Archives quotidiennes : 27 juillet 2009

Mme Veuve Le Breton. Une « Globe-trotter » de 94 ans !

Portrait : Une « Globe-trotter » de 94 ans !    1er septembre 1976

(Marie Alléaux veuve d’André Lebreton)

Lire également les  articles précedents sur Joséphine Liège d’Iray la belle mère, André Le Breton, le mari

         La formule habituelle des personnes âgées « Quand vous aurez mon âge » est souvent une formule de défaitisme et de résignation devant le cortège des malaises et des ennuis qui accompagne d’ordinaire la vieillesse. Mais j’ai eu la preuve que cette formule peut-être un défi lancé à la jeunesse comme à la vieillesse, grâce à une habitante de Beaumont, Mme Lebreton, âgée actuellement de 94 ans ! Mme Lebreton qui habite le domaine de « La Jarraudière », est en effet une exceptionnelle vieille dame au regard bleu, pétillant, qui depuis presque un siècle n’a jamais cessé de voyager, jusqu’à cette année encore.

         Elle est née en 1882 à Mustapha en Algérie où son père était Inspecteur d’Académie et où elle n’oubliera jamais cette région fantastique où elle reste jusqu’à 12 ans dans un climat de bonne entente avec les enfants kabyles qui partagent ses jeux. A cette époque elle revient régulièrement en France et visite avec ses parents l’Europe entière. Jusqu’à 27 ans, elle profite d’une liberté exceptionnelle pour une femme de cette époque et elle fréquente l’Université où, dit-elle « nous n’étions alors que deux femmes dans l’amphithéâtre ». Elle voyage aussi beaucoup en Europe ou en Afrique, la plupart du temps seule ou avec ses parents. C’est à la Sorbonne où elle prend des cours, qu’elle rencontre son mari, un brillant professeur et conférencier, contemporain  et ami du philosophe Bergson et de nombreux écrivains. De 1909 à 1931, elle mène aux côtés de son mari, une vie mouvementée, toujours en voyage puisque M. Lebreton est chargé de mission à l’étranger surtout pendant la période de 14-18. C’est ainsi qu’ils séjournent dans divers pays, fréquentant les plus hautes personnalités politiques du temps. Ils passent notamment une année au Caire, puis à l’Institut français de Madrid et une autre année en Amérique du Nord. A partir de 1931, date de la mort de son mari, Mme Lebreton qui a quand même eu le temps d’élever trois enfants, va continuer cette surprenante existence de globe-trotter soit seule, soit en voyages organisés, elle va presque accomplir, au rythme de deux ou trois voyages par an, le tour du Monde. Elle retourne plusieurs fois entre 45 et 55, en Algérie et traverse tout le Sahara seule avec un chauffeur et un boy dans les camions de transports de la S.A.T qui sillonnent le désert : « Je me souviendrai longtemps d’un coucher de soleil merveilleux  dans les rochers noirs de la région volcanique de Tademaï. C’était presque irréel », me dit-elle. Dans les années 60, elle visite successivement le Mali, le Japon, Bangkok, pendant six semaines où, dit-elle « je revois un extraordinaire clair de lune sur les temples d’Angkor  devant lesquels on exécutait pour nous des danses sacrées ».

         En 1966, nous la retrouvons en Chine : « Là j’ai eu pas mal d’ennuis, car voulant toujours voir ce qui est interdit, j’échappais sans cesse à nos guides ».

         A cette même époque elle visite les Philippines, plusieurs fois les Indes et d’autres pays d’Asie comme le Népal et le Cachemire qui lui laissent un souvenir ineffaçable. « Notez bien, me dit-elle , que j’ai aussi beaucoup aimé la Russie, surtout les promenades sur la Volga. J’y suis également retournée plusieurs fois.

         Mais j’aime tout autant me ressouvenir de mon voyage au Kenya il y a cinq ans et de celui de Madagascar l’année dernière et il y a deux ans. Dans ce pays j’ai obtenu un permis de séjour de deux mois alors qu’il n’était ordinairement que de neuf jours et cela parce que j’avais accordé une interview à un journal de Tananarive ». Après Madagascar, Mme Lebreton s’est envolée tranquillement vers les Comores.

         Cette année encore au mois de février, notre infatigable voyageuse était en Guadeloupe où dit-elle, « la Soufrière commençait déjà à faire parler d’elle ». Malgré moi une question me monte aux lèvres : « Quels sont les pays que vous n’avez pas visités ? ». Mme Lebreton sourit : « Eh bien, l’Australie, l’Amérique du Sud à l’exception du Brésil, et l’Amérique Centrale ». Je reviens à la charge : « Alors, c’est pour l’année prochaine ? ». La réponse cette fois arrive sur un ton changé : « Hélas, je ne crois pas car je ne me sens plus aussi bien depuis quelques temps et je crains désormais de me trouver mal, aussi je vais sûrement ne plus bouger de ma maison. Je m’occupe d’ailleurs, en lisant et en traduisant en braille des textes pour les aveugles ». Je demande encore : « Ecrirez-vous un jour le récit de vos voyages ? ». Mme Lebreton secoue énergiquement la tête : « Sûrement pas. Qui voulez-vous que cela intéresse ? J’ai vécu d’une certaine manière et mes souvenirs ne regardent que moi ».

         Ces souvenirs ne peuplent pas seulement la mémoire de Mme Lebreton, car la vieille maison qui date du XIIIe siècle en est pleine : peaux d’animaux sauvages, tapis d’Orient, objets de cuivre d’Algérie ou statuettes d’Afrique Noire côtoient les portraits sévères des ancêtres de Mme Lebreton. C’est après les avoir contemplé que nous sommes sorties dans le grand parc aux arbres bicentenaires et que j’ai quitté perdue dans ses pensées, une vieille dame étonnamment jeune de 94 ans.                      J.R.

Adhérent-CGMA-Joël-007

Poster un commentaire

Classé dans A lire, Adhérents, Anecdotes, Généalogie des adhérents