France Pittoresque – 1835 : Doubs (1)

Département du Doubs. ( Ci-devant Franche-Comté)

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ANTIQUITES.
CARACTERES, MŒURS, ETC.
LANGAGE.
NOTES BIOGRAPHIQUES.
TOPOGRAPHIE.
METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

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HISTOIRE.

Le territoire qui forme aujourd’hui le département du Doubs était la principale partie du pays des Séquaniens (Sequani), peuples puissants dans les Gaules, qui sont compris par César dans la Gaule celtique. Auguste détacha la Séquanie de la Gaule celtique pour la comprendre, en l’agrandissant, dans la Gaule Belgique ; elle reçut alors des géographes le nom de Maxima (provincia) Sequanorum. – Les Bourguignons s’en emparèrent sous le règne d’Honorius et l’unirent en 450 au royaume qu’ils fondèrent et dont Clovis fit plus tard la conquête. – Sous le règne d’une partie des rois de la première et de la deuxième race, elle resta réunie à la couronne. – Plus tard, par usurpations, conquêtes, mariages, successions, la Franche-Comté, dont Vesuntio (Besançon) était la capitale, se trouva faire partie des possessions des ducs de Bourgogne, et fut incorporée aux immenses domaines de Charles-Quint, qui la comprit dans un dixième cercle de l’empire, créé sous le nom de Cercle de Bourgogne. – Elle resta dans la possession des rois d’Espagne de la maison d’Autriche jusqu’en 1660 que Louis XIV s’en empara, sous prétexte des droits de la reine Marie-Thérèse d’Autriche sa femme. – Rendue à l’Espagne la même année par la paix d’Aix-la-Chapelle, elle fut conquise une seconde fois en 1674 et cédée par la paix de Nimègue, en 1678, à la France, dont elle n’a point cessé de faire partie depuis cette époque. – Lors de la division départementale en 1790, la Franche-Comté a formé trois départements, le Doubs, le Jura et la Haute-Saône.

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ANTIQUITES.

Les principales antiquités romaines du département existent à Besançon, l’antique Vesuntio. – Nous parlerons de la seule et la plus remarquable qui existe (l’Arc triomphal dit la Porte noire) à l’article consacré à cette ville. – Les autres antiquités, dont il ne reste plus que des fragments enfouis sous les terres ou recueillis dans le Musée départemental, sont les restes de bains, des aqueducs, des statues, des ustensiles, des vases, des médailles, etc. – En 1820 on a découvert à Mandeure les ruines d’un théâtre romain. – L’aqueduc d’Arcier présente encore des parties assez bien conservées.

On voit dans le département les ruines d’un grand nombre de châteaux du moyen-âge qui couronnaient toutes les sommités isolées ou susceptibles d’être fortifiées. – Le château de Torpe, situé dans la vallée du Doubs et dans le voisinage d’un ancien château-fort, a appartenu au marquis du Châtelet, dont la femme, la belle Emilie, est plus célèbre par l’affection que Saint-Lambert et Voltaire ont eue pour elle que par ses connaissances mathématiques.

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CARACTERES, MŒURS, ETC.

Une fermeté tenace, de la froideur, un jugement solide, beaucoup de réserve et de circonspection, de la fidélité dans les affections et dans les opinions paraissent être les qualités dominantes des habitants du Doubs. Ils sont naturellement sérieux et peu enthousiastes, plutôt portés à la méditation et à l’étude des sciences exactes qu’aux créations brillantes d’une vive imagination. Ils ont du goût pour le métier des armes et sont naturellement aptes à supporter les fatigues de la guerre et braves sur le champ de bataille ; ils se sont distingués dans les longues guerres de la révolution et de l’empire. – Dans tous les temps les qualités particulières au caractère national ont aussi rendu les Francs-Comtois propres aux fonctions de la magistrature et aux négociations diplomatiques.

Les habitants du Doubs sont religieux, mais exempts de préjugés et d’intolérances ; laborieux et économes, mais charitables et hospitaliers ; peu faciles à se laisser persuader, mais opiniâtres dans leurs convictions. – Les mœurs sont simples et austères, les familles généralement unies et les populations tranquilles et calmes.

Pour ajouter quelques détails à ces données générales sur le caractère de la population, nous signalerons les différences qui existent entre les habitants de la montagne et ceux de la plaine. Les premiers sont d’une haute stature, d’une constitution saine et robuste ; leur nourriture habituelle consiste en pain d’avoine mêlée d’orge et de blé, en légumes, en lait et en fromages maigres ; deux fois par semaine ils mangent du lard ; ils ne boivent presque jamais de vin ; ils sont sobres et économes, d’un caractère généralement doux, officieux et hospitaliers, religieux observateurs de leur parole ; assez généralement peu instruits et crédules, quoique doués d’une grande mobilité d’imagination. On cite particulièrement les habitants du Val-du-Sauguet pour la vivacité de leur esprit. Ils ont peu d’instruction, mais la cause en est dans leur isolement et leur situation au milieu des bois et des montagnes, où ils restent pendant six mois presque ensevelis sous les neiges.

Leurs vêtements, de forme simple et qui n’offre rien de remarquable, sont faits d’étoffes du pays, espèce de droguet fabriquée avec la laine, le chanvre et le lin qu’ils récoltent ; ces vêtements sont gris ou bruns pour les hommes, et de couleurs variées, à rayures fort larges pour les femmes.

Les habitants de la plaine sont moins robustes que ceux de la montagne. Leur nourriture est meilleure et plus substantielle ; le pain de froment et de seigle en est la base. Ils sont beaucoup moins sobres que les montagnards et boivent souvent du vin ; on les accuse d’être aussi moins portés à rendre service et d’avoir l’esprit moins vif et moins intelligent.

Enfin, pour terminer, nous ferons connaître une population exceptionnelle par son caractère, ses mœurs et son goût pour la mendicité ou plutôt pour l’escroquerie. Voici ce qu’écrivait il y a vingt-cinq ans le préfet du Doubs, Jean de Bry : « Il existe parmi les habitants des communes de Silley et de Bretigny un esprit de mendicité particulier et si bien établi, que tous les efforts faits jusqu’ici pour le détruire ont éé impuissants. Ces individus ne mendient point dans le pays ; ils jouissent de la réputation de gens paisibles, tranquilles, incapable d’attenter à la sûreté des personnes et des propriétés de leurs voisins ; mais ils ont la manie d’aller parcourir les départements éloignés, même les pays étrangers, munis de certificats ou de passe-ports qu’ils ont l’art de se procurer ; l’un sous le titre de comte ou de marquis ruiné par l’effet de la révolution ; l’autre, sous celui de négociant accablé sous le poids des vols qu’on lui a faits, ou des banqueroutes qu’il a essuyées ; un troisième, comme victime d’une épizootie, d’une inondation, d’un incendie, ou de quelque autre accident propre à exciter la commisération ou la générosité.

Plusieurs possèdent divers idiomes, et prennent chez les frippiers des habits analogues au rôle qu’ils se proposent de jouer ; ils sont au courant de tous les événements désastreux dont les papiers publics font mention et se hâtent de se munir de tout ce qu’il faut pour persuader que cela les regarde. – Leurs courses sont désignées sous le nom de Tunes ; ce qu’ils en rapportent est scrupuleusement employé à payer les dettes qu’ils ont contractées, soit pour contributions ou charges locales, soit pour l’entretien de leurs familles. Un affidé dans la commune leur fait les avances, reçoit leurs lettres de change ou le numéraire qu’ils rapportent eux-mêmes, et leur fait leur compte, sans qu’il y ait d’exemple de la moindre infidélité. – A les entendre, ils ont des parents partout ; et le prétexte le plus ordinaire qu’ils emploient pour obtenir des passe-ports, est d’aller régler des affaires de famille. – Cette fureur vagabonde de voyager est très ancienne : les intendants avaient ordonné que chaque semaine on ferait l’appel nominal dans la commune, et que ceux qui ne se présenteraient pas seraient punis ; mais la force de l’habitude l’a toujours emporté sur les mesures de répression. ». – Nous manquons de renseignements pour dire si l’effet de nos lois modernes et l’action de nos administrations nouvelles ont été plus efficaces que les efforts des anciens administrateurs. On ne détruit pas facilement des habitudes de plusieurs siècles.

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LANGAGE.

            On parle français dans les villes, avec un accent lourd, une prononciation lente et traînante ; la plupart des habitants y mêlent des locutions vicieuses, des tournures de phrases étrangères qui viennent sans doute de l’usage du patois local.

                Ce patois, qu’emploient tous les habitants des campagnes, est, à ce que prétend M. Fallot de Montbéliard et d’autres érudits, dérivé de cette ancienne langue gauloise usitée dans le pays long-temps avant la conquête romaine, et qui aurait enrichi la langue latine d’un assez grand nombre d’expressions au lieu d’en recevoir, comme on le croit communément, des règles et un vocabulaire ; (Voyez l’article langage, départ. de la Meurthe, t. II, p. 243.)

                La façon de parler ce patois dans les divers cantons présente quelques nuances remarquables. Dans la haute montagne, la prononciation est plus légère, plus accentuée, le langage a plus de grâce. Dans la plaine, la prononciation est traînante, il y a quelques variantes dans la terminaison des mots. Autour de Besançon, pays de vignerons, le patois a un accent brusque, qui convient à la manière franche et décidée avec laquelle cette classe d’habitants s’exprime sur toute chose.

                Voici, afin de donner une idée du patois de Montbéliard, une chansonnette de nourrice pour endormir les enfants :

  Forre, forre mon tchouva Ferre, ferre mon cheval
  Pou demain ollai ai lai sa ; Pour demain aller au sel ;
  Forre, forre mon roncin Ferre, ferre mon poulain
  Pou demain ollai à vin ; Pour demain aller au vin ;
  Lou pa, lou trot, lou garop Le pas, le trot, le galop.

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                Nous citons cette chanson, toute puérile qu’elle puisse paraître, parce qu’elle est connue et répétée en Lorraine et dans les Vosges, comme dans les départements de la Franche-Comté.

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NOTES BIOGRAPHIQUES.

                Parmi les hommes distingués que le département a produits antérieurement à l’époque contemporaine, on cite le célèbre cardinal De Granvelle, habile négociateur ; l’historien Millot ; le jésuite Nonotte, plus fameux par les attaques de Voltaire que par son érudition véritable ; Tissot, médecin instruit dont les ouvrages ont popularisé la connaissance des principes généraux d’hygiène et de médecine domestique ; le mathématicien Trincano, etc.

                Plus près de nous, on remarque le député Toulongeon, historien impartial de la Révolution ; le prince de Montbarey ; l’académicien Suard, etc.

                Notre époque fournit l’illustre naturaliste Cuvier, dont le frère soutient dignement le nom ; le ministre Courvoisier ; le savant ingénieur Dutemps ; le mathématicien Pouillet ; l’architecte Paris ; le grammairien Lemare ; le jurisconsulte Dalloz ; l’académicien Droz ; le tragédien P. Victor ; le savant bibliophile Weiss ; l’auteur des excellents Annuaires statistiq. du dép. du Doubs, A. Laurens ; l’auteur de Recherches intéressantes sur le patois de la Lorraine, de la Franche-Comté et de l’Alsace, Fallot de Montbéliard ; le professeur de philosophie Th. Jouffroy ; L’Owen français, Ch Fourrier, inventeur du  Phalansière ; une dame distinguée par ses talents littéraires, madame De Tercy ; une vénérable religieuse, célèbre par son dévouement pour l’humanité souffrante et par les soins qu’elle a donnés aux militaires blessés, la sœur Marthe ; le musicien compositeur Duvernoy ; un des grands écrivains de notre temps, Charles Nodier ; deux jeunes peintres qui ont fait preuve de talent, Lancrenon et Gigouk, etc. – Mon frère Victor appartient aussi au département, il est né à Besançon.

                Enfin, le département, entre autres militaires qui se sont fait remarquer dans nos dernières guerres, a produit les généraux Donzelot, Michaud, Morand, Pajol, Pernet, Sicard, etc. et le maréchal Moncey.

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TOPOGRAPHIE.

                Le département du Doubs est un département frontière, région de l’ouest, formé de l’ancien comté de Montbéliard et d’une partie de la Franche-Comté. – Il est borné au nord par les départements de la Haute-Saône et du Haut-Rhin, à l’est par la Suisse et par la principauté de Neuchâtel, au sud par la Suisse et par le département du Jura, et à l’ouest par la Haute-Saône. – Il tire son nom de la principale rivière qui l’arrose et qui y a sa source. – Sa superficie est de 519,223 arpents métriques.

                MONTAGNES. – Le département est traversé par quatre des chaînes du Jura disposées en lignes parallèles à la chaîne des Alpes et dont la dégradation successive va de l’est à l’ouest. – Il renferme un grand nombre de montagnes dont la hauteur dans la chaîne la plus élevée et la plus voisine de la Suisse varie depuis 1,224 mètres (Mont-de-Scey) jusqu’à 1,610 mètres (Mont-Suchet), point culminant de cette ligne. – La seconde chaîne située sur la rive gauche du Doubs est moins élevée de 2 à 300 mètres ; son point culminant (le Mont-Champvent) a 1,232 mètres. – La troisième chaîne baisse encore. Ses points les plus hauts (la Côte de Vennes et les Miroirs) n’ont que 996 mètres d’élévation. – Enfin, la quatrième chaîne, plus basse encore, offre deux points culminants (le Mont-Poupet et la Roche-d’Or) hauts seulement de 872 mètres. – On remarque dans un grand nombre de lieux que les couches superposées des montagnes et des rochers ont souvent une inclinaison considérable vers l’horizon, et que quelques-uns, comme les masses de rochers de la citadelle de Besançon, près l’avancée de Tarragnoz et le Porte-Taillée, ont la forme d’un arc de cercle, et présentent des cintres et des voussures. Il en existe même, près de la source de la Loue et près la source du Verneau, à Nans, qui sont disposées en chevrons, forme singulière et qui est extrêmement rare. – Les montagnes du Doubs sont toutes de nature calcaire, de première, deuxième et troisième formation et mélangées de quelques lits intermédiaires d’argile, de schiste alumineux et de marne. – Elles présentent un grand nombre de curiosités naturelles et d’aspects pittoresques. – Elles sont percées de vastes cavités, et offrent à leur superficie de profonds entonnoirs, gueules béantes de Siphons souterrains. On y trouve des glacières naturelles et de grandes cavernes à ossements.

                SOL. – Les différents degrés d’élévation des chaînes qui sillonnent le département, le divisent en trois régions agricoles très distinctes, variées par leurs températures comme par leurs produits et qu’on désigne communément par les noms de Plaine, de Moyenne, et de Haute-Montagne. Les plateaux de la Moyenne-Montagne sont à plus de 300 mètres au-dessus du niveau de la Plaine, et à plus de 400 mètres au-dessous des vallons de la Haute-Montagne. – La contrée des Hautes-Montagnes coupée par de vastes forêts de sapins est couverte de glaces et de neiges pendant six mois de l’année. Les terres y sont généralement impropres à la culture des céréales, mais on y trouve dans la belle saison et sous les expositions du midi d’excellents pâturages pour les troupeaux. – La Moyenne-Montagne, où l’on remarque de belles vallées et des plaines assez étendues, souffre la culture du froment ; quelques vignobles même occupent ses expositions méridionales. Les forêts qui couvrent les montagnes sont généralement peuplées de chênes et de hêtres. – La plaine est la partie la plus fertile du département, toutes les céréales y prospèrent, et les coteaux y sont couverts de vignobles qui produisent des vins assez estimés.

                FORETS. – Malgré de nombreux défrichements le département possède encore de belles forêts, dont la superficie est de 120,981 hectares, essence de sapins, de hêtres, de charmes et de chênes. 6 Le département du Doubs est du petit nombre de ceux où l’on s’occupe des reboisements.

                MARAIS. – Quoique le sol montagneux du département paraisse disposé de manière à ne conserver que peu d’eaux stagnantes, on y compte cependant six marais assez considérables. Le plus étendu  est celui de Saône, dont la surface est de 6,718,543 mètres carrés ; il pourrait être rendu à la culture par des travaux d’une exécution facile.

                ETANGS. – Les étangs, tous de peu d’étendue et formés par des ruisseaux traversant quelques prairies basses, sont au nombre d’environ quinze à vingt. Ceux qui existaient à Allenjoie, Etupes, Rainans et autres villages des cantons de Montbéliard et d’Andincourt, ont été successivement desséchés aux XVIIe et XVIIIe siècles, et convertis en prairies fertiles.

                LACS. – On compte dans le département quatre lacs principaux et beaucoup d’autres secondaires. Ces lacs sont situés dans les vallées qui séparent les deux chaînes les plus élevées du Jura. – Le lac de Remoray, dont la surface est d’environ 1 kilomètre 7/10 carrés, est le plus élevé ; il s’écoule dans le Doubs. – Le lac de Saint-Point offre une belle nappe d’eau d’une superficie de 6 kilomètres carrés. – Un troisième lac, celui de Chaillexon est aussi formé par le Doubs, mais il n’a qu’un kilom. de surface. – Le lac de Bonnevaux, desséché pendant l’été par des entonnoirs souterrains qui absorbent ses eaux, est plutôt un marécage qu’un lac. – Le lac dit le Grand Sas, sur le territoire de Servin, présente un phénomène curieux ; on y voit une petite île flottante.

                RIVIERES. – Le département est arrosé par 10 rivières et par plus de 250 ruisseaux. – On y compte près de 8,000 sources. – Les rivières sont le Doubs, la Loue, l’Ognon, le Dessoubre, le Lison, le Drugeon, le Cusancin, l’Allan, la Lusine et la Savoureuse. – Le Doubs, qui prend sa source dans le département, à la base du Rixon, montagne du Jura, sort de terre à 952 mètres au-dessus du niveau de la mer ; son cours est rapide et coupé par de fréquentes cascades, dont la plus remarquable est le Saut-du-Doubs. La pente totale de cette rivière depuis sa source jusqu’à son confluent avec la Saône est de 776 m. Son lit est tellement tortueux qu’elle parcourt deux fois le département dans sa plus grande longueur, et son développement peut y être évalué à 340,000 m. Le Doubs est navigable sur certains points, et notamment sur ceux où il reçoit le canal du Rhône au Rhin.

                NAVIGATION. – CANAUX. – Le département est traversé par le canal de jonction du Rhône au Rhin, dont la navigation a commencé en 1833, il possède aussi un canal de dérivation de la rivière d’Osselle. Le canal du Rhône au Rhin, depuis d’embouchure du Doubs dans la Saône jusqu’à Mulhouse, présente un développement total de 219,188 mètres.

                ROUTES. – Le département est traversé par cinq routes royales de troisième classe, dont le parcours total est d’environ 215,000 mètres, et par dix-huit routes départementales dont le développement est de 409,000 mètres.

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METEOROLOGIE.

                CLIMAT. – La température est très variable, et plus froide que la latitude ne semblerait l’indiquer ; les hivers sont longs et rigoureux. – Les limites moyennes extrêmes du thermomètre sont –8° et +25°.

                VENTS. – Les vents dominants sont les vents de sud-ouest et de nord-est.

                MALADIES. – Les affections catarrhales, ainsi que les maladies chroniques et aiguës sont les plus communes. Dans les années chaudes et sèches le choléra sporadique est assez fréquent. Les épidémies prennent d’ailleurs rarement un caractère de gravité.

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HISTOIRE NATURELLE.

                REGNE ANIMAL. – Parmi les animaux domestiques, l’espèce bovine occupe le premier rang. – On s’occupe aussi avec zèle de l’élève des chevaux. – Ceux du département, sans être des chevaux fins, sont cependant d’une race assez précieuse ; ils sont forts et vigoureux, propres à la remonte de la cavalerie légère et des dragons, et surtout excellents pour le trait. – Les quadrupèdes sauvages sont assez nombreux. Les plus multipliés sont le loup et le renard : l’ours est très rare, le sanglier est plus commun. – On trouve quelques chevreuils, mais les cerfs et les daims ont presque totalement disparu. – Le chat sauvage existe dans les bois de la plaine. Les lièvres sont partout assez nombreux, les autres animaux communs sont le blaireau, la loutre, la martre, la fouine, le putois, la belette et des divers rongeurs. – La plupart des rivières et des lacs sont très poissonneux. On y trouve des truites saumonées rouges, jaunes et blanches ; de fort belles perches, de gros brochets, des tanches, des anguilles, des carpes, etc. Les écrevisses sont extraordinairement abondantes.

                REGNE VEGETAL. – La flore du département est très riche. Les végétaux qui croissent spontanément sur les montagnes appartiennent généralement aux espèces aromatiques avec lesquelles on compose les vulnéraires suisses si recherchés. – Les mousses, les lichens, les conferves, les agarics et les champignons présentent des classes très nombreuses. – Les espèces d’arbres et d’arbustes des forêts ne sont pas moins multipliées. – On y remarque le chêne-rouvre, le hêtre, le frêne et le sycomore, qui y acquièrent une hauteur de 90 à 100 pieds ; les sapins, dont l’élévation dépasse 120 pieds ; les merisiers, les poiriers et les pommiers sauvages, communs dans les bois ; le cognassier, le houx et le genévrier, qui y prennent aussi un grand développement. – Les arbres fruitiers, rares dans la haute-montagne et même dans la moyenne, réussissent parfaitement dans la plaine. Le noyer y devient très beau. Les vignes y sont peuplées de pêchers et de cerisiers. – On remarque dans les vergers un grand nombre d’arbres à fruit, à noyaux et à pépins.

                REGNE MINERAL. – On sait qu’il existe des mines d’argent sur le flanc de la montagne du Mont-d’Or, à peu de distance de la source du Doubs, mais elles ne sont point exploitées. – Les mines de fer en grains et en roches constituent les véritables richesses du pays. Ces mines, au nombre de 19, dont quelques-unes sont exploitées à ciel ouvert, occupent 300 ouvriers, et produisent annuellement 349.400 quintaux de minerai. – Il y a une mine de houille en exploitation. – On trouve aussi plusieurs mines de lignites ou bois fossile. Celle du Grand-Denis paraît avoir plus de 200 pieds d’épaisseur. – On exploite un grand nombre de tourbières, ainsi que des carrières de gypse, de marne, de pierre à bâtir, de tufs et de marbres de différentes qualités. Les spaths de différentes qualités et les quartz cristallisés sont communs dans les montagnes, où l’on trouve aussi un grand nombre de pétrifications de productions marines.

                Eaux minérales. – On a reconnu l’existence de plusieurs sources d’eaux minérales. Les eaux sulfureuses de Guillon, près Beaume, sont assez fréquentées ; Les autres sources sont celles de Mauron, de Chaux-du-Milieu, de Morteau, d’Arçon et de Vuillecin.

                Salines. – Il existe entre les villages d’Arc et Sénans une saline royale en exploitation, affermée à la compagnie des salines de l’est, et qui produit annuellement 34.000 quintaux métr. de sel blanc. – On croit avoir reconnu au lieu dit le Bout du Monde (commune de Beurie) le gite d’une mine de sel gemme. – Le département possède deux marais salants, à Audeux et à Soulce.

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CURIOSITES NATURELLES.

                Le département  du Doubs présente un grand nombre de curiosités naturelles, telles que grottes, sources, cascades, glacières, etc. Nous allons tâcher de faire connaître les plus remarquables.

                GROTTES D’OSSELLES. – Ces grottes sont les plus célèbres de la Franche-Comté et méritent cette célébrité par leur étendue et leur profondeur. Elles sont situées à 5 lieux de Besançon, dans le flanc d’une colline peu élevée, sur le territoire de la commune de Roset-Fluans, et forment une suite de salles qui s’étendent à au moins 800 mètres dans l’intérieur de la colline, et qui contiennent des stalactites et des stalagmites des formes les plus variées et les plus fantastiques. – Ces grottes sont connues depuis long-temps, et depuis long-temps fréquentées. Un intendant de la province (Toulongeon) y donna, en 1763, une fête brillante. On voit encore la salle qu’il avait fait décorer à cet effet, et que l’éclat des stalactites scintillantes à la lumière des bougies devait rendre d’un aspect fort riche. – On y montre aussi une petite salle avec une sorte de tribune, où l’on prétend que l’on a dit la messe pendant la révolution. – Les salles sont généralement grandes et élevées, tantôt à parois lisses et brillantes, tantôt ornées de stalactites et de stalagmites qui affectent toutes les formes, mais principalement la forme cylindrique. Quelques-unes des colonnes sont si belles que l’intendant Toulongeon avait songé à les employer à l’ornement de son château. Ce projet eut un commencement d’exécution, car on en tailla quelques-unes qui furent voiturées à l’aide d’un chariot jusque dans la salle d’entrée. Mais la petitesse de l’ouverture extérieure empêcha  qu’on pût les en extraire. – La masse de ces stalactites, quelle que soit leur grosseur, est transparente. Quelques-unes sont creuses, et, quand on les frappe, résonnent comme un instrument. – Une des premières salles porte le nom de Salle des chauves-souris, à cause du grand nombre de ces animaux qui y ont leurs nids. – Les communications entre les salles, quoiqu’en certains endroits resserrés par les blocs de pétrifications, sont généralement faciles. Toutes les salles se suivent et forment une seule galerie : on ne leur connaît aucune ramification. – Aux trois quarts à peu près de leur profondeur totale, elles sont traversées par un ruisseau profondément encaissé, qui barrait autrefois complètement le passage, et sur lequel Toulongeon a fait construire, en 1763, un pont en pierres. – Aujourd’hui on peut arriver jusqu’à la dernière salle, que termine un précipice rempli d’eau, et où se trouve une profonde excavation dont le sol et la pente sont recouverts d’un sable fin de nature calcaire. – En 1826, et seulement dans la partie qui se trouve entre le pont et l’entrée, on a découvert sous une croûte peu épaisse de stalagmites une couche de terreau qui renferme une grande quantité d’ossements fossiles, parmi lesquels dominent les ossements de l’hyène et de l’ours des cavernes. Cette découverte fait supposer qu’il devait exister autrefois des issues qui se sont bouchées depuis, car l’entrée actuelle des grottes est beaucoup trop petite pour donner passage à des animaux de cette taille. – Outre le ruisseau dont nous avons parlé, et qui, continuant son cours souterrain, va se jeter dans le Doubs à peu de distance de l’entrée des grottes d’Osselles, on y trouve encore une fontaine d’eau vive très bonne à boire. – Parmi les formes singulières que présentent les stalactites, on remarque en beau rideau drapé, des colonnades presque régulières, des troncs de palmiers, un sépulcre, un jeu d’orgues, etc.

                LA GRANDE-BAUME. – Il existe sur le territoire de Lods, au fond d’un petit vallon, une fort belle grotte d’un abord facile. Elle s’ouvre au centre d’un rocher de 20 pieds de haut, dont le sommet est couronné de vignes. Les habitants la nomment la Grande-Baume. Son entrée a 15 pieds de hauteur et 30 de largeur ; on arrive d’abord dans une première salle parfaitement éclairée, de 65 pieds de profondeur, et dont le fond s’abaisse de façon à ne plus présenter qu’une ouverture pareille à la bouche d’un four. Cette salle est ornée de belles stalactites, d’aspects variés et fantastiques. A droite, on remarque une figure de forme humaine, placée dans un siège surmonté d’un dôme de stalactites décoré de guirlandes. La voûte entière est garnie de stalactites, d’un bel effet. A gauche, on trouve une masse de stalagmites qui représentent assez exactement un lit garni de ses rideaux. Les habitants l’ont nommé le lit de Sancti Croustilleri. – L’ouverture du fond conduit à une seconde salle décorée aussi de stalactites et de stalagmites. On y remarque trois statues élevées sur une sorte de piédestal, représentant, avec des formes peu arrêtées, trois femmes voilées et tenant des enfants dans leurs bras. Cette salle a environ 100 pieds de profondeur.

                GROTTES ET CAVERNES. – Outre les grottes d’Osselles et la Grande-Baume, le département renferme un grand nombre de grottes curieuses ; on cite celles de Chenecey. – La grotte de Mouthier a servi de retraite aux habitants du canton pendant les guerres du XVIe siècle, et il y a quelques années que de faux-monnayeurs y avaient établi un atelier qui fut découvert. – La grotte de Remounot sert d’église succursale au village de ce nom, et rappelle ces cryptes antiques où les premiers chrétiens célébraient les mystères de la religion. Elle est située au bord du Doubs, dans le flanc d’un rocher, et ne reçoit les rayons du soleil que par un escarpement perpendiculaire au lit de la rivière. – La grotte dite le Château-de-la-Roche perce horizontalement un rocher coupé à pic. C’est à l’entrée de cette grotte que les comtes de la Roche avaient construit un château qui fut détruit pendant les guerres du XVIe siècle, et dont on voit encore les ruines. – Dans la commune de Montandon (canton de Saint-Hippolyte), on trouve une caverne vaste et profonde, nommée le Fondreau. C’est une excavation naturelle dans un rocher de plus de 80 pieds d’élévation. Les habitants de Montandon s’y réfugièrent pendant les guerres du XVIe siècle. On y voit encore les vestiges d’un moulin à bras qu’ils y avaient établi pendant ces temps de calamités. Mais ce qui prouve d’une manière incontestable que ce lieu a servi de retraite en temps de guerre, c’est que plusieurs familles de Montandon conservent des actes datés et écrits au Fondreau. près du Champ-de-Mars de Besançon, se trouve une grotte assez spacieuse, où Saint-Félix, évêque de Besançon, se retira, dit-on, pour vivre dans la solitude, désespérant de ramener son clergé aux anciennes pratiques, et où il mourut en odeur de sainteté.

                GOUFFRES. – Les fissures, les gouffres et les cavités communiquant avec des conduits souterrains, sont communs dans le département. Alternativement, ils absorbent et ils vomissent les eaux. Le Puits-de-la-Bréme, près d’Ornans, dans les grandes pluies, aux époques où les rivières débordent, se remplit d’une eau limoneuse qui s’élève du fond de l’abîme, s’élance en bouillonnant perpendiculairement à plusieurs pieds de hauteur, se répand au dehors et inonde le fond du vallon. – On trouve dans le vallon de Sancey un autre gouffre nommé le Puits-Fenoz, qui inonde également les environs, mais par une autre cause. Son ouverture présente un carré long de 8 pieds sur 6 de large : c’est dans cette gueule étroite que viennent s’engloutir les ruisseaux du Dard, de Voye et de la Baume ; suffisante l’été, elle cesse de l’être s’il arrive des pluies considérables, ou si la fonte des neiges est subite ; alors le canal souterrain s’engorge, les eaux s’élèvent et, s’épanchant au dehors, inondent le vallon et la partie basse des villages d’Orve et de Chazot, quelquefois jusqu’à la hauteur des premiers étages.

                GLACIERES NATURELLES. – Il existe dans le département, plusieurs grottes qui contiennent des glaces permanentes ; la plus importante, celle de la Grâce-Dieu, territoire de Chaux-les-Passavant, est digne d’être visitée par les voyageurs.

                SAUT DU DOUBS. – En sortant du lac de Chaillexon, vaste et magnifique réservoir, qui sépare le département de la principauté de Neufchâtel, le Doubs poursuit son cours à travers des défilés étroits, entourés de rocs escarpés qui, se resserrant à leur extrémité septentrionale, ne laissent plus d’autre issue qu’une ouverture de trente pieds de largeur, par où la rivière s’élance et se précipite perpendiculairement de 82 pieds de hauteur, avec un bruit imposant décuplé par les échos, dans un abîme profond que la sonde n’a pu encore mesurer. – Pour jouir complètement de la vue de cette belle cascade, il faut, par un jour clair et serein, se placer au-dessous de la chute d’eau, lorsque le soleil descend vers l’horizon, alors le spectacle est embelli par les vives couleurs des arcs-en-ciel qui se meuvent et se croisent au milieu des vapeurs humides qui baignent les rochers ; le bruit solennel de la cataracte, l’aspect des rocs noircis, la blanche écume qui jaillit sur leurs parois, les teintes multipliées de la lumière solaire décomposée, toute une pluie de diamants, de topaze, d’émeraudes, de saphirs et de rubis, laissent au spectateur une impression ineffaçable, que les descriptions les plus animées sont impuissantes à produire. – Les bassins que forme le Doubs au-dessus de cette cascade, furent long-temps embellis par une fête annuelle, où se resserraient les liens d’amitiés qui unissent le peuple Franc-Comtois au peuple Suisse : cette fête n’a plus lieu.

                CASCADES. – Si le saut du Doubs est, par le volume de ses eaux, la cascade la plus remarquable du département, ce n’est pas la plus élevée. Parmi le grand nombre de chutes d’eau qui existent dans les cantons de la montagne, on cite les cascades de Syratu, dans le vallon pittoresque d’Ornans, et dont la hauteur et les pentes totales sont de plus de 560 pieds. Les deux chutes principales ont plus de 150 pieds de hauteur. – Un ruisseau dans le vallon de Migette devient dans les grandes crues un torrent impétueux, et se précipite de 370 pieds de hauteur, dans un gouffre dit le Puits-Billard, qui communique par un canal souterrain avec la source du Lison. – Enfin, près d’Eternoz on voit une cascade formée par un ruisseau assez considérable pour faire tourner un moulin, et qui se précipite de 120 pieds de haut.

                SOURCE DU DESSOUBRE. – Cette source jaillit d’un antre profond situé à 508 mètres (1,563 pieds 9 pouces) au-dessus du niveau de la mer. Les eaux s’élancent avec impétuosité, par sept issues (dont quelques-unes poussent des jets ascendants), d’un magnifique rocher, et forment de belles cascades. L’industrie s’est emparée de ce site sévère : des usines disposées en amphithéâtre sont établies sur les plans supérieurs des cascades ; on y voit aussi les débris d’un antique monastère, et quelques maisons isolées qui animent le paysage.

                SOURCE DE LA LOUE. – Un rocher, dont la hauteur est de plus de 320 pieds, s’élève verticalement au fond d’un vallon agreste et sombre ; à 80 pieds de la base s’ouvre un autre d’où jaillit avec impétuosité une belle nappe d’eau en forme de cascade. C’est la source de la Loue, rivière considérable à sa naissance, et qui fait aussitôt mouvoir des usines. La grotte d’où elle sort a plus de 180 pieds d’ouverture, sur 90 pieds de hauteur.

                PONT SARRAZIN. – Parmi les conformations singulières des rochers calcaires, on remarque l’arcade naturelle du pont Sarrazin, située près de Vaudoncourt, canton de Blamont ; elle offre, sur une petite échelle, une image du célèbre pont du Diable.

                SOURCES JAILLISSANTES DE CLERON. – Près du pont de Cléron, sur le territoire de Scey, on voit une source considérable, d’une nature peu ordinaire. D’une fente de rocher presque horizontale, l’eau s’élance en plusieurs jets, qui montent jusqu’à 9 pieds de hauteur. Il y a six jets principaux, et un grand nombre de moindres ; tous réunis, ils forment un ruisseau considérable, dont les eaux très froides en été paraissent chaudes en hiver. Cette source produite par un cours d’eau souterrain, qui descend des montagnes et vient jaillir à la surface du sol, donne une idée du principe sur lequel repose le système des puits artésiens.

                FONTAINE RONDE. – C’est une source intermittente, située dans l’arrondissement de Pontarlier, au bout d’un pré marécageux, resserré entre deux collines calcaires. – Elle existe dans deux bassins, de forme à peu près circulaire, dont l’un, plus élevé que le second, a environ 7 pieds de long, sur 6 pieds de large. Le fond de ces bassins est de sable et de petits cailloux, colorés en rouge par l’oxyde de fer. L’intermittence dure de 6 à 7 minutes.

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Prochainement suite et fin :

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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