Un chantier de construction navale

Extrait de : « Les Compagnies des Indes »

de Philippe HAUDRERE – Gérard LE BOUEDEC

Editions OUEST – FRANCE

Un chantier de construction navale

Des approvisionnements de toute l’Europe :

   Un vaisseau de la compagnie, lancé des cales du Scorff et armé pour l’océan Indien, est un véritable miroir qui reflète les mille et une facettes de la géographie économique européenne du XVIIIe siècle.

   Ce sont les forêts de feuillus des latitudes moyennes qui fournissent le bois de construction. Si l’on en croit Piveteau, l’un des fournisseurs en bois de la compagnie, Nantes reçoit par la Loire et ses affluents les bois de six à sept provinces. Il est vrai que le port de l’estuaire de la Loire est le principal centre d’approvisionnement en bois de coque, c’est-à-dire le chêne, de la Compagnie des Indes. Les massifs forestiers bretons des landes de Lanvaux, de Cornouaille, du Léon et surtout de la Vilaine, constituent la seconde source d’approvisionnement en bois de construction. Par contre, pour les superstructures, les mâts et les vergues, les bordages intérieurs et les préceintes, bref pour les parties qui ne baignent pas dans la mer, les ingénieurs de la compagnies utilisent les bois des forêts de conifères du nord de l’Europe. La mâture est issue des forêts de la Vistule, sibériennes et baltes. Les forêts de Pologne, des rives de l’Oder et de la Norvège fournissent espars, préceintes, planches et longailles, les avirons des chaloupes viennent du Pays basque. Les brais gras que les calfats appliquent sur la coque pour assurer l’étanchéité des bordés après la pose de l’étoupe sont le plus souvent suédois, rarement landais.

   Par contre, le brai sec des forêts du Sud – Ouest est utilisé pour achever les radoubs. Les peintures sont confectionnées dans l’Orléanais. Les fers pour courbes, baux, bords et arcs – boutants pour renforcer les structures des ponts et des gaillards sont forgés à Guérigny dans le Nivernais tout comme les ancres dans leur quasi – totalité, à l’exception de quelques achats en Suède.

   Les toiles à voile sont tissées exclusivement dans l’ouest de la France. Jusqu’à la guerre de Succession d’Autriche, la compagnie s’adresse aux toiliers de Locronan. Ensuite ceux-ci doivent partager les commandes avec les fournisseurs rennais et angevins (Angers – Beaufort – en – Vallée). Les pavillons qui flottent sur les mâts sont en toile à étamine d’Olliergues, de Laval et de Tours. Les bougies à signaux sont rouennaises. La géographie des chanvres dessine trois grands ensembles : le bloc nordique des régions s’étendant de l’Ukraine aux ports russes et prussiens de Saint – Pétersbourg, Riga, Memel et Königsberg ; les régions du bassin de la Loire, en amont le pays de Vichy, l’Auvergne, la Bourgogne, l’Orléanais, le Berry, en aval le Saumurois et l’Anjou ; la Bretagne avec au nord l’aire de production du Trégor et au sud la vallée du Blavet.

   Le commettage des cordages de chanvre exige des goudrons issus de Suède. La fabrication des cordages s’effectue presque exclusivement à la corderie du port de Lorient, mais la compagnie peut faire appel à des fabricants nantais ou malouins. Les nombreuses poulies du gréement sont confectionnées à l’atelier de la poulierie avec du bois de gaïac américain.

   Les caisses de fusils portent les marques des manufactures de Saint – Etienne, Charleville et Maubeuge. L’artillerie issue à l’origine des forges de l’Angoumois, provient ensuite des forges de Douai, des Ardennes, de Hollande et de Suède. La flotte de la compagnie tire des boulets confectionnés par la métallurgie normande et parfois des forges de la Bretagne centrale, Vaublanc (Plémet) et Les Salles.

   Les produits métallurgiques travaillés dans les ateliers du port pour confectionner  des clous, des pièces de construction, des outils, ou chargés comme lest en fond de cale permettent de dresser une carte à l’échelle de l’Europe. Les forges de l’Oural et de Suède fabriquent du fer en barre. Celles de la Ruhr livrent des produits finis, des chaînes, des crics et des enclumes. La compagnie trouve l’éventail de ses besoins en fer plat, coulé, rond, en barre, carillon, en verges pour clous, feuillard, chez les forgerons du Berry, à Clavières en particuliert, du Maine (Martigné – Ferchaud, Port – Brillet, La Prévostière), et de Bretagne (Vaublanc, Les Salles, Lanouée). Plus rarement sont débarqués des fers basques, des fers de Saint – Dizier (que pour la traite) et des clous de Charleville.

   Les forges du port consomment certes du charbon de bois mais également en partie du charbon de terre que l’on retrouve également avec les fers en lest sur les navires armés pour les comptoirs. Extrait des mines du Northumberland , des vallées de la Tyne et de la Tweed, du pays de Galles, la compagnie doit renoncer en cas de conflit maritime au charbon anglais et faire appel à la production des mines de Montjean et de Montrelais situées en amont de Nantes.

   Les saumons de plomb viennent de Normandie, d’Angleterre et des mines de Pompéan près de Rennes, mais rarement. L’étain est anglais, les cuivres sont russes, suédois et allemands.

   Les vivres comme la cargaison dans son ensemble, sont conditionnés en ouvrage de tonnellerie, que ce soient des liquides ou des solides ; ce sont des pièces, des pipes, des barriques, des demi – barriques, des quarts, des barils, des boucauts, des trierçons, des frequins. Ceux qui sont confectionnés à Lorient sont réalisés à partir de merrains à douelles des forêts polonaises, allemandes et bretonnes et de cercles à fer feuillard. De nombreuses marchandises sont conditionnées en barils ou caisses de fer – blanc livrées par les entreprises de Suède, d’Hambourg, de la Ruhr, du Nivernais.  Les bouteilles et les cruches, tout comme le verre à vitre, sont normandes. Les fortes toiles des balles et ballots arrivent de Combourg et Dinan.

   Les papiers à lettres ou à registre du bureau de correspondance, du caissier ou des écrivains du bord sont fabriqués chez Montgolfier à Annonay en Ardèche ou par les moulins à papier de l’Orléanais. Ce sont les bougies du Mans et de Rouen qui fournissent l’éclairage nécessaire.

Adhérent-CGMA-Sylvie-R-152 

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