Marguerite Thuillier

Voici quelques lignes retrouvées sur Marguerite Thuillier dans

La vie à Paris 1895 / Jules Claretie de l’Académie Française
G. Charpentier et E. Fasquelle (Paris) Éditeurs

Pages 79 à 81 nous pouvons lire quelques lignes consacrées à Marguerite Thuillier et à son fils. Une comédienne familière des adhérents du CGMA …

…. Les employés des administrations publiques ne détestent pas non plus d’user des protecteurs et du protectionnisme. Il faut tout dire : on avance peu, dans les administrations ; on piétine et l’on se décourage. J’avais au collège un camarade, très intelligent et très actif, qu’on appelait Thuillier, le petit Thuillier, car il était mince, frêle, maladif et triste. Parfois une jeune femme, l’air mélancolique, très distingué et modestement mise, venait le demander au parloir. On nous disait que c’était une actrice et nous regardions curieusement la comédienne, la mère du petit Thuillier.

Nous ne doutions pas que cette comédienne était l’une des plus admirables artistes de ce temps, une grande artiste, Thuillier, la créatrice de Mimi, de la Vie de Bohême, de la Petite Fadette, de George Sand, de Mlle de Saint-Geneix du Marquis de Villemer, Thuillier que le public de l’Odéon adorait et à qui il faisait des excuses pour l’avoir sifflée dans la Gaétana d’Edmond About. Lorsque le petit Thuillier quitta le collège, la vie nous sépara, comme elle en désunit tant d’autres, et je croyais que mon compagnon de classe était entré dans l’armée, ainsi que la plupart des fils de comédiennes qui vont demander, sous l’épaulette, une autre gloire que celle du théâtre, marins comme le fils de Rachel, devenus parfois colonels comme le fils de la Duchesnois.

Quant à cette vaillante Thuillier, elle continuait à nous charmer, à émouvoir. C’était une âme. Point jolie, plus que jolie. Ceux qui l’ont écoutée ne n’oublieront jamais. Avec quelle poésie lamentable, d’une voix traînante et mourante, elle prononçait ce mot : l’hôpital, dans l’agonie de Mimi. C’était peuple et c’était artistique. Cela sentait la misère et l’idéal. Puis celle qui avait joué la maladie fut atteinte par la maladie. La pauvreté vint, non plus la pauvreté de théâtre ; Au ministère, on fit une pension à Thuillier. Lorsque M. Bardoux devint ministre des beaux-arts, il la doubla, cette pension en souvenir de la comédienne qui avait été la Muse de sa génération. « O ma jeunesse, c’est vous qui vieillissez ! » Elle parlait d’entrer dans un couvent, comme voulait, un moment, le faire Mme Arnould-Plessy. Il existe même entre Marguerite Thuillier, la comédienne, et Mme Sand une correspondance d’une poignante éloquence et où les cœurs saignent, les âmes crient – lettre d’une religiosité ardente – qui n’évoque guère les souvenirs des coulisses ou du foyer.

Un jour – j’avais écrit sur l’actrice quelques lignes – on me fit passer une carte. Quelqu’un demandait à me voir pour me remercier : M. Touiller, inspecteur des garnis, je crois à la préfecture de police. Je vis enter un petit homme à l’air timide, sympathique et discret.

– Vous ne me reconnaissez pas ? me dit-il. Nous nous tutoyions autrefois ! Je suis Thuillier, « le petit Thuillier ».

Il s’appelait Touiller maintenant, craignant, disait-il, que le nom de la comédienne ne fit tord au fonctionnaire. L’administration a-t-elle donc de ces scrupules ? Toujours est-il que le fils de Thuillier, le petit Thuillier, avait consacré toute sa vie au service public et n’avançait guère. Il me conta sa vie de labeur ; « Voilà mon passé me dit-il, et quel est l’avenir ? » On vient de me donner la nouvelle que M. Touiller, chef de bureau à la préfecture, est mort subitement d’une rupture d’un anévrisme au cœur. Tous le regrettent. Il laisse une famille désolée. Sans doute ceux qui lui survivent ont-il droit à une pension. On en faisait une à Marguerite Thuillier, Touiller aussi l’a bien gagnée. Ah ! s’il avait été arriviste, ce brave et bon petit Thuillier, comme il se serait fait une réclame du nom acclamé et de la gloire de sa mère !

***************

Et pour terminer une lettre de George Sand à Margot
(Marguerite Thuillier)

sans-titre1

Adhérent-CGMA-Pierre-147

1 commentaire

Classé dans Histoire, Personnalité

Une réponse à “Marguerite Thuillier

  1. THUILLIER

    Ah cette Marie Marguerite, que de tracas elle me cause. Plus je détaille les différents articles ou le courrier de George Sand, plus il le semblerait que THUILLIER serait son nom de scène. L’article de Jules Claretie en serait un témoignage.

    Mais alors, pourquoi THUILLIER, et qui est cette actrice DELOYE dite THUILLIER, que l’on retrouve au Théantre des Arts à Rouen.

    Ceci justifierait que sur l’acte de décès de Marie Marguerite, il soit noté dite THUILLIER….

    Je pense qu’il pourrait y avoir une solution dans les documents du Théatre des Arts et de la Troupe de Castelli.

    Y aurait-il un Rouennais qui serait proche de l’Opéra et qui pourrait y effectuer quelques recherches ???

    Par avance il a ma gratitude.

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