Histoire de Maisons (III-5) : de 1856 à 1864

de 1856 à 1864

TROISIEME PARTIE – De la chute du premier Empire à la troisième République

CHAPITRE Cinq

Le 2 Juin 1855, M. Véron, domicilié à Alfort, conseiller municipal depuis quelques années, fut nommé maire, et M. Maire (de Maisons) Adjoint.

Voici la reproduction du serment prêté par la nouvelle municipalité au mois de décembre suivant :

SERMENT POLITIQUE.

« L’an mil huit cent cinquante-cinq, le 8 décembre, les fonctionnaires ci-après dénommés, composant le personnel de la municipalité de Maisons-Alfort, déclarent prêter le serment politique prescrit par l’art. 16 du sénatus-consulte du 25 décembre 1852 dont la teneur suit :

« Je jure obéissance à la constitution, et fidélité à l’Empereur.

« Et ont signé :

« MM. Véron, maire ; Maire, adjoint ; Renault, Becquemont, Delaporte, Pollé, Dandalle, Lecouteux, Rouette, Lesieur, Prévost et Picot. » 

La nomination d’un secrétaire de mairie et d’un garçon de bureau fut décidée ; le secrétaire prenait à sa charge, par abonnement, moyennant la somme de 80 francs par an, le chauffage et l’éclairage de la mairie ; il ne devait guère faire de bénéfices.

On a pu voir dans le premier budget de la nouvelle administration, que, pour la première fois, le traitement d’un secrétaire y figure ; et on remarquera que, dans celui de 1855, les recettes prévues sont plus élevées et les dépenses plus faibles que dans le suivant ; de sorte que dans le premier il y a 1.082 francs d’excédent de recettes, tandis que le second laisse un déficit de 1.600 francs. Cette différence provient des créations d’emplois, des nouveaux crédits inscrits, et probablement de la plus grande précision du budget nouveau. Le total des recettes portées pour 1855 devait certainement comprendre les reliquats des comptes précédents.

On ne s’explique pas pourquoi, malgré l’inscription d’un crédit pour le chauffage de l’école, afin qu’il devienne gratuit pour les familles, le crédit total de ce service est diminué de 200 francs. A remarquer aussi, que l’octroi, qui produit 1.750 francs brut, coûte 625 francs à percevoir ; le bénéfice est maigre.

Le déficit fut comblé, pour partie, à l’aide du reliquat en caisse, et, pour le surplus par des centimes additionnels.

La taxe sur les chiens, autorisée par la loi du 2 mai 1855, était perçue pour la première fois ; le tarif fut tout d’abord de 8 francs et 2 francs.

Les amateurs de statistique apprendront avec intérêt, que, quoique cette décision est causé la mort de bon nombre des nouveaux contribuables, on trouva 90 chiens d’agrément et 78 de garde. Les prévisions étaient largement dépassées.

On donna, cette même année, un avis favorable pour l’attribution d’une bourse militaire à un jeune homme nommé Langlois ; ce fut un bon placement, le lauréat, qui s’est illustré par de nombreux faits d’armes, est aujourd’hui général.

1857 – Les terrains ajoutés à la voie publique sont payés un franc le mètre rue des Iles, et 2 francs rue des Cochets.

1858 – A la suite de l’attentat d’Orsini, l’adresse suivante, votée par le conseil municipal, fut envoyée à l’Empereur.

« Sire,

Permettez au conseil municipal de Maisons-Alfort de mêler sa voix à celles qui, de tous Côtés, en France, comme en Europe, comme dans le monde entier, s’élèvent en ce moment, pour témoigner de l’horreur qu’a inspirée l’odieux attentat dirigé contre les jours précieux de Votre Majesté.

« Organes d’une commune rurale, qui aime en vous, Sire, le souverain qui a doté notre belle patrie de tant de tranquillité, de bonheur et de gloire,

« Nous bénissons la divine Providence, qui vous a si visiblement couvert de son égide, vous et l’auguste compagne que vous avez associée à vos glorieuses destinées, et comme vous, Sire, nous nous écrions :

« Dieu Protège La France ! »

1859 – Le presbytère, qui était en location, fut acquis de M. Bourguignon.

Jusque-là, le secrétaire de la mairie ne venait à son service que de 6 heures à 9 heures du soir, ce qui, entre parenthèses, n’était pas très commode pour les administrés ; il touchait 800 francs par an ; il fut décidé, que désormais, il donnerait tout son temps, et gagnerait 1 200 francs.

A la rentrée des troupes de la guerre d’Italie, la plaine de Maisons, entre le chemin de fer et la Seine fut transformée en camp de cavalerie. Les glacis du fort étaient également couverts de tentes.

Ce spectacle attirait de Paris et des communes environnantes une foule de promeneurs, qui voulaient, comme le chanta Paulus plus tard, « voir et complimenter l’armée française ». Ce fut l’âge d’or des aubergistes de la région.

1860 –  Le classement du chemin de l’Echat dans la grande vicinalité était demandé depuis longtemps, à ce moment déjà, afin de décider l’administration à ce classement ; son utilité est démontrée comme pouvant contribuer à relier dans l’avenir Saint-Maur, Créteil, Maisons, Vitry et Ivry, à l’aide d’un prolongement à travers la plaine et d’un pont sur la Seine, ce même pont dont nous commençons seulement à entrevoir la construction comme prochaine.

Pour la première fois, un médecin de l’état civil est désigné ; c’est M. Josias ; il touchera, pour chaque constatation, 2 francs, qui lui seront payés par les familles.

Le premier traité avec l’administration des pompes funèbres fut également fait ; jusque là, on portait les corps à bras.

Une grande inondation vint couvrir les plaines, et en fit pendant quelque temps un lac, entre les lignes des chemins de fer de Lyon et d’Orléans, Seine comprise. La partie basse d’Alfort, ainsi que les terres au delà de Maisons et la place de la gare étaient également inondées ; puis la gelée survint et il y eut une débâcle terrible. Fort heureusement, la plaine était encore déserte.

1862 – Le nouveau pont de Charenton fut commencé à cette époque ; contrairement à l’ancien, qui était de plain-pied avec le sol de la Grande-Rue d’Alfort, il fut surélevé ; de sorte qu’on se vit dans l’obligation d’établir la rampe que l’on connaît, en maintenant le niveau des rues latérales. Il n’eût pas été difficile de faire mieux, et l’ingénieur, auteur du projet, n’aura jamais de statue à Alfort.

Les vieux matériaux furent en partie employés ; on replaça dans la culée, du côté d’Alfort, en amont, au niveau où elle existait avant la démolition, une pierre portant gravée la mention suivante :

EN 1697 LE PREMIER

JVILLET L’EAV A MONTE

ICY ET A TOUT NOYER LES …

Le reste est effacé, mais l’on suppose bien qu’il s’agit des habitants. Le niveau de cette pierre correspond à celui de l’inondation de 1876.

Depuis longtemps déjà, on constatait l’insuffisance du local affecté à l’école des garçons, toujours dans la mairie ; celle des filles et l’asile étaient au couvent, dans la Grande-Rue.

L’installation d’une nouvelle mairie et d’un groupe scolaire fut décidée on achètera une ancienne ferme, située dans la Grande-Rue à l’angle de celle de Charentonneau, d’une surface de 4 672 mètres, et du prix de 45 000. « Il n’y a presque rien à faire, tous les bâtiments serviront ; celui d’habitation pour la mairie, les hangars et granges pour les écoles … etc. » On se croirait en 1894, lorsque fut proposée l’acquisition Lesieur.

Un premier devis fixa la dépense, achat et frais compris, à 128 496 francs ; ce n’était que le commencement, et, pour la première fois, on parla d’un emprunt.

A cette époque se produisit aussi un événement mémorable ; on embaucha le premier cantonnier, avec cette observation, qu’il aurait dans ses attributions le nettoyage du cimetière, et qu’au cas ou on ne trouvait pas à l’occuper toute l’année, il serait congédié l’été. Son salaire fut fixé à 900 francs par an.

On aurait dû conserver le nom de ce brave travailleur qui suffisait à lui seul, et au delà, à assurer l’entretien de toutes les rues de la commune. Ce service, jusque-là, avait été fait par les riverains seuls.

Jusqu’en 1862, et depuis les premières descriptions connues, le réseau des rues et chemins de la commune ne s’était augmenté que par le percement de la rue du Pont-d’Ivry, et, un peu plus tard, de la cité d’Alfort, qui n’était du reste qu’un passage privé fermé de grilles à chaque extrémité.

Le plan cadastral de 1841 n’est, à cela près, que la reproduction de celui de 1813, sauf que le nombre et la disposition des constructions se sont modifiés, et que le fort occupe le lieu dit la Butte de Grammont.

La rue de Mayenne, encore peu connue aujourd’hui, et sur le point d’appartenir désormais à Créteil, fut la première ouverte par des particuliers sur leur terrain. Quelque temps après, le prolongement de la rue Jean fut percé sur l’emplacement d’une dépendance de la ferme de l’Archevêché.

Un morcellement d’une bien autre importance fut commencé : celui de la plaine, entre le chemin de fer et la Seine, dans un sens, et la rue du Pont d’Ivry dans l’autre, avec prolongement graduel vers Créteil et Choisy.

L’affaire fut lancée tout d’abord par un liquidateur de domaines. M. François, assisté de M. Tellier, et ensuite de M. Brenu, qui commencèrent à vendre les terres provenant de l’ancienne ferme de Maisonville, devenue la propriété d’un sieur Dominique. On donna à ce nouveau quartier le nom d’Alfortville.

Il n’y avait alors, de ce côté du chemin de fer, qu’un petit groupe d’habitations désignées sous le nom de Maison de l’Américain, placées en bordure d’un tronçon de la rue Jean, puis un autre, auprès du pont d’Ivry, dont la pompe, une petite usine et deux auberges.

A peine les premières rues furent-elles tracées, qu’on vendait de nombreux lots de terrain, et qu’on commençait à y bâtir des maisons, d’abord très petites, puis rapidement plus importantes ; l’usine à gaz était du nombre. Quelque temps après vinrent s’y ajouter deux grandes forges à fer.

Ce fut également de 1861 à 1863 qu’on construisit le barrage du Port-à-l’Anglais.

1864 – L’octroi, qui n’existait que sur les vins et alcools, à raison de 0 fr. 92 et 2 fr. par hectolitre, fut institué à peu près tel que nous l’avons encore, malgré une pétition d’un grand nombre d’habitants, dans laquelle, d’une façon un peu triviale, on représentait les « Octroyens » cherchant à découvrir la fraude sous les jupons des maraîchères retour des Halles ; son produit pour 1865 était évalué à 29 656 francs.

Le traité avec la Compagnie des eaux fut fait pour cinquante années ; nous en « jouissons » encore, sans en être plus satisfaits ; il faut reconnaître, pourtant, à la décharge de ceux qui l’ont fait, qu’il fut à cette époque, considéré comme réalisant un progrès considérable.

A l’occasion de la mise en état de viabilité du prolongement du quai d’Alfort, il y eut un procès. La commune se prétendait propriétaire non seulement du sol de ce chemin, mais encore du pré qui le séparait du bras du moulin, et sur lequel se faisait habituellement la fête.

Elle invoquait la longue jouissance sans contestations, et le classement très ancien de ce chemin dans la voirie communale. Les propriétaires du terrain, devenu plus tard la Villa Renard, prétendaient que ce pré leur appartenait, en vertu de titres de propriété, sur lesquels leur pièce était désignée comme s’étendant « du chemin de Créteil à la rivière de Marne », quand survint M. Jouët, qui mit les parties d’accord en justifiant que l’objet du litige dépendait du Moulin Neuf, et était son bien. On plaida, et il eut gain de cause.

A un certain moment, l’île en face de ce pré ne dépendait pas du moulin ; il y avait dessus un restaurant à l’enseigne de Robinson, auquel on accédait par un pont de bois. Restaurant et pont ont disparu ; le pré est couvert de maisons, quant à la fête, elle se loge où elle peut.

La nouvelle mairie s’édifiait ; le 15 août 1864 eut lieu la prise de possession. Le maire, l’adjoint, les conseillers municipaux, le curé, le vicaire, et les administrations diverses étaient présents ; mais tout n’était pas terminé ; il fallut voter des suppléments pour les bâtiments et le mobilier. En définitive, les travaux, qui devaient coûter 79 817 francs, atteignirent le chiffre de 118 135 francs. Et on avait dit, au début, qu’il n’y avait presque rien à faire !

L’architecte mit la surprise sur le compte de la vétusté des vieux bâtiments ; on fit voir qu’on n’était pas content et on acquitta les mémoires.

Les entrepreneurs n’avaient fait que 5p. 100 de rabais en moyenne ; ce souvenir causera bien des regrets à ceux d’aujourd’hui.

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Classé dans Amédée Chenal, Histoire locale, Maisons-Alfort

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