9 janvier 2009...11:16

Manière de conduire et de traiter les domestiques

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Extrait de : Economie Domestique

Par Mme Millet-Robinet

(Bibliothèque du Cultivateur, publiée avec le concours du Ministère de l’Agriculture – 1853)

Je dois parler, avant tout, des qualités à rechercher dans les domestiques : la probité, l’activité, la bonne volonté, l’ordre et la propreté. La première de ces qualités est essentielle, quant aux autres on ne doit épargner aucun effort pour les développer et en donner l’habitude aux gens. Il faut faire connaître aux domestiques, dès les premiers jours de leur entrée chez vous, la place de tous les objets dont ils auront à faire usage, et exiger qu’ils les y remettent lorsqu’ils ont cessé de s’en servir.
La propreté doit régner sur eux et dans tous les lieux confiés à leurs soins ; leurs vêtements et leur linge doivent être maintenus en bon état.
Une maîtresse de maison doit traiter ses domestiques avec douceur, mais sans faiblesse ; elle doit chercher à gagner leur confiance et leur attachement et devenir leur conseiller, sans pour cela se familiariser avec eux, ni surtout les initier dans les affaires intérieures de la famille ; elle fera bien de leur donner ses avis sur l’emploi de leurs économies, et de les engager à les placer dans les caisses d’épargne. Généralement les gens de la campagne emploient le peu d’argent qu’ils ont à acheter un petit morceau de terre qu’ils paient deux ou trois fois sa valeur, et dont ils ne retirent qu’un bien médiocre revenu tant qu’ils sont en service. Il faut leur faire sentir l’avantage qu’ils auraient à accumuler leurs épargnes jusqu’au moment de leur mariage ; c’est la crainte de les mal employer qui les déterminent à les placer en terre, les caisses d’épargne les délivrent de cette inquiétude.
La maîtresse doit veiller à ce que les domestiques ne se laissent pas aller au goût de la toilette et aux folles dépenses qu’elle entraîne ; elle doit exiger qu’ils soient propres et bien tenus. Lorsqu’elle sera parvenue à leur faire placer quelques fonds à la caisse d’épargne, le désir et la possibilité de les augmenter les exciteront à de nouvelles économies, et leur donneront la force de résister à la tentation de faire des dépenses inutiles.
Pour éviter que les domestiques aillent chercher des divertissements dans des lieux peu convenables, où ils perdraient leur temps et se créeraient de fâcheuses habitudes, notre ménagère fera sagement de s’occuper de leurs plaisirs, et de saisir de temps à autre les occasions de leur en procurer d’honnêtes qui ne puissent pas nuire aux devoirs de leur service.
Pour règle générale, il sera bien convenu, en gageant les domestiques, que nul d’entre eux ne pourra s’absenter de la maison, même les jours non ouvrables, sans la permission de ses maîtres. Il pourra leur être permis d’aller aux noces et aux fêtes des villages voisins, où leurs maîtres se rendraient aussi ; la crainte de les y voir arriver les empêchera de se livrer à des jeux interdits, ou à des excès de boisson dont ils rougiraient devant eux. Lorsqu’on est content des domestiques, il est bon de leur donner de petites fêtes dans certaines occasions ; le plaisir qu’il y prennent, et surtout celui qu’ils trouvent à y convier leurs amis, les attachent à la maison. Ces divertissements seront peu coûteux : un violon, quelques galettes et quelques verres de vin en feront les frais. Les maîtres et leurs enfants y prendront part ; leur présence ajoutera beaucoup à la joie commune et maintiendra l’ordre.
De temps en temps notre ménagère pourra régaler ses gens. La sobriété de leur vie leur fait trouver un grand plaisir à un repas un peu plus succulent qu’à l’ordinaire. Ainsi, lorsqu’on tuera un cochon, comme une bonne ménagère saura tirer tout le parti possible de cet utile animal, elle profitera de cette occasion.. Les domestiques y trouveront un double plaisir, puisqu’ils le devront au talent et à la bonté de leur maîtresse. Au carnaval quelques pièces de volaille leur seront infiniment agréables : c’est la viande des riches, disent-ils, et par ce motif ils la préfèrent à tout ce qu’on peut leur offrir. Un verre de vin, distribué à propos de temps en temps dans le moment des forts travaux, leur fait le plus grand bien et beaucoup de plaisir.
Ne pensez pas que tous ces soins soient perdus : il faudrait que les domestiques fussent bien ingrats pour ne pas répondre, par un zèle soutenu et un véritable intérêt, à la bienveillance de maîtres aussi soigneux de leur bonheur ; ce serait une erreur de croire que l’on obtiendrait les mêmes résultats en élevant le gage des domestiques. Il faut chercher à engager les hommes par le cœur si l’on veut obtenir du dévouement ; c’est seulement du cœur qu’il peut venir. Le dévouement qui naît de l’argent n’est pas véritable, il disparaît aussitôt que les dons qui l’ont causé cessent ou même n’augmentent pas ; le dévouement qui vient du cœur est vrai et durable.

découvert par Sylvie

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