Archives quotidiennes : 4 juillet 2010

France Pittoresque – 1835 : Aveyron (2)

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Département de l’Aveyron (Ci-devant Rouergue)

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HISTOIRE NATURELLE.
CURIOSITES NATURELLES.
VILLES, BOURGS,  CHATEAUX, ETC.

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CURIOSITES NATURELLES.

            MINES EMBRASEES. ― Le département présente en diverses localités un spectacle presque aussi curieux que celui des volcans. Ce sont des montagnes consumées  par un feu souterrain, produit  par l’embrasement des mines de houille. On voit la fumée et les flammes ; mais il n’y a point d’éruption. Les ravages de l’incendie se bornent aux mines et ne sont pas même sans utilité pour le pays. Les vapeurs des houillères embrasées, perçant à travers les fentes des rochers ou de la terre, y déposent un alun imparfait et du soufre sublimé. On recueille les cristaux alumineux, et le raffinage en extrait un excellent alun. Les houillères embrasées de l’Aveyron produisent ce minéral en assez grande abondance pour en fournir toute la France. Le canton d’Aubin est celui qui offre les plus vastes incendies souterrains. Deux montagnes, celles de Fontagnes et de Buegne, y sont surtout remarquables.

            M ONTAGNES BRULANTES DE FONTAGNES. ― Cette montagne, située au nord-ouest de Cransac, peut-être considérée comme un petit volcan. ― Sa hauteur est d’environ 400pieds. A mi-côte on voit une crevasse de forme elliptique, dont le grand axe se dirige du pied au sommet de la montagne, et renferme 18 cratères groupés sur trois points. “ Pendant le jour dit M.Monteil, le feu n’est pas apparent : cette trouée bordée d’arbres d’un vert pâle, remplie de pierres blanches calcinées, ou de terres rouges brûlées, présente de loin l’image d’une vaste plaie. Pendant la nuit, le spectacle en est effrayant pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec ce phénomène. En s’approchant de l’endroit où se montre le feu, on sent la terre résonner sous ses pas. Si, bravant la fumée et la forte chaleur qu’on éprouve à la plante des pieds, on veut regarder dans les soupiraux, la vue plonge dans des gouffres de braise dont l’incandescence est très vive. Les bâtons qu’on y enfonce sont, en peu de minutes , enflammés et souvent brûlés. Lorsqu’on tente d’élargir l’orifice, on augmente la colonne de fumée, et on fait jaillir des aigrettes de feu. ― Le sommet de la montagne est cultivé, il y existe même un hameau. ”

            LA BUEGNE est une autre montagne brûlante située à peu de distance de celle de Fontagnes, et dont l’incendie paraît s’accroître lorsque l’incendie de Fontagnes diminue. ― Cet embrasement dure depuis plusieurs siècles, mais il a beaucoup perdu de son intensité, André Thévet, cosmographe du XVIe siècle, dit que de son temps les flammes s’élançaient hors de la montagne toutes les fois qu’il pleuvait, ce qui n’arrive plus aujourd’hui. On raconte cependant que ce phénomène a manqué de se renouveler par l’imprudence de quelques propriétaires voisins qui, il y a trente ans, croyant parvenir à éteindre le feu, y dirigèrent l’eau de plusieurs ruisseaux réunis. L’embrasement redoubla d’activité, et des éruptions de pierres et de matières enflammées eurent lieu. ― La partie de la montagne où l’incendie a cessé, offre des cavernes dont les voûtes sont ornées de belles stalactites d’alun.

            CASCADES ET GROTTES DE SALLES. ―  Non loin de Rhodez, dans le vallon de Salles, on remarque un massif calcaire sur lequel est bâti le petit village du même nom. ― Du sommet de ce rocher se précipite un ruisseau qui forme en tombant, dans un double bassin, deux cascades de quarante pieds de hauteur. Derrière ces cascades se trouve une grotte dont la forme est celle d’un fer à cheval. Sa voûte s’élève en entonnoir ; son entrée, couronnée de frênes, de figuiers sauvages, ornée de lierre, de scolopendre et d’autres plantes sarmenteuses, est taillée en arc très ouvert, et laisse pénétrer dans l’intérieur les rayons du soleil reflétés par le bassin qui la précède. La grotte se remplit alors d’une vive clarté ; les mousses fraîches dont elle est tapissée, et les gouttes d’eau qui scintillent à leur superficie, ressemblent alors à une riche tenture de velours vert, parsemée de perles. L’effet de ces rayons lumineux, dans cette demi-obscurité, est admirable et magnifique. La grotte devient comme un palais de fées.

            GROTTE DE SOLSAC. ― Cette grotte, éloignée d’une lieue de celle de Salles, est située vers le haut du coteau boisé ; son entrée spacieuse, ombragée de tilleuls et de frênes, est fermée par une muraille en maçonnerie, où une petite porte est pratiquée. Après avoir traversé une grande cave, taillée dans le roc, et séparée, par une autre muraille, de la grotte naturelle, on entre dans une belle galerie, large de quarante pieds et haute de soixante. A cent pas de l’entrée, la voûte s’abaisse, et le passage, obstrué par des dépôts calcaires, n’a plus que deux pieds de hauteur. Cet obstacle franchi, on se trouve dans une seconde galerie qui ne tarde pas aussi à se rétrécir. On arrive enfin à l’endroit le plus remarquable. La scène s’agrandit, la voûte s’élève tellement que la lumière ne peut plus l’éclairer. Les parois sont revêtues de draperies d’albâtre, l’air est dans un calme profond. Les ténèbres de ces lieux, la triste forme des masses pétrifiées avaient frappé l’imagination des anciens habitants du Rouergue. Ils croyaient que la grotte de Solsac avait sept lieues d’étendue, et que tout au fond on entendait les coups de marteaux des forgerons de Rhodez. ― De la grande salle on passe par une petite galerie dans une salle vaste, et à peu près semblable à la première, mais ornée de cristallisations plus variées. On y remarque une espèce de jeu d’orgues dont chaque tuyau, frappé avec une clef, rend un son différent. Un abîme rempli d’eau empêche de pénétrer plus loin. La partie de la grotte qu’on peut parcourir forme un coude assez ouvert ; elle a trois cents pieds de longueur. M.Monteil présume que cette grotte était le réservoir d’une source dont les eaux se sont dirigées sur d’autres points. ― On croit qu’elle a été habitée, et que le nom (Bouche-Roland) qui lui est donné par une vieille tradition, vient de ce qu’elle a servi de retraite à des brigands qui, sous la conduite d’un chef de ce nom, désolèrent le pays au XIVe siècle.

            Le département de l’Aveyron renferme encore d’autres grottes remarquables, notamment celles de Saint-Rome auprès du Tarn, et de la Poujade près de la Dourbie.

            LE TINDOUL. ―  C’est un abîme voisin de la grotte de Solsac, et qui sans doute a été produit par l’affaissement des couches inférieures du sol : il a 140 pieds de profondeur. Son ouverture, presque triangulaire, a 394 pieds de circonférence ; ses côtés, coupés à pic, sont décorés de chênes, de cerisiers et de frênes.

VILLES, BOURGS, CHÂTEAUX, ETC.

         RHODEZ, sur l’Aveyron, chef-lieu. de préfecture, à 168 l. S. de Paris. (Distance légale,  On paie 74 postes ). Pop. 8,240 hab. — Cette ville, très ancienne, est, dit-on, l’antique Segodun,, capitale des Ruthènes auxquels elle doit son nom moderne. Son histoire générale est celle du Rouergue. ― Dans le IXe siècle, elle fut deux fois attaquée par les Normands. Dès le Ve, c’était le siège d’un évêché et, dans le XIIe siècle, une ville forte sur laquelle le comte et l’évêque prétendaient avoir des droits égaux. ― En 1161, les seigneurs du pays choisis pour arbitres, décidèrent la question en faveur du comte. ― A cette époque, il existait à Rhodez un hôtel des monnaies où l’on frappait des pièces d’argent avec le métal extrait des mines du Rouergue. ― Dès la fin du Xe siècle, les sous rhodanois avaient cours en France. L’hôtel de monnaie des comtes de Rouergue existait encore en 1824 ; c’était une maison qu’on nommait la Saounerio (la fabrique des sous), située dans une rue du même nom. La population de Rhodez était sincèrement catholique. La ville fut attaquée en 1210 par les Albigeois, que le seigneur de Ténière défit au moment où ils allaient s’y introduire. Rhodez s’obligea, par reconnaissance, à payer annuellement à lui et à ses descendants à perpétuité six florins d’or. ― Dans le XIIIe siècle, Villefranche, récemment fondée près de l’ancienne Carentomag, éleva contre Rhodez la prétention d’être capitale du Rouergue, ce qui occasionna entre les deux villes une rivalité qui leur fut mutuellement nuisible. ― Le comte possédait à Rhodez un château auquel il ajouta, en 1264, la tour de la Martelière, qui depuis longtemps est devenue une prison. ― Dans le XIVe siècle, les Anglais, ravageant le Rouergue, on entoura, en 1351, de fortifications la partie de la ville qu’on appelle la Cité. Ces fortifications furent augmentées et réparées en 1440, mais elles n’empêchèrent pas, quatre ans plus tard, lors de la guerre contre le comte d’Armagnac, l’armée royale d’entrer à Rhodez. ― En 1553,François 1er visita cette ville. ― Richelieu et Louis XIII y vinrent en 1630. ― Pendant le XVIe siècle et le XVIIè, Rhodez resta fidèle à la cause royale, et repoussa toujours les calvinistes. ― Cette ville qui jouit longtemps d’une profonde tranquillité, fut témoin, en 1784,du voyage aérien de l’abbé Carnus, professeur de physique, qui, dans une montgolfière de forme sphérique, de 52 pieds de diamètre et du poids de 1,500livres, s’éleva à une hauteur de 8,500 pieds au-dessus du niveau de la mer, resta en l’air 35 minutes, et descendit à 7,000 toises de distance. Depuis lors, Rhodez n’a offert d’autre événement remarquable qu’un crime célèbre dont les détails, politiquement exploités par le ministère Decazes, attirèrent, en 1818, l’attention de toute la France. On voyait encore naguère dans la ville  (rue des Hebdomadiers), la maison où l’infortuné Fualdès a été assassiné. ― Rhodez a eu à souffrir de plusieurs désastres : la disette enleva une partie de la population en 975, 1028, 1029, 1030 et 1529 ; la peste s’y fit sentir en 1248, 1348, 1502, 1516, 1652, et 1653. Enfin, on y éprouva, en 1555 et en 1750, deux tremblements de terre assez forts. ― cette ville est située sur une colline dominant la rive droite de l’Aveyron, qui coule rapidement et presque circulairement dans les gorges qui entourent ses anciens remparts. ― La ville s’étend sur la crête et sur le penchant de la colline ; elle est petite et généralement mal bâtie ; ses rues sont étroites , tortueuses, escarpées et sales, l’obscurité est augmentée par des saillies que, dans la plupart des maisons, construites en bois, le premier étage forme sur le rez-de-chaussée ; le pavé est inégal, raboteux, sillonné de profondes ornières, hérissé de cailloux pointus. Voilà pour l’intérieur, où l’on trouve cependant quelques places publiques assez belles. Les dehors sont plus agréables. Outre les boulevarts qui font presque le tour de la ville, on y trouve des promenades plus anciennes, desquelles, ainsi que des boulevarts, on a une vue étendue sur des sites variés et pittoresques. ― Le seul édifice vraiment remarquable de Rhodez est la cathédrale construite sur les ruines de l’ancienne métropole, bâtiment du Ve siècle, qui s’écroula en 1276. L’église actuelle commencée peu de temps sous la surveillance d’un chanoine-ouvrier, qui devait inspecter les travaux, ne fut terminée que dans le XVIe siècle. ― C’est un bel édifice d’architecture gothique, décoré d’une tour de 250 pieds d’élévation, et qu’on aperçoit à 18 lieues de distance ; cette tour achevée en 1501, est carrée jusqu’au tiers de sa hauteur, puis surmontée par une tour octogone, flanquée de quatre tourelles qui posent sur les angles de sa base, et sont une ingénieuse transition de la forme carrée à la forme ronde. Le tout est enrichi de sculptures délicatement travaillées. ― La tour octogone est terminée par une plate-forme, au milieu de laquelle est une coupole qui contient le timbre de l’horloge, et qui porte une statue colossale de la Vierge. ― La disposition intérieure de l’édifice est remarquable et ne se retrouve que dans quelques unes des églises du midi de la France ; il n’y existe que des entrées latérales. On voit en face du chœur, à l’endroit où se trouve ordinairement la principale entrée, un grand autel appuyé contre la muraille. ― A côté est une chapelle en saint sépulcre, remarquable par la voûte plate qui lui sert de plafond. L’église, quoique privée d’ornements, est digne d’attention par son étendue, par la hardiesse de ses voûtes et par la beauté de ses vitraux. ― On y voit un orgue achevé en 1628, et qui est, dit-on, composé de 15,000 tuyaux. On admire surtout les arabesques pleines de grâce et de goût, qui décorent la partie latérale du chœur et l’entrée de la sacristie. ― Le vaisseau de l’église a de longueur 97 mètres 45 c., de largeur 36 mètres, et de surface 3400 mètres carrés. La voûte est haute de 33 mètres 13 centimètres. Pendant la révolution, la tour et  la cathédrale furent en danger d’être abattues. Quelques amis des arts s’avisèrent, pour les sauver, de les dédier à Marat, et ce nom les fit respecter. L’église et la tour sont bâties avec une espèce de grès rougeâtre, dont la couleur est assez agréable à l’œil, et qui paraît être du basalte altéré. ― Outre la cathédrale, il existe à Rhodez une autre église, surmontée d’un clocher à flèche très élevée. ― On remarque aussi, parmi les anciennes constructions, le beau cloître des cordeliers, ouvrage du XIVe siècle. ― Rhodez possède une bibliothèque publique, riche de 16,000 volumes, avec un cabinet d’histoire naturelle et de physique. Il y existe un collège royal dont les bâtiments sont assez bien distribués. On cite aussi l’hôtel de la préfecture.

         ESPALION, sur la rive gauche du Lot, ch.-l. d’arr., à 7 l. N.-E.. de Rhodez, pop. 3,545 hab. ― Espalion est une petite ville qui n’offre rien de remarquable ; elle possède un pont sur le Lot, auquel conduit une rue droite et assez belle, des fontaines publiques et un collège communal ; mais si son intérieur est peu digne de fixer l’attention, le vallon étroit au fond duquel elle est plongée a des beautés pittoresques.

         AUBRAC, dans les montagnes du même nom, canton de Saint-Chély, à 5 l. E.-N.-E. d’Espalion. Pop. Environ 1,500 hab. ― Cette commune, située dans des montagnes qui sont une des ramifications des Cévennes, trouve dans les excellents pâturages qui l’environnent les moyens de nourrir un grand nombre de bêtes à laine et de bêtes à cornes, qui servent à l’approvisionnement des bouchers du Languedoc et de la Provence. C’est sur son territoire que sont les ruines de l’ancienne et fameuse abbaye connue sous le nom de Domerie d’Aubrac, fondée en 1031. La tradition rapporte qu’Adalard, vicomte de Flandres, allant en pèlerinage à saint-Jacques de Galice, fut attaqué par des brigands sur l’une des plus âpres montagnes du Rouergue. A son retour, et voulant procurer aux autres pèlerins une retraite commode et sûre dans ce difficile passage, il fit bâtir au milieu d’une vaste forêt un monastère dont les religieux devinrent membres de l’ordre hospitalier d’Aubrac. ― Cet ordre, qui resta unique et indépendant jusqu’à sa suppression en 1789, avait pour marque distinctive une croix de taffetas bleu à huit pointes, cousue à gauche sur l’habit. Dans le principe, il était composé de prêtres, de chevaliers, de frères-pauvres. ― Le chef de l’ordre, ou supérieur, avait le titre de Dom, et le monastère, celui de Domerie. ― Les chevaliers, au nombre de douze, guidaient et escortaient les voyageurs dans les gorges des montagnes voisines. ― L’ordre d’Aubrac prit bientôt de l’accroissement et les religieux de cette maison eurent à Rhodez, à Milhau, à Najac, à Bozoules, etc., des hôpitaux qui en dépendaient, et qui portaient le nom de Commanderies. Cet ordre reçu, en 1162, la règle de Saint-Augustin. Le pape Alexandre III qui, le premier, approuva l’ordre d’Aubrac, voulut y être agrégé comme simple confrère. ― Les donations pieuses enrichirent l’abbaye d’Aubrac, au point que ses richesses excitèrent l’envie et la cupidité : Les Templiers et les chevaliers de Malte tentèrent vainement et à plusieurs reprises de s’en emparer.

         MUR-DE-BARREZ, ch.l. de cant, à 9 l. d’Espalion. Popul.1,687 hab. ― Cette petite et ancienne ville a joué un assez grand rôle dans l’histoire du Rouergue. C’était une place forte, érigée en commune dès l’an 1246, et située sur les frontières de l’Auvergne. Les vicomtes de Carlat y possédaient un château-fort dont les Anglais s’emparèrent en 1418, et qui leur servit de point d’appui et de retraite dans leurs expéditions contre l’Auvergne. Ce château a été rasé en 1620. Les fortifications de Mur-de-Barrez attirèrent fréquemment sur cette ville les malheurs de la guerre ; plusieurs fois prise et reprise, elle éprouva des désastres successifs qui ont empêché son accroissement et longtemps anéanti son industrie. ― On a exploité dans ses environs, pendant le XVIe siècle, des mines d’argent et d’antimoine qui ont été abandonnées depuis.

         SAINT-GENIEZ-DE-RIVE-D’OLT, ch.l. de cant., siège d’un tribunal de commerce, à 6 l.E.-S.-E. d’Espalion. Pop.3,831 habit.. ― Cette petite ville est située sur l’Olt (en latin Oltis), dont, par corruption , on a fait, le Lot. Elle a joué un rôle dans l’histoire de la province, et depuis longtemps surtout elle est célèbre par l’industrie de ses habitants. Les premières fabriques de drap qu’ait eues le Rouergue, y ont été établies dans le XVe siècle. ― La ville est petite, mais propre et agréable ; chaque jour y voit faire de nouveaux embellissements ; la plupart de ses rues sont larges et bien percées, ses maisons sont belles et d’un aspect riant. ― Elle est située dans un vallon qu’égaient les eaux de la rivière et qu’entourent des coteaux fertiles couverts de vergers et de vignes.

         MILHAU, sur la rive droite du Tarn, ch.l. d’arrond., à 16 l. E.-S.-E. de Rhodez. Pop.9,806 habitants. ― Cette ville, où l’on croit retrouver l’ancienne Aemilianum des Romains, est fort ancienne. Elle a joué un grand rôle pendant la guerre des Albigeois et a été souvent prise et reprise. Les habitants, fidèles au Comte Raymond VII, s’offrirent, en 1243, à lui servir de caution. Milhau était alors le siège d’un vicomté, appartenant aux comtes de Toulouse ; ceux-ci y avaient fait bâtir un château dont il ne reste aujourd’hui que quelques tours carrées. ― L’importance de la ville provenait d’un pont qu’elle possédait sur le Tarn. Milhau fut entourée de fortifications en 1350 Ce fut une des villes où les doctrines de Calvin eurent d’abord des sectateurs. Dès 1534, elle adopta le parti de la réforme, qui bientôt y fut dominant. On raconte qu’en 1562, après avoir brûlé sur la place publique les statues de saints enlevées aux églises, les habitants de Milhau, à l’exception d’une seule famille, adoptèrent le culte réformé, et que pour sceller cet acte d’union religieuse, le prieur des Bénédictins épousa l’abbesse du couvent de l’Arpajonie. Milhau compta longtemps parmi les principales places des calvinistes. Il y fut tenu, en 1573, une assemblée générale des députés des protestants à l’effet de conférer sur les moyens de traiter de la paix. Une autre assemblée générale y eut lieu en 1620, où l’on se décida à soutenir la guerre contre Louis XIII (1). Ce prince s’empara de Milhau en 1629, et en fit démolir les fortifications. ― Depuis lors, la ville cessa de s’occuper des affaires politiques ou religieuses, et tourna tous ses efforts vers le commerce et l’industrie, qui en ont fait la ville la plus riche et la plus peuplée du département. ― Milhau est située dans un bassin agréable, entouré de coteaux plantés de pêchers et d’amandiers, un peu au-dessous du confluent du Tarn avec la Dourbie. Ses rues sont étroites mais bien percées. La ville est généralement bien bâtie. On y trouve des fontaines, un lavoir public, de jolies places, des promenades agréables, parmi lesquelles on distingue celle dite du Quai La ville est dans une position avantageuse, à l’embranchement de plusieurs grandes routes. Elle possède sur le Tarn un beau pont construit en 1817. L’ancien pont avait été détruit par une inondation en 1757.

         SEVERAC-LE-CHATEAU. Ch. l. de cant., à 7 l.1/2 n. de Milhau. Pop. 2979 hab. ― cette petite ville est fort ancienne ; elle était en 884 le chef-lieu d’une viguerie, et devint plus tard celui d’un marquisat. Les sires de Séverac ont joué un grand rôle dans les guerres du Rouergue. La ville occupe le penchant d’une colline escarpée sur la rive gauche du Biaur, ruisseau affluent de l’Aveyron et à 250 pas de la source de cette rivière. Elle doit son nom à un ancien château-fort qui la domine, et au pied duquel on voit deux belles terrasses plantées d’ormes. C’est une agréable promenade d’où l’on découvre la vallée où coule l’Aveyron. La ville est généralement mal bâtie, ses rues sont étroites et raides. En 1650 le marquisat de Séverac, la vicomté d’Hauterive et les baronnies de Dolan et de Saint-Chély furent érigés en duché-pairie d’Arpajon, en faveur de Louis d’Arpajon, lieutenant général des armées ; mais ce seigneur, ayant négligé de faire enregistrer ses lettres-patentes, cette duché-pairie s’éteignit à sa mort en 1679.

         SAINT-AFFRIQUE, sur la Sorgue, ch. l. d’arrondissement à 14 l. S.-S.-E. de Rhodez. Pop. 6,636 hab. ― Saint-Affrique est une ville ancienne qui en 1357 fut fortifiée ; ce n’était encore qu’une petite ville, mais ses habitants ayant embrassé la religion réformée, elle devint une des places principales des Calvinistes, et acquit de l’importance. On répara et on augmenta ses fortifications. ― Le prince de Condé en fit inutilement le siège en 1628 ; mais l’année suivante elle fut obligée de se soumettre à Louis XIII, qui la fit démanteler. Depuis cette époque elle n’a plus joué de rôle politique, mais elle a pris une grande extension sous le rapport commercial. ― Saint-Affrique est une ville dont les rues sont belles et larges, les maisons anciennes et mal bâties, mais qui tend à s’améliorer et à s’embellir. ― Elle est située dans un vallon agréable, planté de vignes et orné de prairies. La Sorgue la sépare de son ancien faubourg, qui forme aujourd’hui un des quartiers de la ville. Une jolie promenade, dont les extrémités aboutissent à deux ponts jetés sur cette rivière, entoure Saint-Affrique. ― C’est une ceinture plus gaie que de sombres murailles et de vieilles tours. ― On remarque à Saint-Affrique les bâtiments de l’hôpital.

         CAMARES, ch.l.. de cant. A 5 l. De Saint-Affrique. Pop.2679 hab. ― Cette petite ville, qu’on nomme aussi Pont-de-Camarès, est fort ancienne. Elle est située sur le penchant d’une montagne dont le pied est baigné par le Dourdou, rivière sur laquelle existe un vieux pont qui communique avec un faubourg. Camarès possède deux sources minérales froides situées à peu de distance de la ville, l’une au hameau d’Andabre et l’autre au village de Prugnes. ― Toutes les deux sont qualifiées d’eaux de Camarès. ― Ce sont des eaux ferrugineuses et gazeuses. ― D’après des analyses faites dans le siècle dernier, et citées par Monteil, l’eau d’Andabre contiendrait 39 grains de fer et 17 de sulfate de soude par livre, et celle de Prugnes seulement 1 grain de fer et 7 de sulfate de soude. ― Nous ne connaissons avec précision que l’analyse récente des eaux de Prugnes,  qui commencent à être connues sous leur nom véritable. Ces eaux, dont la source est située à moitié chemin entre Sylvanès et Camarès, contiennent de l’acide carbonique, du carbonate et de l’hydrochlorate de soude, des carbonates de chaux et de magnésie. ― Elles ont beaucoup d’analogie avec l’eau alcaline gazeuse ou sodawater des Anglais, et, ainsi que les eaux de Cransac, se transportent facilement au loin. ― On en fait usage en boissons, et on les considère comme bonnes pour rétablir les fonctions de l’estomac, guérir les embarras du foie, la gravelle, etc. ― Le bassin se trouve dans un pavillon commode, attenant à deux salons et à une bibliothèque à l’usage des buveurs. Il est entouré de plantations qui offrent d’agréables promenades.

         ROQUEFORT, à 2 l. ½ E.-S.-E. de Saint-Affrique. Pop.1,315 hab. ― Ce village si célèbre par ses fromages, s’élève sur la pente d’une colline qu’on appelle le Cambalou,, dont la base est d’argile bleuâtre, et dont le sommet est formé ^par des rochers calcaires. Cette colline renferme les caves : leur nombre est de 20 environ ; les unes sont entièrement taillées dans le roc ; d’autres n’y sont encaissées qu’à moitié, et leur partie antérieure est bâtie en maçonnerie. ― Elles ont un, deux et même trois étages. Leur intérieur est assez étroit et divisé en plusieurs ramifications ; aux parois sont appuyées des tablettes recouvertes de paille, qui servent à recevoir les fromages. ― En temps de pluie, de légers suintements ont lieu à la voûte ou sur les parois ; néanmoins l’atmosphère des caves est toujours sèche, ce qu’on attribue à des courants d’air qui soufflent intérieurement et qui paraissent venir du fond des caves. ― La température y est à peu près la même pendant toute l’année, le thermomètre s’y élève à 10 degrés. M. Blavier, dans la statistique de l’Aveyron, insère au t. XIX du Journal des Mines, établit que la distribution des fromages sur des rayons convenablement espacés, y détermine à propos la fermentation, et fait acquérir aux fromages de Roquefort, ce marbré, ce piquant agréable et cette qualité toute particulière qui les distinguent des autres fromages que les propriétaires du pays préparent eux-mêmes en dehors des caves. ― Les caves qui ont la vertu de faire promptement les meilleurs fromages sont une propriété importante et sont très recherchés. Il en est qui sont louées 30,000 francs par an.

         SAINT-ROME-DE-TARN, sur la rive gauche du Tarn, ch.l. de cant., à 2 l. N. de Saint-Affrique. Pop. 3154 hab. ―

Cette petite ville, qui possède un pont sur le Tarn, est fort ancienne. Elle a été autrefois fortifiée et a soutenu plusieurs sièges ; elle est encore en partie entourée de ses anciens fossés et de ses vieilles murailles qui tombent en ruines. Bâtie en amphithéâtre sur la pente d’un coteau, elle offre extérieurement un aspect assez pittoresque, mais l’intérieur de la ville, composé généralement de rues étroites bordées de vieilles maisons mal bâties, ne répond pas à cet extérieur. ― A peu de distance de la ville, le Tarn forme une jolie cascade de 80 pieds de hauteur.

          SYLVANES, à 3 l. S.-S.-E.de Saint-Affrique. Pop. environ 500 hab. ― Ce joli village, situé dans un vallon qui présente des sites pittoresques et d’agréables promenades , possède deux sources d’eaux thermales, dont l’une a une chaleur de 40 degrés centigrades. ― Ces eaux contiennent du sel marin et du sulfate de soude et de magnésie. ― On les administre en douches, en bains, et en boissons ; elles sont employées pour les rhumatismes, la paralysie, les affections scrofuleuses et cutanées. Il y a peu d’eaux minérales en France qui soient aussi  fréquentées, mais c’est seulement par les habitants des contrées voisines ; cependant l’établissement thermal, situé à un quart de lieue du village, renferme, outre le caveau où jaillissent les eaux et où on prend les bains, des logements qui peuvent recevoir environ cent malades.

         VILLEFRANCHE, sur la rive droite de l’Aveyron, ch.l. d’arrond., à 11 l. O. de Rhodez. Pop. 9,540 hab. ― Cette ville, agréablement située au confluent de l’Alzon et de l’Aveyron, sur le penchant d’une colline entourée de hautes montagnes, au milieu d’un pays entrecoupé de prairies, de vignobles, de bosquet et d’habitations, doit son origine à Alphonse, comte de Toulouse, et frère du roi Louis IX. ― Elle fut fondée en 1252, sur l’emplacement de l’ancienne cité de Carentomag. Nous avons parlé des prétentions que Villefranche éleva contre Rhodez, pour avoir le titre de capitale du Rouergue. ― En 1351, c’était une ville fortifiée qui, depuis 1336, possédait un pont sur l’Alzon. Elle souffrit beaucoup pendant les guerres de religion du XVIe et du XVIIe siècle. Prise et reprise par les catholiques, elle eut à subir successivement les violences des deux partis. ― En 1643, le Rouergue fut le théâtre d’une insurrection de paysans dont un des principaux chefs était un dénommé Petit, chirurgien habitant Villefranche. Les insurgés se nommaient croquants ; ils prirent Villefranche, la pillèrent et l’abandonnèrent ; mais voulant y rentrer de nouveau, ils furent forcés d’en faire le siège. Villefranche résista, pendant ce temps les troupes royales et les gentilshommes de la province réunis, attaquèrent les insurgés et les mirent en déroute. Les chefs de l’insurrection, et Petit entre autres, furent pendus. Villefranche était le siège d’un présidial, et posséda pendant quelque temps, dans le XVIe siècle, un hôtel des  monnaies. Ce fut de 1779 à 1789, le siège de l’administration provinciale de la Haute-Guyenne. Cette ville eut plusieurs fois à souffrir de la famine et de la peste. L’histoire a conservé le souvenir de la peste de 1558 qui,  dans trois mois, fit périr 5,000 habitants et obligea les autres à abandonner la ville. Le chapitre collégial se retira dans un village peu éloigné, et le présidial fut momentanément transféré à Villeneuve. La peste de 1628 fut plus terrible encore, en cinq mois elle enleva 8,000 habitants ; ce fut alors que le lieutenant criminel Jean de Pomeyrol, et le père Ambroise, religieux de l’ordre de Saint-François, se dévouèrent avec un admirable courage ; leur prudence et leur zèle rendirent à la ville les services les plus signalés. Les mesures que prit Pomeyrol feraient honneur aujourd’hui aux administrateurs les plus habiles. Le père Ambroise sauva la vie à un grand nombre d’enfants en faisant allaiter par des chèvres ceux que la peste avait privé de leur mère ou de leurs nourrices. ― Villefranche est une ville bien percée et bien bâtie. Quatre grandes rues la traversent dans toute sa longueur ; on voit au centre une belle place entourée d’arceaux qu’on nomme les Couverts, et sur laquelle se trouve la principale église Notre-Dame, remarquable par la hardiesse de sa voûte et son architecture gothique ; un beau quai, un pont élégant, plusieurs promenades publiques, une jolie fontaine, sont les décorations principales de cette ville. Elle possède une bibliothèque contenant 6,000 volumes, un cabinet de physique et un cercle de réunion pour les principaux habitants.

         CRANSAC, à 8 l. N.-E. de Villefranche. Pop.environ 500 hab. ― Ce village est fort ancien ; les eaux auxquelles il doit sa célébrité étaient déjà connues à la fin du IXe siècle. ― La réputation des eaux a toujours été en augmentant, mais le village ne paraît pas avoir eu d ‘accroissement ; il est situé au milieu des montagnes, près de la petite ville d’Aubin, où les étrangers trouvent facilement à se loger. ― Les eaux de Cransac sont très fréquentées, il y est venu, en 1830, environ 3,000 malades. ― On y distingue les sources anciennes ou de Richard, et les sources nouvelles ou de Béselgues.   Ces eaux contiennent des sulfates de magnésie, d’alumine et de fer ; on n’en fait usage qu’en boisson. ― Elles sont employées contre la chlorose et pour rétablir les fonctions de l’estomac. ― Outre les sources minérales, on trouve à Cransac des étuves creusées dans les montagnes et où on prend des bains d’une nature particulière. Ces étuves produisent un effet énergique et salutaire. Elles sont chauffées par des mines de houille qui sont en combustion depuis plusieurs siècles.

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Prochainement suite et fin.

DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835 

 

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