Episode (3) – Marc Dufraisse

Lettre de Marc-Dufraisse au Ministre de l’intérieur              6 juillet 1848

Paris Archives Nationales           F/1bI/331

 

Administration Départementale de l’Indre  

République Française

Liberté, Egalité, Fraternité

                                                    Châteauroux le 6 juillet 1848.

                                 Le Commissaire du Gouvernement près le

                                                              Département de l’Indre.

 

Au Citoyen Ministre de l’Intérieur,

 

Citoyen,

          La réaction poursuit dans l’Indre, son infâme système de calomnies contre ma personne privée et mon passé républicain.

          J’ai été condamné, pour délit politique, en 1834, à une année d’emprisonnement. Je comparaissais sur le même banc que votre collègue, le citoyen Recurt, aujourd’hui ministre des travaux publics, qui vous édifiera, si vous jugez utile, sur la nature du délit que nous avions commis.

          Eh bien, des misérables, dénaturant le caractère de ma condamnation, m’imputent à toute une peine honorable, comme une blessure reçue dans le combat; et ils répandent le bruit que je suis un forçat libéré, un échappé du bagne & … et que le gouvernement va me frapper d’une révocation méritée par mon immoralité.

          Je n’ai pas pu remonter, qui à ce jour, à la source d’où découlent ces calomnies ignobles, j’ai chargé la police de rechercher les auteurs de cette lâcheté insigne; et quand ils seront découverts, je me concerterai avec vous sur la conduite que j’aurai à tenir.

          Ces gens de Châteauroux, en vérité, sont encore plus absurdes que méchants. Ne voilà-t-il pas qu’il me font un crime d’une lettre qui m’a valu d’être tenu en suspicion pendant douze ans sous la monarchie déchue.

          Je n’ai pas cette lettre sous les yeux ; je ne me rappelle pas les termes; mais voici son esprit.

Après l’exécution de Fieschi, de Pépin et de Morey, j’écrivis à un ami une lettre qui n’était pas destinée à la publicité et qui a vu le jour parcequ’elle fut saisie, quelques temps après sa réception, chez son destinataire, impliqué dans l’affaire dite des Poudres.

          Cette lettre faisait à chacun des condamnés, sa part légitime. J’épanchais mon mépris pour Fieschi, je blâmais le rôle de faiblesse et de délation rempli par Boireau. Je déplorais la puisillanimité de Pépin, mais je relevais son attitude courageuse au dernier moment. Enfin, je laissais échapper quelques paroles de sympathies pour le vieux Morey.

          Ils me font un crime de cette lettre, comme si l’on ne devait avoir conquis les grands principes républicain qu’en rimant des épithalames.

          Il serait  assez singulier que cet écrit, qui m’a valu les persécutions de la Monarchie, ne méritât aujourd’hui, la réprobation de la République.

          Je rechercherai cette lettre dans le moniteur & je vous adresserais une copie. Ce petit facteur doit être chaud comme mon cœur de républicain de 23 ou 24 ans, mais j’aime à croire que si cette pièce était blâmable au point de vue monarchique, elle ne le sera point, si vous le voulez bien vous reporter à l’âge que j’avais quand je l’écrivis, à l’amertume de mon âme de persécuté, à la fougue et à l’aigreur de mon caractère de proscrit.

                             Salut et fraternité. Le préfet de la République.

                                                                         Marc Dufraisse.

 

Adhérent-CGMA-Joël-007

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