille Lamauzé, puis à Louis Lhéreau de Saint-Germain, qui, ajoute-t-il, la vendit à un représentant du roi pour y fonder l’École vétérinaire. Il doit y avoir là une légère omission, car l’abbé Leboeuf, auteur contemporain et très exactement informé, écrit vers 1755: « Ce lieu appartenait à M. Oursel, qui l’a fort embelli ».

Ce fut donc M. Oursel le dernier propriétaire et le véritable vendeur du château. La vente eut lieu en 1765 (27 décembre), par ordre du ministre Bertin qui avait fort admiré l’École vétérinaire fondée à Lyon, quelques années auparavant, par Bourgelat. A Alfort on imita les plans et l’installation de Lyon ; mais, si Bourgelat a droit au titre de fondateur, il ne fut pas ici directeur ; cette fonction fut dévolue à un de ses élèves, nommé Chabert. Supprimée en 1790 comme tous les autres établissements d’enseignement de l’ancien régime, l’École d’Alfort fut réorganisée par la Convention (décret du 29 germinal an III), et l’on peut dire que, depuis cette date, elle a toujours été l’objet d’améliorations de la part des pouvoirs publics. Les bâtiments anciens disparurent en 1840 pour faire place à ceux qui existent aujourd’hui et qui eux-mêmes ont été singulièrement agrandis et transformés, notamment en 1882.

Charentonneau. – Comme Alfort, Charentonneau fut, à l’origine, un domaine seigneurial, un fief, dépendant de l’abbaye de Saint-Maur. On le trouve mentionné, dès la seconde moitié du XIIe siècle, sous les formes latines Carentoniolum, Charentonellum, et plus tard, en français, Charentonnel ou Charentonneau. C’est, en tout cas, un diminutif de Charenton, et cela s’explique si l’on se rappelle que la commune de Saint-Maurice, qui lui fait face, se nommait naguère Charenton-Saint-Maurice. L’abbé Leboeuf, et M. Chenal après lui, ont donné la liste à peu près complète des seigneurs de Charentonneau sous l’ancien régime ; l’énumération n’en offre que peu d’intérêt. Les principaux furent Nicolas Braque et Philippe de Mézières sous Charles V ; les familles d’Harcourt, de Vaudémont, de Rieux au siècle suivant, celle des Alligret aux XVIe, et XVIIe siècles, et au XVIIIe siècle, celle des Gaillard. Le registre des sépultures de la paroisse de Maisons mentionne, à la date du 1er juin 1789, l’inhumation, dans le chœur de l’église, de « messire René Gaillard de Monmire, seigneur de Charentonneau, âgé de 77 ans ou environ ». Sous Napoléon Ier , le domaine appartint au maréchal Berthier, qui, en 1808, devint propriétaire de Grosbois. De nos jours, Charentonneau a été loti et constitue désormais un quartier important de la commune de Maisons-Alfort.


[1] En raison même du nom d’Alfort accolé à celui de Maisons, cette commune ne saurait avoir d’homonyme en France, mais les localités dites Maisons – avec ou sans surnom – y sont très nombreuses. Nous nous bornerons à rappeler, dans la région parisienne, Maisons-sur-Seine (ou Maisons-Laffitte), au département de Seine-et-Oise, arrondissement de Versailles, canton de Saint-Germain-en-Laye.

[2] Archives parlementaires, t. IV et Chenal. pp 56-58

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Article du jour (23) : Fraisans (39), les morts pour la France

Commune de Fraisans

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   Fraisans, les morts pour la France

Chaque généalogiste participe dans sa ville à la commémoration du centième anniversaire de la Grande Guerre, Annie Guillemin sur son site de Salans y participe à sa manière.

Excellent travail Annie.

Lire aussi Mémorial GEnWeb Fraisans : Monument aux Morts [relevé n° 6858]

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Pour la ville de Maisons-Alfort deux liens :

Le blog du CGMA : MAM à Maisons-Alfort 1914-1918 (1)

Le site Mémorial GenWeb : Monument aux Morts [relevé n° 5680]

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Nés un 18 novembre à Maisons-Alfort

Date Information (1792-1901)
1876.11.18 AUBINE Marie Adèle
1893.11.18 BAUR Noël Henri
1882.11.18 BEAUJOUIN Louise Philomène
1897.11.18 CORMONT Henri
1891.11.18 DURAND Etienne
1864.11.18 FLAGEOL Gabrielle Marguerite
1862.11.18 FLAGEOL Mathilde Madeleine
1863.11.18 GRASLIN François
1885.11.18 GRIMAUX Eugénie
1795.11.18 GRUMEAU Adrien Louis
1832.11.18 HAUD Eugène Edme
1846.11.18 LECRU Lucien Eugène Edgard
1887.11.18 LEMAIRE René Joseph Gaston
1793.11.18 LEROY Françoise Marie
1878.11.18 LESORT Alfred Louis
1890.11.18 MARMORAT François Lucien
1871.11.18 MIRAUCOURT Gabriel
1879.11.18 PETIT Charles Frédéric
1878.11.18 PISSOT Octave (reconnaissance)
1882.11.18 REDOR Marie Marceline
1811.11.18 THABOURET (mort-né)
1880.11.18 VERHASSELT Madeleine Sidonie Anna
1871.11.18 VUILLECARD Eugène

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Vous pouvez retrouver ces actes sur :

État civil | Archives départementales du Val-de-Marne

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