Archives mensuelles : juillet 2010

GODIN (002) – 1854-1862

SOUVENIRS pour mes ENFANTS et mes PETITS ENFANTS.

VICE AMIRAL  GODIN       1838-1932

 Episode 2– 1854-1862

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            Après quelques jours passés à TOULON je partis avec les quelques camarades sur une frégate à vapeur à roues pour rejoindre l’Escadre sur la côte de CRIMEE. C’est là que je fis mes premiers quarts sous les ordres d’un lieutenant de vaisseau très bienveillant, j’avais grand besoin de son indulgence car je ne savais pas ce que j’avais à faire. Après nous être arrêtés à MESSINE et à Constantinople nous atteignîmes l’Escadre le 18 septembre 1854 et je fus embarqué sur le vaisseau mixte LE CHARLEMAGNE. Le débarquement de l’armée franco-anglaise sur la plage d’EUPATORIA avait été terminé le jour même; l’armée se mit de suite en route pour Sébastopol; le 20 elle gagnait la victoire de l’Alma, à laquelle nous assistions de nos vaisseaux. Puis ce fut le commencement du siège de Sébastopol qui devait durer près d’un an. L’Escadre mouillée au large avait la mission de décharger les nombreux bâtiments qui apportaient à l’armée des renforts de vivres et de munitions; d’embarquer les blessés sur les bâtiments qui les transportaient  aux hôpitaux de Constantinople, aussi les embarcations commandées chacune par un aspirant étaient-elles presque toujours en route. Quelquefois nous n’avions pas même le temps de prendre nos repas; si nous le faisions remarquer timidement on nous disait : « Un aspirant mange s’il peut et quand il peut. » – on aurait pu ajouter « comme il peut » car notre réserve laissait à désirer ? Ce métier dur et sans gloire eu l’avantage de m’amariner promptement. Il fut interrompu le 17 Octobre par l’attaque des défenses maritimes de Sébastopol où je reçus le baptême du feu un avant d’avoir 16 ans, le 27 Novembre, je dois avouer que je fus un peu ému pendant les premiers instants; les projectiles Russes tombaient dru autour de nous et sur nous : nous eûmes des tués et des blessés, des avaries sérieuses, mais je me ressaisis rapidement et eus l’occasion de rendre quelques services. Ayant reçu une bombe qui démolit une partie de la machine, nous partîmes pour TOULON au commencement de novembre pour nous faire réparer.

            Un incident d’une des nombreuses corvées d’embarcation dont j’ai parlé est resté dans ma mémoire; c’était le lendemain soir de la bataille de l’Alma [1]: je remorquais avec mon canot à rames (il n’y avait pas d’embarcations à vapeur à cette époque) un chaland plein de blessés près de la plage jusqu’à un bâtiment en partance pour Constantinople. Après son déchargement, un officier du bâtiment me donna l’ordre de prendre dans mon chaland le corps d’un blessé embarqué avant les miens qui venait de mourir et d’aller l’enterrer à la plage. Quoiqu’il fût déjà nuit et que la corvée dut être longue, je n’avais pas protesté. Nous n’arrivâmes à terre qu’à 9 heures, mes hommes dépourvus des outils nécessaires creusèrent une fosse avec les pelles d’avirons; nous y déposâmes le corps de ce brave en uniforme de zouaves – tout le monde se découvrit -, je dis une prière et après avoir comblé la fosse nous rembarquâmes dans le canot. La lune nous éclairait, j’ai encore devant les yeux cette scène tragique, le brouillard s’était fait, j’eus quelque peine à retrouver le CHARLEMAGNE où nous n’arrivâmes qu’à une heure du matin. Le Commandant inquiet ne s’était pas couché, il craignait que nous n’eussions été pris par les Russes. Paternellement il me fit prendre un grog chaud avec des biscuits et m’envoya dormir.

            Après avoir passé l’hiver en réparation à TOULON, nous retournâmes dans la mer Noire pour faire devant Sébastopol le même métier sans intérêt que l’année précédente. Nous assistâmes à la prise le 8 septembre 1855 et dûmes de nouveau passer l’hiver à TOULON pour réparations. Nous changeâmes  de Commandant; le nouveau amenait avec lui comme second, le capitaine de frégate du TEYSSIER que j’eus l’occasion de revoir à TOULON bien des années plus tard en 1878. Le Commandant du TEYSSIER me prit en affection et fit de moi son aspirant des détails, poste de confiance, où l’on aide le second dans ses multiples occupations.

            Nous aimions beaucoup le Commandant du TEYSSIER, qui devait être un excellent père de famille. Obligé de passer la journée à bord, il envoyait quelquefois sa baleinière chercher son jeune fils et ne manquait pas de faire dire à sa femme comment il fallait habiller « Paul » selon le temps.

            Au commencement de Mars nous retournâmes dans la mer Noire, puis la paix se fit, le CHARLEMAGNE fut envoyé à TOULON pour porter un grand nombre de convalescents; cet embarquement devenait sans intérêt, en outre je voulus échapper aux tentations de TOULON où nous séjournions trop souvent. J’obtins d’embarquer sur la Corvette à voiles de 30 canons l’EURYDICE désignée pour faire une campagne de 2 à 3 ans dans l’Océan Pacifique.

            Nous quittâmes TOULON dans les premiers jours de Mai 1856 fûmes à MARSEILLE pour y embarquer, comme passager, un diplomate envoyé pour y représenter la FRANCE au PARAGUAY et sa famille. Nous devions le laisser à MONTEVIDEO où nous arrivâmes le 30 Juillet après avoir quitté MARSEILLE le 12 Mai et relâché à CADIX et à TENERIFFE. Ces traversées à la voile étaient souvent longues, mais elles étaient moins banales que celles à la vapeur d’aujourd’hui.

            De MONTEVIDEO à VALPARAISO nous mîmes 45 jours, du 25 août au 10 octobre – mauvais temps habituel au passage du Cap HORN point extrême de l’AMERIQUE.

            De VALPARAISO nous allâmes à CALLAO (Pérou), puis à TAHITI après une relâche de quelques jours aux Iles MARQUISES, et enfin HONOLULU (Iles Sandwich ou Hawaii  où nous arrivâmes en Janvier 1857 pour y passer plusieurs mois.

            Mes souvenirs, au sujet de ces divers pays très éloigné les uns des autres, sont sans grand intérêt. A VALPARAISO j’ai été frappé par la tournure élégante des femmes de la Société; – au PEROU par un peu plus d’abandon dans les mœurs, au moins en apparence : les Moines fument la cigarette devant la porte du couvent et disent bonjour aux femmes qui passent; celles-ci portent un voile épais ne laissant à découvert qu’un œil, souvent fort beau, ce n’est pas sans originalité; -vu à LIMA pour la première fois une très belle course de taureaux.

            Aux MARQUISES nous vîmes venir à bord deux jeunes sauvages de 16 à 20 ans presque complètement nus, de formes superbes. Le chien du Commandant étant aller leur flairer les mollets, ils eurent grand peur, ne connaissant pas cet animal.

            Déjà TAHITI n’était plus telle que les premiers navigateurs qui y ont abordés l’ont décrite. La belle race pure tendait déjà à disparaître. Climat charmant, un peu amollissant. Pas une mauvaise bête, ni serpents, ni moustiques. Quelques promenades agréables.

            Peu après notre arrivée à HONOLULU (Iles Sandwich) la saison des pluies commença. On vivait dans l’humidité. Je fus pris de rhumatismes, puis d’une arthrite très douloureuse au genou droit, je dus resté couché; certains médicaments qui auraient été nécessaires manquaient… Notre jeune médecin manquait peut-être un peu d’expérience… Ce qui en FRANCE, aurait guéri en peu de mois s’éternisa. Presque toujours couché. Je ne pus être dirigé sur la FRANCE qu’au mois d’Octobre où l’on m’embarqua sur la Corvette  L’EMBUSCADE qui rentrait en FRANCE, à CHERBOURG, où par suite de retards divers nous n’arrivâmes qu’à la fin de Mai 1858. Ma situation à bord de l‘EMBUSCADE fût bien triste : je n’y connaissais personne tandis qu’à bord de l‘EURYDICE  j’avais des camarades et des chefs affectueux. Je ne pus noter pendant ce long retour en FRANCE qu’un seul souvenir intéressant. Pendant notre relâche à Ste HELENE, le Commandant qui allait visiter LONGWOOD, eut l’amabilité de m’offrir une place dans sa voiture? A LONGWOOD le propriétaire qui avait dans sa jeunesse vu l’Empereur, me dit que je lui ressemblais.

            En arrivant à CHERBOURG j’y trouvais mon frère qui y servait comme lieutenant d’Artillerie, au sortir de l’Ecole d’Application de METZ. Ce fut un grand réconfort. Par suite de mauvaises adresses, de la rareté ou de l’absence des moyens de communication, j’étais resté près d’un an dans l’Océan Pacifique sans avoir de nouvelles de ma famille.

            A CHERBOURG j’entrai à l’Hôpital de la Marine où je fus très bien soigné; puis on me donna un service à terre peu fatigant; on m’envoya aux eaux, je revis ma famille. C’est seulement vers le milieu de 1860 que je pus reprendre mon service à la mer.

            Les trois années 1857-1858-1859, c’est à dire de ma 19ème à ma 21ème année, sont une période très sombre dans ma vie, surtout la 1ère. Je me vois infirme, probablement forcé de quitter une carrière que j’aimais pour prendre une occupation sédentaire que j’avais en horreur. A bord de l’EMBUSCADE j’ai souhaité quelques fois que Dieu me débarrassât de l’existence. Au contraire, après cette épreuve, il m’a conduit jusqu’au sommet de ma carrière. Que de reconnaissance je lui dois !

            A la fin d’Août 1860 après avoir  fait une saison aux eaux de Barèges, j’arrivais à TOULON que j’avais quitté depuis 4 ans. Je fus embarqué sur le BUCEPHALE petit transport à voiles commandé par un lieutenant de vaisseau faisant des traversées entre TOULON et différents points de la Méditerranée pour le ravitaillement en matériel de la Station d’ALGERIE, de celles du LEVANT et de l’Escadre; alors très mobile. On rirait aujourd’hui si l’on employait un navire à voiles à ce service. Les navires à vapeur étaient alors beaucoup moins nombreux qu’à présent.

            Nous n’avions qu’un petit équipage, n’étions que quatre, dont un jeune médecin, au carré des officiers et n’avions d’un navire de guerre que l’apparence. Le Commandant était un bon marin, j’ai appris  beaucoup mon métier sous ses ordres et l’aimais de plus en plus en commençant à en sentir la poésie.

            Il n’y a pas de plus beau spectacle que celui de la mer la nuit avec un ciel sans nuage permettant de voir le nombre infini des étoiles. On a sous les yeux la moitié de l’univers :

                         » O nuit que ton langage est sublime pour moi

                         » Lorsque seul et pensif, aussi sombre que toi,

                         » Admirant la splendeur dont ta robe est parée;

                         » J’erre et médite en paix sous ton ombre sacrée !

            ( Ces vers ne sont pas de moi. )

            Il semble que les plus incrédules ne peuvent nier l’existence d’une volonté supérieure qui a réglé l’harmonie magnifique de la Création. Pendant les admirables heures de quart de nuit où l’on est fier d’être chargé de veiller à la sécurité de tout le monde à bord, on se sent tout de même bien peu de chose et l’on voit que la Terre n’est qu’un grain de sable dans l’infini de l’Univers. Alors une question se pose – les habitants de notre petite planète sont-ils les seuls êtres doués d’une âme immortelle existant dans l’Univers ? – Je ne veux pas dire seulement dans les planètes de notre système solaire, mais dans celles innombrables qui roulent probablement autour des étoiles dont chacune est un soleil. Il me semble que l’homme est singulièrement orgueilleux qui croît qu’il est la seule race de l’Univers à laquelle Dieu se soit manifesté. L’abbé MOREUX, le savant astronome Dijonnais, auteur de plusieurs opuscules de vulgarisation astronomique a cherché à prouver dans celui intitulé  » Les autres mondes sont-ils habités ?  » que l’homme ne pourrait y vivre. Qui nous dit que Dieu dont la puissance est infinie n’a pas donné une âme à des êtres organisés autrement que nous ? J’ai demandé à mon ami, le Curé de C… confident de toutes mes pensées, si c’était un péché de croire à la probabilité de la pluralité des mondes habités. Il m’a dit que non.

A bord du BUCEPHALE j’étais « chargé des montres », c’est à dire  que mon service particulier consistait à déterminer chaque jour au moyen d’observations astronomiques, la position exacte du navire, en latitude et en longitude quand on est éloigné de la terre. Les montres ou chronomètres donnaient l’heure à PARIS que l’on compare à l’heure du lieu obtenue par les observations et les calculs, d’où la longitude; mais je m’aperçois, mes enfants, que je me laisse aller à vous faire un cours de navigation.

            Les fonctions d’officier des montres donnent donc une grande responsabilité mais aussi des satisfactions. Lorsque après plusieurs jours de mer on aperçoit un point déterminé de la terre juste dans la direction et à la distance où il doit être d’après les calculs, on éprouve un légitime plaisir, même une certaine fierté. c’est la récompense du travail accompli pendant les années passées sur les bancs de l’école.

            Je courus la MEDITERRANEE pendant près de 2 ans sur le BUCEPHALE; à peine étions nous de retour à TOULON qu’on nous demandait quand nous pourrions repartir. A moins d’avarie, un navire à voiles est toujours prêt.

            Les différents points visités sont CAÏTE, NAPLES, MESSINE, LE PIREE, SMYRNE, BEYROUTH, AJACCIO, BASTIA, BARCELONE, ALGER où nous sommes allés ONZE fois en 2 ans, sur lesquelles la traversée la plus courte en venant de TOULON a été de 36 heures – la plus longue de ONZE jours, avec mauvais temps continuel; telle était l’incertitude des traversées des navires à voiles. Cet embarquement du BUCEPHALE fut un temps heureux; je jouissais de mon retour à la santé, n’avais aucun souci, pas même d’ambition !

            Deux villes d’ITALIE m’ont laissé des souvenirs inoubliables. Nous nous trouvions à NAPLES lorsqu’en Septembre 1860 GARIBALDI en chassa les BOURBONS. L’enthousiasme était vraiment extraordinaire. J’assistais à une représentation au fameux théâtre « Don Carlo » qui avait à cette époque comme théâtre lyrique une réputation Européenne. Le parterre était bondé de chemises rouges (garibaldiens). Il fallut plusieurs fois interrompre la représentation pour que les acteurs chantassent l’hymne de GARIBALDI. Depuis je suis allé deux fois à NAPLES, il n’y a qu’une chose vraiment curieuse : le Musée, et à quelques lieues les ruines de POMPEÏ (je n’ai pas fait l’ascension du VESUVE). Plus tard étant à BASTIA j’obtins une courte permission pour aller voir FLORENCE où l’on se rend facilement. Là je fus émerveillé : les chefs-d’œuvre sont dans la rue; il n’est pas besoin d’entrer au musée pour les voir. C’est une ville qu’il doit être doux de visiter avec une personne chère ! Seul on souffre de ne pas pouvoir communiquer ses impressions.


[1] Bataille de l’Alma le 20-9-1854. Victoire franco-anglaise sur les Russes pendant la guerre de Crimée.

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 Souvenirs écrits vers 1920 à Toulon.

Le texte retrouvé était dactylographié, la conversion sous Word, le découpage en épisodes ainsi que les notes ont été réalisés par Joël BACQUER.

Adhérent-CGMA-Joël-007

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31 juillet 1887 : Monographies des instituteurs

Les monographies des instituteurs de la fin du XIX° siècle

http://pagesperso-orange.fr/delbrayelle/monographies_des_instituteurs.htm

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Ces monographies ont été réalisées à la fin du XIX° siècle par les instituteurs sur la demande du Ministère de l’Instruction Publique pour la préparation des expositions de l’enseignement primaire public aux expositions universelles de 1889 ou de 1900.

Pour 1889 : Instruction générale du 31 juillet 1887

Pour 1900 : Instruction générale du 29 décembre 1898

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AD 95 : Archives départementales du Val-d’Oise – Fermeture provisoire

Fermeture de la salle de lecture des Archives départementales, du 02 août au 4 novembre 2010.

Information provenant du Conseil général et des Archives Départementales du 95.

« Les travaux que nous avons engagés depuis le mois d’octobre dernier immobilisent de nombreux fonds que vous souhaitez consulter, qu’ils soient externalisés, immobilisés ou en cours de réimplantation dans nos magasins. Une fois réinstallés à leur place définitive, un récolement complet doit être effectué et une mise à jour sur le logiciel de recherche faite. Les différentes étapes préalables à leur nouvelle communication prennent du temps et, pour ces raisons, nos services ne peuvent satisfaire actuellement toutes vos recherches et ne peuvent pas toujours vous donner une date à laquelle revenir consulter ce qui vous intéresse. »

La salle de lecture fermera du 2 août au 4 novembre et permettra dès novembre la consultation d’un ensemble de fonds plus large.
Jusqu’à cette date, les recherches par correspondances à caractère administratif ainsi que les recherches généalogiques, à raison de 10 actes par an et par lecteur n’habitant pas le Val-d’Oise, seront assurés.

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Généalogie libre ‎… la suite

Généalogie libre

105 conseillers généraux ont signé l’appel dont 8 présidents de conseils généraux (Yves Daudigny (Aisne), Jean-Louis Bianco (Alpes de Haute Provence), Vincent Descoeur (Cantal), André Vallini (Isère), Patrick Mareschal (Loire-Atlantique), Marcel Charmant (Nièvre), Dominique Dupilet (Pas-de-Calais), Jean-Yves Gouttebel… (Puy-de-Dôme)) et 18 vice-présidents de conseils généraux.

http://appelgenealogielibre.free.fr/#elus

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God Flickr the Queen.

Plus de 600 photos d’archives de la famille royale anglaise, dont certaines de la période Victorienne ont été mises en ligne sur le site de partage de photos Flickr.

www.flickr.com/britishmonarchy/

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France Pittoresque – 1835 : Corrèze (2)

Département de la Corrèze. ( Ci-devant Bas-Limousin )

 

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VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.
 
 
 
 

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VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC. 

        

      TULLE, ville et ch.-l. de préf., au confluent de la Corrèze et de la Solane, à 120 l. S. de Paris. Pop. 8,689 hab. – On prétend que cette ville, située dans une gorge étroite que Baluze appelait vallis satis amoena, doit son ancien nom, Tutela, à un fort construit et placé par les Romains, comme un poste avancé, afin de protéger contre toute surprise leurs légions établies plus haut, à l’est, vers Naves et Tintignac. Il paraît plus certain que Tulle s’est formé autour d’un monastère qu’en 1318 le pape Jean XXII érigea en évêché, dont le siège a été illustré par le célèbre orateur Mascaron. L’évêque était seigneur de la ville, avec le titre de vicomte. Cette ville devint ensuite la capitale du Bas-Limousin. Son présidial, institué en 1553, s’étendait sur cent quarante petites villes, bourgs ou communes, et connaissait des appels des sénéchaussées d’Uzerches et de Martel (en Quercy), ainsi que du siège ducal de Ventadour. – Tulle, heureusement pour ses habitants, n’a pas légué beaucoup de souvenirs à l’histoire. Elle n’a été exposée à aucun siège meurtrier, ni ravagée par aucune grande épidémie. La vallée baignée par la Corrèze, et sur les flancs de laquelle sont groupées les maisons de Tulle, est entourée de collines pittoresques, couvertes d’arbres et de verdure. La ville est petite, les maisons en sont vieilles et laides, mais elle possède une jolie promenade au bord de la rivière, de beaux quais, des ponts nombreux, une église semi-gothique, semi- carlovingienne, dont la flèche élancée a de la hardiesse et de l’élégance, un palais de justice bien distribué, de vastes bâtiments consacrés à la manufacture d’armes, un bel hôpital bien tenu, une caserne de gendarmerie, une prison départementale, un collège, un séminaire, une salle de spectacle et une bibliothèque riche de 2,000 volumes. On trouve d’ailleurs chez les habitants un grand penchant aux embellissements. Aussi peut-on espérer d’y voir dans quelques années des rues garnies de beaux édifices et des places régulières. – On trouve à Tulle quelques maisons ornées de sculptures originales, d’une architecture gothique ou de la renaissance, qui témoignent de l’opulence des familles qui habitaient autrefois cette ville. Nous indiquerons aux curieux une maison du XIVe siècle, dite la Maison Sage, située sur la place principale, et dont la façade gothique, parfaitement conservée, est ornée d’arabesques sculptées du meilleur goût et d’une belle exécution. – Le cimetière de Tulle, dans une position remarquable, est situé sur un mamelon isolé qui domine la ville, et sur la croupe duquel, un peu plus bas, se trouve une haute tour carrée dont la construction est attribuée aux Romains. Cette tour a long-temps servi de prison.

         ARGENTAT, sur la Dordogne, ch.-l. de cant., à 6 l. ¾ de Tulle. Pop. 3,121 hab. – Cette ville dépendait autrefois de la vicomté de Turenne. Au XIIIe siècle il existait un monastère dont l’abbé, Bernard de Ventadour, architecte de Nontron, obtint le privilège pour la ville de tenir des marchés publics, privilège qui contribua beaucoup à l’accroissement d’Argentat. Durant les troubles de la ligue, les habitants avaient bâti, pour leur défense, quatre forts qu’ils furent ensuite contraints de démolir. – Jusqu’en 1828, on était obligé de traverser la Dordogne sur un bac, passage souvent dangereux et toujours pénible ; en 1828 on y a construit un magnifique pont suspendu en fil de fer.

         TREIGNAC, sur la Vezère, ch.-l. de cant., à 10 l. ¼ de Tulle. Pop. 2,704 hab. – Cette ville est située sur la rive gauche de la rivière, non loin des montagnes des Monaidières. Elle est séparée de Meymac par une suite continue de montagnes. – Sur l’une des plus hautes et des plus âpres, nommée la Croix de Lescaut, s’élève une chapelle dédiée à la Vierge et destinée à servir d’asile au voyageur surpris par la tempête : cette chapelle avait, avant la révolution, une cloche que les habitants du hameau voisin aillaient sonner tour à tour pendant la saison des neiges. – Treignac est une ville ancienne ; elle renferme peu d’édifices remarquables, mais on y voit quelques maisons d’architecture gothique. – Elle possède une église gothique curieuse à visiter, un collège, une halle couverte et une promenade agréable quoique petite. – Le nouveau pont, sur la Vezère, jeté entre deux rochers escarpés, présente une seule arche d’une hardiesse et d’une beauté remarquable. – Le château de Treignac, situé sur un roc escarpé, entouré de trois côtés par un circuit de la Vezère, n’offre plus que des ruines ; mais ces ruines sont imposantes et donnent une grande idée de la puissance des seigneurs de cette forteresse qui a appartenu successivement aux maisons de Comborn, Pompadour et d’Hautefort.

         UZERCHE, sur la Vézère, ch.-l. de cant. à 6 l. ¾ de Tulle. Pop. 3,214 hab. – Cette ville, disent les anciens auteurs, avait été fortifiée par Pépin, dans ses guerres contre Vaïfre, duc de Limoges. On y montrait la Tour de Léocaire, où ce maire du palais eut la tête tranché. on voit aussi hors de la ville, les ruines de l’ancien château de la Blanche, où l’on prétend qu’habitait Saint-Martial lorsqu’il prêchait la foi dans le Limousin. – Uzerche soutint plusieurs sièges. En 1559 elle tomba au pouvoir des protestants ; mais elle ne resta pas long-temps en leurs mains. Cette ville a la prétention d’avoir possédé pendant quelques temps l’évêché érigé à Limoges. Elle a eu de l’importance, et possédait autrefois une sénéchaussée qui, avant l’érection de celle de Saint-Yriex, s’étendait sur environ 150 communes. Cette ville est assise sur un rocher amphibolique ; ses maisons, bâties en amphithéâtre, étaient jadis presque toutes décorées d’une ou de plusieurs petites tours, d’où était venu le proverbe, qui a maison à Uzerche, a château en Limousin. Quelques-uns de ces édifices subsistent encore et produisent un effet pittoresque. La Vezère, profondément encaissée, entoure la ville de trois côtés. Uzerche a deux faubourgs qui, depuis quelques années, ont attiré tout le commerce et toute l’industrie. Une dame célèbre a placé dans les environs de cette ville le théâtre d’un de ses romans. On montre dans la vallée de la Vezère le château d’Adèle, celui de Théodore, et l’ermitage de madame de Genlis.

         BRIVE, dans un vallon riant, sur la rive gauche de la Corrèze, ch.-l. d’arrond., à 7 l. S ;-O. de Tulle. Pop. 8,031 hab. – En 585 Gondebaud, qui se disait fils de Clotaire, y fut élevé sur un bouclier et proclamé roi d’Aquitaine. Cette ville dépendait autrefois du Périgord ; elle en fut détachée, sous Charles V, pour être réunie au Limousin, sur la demande du pape Grégoire XI, qui était de la maison de Turenne. – Brive a eu long-temps la prétention d’être la capitale du Bas-Limousin ; ses discussions avec Tulle et Uzerche, pour obtenir le siège de la sénéchaussée de la province, ont duré plusieurs siècles. – Cette petite ville est une des plus agréables du département. – Elle possède un bel hôpital, une église curieuse, un grand nombre de fort jolies maisons particulières, une promenade ombragée, sur le bord de la Corrèze, et des boulevards qui ont sans doute remplacé ses anciens remparts et qui l’entourent d’une chaîne de verdure. – On se plaint de ce que l’eau n’y est pas de bonne qualité, et l’administration s’occupe d’y établir des fontaines. – Non loin de Brive, sur la route de Tulle, se trouvent les ruines de l’ancien château de Beaufort, qui, dans le XVe siècle, servait de retraite à une de ces troupes d’aventuriers appelés Brabançons, introduits en France à la suite de nos guerres avec les Anglais, et qui ravageaient le pays. – Les seigneurs limousins prirent les armes ; les aventuriers furent attaqués dans leur repaire et défaits le 21 avril 1477 : on en tua deux mille, et depuis le nom de Beaufort fut changé en celui de Mallemort. – Il existe à Mallemort une magnifique filature appartenant à M. le baron Leclerc.

         BEAULIEU, sur la rive droite de la Dordogne, ch.-l. de cant., à 8 l. ¼ de Brive. Pop. 2,415 hab. – Cette ville doit son origine à un monastère de l’ordre de Saint-Benoît, fondé vers l’an 846, par Raoul de Turenne, archevêque de Bourges. – Durant les troubles de la ligne, Beaulieu, assiégé par les troupes du duc de Mayenne, s’empressa de se rendre à d’Hautefort, son lieutenant ; celui-ci venait d’emporter de vive force Grignac, où il avait fait pendre, pour l’exemple, tous les habitants. – Un peu au-dessous de Beaulieu se trouve le port d’Estresses, sur la Dordogne, lieu célèbre par la victoire qu’un duc de Bourgogne y remporta en 930 sur les Normands ; ce lieu fut encore, en 1586, le théâtre d’un combat entre les catholiques et les protestants. – On voit à Beaulieu une église enrichie de sculptures gothiques remarquables.

         NOAILLES, commune et château, à 2 l. S. de Brive. Pop. 704 hab. – C’était autrefois le chef-lieu d’un duché-pairie érigé en 1663 en faveur d’André de Noailles, premier capitaine des gardes de Louis XIV. Cette duché-pairie comprenait, outre quatorze paroisses, le comté d’Ayen et les châtellenies de l’Arche, de Maussac et de Terrasson. – On voit à Noailles un beau château dont le propriétaire, M. le comte de NOAILLES, ancien député, ancien ministre d’état, pratique toutes les vertus qui ont fait vénérer le nom de La Rochefoucault-Liancourt : écoles publiques, ateliers d’instruction, fabriques où le pauvre trouve du travail, hôpitaux où le malade reçoit des soins, églises où le malheureux va chercher des consolations ; il a tout fondé à ses frais et pour l’usage de ses concitoyens.

         POMPADOUR, village et château situés dans la commune d’Arnac, à 6 l. N.-O. de Brive. Pop. 1,196 hab. – Ce lieu était célèbre par un haras de chevaux limousins, arabes, andalous, etc., qui y fut fondé en 1763 par la réunion en un seul corps de biens des terres de Pompadour, de Brêt, de Saint-Cyr-la-Roche et de la Rivière, appartenant à la couronne. Ce haras était un des plus beaux de France. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un dépôt d’étalons. – En 1802, il y avait aussi à Pompadour une bergerie renfermant un troupeau de bêtes à laine, race pure d’Espagne, avec quelques buffles et bœufs de Romanie. – On prétend que Guy de Lastours avait fait bâtir le premier château de Pompadour pour se mettre à couvert des incursions des seigneurs de Ségur. Ce château, brûlé en 1200, pendant les guerres qui suivirent la mort de Richard-Cœur-de-Lion, avait été reconstruit sur un plus vaste plan ; il en subsiste encore de grands reste qui ont été réparés pour l’habitation du directeur et des employés du haras. On y a joint un beau manège couvert et de magnifiques écuries. En 1267, Jeanne de Bretagne, vicomtesse de Limoges, donna à un seigneur de Pompadour, la justice haute, moyenne et basse des communes d’Arnac et de Saint-Cyr-la-Roche ; Geoffroi de Pompadour, évêque du Puy, fonda en 1503, un petit chapitre composé de huit chanoines ; les seigneurs de Pompadour firent en 1530 une fondation plus utile, celle du collège de Saint-Michel, à Paris, pour l’instruction des écoliers limousins. Les Pompadour furent long-temps lieutenants du roi et gouverneurs du Limousin. Cette noble et puissante famille méritait en s’éteignant de laisser une réputation honorable ; malheureusement le nom de Pompadour ne nous est arrivé que souillé par le souvenir de la célèbre maîtresse à qui, en 1745, Louis XV donna, avec le château et ses dépendances, le titre de duchesse de Pompadour. Par une coïncidence singulière, les armes de l’ancienne maison de Pompadour étaient des poissons comme ceux qui servaient d’armes parlantes à madame d’Etioles, dont le nom de famille était Poisson.

         TURENNE, commune, à 3 l. ¾ de Brive. Pop. 1,988 hab. – Cette ville est bâtie tout autour d’une montagne qui s’élève graduellement en forme d’un cône tronqué ; à son sommet apparaissent les ruines de l’ancien château, dont la grande tour, dite tour de César, domine un vaste horizon et un territoire agréable et fertile. – Ce château fut le berceau de la famille qui a donné à la France un de ses plus illustres guerriers.

         USSEL, ville entre deux rivières (la Diège et la Sarzonne), ch.-l. ? d’arrond., à 15 l. N.-E. de Tulle. Pop. 3,963 hab. – Cette ville, autrefois entourée de murailles, était le chef-lieu du siège ducal de Ventadour. – Elle paraît avoir été construite sur l’emplacement d’un ancien camp romain. On trouve fréquemment dans ses environs des médailles, des urnes, des vases, etc. – Les restes d’une voie militaire y sont faciles à reconnaître ; enfin elle possède sur une de ses places une aigle antique en granit et de stature colossale. Cette aigle, posée sur un piédestal en granit, sert aujourd’hui d’ornement à une de ses places. – Ussel a soutenu plusieurs sièges et a beaucoup souffert dans les XIIIe, XIVe et XVe siècles, lors des guerres contre les Anglais. Le patois du pays conserve le proverbe : meschant come un angly. – Cette ville fut aussi dévastée par plusieurs incendies en 1358, en 1404, en 1472 ; enfin elle fut exposée aux ravages de la peste qui enleva une parie de la population en 1438, en 1564 et en 1587. La peste de 1438 dura trois ans et ne s’éteignit qu’en 1440. – Ussel ne possède aucun édifice remarquable. Son ancien château a été démoli il y a long-temps, et le monticule qu’il occupait a été aplani pour y recevoir une halle couverte. – L’église paroissiale possédait, avant la révolution, de beaux vitraux coloriés et un orgue antique qui lui avait été donné par un seigneur de Pauliat, dont les armes parlantes (un paon lié par les pieds) y étaient représentées. – Ussel a été le théâtre, il y a environ un siècle, d’une mystification dont le souvenir est encore désagréable aux habitants. – On prétend qu’un jeune espiègle, clerc de procureur à Clermont, vint visiter Ussel avec plusieurs amis, revêtus comme lui de costumes empruntés à la garde-robe de quelque théâtre, qu’il y fit une entrée triomphale, se donna et fut reconnu, par le peuple et les autorités, pour un prince grec, et qu’il s’y fit ainsi héberger pendant plusieurs mois. – La ville de Brive a été aussi, il y a vingt-cinq ans, la victime d’une mystification plus sérieuse. – Un prisonnier espagnol réfugié s’y fit passer pour le cardinal archevêque de Tolède, vécut aux dépens des bonnes âmes de la ville, célébra la messe pontificalement, ordonna des prêtres, fit des mariages et extorqua des sommes considérables à plusieurs habitants et notamment au curé, M. de Cosnac, qui est devenu depuis archevêque de Sens.

         BORT, sur la Dordogne, ch.-l. de cant., à 5 l. d’Ussel. Pop. 2,291 hab. – Le faubourg de cette ville situé de l’autre côté de la rivière dépendait autrefois de l’Auvergne. – On voit de Bort la crête d’une chaîne de rochers basaltiques qui présentent une suite de colonnes prismatiques, et que, pour cette raison, on nomme dans le pays les Orgues de Bort. – A une lieue et demie au sud se trouve une cascade curieuse appelée Saut de la Sole, et formée par une petite rivière affluent de la Dordogne. Marmontel, qui était né à Bort, en parle dans ses Mémoires, la signale comme une des plus belles cataractes du continent. « Il ne lui manque, dit-il, pour être renommée, que de plus fréquents spectateurs ». Voici la description qu’en a donnée M. Verneilh de Puyrazeau, ancien préfet de la Corrèze : « Cette cascade, que j’ai visitée, est remarquable par le volume de ses eaux, par la hauteur de sa chute, et surtout par la forme des récifs qui encombrent le lit inférieur de la rivière. On y voit de nombreux contours, plus ou moins profonds, que la cascade a creusés à la longue dans les rochers. Au pied de la saillie actuelle, à 6 mètres environ au-dessus du gouffre où les eaux se précipitent, s’élève un de ces rochers, dont le sommet a été ainsi creusé en forme de tonneau, ce qui l’a fait nommer plaisamment Tribune aux harangues ».

         MEYMAC, ch.-l. de cant., à 4 l. ¾ d’Ussel. Pop. 3,130 hab. – Il y existait dans l’origine un monastère de l’ordre de Saint-Benoît, auquel les seigneurs de Ventadour firent, en 1080, des dons considérables, et dont l’église renfermait les tombeaux de cette puissante famille. – Cette ville, située dans une vallée agréable et riante, possède un hospice fort bien tenu et une église ancienne, où se trouvent des sculptures et de vieux tableaux très curieux.

 

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC. 

 

         POLITIQUE. – Le département nomme 4 députés. – Il est divisé en 4 arrondissements électoraux, dont les chefs-lieux sont : Tulle, Brive, Uzerche, Ussel. – Le nombre des électeurs est de 857.

         ADMINISTRATIVE. – Le chef-lieu de la préfecture est Tulle.

         Le département se divise en 3 sous-préf. ou arrond. commun

                  Service du trésor public. – 1 receveur général et 1 payeur (résidant à Tulle), 2 receveurs particuliers, 3 percepteurs d’arrond.

*

  Cantons Communes Habitants
Tulle 12 118 126,532
Brive 10 101 111,024
Ussel 7 74 57,278
Total 29 293 294,834

 

 

         Contributions directes. – 1 directeur (à Tulle) et 1 inspecteur.

         Domaines et Enregistrement. – 1 directeur (à Tulle), 1 inspecteur, 2 vérificateurs.

         Hypothèques. – 3 conservateurs dans les chefs-l. d’arr. comm.

         Contributions indirectes. – 1 directeur (à Tulle), 3 receveurs entreposeurs.

         Forêts. – Le département fait partie du 31e arrondissement forestier, dont le chef-lieu est Aurillac.

         Ponts-et-Chaussées. – Le département fait partie de la 12e inspection, dont le chef-lieu est Clermont-Ferrant. – Il y a 1 ingénieur en chef en résidence à Tulle.

         Mines. – Le département fait partie du 2e arrondissement et de la 1re division, dont le chef-lieu est Paris.

         Haras. – Le département fait partie (pour les courses de chevaux) du 5e arrond. de concours, dont le chef-lieu est Limoges ; les courses de Tulle (à l’hippodrome de Gimel) ont été supprimées il y a quelques années. – Il y a à Pompadour un dépôt royal où se trouvent 143 chevaux, étalons, etc.

         Loterie. – Le département de la Corrèze a le bonheur de ne renfermer aucun bureau de loterie.

         MILITAIRE. – Le département fait partie de la 20e division militaire, dont le quartier général est à Périgueux. – Il y a à Tulle 1 maréchal de camp commandant la subdivision et 1 sous-intendant militaire. – Le dépôt de recrutement est à Tulle. – La compagnie départementale de la Corrèze fait partie de la 11e légion de gendarmerie, dont le chef-lieu est à Limoges. – Il existe à Tulle une manufacture royale d’armes à feu portatives, qui a pour directeur un officier supérieur d’artillerie.

         JUDICIAIRE. – Les tribunaux du département ressortent de la cour royale de Limoges. – Il y a 3 tribunaux de 1re instance (à Tulle (2 chambres), à Brive et à Ussel), et 2 tribunaux de commerce (à Tulle et à Brive).

         RELIGIEUSE. – Culte catholique. – C’est le seul culte exercé ans le département qui forme le siège d’un évêché érigé dans le XIVe siècle, suffragant de l’archevêché de Bourges, et dont le siège est à Tulle. – Il y a dans le département : à Tulle, un séminaire diocésain qui compte 70 élèves, – à Servières, une école secondaire ecclésiastique ; – à Brive, une école secondaire ecclésiastique. – Le département renferme 3 cures de 1re classe, 31 de 2e, 221 succursales et 46 vicariats. – Il y existe 7 frères de la doctrine chrétienne, instruisant 5°° élèves ; 11 congrégations religieuses composées de 156 femmes, tant religieuses que pensionnaires, chargées des hospices et dirigeant des écoles gratuites et des pensionnats ; dans l’un de ces pensionnats on compte 80 élèves, et dans l’une de ces écoles gratuites 100 élèves.

         UNIVERSITAIRES. – Le département est compris dans le ressort de l’Académie de Limoges.

         Instruction publique. – Il y a dans le département : – 5 collèges : à Brive, à Treignac, à Tulle, à Ussel, à Uzerche. – 1 école normale primaire à Tulle. – Le nombre des écoles primaires du département est de 131, qui sont fréquentées par 3,068 élèves, dont 2,453 garçons et 615 filles. – Les communes privées d’écoles sont au nombre de 220.

         SOCIETES SAVANTES, ETC. – Il y a à Tulle une Société d’Agriculture.

 

POPULATION. 

 

D’après le dernier recensement officiel, elle est de 294,834 hab. et fournit annuellement à l’armée 833 jeunes soldats.

         Le mouvement en 1830 a été de,

Mariages       2,648

Naissances    Masculins      Féminins

         Enfants légitimes      4,683  4,322  )

         Enfants naturels       231     235     ) Total 9,471

Décès           3,399            3,468  . Total 6,867

         Dans ce nombre 3 centenaires.

 

GARDE NATIONALE. 

 

         Le nombre des citoyens inscrits est de 59,051.

         Dont : 27,767 contrôle de réserve.

                   31,284 contrôle de service ordinaire.

         ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit :

                   31,233 infanterie.

sapeurs-pompiers.

         On en compte : armés, 2,172 ; équipés, 565 ; habillés, 2,458.

         20,288 sont susceptibles d’être mobilisés.

         Ainsi sur 1,000 individus de la population générale, 200 sont inscrits au registre matricule, et 69 dans ce nombre sont mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 53 sont soumis au service ordinaire, et 47 appartiennent à la réserve.

         Les arsenaux de l’Etat ont délivré à la garde nationale 2,308 fusils, 43 mousquetons, 2 canons et des pistolets, sabres, etc.

 

IMPOTS ET RECETTES. 

 

         Le département a payé à l’Etat (1831) :

*

 
Contributions directes : 1,926,514 f.  38 c.
Enregistrement, timbre et domaines : 1,043,765 f.  81 c.
Boissons, droits divers, tabacs et poudres : 684,027 f.  12 c.
Postes : 102,572 f.  02 c.
Produit des coupes de bois : 44 f.  10 c.
Produits divers : 20,352 f.  37 c.
Ressources extraordinaires : 290,527 f.  30 c.
         Total : 4,067,803 f.  10 c.
  
 

        Il a reçu du trésor 2,563,442 f. 44 c. dans lesquels figurent :

 

La dette publique et les dotations, pour  391,175  43 c.
Les dépenses du ministère de la justice 96,976  59 c.
         de l’instruction publique et des cultes 340,617  57 c.
         de l’intérieur 122,478  35 c.
         du commerce et des travaux publics 643,744  82 c.
         de la guerre 375,947  85 c.
         de la marine 517  50 c.
         des finances 74,341  85 c.
Les frais de régie et de perception des impôts 371,726 f. 65 c.
Remboursem., restit., non-valeurs et primes 145,915 f. 83 c.
         Total 2,563,442 f 44 c.
     

         Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant à peu de variations près le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département paie annuellement à l’Etat 1,504,361 francs 66 cent. de plus qu’il ne reçoit. dans un pays privé de tout commerce extérieur ou maritime, cette extraction énorme de numéraire suffit pour expliquer comment l’industrie manufacturière ne prend aucun développement, et comment l’industrie agricole reste dans un état de langueur et de dépérissement. Il n’y a pas de capitaux dans le pays, et il ne peut y en avoir. Ce département est un de ceux dont toutes les économies et tous les bénéfices sont absorbés par le gouvernement central. La misère sera son lot tant qu’une plus équitable distribution des impôts n’aura pas été adoptée.

 

DEPENSES DEPARTEMENTALES. 

 

         Elles d’élèvent (en 1831) à 249,458 f. 44 c.,

SAVOIR : Dép. fixes : traitements, abonnem., etc.        54,129 f. 06 c.

   Dép. variables : loyers, réparations, secours, etc.      195,329 f. 38 c.

         Dans cette dernière somme figurent pour

         17,000 f. les prisons départementales,

         50,000 f. les enfants trouvés.

Les secours accordés par l’Etat pour grêle, incendie, épizootie, etc., sont de  26,600 f. 00 c.

Les fonds consacrés au cadastre s’élèvent à       39,499 f. 68 c.

Les dépenses des cours et tribunaux sont de      79,794 f. 97 c.

Les frais de justice avancés par l’Etat de  21,417 f. 55 c.

 

INDUSTRIE AGRICOLE. 

 

         Sur une superficie de 595,000 hectares, le départ. en compte :

                   280,000        mis en culture.

                   13,841 forêts.

                   13,893 vignes.

                   90,000 prés et pacages.

                   180,000        landes et friches.

         Le revenu territorial est évalué à 7,715,000 francs.

         Le département renferme environ

                   6,500  chevaux.

                   50,000 bêtes à cornes (race bovine).

                   50,000 chèvres.

                   80,000 porcs.

                   200,000        moutons.

         Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 450,000 kilogrammes.

         Le produit annuel du sol, en céréales, en parmentières et en avoines, suffit à la consommation du pays ; celui en vins ne devrait pas suffire, mais comme peu de cultivateurs en boivent, il en reste encore une petite quantité pour l’exportation.

         L’agriculture du département, malgré l’établissement d’une ferme modèle dans les environs de Tulle, est encore fort arriérée. L’attachement des habitants des campagnes pour leurs vieilles et routinières méthodes en est sans doute une des causes ; mais il serait fort injuste de ne pas en trouver le motif déterminant dans le manque de capitaux, causé par l’énorme surcharge des impôts.

         Naguère encore, les populations des campagnes étaient dans la désolation quand la récolte des châtaignes et celle du sarrasin manquaient. La culture des pommes de terre, qui se répand de plus en plus, les garantit aujourd’hui de la disette. Une grosse espèce de navets, qu’on appelle raves dans le pays, est un légume très estimé des habitants. – Les pois verts de Treignac sont justement réputés pour leur goût fin et sucré. – A l’exception des pêches et des cerises, les fruits sont généralement d’une qualité médiocre. – Les bois de châtaigniers sont à de certaines époques de l’année remplis d’une grande quantité d’excellents champignons (oronges, ceps, etc.), dont les paysans trouvent toujours un débit assuré dans les villes du département.

         On nourrit dans la Corrèze des bœufs pour la consommation de la capitale et des porcs qui sont vendus aux départements au Midi. L’élève des chevaux y est presque nulle, mais on s’y occupe de celle des mulets, destinés aux marchés de la Catalogne et de l’Aragon.

         Culture. – En général, l’assolement est biennal. Les terres sont engraissées avec le fumier des étables, ou avec les terreaux provenant de tous les détritus de végétaux que, par un abus trop communément toléré, on fait pourrir dans les voies publiques. – L’araire est seul en usage pour le labour. Dans plusieurs endroits, il est tel que Virgile le décrit chez les Romains. – On se sert de bœufs pour la charrue et les transports des exploitations rurales. – Les cultures du seigle, du sarrasin et de l’avoine sont les plus répandues. – L’arrondissement de Brive est le seul où l’on cultive de préférence le froment et le maïs ; dans la plupart des cantons des autres arrond., le maïs n’est cultivé que comme fourrage.

         Prairies. – Les prairies naturelles et les pacages sont de bonne qualité, mais on voit peu de prairies artificielles. – L’arrosement des prés est bien entendu ; les eaux, qui jaillissent en abondance des montagnes, donnent de grandes facilités pour les irrigations.

         Vignes. – Les vignes sont cultivées avec succès dans l’arrondissement de Brive et dans la partie sud de l’arrondissement de Tulle. Les vins blancs de Meyssac et les vins rouges du Puy-d’Arnac jouissent d’une réputation méritée.

 

INDUSTRIE COMMERCIALE. 

 

         L’industrie est encore moins en progrès que l’agriculture. L’absence totale de capitaux est un obstacle insurmontable à toutes les entreprises. L’importante canalisation de la Vezère et de la Corrèze a été arrêtée par ce motif. Les exploitations de mines qu’on avait commencées sont pour la plupart suspendues.

         Une vaste filature auprès de Brive, les forges de la Grenerie et l’exploitation de la houillère de Lapleau, sont de tous les établissements particuliers ceux qui ont le plus d’importance et qui occupent le plus grand nombre d’ouvriers. – La belle manufacture d’armes de Tulle est un établissement mixte, en quelque sorte, où le travail, au compte d’un entrepreneur, se fait sous la direction des officiers de l’artillerie. – Elle peut fabriquer annuellement de 30 à 36,000 fusils, et elle occupe, tant à Tulle, Souillac, Laguene, que dans les annexes qu’elle a à Meymac et à Treignac, environ 1,000 ouvriers. Le prix du fusil est fixé à 34 fr. 80 cent. (bénéfice de l’entrepreneur compris). Cette manufacture, déduction faite du prix des matières premières qu’elle est obligée d’acheter au dehors, verse annuellement dans le pays de 4 à 500,000 fr. Si elle était enlevée au département, une partie de la population de la ville et de l’arrondissement de Tulle serait réduit à la misère.

         Trois papeteries, quelques brasseries, des tanneries, des verreries, des briqueteries, des fabriques d’étoffes de laines du pays, de bougies, de cire blanche, d’huile de noix, de vinaigre, etc., complètent à peu près la liste des établissements industriels de la Corrèze. – On fait à Argentat un grand commerce de bois merrain. – Brive est le centre du commerce des truffes et des volailles truffées. – On prétend que l’espèce de dentelle nommée point de Tulle a été inventée à Tulle, et des ouvrages statistiques très vantés, publiés de nos jours, répètent que cette ville est encore le lieu central de cette fabrication ; nous pouvons affirmer qu’il n’y existe, non plus que dans le département, aucun ouvrier en tulle. Il est même de notoriété publique que depuis un temps immémorial on n’y a vu aucun métier de point de Tulle.

         Avec une industrie aussi peu développée, il n’y a pas lieu de s’étonner que le département de la Corrèze soit un de ceux qui n’ont rien envoyé à la dernière exposition générale des produits de l’industrie.

         FOIRES. – Le nombre des foires du département est de 638. Elles se tiennent dans 76 communes, dont 27 chefs-lieux, et remplissent 645 journées. Les foires mobiles, au nombre de 76, remplissent 76 journées. Il y a 18 foires mensaires.

         217 communes sont privées de foires.

         Les articles de commerce sont les bestiaux de toutes espèces, les porcs, les chevaux, les mulets, etc. : les huiles, les vins, les grains, les fils, chanvres, etc. – La foire dite de la Saint-Clair, à Tulle, attire un grand concours de marchands. On y vend des articles de toutes espèces, coutellerie, orfèvrerie, faïencerie, porcelaines, étoffes, objets de fantaisie, etc.

 

BIBLIOGRAPHIE. 

 

         Considérations sur la Topographie de Brive, par Lestourgie ; in-8. Paris, 1803. – Annuaire du départ. de la Corrèze pour l’an XII, par Ph. Juge, secrétaire général ; in-12. Tulle, 1804. – Essai de Statistique du dép. de la Corrèze, par A. Firmigier ; 1804 ‘Ann. de Statist., t. IV). – Statistique de la Corrèze, par Verneilh de Puyrazeau ; in-8. 1804 (Ann. de Statist., t. VIII). – Statistique de la Corrèze, par Peuchet et Chanlaire, in-4. Paris, 1808. – Histoire de la ville d’Ussel, par Delmas (2e édition) ; in-8. Clermont-Ferrand, 1810. – Coup d’œil sur la topographie physique et médicale du dép. de la Corrèze ; in-4. Paris, 1826. – Annuaires de la Corrèze (chez Drappeau) ; in-18. Tulle, 1823-34.

 

Abel HUGO.

 

 

On souscrit chez DELLOYE, éditeur, place de la Bourse, rue des Filles-S.-Thomas, 13.

 

Paris. – Imprimerie et Fonderie de RIGNOUX et Comp., rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, 8.

 

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France Pittoresque – 1835 : Corrèze (1)

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Département de la Corrèze. ( Ci-devant Bas-Limousin )

 

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BIBLIOGRAPHIE.
 
 

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HISTOIRE.

         Le Limousin, qui, en 1790, s’est subdivisé en deux départements, la Corrèze et la Haute-Vienne, est une des provinces que l’avènement de Henri IV au trône a réunies à la couronne de France.

         Lorsque César vint dans les Gaules, ce territoire était occupé par les Lemovices, peuples guerriers qui luttèrent long-temps et avec courage contre les conquérants. Sous Honorius, le Limousin se trouva compris dans la première Aquitaine. De la domination des Romains, il passa sous celle des Visigoths, puis des Francs ; et en 778, il fit partie du royaume d’Aquitaine érigé par Charlemagne en faveur de son fils Louis-le-Débonnaire. Dès le IXe siècle, il eut des gouverneurs qui bientôt devinrent indépendants et prirent le titre de vicomtes de Limoges. Eléonore de Guienne, en épousant Henri II, transmit le Limousin aux Anglais. Philippe-Auguste le confisque sur Jean-sans-Terre aux successeurs duquel il fut rendu par Saint-Louis. Il revint à la France sous le règne de Charles VII, passa par alliance aux ducs de Bretagne, puis à la maison d’Albret, et fit enfin partie de l’héritage que Jeanne d’Albret légua à son fils Henri de Bourbon, depuis Henri IV.

ANTIQUITES.

         Le département renferme un grand nombre de monuments de l’époque gauloise. Comme en Bretagne, ce sont des peulwens, des dolmens (dont un des plus remarquables est celui de Clairfage), des tombelles et des pierres branlantes ; mais on y trouve de plus ce qu’on n’a pas encore remarqué dans les contrées armoricaines, des forteresses gauloises placées sur les hauts sommets, entourées d’un ou de plusieurs fossés et formées d’énormes quartiers de roches brutes disposées en murailles perpendiculaires. Le silence des historiens latins semblerait prouver que ces forteresses sont antérieures aux temps où les Romains sont venus dans les Gaules. – La plus curieuse de toutes est celle de Roc-de-Vic, placée sur le cône tronqué d’un mamelon isolé d’où l’on peut découvrir tous les plateaux à dix lieues à la ronde. Roc-de-Vic est un point central. Sur des puys secondaires existent autour de l’horizon des forts plus petits, disposés de façon à communiquer, soit par des feux, soit par d’autres signaux, avec la forteresse principale. On en compte ainsi huit, qui sont : Puy-Chastellux, Puy-de-Fourches, Puy-Chameil, Puy-Sarjani, Puy-de-las-Flours, Puy-Pauliac, Puy-du-Sault et Puy-Bernère. – La forteresse de Roc-de-Vic figure un ovale d’environ 600 pieds dans son plus grand diamètre ; elle est entourée de deux fossés, dans l’un desquels était une source recouverte de décombres et qui reparaît à quelque distance du sommet. Les murailles coupées à pic dans le roc ou faites avec des blocs superposés ont de 20 à 40 pieds de hauteur. Une pente étroite ménagée de chaque côté permet l’accès du plateau culminant : là se trouvent des amas de pierres de différentes grosseurs propres à servir de projectiles, une pierre branlante et un reste de muraille circulaire qui peut avoir servi à abriter un vaste foyer, ou qui peut-être était la base d’une tour aujourd’hui renversée. D’ailleurs nulle inscription, nulle sculpture, nul débris qui puisse servir à faire connaître pour quels guerriers ces lieux de défense et de retraite avaient été préparés. – Les antiquités romaines sont moins nombreuses que les antiquités gauloises : ce sont deux ou trois tours ruinées, des restes de voies militaires, des aqueducs souterrains, quelques bustes mutilés, des tronçons de statues, une aigle colossale en granit, des vases, des urnes, des médailles, etc. – Les ruines auxquelles les savants du pays attachent le plus d’importance se trouvent à deux lieues environ au nord de Tulle, au hameau de Tintignac, où Baluze a cru reconnaître l’ancienne Rastiatum de Ptolémée. Il paraît certain que ce lieu a été une station romaine. Les noms des villages environnants sont latins, Césarin, Bach, Montjove : (Mons-Jovis), Soleil-Avoulp (Sol-Avulsus), etc. Les ruines que Baluze a examinées, et qui de son temps présentaient la forme d’un amphithéâtre de 192 pieds de long sur 144 de large, ont disparu. Il ne reste que quelques murs à fleur de terre et dont il est impossible, à moins de faire des fouilles, de constater la direction. Ce lieu s’appelle encore les Arènes. – Les ruines d’édifices du moyen âge sont encore rares. Celles des monastères d’Obazine et de Coiroux méritent d’être visitées. Outre une église gothique, ornée de sculptures variées et qui renferme le tombeau de saint Etienne (monument d’un goût exquis et d’une exécution parfaite, dans le genre des tombeaux des ducs de Bourgogne à Dijon ou de François II à Nantes, mais beaucoup plus ancien), on voit à Obazine un canal de plus d’un quart de lieue de long, creusé dans le rocher pour amener l’eau dans de vastes bassins qui servaient de viviers aux moines. Tous ces travaux sont dignes d’être admirés.

CARACTERES ET MŒURS.

         Les habitants du département sont intelligents, actifs, laborieux, naturellement gais, faciles, communicatifs, charitables, généralement nourris dans les sentiments, d’une sévère probité, quoique la conscience de leur droit et peut-être aussi un peu le goût des émotions les rendent assez processifs. Ils ont de la loyauté et de la franchise ; une brusquerie qui cache un bon naturel, et une apparence de bonhomie qui couvre aussi parfois de la finesse, de la malice et de la causticité.

         Le peuple des villes, man quant généralement, par la modicité des fortunes, de moyens de chercher l’aisance dans l’industrie, tâche d’y suppléer par une sévère économie : de là la nécessité d’éviter toute réunion dispendieuse et de se renfermer dans le foyer domestique ; si les mœurs y gagnent, l’esprit de la sociabilité y perd.

         Malheureusement un usage consacré par les anciennes lois du pays, et toléré par certaines dispositions de notre nouveau Code, ne fait pas tourner ces habitudes de vie intérieure au profit des affections de famille. Dans la plupart des maisons aisées, l’aîné des enfants mâles, ou l’aînée des filles s’il n’y a pas de garçons, prélève un quart de l’héritage paternel et reçoit ensuite, de ce qui reste, une part égale à celle de chacun des copartageants. Il a en outre le privilège, lorsqu’il se marie, d’habiter la maison de la famille et d’y vivre, lui, sa femme et ses enfants, aux dépens de la fortune de tous, jusqu’au moment où la mort du père vient lui en livrer la plus forte part. Aussi voit-on un grand nombre de familles limousines aigries par les procès, divisées par les haines ; Les frères regardent leur aîné comme un spoliateur, comme un ennemi donné par leanature. A l’inimitié des frères succède celle de leurs enfants entre eux. L’esprit de famille se perd ainsi. Si dans les villes ces sentiments sont comprimés par les habitudes et par l’éducation, en revanche dans les campagnes ils éclatent quelquefois avec fureur. Dans la montagne, il y a quelques dix ans que deux familles entières s’exterminèrent par des assassinats successifs. Elles étaient parentes à un degré très rapproché. Il y eut en trois ans, de chaque côté, cinq garçons tués à coups de fusil. Le dernier qui survécut se noya en cherchant à se sauver, après avoir assassiné son cousin.

         La dureté de la loi a sans doute donné naissance à l’impolitesse du langage. L’habitude de ne considérer que l’aîné a fait regarder les cadets comme peu de chose et les filles comme rien du tout. Une femme à qui vous demandez si elle a des enfants vous répond très sérieusement : « Non, je n’en ai pas » ; et un instant après elle vous dit qu’elle a trois filles : car une fille n’est qu’une fille, un garçon a seul le privilège d’être un enfant.

         Les habitants des campagnes ont aussi de l’intelligence et le goût du travail. Ils sont encore fortement soumis aux idées religieuses : ils ont beaucoup d’attachement pour leurs familles et pour leur lieu natal. On les accuse d’être intéressés et facilement disposés à croire que tout ce qui leur convient leur est permis. Ils sont fins et même rusés dans leurs relations avec les bourgeois, qu’ils ne se font pas assez de scrupule de tromper ; mais ils ont plus de franchise dans leurs relations entre eux.

         On trouve parmi ces paysans grossiers des hommes qui ont dans le cœur place pour de nobles sentiments, et qui sont capables de généreux dévouements. Voici un trait remarquable d’amour paternel. Les habitants du pays ont une invincible antipathie pour le service militaire ; ils s’estropient, afin de ne pas être blessés à la guerre. Ils se donnent des maladies immondes et incurables, de peur l’être exposés à aller mourir sous les drapeaux : enfin il y a toujours cinq ou six cents retardataires insoumis dans le département. Un grand et fort jeune homme, fils unique d’un paysan peu aisé, prit un numéro partant et fut reconnu propre au service ; le père et la mère en furent désolés, la mère surtout qui adorait son fils. Le père vient à Tulle le jour où s’assemblait le conseil de révision. Il se fait expliquer la position de son fils ; il apprend que rien ne peut le soustraire à la loi du recrutement. Alors, s’adressant au conseil : « Un fils unique de veuve est-il exempt de droit ? demande-t-il. – Certainement, lui répond-on, cela ne fait pas doute. – En ce cas, vous pouvez rayer mon fils ; dans une demi-heure il aura un motif d’exemption. » Et, sortant aussitôt, il va se noyer dans un gouffre de la Corrèze.

         Malgré l’antipathie prononcée des Corréziens pour l’état militaire, on a remarqué qu’une fois arrivés au régiment ils deviennent d’excellents soldats. Ils sont patients, sobres, durs à la fatigue, braves, disciplinés. Les bataillons des volontaires de la Corrèze se sont distingués glorieusement dans les campagnes d’Italie et d’Egypte.

COSTUMES.

         Les habillements des hommes de la Corrèze, d’une forme simple et d’une étoffe grossière, sont d’ailleurs amples et commodes. Leur coiffure est un large chapeau de feutre propre à garantir à la fois de la pluie et du soleil. Ceux qui conservent les anciennes habitudes portent des cheveux longs et pendants. Leurs chaussures sont des sabots de noyer ou de châtaignier qui emboîtent presque entièrement le pied. – Cette chaussure est commune aux femmes, dont les ajustements, de couleurs peu éclatantes, n’offrent rien de remarquable. La coiffure seule a de la grâce. C’est un chapeau de paille jaune communément bordé d’un ruban de velours noir, qu’elles posent sur leurs cheveux relevés en chignon et recouverts d’un bonnet de toile. Mais ce chapeau est trop petit pour défendre le visage des injures du temps ou de l’ardeur du soleil.

LANGAGE.

         Deux opinions bien opposées divisent les auteurs qui écrivent sur les langues en usage sous le nom de patois dans nos anciennes provinces françaises. Les uns veulent que nos pères aient emprunté les formes et les expressions de leur idiome national à la langue romaine ; d’autres se refusent complètement à admettre tout emprunt de cette nature, et réclament pour la langue des nations gauloises, conquérantes de Rome avant que les Romains soient devenus les dominateurs de la Gaule, une originalité et une existence antérieure à la langue latine. L’espace et la volonté nous manquent pour prendre parti dans cette discussion dont nous nous occupons (t. II, page 243 et t. III, p. 27) en parlant du patois lorrain et de la langue catalane. Nous dirons seulement que si l’origine latine de l’idiome provençal peut être facilement admise, il n’en est pas de même pour la langue limousine, qui forme encore le fonds du patois des habitants de la Corrèze : c’est un point qui peut être l’objet d’une contestation scientifique ; mais il est hors de doute que cette langue a eu, dans le moyen âge, une grande importance. Le Code donné, en 1238, par Jacques 1er, roi d’Aragon, aux habitants du royaume de Valence qu’il venait de conquérir sur les Maures, était écrit en langue limousine ou catalane. Il est bon de faire remarquer à ce sujet que, déjà vingt-six ans auparavant en 1212, plus de quatre cents Limousins, moines, prélats, chevaliers ou barons, étaient allés s’établir dans la Catalogne, où ils avaient introduit l’usage de leur langue Gaspard Escolano intitule un des chapitres de son histoire de Valence : De la lengua lemosina y valenciana, et il le commence en disant « que la troisième et dernière maîtresse langue de l’Espagne est la limousine, et qu’elle est la plus répandue après la castillane ».

         Il est certain que les réfugiés espagnols nés e, Catalogne, et qui, à diverses époques, ont été envoyés dans le département de la Corrèze, ont toujours compris sur-le-champ les paysans limousins et s’en sont fait comprendre aussi facilement.

         L’idiome limousin rejette l’e muet si commun dans la langue française ; mais les è ouverts y abondent ainsi que les terminaisons en a en i en o et en u (ou). Il y a de la grâce et de la naïveté et se prête facilement à un dialogue caustique et spirituel. Quelques philologues l’accusent de manquer de noblesse. Il rend effectivement avec beaucoup d’originalité tous les détails burlesques.

NOTES BIOGRAPHIQUES.

         Le département a eu l’honneur de donner à l’église catholique un pape, Etienne Aubert, intronisé sous le nom d’INNOCENT IV.

         La noblesse du Bas-Limousin a toujours été animée des plus vifs sentiments de nationalité française : elle n’a cessé d’en donner des preuves pendant les longues guerres qu’elle a soutenues contre les Anglais dans les XIVe et Xve siècles. C’est du département que plusieurs de nos illustres familles historiques tirent leur origine ; les COMBORN, les LEVI, les VENTADOUR, les NOAILLES, les SEGUR, les TURENNE, etc., appartiennent à la Corrèze.

         Dans les siècles plus rapprochés, au nombre des hommes célèbres à divers titres, on remarque le cardinal DUBOIS, d’infâme mémoire ; Etienne BALUZE, renommé pour sa science : le jésuite JARRIGE ; l’économiste Melon, homme habile, mais un peu complice des déceptions que Law fit éprouver à la France ; MARMONTEL, l’auteur des Incas, etc. On peut citer, parmi nos contemporains, le fameux CABANIS, sénateur, philosophe et littérateur ; TREILHARD, un de nos plus importants jurisconsultes, ancien ministre de la justice ; l’habile chirurgien BOYER ; le savant LATREILLE, de l’Institut, professeur excellent, observateur éclairé, qui a agrandi la sphère de nos connaissances en histoire naturelle ; FELETZ, de l’Académie française, un des critiques les plus éminents de notre temps ; SIREY, le fondateur de l’utile Journal des arrêts de la Cour de cassation, avocat instruit ; BEDOCU, jurisconsulte habile, publicise qui a marqué dans nos assemblées représentatives ; un grand nombre de généraux qui se sont distingués dans les guerres de la révolution et de l’empire : SOUHAM, DELMAS, SAHUGUET, MARBOT, VIALLE, TREILHARD, VACHOT, METERRE, d’AMBRUGEAT, etc., l’ordonnateur SARTELON, et enfin le maréchal BRUNE, illustre guerrier qu’Avignon doit regretter de n’avoir pas vu mourir sur un champ de bataille.

TOPOGRAPHIE.

         Le département de la Corrèze est un département méditerrané, région du Midi. – Il est un des deux formés par l’ancien Limousin. – Il a pour limites : au nord, les départements du Puy-de-Dôme, de la Creuse et de la Haute-Vienne ; à l’est, ceux du Puy-de-Dôme et du Cantal ; au sud, ceux du Cantal, du lot et de la Dordogne ; à l’ouest, ceux de la Dordogne et de la Haute-Vienne. – Il tire son nom d’une rivière qui y a tout son cours. – Sa superficie est de 595,000 arpents métriques.

         SOL. – A l’exception de quelques vallées, telles que celles de Brives, de Beaulieu, d’Ayen, etc., enrichies par l’humus que les pluies entraînent des montagnes, le sol est généralement de qualité médiocre. Le granit se montre dans le nord du département. Au centre, les roches amphiboliques sont les plus communes ; au midi, c’est le schiste qui domine.

         MONTAGNES. – Les montagnes du nord du département forment un des points culminants de la chaîne qui sépare le bassin de la Loire de celui de la Dordogne. Le partage des eaux entre les deux bassins a lieu sur le plateau de Millevaches, situé aux confins du département de la Corrèze et de celui de la Creuse. On prétend que le mont Oudouze, qui le couronne, rivalise de hauteur avec le Puy-de-Dôme. – Une chaîne secondaire descend entre les vallées de la Corrèze et de la Vezize, du nord au sud du département, et à la crête de laquelle figure le groupe des Monaidières, triple montagne remarquable par sa forme et par son élévation.

         LANDES ET FRICHES. – Les terres incultes ou stériles occupent un tiers de la superficie (environ 180,000 hectares), et malheureusement des défrichements inconsidérés sur des pentes trop rapides en augmentent chaque jour la masse, et, en accélérant la destruction des bois, contribuent à tarir les réservoirs souterrains qui alimentent les sources.

         RIVIERES. – Le département donne naissance à un grand nombre de ruisseaux et à plusieurs rivières. A l’exception de la Vienne, qui prend sa source au plateau élevé de Millevaches et va se joindre à la Loire, toutes les rivières et tous les cours d’eau du département aboutissent à la Dordogne. – La Dordogne traverse une partie du département. – La Corrèze le coupe en deux parties presque égales. Cette rivière y commence et y finit son cours. C’est le principal affluent de la Vézère, elle-même affluent de la Dordogne. La Vézère descend des montagnes qui séparent le département de la Corrèze de celui de la Creuse.

         NAVIGATION INTERIEURE. – La Dordogne est la seule rivière navigable dans le département, et ce n’est encore que sur une très petite partie de son cours, à la descente seulement, depuis Argentat, et lors des crues de 3 à 4 pieds. Corrèze et la Vézère sont flottables, mais dans quelques parties seulement. – Plusieurs plans ont été conçus pour la canalisation de ces deux rivières : la possibilité en a été démontrée ; une loi a été rendue ; des travaux coûteux et importants ont été commencés, mais les capitaux ont manqué, et cette belle entreprise, qui promettait d’utiles résultats et qui devait augmenter le commerce e l’industrie des départements du centre de la France, est aujourd’hui abandonnée.

         ROUTES ET PONTS. –  Le département possède 5 routes royales et 7 départementales, dont le parcours total est d’environ 655,378 mètres. Ces routes, neuves pour la plupart et confectionnées d’après le système de Mac6Adm, sont belles et bien entretenues. On y trouve quelques beaux ouvrages d’art, et entre autres les ponts d’Ussel, celui de Treignac, celui de Souillac, près Tulle, celui de Broquerie, etc., et enfin le pont suspendu d’Argentat. – Ce pont mérite une mention particulière. – Il est jeté sur la Dordogne. Sa longueur est de 500 pieds tout d’une portée.  Le tablier en charpente, avec voie charretière et trottoirs, est soutenu par deux cents petits câbles verticaux en fil de fer, attachés à douze gros câbles également en fil de fer, et qui, appuyés sur deux culées de 73 pieds de haut, en forme de pyramides, s’étendent en chaînettes d’une rive à l’autre de la rivière. Le tablier est à 45 pieds au-dessus du niveau des eaux. – La solidité et l’élégance de sa construction, la hardiesse de sa coupe, la forme de ses culées, penchées en arrière et supportées par des voûtes à arcades, en font un des ouvrages les plus remarquables de ce genre qui existent en France. Il a été construit en 1828, par un de nos plus habiles ingénieurs, M. Vicat, aux frais d’un des citoyens les plus distingués du département, M. le comte Alexis de Noailles.

METEOROLOGIE.

         CLIMAT. – La température est plus froide que ne semblerait l’indiquer la latitude du département. C’est une conséquence du voisinage des hautes montagnes du Puy-de-Dôme et du Cantal. Les hivers y sont longs et rigoureux. La neige s’y maintient souvent pendant un mois à la hauteur de 6 à 7 pouces. Les vallées profondes et encaissées de la Corrèze et de ses affluents sont en automne exposées à des brouillards épais et persistants. L’été est court, mais très chaud. En général; les changements dans la température sont brusques et fréquents.

         VENTS. – les vents dominants sont ceux du Nord et de l’Est.

         MALADIES. – Le climat est sain généralement, néanmoins on a remarqué qu’on éprouvait chaque année dans le bas-pays (arrondissement de Tulle et de Brive) des fièvres bilieuses et putrides. Les affections catarrhales et rhumatismales sont communes dans l’arrondissement d’Ussel. – Les maladies scrofuleuses et les goitres sont héréditaires chez un grand nombre de famille des cantons montagneux.

HISTOIRE NATURELLE.

         REGNE ANIMAL. – La race des chevaux limousins a toujours été distinguée par sa beauté, son courage et sa vigueur ; mais elle a beaucoup dégénéré pendant la révolution, et les efforts qui ont été faits pendant trente ans au haras de Pompadour pour la rétablir dans sa pureté n’ont pas encore obtenu un plein succès. – Il serait nécessaire que les propriétaires se prêtassent à seconder les vues de l’administration. Malheureusement la plupart des cavales employées dans les campagnes à la reproduction de l’espèce sont des rosses sans formes et sans autres qualités qu’une grande sobriété et une allure solide. Les cultivateurs les emploient d’ailleurs sans ménagement à toutes sortes de travaux. – L’espèce de l’âne est belle et nombreuse. Les bêtes à laine du nord du département sont d’une race indigène grande et forte. – Le département nourrit beaucoup de cochons dont la chair est de bonne qualité, mais qui sont plus sujets à la ladrerie que ceux des départements du nord de la France. – La race des bêtes à cornes, à l’exception de celles qu’on engraisse pour envoyer à Paris, est commune et petite. – Les chèvres sont très multipliées. – parmi les animaux nuisibles, on cite le loup, le renard, la fouine, le mulot, etc. – Il existe dans quelques ruisseaux des loutres d’une grande taille. – Les écureuils et les hérissons ne sont pas rares. – Le gibier de toute espèce, ailé et à plumes, est excellent. – Les lièvres et les lapins abondent. – On trouve quelques sangliers. – les perdrix, les grives et les merles sont communs. – Un écrivain du pays, Delmas de la Ribière, prétend que de son temps, en 1780, on trouvait fréquemment dans es environs d’Ussel des nichées de merles blancs. – Parmi les reptiles on remarque plusieurs espèces de serpents, des salamandres et des lézards de toutes les variétés. – Quelques personnes m’ont affirmé y avoir trouvé des scorpions. – Toutes les rivières sont très poissonneuses. On pêche dans la Dordogne et dans la Vézère d’excellents saumons. L’anguille, la truite et la truite saumonée abondent dans tous les cours d’eaux. On trouve dans les principales rivières de l’alose, de la perche et de la lamproie ; mais le poisson le plus délicat et le plus estimé des gourmands, c’est le tacon, qui y est fort abondant dans certains ruisseaux. Ce poisson, de 3 à 4 pouces de longueur, ressemble à une petite truite. Il est paré des plus brillantes couleurs et des plus vives étincelles purpurines. Ce ne peut être le saumon de deux à trois ans, auquel M. de Lacépède donne le nom de tacon. On prétend dans le pays qu’il forme une espèce à part ;  qu’il ne grandit jamais, et qu’il est facile à distinguer des petites truites. – Les écrevisses sont très nombreuses dans les ruisseaux des environs de Tulle, mais elles sont d’une fort petite espèce.

         REGNE VEGETAL. – La botanique de la Corrèze est riche et variée. Les graminées de toute espèce forment le fond des pâturages qui tapissent les vallées ; les labiées dominent sur les côtes et dans les expositions sèches. – Il y a peu de forêts, mais néanmoins beaucoup d’ »arbres, parmi lesquels les plus communs sont le chêne, le bouleau, le hêtre, l’aune et le peuplier. – Les noyers et les châtaigniers y sont aussi très multipliés, et donnent des produits abondants. Le châtaignier y atteint fréquemment une grosseur considérable. Le houx, l’aubépine y prennent aussi un très grand développement. – On trouve dans les landes des genêts et des genévriers. – Les haies sont formées d’églantiers, de troëne, de fusin, d’épine noire, de pruniers sauvages, etc.

         Chêne colossal. – Le département possédait naguère une des merveilles de la végétation en France, un chêne antique, près de Treignac : son tronc avait plus de 18 mètres de circonférence ; il en naissait quatre branches principales, ayant chacune 3 pieds et demi de diamètre, et dont les nombreux rameaux couvraient une surface de plus de dix ares. Cet arbre gigantesque a été abattu en 1825.

         REGNE MINERAL. – Les richesses minérales du département ne sont pas exploitées comme elles pourraient l’être. Il renferme des mines de cuivre, de fer, de plomb argentifère, d’antimoine, de houille, etc. – On prétend même avoir reconnu du côté d’Ayen des indices de minerai d’étain. – La belle houillère de Lapleau est l’objet d’une exploitation aussi intelligente que productive. – Il existe à Donzenac des ardoisières considérables. – On trouve des coquilles fossiles dans les environs de Turenne. – Du granit, du quartz, de la pierre amphibolique, de la pierre à bâtir, de la pierre meulière, du grès de différentes qualités, de la pierre à chaux hydraulique, de l’argile, etc., se rencontrent sur divers points, et donnent lieu à quelques exploitations.

CURIOSITES NATURELLES.

         Le département de la Corrèze est moins connu qu’il ne mérite de l’être ; il a les aspects les plus variés ; il réunit tous les sites, champêtres, agrestes, déserts, sauvages et pittoresques ; les vallées de la Corrèze et de la Vézère, les rives de la Dordogne, offrent des points de vue tout-à-fait romantiques. – Ses montagnes encore mal explorées renferment des grottes curieuses, parmi lesquelles nous citerons la grotte de Nonars, vaste caverne ornée de stalactites brillants et de tout le luxe des cristallisations naturelles, qui a été découverte en 1831 dans la belle vallée du Puy-d’Arnac. On y entre par une ouverture située au milieu de vignes. La partie déjà reconnue s’étend à plus d’une demi-lieue sous terre. – Nous parlons plus loin de la curieuse muraille basaltique qu’on appelle les Orgues de Bort et du Saut de la Sole ; les autres arcades du département sont celles de Gimel et de Treignac.

         CASCADE DE GIMEL. – La cascade de Gimel serait une des plus célèbres de France si le volume de ses eaux répondait à la hauteur des rochers d’où elle se précipite. Ce n’est pas une seule chute, mais bien une suite de cascades dont la hauteur totale est de plus de 400 pieds : – on en compte cinq principales, et au moins autant de secondaires. Il est impossible de les voir d’un seul coup d’œil ; on ne peut en approcher que successivement à cause des circuits du canal que les eaux se sont creusé entre les montagnes. La chute supérieure, divisée en trois parties par des roches aiguës, a environ 130 pieds de hauteur, et quand les eaux sont abondantes, une largeur de 15 pieds. Si la rivière a été suffisamment grossie par les pluies, les trois cascades se confondent en une seule qui offre alors un coup d’œil imposant. Au-dessous de cette première chute on en trouve une seconde où l’eau suit un plan incliné, formé par un rocher d’une seule pièce et d’environ 80 pieds de haut, et tombe dans un gouffre dont on n’a pas pu jusqu’à présent sonder la profondeur. Les habitants de Gimel prétendent que les truites remontent cette chute. – Il y a encore deux ou trois cascades au-dessous de celle-là. – Les cascades de Gimel sont formées par la Montane, rivière qui à trois lieues de là se jette dans la Corrèze. – Le bourg de Gimel, où se trouvent une jolie croix à sculpture gothique, les restes d’un ancien château et une rustique église paroissiale, était dans le XVIe siècle la résidence des sires de Gimel, barons fameux dans le Limousin.

         CASCADE DE TREIGNAC. – on trouve en remontant la Vezère, à une lieue à l’est de Treignac, une cascade célèbre dans le pays et digne d’être visitée par l’amateur des beaux accidents de la nature. Les eaux de la Vezère ont long-temps coulé dans un étroit défilé que barre à son issue une haute muraille de rochers. Là, ce défilé devient tout à coup large et profond, et forme un vaste entonnoir où les eaux se précipitent avec fracas de près de 100 pieds d’élévation. Les bords de cet entonnoir hérissés de roches abruptes et saillantes, sont tapissés d’arbustes et d’arbrisseaux, comme pour diminuer l’horreur du lieu. La poussière aqueuse que forme la cascade, se répand au loin, et entretient ces rochers et ces broussailles dans un état constant d’humidité qui offre, pendant l’hiver, un spectacle magnifique. On dirait un immense palais de stalactites et de rubis, couronné par les lames glacées de la rivière. Dans la belle saison, au contraire, on voit, lorsqu’on se hasarde à descendre au fond de l’abîme, des troupeaux de brebis et de chèvres errant çà et là entre les précipices, aller chercher leur pâture jusque sur les bords les plus escarpés, et les bergers qui les gardent, postés sur les sommets déserts de ce gouffre sauvage, veillant pour écarter les loups. On les entend pousser de moment en moment de grands ris dont les sons aigus dominent le sourd fracas des eaux qui tombent incessamment.

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Prochainement la suite … 

VILLES, BOURGS, CHATEAUX, ETC.
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE.
POPULATION.
GARDE NATIONALE.
IMPOTS ET RECETTES.
DEPENSES DEPARTEMENTALES.
INDUSTRIE AGRICOLE.
INDUSTRIE COMMERCIALE.
BIBLIOGRAPHIE.
 

 

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835

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25 juillet 1794 : André CHENIER

André Marie de Chénier , dit André Chénier, né le 30 octobre 1762 à Constantinople et mort guillotiné le 25 juillet 1794 à Paris, guillotiné le 7 thermidor, deux jours avant l’arrestation de Robespierre, est un poète français. Il était le fils de Louis de Chénier.

Un des ancêtres de ma belle famille était avec lui à la prison Saint-Lazare.

Saint-Pierre Lespéret : Le rideau rouge et André Chénier

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Classé dans Ephéméride, Généalogie des adhérents, Personnalité

Bonne fête aux Jacques

Lorsque la fête de la saint Jacques, le 25 juillet, tombe un dimanche, c’est une année sainte compostellane ou année jubilaire de saint Jacques ou année jacquaire. L’évènement donne lieu à d’importantes manifestations en Europe, tout au long des chemins, dans les hauts lieux du patrimoine compostellan et à Santiago de Compostela même.

Les années jacquaires
La première année jacquaire attestée historiquement date de 1428. La tradition de l’année jacquaire a été relancée en 1965. L’événement se reproduit au rythme de tous les 6, 5, 6 et 11 ans : … 1954, 1965, 1971, 1976, 1982, 1993, 1999, 2004, 2010, 2021, 2027, 2032, 2038, 2049, 2055, 2060, 2066, 2077, 2083, 2088, 2094, 2105,…

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GODIN (001) – La glace et le choléra

SOUVENIRS pour mes ENFANTS et mes PETITS ENFANTS.

VICE AMIRAL  GODIN       1838-1932

 Episode 1 – La glace et le choléra

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            Nous sommes une famille militaire. Dès 1786 date de l’entrée au service de mon grand-père paternel [1] jusqu’en 1903 où j’ai été atteint par la limite d’âge, l’un de nous au moins a toujours été sous les drapeaux, sauf de 1845 à 1853, entre l’admission à la retraite de mon père [2] et mon entrée à l’Ecole Navale.

            Pendant une partie des guerres du Premier Empire, mes deux grands-pères [3], mon père et ses frères servirent comme officiers dans le même régiment de cavalerie, tous furent blessés, quelques uns plusieurs fois.

            J’ai entendu dans mon enfance beaucoup de récits de guerre. Les acteurs de l’épopée Napoléonienne étaient moins sobres de souvenirs que ceux de la grande guerre de 1914 ; cela tient peut-être à ce que du temps des premiers on faisait encore souvent « la guerre en dentelles », tandis que pour les seconds la guerre ne rappelle que des visions d’horreur.

            Mon père alors chef d’escadrons épousa en 1832 la fille [4] de son ancien compagnon d’armes dont il eut deux enfants : mon frère [5] en 1833 et moi en 1838. Nous eûmes le très grand malheur de perdre ma Mère huit mois après ma naissance à WISSEMBOURG où mon Père était Commandant de place ; elle n’avait que 27 ans! Les souvenirs de mes parents qui me parlaient très souvent d’elle, de nombreuses lettres adressées à mon Père, à sa sœur [6] ou à des amis, que je possède encore, m’ont permis de constituer dans mon esprit la haute personnalité morale de ma Mère, pour qui j’ai une grande vénération que mes enfants partagent. L’extrait suivant d’une lettre à des amis intimes de la famille, à ma Tante écrite un mois avant la mort de ma Mère, fait d’elle un portrait émouvant – « Si vous voyiez cette pauvre figure, si frêle, si amaigrie, vous auriez peine à y retrouver les traits et l’expression si pleine de finesse et de bonté, et de douceur de votre pauvre Sœur »… La nature qui lui a donné un cœur si bien placé, un courage d’homme dans un corps si frêle, un sentiment si exquis de ce qui est beau, noble et délicat ne fera-t-elle pas de nouveaux efforts pour sauver cet ange descendu du ciel !

            Ma Mère était pieuse, je suis sûr qu’elle est près de Dieu et qu’elle a veillé sur moi dans les circonstances où j’ai couru quelque danger.

            Je fus donc élevé pendant mes premières années par sa nourrice et mes bonnes alsaciennes. Mon Père [7] pris par son service militaire n’avait pas le temps de s’occuper beaucoup de moi; aussi quand je commençais à parler ce fut en allemand, je ne savais que quelques mots de français, mais jasais paraît-il très clairement en allemand. Aussi en 1843 mon Père me conduisit à Versailles où était fixé mon grand-père maternel [8], avec sa fille, sœur cadette de ma Mère; mon frère aîné était déjà près d’eux. Ces excellents parents se chargèrent de mon éducation et la conduisirent jusqu’à mon entrée au collège de Versailles en 1848. Je leur dois une grande reconnaissance car ils m’apprirent à travailler et me donnèrent les principes de morale qui m’ont guidé dans la vie, s’efforçant de développer en moi le sentiment du devoir que ma Mère avait à un très haut degré. La grande douceur de ma Tante tempérait ce que la méthode d’instruction de mon grand-père avait parfois d’un peu sévère. C’était un lettré, latiniste distingué, admirateur des philosophes du XVIIIème siècle : Voltaire, Rousseau et autres. Ma Tante était très pieuse, elle m’a donné les principes religieux que je n’ai pas oubliés, car après une longue éclipse je les ai mis en pratique de nouveau. La chère Tante Célestine a été notre seconde mère; nous souhaitions sa fête le 19 Mai. Nous avons eu le grand malheur de la perdre en 1874 [9], alors que mon frère et moi étions loin de FRANCE, lui en Cochinchine, moi en Chine. La chère Tante a dû bien souffrir de ne pas nous avoir près d’elle à ses derniers moments.

            Dès l’âge de 12 ans je voulus être marin; j’entendais souvent parler dans la famille d’un Oncle [10], frère de ma Mère, mort à 18 ans à TOULON d’une maladie épidémique en 1831 au retour de l’expédition d’ALGER, étant aspirant de 1ère Classe. Un de ses amis d’enfance était dans la Marine et devait y guider mes premiers pas [11].

            Je travaillais bien, avais de bons professeurs et fus reçu à l’Ecole Navale dans un très bon rang en 1853; je n’avais pas 15 ans et n’étais resté à l’Ecole qu’un an à cause de la guerre de CRIMEE[12], je me trouvais avant 16 ans livré à moi-même et appelé à commander des hommes. C’était un peu tôt. Je remercie Dieu de m’avoir préservé des quelques mauvais exemples que j’ai eu sous les yeux. Quant au commandement, je m’y fis rapidement grâce à quelques bons conseils, peut-être aussi à un peu d’atavisme. Je me suis fais marin sans avoir vu la mer et si j’ai eu en connaissant le monde quelques moments de découragement, je n’ai jamais regretté d’avoir choisi cette carrière.

            A ma sortie de l’Ecole Navale en Juillet 1854, je fus envoyé de BREST à TOULON pour être dirigé ensuite sur l’Escadre de la mer Noire; je passai par Versailles où mon Père s’était fixé et remarié après son admission à la retraite [13] et je dis adieu à tous mes parents. J’étais très fier de mon uniforme d’aspirant de 2ème Classe [14] et ne quittais pas mes aiguillettes d’or et soie bleue. Complètement imberbe je paraissais encore plus jeune que mon âge. La Marine était alors moins connue qu’aujourd’hui, même à PARIS; étant allé un soir à l’Opéra Comique avec mes camarades, nous entendîmes dire autour de nous étions « des pages de la Maison de l’Empereur ».

            Le voyage de PARIS à TOULON était un peu compliqué : le chemin de fer n’étant pas terminé entre LYON et AVIGNON, ni entre MARSEILLE et TOULON. On descendait le Rhône en bateau de LYON à AVIGNON où l’on reprenait le train jusqu’à MARSEILLE; l’on couchait dans le train pour prendre le matin suivant la diligence pour TOULON. Je descendis à MARSEILLE à l’hôtel Beauvau, place de la Bourse. Comme il faisait très chaud (c’était au commencement d’août) je voulus prendre une glace avant de me coucher – « Une glace : pas du tout, me dit la maîtresse de l’hôtel, est-ce que vous croyez que si votre Maman était ici elle vous permettrait de prendre une glace ? Je vais vous donner une tasse de thé cela vaudra bien mieux. » – Je fus très humilié : on me prenait pour un gosse !

            Le lendemain matin à mon départ cette bonne marseillaise m’apprit qu’il y avait de nombreux cas de choléra dans cette ville, c’est pour cela qu’elle m’avait refusé une glace, elle ne l’avait pas dit la veille afin que je dormisse tranquille, je l’en remerciais vivement.


[1] Claude Nicolas GODIN (1757-1847) Chirurgien Major, fils de Nicolas GODIN et de Jeanne Claude PAGUET

[2] Joseph GODIN (1785-1876) Capitaine, Chef d’escadron et Commandant de la place de Wissembourg.

[3] Claude Nicolas GODIN et Valentin WEIGEL (1774-1861).

[4] Gérardine WEIGEL fille de Valentin et de Jeanne Judith Amélie VAN DICK (1785-1817).

[5] Alfred GODIN (1835-1901) Général de Brigade en 1886, a épousé Louise CHANTEPIE en 1866.

[6] Célestine WEIGEL (1816-1874) soeur cadette de Gérardine, célibataire.

[7] Joseph GODIN (1785-1876), Commandant de la Place de WISSEMBOURG depuis 1838, marié à Rennes en 1832 puis veuf de Gérardine en 1839, Officier de la Légion d’honneur en 1843

[8] Valentin Joseph WEIGEL (1774-1861) veuf de Jeanne Judith Amélie VAN DICK depuis 1817.

[9] Célestine, soeur cadette de Gérardine, née le 7-9-1816 à Villeneuve-le-Roi (aujourd’hui Villeneuve-sur-Yvonne) au Champ du Guet, décédée à 57 ans le 20-04-1874 à Versailles.

[10] (Valentin) Alfred WEIGEL né en 1813 à Saint-Germain-en-Laye, élève à bord de la frégate La Meuse, en quarantaine au port de Toulon, succombe en avril 1834 suite à une éruption de rougeole qui s’est aggravée et compliquée. Entré au Lazaret de Toulon le 9 avril décède le 10. (acte de décès en mairie de La Seyne)

[11] Il s’agit du Vice-amiral de la RONCIERE. Henry GODIN rencontrera sa future femme Marie LeBRETON chez la soeur du Vice-amiral en 1880. Dans la famille de la RONCIERE citons aussi le Général Clément de la RONCIERE. Valentin Joseph WEIGEL grand-père de Henri GODIN et qui fut l’aide de camp du Baron de la RONCIERE en 1813 à l’école de cavalerie de Saint-Germain-en-Laye.

[12] Guerre de Crimée (1854-1855) opposant la Russie aux forces franco-angalises, alliées de la Turquie.

[13] Le second mariage de Joseph GODIN (1785-1876) eut lieu le 12-12-1848 à Versailles avec Elisabeth Mariie SCHWOB (1789-1876), veuve de Victor ROMBOCOLI-RIGGIERI.

[14] Aspirant de 2e classe le 21 juillet 1854.

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 Souvenirs écrits vers 1920 à Toulon.

Le texte retrouvé était dactylographié, la conversion sous Word, le découpage en épisodes ainsi que les notes ont été réalisés par Joël BACQUER.

Adhérent-CGMA-Joël-007

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France Pittoresque – 1835 – Abel HUGO

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FRANCE FEODALE.

La faiblesse des descendants de Charlemagne laissa morceler le royaume, et quand la couronne passa à une autre race, la Gaule démembrée se trouvait partagée en huit grandes souverainetés indépendantes, qui formaient ce qu’on peut réellement appeler la France féodale.

            Le duché de France,

            Le duché de Normandie,

            Le duché de Bretagne,

            Le duché d’Aquitaine,

            Le duché de Gascogne,

            Le duché de Bourgogne,

            Le comté de Toulouse,

            Enfin le comté de Flandre.

            Tous ces Etats principaux se subdivisaient en diverses provinces.

ROYAUME DE France

Lorsque Hugues-le-Grand, chef de la race des Capétiens, fut, en 987, élu roi des Français, le duché de France comprenait seulement la Picardie, l’Ile-de-France proprement dite et l’Orléanais.

Ce duché devint alors le royaume de France, et le nom de France fut employé à la place de celui de Gaule, pour désigner la totalité des pays tant ceux d’abord soumis aux rois des Français que ceux qui reconnaissaient dès lors leur suzeraineté et qui furent réunis par la suite au domaine royal.

Le royaume d’agrandit de siècle en siècle, les rois de France ne négligèrent aucune occasion légitime ou opportune d’agrandir leurs Etats.

 Le tableau suivant indique la date et les causes de ces accroissements successifs. – Nous avons adopté pour la date, l’époque de la réunion définitive des diverses provinces au domaine royal, car il est plusieurs de ces provinces qui, cédées, échangées ou données en apanage après une première réunion, ont été distraites du domaine royal et n’y sont rentrées de nouveau qu’après un laps de temps plus ou moins long. 

1215     Vermandois et Thierache. – Parties de la Picardie réunies à la couronne par Philippe Auguste.

1258     Nemosez. – Cédé à Saint-Louis par les vicomtes de Nîmes

1259     Touraine. – Confisquée en 1203 par Philippe-Auguste. Réunie à la couronne par Saint-Louis.

1328     Champagne. – Devenue parti du domaine royal dès 1274, par le mariage de Philippe de Valois avec Jeanne de Navarre.

1329     Comté de Chartres. – Déjà réuni une fois à la couronne, en 1284.

1334     Lyonnais.- Déjà réuni à la couronne en 1307 et 1310.

1355     Dauphiné. – Cédé en 1349 à Philippe de Valois.

1361     Languedoc. – Appartint dès 1270 au roi Philippe-le-Hardi.

1365     Limousin. – Déjà conquis par Philippe-Auguste, en 1205.

1375     Quercy. – Conquis sur les Anglais.

                Poitou             ) Confisqués par Philippe-Auguste en 1203

                Saintonge                   )           Réunis à la couronne en 1259. – Aliénés.

               Aunis                           )           Puis reconquis sur les Anglais.

1465     Berri. – Acheté en 1094, par Philippe 1er, aliéné en 1360, en 1408 et en 1453.

1468     Normandie. – Déjà réunie à la couronne par Philippe-Auguste, en 1205.

1472     Guyenne.        ) Apportées en 1137 en dot à Louis-le-Jeune, par Eléonore.

                Gascogne.       ) Passées ensuite au pouvoir des Anglais. Reconquises en 1453.

1477     Bourgogne. – Aliénée par les rois de France en 1032 et en 1363.

                Comté de Ponthieu. – Partie de la Picardie démembrée du domaine royal en 1360.

                Engagé en 1485 au duc de Bourgogne.

               Amienois. – Cédé en 1185 à Philippe-Auguste. Engagé en 1485.

               Boulonnais. – Engagé par Charles VIII, en 1485.

1480     Anjou. – Confisqué par Philippe-Auguste en 1203, réuni de nouveau à la couronne en 1328, par Philippe de Valois.

1481     Maine. – Déjà réuni à la couronne en 1203, par Philippe-Auguste, et en 1328, par Philippe de Valois.

1487     Provence. – Echue en 1481 en héritage à Louis XI.

1498     Orléanais. – Partie du duché de France aliéné sous Philippe de Valois.

1498     Valois. – Déjà trois fois réuni à la couronne, en 1215, 1328, 1355.

1523     Perche. – Déjà réuni à la couronne en 1240, par Saint-Louis.

               Angoumois      )

               Forez                    ) Patrimoine de François 1er

               Beaujolais        )

               Bourbonnais. – Confisqué par le connétable de Bourbon.

               Marche. – Déjà réunie à la couronne en 1303.

               Confisquée en 1477, par Louis XI, sur Jacques d’Armagnac. – Patrimoine de François 1er.

               Rouergue. – Patrimoine de François 1er.

1531     Auvergne. – Confisquée en partie par Philippe-Auguste en 1209. – Aliénée en 1360.

Réunie dans le domaine royal sous François 1er.

Le reste n’y fut réuni qu’en 1615, sous Louis XIII.

1547   Bretagne. – Appartenant aux rois de France par les mariages successifs d’Anne de Bretagne avec Charles VIII et Louis XII, et de la princesse Claude avec François 1er.

1548     Comminges. – Réuni à la couronne par l’extinction de la famille des comtes de Comminges.

1552     Lorraine française ou Trois-Evêchés. – Réunie par conquête en 1552, et cédée à la France en 1648 par le traité de Munster.

1558     Calaisis. – Reconquis par le duc de Guise sur les Anglais.

1589     Béarn                 )

               Bigorre                 )

               Armagnac          ) Patrimoine de Henri IV.

               Périgord              ) L’acte de réunion du comté de Foix ne date que de 1607.

               Vicomté de Limoges   ) Celui de la Basse-Navarre (capitale St-Jean-Pied-de-Port) date de 1620

               Foix                         )

               Basse-Navarre )

1601     Bugey                 )

               Bresse             ) Cédés par le duc de Savoie en échange du marquisat de Saluces.

               Pays de Gex    )

1659     Roussillon. – Conquis en 1642 par Louis XIII. – Cédé à la France par le traité des Pyrénées.

1665     Nivernais. – Par reversion.

1668     Flandre. – Conquise en 1667. – Cédée par le traité d’Aix-la-Chapelle.

1678     Artois. – Conquis en 1640. – Cédé par le traité des Pyrénées en 1659 et par celui de Nimègue.

               Franche-Comté. – Conquise deux fois par Louis XIV, en 1668 et 1674.

Cédée à la France par le traité de Nimègue.

1681     Alsace. – Plusieurs fois conquise. – Cédée à la France par la paix de Munster en 1648, confirmée par le traité de Nimègue en 1678.

1707    Comté de Dunois. – Par reversion.

1712     Vendomois. – Par reversion.

1762     Principauté de Dombes. – Echangée avec le comte d’Eu

1766     Lorraine. – Réunie à la France, d’après le traité de 1736, à la mort du roi Stanislas

1766     Barrois. – Réuni à la France, d’après le traité de 1736, à la mort du roi Stanislas.

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Archives départementales : les articles parus

Date

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Departement

 
19-juil.-10 AD 02 : Les archives départementales de l’Aisne en ligne Aisne 2
13-juil.-10 AD 67 : Les archives départementales du Bas-Rhin en ligne Bas-Rhin 67
12-juil.-10 AD 33 : Les archives de la Gironde déménagent Gironde 33
10-juil.-10 AD 31 – Haute-Garonne (AC de Toulouse) Haute-Garonne 31
8-juil.-10 AD 02 : Archives départementales de l’Aisne en ligne fin juillet Aisne 2
8-juil.-10 Archives Départementales du Val-de-Marne Val-de-Marne 94
7-juil.-10 AD 67 : Les Archives Départementales du Bas-Rhin en ligne mi-juillet Bas-Rhin 67
7-juil.-10 AD 69 : Les Archives Départementales du Rhône seront en ligne en 2011 Rhône 69
7-juil.-10 AD 68 : Les Archives Départementales du Haut-Rhin sont en ligne Haut-Rhin 68
6-juil.-10 AD 50 : Les Archives Départementales de la Manche sont en ligne Manche 50
30-juin-10 Les archives du Val-de-Marne Val-de-Marne 94
24-juin-10 AD 67 : Archives du Bas-Rhin prochainement en ligne Bas-Rhin 67
17-juin-10 AD 02 : Archives départementales de l’Aisne Aisne 2
17-juin-10 AD 02 : Archives départementales de l’Aisne Aisne 2
15-juin-10 AD 79 : Deux-Sèvres, les recensements en ligne Deux-Sèvres 79
10-juin-10 AD 63 : Puy-de-Dôme des compléments en ligne Puy-de-Dôme 63
8-juin-10 AD 82 en ligne : Quelques articles Tarn-et-Garonne 82
7-juin-10 AD 82 : Archives départementales du Tarn-et-Garonne en ligne Tarn-et-Garonne 82
5-juin-10 AD 64 : Pyrénées-Atlantiques en ligne Pyrénées-Atlantiques 64
31-mai-10 AD 94 : Archives du Val-de-Marne en travaux cet été Val-de-Marne 94
28-mai-10 AD 50 : la Manche en ligne au 1er juillet 2010 Manche 50
28-mai-10 AD 70 : Haute-Saône en ligne Haute-Saône 70
3-mai-10 AD 02 – L’Aisne en ligne, bientôt ? Aisne 2
26-avr.-10 AD 42 – Archives Départementales de la Loire en ligne Loire 42
23-avr.-10 AD 16 – Charente : Les projets de numérisation 2010 Charente 16
11-avr.-10 AD 42 – Les archives départementales de la Loire … Loire 42
7-avr.-10 AD 65 – Communication aux internautes Hautes-Pyrénées 65
29-mars-10 AD 37 – Registres paroissiaux et collection du greffe Indre-et-Loire 65
26-mars-10 Prêt des microfilms des AD 65 (Hautes-Pyrénées) Hautes-Pyrénées 65
17-mars-10 Revue de Presse Virtuelle (28) Hautes-Pyrénées 65
7-mars-10 AD 64 (Pyrénées-Atlantiques) – du nouveau en juin Bas-Rhin 67
    Pyrénées-Atlantiques 64
20-févr.-10 Les AD de la Manche (50) bientôt en ligne Manche 50
2-févr.-10 AD 55 – La Meuse en ligne Meuse 55
29-janv.-10 AD 14 : Attention dernière longueur Calvados 50
28-janv.-10 Les AD des Vosges (88) en ligne Vosges 88
26-janv.-10 Les AD de la Somme (80) sont en ligne Somme 80
8-janv.-10 AD 88 – Registres paroissiaux et d’état civil des Vosges en ligne en janvier Vosges 88
23-déc.-09 Coordonnées des Archives – AD et AC AD et AC  
22-déc.-09 Les Vosges (88) bientôt en ligne Vosges 88
18-déc.-09 Archives d’Arles en ligne Arles 13
15-déc.-09 Archives numérisées de Paris. Plans parcellaires. Paris 75
       

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Les policiers Français Victimes du Devoir

Les policiers Français morts en service

VICTIMES DU DEVOIR

de 1939 à 1945

http://www.victimesdudevoir.info/2eGM.htm

http://www.victimesdudevoir.info/Victimes.htm

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France Pittoresque – 1835 : Charente-Inférieure (3)

Département de la Charente-Inférieure (Ci-devant Saintonge et Aunis)

 

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DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE
POPULATION
GARDE NATIONALE
IMPOTS ET RECETTES
DEPENSES DEPARTEMENTALES
INDUSTRIE AGRICOLE
INDUSTRIE COMMERCIALE
BIBLIOGRAPHIE

 

DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE

POLITIQUE. – Le département nomme 7 députés.

Il est divisé en 7 arrondissements électoraux dont les ch.-lieux sont : La Rochelle (2 arrond), Saint Jean d’Angély, Jonzac, Marennes, Rochefort et Saintes – Le nombre des électeurs est de 2.456.

ADMINISTRATIVE. – Le ch.-l. de la préfect. Est La Rochelle.

Le département se divise en 6 sous-préf. ou arrond. commun.

La Rochelle….. 7 cantons, 56 communes, 77.589 hab.

Jonzac………..  7              121                    84.562

Marennes……..  6               34                    49.156

Rochefort……..  4               42                    48.836

Saintes………..   8             110                  104.935

St Jean d’Angély 7             120                   80.173

                            —            ——                ————

                          39 cantons483 communes445.249 hab.

Service du Trésor Public – 1 receveur général et 1 payeur (résidant à La Rochelle), 5 recev. partic. 7 percept. d’arrond.

Contributions directes – 1 directeur (à La Rochelle), 2 inspecteurs, 4 vérificateurs.

Hypothèques – 6 conservateurs dans les chefs-lieux d’arrondissement communaux.

Douanes – 1 directeur (à La Rochelle).

Contributions indirectes – 1 directeur (à La Rochelle), 4 directeurs d’arrondissements, 6 receveurs entreposeurs.

Forêts – Le départ. fait partie de la 26e conservat. forestière.

Ponts-et-chaussées – Le département fait partie de la 9e inspection dont le chef-lieu est Tours. Il y a 2 ingénieurs en chef en résidence à La Rochelle dont l’un est chargé de la surveillance des ports maritimes et du canal de Niort à La Rochelle, et l’autre de celle des marais de Rochefort et travaux de la Boutonne et de la navigation de la Sèvre. Il y a en outre, à Rochefort, un ingénieur en chef chargé des travaux militaires de ce port.

Mines – Le département fait partie du 18e arrondissement et de la 6e division dont le chef-lieu est Montpellier.

Haras – Le département fait partie pour les courses de chevaux, du 7e arrond. De concours dont le ch-lieu est Bordeaux. Il y à Saint Jean d’Angély un dépôt royal où se trouvent 44 étalons.

Loterie – Les bénéfices de l’administration de la loterie sur les mises effectuées dans le département présentent (pour 1831 comparé à 1830), une augmentation de 84.121 F.

Monnaies – La Rochelle possède un hôtel des monnaies dont la marque est H. Depuis l’établissement du système décimal jusqu’au 1er janvier 1832, les espèces d’argent qui y ont été fabriquées s’élèvent à la somme de 56.488.765 F 25 c.

MILITAIRE – Le département fait partie de la 12e division militaire, dont le quartier général est à Nantes. Il y a à La Rochelle : 1 maréchal de camp commandant la subdivision, 2 sous-intendants militaires, à La Rochelle, Rochefort. Le dépôt de recrutement est à La Rochelle. Le département renferme 7 places de guerre, Oléron et citadelle ; île d’Aix et fort Liedot ; Rochefort ; forts de la Charente et de l’Aiguille ; La Rochelle ; Saint Martin de Ré (île) ; fort Chaput. La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 9e légion dont le chef-lieu est à Niort. Il y a à La Rochelle une direction d’artillerie et une direction du génie.

MARITIME – Rochefort est le chef-lieu du 4arrondissement maritime. Il y a un préfet et un tribunal maritime ; une direction d’artillerie de la marine ; une direction des constructions navales ; une direction des ports ; un hôpital de la marine ; un commissaire principal ; 1 ingénieur en chef ; 1 trésorier des invalides de la marine. Il y a dans le département 4 sous-commissaires de la marine (à La Rochelle, à Royan, à l’île de Ré et à Marennes) ; 1 école d’hydrographie (à La Rochelle). Le bagne de Rochefort, affecté aux condamnés à plus de dix ans de travaux forcés, peut contenir 2.200 forçats. Il n’en renfermait que 1.264 en 1830, et en 1831, ce nombre s’est réduit à 1.126 ; dont le travail a produit 283.786 F 15 c. La dépense journalière de chaque forçat est de 93 c. 1,3 (salaire compris).

JUDICIAIRE – Les tribunaux sont du ressort de la cour royale de Poitiers. Il y a dans le département 6 tribunaux de 1ère instance : à La Rochelle, Jonzac, Marennes, Rochefort, Saint Jean d’Angély, Saintes (2 chambres) ; et 5 tribunaux de commerce, à La Rochelle, Marennes, Rochefort, Saintes, St Jean d’Angély.

RELIGIEUSECulte catholique – Le département forme le diocèse d’un évêché érigé dans le XVIIe siècle, suffragant de l’archevêché de Bordeaux, et dont le siège est à La Rochelle. Il y a dans le département : – à La Rochelle, un séminaire diocésain qui compte 80 élèves ; – à  Pons, une école secondaire ecclésiastique. Le département renferme 7 cures de 1ère classe, 36 de 2ème, 233 succursales et 18 vicariats. Il existe dans le département (à La Rochelle, à Saintes, à Rochefort, à Saint Jean d’Angély et à  Pons) 1 école chrétienne composée de 5 frères ; 18 congrégations religieuses de femmes, chargées des hôpitaux civils, militaires et de la marine : des maisons d’orphelines, et des maisons d’éducation pour l’instruction de la jeunesse ; une de ces congrégations (les dames du Refuge) reçoit du gouvernement un secours annuel de 2.000 F ; plusieurs autres établissements dans les campagnes pour l’instruction des pauvres et le soin des malades à domicile.

Culte protestant – Les réformés du département ont 3 églises consistoriales. La 1ère à Saintes, desservie  par 4 pasteurs et divisée en 4 sections, à Saintes, Jonzac, Cozes, Royan.  La 2ème à La Tremblade, desservie par 2 pasteurs. La 3ème à La Rochelle, desservie par 5 pasteurs et divisée en 4 sections, à La Rochelle, Marennes, Rochefort, île de Ré. Il y a en outre dans le département 26 temples ou maisons de prières. On y compte 3 sociétés bibliques, 2 sociétés de traités religieux et 12 écoles protestantes.

UNIVERSITAIRE – Le département est compris dans le ressort de l’académie de Poitiers.

Instruction publique Il y a dans le département, 4 collèges : à La Rochelle, à Rochefort, à Saintes, à Saint Jean d’Angély ; 1 école de conférence pour les instituteurs de l’arrondissement à Rochefort ; 5 écoles modèles : à Saint Jean d’Angély, à Jonzac, à La Rochelle, à Marennes et à Saintes. Le nombre des écoles primaires du département est de 568 qui sont fréquentées par 18.069 élèves dont 13.791 garçons et 4.278 filles. Les communes privées d’écoles sont au nombre de 160.

SOCIETES SAVANTES, ETC. Il existe à La Rochelle une Académie royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts ; une Société d’Agriculture, une école de Notariat, une école d’Accouchement ; à Rochefort, une Société des Sciences et Arts, une école de Médecine navale, une école de Chirurgie, une école de Mathématiques, une école mutuelle de Dessin, de Chant et de Musique, une école de Maistrance pour les ouvriers des ports ; à Saintes, un cours de physique, une Société d’Agriculture ; à Saint Jean d’Angély et Jonzac, des Sociétés d’Agriculture. La Rochelle, Rochefort et Saintes possèdent des Cabinets d’Histoire naturelle ; il y a dans ces deux premières villes des Jardins des Plantes, et à Saintes une pépinière départementale.

POPULATION

D’après le dernier recensement officiel, elle est de 445.249 h., et fournit annuellement à l’armée 1.054 jeunes soldats.

Le mouvement en 1830 a été de :

Mariages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .3.667

Naissances. . . .    masculins     féminins

  Enfants légitimes  5.925           5.546

                naturels     302              304  total   12.077

Décès . . . . . . . . .    4.612           4.615 total     9.227

Dans ce nombre 1 centenaire

GARDE NATIONALE

Le nombre des citoyens inscrits est de 87.867

   Dont : 22.972 contrôle de réserve

               64.895 contrôle de service ordinaire.

Ces derniers sont répartis ainsi qu’il suit :

62.695 infanterie – 469 cavalerie – 1.156 artillerie – 403 sapeurs-pompiers.

On en compte : armés, 13.391 ; équipés, 5.927 ; habillés, 6.768

22.892 sont susceptibles d’être mobilisés.

Ainsi, sur 1000 individus de la population générale, 190 sont inscrits au registre matricule, et 51 dans ce nombre sont mobilisables ; sur 100 individus inscrits sur le registre matricule, 74 sont soumis au service ordinaire, et 26 appartiennent à la réserve.

Les arsenaux de l’Etat ont fourni à la garde nationale 11.781 fusils, 1.045 mousquetons, 20 canons, et un assez grand nombre de pistolets, sabres, lances, etc.

IMPOTS ET RECETTES

Le département a payé à l’Etat (1831) :

Contributions directes . . . . . . . . . .. . . 5.402.318 F 65 c

Enregistrement, timbres et domaines. 1.849.939     17

Douanes et sels. . . . . . . . . . .. . . . . . .  4.225.926     79

Boissons,droits divers,tabacs,poudres 1.371.166     86

Postes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .      305.221    77

Produit des coupes de bois. . . . . . . .               32     22

Loterie  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .         59.962   50

Bénéfices de la fabrication des monnaies    4.919   59

Produits divers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   69.822   89

Ressources extraordinaires . . . . . . . . . .  875.949   90

                        TOTAL                      14.165.260 F 14 c

Il a reçu du trésor 11.242.624 F 14 c, dans lesquels figurent :

La dette publique et les dotations pour 910.111 F 87 c

Les dépenses du ministère de la justice165.212    69

de l’instruction publique et des cultes  368.348    08

du commerce et des travaux publics  1.795.729   40

de la guerre . . . . . . . . . . . . . . . . . .     4.452.764   62

de la marine . . . . . . . . . . . . . . . . .      3.235.535   14

des finances . . . . . . . . . . . . . . . . .         199.504   19

Les frais de régie, perception impôts 1.552.268   76

Remb, restit, non valeurs et primes      563.149   39

                             TOTAL               11.242.624 F14 c

Ces deux sommes totales de paiements et de recettes représentant, à peu de variations près, le mouvement annuel des impôts et des recettes, le département, à cause des grands établissements maritimes qu’il renferme, a reçu, en 1831, et déduction faite du produit des douanes, 1.303.299 F 79 c de plus qu’il n’a payé.

DEPENSES DEPARTEMENTALES

Elles s’élèvent (en 1831) à 503.905 F 02 C

SAVOIR : dép.fixes, traitemts, abonts  106.614 F 35 c

Dép.variables loyers, répar, secours     397.290    67

Sans cette dernière somme figurent pour

40.128                    les prisons départementales

63.000 les enfants trouvés

Les secours accordés par l’Etat

pour grêle, incendie, épizootie, etc.

sont de . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .    11.427    29

Les fonds consacrés au cadastre            77.888    10

Les dépenses des cours et tribunaux    132.123    65

Les frais de justice avancés par l’Etat    38.069   68

INDUSTRIE AGRICOLE

Sur une superficie de 608.050 hectares, le département en compte, 360.000 mis en culture – 41.228 forêts – 105.000 vignes – 21.500 landes – 20.000 marais.

Le revenu territorial est évalué à 22.637.000 Francs

Le département renferme environ : 20.000 chevaux et mulets – 80.000 bêtes à cornes race bovine – 150.000 moutons, savoir : 2.500 mérinos, 6.500 métis, 221.000 indigènes.

Les troupeaux de bêtes à laine en fournissent chaque année environ 230.000 kilogrammes.

Le produit annuel du sol est d’environ,

En céréales . . . . . . . . . . . . . . . . .1.100.000 hectolitres

En parmentières . . . . . . . . . . . . .   180.000    id

En avoines . . . . . . . . . . . . . . . . .1.212.000    id

En vins . . . . . . . . . . . . . . . .       1.700.000    id  dont

600.000 sont consommés dans le pays, 600.000 convertis en eaux-de-vie, et le reste exporté pour la consommation de la Bretagne.

L’agriculture est dans un état satisfaisant. On emploie pour le labourage la charrue à avant-train et à versoir, le plus souvent attelée de bœufs. Il y a peu de métairies dont l’étendue dépasse 100 arpents. La production des céréales excède les besoins de la consommation. On cultive le maïs et le sarrasin, le safran, la moutarde, l’absinthe, les légumes secs de toute espèce, les navets et les choux qui sont employés principalement pour la nourriture des bestiaux. Les plantes textiles, telles que le lin et le chanvre, prospèrent dans le pays, ainsi que les plantes oléagineuses. Les prairies naturelles y sont nombreuses et de bonne qualité. Les prairies artificielles y produisent une graine de trèfle très estimée. On y élève des chevaux de bonne race ; on y engraisse un grand nombre de cochons et de volailles. On s’y adonne à l’éducation des abeilles. Les vaches laitières de La Jarne, les moutons de prés salés de Charron sont estimés. La race des bêtes à laine a été améliorée par des croisements bien entendu. Il existe à Benon, un beau troupeau de moutons à longue laine appartenant à madame Du Cayla.

INDUSTRIE COMMERCIALE

La distillation des eaux-de-vie, l’exploitation des marais salants, celle des parcs d’huîtres vertes et la pêche de la sardine, occupent le premier rang dans l’industrie locale. Les ports font des armements pour la pêche de la morue, pour les colonies. Ils ont un grand nombre de navires employés au cabotage. Il existe dans le pays des raffineries de sucre, des fabriques de vinaigre, des fabriques de poteries fines et de creusets, des tanneries, des bonneteries, des fabriques de grosses étoffes de laine, etc. On y fait le commerce du bois merrain et du bois pour la marine. Il y existe des chantiers estimés pour la construction des navires. Le commerce est principalement alimenté par les productions locales en vins, eaux-de-vie, sels, grains et céréales. Le beurre, les œufs, les volailles, etc, qui sont consommés à Bordeaux, viennent en grande partie du département.

RECOMPENSES INDUSTRIELLES – En 1834, à l’exposition des produits de l’industrie, il a été accordé une MEDAILLE DE BRONZE à M. Jean André (de Villeneuve près La Rochelle), pour charrue à avant-train, et UNE MENTION HONORABLE à M. Jacques Bouchet (de Montendre), pour fabrication de chapeaux en feuilles de litanier.

DOUANES – La direction de La Rochelle a 11 bureaux principaux, dont 8 seulement sont situés dans le département.
Les bureaux du département ont produit en 1831 :

                 Douanes,navig,timbre      sels           total

La Tremblade . . . . .2.432 F         126.648 F   129.081 F

Marennes . . . . . . . . 4.802            169.764      174.567

Château d’Oléron . .4.009                   418          4.428

Rochefort . . . . . . .54.328            244.563       298.892

Charente . . . . . . . 69.795         2.316.268    2.386.064

La Rochelle . . . .138.893            507.615       646.509

Saint Martin . . .   28.172                9.736         37.909

Marans . . . . . . .     5.476            542.998       548.475

    Produit total des douanes . . . . . . . . . . .  4.225.925 F

FOIRES – Le nombre des foires du département est de 590. Elles se tiennent dans 123 communes dont 37 chefs-lieux, et remplissent 612 journées.

Les foires mobiles, au nombre de 12, occupent 12 journées. Il y a 106 foires mensaires – 360 communes sont privées de foires.

Les articles de commerce sont le gros et le menu bétail, les chevaux, les grains, les fourrages, les laines, le sel, les vins, les eaux-de-vie, etc.

BIBLIOGRAPHIE

Annuaire statistique du département de la Charente-Inférieure ; in-8. La Rochelle, 1813 ; Ephémérides ou Almanach de la Charente-Inférieure ; in-18. La Rochelle, 1819. Antiquités de la ville de Saintes et du département de la Charente-Inférieure, par le baron Chaudruc de Crazannes ; in-4. Paris, 1820. Annuaire de la ville de Rochefort ; in-12. Rochefort, 1825 et 1826. Mémoires pour servir à l’histoire de la ville et du port de Rochefort, par Thomas ; in-8. 1826. Règlement général et notices sur les marais de l’arrondissement de Marennes ; in-8. Rochefort, 1826. Aperçu statistiques sur les marais de Brouage, etc., par R.P. Lesson (Journal des Voyages, novembre 1825). Almanach du département de la Charente-Inférieure ; in-18. La Rochelle, 1831 et 1832. Voyage d’un Santon dans l’ouest de la France. Voyage de Rochefort à Saint-Jean-d’Angély ; in-8. Rochefort, 1834 

 A.    HUGO

 On souscrit chez DELLOYE, éditeur place de la Bourse, rue des Filles S.Thomas, 13.

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Privatisation des archives : l’inquiétude perdure

Troisième épisode (lien vers le 1er, et le 2e) sur la privatisation des archives dicté par l’actualité, décidément riche sur ce sujet malgré la période estivale. Tout d’abord le sujet à été relancé par Jordi N. sur son blog qui décrypte la stratégie du PDG de généalogie.com. Une étude fouillée et documentée qui s’interroge sur les velléités d’hégémonie à la Google que pourrait avoir cette société. Lire la suite ici

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20 juillet 1921 : Francis BLANCHE

Francis Blanche, de son nom complet Francis Jean Blanche, né le 20 juillet 1921 à Paris et mort le 6 juillet 1974 dans la même ville, était un auteur, acteur et humoriste français. Il est enterré à Èze, Alpes-Maritimes.

Lire la suite >

Les citations de Francis BLANCHE :

« Je suis plus intéressé par le vin d’ici que par l’eau de là.  »

Découvrez d’autres citations de Francis Blanche

Et le classique :

YouTube – Francis Blanche Pierre Dac Sar Rabindranath Duval

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AD 02 : Les archives départementales de l’Aisne en ligne

Une nouvelle mise en ligne qui devrait ravir beaucoup de lecteurs assidus :

http://www.archives.aisne.fr/

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Et pour l’accès direct à ces archives numérisées :

http://www.archives.aisne.fr/archives-numerisees-4389.html

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A votre disposition dans ces fonds mis en ligne :

– registres paroissiaux et d’état-civil couvrant une période allant du XVIe à 1905,
– plans cadastraux,
– collections iconographiques.

De plus, une fonction intéressante : la rubrique « Toutes les archives par commune » permet d’accéder à une fiche répertoriant toutes les archives en ligne pour une commune. Cette fiche est d’autant plus utile qu’elle nous donne les rattachements anciens ou actuels de la commune (intendance, élection, diocèse, arrondissement, canton), la ou les paroisses en faisant partie, ainsi que les variantes orthographiques et autres noms de cette commune.

(Merci Isabelle pour ces informations et merci Yves pour le jeu de mot « je vais enfin pouvoir compléter mes recherches sur le bas de laine… »)

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Lire aussi

Les archives de l’Aisne sont en ligne
GénéInfos
L’une est la possibilité de rechercher toutes les archives disponibles en ligne pour chaque commune. C’est assez pratique. …

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Annoncée pour fin juillet, la mise en ligne est arrivée avec quelques jours d’avance, lire aussi l’article précédent qui donnait la liste des personnes décédées à Alfortville (Valde-Marne) (1885-1903) et nées dans l’Aisne (02).

AD 02 : Archives départementales de l’Aisne en ligne fin juillet

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France Pittoresque – 1835 : Charente-Inférieure (2)

Département de la Charente-Inférieure (Ci-devant Saintonge et Aunis)

 

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TOPOGRAPHIE

Le département de la Charente Inférieure est un département maritime, région de l’ouest, formé de partie de la Saintonge, du pays d’Aunis, presque en entier, des îles de Ré, d’Oléron et d’Aix. Il a pour limites au  nord, les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres ; à l’est ceux de la Charente et de la Dordogne ; au sud celui de la Gironde, et à l’ouest, l’Océan. Il tire son nom de sa position sur le cours de la Charente, rivière qui traverse la ville depuis la porte Dauphine jusqu’au port. En  arrivant par cette rue, on voit d’abord, près de la porte, les deux grandes casernes, en avançant, on remarque le moulin à vapeur, vaste usine employée à la manutention des grains et des huiles, et le séminaire, grand édifice à peine terminé, la place d’armes est carrée, régulière, très spacieuse et très propre, bordée de hauts arbres sur deux côtés et décorée de la façade de l’Eglise cathédrale, construction moderne et de style italien. Les autres édifices sont : le Palais de Justice dont la façade est ornée de six colonnes corinthiennes cannelées, et la Bourse. La rue Royale, en débouchant sur le port, passe sous la Porte de l’Horloge, haute tour à dôme et décorée de deux tourelles. La Tour de Saint Sauveur s’élève à côté à 200 pieds de haut, et domine toute la ville, cette tour est carrée et de style gothique. Vers la mer, s’élève une autre tour surmontée d’une jolie flèche, c’est la Prison ; l’Hôtel de Monnaie en est voisin ; l’Hôtel de Ville (rue des Merciers), est un vieil édifice gothique qui ressemble à une forteresse ; il est entouré de hauts murs que de nombreuses sculptures décorent. On y montre une chambre où coucha Henri IV. La Promenade du Mail, le long de l’avant port, d’où l’on aperçoit les Iles de Ré, d’Aix et d’Oléron, est très agréable ; le Mail est ombragé, et décoré de l’Hôtel des Bains de mer, établissement bien distribué et très fréquenté. La Rochelle possède une bibliothèque publique riche de 18.000 volumes, un théâtre, un jardin botanique et différentes collections scientifiques intéressantes.

CHATEL-AILLON (canton de Jarrie), à 5 l.S de La Rochelle. Pop 150 hab. Chatel-Aillon était, il y a plusieurs siècles, la principale ville de l’Aunis, et possédait un port très fréquenté. Charlemagne fit entourer cette ville de remparts lorsqu’il fortifia les ports de la Gaule occidentale, pour garantir ses états des incursions des Normands. La ville n’existe plus. Un village qui a pris le nom de Chatel-Aillon, n’est même pas bâti sur l’emplacement qu’elle occupait et que la mer a envahi. Au commencement du XVIIIe siècle, on apercevait encore quelques débris de murailles et d’édifices, que les tempêtes ont fait disparaître. La mer qui abandonne la rade de l’Aiguillon et la partie septentrionale du département, gagne sans cesse au sud de La Rochelle. La côte la plus exposée à ses empiétements est celle d’Angoulins et de Chatel-Aillon, située vis-à-vis le Pertuis d’Antioche. La lame qui arrive du large, se trouvant resserrée entre les îles de Ré et d’Oléron, se brise avec plus de violence contre le rivage. La mer, après avoir successivement couvert le port et la ville de Chatel-Aillon, attaque maintenant la falaise à laquelle ils étaient adossés.

MARANS, au-dessus du confluent de la Sèvre Niortaise et de la Vendée, à 5 l  de l’embouchure dans le golfe de l’Aiguillon, ch.l de cant. à 5 l.N-E de La Rochelle. Pop 4.041 hab. Marans fut jadis une place forte, défendue surtout par les marais qui l’entourent et qui, en temps pluvieux, la rendaient presque inabordable. Elle possédait un château-fort, et soutint plusieurs sièges ; en 1588, Henri IV s’en empara. Le château, rasé en 1658, appartenait au seigneur de Marennes ; il en occupait une partie, l’autre renfermait un couvent de capucins. Marans est bien bâtie, bien percée et située avantageusement, dans un pays entrecoupé de canaux. Son port reçoit des navires de 100 tonneaux.

ILE DE RE, dans l’Océan, à 2 l.O de La Rochelle, entre le Pertuis d’Antioche et le Pertuis Breton. Pop 17.976 hab. Cette île a environ 6 lieues de longueur, une demi-lieue à deux lieues de largeur, et douze lieues carrées de superficie. Elle forme deux cantons de l’arrondissement de La Rochelle, et renferme trois ports de mer dont l’un, Saint Martin, prend le titre de ville ; deux bourgs et plusieurs villages. Elle est défendue par quatre forts qui sont : la citadelle de Saint-Martin, les forts de la Prée, de Mitray et de Sablanceaux. En 1628, ces fortifications résistèrent aux efforts de l’escadre anglaise chargée de protéger La Rochelle contre l’armée de Louis XIII. Elles ont été augmentées sous Louis XIV par Vauban. Un phare, nommé la Tour des Baleines, s’élève à l’extrémité nord-ouest de l’île, et indique le gisement des récifs et l’entrée du pertuis. Le territoire de l’île est peu élevé, légèrement onduleux, sablonneux et peu fertile ; il manque d’eau vive, ne produit ni bois, ni pâturages, mais abonde en vignes qui donnent du vin rouge et blanc dont on fait généralement de l’eau-de-vie….. Il y existe des marais salants considérables, produisant du sel de première qualité ; l’exploitation de ces marais et la pêche occupent la majeure partie des habitants. Le climat, ainsi que dans l’île voisine, est doux et tempéré. Saint Martin de Ré, port de mer, place forte et capitale de l’île, est un chef lieu de canton, à 4 l. O.-N.-O de La Rochelle (pop.2.581 hab). Cette petite ville doit son origine à un monastère de bénédictins, fondé en 735 par Eudes, duc d’Aquitaine et Valrade sa femme, où tous deux furent enterrés, et qui fut ensuite dévasté par les Normands. En 1730, on découvrit dans ses ruines le tombeau d’Eudes, renfermant une couronne en cuivre d’un travail fort simple. Saint Martin est une ville située avantageusement pour le commerce ; le port est commode et la rade sure. La citadelle, très forte, est ainsi que la ville, munie de bastions et de demi-lunes. Ars est un petit port de mer dont la rade est très bonne, et un chef-lieu de canton, situé à 8 l de La Rochelle, sur la côte occidentale de l’île. (pop 3.875 hab). On trouve sur son territoire des cailloux remarquables par leur transparence, leur éclat, et leurs belles couleurs. La Flotte est un bourg assez agréable, situé à 2 l. 1,2 de La Rochelle (pop 3.875 hab) qui possède un port de mer d’un accès facile, et capable de recevoir des bâtiments de 200 à 300 tonneaux.

JONZAC, ch.-l. d’arr. à 27 l1.2 S-E de La Rochelle. Pop 2.618 hab. Cette petite ville, située sur la rive droite de la Seugne, est fort ancienne ; elle était autrefois fortifiée et a soutenu plusieurs sièges pendant les guerres du XVe et du XVIe siècle. On y voit encore le château qui formait sa principale défense, et qui s’élève à l’extrémité orientale de la ville, au sommet d’un rocher taillé à pic et dont le pied est baigné par la rivière. Ce château est entouré de trois côtés par de profonds fossés creusés dans le roc. Il a de loin une apparence imposante, étant élevé d’environ 70 pieds au-dessus de la Seugne. On prétend qu’il renferme des souterrains qui, plongeant dans le rocher, se prolongent et descendent jusqu’aux portes de la ville. Jonzac, dont la population a augmenté avec l’industrie, est une ville qui s’est beaucoup embellie depuis une trentaine d’années. La châtellenie de Jonzac avait été inféodée et donnée par Charlemagne à l’abbaye de Saint Germain des Prés, à Paris. L’abbé obtint  que cette châtellenie serait tenue en fief de l’abbaye, et à perpétuité, par son propre neveu et ses héritiers, sous la seule obligation de présenter à l’abbé de St Germain, à chaque mutation de propriétaire, douze couteaux de table sans gaine et une peau de cerf préparée pour couvrir les livres d’église.

MARENNES, port de mer sur la Seudre, à 1.2 l de l’Océan, ch.-l. d’arrond, à 13 l.S. de La Rochelle, par terre (à 66 l seulement par mer). Pop 4.605 hab. Cette ville qui, dans le XIVe siècle avait le titre de comté, appartint à Philippe de Valois, et passa ensuite à la maison de Pons. Dans le XVIIIe, elle était devenue une seigneurie dont les comtes de Soissons et l’abbesse de Saintes se partageaient la propriété. Pendant longtemps il exista dans cette ville des couvents de récollets et de jésuites, dont l’occupation principale était la conversion des protestants. Marennes est une jolie ville, bien bâtie, et qui serait devenue une place de commerce beaucoup plus importante si l’insalubrité de l’air qu’on respire ne s’était toujours opposée à l’établissement des entrepôts qu’on pourrait y former. Cet état de l’air est dû aux marais gats (anciens marais salants envahis par les eaux douces) dont la ville est environnée. On pêche sur les côtes des environs des huîtres très estimées.

BROUAGE ou BROUE, sur le chenal qui sépare l’île d’Oléron du continent, ville maritime et place forte de 3e classe, à 1 l.N. de Marennes. Pop environ 800 hab. Cette ville, régulièrement tracée, a été fondée en 1555 par Jacques de Pons, et se nomma d’abord Jacqueville, du nom de son fondateur. Elle fut agrandie et fortifiée par Hardouin de Villiers, après la bataille de Montcontour, afin de la défendre contre les calvinistes qui s’en étaient emparés peu de temps auparavant. Après la prise de La Rochelle, le cardinal de Richelieu la fit fortifier de nouveau, et l’érigea en un gouvernement dont il fut le premier titulaire. Les fortifications de la ville consistaient alors en un rempart flanqué de sept bastions avec fossés et courtines. La ville, régulièrement bâtie, composée de plusieurs rues tirées au cordeau et aboutissant à une place centrale, renfermait un hôtel pour le gouverneur, un hôpital, un arsenal et d’immenses magasins. On y plaça en outre, un siège royal d’amirauté et un bureau des fermes. Elle possédait un havre excellent qui recevait des vaisseaux de toutes grandeurs, et qui a été comblé par les vases dans le XVIIIe siècle. Les environs de Brouage, autrefois couverts de marais salants, cessèrent, à cette époque, d’être baignés par les eaux de la mer, et devinrent des marécages infects qui rendirent complètement insalubre la ville, jusqu’alors florissante. On transporta, en 1750, à Marennes, les établissements civils et maritimes qu’elle renfermait, et depuis lors, elle a toujours été en décadence. On pense qu’il suffirait de creuser quelques canaux et de faire de nombreuses plantations pour assainir de nouveau ces marécages. Quelques auteurs, Valois entre autres, ont cru retrouver à Brouage le Portus Santonum de Ptolémée. On voit près de Brouage, sur une langue de terre qui s’enfonce dans les marais-gats, les restes d’une tour carrée, dite la Tour de Broue, et qu’on suppose de construction romaine. Cette tour qui est entourée d’anciens ouvrages ruinés, était sans doute destinée à la défense de la côte et à la transmission de signaux.

ECHILAY (canton d’Aignon), à 3 l.1.2 N-E. de Marennes. Pop. 910 hab. Ce village, situé à une lieue environ de la Charente, sur la rive gauche et presque à la hauteur de Rochefort, était autrefois un lieu considérable. On y voit les ruines d’une ancienne église qui paraît avoir appartenu à un monastère ruiné pendant les guerres religieuses du XVIe siècle. Le portail, composé d’une grande arcade accompagnée de deux plus petites, ressemble à un arc de triomphe. Le caractère saxon de ce monument fait supposer que c’est un ouvrage des Anglais.

ILE D’OLERON, dans l’Océan, vis-à-vis les embouchures de la Charente et de la Seudre, éloignée de 2 l. à l’ouest de Marennes, et d’une lieue du point le plus proche du continent. Pop. 16.244 hab. Cette île a environ six lieues de longueur, deux de largeur et seize de circonférence. Le sol en est bas et presque plat ; il s’y trouve de nombreux marais salants qui produisent un sel blanc recherché pour sa légèreté ; le territoire est fertile en blé, seigle, orge, fèves, maïs, en très bons légumes, et produit des vins blancs et rouges. L’île est traversée du sud-est au nord-est par une route aboutissant à la tour de Chassiron où se trouve, à la pointe septentrionale, un phare indiquant l’entrée du pertuis d’Antioche qui sépare l’île d’Oléron de l’île de Ré. L’île d’Oléron renferme deux villes, le Château et Saint Pierre, quatre bourgs, Saint Denis, Dolus, Saint Georges, Saint Trajan, et plusieurs villages ; elle se divise en deux cantons. Oléron était connue des anciens sous le nom d’Olarius ou d’Olerum ; quelques géographes prétendent qu’elle formait une presqu’île, réunie au continent au point où est aujourd’hui la passe de Maumusson. Les lois maritimes appelées Jugements d’Oléron étaient célèbres dans le XIIIe siècle. En 1586, pendant les guerres de la Ligue, d’Aubigné s’empara de l’île et en fut longtemps gouverneur. Louis XIV y fit élever des fortifications. Le Château-île-d’Oléron est un chef lieu de canton, à 2 l.1.2 N-O. de Marennes (pop.2.527 hab.). Cette petite ville forte, place de guerre de 3e classe, est située dans la partie de l’île la plus rapprochée du continent et contribue à la défense de la passe de Maumusson. Saint Pierre d’Oléron, situé au milieu de l’île, est un chef lieu de canton, à 5 l. 1.2 N. de Marennes (pop.4.630 hab). C’est le chef-lieu de l’île et une petite ville, agréablement bâtie dans une riante vallée.

ROYAN, port de mer à l’embouchure de la Gironde, ch-lieu de cant., à 6 l.S. de Marennes. Pop 2.589 hab. Cette ville ancienne fut longtemps le siège d’un marquisat qui appartenait à la maison de la Trémouille. C’était une petite place forte dont les habitants embrassèrent le protestantisme. Louis XIII vint les assiéger en 1622. Ce siège fut long et cruel, et exposa ces malheureux aux plus grandes calamités. Leur ville fut en grande partie détruite, et les fortifications furent ruinées. Le port de Royan est petit, mais très commode : il est défendu par un fort. La ville possède un établissement de bains de mer, propre, bien administré et très fréquenté. Un bateau à vapeur, affecté au service de cet établissement, fait pendant l’été, deux fois par semaine, le trajet entre Royan et Bordeaux.

ROCHEFORT, port sur la rive droite de la Charente, à 2 l. de son embouchure dans l’Océan, ch-l. d’arrond., à 8 l.S-E. de La Rochelle. Pop. 14.040 hab. La nécessité d’un port militaire et d’un arsenal maritime sur la partie des côtes de France, où se trouve aujourd’hui Rochefort, était depuis longtemps sentie, lorsqu’en 1664, Louis XIV en ordonna la construction. On eut d’abord le projet de les établir à Soubise, puis à Tonnay-Charente ; des contestations avec les seigneurs de ces deux petites villes firent ensuite choisir le site de Rochefort ; là se trouvait alors un vieux château donné par Henri III à l’un des officiers de sa maison, et autour duquel, dans les marécages, une chétive bourgade s’était formée. Les travaux que nécessita la création de la ville projetée furent prodigieux et les dépenses immenses. Elle s’éleva enfin, et Vauban l’entoura de  fortifications. Tout porte donc dans Rochefort le caractère de la jeunesse ; c’est une des villes de France les plus propres, les plus jolies ; c’est la plus moderne, la plus régulièrement bâtie et la mieux percée ; ses rues sont droites, larges, bien pavées, et presque toutes se coupent à angle droit ; une d’elles qui sert de marché et conduit à l’arsenal, est bordée de peupliers ; les maisons, presque toutes peu élevées et de style fort simple, ont néanmoins une apparence agréable à cause de leur symétrie et de leur propreté. Peu de constructions particulières sont dignes de remarque ; mais les édifices publics sont grands et beaux. Au centre de la ville est la Place d’Armes, carrée, ombragée, très bien entourée ; on y remarque une fontaine décorée d’un frontispice qui porte deux statues gigantesques d’un travail médiocre et représentant la Charente donnant la main à l’Océan. La Promenade des remparts est agréable, bien que privée de perspectives éloignées et de la vue de la mer qu’on n’aperçoit point de la ville malgré sa proximité. Le Parc, près de l’arsenal, offre d’épais massifs de grands arbres, des bosquets délicieux ; c’est une promenade charmante, ainsi que le Jardin Botanique, plus riche que spacieux. De grands efforts ont été faits pour assainir Rochefort, mais on n’y a réussi qu’imparfaitement ; malgré le dessèchement de nombreux marécages, la stricte propreté de la ville et l’abondance des eaux dont elle est pourvue, les mois d’été y sont encore insalubres. On a mieux réussi à procurer aux habitants des distractions intellectuelles ; la ville possède une salle de spectacle, une bibliothèque publique riche de 6.000 volumes, une bibliothèque de l’école de médecine navale de 10.000 volumes, un cabinet d’histoire naturelle, une collection anatomique, un cabinet de chimie, le Jardin des Plantes dont nous avons parlé, etc…Le port et l’arsenal sont ce que Rochefort possède de plus remarquable : le Port à 2.200 mètres de longueur ; l’établissement de la marée est à 4h 14m. Les vaisseaux de haut bord  y sont toujours à flot, même à  mer basse. Les navires de 600 tonneaux, chargés de leur cargaison, peuvent à mer haute, entrer dans le port de Commerce. Plusieurs forts défendent l’embouchure de la Charente et protègent les arrivages. L’arsenal est très beau. On y entre  par un portique décoré de sculptures, et en face s’élève un superbe moulin à vent qui fait mouvoir diverses usines. Le parc d’artillerie est considérable. Les chantiers de carénage et autres, la corderie, longue de 1.200 pieds, les divers magasins, le dépôt d’armes, sont très dignes de remarque. Le Bagne proprement dit, se compose de deux corps de bâtiment alignés et très spacieux ; ils peuvent contenir 2.400 condamnés ; mais le nombre des forçats est toujours moindre. L’Hôpital civil et militaire est un vaste bâtiment parfaitement distribué. Parmi les autres constructions publiques dignes d’éloges, on remarque le Château d’Eau, vaste réservoir entretenu par une pompe à feu et qui pourvoit abondamment aux besoins journaliers de la ville. Hors de Rochefort et sur un terrain élevé où on arrive par une belle avenue, se trouve l’hôpital de la marine, formé de neuf bâtiments isolés qui s’alignent autour d’une vaste cour ; ces bâtiments contiennent 1.200 lits distribués dans de belles salles parfaitement aérées. En 1834, et pour essayer de diminuer la mortalité parmi les troupes, on a fait camper, pendant les grandes chaleurs, la garnison de Rochefort, sous des tentes à une demi-lieue de la ville. Le camp était placé sur la colline de Pijarra.

MONUMENT DE MOISE. On voyait naguère, au milieu d’un cimetière, dans les environs de Rochefort, un monument remarquable, de forme quadrangulaire, et décoré à chacune de ses faces de quatre colonnes soutenant un attique et entourant une espèce d’obélisque tronqué. Ce monument, que quelques antiquaires croient être le tombeau d’un prince ou d’un capitaine anglais du XIIIe siècle, est connu sous le nom de Monument de Moïse, sans doute parce qu’il porte pour inscription ce passage de l’Ecriture : Pueri Hebraerum , tollentes ramos olivarum, obvi in ibunt Domino, clamantes et dicentes : Hosanna in excelsis ! « Les enfants des Hébreux, portant des rameaux d’oliviers, iront au-devant du Seigneur, criant et disant : Gloire à Dieu dans les cieux ! »

CHARENTE, sur la rive droite de la Charente, ch-l. de cant, à 2 l.E. de Rochefort,. Pop. 3.206 hab . Cette ville porte aussi le nom de Tonnay-Charente ; ce fut longtemps une seigneurie appartenant à la maison Mortemart. Les seigneurs de cette maison y firent construire un beau château, et prenaient le titre de princes de Tonnay-Charente. La ville occupe un site agréable. Elle s’élève en amphithéâtre et est couronnée par son château dont l’apparence est pittoresque. Avant la construction de Rochefort, Tonnay-Charente avait plus d’importance ; c’est néanmoins encore un port commode et très fréquenté. Son commerce d’entrepôt est actif ; la plupart des bateaux qui descendent la rivière s’arrêtent à Charente, et les bâtiments de cent tonneaux remontent jusque là.

SAINTES, sur la rive gauche de la Charente, ch-l. d’arrond . à 18 L.S.-E. de La Rochelle. Pop 10.437 hab. Saintes, autrefois capitale de la Saintonge, est une des plus anciennes villes de France ; avant l’invasion romaine, c’était la cité des Santones, peuple de la Gaule celtique qui le nommait Med-Lan (plaine de prairies), nom que les Romains transformèrent en Mediolanum. Charmés de la situation de la ville, ces conquérants, appréciateurs de son importance, se plurent à l’embellir. Alors elle n’était pas située au bord de la Charente, mais au bord de la Seugue et près du confluent de cette rivière avec la Charente, rivière qui coulait alors au bout du faubourg de la ville moderne, sur la rive droite où son ancien lit est encore très distinct ; peu à peu, la Charente envahit le lit de la Seugue dont le pont devint celui de la Charente ; l’arc de triomphe romain, placé à la tête de ce pont, fut bientôt, par les empiétements de la rivière, séparé de la rive qui lui était contiguë, et cette rive continuant à reculer sous l’effort des eaux, un nouveau pont fut construit en 1665, et l’arc se trouva ainsi au milieu ou à la jonction de deux ponts. Le cours de la Seugue éprouva de plus grandes variations encore : il abandonna entièrement son ancien lit ; il passe maintenant à près d’une lieue au-dessus de la ville. Les vicissitudes de Saintes, sous les Romains, nous sont peu connues : dans le Ve siècle, elle fut prise par les Visigoths qui transformèrent l’arc de triomphe en une forteresse ; ils le couronnèrent de murs crénelés et s’y défendirent souvent. En changeant  ainsi de destination, ce noble édifice subit des dégradations successives ; les autres édifices de la ville, qui prit vers ce temps le nom de Saintes, éprouvèrent de semblables mutilations ; les fréquents ravages des Barbares, les invasions des Normands qui, en 864, réduisirent Saintes en cendre, les guerres des Anglais, les fureurs des guerres civiles et religieuses bouleversèrent la ville et anéantirent ou dégradèrent tous ces splendides monuments. Sous les Romains, existait un capitole placé sur un mamelon ; on en fit une forteresse gothique qui fut souvent prise et reprise, et plusieurs fois dévastée ; sa dernière reconstruction date du temps de Henri IV ; il n’en reste plus que de gros murs qui enclosent un petit parc. La ville fut ceinte de murailles énormes, elle en possède encore quelques débris ; des restes plus considérables ont été démolis en 1815 ; ces travaux et ceux entrepris alors pour divers embellissements ont fait découvrir de nouvelles antiquités romaines. Saintes occupe une position aussi agréable que saine ; la ville borde le cours de la rivière et s’élève en amphithéâtre sur la pente d’une colline. Devant la ville, le lit de la Charente est fort large, embarrassé de plusieurs îlots et traversé par le pont, construction de plusieurs époques comme tous les monuments de Saintes. La ville est bien bâtie, mais très mal percée : la plupart de ses rues sont étroites et tortueuses ; mais le quai de Reverseaux qui longe la rivière, et plusieurs promenades environnantes, sont agréables. L’ancienne Cathédrale, construite par Charlemagne, est située dans la basse ville ; c’était une vaste et magnifique église. Il n’en reste plus que le porche et le clocher ; le reste fut détruit à diverses époques. L’église actuelle, reconstruite par deux évêques de Saintes, est petite et n’offre de remarquable que le maître autel et un superbe baldaquin soutenu par quatre colonnes de marbre rouge. Le clocher est une tour énorme de 55 mètres de haut, ornée de sculptures dans toute sa hauteur, et où un petit dôme remplace la flèche ; cette tout s’élève au-dessus d’un superbe portail décoré de sculptures délicates, de bas-reliefs et de statues. L’église Saint Eutrope, plus ancienne que la cathédrale, s’élève sur une colline voisine de Saintes ; c’est un édifice d’architecture gothique. L’Amphithéâtre est situé hors de la ville, dans le vallon resserré entre les deux collines sur lesquelles s’étendent les faubourgs de Saint-Eutrope et de Saint-Macoul ; l’édifice occupe toute la largeur du vallon et s’appuie au nord et au midi sur la pente de ces deux coteaux. La longueur de son grand axe est de 80 mètres, celle du petit de 55 mètres. Le podium extérieur était percé de soixante arcades dont les deux principales, ouvertes aux extrémités du grand axe, formaient les portes ; l’amphithéâtre n’avait qu’un seul étage de voûtes inclinées vers l’arène, et qu’une seule prescintion ; il servait aussi aux combats des gladiateurs, et pouvait se transformer en naumachie au moyen de l’eau amenée par une branche de l’aqueduc de Douhet. On croit que la construction de cet amphithéâtre est du IIIe siècle. Il n’offre plus qu’un amas de ruines ; seul le pourtour des basses voûtes se dessine encore en entier.

L’Arc de triomphe du pont de Saintes fut élevé, l’an de Rome 774, au bord de la Seugne, au commencement de la voie militaire de Mediolanum à Limonum (Poitiers) ; il décorait l’entrée de cette voie et fut dédié par les Santones à Germanicus, à Tibère, son père, et à Drusus, son frère adoptif. Le style du monument est corinthien ; il à 15 mètres de longueur, 3 mètres d’épaisseur, et 13 mètres de hauteur. Il repose sur un piédestal de 7 mètres d’élévation, maintenant engagé dans les piles du pont ; il est ouvert par deux arches à plein cintre, ornées d’archivoltes ; les angles des pieds droits et ceux de la partie supérieure étaient décorés de colonnes cannelées ; la frise de l’entablement et l’attique sont couvertes des inscriptions de la dédicace du monument, encore bien conservées. Tous les autres détails de l’édifice : ses colonnes, bas-reliefs, sculptures, moulures, sont totalement dégradés ; dans ses grandes proportions même l’édifice est défiguré ; les hideux créneaux qui le surmontent, et qu’on devrait faire disparaître, ne sont qu’une souillure imprimée par les Barbares ; la base des pieds droits étant engagée dans les piles du pont ; la hauteur de l’arc est diminuée de plusieurs mètres ; ce qui fait paraître écrasé et donne aux deux arches une largeur ridicule, comparée avec leur peu d’élévation. L’édifice est construit de pierres de taille du pays, de 3 à 6 pieds de longueur, de 2 à  3 pieds d’épaisseur, posées par assises égales et parfaitement bien jointes, sans aucun ciment. Le pont de Saintes est en pierre et de grandes dimensions, mais il n’offre qu’une masse d’arches et de piles de divers styles, et n’a plus rien de romain. L’aqueduc qui amenait l’eau à la ville romaine, la prenait à une source éloignée de trois lieues et franchissait le vallon de Lesar, près du village de Font-Couvert ; en cet endroit il était supporté par 17 arcades fort hautes et dont plusieurs existent encore ; arrivé à la colline de Saintes, l’aqueduc avait un cours souterrain. Outre ces débris de riches monuments, Saintes offre à l’investigation de l’archéologue diverses autres ruines plus informes : celles d’établissements thermaux, de temples et de diverses autres constructions. Les ruines des Bains-Antiques, situés sur la rive gauche de la Charente, au nord de la ville, au pied de la montagne du Séminaire, sont considérables et dans plusieurs parties bien conservées ; deux des baignoires ont été retrouvées intactes ainsi que les ustensiles de petites dimensions. Le Temple de Jupiter Ceraunius des  Santones se reconnaît sous les débris de l’ancienne église de Saint Ceroine, elle-même détruite depuis longtemps. On remarque encore à Saintes la bibliothèque publique, riche de 25.000 volumes ; la salle de spectacle, construite en 1832, la prison départementale, l’hôpital de la marine, le palais de justice, l’avenue de Bordeaux et sa nouvelle fontaine, la terrasse ombragée, à l’extrémité du quai Reserveaux, plusieurs belles constructions modernes le long des quais ; etc, etc. Saintes a été pendant vingt ans le chef-lieu du département. En 1810, un décret impérial, contre lequel de nombreuses réclamations se sont depuis élevées, a transporté le siège de la préfecture à La Rochelle.

PONS, sur la Seugne, ch-l. de cant., à 5 l. 1,2 S. de Saintes. Pop.3.726 habit. Pons est une ville ancienne. En 1242, Louis IX, après la bataille de Taillebourg, y reçut Hugues de Lusignan, comte de la Marche et sa femme, Isabeau d’Angoulême, veuve du roi d’Angleterre, qui furent réduits à implorer sa clémence. En 1293, il s’y tint un concile au sujet des décimes extraordinaires accordés par le clergé à Philippe le Bel. Pons fut longtemps en possession par des seigneurs qui prenaient titre de sires, et qui étaient vassaux directs du Roi. La ville avait eu un château que Richard 1er d’Angleterre avait fait détruire. Elle était fortifiée et fut, dans les XVIe et XVIIe siècles, une des places fortes des calvinistes qui la rendirent à Louis XIII après la réduction de Saint Jean d’Angély. Pons est située sur la crête d’une colline dont la Seugne baigne le pied ; la partie haute se nomme Saint Vivier, et la partie basse Aires ou Saint Martin. La ville se compose principalement d’une rue qui a presque une demi lieue de longueur, et qui suit la grande route de Saintes à Bordeaux par Blaye. L’ancien manoir des sires de Pons couronne le haut de la colline ; le château, bâtiment propre et joli, loge la mairie, à côté s’élève une énorme forteresse carrée, de 30 mètres de hauteur, vieux manoir féodal qui sert de prison. Le jardin du château est devenu une promenade publique d’où l’on domine la vallée de la Seugne.

SAINT ROMAIN DE BENET (canton de Saujon), à 4 l. 1,2 N.-O. de Saintes. Pop 1.325 hab. Le territoire de cette commune renferme, au village de Toulon, un des monuments antiques les plus curieux du département. C’est celui qu’on nomme Pire-longue, espèce de tour carrée surmontée d’une petite pyramide conique. La tour est bâtie en moellons, et la pyramide composée de sept assises de pierre de taille, offre une surface couverte de rigoles creusées symétriquement. La pire-longue a 74 pieds de hauteur, et chacun de ses côtés 18 pieds de longueur. On a fait de nombreuses conjectures sur ce monument. Le uns, La Sauvagère entre autres, disent que c’est une tour élevée par Longinus, lieutenant de César, en mémoire d’une bataille gagnée par son général. Millin pense que c’est un mausolée, et que le nom de Pire-longue, Pyra-longua, a rapport à sa construction pyramidale. Enfin, M. de Vaudreuil croit que c’est une tour, comme la Pile de Cinq Mars, sur les bords de la Loire, destinée à supporter un fanal et au sommet de laquelle on montait par des degrés extérieurs qui ne s’y appliquaient qu’au besoin. D’après M. de Vaudreuil, une tour pareille  à celle de Pire-longue existerait dans la commune d’Elbeon, à 5 l. N.-E. de Saintes, dans l’arrondissement de Saint Jean d’Angély. Non loin de Pire-longue, on remarque, au milieu d’un camp romain connu sous le nom de Camp de César, les ruines d’une tour antique dont les murailles ont encore12 pieds de hauteur et 7 pieds 1,2 d’épaisseur. Cette tour était entourée d’une enceinte particulière, formée par un fossé. Le camp, placé sur un plateau élevé, est entouré de fossés d’environ 30 pieds de profondeur.

SAINT VENERAND, à 2 l. 1,2 N.-E. de Saintes. Pop. 360 hab. Cette petite commune n’offre de remarquable qu’une source, en quelque sorte souterraine, puisqu’elle jaillit dans une ancienne carrière de 40 pieds de profondeur et de quelques toises de longueur, où l’on ne peut descendre qu’à l’aide d’échelles. Cette source curieuse sort d’une grotte située dans le flanc d’un rocher taillé à pic. Elle fait tourner un moulin situé aussi au fond du gouffre, et disparaît ensuite dans le sein de la terre.

SAUJON, sur la Seudre, ch-l. de cant., à 5 l. O.-S. de Saintes. Pop. 2.122 hab. Ce bourg, situé à cinq lieues et demie de la mer, au point où la Seudre commence à être navigable, est assez  commerçant ; mais a beaucoup perdu de son importance passée. On y trouve quelques restes de constructions romaines. C’était autrefois une ville forte, où le cardinal de Richelieu avait fait bâtir un château. D’après les projets de ce ministre tout-puissant, cette ville était destinée à une grande prospérité. Le cardinal se proposait d’y faire aboutir un canal qui aurait communiqué de la Gironde à la Seudre, par le vallon de Méchers, et épargné ainsi aux chasse-marée et aux petits navires, la sortie quelquefois si difficile de l’embouchure de la Gironde. La mort de Richelieu fit ajourner ce projet qui depuis deux siècles attend son exécution.

SAINT JEAN D’ANGELY, sur la rive droite de la Boutonne, ch.-l. d’arrond., à 24 l. 1,2 S.-E. de La Rochelle. Pop. 6.031 hab. Sur le site où est aujourd’hui cette ville, s’élevait jadis un château magnifique, demeure des ducs d’Aquitaine qui l’avaient fait construire. Pépin-le-Bref le détruisit et le remplaça par un couvent de bénédictions (nommé Angertacum, d’où par corruption Angeri et  Angeli) auquel il donna la tête de saint Jean d’Edesse qu’on lui avait envoyé d’Orient, et non celle de Saint Jean Baptiste, comme le croient les habitants de la ville. Un bourg se forma autour du monastère et fut peu de temps après saccagé par les Sarrasins. Néanmoins, il répara ses ruines, et obtint, dès 1204, le titre de ville. Saint Jean d’Angély ayant chassé les Anglais et s’étant donné, en 1372, au roi de France, reçut de grands privilèges. En 1472, le duc de Berri, frère de Louis XI, y mourut empoisonné. Ses habitants adoptèrent presque tous le calvinisme. En 1570, le duc d’Anjou assiégea et prit la ville, après trois mois de siège. Les protestants la reprirent et la gardèrent jusqu’à Louis XIII, en 1621, s’en rendit maître malgré la vigoureuse résistance ; il  la traita avec rigueur, lui ôta ses privilèges, abattit ses murailles et ordonna qu’elle serait désormais nommée Bourg-Louis ; mais l’ancien nom a prévalu. Outre la mort du frère de Louis XI, un autre crime signala Saint Jean d’Angély. En 1588, Henri de Bourbon, prince de Condé, y fut empoisonné par sa femme, la princesse de la Trémouille. La ville est située agréablement, au milieu de terrains riches en vignobles, à l’endroit où la Boutonne commence à être navigable pour des bateaux de 30 à 40 tonneaux. Ce fut jadis une place forte ; il ne lui reste presque plus rien de ses anciennes fortifications. Elle renfermait encore, il y a quinze ans, des moulins à poudre célèbres qui firent explosion en 1820, renversèrent les maisons d’un faubourg et ébranlèrent presque toute la ville ; depuis lors, ces moulins n’ont pas été rétablis. Saint Jean d’Angély s’est beaucoup embellie depuis ce désastre ; elle est propre, assez bien bâtie, et possède un hospice, une belle halle dont l’enceinte est formée par une petite colonnade, un beau collège, une salle de spectacle, des bains publics, d’agréables promenades, etc. 

TAILLEBOURG, sur la rive droite de la Charente, à 3 l. 1,2 S.-O. de Saint Jean d’Angély. Pop. 540 hab. Ce bourg, fort ancien, doit son origine à un château fort ; construit sur un rocher et destiné à défendre le passage de la Charente ; il portait dans le XIIe siècle, le nom de Tailleburgus. On y voit encore les restes du vieux pont. Taillebourg est célèbre par la victoire que Saint Louis y remporta  en 1242 sur les Anglais. Aux environs, et dans la commune de Geay, se trouve le dolmen de Civrac, élevé d’environ 3 pieds au-dessus de la terre, et dont la table supérieure a 13 pieds de tour su 18 pouces d’épaisseur. La tradition rapporte qu’après la bataille, Saint Louis se reposa et dormit sous ce monument druidique. Des fouilles faites au pied du dolmen de Civrac ont fait découvrir une de ces haches en silex dont les prêtres gaulois se servaient dans leurs sacrifices.

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Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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HISTOIRE

Les deux provinces, la Saintonge et l’Aunis qui, en 1790, ont formé le département de la Charente Inférieure, étaient habitées, avant l’invasion romaine, par les Santones et les Aulni . Après la conquête, sous les empereurs, ce pays fut compris dans la seconde Aquitaine. A la chute de l’empire, il passa successivement sous la domination des Visigoths et sous celle des Rois francs. Continuant à faire partie de l’Aquitaine, il partagea les vicissitudes de cette grande province qui fit d’abord partie du royaume de Septimanie et forma ensuite un duché gouverné par les descendants de Charibert, arrière-petit-fils de Clovis. Ce duché fut érigé en royaume par Charlemagne, et la Saintonge en fit partie. En 850, les Normands commencèrent à désoler la Saintonge et l’Aunis ; leurs dépravations durèrent jusqu’en 890. La Saintonge eut des comtes particuliers sous les rois de la seconde race. Landry, comte de Saintonge, vivait sous Charles-le-Chauve et fit la guerre à Emenon, comte d’Angoulême. Cette province passa ensuite sous la domination de Foulques Néra, père de Geoffroi-Martel, comte d’Anjou. Guillaume VII, duc de Guyenne, s’en empara après la mort de ses frères. Eléonore de Guyenne que Louis VII répudia, la porta par son mariage à Henri II, roi d’Angleterre. La Saintonge, après la condamnation de Jean-sans-terre, fut réunie à la couronne par Philippe Auguste. Les anglais essayèrent de la reprendre, mais ils furent, en 1242, battus à Taillebourg par Louis IX. Les rois de France en conservèrent la possession paisible jusqu’au moment où elle fut rendue aux Anglais par le traité de Brétigny. En 1370, la Guyenne s’étant révoltée contre Edouard, prince de Galles, et ayant cité ce prince au parlement de Paris, on confisqua la province, et Charles V en fit prendre possession par Duguesclin ; néanmoins, la Saintonge et l’Aunis ne furent entièrement affranchies de la domination anglaise que sous le règne de Charles VII. Paisibles jusqu’à l’époque où le calvinisme s’étendit en France, ces provinces furent, dans les XVIe et XVIIe siècles, en proie à toutes les horreurs des guerres civiles et religieuses. Une longue tranquillité a suivi la prise de La Rochelle ; on a même remarqué que le département est un de ceux où la Révolution a causé le moins de trouble et de fermentation, bien que quelques communes limitrophes de la Vendée et des Deux-Sèvres aient pris momentanément part aux guerres civiles de 1793 à 1795.

ANTIQUITES

Le département renferme plusieurs monuments druidiques ; ce sont des dolmens, des menhirs et des tombelles. Parmi les dolmens, on remarque ceux de Civrac (près de Geay), de la Pierre-Grise (près de Cognac), de la Jarne (près de La Rochelle) ; etc. Nous ne connaissons que deux menhirs dans la Saintonge, celui de Monac (près de Pons), et la Grande Bonne (à la Frenade). Les tombelles sont plus nombreuses ; nous citerons le Terrier de la Fade (ou de la Fée), situé dans l’île Courcoury, près de Saintes ; le Terrier du Peu (dans la commune de Saint Saturnin de Séchaud) est de forme conique et couvert de bois touffus ; on trouve à son sommet une espèce de cratère en forme de puits, mais sans revêtement de maçonnerie et qui paraît descendre jusqu’à sa base. On compte environ une quinzaine de ces tombelles dans le département, et on les considère comme des monuments élevés après quelques batailles aux guerriers morts pendant l’action. Parmi les autres antiquités celtiques du pays, on cite des médailles d’or trouvées dans l’île Courcoury ; les souterrains taillés dans le roc, découverts à Jonzac, dans le siècle dernier, et qui renfermeraient des chambres ou niches sépulcrales contenant des ossements ; enfin, il existe en Saintonge, souvent en rase campagne et au milieu des bois, des souterrains creusés par la main des hommes, à une époque fort reculée et où le peuple des campagnes croit qu’un veau d’or est caché. On voit un de ces souterrains à Saint Saturnin, près de Saintes ; on y descend par une espèce de puits entouré de bois qu’on nomme Fosse Marmandrèche.

Les monuments de l’époque romaine sont également très multipliés ; ce sont des voies militaires, des camps, des tours à fanaux, Pire-Longue et la Pile d’Ebeon ; des ponts antiques, d’anciens forts, etc…On a trouvé, dans un grand nombre  de localités,  des monnaies,  des médailles, des ustensiles, des armes, des vases, des débris de poterie, des fragments de sépulture, etc…mais les antiquités les plus remarquables du département sont les restes des édifices qui décoraient Mediolanum Santonum, aujourd’hui Saintes : amphithéâtre, arc triomphal, aqueduc, bains, etc. Il paraît que le culte d’Isis était en honneur chez les Santones, car on a trouvé dans cette ville plusieurs idoles égyptiennes et le tombeau d’une prêtresse isiaque.

Les antiquités qui appartiennent au moyen âge sont les ruines d’anciens châteaux forts, de vieilles abbayes, le portail et le clocher de plusieurs églises. Le monument le plus curieux de cette époque était le Monument de Moïse (non loin de Rochefort), dont nous parlons plus loin avec détails, et qui a été longtemps considéré comme un édifice élevé par les Juifs.

MŒURS, CARACTERE, ETC.

Les habitants du département de la Charente Inférieure sont actifs, laborieux, naturellement portés pour les entreprises maritimes et les spéculations commerciales, ce qui leur donne un caractère hardi et entreprenant auquel s’allie heureusement un jugement sain, et une grande sagacité et l’habitude de réfléchir avant de commencer à agir ; mais aussi par une résolution ainsi méditée et formée à l’avance, ils acquièrent une plus grande fermeté dans l’exécution et une ténacité qui les fait réussir quand d’autres, rebutés par les difficultés, échoueraient. A toutes les époques, le littoral, ou l’Aunis, a fourni d’excellents marins et l’intérieur, ou la Saintonge, de très braves guerriers. Nous faisons cette distinction sans qu’il faille croire, néanmoins, que l’Aunis ne fournirait pas de très bons soldats et la Saintonge d’habiles marins. Dans les deux pays se sont d’ailleurs toujours trouvés des hommes propres à réussir dans toutes les carrières, aptes à l’étude des sciences et à la culture des lettres. Le goût des occupations intellectuelles y est généralement répandu dans les villes. Les habitants des campagnes sont bons, francs et hospitaliers, laborieux et patients, intelligents quoique conservant encore un assez grand nombre de préjugés superstitieux, religieux mais tolérants et vivant en bonne harmonie avec leurs voisins d’une communion différente. Ceux du littoral se font surtout remarquer par la propreté qui règne dans leurs habitations et dans leurs villages, dont l’aspect annonce l’aisance, le bonheur et la gaieté.

Lorsqu’on quitte Bordeaux, dit M. de Vaudreuil, et qu’on traverse la Gironde, on retrouve chez les habitants de la rive droite, les costumes bordelais ; mais on s’étonne d’entendre un langage tout nouveau. Ce n’est plus le langage rapide et accentué de l’Aquitaine, c’est un idiome français assez lourd et qui paraît d’autant plus désagréable qu’on le comprend mieux que le gascon. On compte sans doute une très grande variété de patois, depuis le Médoc jusqu’aux Pyrénées, mais tous ces dialectes sont de la même famille et tranchent tellement avec ceux que l’on parle au nord de la Gironde, que le paysan du Médoc, qui ne sait que son patois, serait moins embarrassé de se faire comprendre dans le Béarn ou dans les Cévennes que dans la Saintonge, dont la sépare seulement un trajet de deux à trois lieues. De son côté, le paysan de Saintonge sera moins dépaysé en Normandie ou en Champagne qu’en Médoc ou en Périgord. 

La constitution physique des habitants, leur costume, la culture du pays, les produits de la végétation, les animaux, les poissons, les substances fossiles, offrent, entre le Bordelais et la Saintonge, des différences qui ne sont pas moins piquantes pour l’observateur que le changement de langage. La masse de la population, en Saintonge, a peut-être la taille plus élevée et le teint plus blanc que celle des Bordelais ; mais les hommes y sont moins bien faits et moins exempts de défauts physiques que leurs voisins. Le Saintongeois  a les épaules larges et hautes, souvent trop, il a les bras forts et nerveux, mais il pèche fréquemment par les jambes qui sont trop grêles pour le corps. L’avantage de la taille n’appartient pas d’ailleurs dans les deux pays aux même classes de la société; dans le Bordelais, les hommes les plus grands et les mieux faits se trouvent parmi les riches propriétaires des campagnes et les bourgeois aisés habitants des villes. En Saintonge, ces deux classes ne sont généralement pas composées d’hommes grands ; c’est parmi les paysans et les artisans aisés que se trouvent les plus beaux hommes. Les femmes sont loin d’avoir en Saintonge la tournure leste et vive des Bordelaises ; elles leur cèdent aussi sous le rapport de la taille ; mais elles rachètent ce désavantage par la délicatesse des traits et l’éclat du teint.

Quant au costume, les différences n’existent et ne peuvent exister que parmi les classes laborieuses des villes et des campagnes qui ont quelque fixité dans leurs habillements et ne sont pas soumises aux changements rapides de la mode. Les paysans du Bordelais portent des chapeaux à bords étroits, ceux de Saintonge ne le cèdent qu’aux habitants du Berri pour l’ampleur de leur coiffure. Les femmes de campagne, dans le Bordelais, mettent des mouchoirs de couleur sur leur tête, celles de Saintonge ont des coiffes blanches (1).

Elles ne diffèrent pas moins dans la manière de porter leurs fardeaux, les premières portant tout sur leur tête, les autres ne se servant que de leurs bras.

Les habitants de la Saintonge ont conservé un grand nombre d’usages et de préjugés qui remontent à une haute antiquité. Ils portent encore, hommes et femmes, la  cape, espèce  de petit  manteau à capuchon, si célèbre chez les Romains sous le nom de bardo cumullus ou cucullus santonicus. Ce vêtement commode qui avait été adopté par plusieurs autres peuples de la Gaule, se retrouve encore chez les habitants des landes ; les femmes de l’Armagnac et du Bigorre l’ont aussi conservé. Les enfants saluent encore, le premier jour de l’année, en criant dans les rues et dans les campagnes : Au gui l’an neuf. Les paysans saintongeois croient fermement à l’existence des fées qu’ils nomment fades, bonnes, filandières, parce qu’ils supposent qu’elles portent toujours un fuseau et une quenouille; ils prétendent qu’on les voit errer dans les campagnes, au clair de lune, sous la forme de vieilles femmes et ordinairement au nombre de trois. Ils leur attribuent la faculté de prédire l’avenir, et le pouvoir de jeter des sorts. Les bonnes gens du village disent les avoir vues souvent, assises en groupes auprès de quelques fontaines solitaires, filant leur quenouille et vêtues de robes d’une éclatante blancheur. Leurs apparitions ont lieu particulièrement sur les bords de la Charente, près des grottes de la Roche-Courbon, de Saint–Savinien, des Arciveaux, etc. Les paysans croient aussi aux loups-garous aux sorcières et aux sorciers qu’ils nomment ganpotes et gepotes, et auxquels ils attribuent le pouvoir de se métamorphoser à volonté en toute espèce d’animaux. Ils croient que les esprits de ceux qui sont morts errent autour de leurs tombeaux. Les cris du hibou sont pour eux un funeste présage. Ils ont des jours fastes et néfastes ; pendant ces derniers, ils s’abstiennent de voyager, de semer, etc. Ils ont conservé des traces précieuses des idées, des anciens sur l’inviolabilité des hôtes et sur les lois de l’hospitalité.

(1) Les femmes de Rochefort ont des bonnets d’une hauteur et d’une ampleur remarquables.

Le grillon qui habite leur foyer, l’hirondelle voyageuse qui attache son nid à leur toit, sont considérés presque comme des membres de la famille. On apprend aux enfants à les respecter

LANGAGE

Le département se trouve sur la limite qui séparait autrefois la langue d’oc de la langue d’oïl. Il appartient à la région septentrionale où cette dernière était la langue usuelle. Ses divers patois renferment donc, avec des termes celtiques et quelques expressions d’origine anglaise, beaucoup plus de mots français que de mots latins ou espagnols. Les populations de la Saintonge et de l’Aunis sont des populations autochtones, pures de tout mélange avec les conquérants, Visigoths, Gascons, Sarrasins, etc…qui se sont établis dans d’autres parties de la France. Quelques Normands seuls se sont fixés dans le pays au milieu du IXe siècle.

Nous allons citer quelques fragments des trois principaux patois en usage dans le département.

Patois de Saintes                        texte français

In houme avait deux fail          un homme avait deux fils

Le pus jéne dicit à son père   Le plus jeune dit à son père

« Mon père, baillez-me tout   «Mon père, donnez-moi ce qui

mon dret de voutre benn »     doit me revenir de votre bien »

Et le père leur partageait     Et le père leur fit le partage

Tout son benn                     de son bien.

Patois de La Rochelle          Patois de Marennes

In houme ayant deux            In houme avoit deux

cheuts d’enfants                       cheuts d’enfants

Le deré des deux dissit           Le pus jenne dicit à son

Coume ça à son cher             père : « mon père, baillez-

Père de li partager la             me le benn qu’i deus avoir

Goulée de bin de soun           pre mon lot » Et i leus fasit

Héritage.                   Le partage de son benn.

 

NOTES BIOGRAPHIQUES

Parmi les hommes qui par leur naissance appartiennent au département, on peut citer :

En hommes de guerre et marins : l’héroïque GUYTON, maire de La Rochelle pendant le siège de cette ville par Richelieu ; un des compagnons de guerre de Henri IV, Agrippa d’AUBIGNE, poète et historien ; les amiraux Barin DE LA GALISSONNIERE, vainqueur de Byung devant Minorque, DUPERRE qui commandait la flotte à l’attaque d’Alger ; LATOUCHE-TREVILLE, MARTIN, SAVARY, etc. le capitaine DUPAVILLON, tacticien habile, BAUDIN, voyageur célèbre, le général LABASSEE, etc…

En hommes d’Etat et hommes politiques : Raymond PERAULD qui, de simple maître d’école, devint sous Charles VIII, le cardinal GURCK ; Pierre DORIOLE, chancelier de France sous Louis XI, le marquis de BEAUHARNAIS (oncle du prince Eugène, député aux Etats Généraux) ; le médecin GUILLOTIN, membre de l’Assemblée Constituante, savant modeste qui eut le fatal honneur de donner son nom à un instrument de mort, le conventionnel BILLAUD-VARENNES, si tristement célèbre ; les députés ESCHASSERIAUX et AUDRY DE PUYRAVEAU ; le pair de France LEMERCIER.

En savants : DESAGULIERS, habile physicien du XVIIe siècle ; le célèbre REAUMUR ; MERCIER-DUPATY, auteur de mémoires intéressants sur l’histoire naturelle ; le naturaliste LAFAILLE qui a donné à La Rochelle son cabinet d’histoire naturelle ; l’habile agriculteur DE CHASSIRON ; le mécanicien HUBERT ; le minéralogiste et géologue FLEURIAU DE BELLEVUE ; les naturalistes QUOY et LESSON ; le médecin VENETTE, auteur du Tableau de l’Amour conjugal ; le docteur SEIGNETTE, chimiste qui a donné son nom à un sel purgatif (le tartrite de potasse) ; le médecin RICHARD-DESHERBIERS qui a fait don à La Rochelle d’une bibliothèque devenue depuis la bibliothèque publique ; le médecin DOUSSIN-DUBREUIL, connu par divers ouvrages ; l’antiquaire CHAUDRUC DE CRAZANNES, auteur d’un excellent mémoire sur les Antiquités de Saintes ; l’agronome DE VAUDREUIL, voyageur pédestre, écrivain spirituel qui a décrit avec bonheur une partie de la France ; les jurisconsultes IMBERT, LA HAIZE et VALLIN, etc..

En artistes : le peintre GAUFFIER, le sculpteur Charles DUPATY, membre de l’Institut, l’habile graveur naturaliste AUDEBERT ; l’excellent acteur tragique LARIVE ; etc..

En littérateurs : le célèbre bibliographe du XVIIe siècle Paul COLOMIEZ ; l’historien PRIOLI ; Olivier POUPARD, traducteur d’Hippocrate et de Galien ; Jean DE SPONDE, traducteur d’Homère et d’Hésiode ; le poète latin Jean LEZEAU ; l’historien ESPRINCHARD ; l’abbé TALLEMANT, traducteur médiocre de Plutarque, TALLEMANT DES REAUX qui ne fut longtemps connu que par une épitaphe de Patru et dont on vient de publier des mémoires si curieux et si scandaleux sur la cour de Henri IV et de Louis XIII ; l’oratorien ARCERE, historien de La Rochelle ; le président DUPATY, connu sur tout par ses Lettres sur l’Italie ; son fils le poète Emmanuel DUPATY, le littérateur NOUGARET ; l’évêque de Troyes, Marc-Antoine DE NOE, prédicateur distingué, écrivain remarquable ; un des fondateurs du Vaudeville, le littérateur RABOTEAU, un auteur dramatique, Gustave DROUINEAU, connu par plusieurs succès au théâtre et par divers ouvrages semi-religieux ; etc…

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Prochainement la suite … 

TOPOGRAPHIE
DIVISION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE
POPULATION
GARDE NATIONALE
IMPOTS ET RECETTES
DEPENSES DEPARTEMENTALES
INDUSTRIE AGRICOLE
INDUSTRIE COMMERCIALE
BIBLIOGRAPHIE

 

Extraits de la France Pittoresque – Abel HUGO – 1835  

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