Archives quotidiennes : 20 octobre 2010

France Pittoresque – 1835 : Eure-et-Loir (1)

Département de l’Eure-et-Loir.

(Ci-devant pays chartrain, Dunois, Drouais, Perche, etc.)

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HISTOIRE.
ANTIQUITES.
MŒURS, CARACTERE, ETC.
COSTUMES.
LANGAGES.
NOTES BIOGRAPHIQUES.
TOPOGRAPHIE.
METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
VARIETES. – DRUIDES. – DRUIDESSES.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

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HISTOIRE.

            Le territoire qui compose aujourd’hui le département d’Eure-et-Loir faisait partie à l’époque de la conquête des Gaules par César, du pays des Carnutes, vaste contrée habitée principalement par les druides, et dont la cité principale (aujourd’hui Chartres) était considérée comme la capitale de la Gaule celtique. – C’était la résidence du sénat druidique, le lieu où se faisaient les grands sacrifices, les principales cérémonies religieuses, et où se tenaient les assemblées nationales. – A l’époque de la division des Gaules, au Ve siècle, le pays Chartrain ou des Carnutes fit partie de la IVe Lyonnaise, dont Sens était la métropole. – Conquis par les Francs, il fut administré jusque vers la fin de la seconde race par des comtes, officiers nommés par le roi et qui se firent héréditaires. – Le pays fut alors démembré ; une partie de ce qui forme aujourd’hui le département fut comprise dans le comté du Perche, le reste composa les comtés de Dreux, de Chartres et de Dunois.

            Le comté de Chartres, cédé au duc de Normandie par le traité de Sainte-Claire-sur-Epte, passa à Thibault-le-Tricheur, comte de Blois ; la famille de Thibault resta en possession de ce comté jusqu’en 1286 ; alors une dame de cette maison, veuve du comte d’Alençon, le vendit à Philippe-le-Bel. Ce roi le donna en apanage à Charles, son frère, comte de Valois, dont le fils, Philippe, étant devenu roi de France, le réunit à la couronne. – En 1258, François 1er érigea le comté de Chartres en duché. – Louis XII l’engagea pour 250,000 écus d’or lors du mariage de sa fille Renée avec Hercule d’Est, duc de Ferrare. – E, 1623, le duché de Chartres revint à la couronne et fut compris dans l’apanage de Gaston, duc d’Orléans, frère de Louis XIII ; il fit ensuite partie de celui d’un autre duc d’Orléans, Philippe, frère de Louis XIV, dont la postérité l’a possédé jusqu’à la Révolution. – Le titre de duc de Chartres est celui que Louis-Philippe portait dans sa jeunesse.

            Le comté de Dunois, après avoir appartenu aux comtes de Blois et de Chartres, passa dans la maison de Châtillon et ensuite dans celle d’Orléans. Le fameux bâtard Jean d’Orléans, comte de Dunois, se signala au XVe siècle dans les guerres contre les Anglais. Ce brave compagnon de Jeanne-d’Arc fut la tige de la maison d’Orléans-Longueville, qui posséda le comté de Dunois jusqu’en 1707, époque où par reversion il revint à la couronne.

            Le comté de Dreux appartint d’abord aux comtes de Perche ; il fut vendu en 1378 par une dame de cette maison au roi Charles V : successivement engagé par plusieurs rois de France, il ne rentra dans le domaine royal qu’en 1551, Henri III le donna en apanage à son frère, le duc d’Alençon, à la mort duquel il passa à Charles de Bourbon, comte de Soissons, qui le transmit à son fils Louis, tué à la bataille de Sédan en 1641. – Ce fut seulement vers la fin du XVIIe siècle que le comté de Dreux fut définitivement réuni à la couronne.

ANTIQUITES.

            Le pays des Carnutes était couvert d’une forêt sacrée dont il ne reste plus que quelques débris peu étendus ; c’est au centre de cette forêt, à l’endroit nommé aujourd’hui la Garenne de Poisvilliers, que se trouvait, suivant les antiquaires du pays, le principal collège des druides, c’est-à-dire le lieu où les druides recevaient les jeunes gens gaulois qui voulaient s’instruire et se préparer à l’initiation. – On remarque en effet sur un point assez élevé, l’emplacement d’un ancien édifice de forme carrée, entouré de fossés larges et profonds, et qu’on nomme dans le pays le vieux château : à côté, et hors de l’enceinte des fossés, étaient d’autres bâtiments accessoires. Un bois sacré entourait ces divers édifices ; il a été détruit il y a environ 40 ans. On a aussi cru reconnaître à Dreux et à Fermaincour d’autres vestiges d’anciennes écoles. – On voit sur la rive gauche de l’Eure, dans la forêt d’Ivry, les ruines d’une vaste habitation qu’on suppose avoir été celle du chef des druides. – La commune de Lèves, à une lieue de Chartres, renferme la montagne des lieues ; c’est une éminence de forme circulaire, entourée de fossés. Nous avons vu dans le Limousin des constructions de ce genre qui nous ont paru être des forteresses gauloises. – Près de Lèves, du côté de l’Eure, une caverne vaste et profonde s’ouvre dans le flanc de la montagne qui regarde le Levant ; on suppose que ce souterrain a servi de retraite aux druides, et était un lieu d’initiation. – Il est voisin d’une fontaine que la tradition considère comme sacrée, et qui était encore naguère en grande vénération. – A Chartres même, au sommet de la montagne où la cathédrale a été bâtie, se trouvait, avant l’établissement du culte chrétien, un bocage sacré dans lequel était une grotte, conservée lors de la construction de l’église, et dont l’entrée existe encore. – D’autres monuments druidiques sont épars dans le département. – On cite parmi les tumulus, ceux de Goindreville (près de Tivas) et de Morancez. – On remarque plusieurs galgals, monceaux de pierres que recouvrent des dalles colossales ; plusieurs pierres levées ou menhirs : divers cromlechs, dont le plus curieux se trouve entre les hameaux de Changé et de la Folie ; c’est un autel presque circulaire de 15 pieds de diamètre, formé de deux grosses pierres, et présentant intérieurement deux plans inclinés en regard. – On remarque aussi, à Changé et au hameau des Cocherelles, des demi-dolmens. Celui de Cocherelles passe pour le plus considérable de tous les monuments celtiques du département : « Quatre pierres brutes, mais toutes à peu près de forme carrée, composent ce monument. Les deux moins grandes sont debout sur un de leurs côtés ; les deux autres, appuyées sur le sommet des premières par une de leurs extrémités, reposent sur la terre par l’autre ; elles font ainsi une sorte de toit incliné supporté par les deux moindres pierres qui sont droites. Un intervalle de plusieurs pieds, laissé entre celles-ci, forme comme une porte : les deux grandes pierres inclinées se touchent immédiatement dans toute leur longueur. – Chacune des deux pierres debout qui forment le devant, et comme les murs de l’édifice, est haute d’environ sept pieds, et à peu près de la même largeur ; celles formant toit ont environ neuf pieds de large sur quatre de long. – En fermant par une maçonnerie les deux extrémités de cette espèce de bâtiment, et les intervalles que laissent entre elles les énormes pierres qui le composent ; en le partageant par une cloison, en y adaptant eux portes dans l’espace que laissent entre elles les deux moindres pierres, on en a fait, d’un côté, une petite écurie, et de l’autre, une sorte de hangar servant à divers usages. » – On cite encore, parmi les monuments druidiques du départem., quelques dolmens ; celui de Quinquempoix, sur la rive gauche du loir, paraît être le plus grand. – les restes ‘une voie antique, d’un camp, d’un aqueduc, quelques fragments de mosaïques, parmi lesquelles on remarque celles de Marboué, des autels votifs, des statuettes, des ustensiles, un grand nombre de médailles, sont les principales antiquités romaines trouvées dans le département.

            Plusieurs châteaux-forts, les ruines de diverses abbayes autrefois fameuses, quelques églises gothiques d’une belle construction, figurent parmi les monuments que le moyen-âge a laissés dans le pays.

MŒURS, CARACTERE, ETC.

 

            Les habitants du département sont généralement bien constitués et d’une forte complexion ; ils ont ordinairement le teint blanc et vermeil, les cheveux châtains ou noirs ; mais, suivant les localités, leur constitution, leur caractère et leurs habitudes présentent des nuances assez sensibles. Ainsi, dans la parie septentrionale qui avoisine le département de l’Eure, les habitants, actifs, intelligents, sont adonnés aux arts industriels et mécaniques, ou occupés de transactions commerciales. – Les mœurs y sont plus relâchées que dans les cantons agricoles du centre et du midi ; les habitudes de civilisation et de plaisir y sont plus répandues, le caractère y est moins rude.

            Dans la partie centrale, qui se compose en grande partie de l’ancienne Beauce, les habitants, plus spécialement adonnés aux travaux de l’agriculture, sont laborieux, sobres et économes, bons et francs dans leurs relations, hospitaliers et bienfaisants. – Leurs mœurs sont sévères, leur vie est simple, leur nourriture frugale. – Le fermier et les domestiques mangent ordinairement à la même table ; du pain bis, du fromage et des légumes sont la base de leurs repas ; ils consomment peu de viande, excepté pendant la moisson. – Leur pays étant privé de cours d’eau, la boisson ordinaire y est l’eau des puits et des mares qui, dans les grandes chaleurs, cause souvent des maladies.

            Les Beaucerons sont généralement riches ; meunier et laboureurs, ils doivent leur fortune au commerce des grains, auquel le voisinage de la capitale assure une vente toujours prompte. – On peut se faire une idée de l’importance de la production des céréales dans la Beauce, en visitant le marché aux grains de Chartres. – Il n’est pas rare d’y voir vendre en un seul jour plus de 10,000 quintaux de blé, sans compter ceux vendus sur échantillon et qui se livrent dans les greniers. Toutes les acquisitions ont lieu au comptant. L’ordre et l’activité qui règnent dans les ventes et dans les livraisons sont dignes d’admiration. – Le grain est toujours mesuré, livré et payé sur la place même, dans le courant de la journée : des femmes, organisées en société et divisées en quinze bandes, sont seules occupées à surveiller le mesurage et la livraison. – Le peuple les nomme assez grossièrement leveuses de culs-de-poche (dans le dialecte beauceron une poche veut dire un sac). La probité de ces femmes, dont la corporation existe depuis plusieurs siècles, est justement renommée ; elles sont chargées, moyennant une rétribution légère, de recevoir les grains, de lever le sac, de le vider dans la mesure, d’en recevoir le prix et de le compter aux vendeurs. Ceux-ci se fient sans réserve à leur bonne foi. Après leur avoir remis leur blé ils renvoient leurs chevaux et leurs voitures, et vont paisiblement faire leurs affaires, payer leurs fermages ou renouveler leurs b aux ; le soir ils reviennent toucher leur argent des mains de celle qui a été chargée de vendre pour eux ; et jamais, dit-on, il n’y a confusion ni mécompte.

            Les habitants de la partie méridionale du département, et notamment ceux de Châteaudun, passent pour les plus intelligents et les plus spirituels ; on leur reconnaît une grande vivacité d’esprit et la faculté de comprendre facilement et rapidement les affaires. Cette intelligence prompte et développée a donné lieu à un proverbe : Il est de Châteaudun, il entend à demi-mot.

            Les habitants de la partie occidentale, qui était comprise dans l’ancien Perche, passent pour fins et rusés. Vivant dans un pays moins riche et moins sain, ils sont d’une taille plus petite, faibles et peu actifs. Le peu de ressources que leur offre l’agriculture les oblige à se livrer à diverses fabrications d’étoffes ou de toiles. – Le cultivateur y est moins laborieux, moins sobre, plus insouciant que celui de la Beauce, mais il est aussi plus industrieux. Il ne mange que du pain d’orge mêlé d’un peu de blé et de seigle, mais il a fréquemment de la viande et boit beaucoup de cidre. – Bien différent du Beauceron, qui craindrait d’ombrager par des plantations un sol propre à la culture des céréales, le paysan percheron entoure son petit domaine d’arbres fruitiers et de haies vives.

            Les habitants du département ont naturellement les mœurs douces et les habitudes sociables. – Ils montrent de l’aptitude pour le commerce et l’industrie, et font généralement preuve de beaucoup de probité. – Ils sont propres à l’étude des sciences, ont une imagination vive et poétique, du feu, de l’esprit et de la gaieté. Leur courage est cité ; à toutes les époques ils ont fourni à nos armées de braves soldats et des généraux distingués.

COSTUMES.

 

            Le département est trop rapproché de la capitale pour que le costume des habitants offre quelque chose de particulièrement remarquable. Les paysans sont généralement vêtus d’habits de gros drap bleu, amples et propres. Ils portent un long gilet tombant sur une culotte que recouvrent de grandes guêtres de toile blanche boutonnées jusqu’au-dessous du genou : de gros souliers ferrés sont leur chaussure habituelle. – Le costume des femmes, pareil (sauf le grand bonnet à barbes tombantes) à celui des environs de Paris, se fait remarquer par es couleurs vives et variées. On cite le luxe des dentelles qui décorent les coiffures des fermières de la Beauce dans les jours de fêtes solennelles ou particulières, et les riches bijoux d’or et d’argent qu’elles étalent alors comme un signe visible de l’aisance et de l’économie de leurs maris laborieux.

LANGAGES.

            La langue française est la langue du pays : on la parle dans les villes avec correction et élégance. – Des locutions vicieuses, quelques  mots détournés de leur signification, plusieurs expressions vieilles se mêlent au langage des habitants des campagnes, mais non pas en assez grande quantité pour constituer un patois.

NOTES BIOGRAPHIQUES.

 

            Parmi les hommes distingués qui appartiennent au département, nous citerons : le chancelier d’ALIGRE ; l’auteur de l’Ecole des Bourgeois, le caustique d’ALLAINVAL ; un poëte estimé du XVIe siècle, Remi BELLEAU ; le brave colonel BOUTROUE, qui fut mortellement blessé à la mémorable affaire de Caldiéro, en 1805 ; le fameux conventionnel BRISSOT de Varville, un des chefs du parti girondin ; un des critiques contemporains estimés, Phil. CHASLES ; un des orateurs qui honorent le barreau français, CHAUVEAU-LAGARDE ; l’historien de Chartres, CHEZVARD ; l’académicien COLLARDEAU, versificateur harmonieux ; le bon et spirituel COLLIN-D’HARLEVILLE, auteur de charmantes comédies ; un des plus délicieux poëtes du XVIe siècle, Philippe DESPORTES ; le célèbre médecin DOUBLET ; le littérateur DUSSAULX, membre e l’Académie française et de la Convention nationale ; le savant FELIBIEN ; l’excellent comédien FLEURY ; l’helléniste Nicolas GOULU ; un poëte du XVIIe siècle, Antoine GODEAU, évêque de Vence ; le poëte dramatique GUILLARD, auteur d’Iphigénie en Tauride, dont Gluck fit la musique, et d’Œdipe à Colonne ; le jurisconsulte ISAMBERT, avocat consciencieux et désintéressé, aujourd’hui député ; le ministre protestant Jacques LENFANT, prédicateur célèbre ; le médecin LOISELEUR-DESLONGCHAMPS, botaniste instruit ; un autre habile médecin MAHON, auteur de plusieurs ouvrages estimés sur la Médecine légale et l’Histoire de la Médecine clinique ; l’héroïque général MARCEAU ; le littérateur Auguste MOUFFLE, poëte agréable ; le moraliste NICOLE ; le chansonnier PANARD ; le conventionnel PETION, maire de Paris ; le fameux joueur d’échecs PHILIDOR, musicien-compositeur rempli de talent et d’esprit ; un fameux peintre sur verre, PINAIGRIER, renommé au XIVe siècle ; le descendant d’un des auteurs de la Satire Ménippée, le chanteur populaire PITOU, que son courage et ses chansons firent au 18 fructidor déporter à Cayenne ; l’inventeur des Panoramas, le peintre PREVOST ; le précurseur de Boileau, le satirique Mathurin REGNIER ; l’auteur de Wenceslas, ROTROU, excellent citoyen que distinguent un beau talent et un patriotique dévouement ; le graveur SERGENT, qui joua un rôle dans la Révolution et fut un des fondateurs du Musée national ; le brave général d’artillerie SENARMONT, tué devant Cadix ; l’auteur de l’Histoire des Perruques, J.-B. THIERS, écrivain original, excellent théologien, rude critique ; un des littérateurs contemporains les plus distingués par la grâce et la sensibilité, le poëte SAINT-VALRY ; etc., etc.

TOPOGRAPHIE.

 

            Le département d’Eure-et-Loir est un département méditerrané, formé de la Beauce, du Pays Chartrain et du Dunois (Orléanais), du Perche, du Drouais e du Thimerais (Normandie). – Il a pour limites : au nord, le département de l’Eure ; à l’est, ceux de Seine-et-Oise et du Loiret ; au sud, ceux du Loiret, de Loir-et-Cher et de la Sarthe ; et à l’ouest, celui de l’Orne. – Il tire son nom des deux rivières principales qui l’arrosent. – Sa superficie est de 602,752 arpents métriques.

            SOL. – MONTAGNES, ETC. – Le sol, généralement composé de terres grasses et riches, repose sur un fond de nature très variée. La base en est tantôt calcaire, tantôt composée de parties siliceuses et argileuses. Quoiqu’il soit assez élevé il ne renferme néanmoins aucune montagne. Sa superficie présente au contraire de vastes plaines où la pente est peu sensible. Le reste est légèrement ondulé, entrecoupé de coteaux et de vallées ; Saint-Laurent-de-la-Gatine et Tremblay-le-Vicomte, au nord, Prunay-le-Gilon et Beaumont-le-Chartif, au sud de Chartres, sont les points les plus élevés du département. Chartres est à 160 mètres au-dessus du niveau de la mer. – Le plateau qui, au midi de cette ville, s’étend du sud-est au nord-ouest du département, sépare les eaux de l’Eure, affluent de la Seine, de celles du Loir, affluent de la Loire par la Sarthe et la Mayenne.

            ETANGS. – On compte 22 étangs principaux. Ils se trouvent tous dans la partie occidentale du département, aux environs de la Ferté-Vidame, de Senonches, de la Loupe, d’Illiers, de Brou, d’Authon et de Nogent-le-Rotrou. – L’étang de Bois-Ballu (commune de Dampierre-sur-Blévy) offre un phénomène remarquable. Cet étang est principalement alimenté par une source sortant d’un gouffre et qui, dans certain temps de l’année, vomit de gros poissons, carpes et brochets. Ces poissons disparaissent ensuite subitement. Pour expliquer ce phénomène, on a supposé que la petite rivière de Boussac, qui se perd non loin de l’étang de Bois-Ballu, communique avec la source qui forme cet étang. – Cette source est aussi parfois intermittente. Chevard raconte que de 1775 à 1778, pendant trois années, elle cessa de couler, que l’étang resta à sec, et que tout à coup l’eau reparut avec une telle abondance, qu’en une seule nuit l’étang fut de nouveau rempli. Depuis, cette source a présenté d’autres intermittences, mais qui n’ont jamais été aussi longue durée.

            RIVIERES. – CANAUX. – Aucune des rivières du département n’est navigable. – L’Eure et le Loir pourraient le devenir moyennant quelques travaux qui, à différentes époques, ont été commencés et abandonnés. – il existe un projet de réunir ces deux rivières au moyen d’un canal de jonction qui, partant de Thivars sur la rive droite de l’Eure, aboutirait à Bonneval, sur la rive gauche du Loir. – L’Eure naît dans le département de l’Orne, son cours dans celui d’Eure-et-Loir est d’environ 40,000 mètres. – Le Loir a sa source dans le département, aux étangs de Cernay. Il parcourt dans les arrondissements de Chartres et de Châteaudun une longueur de 76,000 mètres. Traversant ensuite les départements de Loir-et-Cher et de la Sarthe, il commence à devenir navigable à Château-du-Loir, et va se jeter dans la Sarthe à Bouchemaine, au-dessous d’Angers. La longueur de sa partie navigable est de 113,814 mètres. – Les autres rivières qui traversent le département d’Eure-et-Loir sont l’Huisne et la Vesgre. Les petites rivières les plus importantes parmi celles qui y ont leur cours, sont : l’Hyère, la Connie, l’Ozanne, la Voise et la Blaise. – Plusieurs de ces rivières coulent dans des terrains percés de fondrières où elles perdent une partie de leurs eaux. L’Hyère était autrefois du nombre. La Connie a un cours très irrégulier. Son lit n’offre dans une grande partie de son étendue qu’un vaste marécage couvert de roseaux et parsemé d’abîmes, dont le nombre et la profondeur sont inconnus. Ses eaux sont constamment hautes lorsque les autres rivières sont basses, et vice versa. – Elle éprouve à des époques périodiques un dessèchement absolu, et ces époques sont séparées par un laps de temps qui n’est jamais moindre que dix ans ni plus long que quatorze. C’est toujours dans le mois de juillet que la Connie perd ses eaux, et elles ne reparaissent qu’au mois d’octobre suivant. – La longueur du cours de cette rivière est d’environ 25,000 mètres.

            ROUTES. – Le département est traversé par 7 routes royales et par 7 routes départementales, dont on évalue la longueur totale à 365,000 mètres.

METEOROLOGIE.

 

            CLIMAT. – Le climat du département est doux et tempéré ; l’air y est vif et pur, la température plutôt sèche qu’humide ; le nombre des jours de pluie n’est annuellement que de 120 à 150. Les changements de temps sont assez brusques.

            VENTS. – Les vents d’ouest, de sud-ouest et de nord-est sont ceux qui soufflent le plus fréquemment.

            MALADIES. – Les affections catarrhales, rhumatismales et les fluxions de poitrine sont les maladies les plus communes. Il est rare que le département soit ravagé par des maladies épidémiques. – En 1832, sur 1,657 personnes qui ont été atteintes par le choléra, il en est mort 850.

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Prochainement la suite :

HISTOIRE NATURELLE.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
VARIETES. – DRUIDES. – DRUIDESSES.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

France-Pittoresque-1835-Eure-et-Loir

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