Lettre testament de Joséphine Liège d’Iray

 
Lettre testament de Joséphine Liège d’Iray ,

Puychevrier juin 1898

 

Prière de lire ceci de suite après ma mort, – et de faire ce que je demande J. Liège d’Iray

Puychevrier juin 1898

Je prie mes chers enfants ou ceux qui seront près de moi au moment de ma mort de me laisser pour m’ensevelir dans le costume de jour ou de nuit avec lequel je serai morte, sans me faire une toilette ou changement quelconque très pénibles pour ceux qui font les soins de propreté (et de désinfection, si c’est utile) c’est assez. Je demande seulement qu’on ferme mes yeux et ma bouche et qu’on rabatte le drap, de suite, sur ma figure pour ne plus reparaître devant ceux qui m’ont aimé vivante. J’ai toujours redouté, comme ma grand-mère d’être enterrée vivante, ayant quelquefois, comme elle a des syncopes, je demande qu’on veuille bien s’assurer si je suis bien morte avant de m’enterrer.

Une tombe est toute prête parce que j’ai vu l’espace qui me restait un peu juste, une seconde tombe n’aurait pu tenir. On n’aura qu’à ôter les deux longues pierres qui soutiennent la tombe pour me placer près d’Henri. J’ai brûlé presque toutes mes lettres anciennes, sauf quelques unes des enfants que je n’ai pas le courage de détruire pour un motif ou un autre. Je prie mes enfants de brûler toutes celles qu’ils retrouveront à moins qu’ils désirent en conserver certaines; ils ont … toute une vie et je ne vois aucun inconvénient à ce qu’ils reprennent leurs lettres ou d’autres qui les intéressent.

En dehors des lettres, j’ai pu oublier de brûler certaines notes ou réflexions inspirées par des déceptions ou chagrins à des époques troublées. Je désire qu’on les brûle, si l’on en retrouve, sachant par expérience que la paix générale en famille peut-être compromise par des lettres ou notes renfermant quelques mots vifs ou blessants pour les uns ou les autres.

Je ne laisse aucune dette pouvant porter ce nom; si je dois quelques francs en mourant, pour des comptes courants, les enfants les paieront. Pour les petits objets que j’aurai à laisser, indépendamment de la famille, à ceux qui m’ont aimé ou servi, j’en ferai une note à part, et on aura le temps de s’en occuper plus tard.

Pour mon enterrement pas de couronnes.

Si personne de la famille ne se trouvait près de moi au moment de ma mort, on demanderait à bonne mère Stéphanie les conseils nécessaires.

Si je mourrai assez subitement pour n’avoir pu prévenir moi-même mon fils que je suis malade, on lui enverra une dépêche : Capitaine Liège d’Iray 1×7, rue Saint-Dominique. On mettra dans la dépêche :

« Madame est malade » quelques heures après (au moins cinq à six heures) on lui en enverra une autre disant : « Madame est morte »

Je prie Eugénie et Amirault de dire à Monsieur Louis qui ne connaît pas les usages du pays, ce qui se fait pour les invitations à l’enterrement, le prix des femmes qui vont les faire, puis l’usage pour les porteurs, leur prix, les frais que leur paie pour s’aller rafraîchir au cabaret quand ils ont déposé le cercueil à l’église, chaque localité à ses usages et je désire que ceux de Beaumont soient observés. J’ai déjà demandé « pas de couronnes » je le répète.

Pour le pain des pauvres j’en ai donné 350 livres pour l’enterrement de Monsieur.

Je désire qu’on en donne par moitié à Mr Descoux de la Tricherie qui a été longtemps notre boulanger et Mr Fougereu de Beaumont

 
 

Joséphine Liège d'Iray

Joséphine Liège d'Iray

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3 Commentaires

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3 réponses à “Lettre testament de Joséphine Liège d’Iray

  1. Claude Pandar

    Magnifiques courriers que j’ai approfondi aujourd’hui (je fais le tour du Blog, si je puis dire).
    Cette mère était pleine de sagesse, lucidité et
    délicatesse vis à vis de tous, et on comprend combien ce fût dur pour son fils de perdre une personne si attachante.
    Merci Joël pour ces découvertes toutes différentes

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  2. Claire ledresseur

    Quelle émotion à la lecture de ces 2 lettres.
    femme de caractère mais très soucieuse de sa famille et des autres certainement beaucoup d’amour avec pudeur. et les lettres sont si bien écrites.

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  3. Brigitte

    Je ne sais pas qui était Joséphine (à part le fait d’être la mère d’André Le Breton),mais elle devait être une femme pleine d’attentions et de délicatesses
    envers ceux qui l’entouraient.Elle parait aussi pleine de sagesse.Je pense que j’aurais bien aimé la connaitre !!!J’étais émue de lire sa lettre ainsi que celle de son fils.
    Merci Joël

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