M09-20171121 – Exposé de Maryse, « Quand un maçon quitte sa Creuse…. »

Changement de vie : Quand un maçon quitte sa Creuse….

Fin septembre j’ai visité la petite ville de Briare dans le Loiret.
Ravissante localité fleurie,  située près de Giens, elle est connue pour ses canaux, son pont – Canal et ses émaux.
Son usine d’émaux  a été créée et développée par la famille BAPTEROSSES originaire de la Creuse et plus particulièrement d’Ars.
Mon arrière grand- mère est originaire de cette région et une partie de mes recherches généalogiques porte sur ce département.
D’Ars en Creuse à Briare un chemin qui interpelle et mérite quelques explications ..
Léonard Bapterosses est né à Ars en Creuse en 1739.
Ars est une petite commune de la Creuse située entre Aubusson et Ahun.
Il est issu de Jean Bapterosse né en 1702 à Saint Sulpice des Champs, décédé en 1748 et de Léonarde  Flagornet  née en 1705 à Ars ou elle est décédée 81 ans plus tard.
Orphelin de père,  il a fait son dur apprentissage de maçon.
Léonard Bapterosses devint maitre maçon et monta à Paris.
Contrairement aux autres creusois il ne revint pas.
Pour comprendre la raison de ce départ  remontons dans le temps et regardons à quoi ressemblait la Creuse à cette époque.

La CREUSE

En 1739 la Creuse fait partie de la Marche.
En effet le département de la Creuse fut créé en 1790.
La nouvelle organisation territoriale entraina la disparition des provinces de l’ancien régime dont la Marche.
La Marche est une région historique et culturelle française, correspondant à une ancienne province et dont la capitale est Guéret. La Marche fut aussi un comté.

La province correspondait :

– au département actuel de la Creuse, à l’exception de Boussac et de ses environs, qui faisaient partie du Berry.

-à une bonne partie de la Haute-Vienne dans l’arrondissement de Bellac

– à  des paroisses de l’Indre, de la Vienne et de la Charente.

Carte de la province de la Marche

 


Carte de la Creuse

La Creuse relève de la Généralité de Limoges.

de la Corrèze (19),
de la Creuse (23)
et de la Haute-Vienne (87).

Elle est située en totalité dans la partie nord-ouest du Massif central et intègre l’ancienne subdivision de la Marche

Elle est située en totalité dans la partie nord-ouest du Massif central et intègre l’ancienne subdivision de la Marche
Ses habitants sont appelés les Limousins ou parfois Lemovices (dérivé de l’occitan local).
en 1750 la Creuse c’est :
.une absence de routes ou mauvais état des routes
.des sols pauvres
. peu de ressources naturelles
.un climat humide et froid
→ peu d’agriculture et peu de commerce
→ les paysans creusois quittent leur pays.
C’est donc la misère et la petite taille des exploitations agricoles qui ont amené les paysans à partir de leurs villages à la recherche de revenus supplémentaires. L’argent rapporté des chantiers, permet d’acheter de nouvelles terres et surtout de rembourser les dettes.
 On ne peut pas parler de la Creuse sans évoquer les réformes de  Turgot qui se préoccupa du sort des creusois :
Anne Robert  Jacques Turgot, dit « Turgot » ( 1727- 1781 )  a été l’intendant du Limousin pendant 13 ans, de 1761 à 1774, avant de devenir contrôleur général des finances pendant deux ans (1774-1776).
 Qu’est-ce qu’un intendant ?
Un intendant est, au sens premier, l’administrateur d’un territoire ou d’une institution .En France, sous l’Ancien Régime, l’intendant était un agent du pouvoir royal (commissaire), investi d’un large pouvoir dans une ou plusieurs provinces.

Les réformes de Turgot

En août 1761, Turgot est nommé intendant de la Généralité de Limoges, laquelle inclut certaines des régions les plus pauvres et les plus surtaxées de France.

Il est déjà profondément marqué par les théories libérales de Quesnay et Gournay, et s’emploie à les appliquer autant que possible dans sa province.

– Il réforme la taille en continuant le travail, déjà commencé par son prédécesseur Tourny, de faire un relevé du territoire (cadastre)  afin d’arriver à une estimation plus exacte pour la taille.

La taille est un impôt supporté par les seuls paysans, extrêmement impopulaire.

Il obtient  une large réduction dans la contribution de la province.

–  il supprime les corvées en les remplaçant par une taxe en monnaie levée sur la province entière, la construction de routes étant donnée à des contracteurs, ceci afin d’établir un réseau solide tout en distribuant plus justement les dépenses de sa construction.

–  il encourage l’agriculture et les industries locales, entre autres les manufactures de porcelaine.

En Haute-Vienne, Turgot fut surtout à l’origine de la construction de manufactures de porcelaine et favorisa l’exploitation du kaolin. L’art de l’émail, qui avait fait la réputation de la ville au Moyen-âge, avait quasiment disparu à cette époque. À Limoges, un seul émailleur subsistait dans les années 1760. La découverte d’un filon d’or blanc à Saint-Yrieix-la-Perche permit à l’aventure de la porcelaine de débuter. Turgot l’accompagnera en créant la première manufacture baptisée « Grellet Frères, Massié et Fournérat », le 1er mars 1771.
Grâce à Turgot, Limoges devint célèbre dans le monde entier.
il aide les pauvres : pendant la famine de 17701771, il oblige les propriétaires terriens  à aider les pauvres et particulièrement leurs métayers et organise dans tous les ateliers de la province des bureaux de charité pour fournir une activité à ceux capables de travailler, et un secours aux infirmes.

« C’est bien triste de ne l’avoir plus »

Léon Say économiste et homme politique 1826- 1896
résume l’image qu’a l’intendant avant de partir pour un destin national :
« en 1774, quand il la quitta pour le ministère, les uns prétendirent qu’il s’y était fait adorer, tandis que les autres soutinrent qu’il s’y était fait détester.
Les uns et les autres avaient sans doute raison. La noblesse limousine avait été accoutumée à se servir de l’Intendance pour obtenir des faveurs, pour faire modérer les tailles et les capitations de ses protégés, et pour réduire au plus bas ses propres vingtièmes […] Elle ne pardonna pas à Turgot d’avoir rompu avec des traditions qui lui étaient si favorables […] Il s’était donc fait beaucoup d’ennemis parmi les petits gentilshommes du pays.
Mais si la noblesse limousine lui était hostile, il n’en était pas de même des paysans.
Son départ fut annoncé publiquement en chaire par tous les curés de la province, qui, partout, dirent la messe à son intention. Les paysans suspendirent leurs travaux pour y assister et ils répétaient : “C’est bien fait au roi d’avoir pris M. Turgot, mais c’est bien triste à nous de ne l’avoir plus”. »
Mais il n’en demeure pas moins que les migrations des paysans bâtisseurs continuent.
C’est de l’ancienne province du Limousin qu’est venu le vocabulaire lié à ce métier: limousinslimousinants, nommait-on autrefois les maçons, limousinerielimousinage une technique de construction.
Cette migration saisonnière qui est ancienne (on trouve trace de cette migration dès la fin du moyen âge (cf. édification de la basilique Saint Denis) se développe au fil des siècles et atteint son apogée au XIXe siècle avec les grands travaux d’Haussmann à Paris entre 1853 et 1870. En 1851 : on compte 35 000 migrants pour 287 000 habitants en Creuse. Ce phénomène prend fin dans la première moitié du XXe siècle.
Le trajet : Le départ s’effectue généralement du 1er mars au 15 avril et le retour dans la Creuse a lieu du 1er décembre au 15 janvier. Le trajet s’effectue en groupe, pour éviter les attaques et les vols, essentiellement à pied. Pour se rendre à Paris par exemple, il faut environ une semaine : la première portion de la Creuse à Orléans se fait à pied et Orléans – Paris s’effectue en mauvaise voiture à cheval.
2 grandes destinations :
PParis  par Soubrebost , Issoudun, Salbris, Orléans
PLyon par Aubusson Clermont Ferrand  ,Fleurs ,
→ Le livret ouvrier :
le maçon part muni de son livret ouvrier.
Celui – ci permet de contrôler les déplacements des ouvriers en France : le maçon doit être porteur de son livret ouvrier sans lequel il pourrait être considéré comme vagabond, arrêté et poursuivi.
Il ne peut quitter un employeur qu’après que celui ci ait signé le livret. Il ne peut quitter une commune sans visa du maire ou de la gendarmerie. La perte du livret interdit de travailler et de quitter la commune du dernier domicile jusqu’à l’obtention d’un nouveau livret.

Le livret ouvrier est aboli en 1890.
La hiérarchie des maçons

Voici ce qu’écrivait Louis Bandy de Nalèche (1828-1879), avocat et politicien libéral, dans son ouvrage « Les maçons de la Creuse » publié en 1859 :
« L’art de la maçonnerie n’a pas fait de sensibles progrès ; nous trouvons dans le Dictionnaire des arts et métiers de Lucotte, architecte, la nomenclature des ouvriers en bâtiment, qui en 1783 était exactement la même qu’aujourd’hui. La voici :

  1. Le premier et le chef des ouvriers est l’architecte. Son emploi est de faire les plans et les élévations des bâtiments, d’en diriger tous les détails, de dresser les devis et marchés, et de régler les prix lorsque les ouvrages sont terminés.
  2. Après l’architecte, le premier ouvrier est le maître maçon. Son emploi est de conduire la maçonnerie du bâtiment, suivant les plans et élévations qui lui sont donnés par l’architecte ou ses préposés, de fournir tous les matériaux, de les employer, d’en diriger l’économie, ce qu’on appelle entreprise.
  3. Le deuxième ouvrier est le maître compagnon, homme de confiance et instruit dans l’art, qui agit pour les intérêts du maître maçon et en son absence. Son emploi est de donner tous les soins à la main-d’œuvre, de faire l’appel des ouvriers le matin et le soir, et son rôle pendant la journée, de donner des récépissés des matériaux à mesure qu’ils arrivent, d’emmagasiner et prendre soin des équipages et ustensiles, en un mot, de veiller à l’économie générale du bâtiment.
  4. Le troisième est l’appareilleur. Son emploi est de construire les épures (dessins détaillés des voûtes), d’après les détails du maître maçon, d’appareiller les pierres et d’en fixer la dimension. Le prix de sa journée est d’environ 3 livres à Paris. Il est quelquefois aidé par ses compagnons ou garçons du tas, appareilleurs inférieurs ; le prix de la journée est moindre.
  5. Le quatrième ouvrier est le tailleur de pierre. Son emploi est de tailler la pierre et de lui donner les formes qu’elle doit avoir, suivant les dimensions que lui a données l’appareilleur. Le prix de sa journée est depuis 35 jusqu’à 45 sous.
  6. Le cinquième ouvrier est le poseur. Son emploi est de mettre en place les pierres, de les poser de niveau et à plomb, et d’en scier les joints lorsqu’il est nécessaire. Le prix de sa journée est d’environ 45 sous.
  7. 7. Le sixième ouvrier est le scieur de pierre dure. Son emploi est de scier les pierres dures à la scie sans dents, à raison de 4 à 5 sous le pied carré, pour les pierres ordinaires, et jusqu’à 10 sous pour les pierres de liais.
  8. Le septième ouvrier est le scieur de pierre tendre. Son emploi est de scier les pierres tendres à la scie à dents. Prix de journée de 35 à 40 sous.
  9. 9. Le huitième ouvrier est le compagnon maçon. Son emploi est de construire les ouvrages en plâtre. Gain 40 sous par jour.
  10. Le neuvième ouvrier est le limousin. Son emploi est de construire les ouvrages en mortier. Gain 36 sous par jour.
  11. Le dixième et dernier ouvrier est le manœuvre. Son emploi est de faire les ouvrages bas et rudes et de servir les autres. Gain 25 et 30 sous par jour.
  12. Ceux qui servent les maçons (un seul pour chacun) battent le plâtre, le passent, le gâchent et le portent aux maçons pour l’employer.
  13. Ceux qui servent les poseurs, au nombre de deux ou trois pour chacun, les aident à porter, lever, rouler les pierres dans leur place
  14. Ceux qui sont employés aux chariots sont six pour les traîner et un ou deux suivent par derrière, chargés chacun d’eux d’une pince pour aller à la roue.
  15. Ceux qui sont employés à barder les pierres, c’est-à-dire à les mettre en chantier et à les remuer, appelés bardeurs (onzième ouvrier), sont par bandes de trois ou quatre chacune, s’entraidant mutuellement, un d’eux conduisant la bande.
  16. Ceux qui sont employés aux engins sont plus ou moins nombreux, suivant les besoins.
  17. 17. Un douzième ouvrier, employé par le maître maçon, et qui n’est appelé que lorsque le bâtiment est fini, est le toiseur. Son emploi et souvent son seul talent est de savoir toiser toutes les parties du bâtiment suivant les usages et la loi, d’en dresser les mémoires et d’y mettre des prix relatifs aux marchés et à l’espèce d’ouvrage. Le prix de son travail est ordinairement de 10 pour 1 000, mais un peu moins pour les grands édifices.

Les maçons migrants, leurs œuvres

La Rochelle, Versailles, Le Louvre, Les Tuileries, le château de Vaux-le-Vicomte, le quartier du Marais, les canaux, les fortifications …
Des générations de Marchois : les Villedo, Bergeron, Tarrade et Mandonnet pour les plus célèbres, deviennent entrepreneurs, experts ou maîtres des œuvres de maçonnerie des bâtiments du roi et construisent pour leurs souverains, les nobles et le clergé, des palais, châteaux, hôtels particuliers, fortifications, canaux, cathédrales et églises à Versailles, au Louvre, aux Tuileries, à Vaux-le-Vicomte, etc. à la fin du XVIIIsiècle, c’est le dixième de la population de la Marche et de la Combraille qui part sur les chantiers de France, soit 15 à 20 000 hommes dont 3 000 à Paris.
http://www.lesmaconsdelacreuse.fr

Maçon : un travail harassant, mal payé , avec des conditions de travail et de logement très dures , une absence de vie familiale , des voyages dangereux,
et   …. Léonard Bapterosses quitte son pays, fait souche à Paris et est  à l’origine d’une invention extraordinaire qui perdure encore :

Léonard BAPTEROSSES ( BATHEROSSES)
Batherosse  :  Nom assez rare porté dans la Creuse (variantes : Baterosse, Batrosse, Bapterosse). Sens incertain. On peut penser au verbe « battre » (éventuellement aussi à « bâter ») et à « rosse », mais le sens précis peut difficilement être donné.

  •  Né le 30 novembre 1739 – Ars, 23480, Creuse, Limousin, FRANCE
  • Décédé le 5 février 1817 – Paris, 75000, Paris, Île-de-France, FRANCE, à l’âge de 78 ans (Table des successions relevée par la France Généalogique)
  • Maître-Maçon

 Marié le 14 février 1774, Eglise saint-Gervais – Paris, 75000, Paris, Île-de-France,, avec Marguerite ou Geneviève GILOT, n ée vers 1756 – Paris, 75000, Paris, Île-de-France,  décédée le 21 décembre 1802 – Paris, 75000, Paris, Île-de-France, à l’âge de peut-être 46 ans.
dont :

Jean François BAPTEROSSES

. Né en 1780 – Paris, 75000, Paris, Île-de-France, FRANCE
. Marié le 14 octobre 1805 avec Marie-Théodora MAGNARD
.  Décédé le 17 mai 1858 – Briare, 45250, Loiret, Centre, FRANCE, à l’âge de 78 ans
Contremaître à la manufacture de toiles peintes (toiles de Jouy) de M Dollfus.

l’étape parisienne

  • La manufacture de toile peinte de Mulhouse, Dollfus et Cie, dite Manufacture de la Cour de Lorraine, est une des plus considérables de l’époque.
    En effet, en 1806, Dollfus Mieg et Cie imprime 34.000 pièces de toile et emploie 7000 à 8000 ouvriers.
  • Peter Dollfus descendant des Dollfus de Mulhouse, fut également manufacturier de toile peinte, à Guebwiller.
    Son fils Hans Jacob (Jean-Jacques) Dollfus, renonça à la succession de son père, quitta l’Alsace, à la recherche d’un site favorable à l’installation de sa propre entreprise. Ce fut lui qui développa la manufacture de toile peinte à Bièvres.
  • La manufacture de Bièvres, fondée par Brémond et Cie, existait depuis 1798 environ. Fin 1803, son activité était presque nulle, quand Jean-Jacques Dollfus fut intéressé par sa remise en marche.
    Le premier souhait de J.J. Dollfus fut d’associer les deux manufactures, tout en travaillant lui-même sous la direction d’Oberkampf. Il aurait ensuite changé d’avis, et décidé de s’installer à son propre compte.
  • En 1827, les trois beaux frères, Pierre Henri Dollfus, Charles Henri Roechling et Médard Baumgarten reprennent en nom collectif la manufacture toujours dirigée par leur père Jean-Jacques Dollfus.
  • La maison en activité en 1806 occupait 200 ouvriers, imprimant 12.000 à 15.000 pièces à façon, en toiles, piqués et bazins, pour le compte de négociants de Paris, Amiens, St Quentin, Bruxelles, Rouen, Bordeaux et Montpellier.
    En 1831 elle employait 350 personnes (125 hommes, 90 femmes, 125 enfants.)

http://www.toilesdejouydecoration.fr/historique.htm

la condition de vie des enfants employés

  • Note sur le travail salarié des enfants et adolescents dans les Manufactures aux environs de 1830 à Bièvres en particulier.

Les enfants employés étaient originaires de Bièvres, ou des villages tout proches.
A cette époque les enfants fréquentaient très irrégulièrement I’ école. Beaucoup étaient totalement analphabètes, en raison de la résistance à la scolarité de leurs parents ; ceux-ci alléguant parfois la fatigue de leur progéniture, mais très souvent la misère, et l’impossibilité de se passer de l’apport même modique du salaire de leurs enfants.
Les enfants étaient ordinairement employés à des travaux auxquels les ouvriers adultes ne pouvaient pas se prêter, à cause de leur peu d’importance et du peu d’espace qu’il était possible d’accorder dans les ateliers où souvent, ils devaient se placer sous les machines.
La très grande majorité d’entre eux étaient voués à des tâches répétitives, n’exigeant généralement pas de qualification poussée, et n’autorisant guère la moindre initiative.
… Ils assistaient le plus souvent les travailleurs adultes – leurs parents dans bien des cas – qui leur confiaient les besognes requérant rapidité et souplesse d’exécution.
Qui étaient ces enfants et adolescents ? dans quelles couches sociales se recrutaient-ils ?
Très souvent ils étaient issus de « familles ouvrières » et travaillaient dans le même établissement que leurs parents.
« Surveiller » les enfants, cela semble avoir été un souci constant de bien des parents, hantés par les sanctions frappant alors toute forme de vagabondage et démunis pour résoudre le problème de la garde de leur progéniture : point de crèches, des salles d’asiles (garderies) trop rares, surtout en milieu rural.
En septembre 1837 :
Dans la fabrique d’impression de Bièvres, les enfants « Tireurs » gagnent de 35 à 45 centimes par jour selon leur force et celle du maître qu’ils servent. (Rappelons qu’un pain de 2 kg vaut alors 50 centimes et qu’un adulte du textile gagne environ 2 frs par jour).
Une phrase du rapport du Maire de Bièvres (Pierre Henri Dollfus, manufacturier lui-même) signale : « II n’est pas facile de maintenir la discipline, parmi un grand nombre d’enfants, avec la parole seulement… cependant on veille toujours à ce qu’ils ne soient pas maltraités. Je ne connais pas d’exemple d’accidents ou d’infirmités par suite de mauvais traitements. »
L’usage de nerf de bœuf, en vigueur dans certaines manufactures de Haute Normandie, au début du siècle, semble avoir été ignoré dans les établissements de notre région.
Centre Départemental de Documentation Pédagogique de l’Essonne.

Jean François Bapterosses  s’est créé une bonne situation par les améliorations au tour à graver les cylindres des étoffes. Il veillera à l’éducation des ses enfants.

dont:

Jean Félix BAPTEROSSES, 

Sa vie
Jean-Félix Bapterosses (qui se fit appeler par la suite Félix Bapterosses, d’où les initiales FB), naît sous le Premier Empire, le 2 septembre 1813 à Bièvres dans le département de Seine-et-Oise.
Il est le dernier d’une fratrie de cinq enfants et vit dans le logement de fonction de son père  dans l’ancien presbytère.
Sous la direction de son père il suit à partir de 11 ans toutes les étapes nécessaires à la formation de l’ouvrier, après un passage chez les frères des écoles chrétiennes.
Entré comme apprenti, il gravit les échelons d’ouvrier à contremaître dans différents ateliers de construction mécanique – notamment Byver spécialiste des outils de polissage de glaces – parisiens.
Marié le 15 février 1849, Saint-Mandé, 94160, Val-de-Marne, Île-de-France, FRANCE, avec Anne-Léontine JAHAN 1821-1894  ,il aura quatre enfants ( trois filles et un garçon qui mourra jeune).
Il s’installe à Briare en 1851 et loge avec sa famille dans la maison de maître de la fabrique.

Jean-Félix Bapterosses devient conseiller municipal de Briare en 1852, soit une année à peine après son arrivée à Briare, et reste en poste jusqu’en 1874. Il devient ensuite délégué cantonal puis conseiller général du canton de Briare dès 1857, soutenu en cela par le gouvernement par le biais du sous-préfet de Gien. Il conserve son siège jusqu’à son décès en 1885.
Il est nommé en 1855 chevalier de la Légion d’honneur, et il reçoit en 1878 le grand prix de céramique et la rosette d’officier de la Légion d’honneur.
Il meurt à Briare le 13 avril 1885.

Dix mille personnes assistent à ses funérailles. Aujourd’hui, on peut voir son buste en bronze sculpté par Henri-Michel-Antoine Chapu et réalisé par Barbedienne sur la place de la République à Briare où un monument lui est consacré. Ce buste et également visible au musée de la mosaïque et des émaux de Briare et -à l’époque- une réplique en plâtre l’était dans tous les ateliers de la manufacture.
Son œuvre

Un voyage en Angleterre  est à l’origine de la fortune de Félix Bapterosses:
Il découvre une nouvelle technique de productions de boutons selon le procédé de pressage à sec breveté par Richard Prosser en 1840.
Bapterosses se rend compte immédiatement de l’intérêt du procédé mais aussi de sa faiblesse:  en Angleterre les boutons sont frappés à l’unité.
Fils d’un ouvrier mécanicien Bapterosses invente une presse à boutons produisant 500 pièces à la fois ce qui met un terme à la fabrication anglaise de boutons.

Bapterosses ouvre sa première usine à Belleville (il emploie 150 personnes) puis il la transfère rue de la Muette à Paris quand il dépose un brevet pour un four qui réduit le temps de cuisson et enfin il trouve un feldspath particulier qui donne un aspect lustré à ses boutons.

En 1848/1849 il développe sa gamme de couleurs.
Avec le succès vient le temps des contrefaçons et des procès que Bapterosses gagnera.
Il doit s’agrandir (il emploie 700 personnes) pour faire face à son succès et c’est à Briare (45 ) qu’il trouve le site idéal ( présence de canaux , proximité de Paris , matières premiers accessibles).

L’usine de Briare: un modèle économique et social

Il reprend une usine déjà existante, manufactures de faïences fondée par Brisset et Azambre en 1837.

En 1851 il produit des boutons et des perles.

Productions initiales boutons et perles disparaissent entre 1960 et 1970 en raison de l’arrivée du plastique et de  la machine à laver dont le tambour brise les boutons en émail.
Quant aux perles de Bapterosses elles ont inondé le monde entier.
Utilisées dans le marché colonial  Afrique noire et indiens d’Amérique) elles ont perdu de leur intérêt avec la décolonisation.

En 1876 Félix Bapterosses se souvenant de sa condition première d’ouvrier et des difficultés rencontrées par sa famille crée de vastes écoles (garçons et filles) à l’intérieur de l’usine.
Il invente une disposition mécanique faisant varier pour chaque enfant la position du siège et du repose pied par rapport à la table.
Après les écoles vinrent les cités ouvrières avec des appartements spacieux et sains ( 186 familles y logeront).Seules les salles de bains et toilettes étaient collectives.
Elles seront détruites vers 1980.
Il jette les premières pierres d’un hospice et d’une maison de retraite.

Les émaux de Briare

Heureusement la famille Bapterosses et Cie de cette même pate de porcelaine dont ils faisaient des boutons  façonnent de petits cubes de porcelaine qui servent à la fabrication de mosaïque.
Vers 1885 ils sont fabriqués pré formés ce qui limite leur coût et sont d’une très grande qualité. Des  panneaux de mosaïque sont exposés par la société Bapterosses et Cie pour l’exposition universelle  de  Lyon en 1894.Le marché de la mosaïque  se démocratise en plein triomphe de l’art nouveau qui la plébiscite.

« la mosaïste » Eugène Grasset 1893

Les descendants de Jean-Félix Bapterosses  et ses gendres Yver et Loreau poursuivent l’œuvre commencée.
Dans l’entre deux guerres la mosaïque se fait géométrique  avec l’art Déco.
En 1970 c’est la période des grandes commandes d’état : aéroport de Roissy CDG et d’Orly. Vasarely fait appel à cette technique pour son Art Optique
Exemples de la production

–  Édifices religieux

  • l’église Saint-Étienne de Briare(Loiret), réalisée entre 1890 et 1895, selon les plans de l’architecte Dusserre et décorée par le mosaïste Eugène Grasset,
  • l’église Saint-Pierre de Nevers(Yvelines), décorée par le mosaïste Pietro Favret en 1924,
  • la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre(Paris),
  • la basilique Notre-Dame-de-la-Gardede Marseille (Bouches-du-Rhône),
  • la basilique Notre-Dame de Fourvièrede Lyon (Rhône) décorée par le mosaïste Isidore Odorico entre 1872 et 1896
  • la basilique Notre-Dame-du-Rosaire de Lourdes(Hautes-Pyrénées),
  • l’église orthodoxe de San Francisco, États-Unis,
  • la mosquée de Gökdepeau Turkménistan,
  • la mosquée de Soharà Oman,
  • la mosquée d’ Al Bukharyà Kuala Lumpur en Malaisie.
  • la mosquée Hassan II à Casablanca

 

– Autres

  • la gare de Lyonà Paris (1898)
  • la station Havre-Caumartindu métro de Paris (1904),
  • la gare du Havre(1931-1932),
  • les stations SNCFde Nevers,
  • la gare de Laroche – Migennes,
  • la gare de Brive-la-Gaillarde,
  • la gare de Juvisy-sur-Orge,
  • la gare Charles-de-Gaulle – Étoile du réseau express régional par l’architecte Pierre Dufau,
  • la gare de Nation du RER (architecte : Alain Bourbonnais),
  • la gare Auberde la ligne A du RER (Paris) par l’architecte André Wogenscky et le décorateur André Mompoix99,
  • les stations Porscheplatz et Potsdamdu métro de Berlin (Allemagne),
  • les stations Diamant(designer Norbert Seroussi, architecte J.F. Petit), Namur (architecte : Maxime Brunfaut), Yser et Luxembourg du métro de Bruxelles (Belgique),
  • plusieurs stations du métro de Madrid(Espagne)
  • six stations du métro de Montréal(Canada).
  • Paris-Orly(Essonne et Val-de-Marne) 1959 par les architectes Henri Vicariot, Pierre Gautier-Delaye & Van Hout,
  • Paris-Charles-de-Gaulleà Roissy-en-France (Val d’Oise) (architecte : Paul Andreu),
  • Pittsburgh(Pennsylvanie, États-Unis) : architecte et designer: Tasso Katselas,
  • Aéroport international d’Abou Dhabi(Émirats arabes unis),
  • Cleveland-Hopkinsà Cleveland (Ohio, États-Unis).

 

Et aujourd’hui ?

L’usine existe toujours à Briare sous l’appellation « Entreprise EMO ».

Elle est une filiale d’une société parisienne: les jolies céramiques sans Kaolin.

Elle est en concurrence avec les chinois qui produisent des émaux moins chers et dont la qualité s’améliore.

On ne peut qu’espérer que ce savoir faire perdure.

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89maux_de_Briare#Histoire

Maryse DARI  le 20/11/2017

 

 

 

Maryse DARI  le 20/11/2017

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