France Pittoresque – 1835 : Corrèze (1)

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Département de la Corrèze. ( Ci-devant Bas-Limousin )

 

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HISTOIRE.
ANTIQUITES.
CARACTERES ET MŒURS.
COSTUMES.
LANGAGE.
NOTES BIOGRAPHIQUES.
TOPOGRAPHIE.
METEOROLOGIE.
HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.
 
 

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HISTOIRE.

         Le Limousin, qui, en 1790, s’est subdivisé en deux départements, la Corrèze et la Haute-Vienne, est une des provinces que l’avènement de Henri IV au trône a réunies à la couronne de France.

         Lorsque César vint dans les Gaules, ce territoire était occupé par les Lemovices, peuples guerriers qui luttèrent long-temps et avec courage contre les conquérants. Sous Honorius, le Limousin se trouva compris dans la première Aquitaine. De la domination des Romains, il passa sous celle des Visigoths, puis des Francs ; et en 778, il fit partie du royaume d’Aquitaine érigé par Charlemagne en faveur de son fils Louis-le-Débonnaire. Dès le IXe siècle, il eut des gouverneurs qui bientôt devinrent indépendants et prirent le titre de vicomtes de Limoges. Eléonore de Guienne, en épousant Henri II, transmit le Limousin aux Anglais. Philippe-Auguste le confisque sur Jean-sans-Terre aux successeurs duquel il fut rendu par Saint-Louis. Il revint à la France sous le règne de Charles VII, passa par alliance aux ducs de Bretagne, puis à la maison d’Albret, et fit enfin partie de l’héritage que Jeanne d’Albret légua à son fils Henri de Bourbon, depuis Henri IV.

ANTIQUITES.

         Le département renferme un grand nombre de monuments de l’époque gauloise. Comme en Bretagne, ce sont des peulwens, des dolmens (dont un des plus remarquables est celui de Clairfage), des tombelles et des pierres branlantes ; mais on y trouve de plus ce qu’on n’a pas encore remarqué dans les contrées armoricaines, des forteresses gauloises placées sur les hauts sommets, entourées d’un ou de plusieurs fossés et formées d’énormes quartiers de roches brutes disposées en murailles perpendiculaires. Le silence des historiens latins semblerait prouver que ces forteresses sont antérieures aux temps où les Romains sont venus dans les Gaules. – La plus curieuse de toutes est celle de Roc-de-Vic, placée sur le cône tronqué d’un mamelon isolé d’où l’on peut découvrir tous les plateaux à dix lieues à la ronde. Roc-de-Vic est un point central. Sur des puys secondaires existent autour de l’horizon des forts plus petits, disposés de façon à communiquer, soit par des feux, soit par d’autres signaux, avec la forteresse principale. On en compte ainsi huit, qui sont : Puy-Chastellux, Puy-de-Fourches, Puy-Chameil, Puy-Sarjani, Puy-de-las-Flours, Puy-Pauliac, Puy-du-Sault et Puy-Bernère. – La forteresse de Roc-de-Vic figure un ovale d’environ 600 pieds dans son plus grand diamètre ; elle est entourée de deux fossés, dans l’un desquels était une source recouverte de décombres et qui reparaît à quelque distance du sommet. Les murailles coupées à pic dans le roc ou faites avec des blocs superposés ont de 20 à 40 pieds de hauteur. Une pente étroite ménagée de chaque côté permet l’accès du plateau culminant : là se trouvent des amas de pierres de différentes grosseurs propres à servir de projectiles, une pierre branlante et un reste de muraille circulaire qui peut avoir servi à abriter un vaste foyer, ou qui peut-être était la base d’une tour aujourd’hui renversée. D’ailleurs nulle inscription, nulle sculpture, nul débris qui puisse servir à faire connaître pour quels guerriers ces lieux de défense et de retraite avaient été préparés. – Les antiquités romaines sont moins nombreuses que les antiquités gauloises : ce sont deux ou trois tours ruinées, des restes de voies militaires, des aqueducs souterrains, quelques bustes mutilés, des tronçons de statues, une aigle colossale en granit, des vases, des urnes, des médailles, etc. – Les ruines auxquelles les savants du pays attachent le plus d’importance se trouvent à deux lieues environ au nord de Tulle, au hameau de Tintignac, où Baluze a cru reconnaître l’ancienne Rastiatum de Ptolémée. Il paraît certain que ce lieu a été une station romaine. Les noms des villages environnants sont latins, Césarin, Bach, Montjove : (Mons-Jovis), Soleil-Avoulp (Sol-Avulsus), etc. Les ruines que Baluze a examinées, et qui de son temps présentaient la forme d’un amphithéâtre de 192 pieds de long sur 144 de large, ont disparu. Il ne reste que quelques murs à fleur de terre et dont il est impossible, à moins de faire des fouilles, de constater la direction. Ce lieu s’appelle encore les Arènes. – Les ruines d’édifices du moyen âge sont encore rares. Celles des monastères d’Obazine et de Coiroux méritent d’être visitées. Outre une église gothique, ornée de sculptures variées et qui renferme le tombeau de saint Etienne (monument d’un goût exquis et d’une exécution parfaite, dans le genre des tombeaux des ducs de Bourgogne à Dijon ou de François II à Nantes, mais beaucoup plus ancien), on voit à Obazine un canal de plus d’un quart de lieue de long, creusé dans le rocher pour amener l’eau dans de vastes bassins qui servaient de viviers aux moines. Tous ces travaux sont dignes d’être admirés.

CARACTERES ET MŒURS.

         Les habitants du département sont intelligents, actifs, laborieux, naturellement gais, faciles, communicatifs, charitables, généralement nourris dans les sentiments, d’une sévère probité, quoique la conscience de leur droit et peut-être aussi un peu le goût des émotions les rendent assez processifs. Ils ont de la loyauté et de la franchise ; une brusquerie qui cache un bon naturel, et une apparence de bonhomie qui couvre aussi parfois de la finesse, de la malice et de la causticité.

         Le peuple des villes, man quant généralement, par la modicité des fortunes, de moyens de chercher l’aisance dans l’industrie, tâche d’y suppléer par une sévère économie : de là la nécessité d’éviter toute réunion dispendieuse et de se renfermer dans le foyer domestique ; si les mœurs y gagnent, l’esprit de la sociabilité y perd.

         Malheureusement un usage consacré par les anciennes lois du pays, et toléré par certaines dispositions de notre nouveau Code, ne fait pas tourner ces habitudes de vie intérieure au profit des affections de famille. Dans la plupart des maisons aisées, l’aîné des enfants mâles, ou l’aînée des filles s’il n’y a pas de garçons, prélève un quart de l’héritage paternel et reçoit ensuite, de ce qui reste, une part égale à celle de chacun des copartageants. Il a en outre le privilège, lorsqu’il se marie, d’habiter la maison de la famille et d’y vivre, lui, sa femme et ses enfants, aux dépens de la fortune de tous, jusqu’au moment où la mort du père vient lui en livrer la plus forte part. Aussi voit-on un grand nombre de familles limousines aigries par les procès, divisées par les haines ; Les frères regardent leur aîné comme un spoliateur, comme un ennemi donné par leanature. A l’inimitié des frères succède celle de leurs enfants entre eux. L’esprit de famille se perd ainsi. Si dans les villes ces sentiments sont comprimés par les habitudes et par l’éducation, en revanche dans les campagnes ils éclatent quelquefois avec fureur. Dans la montagne, il y a quelques dix ans que deux familles entières s’exterminèrent par des assassinats successifs. Elles étaient parentes à un degré très rapproché. Il y eut en trois ans, de chaque côté, cinq garçons tués à coups de fusil. Le dernier qui survécut se noya en cherchant à se sauver, après avoir assassiné son cousin.

         La dureté de la loi a sans doute donné naissance à l’impolitesse du langage. L’habitude de ne considérer que l’aîné a fait regarder les cadets comme peu de chose et les filles comme rien du tout. Une femme à qui vous demandez si elle a des enfants vous répond très sérieusement : « Non, je n’en ai pas » ; et un instant après elle vous dit qu’elle a trois filles : car une fille n’est qu’une fille, un garçon a seul le privilège d’être un enfant.

         Les habitants des campagnes ont aussi de l’intelligence et le goût du travail. Ils sont encore fortement soumis aux idées religieuses : ils ont beaucoup d’attachement pour leurs familles et pour leur lieu natal. On les accuse d’être intéressés et facilement disposés à croire que tout ce qui leur convient leur est permis. Ils sont fins et même rusés dans leurs relations avec les bourgeois, qu’ils ne se font pas assez de scrupule de tromper ; mais ils ont plus de franchise dans leurs relations entre eux.

         On trouve parmi ces paysans grossiers des hommes qui ont dans le cœur place pour de nobles sentiments, et qui sont capables de généreux dévouements. Voici un trait remarquable d’amour paternel. Les habitants du pays ont une invincible antipathie pour le service militaire ; ils s’estropient, afin de ne pas être blessés à la guerre. Ils se donnent des maladies immondes et incurables, de peur l’être exposés à aller mourir sous les drapeaux : enfin il y a toujours cinq ou six cents retardataires insoumis dans le département. Un grand et fort jeune homme, fils unique d’un paysan peu aisé, prit un numéro partant et fut reconnu propre au service ; le père et la mère en furent désolés, la mère surtout qui adorait son fils. Le père vient à Tulle le jour où s’assemblait le conseil de révision. Il se fait expliquer la position de son fils ; il apprend que rien ne peut le soustraire à la loi du recrutement. Alors, s’adressant au conseil : « Un fils unique de veuve est-il exempt de droit ? demande-t-il. – Certainement, lui répond-on, cela ne fait pas doute. – En ce cas, vous pouvez rayer mon fils ; dans une demi-heure il aura un motif d’exemption. » Et, sortant aussitôt, il va se noyer dans un gouffre de la Corrèze.

         Malgré l’antipathie prononcée des Corréziens pour l’état militaire, on a remarqué qu’une fois arrivés au régiment ils deviennent d’excellents soldats. Ils sont patients, sobres, durs à la fatigue, braves, disciplinés. Les bataillons des volontaires de la Corrèze se sont distingués glorieusement dans les campagnes d’Italie et d’Egypte.

COSTUMES.

         Les habillements des hommes de la Corrèze, d’une forme simple et d’une étoffe grossière, sont d’ailleurs amples et commodes. Leur coiffure est un large chapeau de feutre propre à garantir à la fois de la pluie et du soleil. Ceux qui conservent les anciennes habitudes portent des cheveux longs et pendants. Leurs chaussures sont des sabots de noyer ou de châtaignier qui emboîtent presque entièrement le pied. – Cette chaussure est commune aux femmes, dont les ajustements, de couleurs peu éclatantes, n’offrent rien de remarquable. La coiffure seule a de la grâce. C’est un chapeau de paille jaune communément bordé d’un ruban de velours noir, qu’elles posent sur leurs cheveux relevés en chignon et recouverts d’un bonnet de toile. Mais ce chapeau est trop petit pour défendre le visage des injures du temps ou de l’ardeur du soleil.

LANGAGE.

         Deux opinions bien opposées divisent les auteurs qui écrivent sur les langues en usage sous le nom de patois dans nos anciennes provinces françaises. Les uns veulent que nos pères aient emprunté les formes et les expressions de leur idiome national à la langue romaine ; d’autres se refusent complètement à admettre tout emprunt de cette nature, et réclament pour la langue des nations gauloises, conquérantes de Rome avant que les Romains soient devenus les dominateurs de la Gaule, une originalité et une existence antérieure à la langue latine. L’espace et la volonté nous manquent pour prendre parti dans cette discussion dont nous nous occupons (t. II, page 243 et t. III, p. 27) en parlant du patois lorrain et de la langue catalane. Nous dirons seulement que si l’origine latine de l’idiome provençal peut être facilement admise, il n’en est pas de même pour la langue limousine, qui forme encore le fonds du patois des habitants de la Corrèze : c’est un point qui peut être l’objet d’une contestation scientifique ; mais il est hors de doute que cette langue a eu, dans le moyen âge, une grande importance. Le Code donné, en 1238, par Jacques 1er, roi d’Aragon, aux habitants du royaume de Valence qu’il venait de conquérir sur les Maures, était écrit en langue limousine ou catalane. Il est bon de faire remarquer à ce sujet que, déjà vingt-six ans auparavant en 1212, plus de quatre cents Limousins, moines, prélats, chevaliers ou barons, étaient allés s’établir dans la Catalogne, où ils avaient introduit l’usage de leur langue Gaspard Escolano intitule un des chapitres de son histoire de Valence : De la lengua lemosina y valenciana, et il le commence en disant « que la troisième et dernière maîtresse langue de l’Espagne est la limousine, et qu’elle est la plus répandue après la castillane ».

         Il est certain que les réfugiés espagnols nés e, Catalogne, et qui, à diverses époques, ont été envoyés dans le département de la Corrèze, ont toujours compris sur-le-champ les paysans limousins et s’en sont fait comprendre aussi facilement.

         L’idiome limousin rejette l’e muet si commun dans la langue française ; mais les è ouverts y abondent ainsi que les terminaisons en a en i en o et en u (ou). Il y a de la grâce et de la naïveté et se prête facilement à un dialogue caustique et spirituel. Quelques philologues l’accusent de manquer de noblesse. Il rend effectivement avec beaucoup d’originalité tous les détails burlesques.

NOTES BIOGRAPHIQUES.

         Le département a eu l’honneur de donner à l’église catholique un pape, Etienne Aubert, intronisé sous le nom d’INNOCENT IV.

         La noblesse du Bas-Limousin a toujours été animée des plus vifs sentiments de nationalité française : elle n’a cessé d’en donner des preuves pendant les longues guerres qu’elle a soutenues contre les Anglais dans les XIVe et Xve siècles. C’est du département que plusieurs de nos illustres familles historiques tirent leur origine ; les COMBORN, les LEVI, les VENTADOUR, les NOAILLES, les SEGUR, les TURENNE, etc., appartiennent à la Corrèze.

         Dans les siècles plus rapprochés, au nombre des hommes célèbres à divers titres, on remarque le cardinal DUBOIS, d’infâme mémoire ; Etienne BALUZE, renommé pour sa science : le jésuite JARRIGE ; l’économiste Melon, homme habile, mais un peu complice des déceptions que Law fit éprouver à la France ; MARMONTEL, l’auteur des Incas, etc. On peut citer, parmi nos contemporains, le fameux CABANIS, sénateur, philosophe et littérateur ; TREILHARD, un de nos plus importants jurisconsultes, ancien ministre de la justice ; l’habile chirurgien BOYER ; le savant LATREILLE, de l’Institut, professeur excellent, observateur éclairé, qui a agrandi la sphère de nos connaissances en histoire naturelle ; FELETZ, de l’Académie française, un des critiques les plus éminents de notre temps ; SIREY, le fondateur de l’utile Journal des arrêts de la Cour de cassation, avocat instruit ; BEDOCU, jurisconsulte habile, publicise qui a marqué dans nos assemblées représentatives ; un grand nombre de généraux qui se sont distingués dans les guerres de la révolution et de l’empire : SOUHAM, DELMAS, SAHUGUET, MARBOT, VIALLE, TREILHARD, VACHOT, METERRE, d’AMBRUGEAT, etc., l’ordonnateur SARTELON, et enfin le maréchal BRUNE, illustre guerrier qu’Avignon doit regretter de n’avoir pas vu mourir sur un champ de bataille.

TOPOGRAPHIE.

         Le département de la Corrèze est un département méditerrané, région du Midi. – Il est un des deux formés par l’ancien Limousin. – Il a pour limites : au nord, les départements du Puy-de-Dôme, de la Creuse et de la Haute-Vienne ; à l’est, ceux du Puy-de-Dôme et du Cantal ; au sud, ceux du Cantal, du lot et de la Dordogne ; à l’ouest, ceux de la Dordogne et de la Haute-Vienne. – Il tire son nom d’une rivière qui y a tout son cours. – Sa superficie est de 595,000 arpents métriques.

         SOL. – A l’exception de quelques vallées, telles que celles de Brives, de Beaulieu, d’Ayen, etc., enrichies par l’humus que les pluies entraînent des montagnes, le sol est généralement de qualité médiocre. Le granit se montre dans le nord du département. Au centre, les roches amphiboliques sont les plus communes ; au midi, c’est le schiste qui domine.

         MONTAGNES. – Les montagnes du nord du département forment un des points culminants de la chaîne qui sépare le bassin de la Loire de celui de la Dordogne. Le partage des eaux entre les deux bassins a lieu sur le plateau de Millevaches, situé aux confins du département de la Corrèze et de celui de la Creuse. On prétend que le mont Oudouze, qui le couronne, rivalise de hauteur avec le Puy-de-Dôme. – Une chaîne secondaire descend entre les vallées de la Corrèze et de la Vezize, du nord au sud du département, et à la crête de laquelle figure le groupe des Monaidières, triple montagne remarquable par sa forme et par son élévation.

         LANDES ET FRICHES. – Les terres incultes ou stériles occupent un tiers de la superficie (environ 180,000 hectares), et malheureusement des défrichements inconsidérés sur des pentes trop rapides en augmentent chaque jour la masse, et, en accélérant la destruction des bois, contribuent à tarir les réservoirs souterrains qui alimentent les sources.

         RIVIERES. – Le département donne naissance à un grand nombre de ruisseaux et à plusieurs rivières. A l’exception de la Vienne, qui prend sa source au plateau élevé de Millevaches et va se joindre à la Loire, toutes les rivières et tous les cours d’eau du département aboutissent à la Dordogne. – La Dordogne traverse une partie du département. – La Corrèze le coupe en deux parties presque égales. Cette rivière y commence et y finit son cours. C’est le principal affluent de la Vézère, elle-même affluent de la Dordogne. La Vézère descend des montagnes qui séparent le département de la Corrèze de celui de la Creuse.

         NAVIGATION INTERIEURE. – La Dordogne est la seule rivière navigable dans le département, et ce n’est encore que sur une très petite partie de son cours, à la descente seulement, depuis Argentat, et lors des crues de 3 à 4 pieds. Corrèze et la Vézère sont flottables, mais dans quelques parties seulement. – Plusieurs plans ont été conçus pour la canalisation de ces deux rivières : la possibilité en a été démontrée ; une loi a été rendue ; des travaux coûteux et importants ont été commencés, mais les capitaux ont manqué, et cette belle entreprise, qui promettait d’utiles résultats et qui devait augmenter le commerce e l’industrie des départements du centre de la France, est aujourd’hui abandonnée.

         ROUTES ET PONTS. –  Le département possède 5 routes royales et 7 départementales, dont le parcours total est d’environ 655,378 mètres. Ces routes, neuves pour la plupart et confectionnées d’après le système de Mac6Adm, sont belles et bien entretenues. On y trouve quelques beaux ouvrages d’art, et entre autres les ponts d’Ussel, celui de Treignac, celui de Souillac, près Tulle, celui de Broquerie, etc., et enfin le pont suspendu d’Argentat. – Ce pont mérite une mention particulière. – Il est jeté sur la Dordogne. Sa longueur est de 500 pieds tout d’une portée.  Le tablier en charpente, avec voie charretière et trottoirs, est soutenu par deux cents petits câbles verticaux en fil de fer, attachés à douze gros câbles également en fil de fer, et qui, appuyés sur deux culées de 73 pieds de haut, en forme de pyramides, s’étendent en chaînettes d’une rive à l’autre de la rivière. Le tablier est à 45 pieds au-dessus du niveau des eaux. – La solidité et l’élégance de sa construction, la hardiesse de sa coupe, la forme de ses culées, penchées en arrière et supportées par des voûtes à arcades, en font un des ouvrages les plus remarquables de ce genre qui existent en France. Il a été construit en 1828, par un de nos plus habiles ingénieurs, M. Vicat, aux frais d’un des citoyens les plus distingués du département, M. le comte Alexis de Noailles.

METEOROLOGIE.

         CLIMAT. – La température est plus froide que ne semblerait l’indiquer la latitude du département. C’est une conséquence du voisinage des hautes montagnes du Puy-de-Dôme et du Cantal. Les hivers y sont longs et rigoureux. La neige s’y maintient souvent pendant un mois à la hauteur de 6 à 7 pouces. Les vallées profondes et encaissées de la Corrèze et de ses affluents sont en automne exposées à des brouillards épais et persistants. L’été est court, mais très chaud. En général; les changements dans la température sont brusques et fréquents.

         VENTS. – les vents dominants sont ceux du Nord et de l’Est.

         MALADIES. – Le climat est sain généralement, néanmoins on a remarqué qu’on éprouvait chaque année dans le bas-pays (arrondissement de Tulle et de Brive) des fièvres bilieuses et putrides. Les affections catarrhales et rhumatismales sont communes dans l’arrondissement d’Ussel. – Les maladies scrofuleuses et les goitres sont héréditaires chez un grand nombre de famille des cantons montagneux.

HISTOIRE NATURELLE.

         REGNE ANIMAL. – La race des chevaux limousins a toujours été distinguée par sa beauté, son courage et sa vigueur ; mais elle a beaucoup dégénéré pendant la révolution, et les efforts qui ont été faits pendant trente ans au haras de Pompadour pour la rétablir dans sa pureté n’ont pas encore obtenu un plein succès. – Il serait nécessaire que les propriétaires se prêtassent à seconder les vues de l’administration. Malheureusement la plupart des cavales employées dans les campagnes à la reproduction de l’espèce sont des rosses sans formes et sans autres qualités qu’une grande sobriété et une allure solide. Les cultivateurs les emploient d’ailleurs sans ménagement à toutes sortes de travaux. – L’espèce de l’âne est belle et nombreuse. Les bêtes à laine du nord du département sont d’une race indigène grande et forte. – Le département nourrit beaucoup de cochons dont la chair est de bonne qualité, mais qui sont plus sujets à la ladrerie que ceux des départements du nord de la France. – La race des bêtes à cornes, à l’exception de celles qu’on engraisse pour envoyer à Paris, est commune et petite. – Les chèvres sont très multipliées. – parmi les animaux nuisibles, on cite le loup, le renard, la fouine, le mulot, etc. – Il existe dans quelques ruisseaux des loutres d’une grande taille. – Les écureuils et les hérissons ne sont pas rares. – Le gibier de toute espèce, ailé et à plumes, est excellent. – Les lièvres et les lapins abondent. – On trouve quelques sangliers. – les perdrix, les grives et les merles sont communs. – Un écrivain du pays, Delmas de la Ribière, prétend que de son temps, en 1780, on trouvait fréquemment dans es environs d’Ussel des nichées de merles blancs. – Parmi les reptiles on remarque plusieurs espèces de serpents, des salamandres et des lézards de toutes les variétés. – Quelques personnes m’ont affirmé y avoir trouvé des scorpions. – Toutes les rivières sont très poissonneuses. On pêche dans la Dordogne et dans la Vézère d’excellents saumons. L’anguille, la truite et la truite saumonée abondent dans tous les cours d’eaux. On trouve dans les principales rivières de l’alose, de la perche et de la lamproie ; mais le poisson le plus délicat et le plus estimé des gourmands, c’est le tacon, qui y est fort abondant dans certains ruisseaux. Ce poisson, de 3 à 4 pouces de longueur, ressemble à une petite truite. Il est paré des plus brillantes couleurs et des plus vives étincelles purpurines. Ce ne peut être le saumon de deux à trois ans, auquel M. de Lacépède donne le nom de tacon. On prétend dans le pays qu’il forme une espèce à part ;  qu’il ne grandit jamais, et qu’il est facile à distinguer des petites truites. – Les écrevisses sont très nombreuses dans les ruisseaux des environs de Tulle, mais elles sont d’une fort petite espèce.

         REGNE VEGETAL. – La botanique de la Corrèze est riche et variée. Les graminées de toute espèce forment le fond des pâturages qui tapissent les vallées ; les labiées dominent sur les côtes et dans les expositions sèches. – Il y a peu de forêts, mais néanmoins beaucoup d’ »arbres, parmi lesquels les plus communs sont le chêne, le bouleau, le hêtre, l’aune et le peuplier. – Les noyers et les châtaigniers y sont aussi très multipliés, et donnent des produits abondants. Le châtaignier y atteint fréquemment une grosseur considérable. Le houx, l’aubépine y prennent aussi un très grand développement. – On trouve dans les landes des genêts et des genévriers. – Les haies sont formées d’églantiers, de troëne, de fusin, d’épine noire, de pruniers sauvages, etc.

         Chêne colossal. – Le département possédait naguère une des merveilles de la végétation en France, un chêne antique, près de Treignac : son tronc avait plus de 18 mètres de circonférence ; il en naissait quatre branches principales, ayant chacune 3 pieds et demi de diamètre, et dont les nombreux rameaux couvraient une surface de plus de dix ares. Cet arbre gigantesque a été abattu en 1825.

         REGNE MINERAL. – Les richesses minérales du département ne sont pas exploitées comme elles pourraient l’être. Il renferme des mines de cuivre, de fer, de plomb argentifère, d’antimoine, de houille, etc. – On prétend même avoir reconnu du côté d’Ayen des indices de minerai d’étain. – La belle houillère de Lapleau est l’objet d’une exploitation aussi intelligente que productive. – Il existe à Donzenac des ardoisières considérables. – On trouve des coquilles fossiles dans les environs de Turenne. – Du granit, du quartz, de la pierre amphibolique, de la pierre à bâtir, de la pierre meulière, du grès de différentes qualités, de la pierre à chaux hydraulique, de l’argile, etc., se rencontrent sur divers points, et donnent lieu à quelques exploitations.

CURIOSITES NATURELLES.

         Le département de la Corrèze est moins connu qu’il ne mérite de l’être ; il a les aspects les plus variés ; il réunit tous les sites, champêtres, agrestes, déserts, sauvages et pittoresques ; les vallées de la Corrèze et de la Vézère, les rives de la Dordogne, offrent des points de vue tout-à-fait romantiques. – Ses montagnes encore mal explorées renferment des grottes curieuses, parmi lesquelles nous citerons la grotte de Nonars, vaste caverne ornée de stalactites brillants et de tout le luxe des cristallisations naturelles, qui a été découverte en 1831 dans la belle vallée du Puy-d’Arnac. On y entre par une ouverture située au milieu de vignes. La partie déjà reconnue s’étend à plus d’une demi-lieue sous terre. – Nous parlons plus loin de la curieuse muraille basaltique qu’on appelle les Orgues de Bort et du Saut de la Sole ; les autres arcades du département sont celles de Gimel et de Treignac.

         CASCADE DE GIMEL. – La cascade de Gimel serait une des plus célèbres de France si le volume de ses eaux répondait à la hauteur des rochers d’où elle se précipite. Ce n’est pas une seule chute, mais bien une suite de cascades dont la hauteur totale est de plus de 400 pieds : – on en compte cinq principales, et au moins autant de secondaires. Il est impossible de les voir d’un seul coup d’œil ; on ne peut en approcher que successivement à cause des circuits du canal que les eaux se sont creusé entre les montagnes. La chute supérieure, divisée en trois parties par des roches aiguës, a environ 130 pieds de hauteur, et quand les eaux sont abondantes, une largeur de 15 pieds. Si la rivière a été suffisamment grossie par les pluies, les trois cascades se confondent en une seule qui offre alors un coup d’œil imposant. Au-dessous de cette première chute on en trouve une seconde où l’eau suit un plan incliné, formé par un rocher d’une seule pièce et d’environ 80 pieds de haut, et tombe dans un gouffre dont on n’a pas pu jusqu’à présent sonder la profondeur. Les habitants de Gimel prétendent que les truites remontent cette chute. – Il y a encore deux ou trois cascades au-dessous de celle-là. – Les cascades de Gimel sont formées par la Montane, rivière qui à trois lieues de là se jette dans la Corrèze. – Le bourg de Gimel, où se trouvent une jolie croix à sculpture gothique, les restes d’un ancien château et une rustique église paroissiale, était dans le XVIe siècle la résidence des sires de Gimel, barons fameux dans le Limousin.

         CASCADE DE TREIGNAC. – on trouve en remontant la Vezère, à une lieue à l’est de Treignac, une cascade célèbre dans le pays et digne d’être visitée par l’amateur des beaux accidents de la nature. Les eaux de la Vezère ont long-temps coulé dans un étroit défilé que barre à son issue une haute muraille de rochers. Là, ce défilé devient tout à coup large et profond, et forme un vaste entonnoir où les eaux se précipitent avec fracas de près de 100 pieds d’élévation. Les bords de cet entonnoir hérissés de roches abruptes et saillantes, sont tapissés d’arbustes et d’arbrisseaux, comme pour diminuer l’horreur du lieu. La poussière aqueuse que forme la cascade, se répand au loin, et entretient ces rochers et ces broussailles dans un état constant d’humidité qui offre, pendant l’hiver, un spectacle magnifique. On dirait un immense palais de stalactites et de rubis, couronné par les lames glacées de la rivière. Dans la belle saison, au contraire, on voit, lorsqu’on se hasarde à descendre au fond de l’abîme, des troupeaux de brebis et de chèvres errant çà et là entre les précipices, aller chercher leur pâture jusque sur les bords les plus escarpés, et les bergers qui les gardent, postés sur les sommets déserts de ce gouffre sauvage, veillant pour écarter les loups. On les entend pousser de moment en moment de grands ris dont les sons aigus dominent le sourd fracas des eaux qui tombent incessamment.

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Prochainement la suite … 

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Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835

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