Archives quotidiennes : 12 mars 2011

Extrait de : « Le Nouveau Paris » (histoire de ses 20 arrondissements en 1860)

par Emile de Labédollière 

   L’arrondissement de l’Opéra comprend les quartiers Saint-Georges, de la Chaussée-d’Antin, du faubourg Montmartre et Rochechouart. Ils sont tous d’origine nouvelle. Au commencement du XVIIIe siècle on n’y voyait presque que des champs. La rue de la Chaussée-d’Antin se nommait le chemin de la Grande-Pinte. A gauche était un château bâti par la famille Cock en 1320, et que certaine particularité de construction  avait fait nommer le château des Porcherons. Un peu plus loin était la pépinière du roi. Sur l’emplacement de la rue de la Victoire veillaient les commis de la Ferme générale. Une longue route s’en allait en serpentant au pied des collines, entre des champs, des marais et des jardins, de Montmartre à la Petite-Pologne. Elle était bordée de cabarets, rendez-vous des bons lurons, comme l’a dit Vadé ; on y buvait du vin appelé guinguet, parce qu’il faisait guinguer ou sauter ceux qui en prenaient. C’est l’ étymologie du mot de guinguette, sous lequel furent connus les cabarets des Porcherons. Ils avaient à peu près tous le même aspect. En entrant, on traversait une cuisine pantagruélique où rôtissaient devant un foyer volcanique des langues de veau, des gigots, d’énormes quartiers de bœuf ou de mouton. Le grand salon, qui contenait jusqu’à six cents personnes, était bordé de tables, sur lesquelles s’amoncelaient des bouteilles, des pintes de plomb, des assiettes, vidées par les consommateurs avec une effrayante rapidité . Les danseurs occupaient le milieu de la salle. Des orages passagers grondaient parfois dans ces asiles de la joie. Deux rivales se rencontraient et se disaient des pouilles. – T’es-t-une pas grand’chose. – J’somme une honnête femme. – Tu veux m’esbignonner mon personnier.- T’en a menti ! – Prends garde que j’te baille une giroflée à cinq feuilles ! – Ose donc, j’te battrai comm’ plâtre ! – Quien ? – Vlan ! – Paffe ! et les bonnets de voler, les chevelures de flotter au vent, les coups de pleuvoir. Les hommes s’en mêlaient, le guet accourait, se frayait un passage à coups de crosse, s’emparait des perturbateurs, gantait avec des cordes les plus récalcitrants ; et, la tranquillité étant rétablie, les contredanses recommençaient.

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